Wagner avait adressé cette lettre à Frédéric Villot, un des chefs de la critique musicale, au moment du Tannhäuser parisien. Les quatre poèmes d'opéra sont Le vaisseau fantôme, Tannhäuser, Lohengrin et Tristan et Yseult. La lettre sur la musique peut se lire en ligne sur wikisource.
Le blog de Luc-Henri Roger
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mardi 21 juillet 2026
1869 - Rienzi au Théâtre-Lyrique - L'article de Jean-Gustave Bertrand dans le Ménestrel du 11 avril 1869.
Wagner avait adressé cette lettre à Frédéric Villot, un des chefs de la critique musicale, au moment du Tannhäuser parisien. Les quatre poèmes d'opéra sont Le vaisseau fantôme, Tannhäuser, Lohengrin et Tristan et Yseult. La lettre sur la musique peut se lire en ligne sur wikisource.
dimanche 19 juillet 2026
Création mondiale de Rienzi à Dresde — L'article de l'Illustrirte Zeitung du 12 août 1843 en traduction française
| Théâtre royal de la Cour de Dresde Cola Rienzi, grand opéra tragique de Richard Wagner - Acte IV, scène finale |
| Capellmeister Richard Wagner |
| De gauche à droite : Rienzi, Irene, Orsini, Adriano, Colonna |
Erwacht, ihr Schläfer nah und fern,Und hört die frohe Botschaft an:Daß Roma's schmacherloschner SternVom Himmel neues Licht gewann.
[Éveillez-vous, dormeurs d'ici et d'ailleurs,Et écoutez la joyeuse nouvelle :L'étoile de Rome, éteinte dans la honte,A retrouvé la lumière du ciel.]
Wir schwören Dir, so groß und freiSoll Roma sein, wie Roma war u.s.w.[Nous te le jurons : Rome deviendraAussi grande et libre qu'elle le fut jadis, etc.]
Bevor ein Kaiser sei gewählt,Sein Recht den Römern darzuthun,Mit dem er König Roms sich nennt.[Avant qu'un empereur ne soit élu,Il doit démontrer aux Romains le droitAu nom duquel il se proclame roi de Rome.]
Begnadigt sie und laßt von NeuemSie das Gesetz beschwören;Nie können ja sie's wieder brechen.[Grâciez-les et qu'ils prêtent serment de nouveau sur la loi ;
Car ils ne pourront plus jamais la transgresser.]
Le peuple cède à contrecœur, les nobles prêtent serment, et la paix semble revenue, mais ils nourrissent en eux un désir de vengeance.
Hört mich, unwürdig seiner MachtIst der Tribun, der Euch verrieth.Ihr Römer, seid auf Eurer Hut!Der Kaiser droht, die Kirche zürnet.[Écoutez-moi ! Indigne de son pouvoirEst le Tribun qui vous a trahis.Romains, soyez sur vos gardes !L'Empereur menace ; l'Église est en colère.]
Traut fest auf mich, den Tribunen,Haltet getrost an meiner Seite!Gott, der bisher mich führte,Gott steht mir bei, verläßt mich nie![Placez votre entière confiance en moi, le Tribun ;Demeurez fermement à mes côtés !Dieu, qui m'a guidé jusqu'ici —Dieu est avec moi ; Il ne m'abandonne jamais !]
Zurück! Dem Reinen nurErschließt die Kirche sich!Du aber bist verflucht,Im Bann iſs, wer Dir treu![Arrière ! L'Église n'ouvre ses portes qu'aux purs !Mais toi, tu es maudit ;Maudit soit celui qui te reste fidèle !]
Fliehet ihn! er iſt verflucht! zurück.[Fuyez-le ! Il est maudit !]
Er ist verflucht und ausgestoßenVom Heil des Himmels und der Erden;Verflucht mit ihm, wer ihm zur Seite!Doch rett' ich Dich, flieh' seine Nähe![Il est maudit et banniDu salut du ciel et de la terre ;Maudit aussi celui qui se tient à ses côtés !Mais je te sauverai : fuis loin de lui !]
Ha, hinweg, Unsel'ger!Rienzi! Rienzi! o mein Bruder![Ah ! Va-t'en, malheureux !Rienzi ! Rienzi ! Ô mon frère !]
Irene, Du!– Noch giebt's ein Rom![Irene... toi ! Rome vit encore !]
Verläßt die Kirche mich, zu deren RuhmMein Werk begann, verläßt mich auch das Volk,Das ich zu diesem Namen erst erhob,Verläßt mich jeder Freund, den mir das GlückErschuf, bleibt zweierlei doch mir getreu:Der Himmel selbst und meine Schwester![Si l’Église — pour la gloire de laquelleMon œuvre a commencé — m’abandonne ; si le peupleQue j’ai élevé jusqu’à ce nom m’abandonne ;Si chaque ami que la fortune m’a donnéM’abandonne aussi, deux êtres me restent fidèles :Le Ciel lui-même et ma sœur !Elle aussi a beaucoup souffert et a renoncé à son amour]
Wohl liebt auch ich!– O Irene,Kennst Du nicht mehr meine Liebe?Ich liebte glühend meine hohe Braut,Seit ich zum Denken, Fühlen bin erwacht,Seit mir, was einstens ihre Größe war,Erzählte der alten Ruinen Pracht.Ich liebte schmerzlich meine hohe Braut,Da ich sie tief erniedrigt sah, u. s. w.Und sehen wollt' ich sie, die hohe Braut,Gekrönt als Königin der Welt:– Denn wisse,Roma heißt meine Braut.[Moi aussi, j’aime ! — Ô Irène,Ne connais-tu plus mon amour ?J’ai aimé ma noble fiancée d’une passion ardenteDès l’instant où je m’éveillai à la pensée et au sentiment,Dès que la splendeur des ruines antiquesM’eut révélé ce que fut jadis sa grandeur.J’ai aimé ma noble fiancée le cœur serréEn la voyant si profondément humiliée, etc.Et je désirais la voir, cette noble fiancée,Couronnée reine du monde — Car sache-le :Rome est ma fiancée.]
Du bist mein! Durch Flammen selbstFind' ich zu Dir den Weg![Tu es à moi ! À travers les flammes mêmes,Je me frayerai un chemin jusqu’à toi !]
samedi 18 juillet 2026
Le monument à Cola di Rienzo à Rome
| © Marco Pohle |
Histoire
Après la prise de Rome en 1870 et son annexion au Royaume d'Italie, Biagio Placidi, conseiller municipal à l'instruction publique , proposa d'ériger un monument à la mémoire de Cola di Rienzo, tribun romain du XIVe siècle qui œuvra pour la création d'une municipalité indépendante des rivalités entre les différentes familles baronniales et la papauté . La proposition de Placidi fut soutenue par le maire Leopoldo Torlonia, puis approuvée par le conseil municipal, qui l'accepta en 1886 et commanda une statue en bronze réalisée en 1871 par le sculpteur florentin Girolamo Masini .
Cependant, aucun consensus ne put être trouvé quant à l'emplacement de la sculpture, compte tenu de la complexité politique du personnage, considéré à la fois comme excessivement anticlérical et républicain, et comme une sorte de « prophète » d'un nouvel Empire romain. L'option de placer la statue sur la nouvelle Piazza Cola di Rienzo, dans le quartier de Prati, fut écartée, et le choix se porta sur la Cordonata del Campidoglio, lieu lié à la fonction de tribun, afin d'éviter toute connotation politique à l'événement. On suppose également que le lynchage de Cola di Rienzo eut lieu à cet endroit en 1354. L'installation, conçue par l'architecte Francesco Azzurri, fut inaugurée sans cérémonie particulière le 20 septembre 1887.
| © Marco Pohle |
Le monument est situé dans un parterre de fleurs entre les marches menant à la basilique Santa Maria in Aracoeli et la Cordonata menant à la Piazza del Campidoglio , au sommet de la colline du même nom , siège des organes qui se sont relayés dans l'administration de Rome après la chute de l'Empire romain d'Occident .
La statue en bronze, représentant Cola di Rienzo coiffé d'une capuche s'adressant au peuple, repose sur un socle de briques orné de reliefs en marbre, dont certains proviennent des marches de l'Ara Coeli voisines. Elle fait face au pied des célèbres marches du Capitole. Aucune inscription dédicatoire n’accompagne le monument, hormis celle gravée sur le bronze à la base de la sculpture : « Cola de Rienzi ».
Sources : traduction de l'article " Monumento a Rienzo" du Wikipedia italien et SimartWeb Roma pour le dernier paragraphe.
Crédit photo © Marco Pohle /Giovanni dall'Orto
La prière de Rienzi, un timbre publicitaire des chocolats Tobler
| La prière de Rienzi |
jeudi 16 juillet 2026
Viva Belcanto ! Levy Sekgapane et Jennifer O'Loughlin célèbrent l'âge d'or du chant au Théâtre de la Gärtnerplatz
| © Anna Schnauss |
L'Orchestre du Staatstheater am Gärtnerplatz, conduit avec élégance par Michael Balke, interprète en guise d'entrée en matière l'ouverture de la Norma de Vincenzo Bellini. Le premier chef invité du Theater-am-Gärtnerplatz opte pour une montée graduelle de l'intensité et une maîtrise des dynamiques qui met en valeur l'écriture raffinée de Bellini : les crescendos sont soigneusement dosés, les plans sonores minutieusement hiérarchisés, chaque intervention des cuivres vient renforcer l'architecture musicale sans jamais couvrir les autres pupitres.
La direction de Michael Balke rappelle que le bel canto ne saurait être réduit à un simple écrin accompagnateur. Le chef refuse toute lourdeur romantique et privilégie des textures orchestrales transparentes, des tempos souples et une respiration constante avec les chanteurs. Les cordes cultivent une sonorité lumineuse tandis que les bois apportent cette délicatesse chambriste indispensable aux partitions des trois derniers grands compositeurs belcantistes. Balke fait preuve d'une remarquable attention aux respirations vocales, ménageant les rubati avec naturel sans jamais rompre l'élan dramatique.
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| Photo personnelle |
Jennifer O'Loughlin, qui a intégré la troupe de l'opéra depuis 2016 et en est devenue une des plus brillantes étoiles, confirme une nouvelle fois les qualités qui font d'elle l'une des grandes spécialistes actuelles du répertoire belcantiste. Son soprano conjugue éclat, homogénéité et une remarquable maîtrise technique. Les vocalises s'enchaînent avec une précision qui paraît presque désarmante, mais jamais au détriment du texte ni de l'expression. Les longues phrases belliniennes trouvent sous son souffle un naturel admirable, tandis que les pianissimi, parfaitement soutenus, installent une atmosphère d'une rare poésie. Dans Donizetti comme chez Bellini, elle sait faire évoluer le timbre selon les états psychologiques des héroïnes, passant d'une innocence lumineuse à une intensité dramatique sans jamais forcer l'émission. Cette intelligence musicale permet d'éviter tout académisme dans un répertoire où la perfection technique peut parfois prendre le pas sur l'incarnation. Dans Rossini, Jennifer O'Loughlin fait de Pamyra une héroïne profondément humaine, partagée entre l'amour, le devoir filial et le sacrifice patriotique. Dans la grande prière « Giusto ciel! in tal periglio », elle révèle toute l'étendue de son art rossinien. Cette page qui fait place à la méditation de Pamyra face à l'imminence de la catastrophe, exige une parfaite maîtrise du souffle, de la ligne de chant et des nuances. La soprano s'y distingue par un legato d'une remarquable continuité, donnant à chaque phrase une ampleur presque instrumentale. Son timbre clair et lumineux confère à la prière une sincérité touchante, tandis que le vibrato, toujours mesuré, enrichit l'expression sans troubler la pureté de la ligne. Les piani sont particulièrement soignés et les aigus sont superbement projetés dans cette page d'une grande intensité dramatique. Le rayonnement de son chant est encore amplifié par la fascinante beauté de ses yeux, brillants d'intensité.
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| © Anna Schnauss |
Face à elle, le chanteur sud-africain Levy Sekgapane démontre pourquoi il s'est imposé parmi les plus brillants ténors belcantistes de sa génération, ce que trois prix parmi les plus prestigieux sont venus confirmer : il a remporté le premier prix du Concours international de chant du Belvédère en 2015, du Concours de chant Montserrat Caballé en 2015 et du Concours Operalia en 2017. Sa voix possède cette luminosité immédiatement identifiable qui caractérise les grands interprètes rossiniens, mais elle s'accompagne également d'une densité expressive qui dépasse la seule démonstration de virtuosité. Les aigus, projetés avec une facilité déconcertante, s'intègrent naturellement dans une ligne de chant constamment élégante. Les coloratures demeurent d'une netteté exemplaire, chaque note conservant son individualité sans que la phrase ne perde de sa fluidité. Mais c'est surtout son sens du legato qui impressionne : Bellini exige cette capacité à faire naître l'émotion de la continuité même du souffle, et Sekgapane répond à cette exigence avec une musicalité d'une rare distinction. Confondants de beauté, ses deux grands airs rossiniens, celui d'Idreno puis celui de Melchthal, ont été salués par des applaudissements frénétiques. Son legato demeure constamment soutenu, même dans les vocalises les plus périlleuses, tandis que ses aigus brillantissimes se déploient avec une facilité qui évite tout effet de force.
Les duos constituent naturellement le cœur émotionnel de la soirée. L'entente entre les deux artistes apparaît immédiate, tant sur le plan musical que dramatique. Les timbres se complètent admirablement : la clarté cristalline du soprano trouve un équilibre idéal dans les couleurs plus chaleureuses du ténor. Les phrasés se répondent avec une souplesse qui donne l'impression d'une respiration commune, tandis que les cadences deviennent de véritables dialogues plutôt que de simples démonstrations vocales. Cette complicité transforme chaque numéro en une véritable scène d'opéra, où les personnages prennent vie malgré l'absence de décors ou de costumes.
Le programme permet également de mesurer les différences stylistiques qui distinguent les trois maîtres du bel canto. Rossini exige l'agilité et la précision rythmique ; Bellini privilégie l'infini de la ligne mélodique ; Donizetti annonce déjà le romantisme en renforçant la tension dramatique. Jennifer O'Loughlin et Levy Sekgapane adaptent constamment leur approche à ces langages distincts, évitant l'écueil d'une interprétation uniforme. Leur lecture met en lumière toute la richesse d'un répertoire qui demeure l'une des pierres angulaires de la technique vocale.
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| Photo personnelle |
Au-delà de la virtuosité, ce qui marque le plus est peut-être la sincérité musicale des deux interprètes. Aucun effet gratuit, aucune recherche de spectaculaire : les difficultés techniques semblent toujours découler naturellement du discours musical. Les trilles, les variations, les notes piquées ou les contre-ut ne sont jamais exhibés comme des trophées, mais intégrés à une conception profondément dramatique du chant. Cette élégance constitue précisément l'essence du bel canto, où la maîtrise absolue doit demeurer invisible.
Le public munichois ne s'y est pas trompé. Les applaudissements nourris et les bravi qui ont ponctué les grands airs comme les duos témoignaient de la reconnaissance envers deux artistes capables de faire revivre, avec authenticité et raffinement, un art vocal dont les exigences techniques restent parmi les plus élevées du répertoire lyrique. Accompagnés par un Michael Balke particulièrement inspiré et un orchestre attentif à chaque inflexion du chant, Jennifer O'Loughlin et Levy Sekgapane ont offert une véritable leçon de style, rappelant que le bel canto demeure, deux siècles après Rossini, Bellini et Donizetti, l'une des expressions les plus accomplies de la beauté de la voix humaine.
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| © Anna Schnauss |
Gioachino Rossini
La gazza ladra, duo de Ninetta et Giannetto
L'assedio di Corinto, " Giusto ciel! in tal periglio ", aria de Pamyra
Semiramide, " Ah ! dov'è il cimento ", aria d'Idreno
Gaetano Donizetti
Vincenzo Bellini
I puritani, " Rendetemi... Qui la voce... Vien, diletto ", aria d'Elvira, et " Vieni fra queste braccia ... Caro, non ho parola ", duo d'Elvira et Arturo.
Gioachino Rossini,
Armida, " Amor possente nome ... Vacilla a quegli accenti - Ah non poss'io resistere ", duo d'Armida et Rinaldo.
dimanche 12 juillet 2026
Création du Rienzi parisien en 1869 — Deux articles d' Albert Wolff dans Le Figaro d'avril 1869 — Dzing ! boum ! tra deri dera !
Introduction — Albert Wolff fait le procès de Wagner au printemps 1869
| Albert Wolff, né Abraham Wolff |
Le printemps 1869 marque un épisode singulier dans l'histoire de la réception de Richard Wagner en France. Huit ans après le tumulte provoqué par les représentations de Tannhäuser à l'Opéra de Paris, le compositeur allemand demeure une figure profondément controversée. Son nom continue de susciter des passions qui dépassent largement le seul terrain musical. Aux débats sur la réforme de l'opéra s'ajoutent des considérations esthétiques, politiques et nationales qui font de chaque nouvelle exécution de son œuvre un véritable événement intellectuel. C'est dans ce climat électrique que le Théâtre-Lyrique présente Rienzi, premier grand opéra de Wagner, tandis que la presse parisienne se mobilise une nouvelle fois autour de celui que beaucoup considèrent déjà comme le musicien le plus dérangeant de son époque.
C'est à Jules Pasdeloup que l'on doit le premier Rienzi parisien, une production qui connut un grand succès au Théâtre Lyrique en avril 1869. Judith Gautier, alors épouse de Catulle Mendès, qui était en correspondance avec Wagner, avait espéré que le compositeur fasse à cette occasion le voyage de Paris, mais Wagner, qui semble un moment l'avoir envisagé, resta dans sa retraite de Triebchen. Lors de la première du Rienzi elle venait de publier un article consacré aux grands opéras de Wagner (dans La Liberté du 7 avil 1869).
" Quelle que soit l'opinion de la critique l'égard de Rienzi, nous constaterons cependant que la première représentation en a été brillante.La salle était divisée en deux camps : les enthousiastes, ivres, fous, délirants ! les protestants sifflant timidement, car le sifflet est plus difficile aux hommes polis que les applaudissements. Pour un rien, il y aurait peut-être eu lutte à coups de poings.
La victoire est restée aux enthousiastes. Peut-être étaient-ils en nombre supérieur. Cette victoire est douteuse, au reste, car Rienzi est long et ennuyeux, et le vrai public qui va venir, désintéressé et désireux de s'amuser, donnera peut-être raison filiale aux mécontents."
Les deux articles publiés en avril 1869 témoignent de cette opposition sous deux formes complémentaires. Le premier, paru avant même les représentations de Rienzi, prend pour point de départ la réapparition du pamphlet Le Judaïsme dans la musique. En rappelant ce texte violemment antisémite, Wolff ne se contente pas d'évaluer un musicien : il entend dresser le portrait moral de son auteur. Wagner est présenté comme un polémiste arrogant, un théoricien excessif et un artiste dont les prétentions intellectuelles seraient à la mesure de son orgueil. Cette attaque préalable contribue à installer un cadre de lecture dans lequel l'œuvre apparaît inséparable de la personnalité de son créateur.
Le second article, publié après la création parisienne de Rienzi, déplace la polémique sur le terrain artistique. Wolff y examine la partition avec la conviction que l'opéra confirme toutes les réserves qu'il nourrit depuis plusieurs années. Il reproche à Wagner l'abandon des formes traditionnelles, une orchestration jugée envahissante, un langage dramatique qu'il estime emphatique et une inspiration qu'il considère inégale. Mais cette critique dépasse largement l'analyse musicale. Elle exprime l'inquiétude d'une partie du monde culturel français face à une conception nouvelle du théâtre lyrique, où l'orchestre, la continuité dramatique et l'ambition philosophique remettent en cause les habitudes héritées du grand opéra parisien.
Ces textes ne doivent cependant pas être lus comme de simples comptes rendus de spectacle. Ils appartiennent à une époque où la critique musicale occupe une place centrale dans la vie intellectuelle. Avant l'essor de la musicologie universitaire, ce sont les journalistes qui définissent les critères du goût, arbitrent les querelles esthétiques et influencent durablement la réputation des compositeurs. Les colonnes des quotidiens deviennent le prolongement des salles de spectacle. Les débats s'y déroulent avec une vigueur parfois brutale, où l'ironie, la caricature et la formule assassine constituent des armes aussi importantes que l'argumentation technique.
Relire Albert Wolff aujourd'hui suppose également de prendre la mesure des préjugés de son temps. Son premier article s'inscrit dans un contexte où les attaques contre Wagner se nourrissent aussi de la diffusion de son pamphlet antisémite, texte dont la violence choque encore le lecteur contemporain. Sans partager les thèses de Wagner, Wolff instrumentalise néanmoins cette publication pour renforcer son réquisitoire, brouillant ainsi les frontières entre jugement moral et critique artistique. Ce procédé rappelle combien les débats esthétiques du XIXᵉ siècle sont rarement indépendants des affrontements idéologiques qui traversent la société européenne.
La publication de ces deux articles présente enfin un intérêt documentaire considérable. Ils permettent de retrouver Wagner avant qu'il ne devienne le monument de l'histoire de la musique que le XXᵉ siècle a consacré. En avril 1869, rien n'est encore définitivement acquis. L'Or du Rhin n'a pas été créé, — il sera créé à Munich en septembre 1869, — La Walkyrie, Siegfried et Le Crépuscule des dieux attendent encore leur première représentation intégrale, et Bayreuth n'existe pas encore comme lieu mythique. Wagner demeure un compositeur en devenir, admiré par une minorité fervente mais combattu avec vigueur par une grande partie de la critique française.
C'est précisément ce qui confère aujourd'hui toute leur valeur à ces chroniques. Elles ne disent pas seulement ce que pensait Albert Wolff de Rienzi ; elles révèlent les résistances qu'une révolution artistique suscite au moment même où elle est en train de s'accomplir. Elles montrent comment une œuvre appelée à entrer dans le répertoire peut d'abord apparaître comme une menace pour l'ordre esthétique établi. À ce titre, ces textes constituent moins le témoignage d'une erreur de jugement que celui d'un instant où l'histoire reste ouverte, où le verdict de la postérité n'est pas encore rendu et où le combat des idées se livre chaque soir dans les salles d'opéra comme chaque matin dans les colonnes des journaux.
Gazette de Paris du Figaro du 4 avril 1869.
| Rienzi traduit en français par Nuitter et Guillaume |
Gazette de Paris du Figaro du 8 avril 1869.
THÉÂTRE-LYRIQUE Rienzi, paroles et musique de M. Richard Wagner.
1869 - Rienzi au Théâtre-Lyrique - L'article de Jean-Gustave Bertrand dans le Ménestrel du 11 avril 1869.
Le musicographe Jean-Gustave Bertrand (1834-1880) signe ici un article moins anti-wagnérien qu'il n'y paraît à première lecture. Les...
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