Le blog de Luc-Henri Roger
Le blog de Luc-Henri Roger
mercredi 4 mars 2026
Reprise de l'Onéguine de John Cranko au Bayerisches Staatsballett. Une soirée pour aficionados.
mercredi 25 février 2026
Une Asmik Grigorian incandescente transcende le rôle de Salomé à la Bayerische Staatsoper
La robe de Salomé est rouge comme le sang pulsé dans les artères ou comme le sang qui jaillit d'un corps décapité, sa robe est rouge comme ses lèvres qui exigent le baiser de Jochanaan, qui le lui refuse, et qu'elle obtiendra en fin de partie en le cueillant la tête tranchée posée sur un plateau, c'est le rouge d'Eros et celui de Thanatos, de la vie comme de la mort. Asmik Grigorian livre une Salomé d'une intensité dramatique qui gagne en puissance tout au long de l'opéra, nourrie par les rôles qu'elle a travaillés ces dernières années, la Marie de Wozzeck, Desdémone, Turandot, Norma ou Lady Macbeth, un parcours qui lui fit remporter l'an dernier l'International Opera Award dans la catégorie « Interprète féminin ». Le rôle exige une endurance extrême, Asmik Grigorian le porte avec une force d'expression intense : sa Salomé vit dans un monde corrompu qui l'ennuie profondément et dont elle refuse les fausses valeurs, mais dont elle est prisonnière. Sa rebellion se fait avec les armes dont elle dispose, le cynisme, une beauté sensuelle dévastatrice et des provocations en crescendo. Le travail corporel de la chanteuse, l'intensité de son engagement physique, sa beauté athlétique concourent à une prestation sublime, qui laisse le public pantois d'admiration.
| Joachim Bäckström et Asmik Grigorian |
L'opéra de Strauss est porté par un plateau homogène dans l'excellence. On retrouve le baryton Wolfgang Koch qui rend avec force tant les ambivalences que l'intensité visionnaire et prophétique qui animent son personnage. Le ténor héroïque suédois Joachim Bäckström fait des débuts réussis dans le rôle de Narraboth à l'Opéra national de Bavière, avec une clarté d'émission et un timbre très séduisants. On le retrouvera également en Siegmund à l'été prochain dans la nouvelle production de La Walkyrie, un rôle qu'il a interprété depuis 2020 à Stockholm, Helsinki et récemment à Monaco. Gerhard Siegel tient brillamment sa partie en Hérode, dont il dessine le portrait de pervers décadent excédé par son épouse Hérodiade et titillé par la morsure des petites dents de sa belle-fille dans le fruit défendu. Claudia Mankhe donne une solide Hérodiade.
La direction musicale a été confiée au Bavarois Thomas Guggeis, que l'on a déjà pu entendre en concert à Munich, en 2023 et 2025. Il préside aux destinées musicales de l'Opéra de Francfort depuis 2023 et fait aujourd'hui des débuts très acclamés à la Bayerische Staatsoper, où il dirige son premier opéra. Il rend la partition de Strauss avec une précision rare, semblant se faire un jeu de ses difficultés. Le public très mélomane ne s'y est pas trompé et lui a réservé, ainsi qu'à l'orchestre, une ovation égale à celle qui a couronné Asmik Grigorian. Voilà qui promet des lendemains qui chantent à ce jeune chef de 33 ans qui s'est déjà illustré dans sa direction d'opéras de Wagner et de Strauss.
Direction musicale Thomas Guggeis
Assistante à la mise en scène de Krzysztof Warlikowski Marielle Kahn
Décors et costumes Małgorzata Szczęśniak
Lumières Felice Ross
Vidéo Kamil Polak
Chorégraphie Claude Bardouil
Dramaturgie Malte Krasting et Miron Hakenbeck
Hérode Gerhard Siegel
Hérodiade Claudia Mahnke
Salomé Asmik Grigorian
Jochanaan Wolfgang Koch
Narraboth Joachim Bäckström
Un page d'Hérodiade Avery Amereau
Premier Juif Ya-Chung Huang
Deuxième Juif Tansel Akzeybek
Troisième Juif Frederick Ballentine
Quatrième Juif Jinxu Xiahou
Cinquième Juif Chabaranok romain
Premier Nazaréen Martin Snell
Deuxième Nazaréen Lucas van Lierop
Premier soldat Pawel Horodyski
Deuxième soldat Balint Szabó
Un Cappadocien Armand Rabot
Un esclave Iana Aivazian
La femme du Cappadocien Paula Duarte Romero
La mort Peter Jolesch
Orchestre d'État de Bavière
Crédit photographique © Geoffroy Schied
mardi 24 février 2026
Roland Schwab met en scène le Prince Igor de Borodine au Théâtre de la Gärtnerplatz
Tobias Kartmann (Alexandre Glazounow), Vladimir Pavic (Nikolaï Rimski-Korsakov), Dieter Fernengel (Alexandre Borodine) |
Le metteur en scène Roland Schwab a imaginé de restituer la problématique de la composition en convoquant trois personnages que le livret ne prévoyait pas, à savoir le trio de compositeurs qui travaillèrent sur l'opéra. Pendant le prologue, on se trouve dans la vaste pièce de séjour de Borodine. Trois acteurs jouent les rôles des compositeurs, le jeune Alexandre Glazounov et Rimski-Korsakov écoutent Borodine installé au piano à queue. Un grand lustre en cristal et la beauté architecturale de la salle signalent l'opulence dans laquelle vit le distingué professeur de chimie. On le voit ensuite enfiler son tablier blanc, des tables couvertes de flacons et d'éprouvettes sont poussées en scène, des étudiants font des expériences de chimie que surveille le professeur. Cette ambiance feutrée et créative se voit interrompue de manière fracassante par l'arrivée d'Igor et de ses troupes armées, les couloirs du temps se sont ouverts et les guerriers du 12ème siècle ont envahi le grand salon pétersbourgeois de la fin du 19ème siècle. Ces deux mondes vont se côtoyer jusqu'à la fin de l'opéra.
| Scène du ballet avec Gjergji Meshaj dansant sur le piano. |
| Matija Meić (Prince Igor), Oksana Sekerina (Jaroslavna) |
| Vladimir (Arthur Espiritu et le corps de ballet) |
Le baryton Matija Meić donne un Prince Igor tout en puissance, avec une présence scénique imposante et des basses impressionnantes. La soprano russe Oksana Sekerina chante celui de son épouse, d'une voix ample dotée d'un beau legato, mais qu'elle force jusqu'au cri dans la tenue des plus hautes notes. La basse grecque Timos Sirlantzis campe un Prince Galitzky parfaitement maléfique et exécrable, avec un jeu d'acteur remarquable et forte présence scénique. Le ténor américain Arthur Espiritu donne un prince Vladimir de son ténor fluide et doré, une interprétation d'une beauté sidérante, on regrette que ce rôle soit si court. Monika Jägerová donne une délicieuse Konchakovna, avec Arthur Espiritu ils forment un couple idéal de jeunes premiers. Levente Pall incarne de sa belle voix de basse bien projetée un Khan dont l'autorité de vainqueur se marie à la bonhomie affable d'un hôte accueillant.
L'orchestre et les choeurs ont rendu la musique captivante. La mise en scène rend un vibrant hommage au génie de la triade de compositeurs et aux beautés de la partition, qui révèle toutes les qualités du talent de Borodine : l'impulsion poétique, un goût exquis, une originalité naturelle et une facilité technique d'autant plus étonnante que la musique n'était que l'occupation de ses rares heures de loisirs. Quoique inachevée, l'épopée du Prince Igor a conféré à Borodine l'aura d'un poète national. Borodine pensait que Prince Igor était essentiellement destiné à un public russe. " Il ne supportera jamais la transplantation. " disait-il, ce en quoi il se trompait. Les Ballets russes il y a plus de cent ans à Paris et la remarquable production actuelle du Theater-am-Gärtnerplatz prouvent tout le contraire. Comment pourrait-on rester insensible à cet opéra qui entremêle les danses au chant, qui allie les rythmes somptueux aux timbres éclatants des voix, où les figures de la danse ont des inflexions imprévues et les mélodies une gravité attendrie ? C'est à voir et à revoir, absolument !
(1) Le manuscrit original de cette saga fut acheté à un moine par le comte Moussine-Pouchkine en 1795, et publié par lui en 1800. Malheureusement, le document original faisait partie des nombreux trésors qui périrent dans l'incendie de Moscou en 1812. Son authenticité a dès lors été la cause de disputes innombrables.
Distribution du 22 février 2026
jeudi 19 février 2026
Um duumvirat féminin fait triompher le Faust de Gounod à l'Opéra de Munich
| Faust rajeuni et Marguerite |
| Méphisto et Marguerite qui porte son enfant |
| Le retour de Valentin et des soldats |
samedi 31 janvier 2026
Requiem Aeternam, le concert sacré de la Semaine Mozart 2026 à Salzbourg
- Ensemble L'Arpeggiata
Capella Cracoviensis
Christina Pluhar ( Direction d'orchestre)
Tamara Ivaniš ( Soprano )
Philippe Jaroussky ( contre-alto )
Zachary Wilder ( Ténor )
Dingle Yandell ( Basse) - Le concert sera diffusé sur Radio Ö1 le 24 février 2026 à 19h30.
Crédit photographique © Wolfgang Lienbacher
vendredi 30 janvier 2026
À la recherche de l'arbre perdu — Der alte Baum par le Théâtre de Marionnettes de Salzbourg
| Save the planet ! |
Der alte Baum (Le vieil arbre) est la reprise d'un spectacle de marionnettes entièrement conçu par le ténor et metteur en scène autrichien Paul Schweinester pour le Théâtre de Marionnettes salzbourgeois, où il fut créé en 2023. Cette année, il est remis à l'affiche dans le cadre de la Semaine Mozart 2026. Le public, enchanté par la production de 2023, était impatient de revoir le spectacle. à noter que le créateur du spectacle interprète pour le moment le rôle de Monostatos dans la nouvelle production de la Flûte enchantée, mise en scène par le Rolando Villazón.
| Franzi sur le vieil arbre perchée |
Clarinette Maximilian MisofViolon Jelena KrmpotAlto Djonathan Inacio da SilvaVioloncelle Johanna VocetkováPercussions Florian Pöttler
jeudi 29 janvier 2026
Giulio Cesare in Egitto de Haendel au Théâtre d'État de Salzbourg
| Cesare (Rafał Tomkiewiecz) et Cleopatra (Nicole Lubinger) |
| Cornelia (Melissa Zgouridi) |
| Cleopatra (Nicole Lubinger) en show girl sous l'oeil d'Horus |
Mise en scène, concept, chorégraphie Chiara Osella et Carlo Massari
Scénographie Eleonora De Leo
Costumes Emilia Zagnoli
Conception vidéo Tobias Witzgall
NABA : Milan et Rome (animations IA)
Giulio Cesare Rafał Tomkiewicz
Cornelia Melissa Zgouridi
Sesto Pompeo Katie Coventry
Curio Daniele Macciantelli
Cleopatra Nicole Lubinger
Tolomeo Valeria Girardello
Achilla Yevheniy Kapitula
Nireno Vania Hristova / Beth Jones / Kayo Nakai
Chœur du Théâtre d'État de Salzbourg
Continuo Juliane Sophie Ritzmann / Marco Baronchelli / Claudia Cecchinato
Reprise de l'Onéguine de John Cranko au Bayerisches Staatsballett. Une soirée pour aficionados.
Onéguine (Jakob Feyferlik) © Nicholas MacKay John Cranko @ Hannes Kilian John Cranko fut chorégraphe en chef du Ballet de l'Opéra d'...
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La première acclamée de la redécouverte de l'opérette Waldmeister de Johann Strauss au Staatstheater am Gärtnerplatz a dû être interrom...
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Acte I - Scène du Te Deum Stefano Poda est un metteur en scène visionnaire en quête d'unité esthétique et conceptuelle qui combine toujo...


