samedi 31 janvier 2026

Requiem Aeternam, le concert sacré de la Semaine Mozart 2026 à Salzbourg


L'édition 2026 de la Semaine Mozart à Salzbourg marque deux anniversaires majeurs : le 270ème anniversaire de Mozart et les 70 ans du festival Mozart fondé à Salzbourg en 1956. «Mozart est né en 1756, mais ce n'est qu'avec sa mort prématurée en 1791, bouclant la boucle, qu'il a atteint l'immortalité. " Mozart : lux æterna " est la devise de cette Semaine Mozart anniversaire ; nous célébrons la lumière éternelle de Mozart », explique Rolando Villazón, le talentueux directeur artistique de la Semaine Mozart, une fonction qu'il occupe depuis dix ans. Sa contribution à la renommée mondiale de la Fondation internationale Mozarteum est telle que le comité directeur de la Fondation Mozarteum vient d'annoncer sa décision de prolonger le contrat jusqu'en 2031. 

Le public a pu vivre une fervente soirée de musique sacrée dans la grande salle du Mozarteum, avec au programme le Stabat Mater de Pergolèse et le Requiem de Mozart. L'intensité dramatique de l'oeuvre de Pergolèse rencontre l'émouvante immensité de l'univers mozartien. Les figures des deux compositeurs sont souvent associées en raison de leur génie précoce et de leur mort prématurée. On se souviendra que  Miloš Forman avait utilisé le  "Quando Corpus Morietur" du Stabat Mater dans son film Amadeus, en accompagnement de la scène des funérailles du père d'Antonio Salieri. Il est très probable que Mozart ait eu connaissance de la musique de Pergolèse à Vienne, où la plupart des églises disposaient de copies des oeuvres du compositeur italien.


On attendait Emőke Baráth et Philippe Jaroussky dans le Stabat Mater, deux chanteurs depuis longtemps partenaires dans l'interprétation de cette oeuvre, mais la soprano hongroise a dû se désister pour cause de maladie. C'est la soprano belge Céline Scheen, spécialisée dans la musique ancienne, qui l'a heureusement remplacée. Les deux solistes avaient déjà interprété le Stabat Mater ensemble, mais n'ont pas eu beaucoup de temps pour répéter. Ils ont cependant réussi à défendre vaillamment la vérité tragique de cette oeuvre qui, au-delà de l'exaltation religieuse de la douleur de personnages appartenant à l'environnement divin, exprime la douleur déchirante d'une femme devant le corps sans vie de son fils. C'est cette humanité de Marie qui touche et à laquelle on s'identifie, et c'est exactement ce que le poème prédit : "Quis est homo qui non fleret..." (Quel homme ne pleurerait-il pas..). Et de fait l'émotion et les larmes montent rapidement, une émotion magnifiquement retranscrite par les deux solistes dont les voix ont réussi à s'accorder et à se compléter avec bonheur pour rendre la déchirante humanité du fabuleux poème de Iacopone da Todi mis en musique par Pergolèse. Leurs chants tour à tour se frôlent et se joignent en un témoignage d'un pathétique tout à la fois crucifiant et cathartique. Souveraine au sourire énigmatique, Christine Pluhar dirige avec maîtrise et talent l'Arpeggiata, l'ensemble vocal et instrumental qu'elle a fondé en l'an 2000. La cheffe et son ensemble ont rendu, sans doute avec un peu trop de volume, les sentiments, la tristesse, l'angoisse, mais aussi la jubilation, que transporte cette musique aux accents célestes.  


Le Requiem en ré mineur inachevé de Mozart a été interprété dans la version de Süßmayr avec, pour le choeur, les huit chanteurs de la Capella Cracoviensis. Des interprètes d'une vitalité et d'une puissance exceptionnelles en dialogue musical avec quatre solistes de premier plan. La croate Tamara Ivaniš, qui interprète cette semaine Papagena dans la Flûte enchantée, la nouvelle production de la Semaine Mozart, a repris au pied levé le rôle soliste soprano en remplacement d'Emőke Baráth. Philippe Jaroussky dans la partie contre-alto peinait quelque peu à se faire entendre face à la puissance de l'orchestre. La présence vocale du  ténor américain Zachary Wilders est d'un éclat étincelant, son «Mors stubebit», extrait du «Tuba mirum», emplit les coeurs de sa beauté confondante. Le britannique Dingle Yandell apporte une assise solide au rôle baryton-basse qu'il exprime de sa voix chaleureuse et puissante, dotée d'une remarquable projection.

En clôture de ce concert salué par une standing ovation, les interprètes ont bissé le "Lacrimosa", ce cadeau musical de Mozart à l'éternité. Ce sont là des musiques suprahumaines et intemporelles qui expriment l'élévation vers le spirituel avec des textes profondément douloureux et qui ouvrent la fenêtre d'une consolation lumineuse dans les ténèbres où se trouve plongé le monde. 

Distribution

  • Ensemble L'Arpeggiata
    Capella Cracoviensis
    Christina Pluhar ( Direction d'orchestre)
    Tamara Ivaniš ( Soprano )
    Philippe Jaroussky ( contre-alto )
    Zachary Wilder ( Ténor )
    Dingle Yandell ( Basse)

  • Le concert sera diffusé sur Radio Ö1 le 24 février 2026 à 19h30.

    Crédit photographique © Wolfgang Lienbacher

vendredi 30 janvier 2026

À la recherche de l'arbre perdu — Der alte Baum par le Théâtre de Marionnettes de Salzbourg

Save the planet !

Der alte Baum (Le vieil arbre) est la reprise d'un spectacle de marionnettes entièrement conçu par le ténor et metteur en scène autrichien Paul Schweinester pour le Théâtre de Marionnettes salzbourgeois, où il fut créé en 2023. Cette année, il est remis à l'affiche dans le cadre de la Semaine Mozart 2026. Le public, enchanté par la production de 2023, était impatient de revoir le spectacle. à noter que le créateur du spectacle interprète pour le moment le rôle de Monostatos dans la nouvelle production de la Flûte enchantée, mise en scène par le Rolando Villazón.

Le Théâtre de Marionnettes

Il fut fondé  en 1913 par l'artiste et sculpteur Anton Aicher (1859-1930). Les petits personnages à l'âme de bois ont été surnommés les « Marionnettes de Mozart », car ils se sont en effet distingués par leurs représentations d’opéras de Mozart, dont le premier fut Bastien et Bastienne l'année de la fondation. La Flûte enchantée, créé 1952 et 1954, L’Enlèvement au Sérail (1958) ou Così fan tutte (1988) figurent toujours au répertoire. En raison de sa pratique unique, le théâtre de marionnettes a été inscrit sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO.

Le Salzburger Marionettentheater s’est installé depuis 1971 dans une salle de théâtre de style baroque située entre le Mozarteum et le Landestheater de Salzbourg.

Au Théâtre de Marionnettes de Salzbourg celles-ci sont maîtresses de la scène, et les humains qui les manipulent se situent dans les cintres ou au-dessous de l'avant-scène. Car, tandis que sur scène, ces marionnettes finement ouvragées interprètent des pièces de théâtre, des contes de fées ou des comédies musicales et des opéras, ce sont des marionnettistes expérimentés qui guident tous leurs mouvements grâce à une technique particulière, chacun actionnant douze fils. Cette technique de représentation a été déclarée digne d'être préservée, en tant que « forme la plus développée de théâtre de marionnettes et de figures », ce qui a valu au Théâtre de Marionnettes de Salzbourg une place sur la Liste du patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO.


Le vieil arbre ou Le voyage de Franzi au bout du monde

Une comédie musicale en trois scènes avec des arrangements musicaux d'après Wolfgang Amadeus Mozart. Une coproduction de la Fondation internationale Mozarteum et du Théâtre de marionnettes de Salzbourg, en coopération avec l'Université de musique et des arts du spectacle de Vienne. Les paroles des airs chantés ont été partiellement réécrites pour servir le déroulement de l'action. L'histoire a été conçue en étroite collaboration entre le metteur en scène Paul Schweinester et le directeur artistique du Théâtre de marionnettes de Salzbourg, Philippe Brunner. Leur travail a été enrichi par la précieuse contribution de l'auteure et dramaturge Susanne Wolf, tant sur le plan du contenu que sur celui de la langue.


Franzi est une jeune marionnette en bois militante écologiste qui a pour père le sculpteur Papa Figuro. Pour la jeune fille, les arbres ne sont pas des encombrants urbains, mais des concentrés d'énergie vivante qu'il faut préserver et propager à tout prix. Mais voilà, les prétendus progrès civilisationnels ont fait disparaître tous les arbres de la planète. Le bois qui est la chair et le sang des marionnettes, vient à manquer. Franzi se brise une jambe et son père ne peut la remplacer, car il n'y a plus un seul morceau de bois à trouver. En dernière ressource, il se décide à recycler la planche de l'escarpolette sur laquelle Franzi aime tant à se balancer, la jambe de Franzi est sauvée ! Encouragée par son ami Moo, un jeune militant à la coiffure punk, elle se lance dans une grande aventure qui les portent jusqu'aux confins du monde, un monde auquel ils vont  apporter une contribution significative grâce à l'aide d'un arbre très particulier, qui répond au doux nom d'Arbolo. Un oiseau quelque peu magique, dénommé Zilpzalp, va leur montrer le chemin et les accompagner dans leur quête, au cours de laquelle la Reine de la Nuit, qui ne pouvait manquer car elle est un peu sorcière, apparaît à Franzi. Au terme d'une longue pérégrination, ils arrivent près du vieil arbre, un vieux sage qui leur permet de cueillir et d'emporter de ses précieux drageons, qui une fois replantés permettront de reboiser la planète. 

Franzi sur le vieil arbre perchée

La nouvelle production s'inspire de thèmes contemporains et socialement pertinents tels que la protection de la nature, le dépérissement des arbres et l'urbanisation.  Le récit inédit du Viel arbre est présenté sous forme de pasticcio musical / Singspiel,  avec des arrangements de la musique de Mozart réalisés par le célèbre violoniste et compositeur autrichien Tscho Theissing. Pour la reprise actuelle, une jeune équipe de chanteurs et de musiciens de l'Université de Musique et des Arts du Spectacle de Vienne assure l'accompagnement musical en direct. La conception physique des marionnettes, tous les costumes et la scénographie ont été entièrement réalisés par les employés du Théâtre de Marionnettes de Salzbourg, qui ont mis toute leur expérience au service de la création de cette œuvre nouvelle.

Le Singspiel, une production séduisante, imaginative, audacieuse et charmante qui explore un thème qui nous accompagne depuis plusieurs générations, s'adresse tant aux adultes qu'aux enfants. 

Moo, Franzi et Papa Figuro

Conception et distribution

Conception, mise en scène et interprétation : Paul Schweinester 
Arrangements musicaux et direction musicale : Tscho Theissing
Conception et dramaturgie : Philippe Brunner
Têtes de marionnettes : Vladimir Fediakov
Costumes : Edouard Funck
Scénographie : Emanuel Paulus

Anija Lombard (soprano)
Brett Pruunsild (baryton)

Les Musiciens du théâtre viennois, avec au violon Bettina Gradinger et à l'accordéon  Maria Reiter

Étudiants de l'Université de musique et des arts du spectacle de Vienne :
Clarinette Maximilian Misof
Violon Jelena Krmpot
Alto Djonathan Inacio da Silva
Violoncelle Johanna Vocetková
Percussions  Florian Pöttler

Ensemble du Théâtre de marionnettes de Salzbourg

Le pasticcio musical entièrement mozartien est réalisé au départ d'opéras, de musiques orchestrales et d'arias. Quant aux opéras, on reconnaîtra des citations de Bastien et Bastienne, L'enlèvement au sérail, Don Giovanni, Zaide, Les Noces de Figaro, La Flûte enchantée, Cosi fan tutte. 

Crédit photographique @ Wolfgang Lienbacher (photos 1, 3 et et 4) et Bernhard Müller (photos 2 et 5)

jeudi 29 janvier 2026

Giulio Cesare in Egitto de Haendel au Théâtre d'État de Salzbourg

Cesare (Rafał Tomkiewiecz) et Cleopatra (Nicole Lubinger)

Alors qu'au Festival de Salzbourg de l'été dernier Dmitri Tcherniakov situait l'action du Giulio Cesare in Egitto de Haendel dans un univers de béton, le Landestheater de Salzbourg remet le couvert à quelques mois d'intervalle : les metteurs en scène Chiara Osella et Carlo Massari (COCM Design Studio) déplacent l'action dans un hôtel casino du Las Vegas dans les années 1970. Un panneau lumineux nous l'annonce d'entame : les jeux de pouvoir et les intrigues sordides du Giulio Cesare n'ont plus lieu dans les sables d'Égypte mais dans les sables du Nevada, le Nil et la Méditerranée sont remplacés par les piscines glamoureuses des palaces de la capitale où Mammon et le bling bling ostentatoire et clinquant des vêtements de luxe et des bijoux voyants règnent en maîtres, un monde de gangsters prédateurs qui s'affrontent le browning à la main et s'approprient les femmes qu'ils désirent. Le monde marin se retrouve aussi dans trois aquariums gigantesques aux eaux bulleuses où le corps de César supposé noyé flotte parmi les poissons. Jules César et l'Égypte sont bien présents à Las Vegas avec deux hôtels célèbres érigés sur le Strip : le Caesars Palace, avec sa statue de César qui vous accueille  et l'hôtel Luxor, avec ses obélisques, son sphinx et sa pyramide de plus de cent mètres de hauteur. Las Vegas c'est aussi la capitale du spectacle à l'américaine, Elvis Presley y triompha dans les années 1970. Pour le grand finale, Chiara Osella et Carlo Massari n'ont pas manqué d'introduire une Wedding Chapel, un de ces endroits où l'on peut se marier dans l'heure. La fin du spectacle nous introduit en absurdie : on voit Cornelia en tenue de mariée flirter un moment avec Tolomeo ressuscité, le meurtrier de son époux qui avait voulu s'emparer d'elle comme une partie d'un butin de guerre.


La scénographie d'Eleonora De Leo s'inspire de la ville du péché : statue en or de César, parois couvertes de dessins en style hiéroglyphique , palmiers fuchsia lumineux, couronnes de lauriers en or, rideaux de lamelles étincelantes, salles de casino bondées où l'on se dispute la place pour actionner le bras des  bandits manchots et alimenter la caisse des gangsters, voiture décapotable dorée de César. Les costumes tape à l'oeil et frimeurs d'Emilia Zagnoli sont à l'aune des décors, la costumière rend avec talent et humour le vestiaire des stars et des actrices de music-hall. Les costumes, les coiffures et les poses de César et d'Achilla s'inspirent de ceux d'Elvis. Le kaléidoscope multicolore des lumières de Richard Schlager, les vidéos de Tobias Witzgall et les animations par intelligence artificielle de NABA Milan et Rome, tout concourt à souligner l'atmosphère d'extravagance, de divertissement et de splendeur artificielle voulue par le duo de metteurs en scène Carlo Massari et Chiara Osella qui, en déplaçant le temps et le lieu de l'action, ont réussi à donner une dimension humoristique à l'opera seria de Haendel, sans altérer aucunement les puissantes montées émotionnelles et lyriques de l'oeuvre. Un pari osé et remporté haut la main, et qui a rencontré la faveur du public, dont les sourires amusés se sont mêlés aux larmes arrachées par les arias tragiques et élégiaques des merveilleux chanteurs. Les talents de Carlo Massari, un artiste, chorégraphe et interprète transdisciplinaire (performer) reconnu pour son approche hybride et fusionnelle des arts de la scène, ont rencontré ceux de Chiara Osella, chanteuse d'opéra et metteuse en scène, et l'addition de leurs talents donne un résultat bien supérieur à la simple somme de leurs parties. Leur approche ironique du kitsch glamoureux qui théâtralise le quotidien d'une façon ostentatoire et superficielle rencontre bien l'opulence et l'exagération du baroque. Cet humour n'effrite pas l'intensité émotionnelle de l'oeuvre : les personnages mythiques du drame antique sont soumis aux mêmes écartèlements émotionnels que les stars contemporaines. La décapotable de César est en carton renforcé ou en bois léger, comme une de ces voitures que construisaient autrefois les gamins. Son arrivée en scène donne une clé de lecture du propos de la mise en scène.  Avec Giulio Cesare in Egitto le duo COCM a fait de brillants débuts salzbourgeois, une grande et joyeuse entrée dans la capitale de l'excellence musicale.

Cornelia (Melissa Zgouridi)

Premier Kapellmeister du Théâtre d'État de Salzbourg depuis la saison 2023/24, le jeune chef d'orchestre Carlo Benedetto Cimento est un passionné du travail avec les chanteurs, son premier parcours professionnel fut celui d'un coach pour le chant italien qui fut aussi répétiteur soliste, ce qui se perçoit bien dans sa direction des chanteurs. Il dirige avec une engagement corporel total tout en fredonnant constamment les paroles de la partition. Les mimiques du visage, le doigté, les élégants mouvements des mains, les invitations du regard, le corps qui danse la musique dont il semble habité, tout montre un chef en immersion totale dans la partition dont il déploie les beautés avec une sensibilité bouleversante. L'Orchestre du Mozarteum de Salzbourg et le Chœur du Théâtre d'État de Salzbourg livrent une prestation remarquable. Un ensemble d'instrumentistes renommés, dont le corniste soliste Rov van de Laar qui donne un "Va tacito e nascosto" exceptionnel. Le quatuor de cornistes est par ailleurs mis à l'honneur dans les loges d'avant-scène. Une scène rassemble également huit musiciens présents sur le plateau, un moment d'une grande poésie scénique et lyrique.

Cleopatra (Nicole Lubinger) en show girl sous l'oeil d'Horus

Seul contreténor de la production, le Polonais Rafał Tomkiewiecz. finaliste du Concours Cesti d'Inssbruck 2018, fait des débuts salzbourgeois remarqués dans le rôle titre, avec une finesse d'interprétation et une sensibilité impressionnantes. Son ”Se in fiorito ameno prato”, est particulièrement élégant. Sa diction italienne est irréprochable, il excelle dans les vocalises, magnifiquement maîtrisées, notamment dans "Presti omai l’Egizia terra" ou dans "Empio, diró tu sei". La chanteuse carinthienne Nicole Lubinger offre une Cléopâtre au soprano lumineux avec une composition très contemporaine du personnage. Américaine d'origine brésilienne, Melissa Zgouridi subjugue par la puissance de sa présence scénique en Cornelia, qu'elle pare de la chaleur veloutée de son mezzo-soprano puissant, doté de graves émouvants. Le rôle travesti de Sesto Pompeo est tenu par la mezzo-soprano écossaise Katie Coventry qui compose un personnage adolescent qui peine à assumer la vengeance de son père, un rôle en pantalon bien interprété. La mezzosoprano Valeria Girardello prête sa voix dotée de belles profondeurs et son timbre de bronze à l'ignoble Tolomeo. Le baryton ukrainien Vevheniy Kapitula donne un Achilla de belle venue.

À l'entracte un quatuor à cordes divertit le public resté en salle de quelques morceaux de musique des années 1970, dont le "New York New York" de Frank Sinatra, un agréable complément bien dans la ligne du temps revisitée de l'action. 

Distribution du 28 janvier 2026

Direction musicale Carlo Benedetto Cimento
Mise en scène, concept, chorégraphie Chiara Osella et Carlo Massari
Scénographie Eleonora De Leo
Costumes Emilia Zagnoli
Conception vidéo Tobias Witzgall
NABA : Milan et Rome (animations IA)

Giulio Cesare Rafał Tomkiewicz
Cornelia Melissa Zgouridi
Sesto Pompeo Katie Coventry
Curio Daniele Macciantelli
Cleopatra Nicole Lubinger
Tolomeo Valeria Girardello
Achilla Yevheniy Kapitula
Nireno Vania Hristova / Beth Jones / Kayo Nakai

Orchestre Mozarteum de Salzbourg
Chœur du Théâtre d'État de Salzbourg

Cor solo Rob van de Laar
Continuo Juliane Sophie Ritzmann / Marco Baronchelli / Claudia Cecchinato

Crédit photographique @ LTH


mercredi 28 janvier 2026

Salzbourg — Expo Cosmos La Flûte enchantée à la résidence salzbourgeoise de Mozart

L'ancienne « Maison du Maître de Danse », aujourd'hui gérée par la Fondation Mozarteum de Salzbourg et devenue la Résidence Mozart, offrit à la famille Mozart un cadre spacieux à partir de 1773, avec un appartement de huit pièces au premier étage. Wolfgang Amadeus y vécut jusqu'à la fin de 1780, date à laquelle il quitta définitivement Salzbourg. La résidence de Mozart fut partiellement détruite pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle fut reconstruite en 1996 et rouverte au public. La résidence accueille actuellement une exposition visitée dans le cadre du festival de la Mozart Woche Salzburg (semaine Mozart à Salzbourg) qui fête cette année son 70ème anniversaire.



Expo Le monde de La Flûte enchantée

La Flûte enchantée, le chef-d'œuvre que Mozart a offert à l'humanité. L'exposition présente de nouvelles acquisitions provenant de la collection du collectionneur munichois le Dr Günther Gerisch et de son épouse Rosmarie, qui ont constitué une vaste collection Mozart axée sur  La Flûte enchantée  et la franc-maçonnerie à l'époque de Mozart.  L'exposition peut se visiter jusqu'au 7 avril 2026.

Reportage photographique




















Violon Klotz (luthier célèbre de Mittenwald) ayant appartenu à Mozart




Le chalet de la flûte enchantée

Un petit cottage chargé d'histoire : le légendaire Cottage de la Flûte enchantée se dressait dans le jardin du Bastion, derrière le Mozarteum, depuis les années 1950. Selon certaines sources, Mozart aurait composé une partie de son dernier grand opéra, « La Flûte enchantée », dans ce cottage. La tradition veut qu'Emanuel Schikaneder, le librettiste du célèbre singspiel, y ait retenu le compositeur afin de garantir l'achèvement de l'œuvre dans les délais impartis. Cette petite construction en bois se trouvait à l'origine dans le jardin jouxtant l'ancien Freihaus Theater de Vienne. Après la vente du Starhemberg Freihaus, dans le quartier de Wieden à Vienne, sur le terrain duquel se trouvait le chalet, le prince Starhemberg, propriétaire du chalet, le céda à la Fondation internationale Mozarteum en 1873. 



Le bâtiment fut solennellement déplacé de Vienne à Salzbourg à l'occasion du premier Festival de musique de Salzbourg en 1877. La Fondation Mozarteum l'érigea sur la colline de Kapuzinerberg, offrant un panorama exceptionnel surplombant le monastère des Capucins. Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, un droit de passage était exigé à la guérite (toujours existante) pour accéder aux hauteurs de Kapuzinerberg et atteindre le chalet. Après la guerre, le chalet tomba dans l'oubli, avant d'être entièrement restauré et installé dans le Jardin du Bastion le 6 mai 1950. Jusqu'à présent, le chalet n'était accessible qu'en été, lors d'événements organisés dans la Grande Salle du Mozarteum, et sur demande dans le cadre d'une visite guidée.


Après des travaux de restauration indispensables dans les ateliers du Musée de plein air de Salzbourg, la Maison de la Flûte enchantée a désormais trouvé sa place définitive dans la cour de la résidence de Mozart . Elle peut y être admirée lors d'une visite du musée. (Source : texte traduit du texte allemand original sur le site du Mozarteum)

jeudi 15 janvier 2026

Concert d'Académie de l'Orchestre d'État de Bavière: Vladimir Jurowski dirige Rachmaninov, Ravel et Strauss.


L'Orchestre d'État de Bavière 
 placé sous la baguette du directeur musical général Vladimir Jurowski interprète trois chefs-d'œuvre européens datant d'une période qui va de la fin du 19ème siècle aux années 1920, un voyage musical avec des compositions dont les styles contrastés reflètent les bouleversements du début du 20ème siècle. La soirée commence avec le poème symphonique de Sergueï RachmaninovL'île des morts (Остров мёртвых, op.29), inspiré par la mélancolie envoûtante du tableau éponyme d'Arnold Böcklin, qui est mis en contraste avec le Concerto pour piano en sol majeur de Maurice Ravel, un concerto dont la perfection classique rencontre le jazz et le blues et qui incarne l'optimisme rayonnant des années folles. La pianiste italienne Beatrice Rana devait faire ses débuts  à l'Opéra d'État de Bavière, une partie remise : empêchée elle a été  remplacée en dernière minute par le pianiste italo-suisse Francesco Piemontesi, qui avait remporté en 2007 le premier prix du prestigieux concours Reine Elisabeth, ce qui avait propulsé sa carrière. Entre la mélancolie de l'au-delà et l'affirmation de la vie se dresse Ainsi parlait Zarathoustra (Also sprach Zarathustra) de Richard Strauss : créé en 1896, ce poème symphonique d'une grande richesse et d'une grande profondeur, avec ses conflits non résolus, est déjà tourné vers l'avenir. La modernité toujours actuelle de cette composition, accueillie avec suspicion et étonnement à son époque, s'est vue confirmer par son utilisation dans le film monumental de Stanley Kubrick, 2001 : L'Odyssée de l'espace, qui, à son tour, projette l'histoire loin dans le futur. 


Vladimir Jurowski nous entraîne dans l'itinéraire mystique de L'île des morts de Sergueï  Rachmaninov en livrant une direction charismatique d'une précision redoutable, en ce sens que son exploration musicale nous installe dans la barque de Charon de l'un des cinq tableaux d'Arnold Böcklin dont le compositeur n'avait au départ pu contempler qu'une gravure en noir et blanc, qui inspira sa composition. L'audition de l'oeuvre nous introduit physiquement dans la barque qui s'approche d'un pertuis creusé entre les imposants rochers sombres de l'île des morts. Le chromatisme labyrinthique du poème symphonique nous fait ressentir les mouvements de la barque, le clapotis des flots,  la présence du nautonier et du trépassé en route vers l'au-delà. Une musique funèbre contemplative d'une beauté bouleversante qui entremêle la tristesse des affres du deuil à l'espérance réconfortante d'une vie meilleure dans l'au-delà. La mesure à 5/8 qui musicalise la régularité des gestes du nautonier a un côté hypnotique et lancinant. Au cœur de l'oeuvre, le compositeur évoque les mesures du Dies irae médiéval, donné à 4/4. L'Orchestre d'État de Bavière rend admirablement les détails sidérants de l'orchestration. L'émotion constamment au rendez-vous noue la gorge, des larmes affleurent aux yeux, c'est d'une beauté bouleversante. 

Francesco Piemontesi

En contraste avec l'initiation mystagogique dramatique du poème symphonique de Rachmaninov, on a pu découvrir l'art sublime du pianiste Francesco Piemontesi dans le Concerto pour piano en sol majeur que  Maurice Ravel avait conçu en 1929 en même temps que son Concerto pour la main gauche et qu'il a lui-même qualifié de " divertissement " : " Deux mouvements vifs encadrent un mouvement lent. L'écriture harmonique et contrapuntique s'équilibrent, si bien que l'une ne domine pas l'autre. " En 1928, Ravel avait fait une tournée triomphale aux États-Unis où il avait découvert le jazz et le blues, des musiques dont il allait laisser quelques touches dans son concerto. À l'allegro de forme classique succède un adagio particulièrement soigné dans lequel Ravel a déclaré avoir voulu rendre hommage à la scolastique musicale. Le mouvement vif d'un rondo clôture la composition. Francesco Piemontesi reçoit dès son entrée en scène de vibrants applaudissements à l'aune de sa réputation. Le pianiste est doté d'une technique éblouissante. On est fasciné par l'arrondi, la souplesse, le relâchement des mains dont les doigts semblent effleurer seulement les touches du clavier d'une caresse informée et élégante.  La beauté du jeu pianistique est encore dédoublée par le reflet des mains dans le miroir de laque noire du Steinway, qui donne aux spectateurs bien placés l'illusion d'une exécution à quatre mains, des mains qui voltigent avec une virtuosité confondante toute au service de la sensibilité et de l'émotion. Francesco Piemontesi semble habité par les dimensions existentielles de la musique et rayonne du bonheur d'avoir l'occasion de nous les partager. Les fulgurances de la virtuosité du pianiste sont à nouveau présentes dans une pièce de Debussy offerte en bis.


En seconde partie, Vladimir Jurowski dirige avec une maestria passionnée  Also sprach Zarathustra, le poème symphonique de Richard Strauss librement inspiré de l'oeuvre éponyme de Friedrich Nietzsche. Richard Strauss, la plus récente des trois divinités du panthéon de la Bayerische Staatsoper, considérait son poème comme " de loin la plus importante, la plus aboutie formellement, la plus intéressante et la plus originale de mes œuvres. " Une oeuvre expressive et majestueuse dont le programme suit le cheminement hasardeux de l'humanité :  l’homme, d'abord écrasé par l’énigme de la nature (le motif de la nature énoncé en crescendo), cherche un refuge dans la foi (les cors et l'orgue qui chantent les notes du Credo) , puis révolté contre les pensées ascétiques, se lance follement dans les passions et les plaisirs (la valse entraînante et jubilatoire du convalescent). Bientôt las, écœuré, il s'essaye à la science qui ne le satisfait pas et disparaît sans avoir rien résolu. Le violon solo magistral de David Schultheiß remportera une ovation largement méritée.

Après les deux soirées munichoises accueillies par un public aux anges, le concert sera donné pour trois représentations invitées à la Salle Reine Elisabeth d'Anvers le 15 janvier, avec Hélène Grimaud au piano, à la Philarmonie de Luxembourg le 16 janvier avec Francesco Piemontesi, puis à la Philarmonie de Paris le 17 janvier, avec à nouveau Hélène Grimaud. 

Le concert a été enregistré ce 13 janvier et cet enregistrement est  actuellement disponible en ligne sur le site de la Bayerische Rundfunk BR Klassik

Crédit photographique @ Geoffroy Schied

jeudi 8 janvier 2026

Die Fledermaus à la Bayerische Staatsoper — Rolando Villazón compose un Eisenstein phénoménal

Rachel Willis-Sørensen (Rosalinde) et Rolando Villazón (Eisenstein)

La Chauve-souris de Johann Strauss dans la mise en scène de Barrie Kosky avait connu sa première en décembre 2023. Cette année, elle poursuit son chemin couronné de succès avec une distribution notablement modifiée : Nicholas Carter est au pupitre, Rosalinde est, selon les soirées, chantée par Rachel Willis-Sørensen ou Diana Damrau, Rolando Villazón est son mari, Gabriel von Eisenstein, Konstatin Krimmel le Dr Falke, John Holiday le Prince Orlofsky, Mirjam Mesak Adele, Pavol Breslik Alfred, l'amoureux transi de Rosalinde et Miriam Neumaier Ida. Une distribution des plus prestigieuses qui a fait salle comble pour chacune des soirées. 

Rosalinde en comtesse hongroise

Rachel Willis-Sørensen reprend le rôle de Rosalinde auquel elle confère opulence et cette légèreté toute viennoise pour ce qui concerne les choses de l'amour, qui ne font qu'égratigner sa fidélité à son volage mari. Elle est magnifiquement parée pour le  bal du prince Orlofsky où Rosalinde se présente richement travestie en comtesse hongroise, la seule invitée qui apparaisse masquée. On retrouve avec gourmandise les richesses et la puissance de son soprano lirico-spinto, sa voix au timbre crémeux, la beauté de sa ligne vocale. C'est à Rolando Villazón que revient la palme suprême de la soirée. Le ténor mexicain apporte une toute nouvelle interprétation du personnage de  Gabriel Eisenstein avec un charisme, une présence scénique intense dotée d'une rare expressivité et une énergie exubérante qui en font le centre d'intérêt de l'opérette dont il est le véritable animateur. Les jeux linguistiques auxquels il se livre sont du meilleur comique, son français approximatif émis avec un accent allemand prononcé ou cette cucaracha qu'il entonne en écho à l'origine mexicaine du chanteur. Konstantin Krimmel se glisse avec une grande élégance  dans la peau du Dr Falke, un personnage patient qui sait que la vengeance est un plat qui se mange froid, un gourmet qui a su concocter ses représailles avec le savoir-faire d'un chef étoilé. Pavol Breslik a la voix idéale pour interpréter le rôle comique d'Alfred, un homme qui sait le pouvoir de son chant sur le coeur de Rosalinde qu'il tente de faire fléchir en entonnant des airs connus du répertoire italien ou allemand : "Nessun dorma", "Una furtiva lacrima", "Täubchen, das entflattert ist" et jusqu'à l'air de Florestan "O namenlose Freude", autant de coups de chapeau de Johann Strauss à ses confrères compositeurs.  La charmante soprano estonienne Mirjam Mesak, qui fait partie de la troupe de l'opéra, fait des débuts réussis en Adele, elle joue fort bien le rôle de la soubrette stylée travestie en demi-mondaine délurée. On retrouve avec le plus grand plaisir la superbe composition du directeur de la prison Frank par Martin Winkler et l'époustouflant numéro de claquettes du Frosch de Max Pollak, que le public suit avec un étonnement joyeux. Au troisième acte, la démultiplication du personnage de Frosch en six exemplaires et leur déambulation admirablement chorégraphiée dans le dédale des escaliers de la prison est à l'aune d'une mise en scène géniale jusque dans ses moindres détails. Les choeurs si entraînants, la direction d'orchestre exaltante de l'Australien Nicholas Carter qui nous entraîne dans la chevauchée endiablée des rythmes de la composition straussienne, l'excellence de tous les interprètes, tout a concouru à faire de cette soirée festive un événement exceptionnel. L'opérette de Johann Strauss a des qualités pyrotechniques qui fusent de toutes parts. Un régal, qui, dans ces temps difficiles nous rappelle une des clés du bonheur : Glücklich ist, wer vergisst, was doch nicht zu ändern ist! ( Heureux celui qui oublie ce qui ne se peut changer.)

Frank (Martin Winkler), Eisenstein (Rolando Villazón) et les 6 Frosch

Cerise sur le gâteau, en ce début d'année la Bayerische Staatsoper nous fait un cadeau qui ravira tous les amateurs d'opérettes. La Staatsoper.TV nous offre sur son site (cliquer ici) les deux dernières productions maison de la Fledermaus

  • Un enregistrement historique de 1986 présente la célèbre opérette de Johann Strauss dans une mise en scène d'Otto Schenk et Brian Large, sous la direction de Carlos Kleiber.
  • La production de Barrie Kosky, qui offre une autre perspective sur le jeu de masques entre ivresse et réalité. Barrie Kosky présente « l'opérette des opérettes » sous un jour nouveau et éblouissant, et explore en profondeur ses facettes les plus sombres. Un classique du répertoire opératique, entre humour et mélancolie, sous la direction musicale du directeur musical général Vladimir Jurowski.
À noter qu'actuellement la chaîne Arte Concert propose elle aussi la production de 2023 de la Chauve-souris. La vidéo est disponible jusqu'au 27 mars 2026.

Distribution du 6 janvier 2025

Direction d'orchestre Nicholas Carter
Mise en scène Barrie Kosky
Direction de chœur Christoph Heil
Chorégraphie Otto Pichler
Scénographie Rebecca Ringst
Costumes Klaus Bruns
Lumières Joachim Klein

Rolando Villazón (Gabriel von Eisenstein)

Rachel Willis-Sørensen (Rosalinde)
Martin Winkler (Frank)
John Holiday (Prinz Orlofsky)
Pavol Breslik (Alfred)
Konstantin Krimmel (Dr Falke)
Kevin Conners (Dr Blind)
Mirjam Mesak (Adele)
Miriam Neumaier (Ida)
Max Pollak, Franz Josef Strohmeier, João Da Graça Santiago, Matthew Emig, Jon Olofsson Nordin. Deniz Doru (Frosch I à VI)

Erica D´Amico, Aron Nowak, Andrea Scarfi, Anayss Vittoria Ranalli, Élia Araujo Medeiros, Isabel Knoop, Antonia Čop,  Aurora Bonetti (danseurs et danseuses)

Orchestre national de Bavière
Chœur de l'Opéra national de Bavière

Crédit photographique © Geoffroy Schied

dimanche 28 décembre 2025

The Bodyguard, le thriller musical du West End londonien, au Deutsches Theater de Munich

Porté par Whitney Houston et Kevin Costner dans les rôles principaux, le film à succès The Bodyguard, adapté d'un scénario de Lawrence Kasdan, scénariste plusieurs fois nominé aux Oscars (notamment pour Star Wars : L'Empire contre-attaque et Les Aventuriers de l'arche perdue), a promu l'émouvante histoire d'amour entre la superstar Rachel Marron et son garde du corps Frank Farmer au rang de phénomène mondial. Rien qu'en Allemagne, le film a attiré plus de 6 millions de spectateurs dans les salles. Aujourd'hui, dans l'adaptation musicale signée Alexander Dinelaris, oscarisé pour son scénario original Birdman, le film des années 1990 se métamorphose en un spectacle contemporain, une comédie musicale glamoureuse, palpitante et poignante.


Sidonie Smith entourée des danseuses et danseurs

La transformation scénique du thriller romantique inspiré du film  de 1992  en comédie musicale connut sa première dans le West End londonien en  2012. Elle  fut ensuite jouée dans douze pays devant quatre millions de spectateurs enthousiastes. Très primée, elle a obtenu quatre nominations aux prestigieux Laurence Olivier Awards et le très convoité WhatsOnStage Award de la Meilleure nouvelle comédie musicale. La production originale en anglais est  actuellement en tournée en Allemagne et en Suisse. À Munich, le Deutsches Theater accueille ce spectacle jusqu'au 4 janvier 2006. 

Sidonie Smith et Alan Garcia

Frank Farmer, ancien agent des services secrets, est engagé contre son gré pour protéger la superstar Rachel Marron d'un harceleur inconnu. Ni la diva excentrique ni son garde du corps inflexible ne sont prêts à faire de compromis jusqu'à ce qu'une histoire d'amour inattendue se noue entre les deux protagonistes. Mais cette belle liaison se termine par une séparation, un dernier câlin, un dernier baiser, un dernier regard intense… La chanteuse sait qu’elle doit dire adieu pour toujours à son garde du corps, à l’homme qui lui a sauvé la vie. Lorsque la superstar entonne sur scène le tube intemporel « I Will Always Love You », elle livre l’accord final bouleversant de l’une des plus belles histoires d’amour de l’histoire récente de la musique, une histoire qui captive par son intensité émotionnelle et son suspense haletant.

Les chansons bien connues de la bande originale primée aux Grammy Awards, dont « I Will Always Love You », ainsi que d'autres tubes comme « I Wanna Dance with Somebody » et « How Will I Know », procurent des moments intenses et des émotions fortes. Les décors sont à minima, les feux de la rampe éclairent surtout les protagonistes, — la superstar Rachel Marron, sa sœur Nicky Marron, qui tombera elle aussi sous le charme du garde du corps Adam Garcia, — et de spectaculaires chorégraphies exécutées par de ravissantes danseuses et des danseurs athlétiques bien pourvus en muscles et en tablettes de chocolats. 

Sidonie Smith

La distribution de cette production est décoiffante. Interprète acclamée  de comédies musicales, Sidonie Smith a chanté dans Sister Act, Aida, Legally Blonde, Sweeney Todd, Jekyll & Hyde et RENT, elle interprète le rôle de Rachel Marron avec une énergie ébouriffante, un esprit incisif, vivace et piquant, une voix à la fois puissante et déchirante d'intensité et de profondeur émotionnelles, qui arrache des larmes aux plus endurcis. Elle est la force vive du spectacle. Le chanteur australien Adam Garcia incarne un garde du corps solide et loyal. Excellent danseur et chanteur, il ne danse pas dans cette comédie musicale ni ne chante, sauf un karaoké où le rôle lui impose de chanter faux, un passage hilarant de la comédie.  Son interprétation scénique est celle d'un grand acteur. Sasha Monique donne une remarquable Nicki Marron, un personnage attachant parce qu'il est toujours dans l'ombre de sa sœur, la superstar et parce que son amour du bodyguard n'est pas partagé. Son « Saving All My Love » chanté avec une extrême sensibilité est un des moments les plus émouvants de la soirée. Le rôle secondaire du dangereux harceleur est magistralement tenu par James-Lee Harris.

Comme de coutume dans les comédies musicales, les artistes terminent le spectacle en invitant le public à scander de leurs applaudissements en offrant un dernier numéro d'ensemble. On sort du spectacle avec des chansons plein la tête.

Crédit photographique @ Paul Coltas

Requiem Aeternam, le concert sacré de la Semaine Mozart 2026 à Salzbourg

L'édition 2026 de la Semaine Mozart à Salzbourg marque deux anniversaires majeurs : le 270ème anniversaire de Mozart et les 70 ans du fe...