jeudi 8 janvier 2026

Die Fledermaus à la Bayerische Staatsoper — Rolando Villazón compose un Eisenstein phénoménal

Rachel Willis-Sørensen (Rosalinde) et Rolando Villazón (Eisenstein)

La Chauve-souris de Johann Strauss dans la mise en scène de Barrie Kosky avait connu sa première en décembre 2023. Cette année, elle poursuit son chemin couronné de succès avec une distribution notablement modifiée : Nicholas Carter est au pupitre, Rosalinde est, selon les soirées, chantée par Rachel Willis-Sørensen ou Diana Damrau, Rolando Villazón est son mari, Gabriel von Eisenstein, Konstatin Krimmel le Dr Falke, John Holiday le Prince Orlofsky, Mirjam Mesak Adele, Pavol Breslik Alfred, l'amoureux transi de Rosalinde et Miriam Neumaier Ida. Une distribution des plus prestigieuses qui a fait salle comble pour chacune des soirées. 

Rosalinde en comtesse hongroise

Rachel Willis-Sørensen reprend le rôle de Rosalinde auquel elle confère opulence et cette légèreté toute viennoise pour ce qui concerne les choses de l'amour, qui ne font qu'égratigner sa fidélité à son volage mari. Elle est magnifiquement parée pour le  bal du prince Orlofsky où Rosalinde se présente richement travestie en comtesse hongroise, la seule invitée qui apparaisse masquée. On retrouve avec gourmandise les richesses et la puissance de son soprano lirico-spinto, sa voix au timbre crémeux, la beauté de sa ligne vocale. C'est à Rolando Villazón que revient la palme suprême de la soirée. Le ténor mexicain apporte une toute nouvelle interprétation du personnage de  Gabriel Eisenstein avec un charisme, une présence scénique intense dotée d'une rare expressivité et une énergie exubérante qui en font le centre d'intérêt de l'opérette dont il est le véritable animateur. Les jeux linguistiques auxquels il se livre sont du meilleur comique, son français approximatif émis avec un accent allemand prononcé ou cette cucaracha qu'il entonne en écho à l'origine mexicaine du chanteur. Konstantin Krimmel se glisse avec une grande élégance  dans la peau du Dr Falke, un personnage patient qui sait que la vengeance est un plat qui se mange froid, un gourmet qui a su concocter ses représailles avec le savoir-faire d'un chef étoilé. Pavol Breslik a la voix idéale pour interpréter le rôle comique d'Alfred, un homme qui sait le pouvoir de son chant sur le coeur de Rosalinde qu'il tente de faire fléchir en entonnant des airs connus du répertoire italien ou allemand : "Nessun dorma", "Una furtiva lacrima", "Täubchen, das entflattert ist" et jusqu'à l'air de Florestan "O namenlose Freude", autant de coups de chapeau de Johann Strauss à ses confrères compositeurs.  La charmante soprano estonienne Mirjam Mesak, qui fait partie de la troupe de l'opéra, fait des débuts réussis en Adele, elle joue fort bien le rôle de la soubrette stylée travestie en demi-mondaine délurée. On retrouve avec le plus grand plaisir la superbe composition du directeur de la prison Frank par Martin Winkler et l'époustouflant numéro de claquettes du Frosch de Max Pollak, que le public suit avec un étonnement joyeux. Au troisième acte, la démultiplication du personnage de Frosch en six exemplaires et leur déambulation admirablement chorégraphiée dans le dédale des escaliers de la prison est à l'aune d'une mise en scène géniale jusque dans ses moindres détails. Les choeurs si entraînants, la direction d'orchestre exaltante de l'Australien Nicholas Carter qui nous entraîne dans la chevauchée endiablée des rythmes de la composition straussienne, l'excellence de tous les interprètes, tout a concouru à faire de cette soirée festive un événement exceptionnel. L'opérette de Johann Strauss a des qualités pyrotechniques qui fusent de toutes parts. Un régal, qui, dans ces temps difficiles nous rappelle une des clés du bonheur : Glücklich ist, wer vergisst, was doch nicht zu ändern ist! ( Heureux celui qui oublie ce qui ne se peut changer.)

Frank (Martin Winkler), Eisenstein (Rolando Villazón) et les 6 Frosch

Cerise sur le gâteau, en ce début d'année la Bayerische Staatsoper nous fait un cadeau qui ravira tous les amateurs d'opérettes. La Staatsoper.TV nous offre sur son site (cliquer ici) les deux dernières productions maison de la Fledermaus

  • Un enregistrement historique de 1986 présente la célèbre opérette de Johann Strauss dans une mise en scène d'Otto Schenk et Brian Large, sous la direction de Carlos Kleiber.
  • La production de Barrie Kosky, qui offre une autre perspective sur le jeu de masques entre ivresse et réalité. Barrie Kosky présente « l'opérette des opérettes » sous un jour nouveau et éblouissant, et explore en profondeur ses facettes les plus sombres. Un classique du répertoire opératique, entre humour et mélancolie, sous la direction musicale du directeur musical général Vladimir Jurowski.
À noter qu'actuellement la chaîne Arte Concert propose elle aussi la production de 2023 de la Chauve-souris. La vidéo est disponible jusqu'au 27 mars 2026.

Distribution du 6 janvier 2025

Direction d'orchestre Nicholas Carter
Mise en scène Barrie Kosky
Direction de chœur Christoph Heil
Chorégraphie Otto Pichler
Scénographie Rebecca Ringst
Costumes Klaus Bruns
Lumières Joachim Klein

Rolando Villazón (Gabriel von Eisenstein)

Rachel Willis-Sørensen (Rosalinde)
Martin Winkler (Frank)
John Holiday (Prinz Orlofsky)
Pavol Breslik (Alfred)
Konstantin Krimmel (Dr Falke)
Kevin Conners (Dr Blind)
Mirjam Mesak (Adele)
Miriam Neumaier (Ida)
Max Pollak, Franz Josef Strohmeier, João Da Graça Santiago, Matthew Emig, Jon Olofsson Nordin. Deniz Doru (Frosch I à VI)

Erica D´Amico, Aron Nowak, Andrea Scarfi, Anayss Vittoria Ranalli, Élia Araujo Medeiros, Isabel Knoop, Antonia Čop,  Aurora Bonetti (danseurs et danseuses)

Orchestre national de Bavière
Chœur de l'Opéra national de Bavière

Crédit photographique © Geoffroy Schied

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