samedi 22 avril 2023

Les deux Fra Angelico de Cortone : L'Annonciation et le Triptyque (13 photos)

L'œuvre la plus importante du Musée diocésain de Cortone est sans aucun doute L'Annonciation de Fra  Angelico. Ce retable peint vers 1430 est un chef-d'œuvre majeur +de la peinture italienne du début de la Renaissance. Il est conservé avec sa prédelle d'origine. Le Triptyque de Cortone, avec sa prédelle représentant les histoires de saint Dominique, est également du même artiste. Il fut réalisé vers 1436-37.  Ces deux œuvres proviennent de l'église San Domenico de Cortone.

Annonciation



Prédelle de l'Annonciation








Triptyque de Cortone




Crédit photos @ Luc-Henri Roger et Macro Pohle (photo n° 12)

mercredi 19 avril 2023

Un carrousel très catholique sur l'esplanade de la basilique Sainte Claire d' Assise



Sur la vaste esplanade qui précède la basilique d'Assise on trouve un charmant carrousel à l'ancienne. Entourant le sommet du carrousel, la garniture ornementale des multiples petits panneaux de décor nous donne à voir des scènes de l'histoire sainte et des vues de la ville. En pouvait-il être autrement dans la ville de saint François et de sainte Claire ? 


Un Caravage se cache-t-il dans la basilique Saint Pierre à Pérouse ?

Photo © Luc-Henri Roger

Les avis semblent partagés à propos de cette toile ? Est-elle due au pinceau du Caravage ou à celui du talentueux Spadarino ( le surnom de Giovanni Antonio Galli 1585-1652) ? L'historien et critique d'art Roberto Longhi l'attribuait à Spadarino, les moines de l'abbaye au Caravage... Pour se forger un avis sur la question, il faut aller visiter l'opulente basilique abbatiale San Pietro de Pérouse, une des plus belles églises d'Italie, qui regorge de merveilles. La toile représentant un ange et sainte Francesca Romana se trouve dans la sacristie.

Voici sur le même thème une toile certifiée de Spadarino :

Collection privée




samedi 15 avril 2023

La cellule de Giuseppe Balsamo, comte de Cagliostro, dans la forteresse de San Leo

Le comte de Cagliostro fut arrêté à Rome par la Sainte Inquisition en 1789 et emprisonné au château Saint-Ange pour suspicion de pratique de la franc-maçonnerie ; il y fut jugé et condamné par la justice pontificale en 1791 à la peine de mort pour hérésie, sentence commuée en prison perpétuelle. Il fut transféré « sans espoir de grâce et sous étroite surveillance » le 20 avril 1791 à la forteresse de San Leo dans la région des Marches, en Italie centrale, où restera jusqu'à sa mort, survenue dans la nuit du 26 au 27 août 1795.

Il est d'abord installé dans la « cellule du trésor » la plus sûre, mais aussi la plus dégradée et la plus humide de la forteresse. Il est après « emmuré » vivant dans la cellule « il pozzetto » jugée encore plus sûre, sorte de puits où il pouvait être surveillé. En prison, Cagliostro fait la grève de la faim.

La couche de Cagliostro dans la prison de San Leo

Jean-Antoine Houdon, Buste de Cagliostro
 Aix-en-Provence, Musée Granet

Accès actuel à la cellule dite de Cagliostro


Trappe dans le plafond de la cellule


La cellule du comte de Cagliostro, dite du pozzetto (le petit puits), dans la prison papale de la forteresse de San Leo

Cette cellule est située dans la partie centrale du donjon.  D'une dimension de 3 mètres sur 3, elle est fort exiguë (3x3 mètres). La seule ouverture vers l'extérieur est une petite fenêtre, munie d'une triple rangée de grilles, qui fait face à la cathédrale, de telle manière que le reclus ne puisse voir que ce seul édifice. Si aujourd'hui on peut accéder à la cellule par une ouverture latérale réalisée au19e siècle, ce n'était pas le cas à l'époque de Cagliostro : la seule ouverture était alors une trappe au plafond, par laquelle on faisait descendre le prisonnier, C'est aussi par cette trappe qu'on lui administrait ses rations de nourriture et qu'il était soumis à une surveillance constante et continue..

Cette cellule, considérée comme la plus sûre de la forteresse est aujourd'hui connue sous le nom de cellule de Cagliostro, même si d'autres prisonniers y furent incarcérés . Le 26 août 1795, le célèbre aventurier, alors gravement malade, mourut d'une attaque cérébrale, mais la légende qui a accompagné sa vie fascinante s'est également emparée de sa mort. L'acte de décès, conservé dans les archives paroissiales de San Leo, fut rédigé en latin par l'archiprêtre Luigi Marini dans les termes suivants :

"Giuseppe Balsamo, surnommé le comte de Cagliostro, de Palerme, baptisé mais incroyant, hérétique, célèbre pour sa mauvaise réputation, après avoir répandu la doctrine impie de la franc-maçonnerie égyptienne à travers diverses nations d'Europe, à laquelle il a gagné un nombre infini d'adeptes par des tromperies subtiles, a connu diverses péripéties, dont il n'est pas sorti indemne, en vertu de sa ruse et de son habileté. Finalement, il fut condamné par la Sainte Inquisition à un emprisonnement perpétuel dans la forteresse de cette ville, dans l'espoir qu'il se repentirait, ayant supporté les privations de la prison pendant quatre ans, quatre mois et cinq jours avec tant de fermeté et d'obstination, et ayant été saisi d'une attaque apoplectique soudaine, avec un esprit et un cœur méchants, n'ayant pas donné le moindre signe de repentir, il mourut sans se plaindre, en dehors de la communion de la Sainte Mère de Dieu, à l'âge de cinquante ans. Il est mort  hors de la communion de la sainte église, à l'âge de cinquante-deux ans, deux mois et dix-huit jours. Il est né malheureux, a vécu malheureux et est mort malheureux le 26 août de l'année susmentionnée, vers 22 h 45.
À cette occasion, une prière publique a été organisée pour demander au Dieu de miséricorde de jeter un regard sur son œuvre. En tant qu'hérétique, excommunié et pécheur impénitent, il n'a pas été enterré selon le rite ecclésiastique. Le cadavre est enterré sur la pointe de la montagne orientée vers l'ouest, presque à égale distance entre les deux guérites, communément appelées le Palazzetto et le Casino, le 28 à 18 h 15".

Acte du conseil supérieur italien de la maçonnerie de rite écossaise
élevant post mortem le comte de Cagliostro au grade suprême. 
Acte daté de juin 2003, exposé à la forteresse de San Leo.


Photos © Luc-Henri Roger

mercredi 12 avril 2023

LA FORTERESSE DE SAN LEO. LE CONTEXTE HISTORIQUE — Reportage photographique de Marco Pohle

 LA VILLE ET LA FORTERESSE DE SAN LEO. LE CONTEXTE HISTORIQUE

Les origines de San Leo, anciennement Mons Feretrius, sont historiquement liées à un important établissement romain, construit autour d'un temple consacré à Jupiter Feretrius. Vers la fin du IVe siècle, Léon et Justin, venus de Dalmatie, arrivèrent à Montefeltro et c'est à eux que l'on doit la diffusion du christianisme dans la région.

En 538, Vitiges, roi des Goths, plaça une garnison de cinq cents hommes à San Leo, mais, battu par Bélisaire, il fut forcé de se rendre aux Byzantins. Quelques années plus tard, toute la région fut occupée par les Lombards, auxquels elle fut reprise en 752 par Pippin, roi des Francs, qui la donna à l'Église. Elle devient la capitale du royaume italique lorsque le roi Berengar II et son épouse Willa y trouvent refuge, assiégés en 961 par Otton Ier, roi du Saint-Empire romain germanique. Le siège dura quelques mois et Berengar se rendit en décembre 963, prouvant ainsi l'extraordinaire capacité défensive de la petite ville et de ses fortifications. À partir de l'an 1000, en l'honneur de son patron et fondateur Leo, la ville est appelée San Leo. L'ancien nom de Montefeltro, qui désignait alors le diocèse, fut ensuite repris par un membre de la famille des seigneurs de Montecopiolo, descendants des comtes de Carpegna, donnant ainsi naissance à la célèbre dynastie des Montefeltro. San Leo est inextricablement lié aux événements historiques et à la renommée de la famille noble qui s'est opposée aux Malatesta, seigneurs de Rimini. L'état de guerre a duré des siècles, jusqu'à la défaite finale de Sigismondo Malatesta (1417-1468) face à Federico (1422-1482) et l'octroi du titre ducal d'Urbino en 1474. Sous le règne éclairé de Federico, un climat artistique fertile s'est développé à Urbino, attirant de nombreux artistes et faisant de la ville un pivot de la Renaissance italienne. L'architecte siennois Francesco di Giorgio Martini (1439-1501) y développa ses théories d'architecture et d'ingénierie militaire décrites dans les Traités, et put les expérimenter directement sur le terrain. Afin de sauvegarder le territoire du duché et de mieux contrôler les anciens sujets des Malatesta, Federico établit dans les années cinquante un plan stratégique, confiant à l'architecte siennois la construction de nouvelles forteresses et l'adaptation des forteresses existantes aux nouvelles techniques offensives et défensives (le traité comptait 136 monuments), sous la direction experte de son maître. La forteresse de San Leo connut alors son apogée fonctionnelle et artistique, passant des caractéristiques médiévales à celles de la Renaissance. La falaise de San Leo constitua un contexte paysager extraordinairement important pour Martini, qui mit en place une nouvelle ceinture fortifiée indépendante devant la forteresse médiévale, avancée du seul côté d'où la forteresse aurait pu être attaquée. Avec la mort de Gui- dobaldo et l'extinction de la famille Montefeltro, la domination du duché d'Urbino et du comté de Montefeltro passa à la famille Della Rovere, qui la conserva (à l'exception de la période des Médicis, de 1515 à 1527) jusqu'à la mort du dernier héritier, Francesco Maria II, qui la céda au Saint-Siège en 1631. Le gouvernement papal y établit la légation apostolique d'Urbino et Pesaro, qui résista jusqu'en 1860, à l'exception de la période napoléonienne, et transforma définitivement la forteresse en prison. Même après l'unification de l'Italie, la forteresse conserva cette fonction jusqu'en 1906, puis elle devint le siège d'une compagnie disciplinaire et enfin une prison.

Le reportage photographique de Marco Pohle













Les prisons et la torture








Expo sur d'anciens jeux de stratégie



Apothicaire



Un prisonnier célèbre. Prison et lit funèbre de Cagliostro.




Crédit photos © Marco Pohle 

Infos pratiques pour la visite : voir le site de la forteresse





mardi 11 avril 2023

Une relique littéraire : la phalange du pouce droit de L' Arioste — Sa 'parva domus' à Ferrare

"Quel che l’uom vede, Amor gli fa invisibile,
e l’invisibil fa vedere Amore"
(Ce que l’homme voit, Amour le lui rend invisible,
et ce qui est invisible, Amour le lui fait voir.)
L’Orlando Furioso (1532)

La phalange du pouce droit de l'Arioste

Reliquaire contenant la phalange du pouce droit de l' Arioste, 
que le Dr Pietro Folchi, professeur d'anatomie, 
préleva en 1801 lors du transport des cendres du poète

Visiter la maison de Ludovico Ariosto à Ferrare ne présente pas grand intérêt car il n'y reste rien qui rappelât que le fameux poète y vécut, sauf bien sûr pour les admirateurs de l'écrivain et de son oeuvre pour qui c'est un lieu de pèlerinage.

Rien ? Vraiment ? Mais si, c'est un fait rare ! il y a là une précieuse relique, celle de la phalange du pouce droit de L'Arioste ! Ce pouce qui a composé une des œuvres majeures de la littérature italienne, l'Orlando furioso, le Roland furieux.

LA PARVA DOMUS DE LUDOVICO ARIOSTO


Via Ariost, 67, à Ferrare

Un an après la publication de l'Orlando Furioso (1516), Ludovico Ariosto, invoquant sa mauvaise santé, refusa résolument la proposition du cardinal Ippolito d'Este de le suivre en Hongrie . Cependant, en 1522, malgré la notoriété acquise avec son Roland furieux, il ne put refuser le poste de gouverneur de la Garfagnana, que lui confia Alphonse d'Este pour réprimer les brigandages et les querelles des habitants de la vallée, poste qui l'éloigna de Ferrare pendant trois ans. À son retour de Castelnuovo, le poète, qui avait alors cinquante-deux ans, éprouva le besoin de se retirer dans un environnement domestique rassurant qui compenserait son éloignement forcé d'Alessandra Benucci. Il exprima ce besoin intime et privé dans les vers allusifs de la VIIe Satira, adressée à son ami Bonaventura Pistofilo : 

[...] Se perché amo sì il nido mi dimandi,
io non te lo dirò più volentieri
ch’io soglia al frate i falli miei nefandi; [...]

Déjà bénéficiaire d'une rente mensuelle de sept scudi (écus) qui lui avait été attribuée par le duc Alphonse en 1518, en plus d'une pension pour trois personnes et deux chevaux, il acheta à Ercole di Tommaso Camelli, par un acte daté du 30 juin 1526, la maison jouxtant la terre de Cassio da Narni dans la nouvelle Addizione, dans le quartier de San Guglielmo, au prix de deux cents lires de l'époque, dont cent étaient payées immédiatement et le reste à la Noël suivante. Au début du mois de janvier 1528, il acheta la cour adjacente à la propriété pour en faire un jardin. Le bâtiment, attribué à Girolamo da Carpi, subit les transformations nécessaires pour le pour en faire un lieu de retraite familiale, isolé et discret. Il se caractérise par un plan carré, respectant des proportions mathématiques précises entre les espaces intérieurs et extérieurs. Conçu comme une habitation civile, le bâtiment s'écarte néanmoins des paramètres traditionnels des maisons ferraraises de l'époque. La disposition des cheminées (à l'étage) sur le côté opposé à la façade de la rue est innovante, de même que l'espace réservé au grand hall, auquel on accède par un escalier de liaison qui relie les étages et les pièces d'habitation. On y accède par l'escalier de liaison qui relie les étages et les pièces d'habitation. Sur la façade, sculptée sur une longue bande de terre cuite qui orne le mur d'entrée, le poète maintient l'inscription préexistante, le couplet dicté par Dionigi dell'Aquila pour Bartolomeo Cavalieri : "Parva, sed apta mihi, sed nulli obnoxia, sed non sordida, parta meo, sed tamen aere domus" (La maison est petite mais elle me convient, elle est propre, elle ne croule pas sous les charges et elle n'a été achetée qu'avec mon argent). L'Arioste s'y installa avec son fils Virginio le jour de la Saint-Michel 1529.

Alessandra Benucci, veuve de Tito Vespasiano Strozzi, devint l'épouse du poète entre 1528 et 1530, mais resta vivre dans sa maison de la Contrada de Santa Maria in Vado, où son mari la rejoignait fréquemment. Désormais libéré des tâches fastidieuses, l'Arioste put se consacrer à la troisième édition du Roland furieux, à laquelle il ajouta six chants et qu'il fit publier en 1532 par l'imprimerie de Francesco Rosso da Valenza. Assisté de Virginio et de sa femme, il mourut ici le 6 juillet 1533, à l'âge de 58 ans.





Photos © Luc-Henri Roger

Mit der Kamera über den Bozner Markt — 22 Fotos

  © Marco Pohle