vendredi 27 octobre 2023

Le jardin de Klingsor à la villa Rufolo de Ravello — Reportage photographique sur les traces de Wagner — 50 photos

Retour à la côte amalfitaine avec en couronnement de nos visites quelques heures passées dans le jardin en terrasses de la villa Rufolo, qui enthousiasma et inspira Wagner pour les décors du jardin magique de Klingsor du deuxième acte de Parsifal. En voici un reportage photos, suivi d'un texte journalistique de Gabriel Faure daté de 1930.







Aujourd'hui comme autrefois, des ânes ou des mulets gravissent le sentier muletier qui relie Atrani à Ravello, utilisés aujourd'hui pour le transport de matériaux ou de débris de constructions.















Affiches wagnériennes du festival de Ravello


Photos du premier festival wagnérien de Ravello en mai 1932






























Photos © Luc-Henri Roger

PÈLERINAGES DANS LES DÉCORS DE  PARSIFAL

Extrait d'un article de Gabriel Faure publié dans Le Temps du 20 juin 1930

On a beau avoir accompli d'innombrables pèlerinages aux lieux où vécurent les plus grands artistes et les plus aimés des écrivains, il est bien difficile de rester insensible à certaines rencontres. Et beaucoup, de par le monde, comprendront mon émotion lorsque, à Ravello, je me suis trouvé brusquement devant le jardin de Parsifal. C'est, en effet, dans le palais que Richard Wagner, il y a exactement un demi-siècle, le 2 mai 1880 [en fait le 26 mai], découvrit le jardin magique de Klingsor. Il était accompagné de sa femme et du peintre Joukowsky, avec lequel il cherchait, pour sa nouvelle et dernière œuvre, un décor digne d'elle. Jusqu'ici ses rêves étaient plus beaux que la réalité. Devant ces verdures sombres et fleuries, il poussa un cri de joie. En quittant le palais, il écrivit sur le registre qu'on lui présenta : « Klingsor's Zaubergarten ist gefunden ».

Les terrasses Rufolo sont certainement parmi les plus belles de la terre. Les rives méditerranéennes, qui étagent tant de jardins illustres au bord de leurs flots bleus, n'en comptent pas d'aussi merveilleux. Ils offrent toute la luxuriance végétale des campagnes napolitaines, dans une incomparable situation qui, à trois cents mètres au-dessus d'Amalfi, unit la grandeur tourmentée de la montagne à la sérénité de la mer. Ils ont de plus tout ce que l'Italie sait mêler d'histoire et d'art à la splendeur de la nature. De tels décors expliquent certains délires. Quand Sara, dans Axel [Axël, drame en prose de Villiers de l'Isle-Adam], a énuméré toutes les joies possibles sur la terre, c'est à la terre latine qu'elle s'arrête : « Laissons-nous d'abord ̃aller vers l'Italie, vers ses ruines de marbre et de flamme, vers ses golfes illuminés ».

Avait-elle trente mille habitants et quinze églises, cette Ravello presque déserte aujourd'hui, où les voitures ne peuvent circuler dans ses rues étroites, bordées de murs crénelés et de maisons aux portes flanquées de colonnettes antiques ? Que m'importe ! Ce ne sont pas ses restes de l'art normand, ni sa vieille cathédrale, ni même les vues grandioses dont elle jouit sur le golfe de Salerne qui m'amenèrent ̃à Ravello. J'ai voulu voir le palais Rufolo et, ici encore, que me font les souvenirs du pape Adrien IV, de Charles d'Anjou et de Robert le Sage, qui l'habitèrent ? J'admire au passage la belle cour carrée, sorte de patio à deux étages, dans un décor oriental auquel ̃de grandes fougères australiennes donnent je ne sais quel charme exotique. Mais je regarde distraitement, ne songeant qu'à Wagner. Ai-je trop subi, moi aussi, les maléfices de Klingsor ? Qui a goûté aux philtres du magicien germanique en reste intoxiqué pour la vie.

Ce qu'il est très curieux de noter, c'est que Wagner, après Gœthe, a éprouvé le besoin de l'Italie pour mener à bien son chef-d'œuvre. Comme l'auteur d'Iphigénie, sentant que la jeune Grecque, « l'enfant de ses douleurs », ne s'éveillerait que de l'autre côté des Alpes, l'auteur de Parsifal a compris que l'Italie seule lui permettrait d'achever l'ouvrage immortel qu'il entendait laisser aux hommes avant de les quitter. Il y a, certes, bien longtemps qu'il songe à ce drame sacré où il mettra le meilleur de lui ; mais, pour en écrire le poème et la musique, pour en imaginer le cadre, il lui faut la Méditerranée, sa lumière, ses parfums, ses exaltants souvenirs ; il lui faut la mer dont le murmure berça les premières civilisations, la mer au bord de laquelle naquirent les deux plus nobles cultes sortis du cerveau de l'homme, ceux de la Raison et de la Pitié.

Déjà, en 1876, il était venu à Sorrente; il logeait à l'hôtel Victoria, tandis que Nietzsche habitait la villa Rufinacci. C'est là que les deux anciens amis se rencontrèrent une dernière fois ; le musicien essaya vainement de reconquérir le philosophe, lui parlant de son œuvre prochaine qu'il appelait « les derniers versets de son évangile » et qui devait être non seulement la suprême expression de son art, mais un acte de foi.

En 1879, Wagner revient à Naples et y travaille fiévreusement à Parsifal. Il est mal portant et le sait ; ses crises deviennent plus fréquentes et plus aiguës. Il passe tout l'hiver sur les rives tyrrhéniennes et achève les deux premiers actes. Au printemps, il visite les environs, avec le peintre Joukowsky, à la recherche des décors. Il habite quinze jours l'hôtel de la Luna, à Amalfi, où un autre homme du Nord, attiré lui aussi par les terres de lumière, écrirait, à la même époque, Maison de poupée. D'Amalfi, Wagner vint deux fois à Ravello. Le vieux gardien qui me fait visiter le jardin Rufolo se rappelle très bien le musicien et sa femme, qu'il servit à l'hôtel de la Luna, où il était alors employé.

Les légendes qui couraient à Ravello au sujet de trésors enfouis par des seigneurs partis pour la croisade, et aussi la vieille histoire d'un enfant, assassiné par trois jeunes gens pour procurer du sang vierge à un sorcier, impressionnèrent fort Wagner qui, d'après Mauclair, eut alors l'idée d'unir la tour magique de Klingsor au radieux jardin des Filles-fleurs. Comment, en tout cas, errer désormais dans ces allées, sans entendre les voix mollement enlacées des tentatrices de Parsifal? [...]




L'hôtel della Luna (Convento) — Cartes postales anciennes




mercredi 25 octobre 2023

La tête d'Apollon, le joyau du Musée archéologique de Salerne

En flânant dans Salerne, je me suis laissé tenter par une visite au Musée archéologique provincial, qui n'attire que peu de touristes. Et ce me fut une découverte bien agréable, J'étais le seul visiteur à être venu tutoyer les vases antiques. Par ce jour pluvieux, c'est sans nul doute le dieu du soleil et de la poésie qui m'y avait attiré. Il se fit discret jusqu'au terme de ma visite. J'étais sur le point de quitter le musée, croyant avoir rassasié ma curiosité, quand le nom du dieu m'apparut en grands caractères au-dessus du linteau d'une porte que je passai aussitôt. Apollon m'attendait, ou du moins sa tête de bronze, de plus grande dimension qu'une tête humaine.




Crédit photographique © Luc-Henri Roger

Le musée a pris soin de laisser présenter la découverte de la tête d'Apollon par l'un des meilleurs écrivains italiens, Giuseppe Ungaretti (1888-1970) qui en a donné le récit en prose poétique dans "La pêche miraculeuse", un texte daté de mai 1932. Le voici en version originale, suivi de sa traduction :

" È già quasi notte, e in fila tornano in porto i pescatori di alici. Raccogliendo le reti, una sera, a una maglia restò presa non la gola di un pesciolino, ma a un cernecchio, una testa d'Apollo.
Fu allora alzata in palmo d'una mano rugosa e, tornata a dare vita alla luce, sanguinando per le vampe del tramonto al punto del collo dove la recisero - a quel pescatore parve il Battista.
L'ho veduta al Museo di Salerno. e sarà prassitelica o ellenistica, poco importa; ma questo volto, che per più di duemila anni fu lavorato dal mare nel suo fondo, ha nella sua patina tutti i colori che oggi abbiamo visto, ha conchigliette negli orecchi e nelle narici: ha nel suo sorriso indulgente e fremente, non so quale canto di giovinezza risuscitata!
Oh! tu sei la forza serena e la bellezza. Quale augurio non ci reca quest'immagine che, fra gli ulivi, è finalmente tornata fra noi. "

GIUSEPPE UNGARETTI
La pesca miracolosa, 5 maggio 1932
Da "Mezzogiorno" in: Il deserto e dopo: 1931-1946, Milano, 1961

" Il fait déjà presque nuit, et les pêcheurs d'anchois regagnent le port en file indienne. Un soir, alors qu'ils ramassaient leurs filets, une maille s'est prise non pas dans la gorge d'un petit poisson, mais dans une mèche de cheveux, qui orne la tête d'Apollon.
Elle fut alors soulevée dans la paume d'une main ridée et, revenant donner vie à la lumière, saignant des flammes du coucher du soleil à la pointe du cou où on l'avait coupée — pour ce pêcheur, il ressemblait à Saint Jean Baptiste.
Je l'ai vue au musée de Salerne. et qu'elle soit praxitélienne ou hellénistique, peu importe ; mais ce visage, dont la surface a été travaillée depuis plus de deux mille ans par la mer, a dans sa patine toutes les couleurs qu'on a vues aujourd'hui, elle a des petits coquillages dans les oreilles et dans les narines : elle a dans son sourire indulgent et frémissant  je ne sais quelle chanson de la jeunesse ressuscitée !
Oh! tu es la force et la beauté sereines. Quel espoir nous apporte cette image qui, parmi les oliviers, nous est enfin revenue. "

Voici enfin la description de la tête par les curateurs du musée, qui datent le bronze de l'époque hellénistique :

" Pêchée au large de la côte nord du golfe de Salerne en décembre 1930, on pensait alors que la tête supposée d'Apollon faisait partie de la cargaison d'un navire coulé accidentellement, alors qu'aujourd'hui on suppose qu'elle pourrait provenir de l'effondrement d'un bâtiment non identifié proche de la ligne côtière. Réalisée selon la technique de la cire perdue, elle a été fondue et assemblée en soudant le bonnet, placé au-dessus du bandeau, et les boucles au reste de la tête et du visage. Le visage est ovale, avec des traits doux, des yeux sans cils et une petite bouche fermée. Les cheveux, soigneusement rendus, sont longs et ondulés et sont maintenus ensemble par un bandeau qui les laisse tomber autour des épaules en petites mèches. Le cou et le reste du torse présentent une légère inclinaison vers la gauche, ce qui suggère que le corps aurait pu avoir du mouvement et du rythme. La coupe non symétrique des épaules suggère l'idée que la tête pourrait appartenir à une statue, hypothèse également renforcée par le manque de précision de la partie arrière, où se trouve une grosse bosse, probablement ce qui reste de l'attache d'un manteau. L'œuvre peut être attribuée aux ateliers du début de l'époque impériale, qui s'inspiraient de modèles de la statuaire grecque de l'époque hellénistique."

Chemin vers le site du musée : http://www.museoarcheologicosalerno.it/

dimanche 22 octobre 2023

La maison où résida Maxime Gorki à Capo di Sorrento

La villa " Il Sorito " (anciennement villa du Duc de Serracapriola) à Capo di Sorrento garde le souvenir de l'écrivain russe Maxim Gorki (1868-1936), qui, d'après une plaque commémorative placée sur la façade baroque, y séjourna de 1924 à 1933 avant de retourner en Russie à la demande de Staline. Elle est située au sommet d'une colline parcourue d'une longue route sinueuse avec des vues magnifiques sur la baie et les montagnes de Sorrente et le Vésuve au loin.






Photos © Luc-Henri Roger


 

Du Grand Hôtel au sanatorium : la comédie des narcissismes dans le Viaggio a Reims au Gärtnerplatztheater

Le Théâtre de la Gärtnerplatz de Munich propose une lecture divertissante, pointue et d’une grande lisibilité du Voyage à Reims de Gi...