mardi 19 octobre 2021

Adieu et merci, Madame — Edita Gruberova en conversation d´artistes avec Brigitte Fassbaender au Festival Richard Strauss de Garmisch 2016

Après avoir honoré hier après-midi la grande chanteuse slovaque, le Festival Richard Strauss continue de vibrer d´enthousiasme pour Edita Gruberova que recevait aujourd´hui Brigitte Fassbaender pour une conversation d´artistes très décontractée, au coeur à coeur. Brigitte Fassbaender menait la conversation organisée comme une rétrospective des hauts faits de la carrière de la Kammersängerin Gruberova, habilement ponctuée d´anecdotes souriantes ou insolites. La réputation des deux artistes a attiré un public nombreux, relevé par la présence de son Altesse royale le Duc Franz von Bayern.

Avant l´entrée en scène des deux grandes dames de la chanson, on écouta un extrait du grand air de la folie de Lucia di Lammermoor,  un exemple accompli de la technique parfaite et de la maîtrise absolue du suraigu caractéristiques de la prima donna assolutissima. Edita Gruberova évoqua d´entrée de jeu la grande difficulté du chant accompagné de l´harmonica de verre. La conversation se noua ensuite sur l´art du jardinage, une des passions d´Edita, experte en rosiers qu´elle protège par des lavandes. Elle porta ensuite sur les langues pratiquées par la chanteuse qui grandit dans un milieu polyglotte où le hongrois cheminait de concert avec le slovaque et l´allemand, langues auxquelles vinrent s´ajouter l´italien et l´anglais. C´est le pasteur du temple de son enfance qui découvrit son talent de chanteuse, alors qu´elle participait à la chorale. Pourtant la carrière de chanteuse ne lui fut pas tout de suite évidente. Souvent malade, mal soignée par la médecine du régime socialo-communiste, elle avait un moment pensé devenir infirmière. Ce même régime imposait un examen médical pour permettre l´entrée du conservatoire, examen qu´elle passa de justesse. A l´issue du conservatoire de Bratislava, elle chanta sa première Rosina. A 22 ans, on lui offre de chanter Violetta à Banská Bystrica, sans doute était-ce fort tôt pour le rôle, mais l´orchestre ne comportait que six violons...Elle chantera ensuite les quatre rôles des Contes d´Hoffmann dans la même ville.

Edita continue d´évoquer sa carrière avec son arrivée à Vienne en 1970, où elle passe une audition en chantant les deux grands airs de la Reine de la Nuit. L´Opéra de Vienne retient sa candidature et lui confie des petits rôles tels celui de la Modiste dans Rosenkavalier, de Barbarina ou de Kate Pinkerton. Après Rosina et Violetta les rôles secondaires ont de quoi décevoir, mais il est vrai que le grand orchestre de l´Opéra de Vienne a une autre dimension que celle des 6 violons de Banská Bystrica. Elle travaille d´arrache-pied jusqu´au moment clé de sa carrière: la rencontre avec Karl Böhm qui l´auditionne et lancera sa carrière dans le rôle de Zerbinetta, un rôle qu´elle préparera avec un nouveau professeur de chant, Ruthilde Bösch. Edita Gruberova évoque le travail avec le maestro qui la présentera un jour comme " son troisième enfant".  Durant toutes ces années viennoises elle travaille avec acharnement sa maîtrise de la technique.

Brigitte Fassbaender saisit l´occasion de cette évocation de la technique parfaite d´Edita Gruberova pour insister sur l´obligation de transmission des compétences acquises aux plus jeunes. On ne peut arriver à un tel degré de perfection artistique sans en communiquer les arcanes aux nouvelles générations. C´est pour cette raison que la directrice du festival a tant insisté pour qu´Edita fasse les masterclasses.

La conversation s´oriente ensuite vers des anecdotes plus amusantes. Brigitte Fassbaender demande à son amie de nous dévoiler le secret de la petite pochette qu´elle emporte partout avec elle. Edita joue les coquettes, un secret doit rester secret...Mais elle finit par nous dévoiler que ce que son amie prend pour un talisman est en fait l´indispensable tube de rouge à lèvres, qui se perd trop fcilement dans un sac de dame. Puis les deux artistes évoquent les tournées japonaises du Wiener Staatsoper et d´Edita Gruberova qui ont débuté en 1980 avec le rôle de Konstanze. Il est prévu que la cantatrice y retourne cette année au mois d´octobre pour y chanter Norma et donner des soirées d´arias et de Lieder, son quinzième séjour nippon, tout comme en 2017 à la même époque. Elle raconte de manière touchante comment elle fut reçue à Tokyo au palais impérial en audience privée par l´Impératrice qui l´invita à chanter l´Ave Maria de Schubert et qui, en toute simplicité,  l´accompagna elle-même au piano, faisant preuve d´un jeu de qualité. Un petit homme s´introduisit dans la pièce et demanda humblement à l´Impératrice s´il pouvait assister au concert. Ce n´était autre que L´Empereur du Japon! Après cet intermède musical, Edita découvrit que les gens de la Cour s´étaient massés dans le corridor pour l´entendre chanter. Le couple impérial reconduisit la chanteuse à l´entrée du pavillon et la salua gentiment de la main tandis que la voiture s´éloignait. Charmante anecdote!

On nous projette ensuite un extrait du film Hänsel und Gretel d´August Everding qui avait filmé l´opéra d´Humperdinck en 1981 avec Brigitte Fassbaender dans le rôle de Hänsel et Edita Gruberova en Gretel. C´est d´ailleurs la seule fois qu´Editissima a chanté le rôle. L´extrait au comique inénarrable est celui du "Brüderchen komm dans mit mir!" (Voir l´extrait en fin d´article). Moments aussi émouvants que comiques tant pour les deux chanteuses que pour le public! Les chanteuses se sont aussi rappelé les moments éprouvants du tournage, les levers à cinq heures du matin pour commencer à tourner dès sept heures, ou la blessure qu´Edita s´était faite à l´épaule.

La conversation d´artistes se termine sur l´évocation du grand air de Zerbinetta par Edita Gruberova dont on nous fait voir en clôture la version tournée en 1978 sous la direction de Karl Böhm ( 2ème extrait en fin d´article).

Les deux Kammersängerinnen salueront alors un public  totalement envoûté qui les remercia d´une standing ovation.

Les photos de la conversation d´artistes




Gretel


Zerbinetta
L´épisode du talisman




Crédit photographique © Marco Pohle


Extraits filmés

 

Schwangau, Oktober / Octobre 1874 — Konversion der Königin Marie zum Katholizismus / La conversion de la reine Marie de Bavière au catholicisme

St.Maria und Florian in Schwangau - Waltenhofen 





Fotos © Luc-Henri Roger


Bild des Gedenkzeichen © Pfarreiengemeinschaft am Forggensee.

Gedenkzeichen in der Pfarrkirche Waltenhofen anläßlich der Konversion von Königin Marie. Das Spruchband sagt: Maria Regina Bavariae vid. fidem catholicam professa in ecclesia waltenhovensi 12. Oct. 1874.

 [DE] Konversion der Königin Marie

‚Ich bat Gott recht, mich zu erleuchten und mir zu zeigen, ob das wirklich für mich der vorgezeigte Weg sei’, schrieb Königinmutter Marie über ihre Konversion zum Katholizismus.

Am 12. Oktober 1874, dem Montag nach dem Colomansfest, fand das denkwürdige Ereignis in der Pfarrkirche Waltenhofen statt in Anwesenheit hoher Hofbeamter und ihres Gefolges. Ein gebürtiger Allgäuer und enger Vertrauter der Königin vollzog die bewegende Zeremonie, Daniel Bonifatius von Haneberg, Abt des Benediktinerklosters St Bonifaz in München und Bischof von Speyer. Neben Marie kniete ihr jüngerer Sohn Otto, dessen Zustand sich in diesen Jahren zusehends verschlechterte. Ludwig war nicht anwesend.

Pfarrer Berchtold berichtete in allen Einzelheiten über den ‚hochwichtigen und freudenreichen Tag‘. Das Volk sollte erst nachträglich davon erfahren, und so brannten am Sonntag darauf Freudenfeuer auf den Bergen. Am 23. Oktober empfing Marie die erste Hl. Kommunion und der Augsburger Bischof Pankratius von Dinkel spendete ihr die Firmung.

Nachdem Marie mit 39 Jahren Witwe geworden war, näherte sich die Protestantin mehr und mehr dem katholischen Glauben an. Sie vertraute sich bei ihren Aufenthalten in Elbigenalp Kaplan Lechleitner als geistlichen Führer an. In jener Zeit, als Sorgen um Ludwigs Veränderung und um Ottos Geisteskrankheit sie bedrückten, entschied sie sich zur Konversion als Gebot ihres Gewissens. Dieser Schritt erregte Aufsehen und auch ihr älterer Sohn, Ludwig II. billigte ihn nicht.

Quelle Text und Bild des Gedenkzeichen : Pfarreiengemeinschaft am Forggensee.

[FR] Conversion de la reine Marie (Traduction du texte allemand)
 
J'ai demandé à Dieu de m'éclairer et de me montrer si c'était vraiment la voie à suivre pour moi", a écrit la reine Marie à propos de sa conversion au catholicisme.

C'est le 12 octobre 1874, le lundi suivant la fête de Saint Coloman, que cet événement mémorable eut lieu  dans l'église paroissiale de Waltenhofen en présence de hauts fonctionnaires de la cour et de leur entourage. C'est un natif de l'Allgäu et proche confident de la Reine a célébré l'émouvante cérémonie, Daniel Bonifatius von Haneberg, abbé du monastère bénédictin de Saint-Boniface à Munich et évêque de Spire, qui célébra la cérémonie. Agenouillé à côté de  la reine Marie se trouve son fils cadet Otto, dont l'état s'est visiblement détérioré au cours des ldernières années. Son fils aîné,  Le roi Louis II, n'était pas présent.

Le père Berchtold a fait un compte rendu détaillé de cette "journée très importante et joyeuse". On n'en informa la  population locale qu'après coup, c'est pourquoi des feux de joie n'illuminèrent les montagnes le dimanche suivant. Le 23 octobre, Marie reçoit sa première communion et l'évêque d'Augsbourg, Pankratius von Dinkel, lui donna la confirmation.

Marie, née princesse de Prusse,  avait conservé la foi protestante lors de son mariage avec le prince héritier Maximilie. Devenue veuve en 1864, à l'âge de 39 ans, elle se rapprocha alors de plus en plus de la foi catholique. Elle prit l'aumônier Lechleitner comme guide spirituel pendant ses séjours à Elbigenalp. C'est à  cette époque, alors que les inquiétudes liées au changement de Louis et à la maladie mentale d'Othon lui pesaient fortement que sa conscience lui dicta de se convertir au catholicisme. La conversion ne manqua pas de provoquer des remous et même son fils aîné, Louis II, ne l'approuva pas.

Photo : Inscription commémorative dans l'église paroissiale de Waltenhofen à l'occasion de la conversion de la reine Marie, placée sous une statue du Christ, dont la reine fit cadeau à l'église. Texte de l'inscription :   Maria Regina Bavariae vid. fidem catholicam professa in ecclesia waltenhovensi 12. Oct. 1874

dimanche 17 octobre 2021

Le Secret — Füssen, Kalvarienberg, ce 17 octobre 2021.

Je fis hier l'ascension du Mont Sacré (Kalvarienberg, la montagne du Calvaire) situé à la limite des villes de Füssen et de Schwangau. Une Chinoise de Singapour, qui tenait la permanence de l'office du tourisme de Hohenschwangau, m'avait conseillé cette randonnée en vantant les vues extraordinaires que j'aurais de la ville de Füssen depuis le sommet de la colline. Je me souvins aussi que le roi Louis II aimait à s'y rendre et qu'en 1886, le Vendredi Saint qui avait précédé son décès tragique, il était allé prier au Calvaire, faisant la route à pied depuis son château de Neuschwanstein. Je fis de même et cheminai le long du lac du Cygne pour gravir ensuite la sainte montagne. En arrivant à son sommet, je contemplai le panorama pour redescendre ensuite vers la ville tout en examinant les quatorze stations que la foi populaire avait érigées dans la seconde moitié du 19ème siècle.

À la sixième station, une grande statue polychrome du Christ couronné d'épines m'attendait derrière une porte fermée et grillagée. Je ne sais pourquoi, je fus à le contempler saisi d'une immense émotion accompagnée de larmes. Et une catholique prière gravée dans ma mémoire enfantine me monta spontanément aux lèvres :

Domine, non sum dignus
ut intres sub tectum meum,
sed tantum dic verbum,
et sanabitur anima mea.

Et à ces mots de l'évangile de Mathieu se joignirent ceux d'un psaume dont Tómas Luis da Victoria avait composé un choeur a capella que nous avions tenté d'interpréter à la chorale :

Miserere mei, quoniam infirmus sum:
sana me, Domine, et sanabor.

Et bientôt, l'agnostique que je suis se mit à marmonner la même prière, en français cette fois, car c'est en cette langue qu'elle était imprimée dans mon coeur :

Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, , mais dit seulement une parole et je serai guéri.

C'est alors que le Seigneur me répondit  et me dit :

Ici et maintenant !

Et moi : C'est tout ?

Et Lui encore : C'est Tout !

Cette majuscule faisait toute la différence.

Une joie sereine et splendide m'envahit et j'allai m'asseoir sur un banc proche pour méditer ces Paroles.



jeudi 14 octobre 2021

Le lac du Cygne — Extrait de Jocelyn


Les lumières automnales du lac du Cygne
Ont éclairé mon âme de leurs bleus d'aniline.
Il me souvint d'un poème de Lamartine 
Et l'envie me vint de vous en faire signe :

...
Les seuls événemens de notre solitude
Sont le ciel plus clément ou la saison plus rude, 
La fleur tardive éclose aux fentes du rocher,
Un oiseau rouge et bleu qui commence à percher
Dans le chêne, et prépare un toit pour sa famille ; 
L'aigle qui de son œuf a brisé la coquille
Un combat sur le lac du cygne et du faucon, 
La plume ensanglantée y tombant à flocon,
Des vols de corbeaux noirs qui de la voix s'assemblent, 
Sous leurs ailes de jais les rameaux morts qui tremblent, 
La biche qui reprend son long duvet d'hiver, 
Une aurore de feu le soir traversant l'air
Voilà nos seuls soucis ici-bas; mais notre âme 
Est un monde complet où se passe un grand drame ;
...

Lamartine, extrait de Jocelyn

Fotoreportage Schwansee — 29 Fotos — Lac du Cygne / Reportage photographique


































© Luc-Henri Roger


 

Ödön Lechner : Le « Gaudí Hongrois » et la Sécession à Bratislava. Sa célèbre église bleue.

L’église Sainte-Élisabeth-de-Hongrie, son presbytère attenant et le lycée royal voisin ( Gymnázium Grösslingová ) forment un ensemble archit...