mardi 19 avril 2022

Pâques 1884 — L'impératrice d'Autriche à Heidelberg (2) — Un article du Gaulois

Pierre commémorative installée à Heidelberg sur le Elisabethenweg en 1899.
La pierre, en granit de l'Odenwald, disparut, puis fut retrouvée et réinstallée en 1985.
Elle porte l'inscription : "En souvenir du séjour de l'impératrice Elisabeth d'Autriche
 à Heidelberg dans les années 1884, 1885 et 1890."



L'IMPÉRATRICE ELISABETH À HEIDELBERG
[Un article du Gaulois du 14 avril 1884]

(De notre correspondant spécial)

Heidelberg, 11 avril.

    J'ai quitté Vienne, à votre intention, pour aller passer une couple de jours dans la pittoresque cité des bords du Neckar qui sert en ce moment de résidence à S. M. l'Impératrice d'Autriche. La gracieuse souveraine est venue chercher ici le calme et la tranquillité. Elle demande à la douceur exceptionnelle du climat d'Heidelberg, aux senteurs vivifiantes des forêts qui l'entourent, à la grandiose et splendide nature qui déroule autour d'elle de vastes horizons, le complet rétablissement de sa santé qui avait donné, au cours de l'hiver, certaines inquiétudes. Ces bienfaits du climat et de la nature alpestre, elle les avait cherchés précédemment à Wiesbaden ; mais à la longue, elle a trouvé que la population de la cité balnéaire lui témoignait ses sympathies d'une manière trop bruyante et trop empressée. Elle s'est fatiguée de voir sans cesse la foule accumulée sur son passage, et elle est venue chercher ici une résidence plus discrète, plus silencieuse.
    Sous ce rapport, l'Hôtel du Château, où elle est descendue, lui offre toutes les garanties désirables. Situé à l'extrémité orientale d'Heidelberg, au dessus du célèbre château qui a joué un si grand rôle au temps de Louis XIV, cet hôtel a le double avantage de dominer la vallée sur laquelle il présente un merveilleux point de vue, et d'être complètement en dehors du bruit et des agitations de la ville. Les journaux de la localité ont d'ailleurs adressé à la population les exhortations, les plus pressantes, en vue d'assurer à Sa Majesté le calme au milieu duquel elle veut vivre, dans une sorte d'incognito.
    Ce n'est pas d'aujourd'hui, les lecteurs du Gaulois le savent, que la souveraine de l'Autriche manifeste de telles dispositions à une vie simple et modeste. De tous temps elle a témoigné peu de goût pour les fêtes mondaines où sa grâce et sa beauté incontestées la |font briller cependant d'un si vif éclat. Bonne et charitable au-delà de toute expression, elle a volontiers accepté ce qu'il y a de pénible et parfois même de périlleux dans les devoirs de la royauté ; mais elle en a toujours éloigné d'elle, autant qu'elle l'a pu, les pompes et les grandeurs.
    Chaque année, on la voit de plus en plus souvent dans les hôpitaux, au chevet des malades, et de moins en moins dans les bals et les réunions brillantes. Passionnée pour la chasse et Téquitation, elle n'a pas de plus grand bonheur que de se retirer à la campagne, pour se livrer tout à l'aise à ses exercices favoris. C'est pour cela qu'elle préfère la résidence toute simple et presque bourgeoise de Gœdœllœ, en Hongrie, au palais impérial de Vienne. Dans sa capitale, en effet, il lui est difficile de sortir sans être entourée par la population qui professe pour elle un véritable culte, et cherche toutes les occasions de lui témoigner ses respectueux hommages. À Gœdœllœ, au contraire, c'est là vraie campagne, avec sa solitude et ses ombrages. C'est le silence et la retraite. Aussi l'Impératrice a-t elle pour ce séjour champêtre une affection très marquée.
    Contrainte, cette année, de chercher, au sortir de l'hiver des climats plus doux, elle a choisi les localités qui peuvent servir de point de départ pour de nombreuses excursions. Elle s'est placée au centre de riantes vallées, où la pureté de l'air rivalise avec le charme du coup d'œil et la splendeur de la nature.
    Le lendemain de son arrivée Heidelberg, c'est à-dire dimanche dernier, elle a reçu la visite de sa sœur, la comtesse Mathilde de Trani, qu'elle est allée elle.même, avec l'archiduchesse Marie- Valérie, chercher à la gare du chemin de fer, et qu'elle y a reconduite le soir à sept heures. Mais dès le lundi, elle a gravi à cheval les pentes du Konigstuhl (le siège du roi).
    Au sommet, qui s'élève à près de six cents mètres au-dessus du niveau de la mer, elle a longuement contemplé les chaînes de montagnes et les forêts du voisinage, s'orientant ainsi pour ses excursions à venir. Les longues promenades à pied entrent aussi dans ses projets, mais les excursions à cheval seront surtout très nombreuses.
    L'Impératrice ne continuera pas ici la cure de lait qu'elle avait commencée à Wiesbaden. Désireuse de ne négliger aucun des exercices qui peuvent donner au corps la force et la souplesse, elle prendra beaucoup de leçons d'escrime. M. Schulze, professeur d'escrime à l'Université d'Heidelberg, a déjà eu l'honneur de croiser le fleuret avec elle dans ses séjours antérieurs en Allemagne. Il aura, ici même, la mission de continuer à lui enseigner tous les secrets de son art.
    C'est ainsi que la gracieuse souveraine qui porte la double couronne d'Impératrice-Reine emploie ses journées à Heidelberg. Tout entière aux soins de sa santé, elle consacre tout son temps aux excursions et aux exercices fortifiants, sans rien donner aux plaisirs du monde ni aux fastes de la grandeur.

VIENNUS

lundi 18 avril 2022

Pâques 1884 — L'impératrice d'Autriche à Heidelberg (1) — Un article du journal L'Univers

Le Schlosshotel et le sanatorium d'Heidelberg en 1888

Sissi  et sa fille Marie-Valérie séjournèrent à Heidelberg du 5 avril au 1er mai 1884, après y avoir fait une excursion depuis Bade le 2 avril. L'impératrice Elisabeth y prend notamment des cours d'escrime chez le maître d'armes universitaire Friedrich Schulze (1851-1907).  Elle y séjourneront à nouveau l'année suivante, du 2 avril au 10 mai 1885, puis, accompagnées du fiancé de Marie-Valérie, du 3 au 8 avril 1890. 

Notre article, extrait d'un journal catholique de 1884, s'intéresse surtout aux cérémonies de la fête de Pâques auxquelles les deux femmes assistent, à la santé de l'impératrice et aux visites qu'elle reçut à Heidelberg.

L'impératrice d'Autriche à Heidelberg 
[Un article du quotidien L'Univers (1) du 29 avril 1884]

   On nous écrit de Heidelberg, le 21 avril 1884 : 
   S. M. l'impératrice Elisabeth d'Autriche est ici depuis une quinzaine de jours. On assure qu'elle restera encore jusqu'à la, fin du mois et, si le temps s'y prêtait,  jusque vers le 10 mai. 
   Sa Majesté ne devait tout d'abord venir qu'après les fêtes de Pâques, mais elle a quitté Wiesbade pour une raison qui fait grandement honneur à la souveraine. À Wiesbade, l'impératrice Elisabeth a dû suivre les offices, comme tous les fidèles, dans un hangar qui sert d'église aux catholiques de cette station balnéaire, depuis que la secte reinkensienne (2) s'est emparée de la superbe église paroissiale, construite avec l'argent des catholiques de l'univers entier. Dans le hangar de Wiesbade, Sa Majesté et son auguste fille, Mme l'archiduchesse Marie-Valérie, se trouvaient naturellement fort à l'étroit, l'église provisoire suffisant à peine à la foule des catholiques. Sa Majesté a donc abrégé sa cure pour venir s'installer ici.       D'autre part, le public balnéaire et surtout le monde ploutocrate de Francfort, de Mayence et d'autres villes rhénanes et mœnanes, incommodaient par leur curiosité irrespectueuse et fort inconvenante Sa Majesté et son auguste fille. 
   Ici, très heureusement, il n'en est pas ainsi. L'Impératrice s'est installée avec Mme l'archiduchesse Marie-Valerie et leurs suites au Schloshôtel, c'est-à-dire dans le superbe hôtel bâti au-dessus de l'ancien parterre français des jardins du château du Heildelberg, ancienne résidence électorale palatine et berceau de la maison palatine à laquelle appartient Sa Majesté. 
   Comme l'hôtel est situé au-dessus du palais électoral palatin, déjà bâti à mi-côte, l'impératrice peut facilement se dérober à la curiosité de badauds irrespectueux et mal élevés, comme à Wiesbade. 
   Sa Majesté a aussi la satisfaction de pouvoir suivre les offices dans un édifice digne de notre culte, car, à Heidelberg, quoique la même secte reinkensienne ait pu nous voler la collégiale de Saint-Esprit et l'église Saint-Anne, il nous est restée la splendide église des RR. PP. jésuites.
   Le jeudi saint et le vendredi saint, Sa Majesté, son auguste fille et leurs nobles suites ont suivi, le matin et le soir, les offices en l'église des RR. PP. jésuites. S.A.I. et R. Mme la princesse d'Isembourg, archiduchesse d'Autriche, belle-sœur de Mgr le prince de Lœwenstein, qui était venue d'Offenbach faire une visite à l'impératrice, a été présente aux mêmes offices. Le samedi saint, Sa Majesté a assisté à la- bénédiction de l'eau, et le saint jour de Pâques S. A. R. Mme la comtesse de Trani, princesse royale des Deux-Sicile, soeur de Sa Majesté, ainsi sa fille, arrivées la veille au soir de Bade, se sont rendues en compagnie de l'impératrice, de Mme l'archiduchesse Marie-Valérie, dès six heures et demie du matin, à l'église des RR. PP. jésuites, pour y assister à la Célébration de la messe de résurrection. 
   Mardi 15 est arrivé Mgr Meyer, abbas infulatus. grand aumônier de Sa Majesté et curé du palais impérial de la Hofburg de Vienne, confesseur de Sa Majesté. 
    Vendredi 18, l'impératrice, Mme l'archiduchesse Marie Valérie, leurs nobles suites et tout le personnel de leurs maisons sont allés faire leur communion pascale en la même église des RR. PP. jésuites. 
    Hier, dimanche de Quasimodo, les enfants en âge de première communion ont été admis à la sainte table. Sa Majesté, pensant que parmi les jeunes communiants devaient se trouver des enfants pauvres, a fait remettre, après la messe, à M. le curé de la paroisse, la somme de 500 fr., pour qu'elle soit immédiatement distribuée aux enfants nécessiteux. Cet acte de charité a été d'autant plus apprécié, que Sa Majesté et son auguste fille ont déjà édifié tout le monde, par leur piété touchants et par leur imposante simplicité. La communauté catholique est très heureuse de voir cette souveraine donner un si bel exemple de vertus charitables. 
    La semaine passée, le grand-duc de Bade, Mme la grande-duchesse de Bade et les princes de Bade, leurs fils, sont venus faire une visite à l'impératrice. Sa Majesté est allée samedi, après midi, à Carlsruhe, pour la rendre. 
    L'impératrice, qui avait cherché aux eaux de Wiesbade un soulagement à ses douleurs névralgiques, continue ici un traitement qui doit lui procurer un allègement de ses douleurs. Comme Sa Majesté ne souffre ni d'une maladie proprement dite, ni d'une lésion interne, les médecins lui ont prescrit des exercices dont ils se promettent, sinon la disparition complète des douleurs névralgiques et rhumatismales du moins un abaissement notable de leur caractère aigu. C'est ainsi que Sa Majesté fait de longues courses à pied et à cheval pour se procurer des fatigues corporelles ; elle se livre aussi, sur le conseil de ses médecins, à des exercices de corps capables de rendre à ses nerfs leur élasticité.                     L'impératrice ne paraît pas trop souffrante, sa taille svelte et son port de souveraine sont les mêmes qu'il y a vingt ans, mais ses traits fins et délicats portent une légère trace de ses douleurs névralgiques, ce qui donne à ses traits je ne sais quel air de mélancolie et de résignation.
    À Wiesbade,  l'impératrice a laissé de riches offrandes aux sœurs de Saint-Vincent de Paul et à des établissements catholiques, comme elle a fait ici à l'occasion de la première communion. Cette charité, unie au bel exemple donné par l'impératrice, lui ont gagné tous les cœurs, si touchés déjà par le spectacle des souffrances physiques qu'elle endure depuis si longtemps.

(1) L'Univers fut un journal catholique ultramonain.

(2) Joseph Hubert Reinkens (né le 1er mars 1821 à Burtscheid, mort le 4 janvier 1896 à Bonn) est le fondateur et le premier évêque de l'Église vieille-catholique allemande. Il est ordonné prêtre catholique le 3 septembre 1848 à Cologne.  Après avoir obtenu un doctorat de théologie à Munich en 1850 grâce à une thèse sur Clément d'Alexandrie, il reçoit un poste de professeur à l'université de Breslau. En 1865-1866, il en est le recteur.

Lors du conflit entre l'évêque Heinrich Förster et Jean-Baptiste Baltzer, il soutient le professeur. Avec Ignaz von Döllinger, Johann Friedrich von Schulte et Franz Heinrich Reusch, il publie la déclaration de Nuremberg le 26 et 27 août 1870 contre le premier concile œcuménique du Vatican et l'infaillibilité pontificale. Il se consacre à la fondation du diocèse catholique des vieux-catholiques en Allemagne qui en fait son premier évêque le 4 juin 1873 à Cologne. Le 11 août 1873, il est sacré à Rotterdam par Hermann Heykamp, l'évêque vieux-catholique de Deventer. Il est évêque jusqu'à sa mort en 1896.

samedi 16 avril 2022

Le lavement des pieds à la cour impériale d'Autriche — Le jeudi saint

Cérémonie du lavement des pieds par l'empereur. L'illustration 1866

LE LAVEMENT DES PIEDS À LA COUR D'AUTRICHE
LE JEUDI SAINT.

Un article de la Revue politique et littéraire (1892)

    Avec Rome et Séville, Vienne est restée une des rares villes où la tradition de la Semaine Sainte se soit conservée à peu près intacte.
    La plus curieuse de ces cérémonies est sans contredit celle du lavement des pieds, qui a lieu le Jeudi saint à la cour de l'empereur. Le pape le pratique au Vatican l'empereur n'a pas voulu rester en arrière, il a même fait mieux, car tandis qu'à Rome douze vieillards bénéficient de cette ablution honorifique, à Vienne douze vieilles femmes viennent s'ajouter aux douze vieillards. Mais l'impératrice Élisabeth, qui devrait laver les pieds des douze vieilles femmes, se soucie fort peu de la tradition; aussi, chaque année, aux environs de Pâques, elle quitte Vienne sous quelque vague prétexte que les journaux enregistrent avec conviction, et échappe ainsi aux exigences de la tradition. L'empereur, lui, qui en a vu bien d'autres en ses quarante-quatre années de règne, y demeure fidèle. Toute la cour est convoquée à cette occasion au château impérial. Pendant une heure, c'est un défilé ininterrompu de carrosses de gala, qui amènent tous les princes, les hauts dignitaires de l'Empire et le corps diplomatique. Dans la grande salle des cérémonies sont réunis les douze vieillards envers lesquels le souverain va accomplir son acte d'humilité. Au milieu des hautes colonnes de marbre, des lustres étincelants, entourée de dorures et de tentures, se dresse sur une estrade très peu élevée une longue table toute simple, recouverte d'une nappe blanche. Sur l'un des côtés en longueur, ainsi que la Cène est représentée dans la plupart des tableaux des maîtres de la Renaissance, sont assis les douze figurants sur lesquels le temps a laissé tomber sa neige. Légèrement voûtés, le regard éteint, ils sont vêtus d'une sorte de costume moyen âge, se composant d'un long manteau noir, puis, tombant du cou sur les épaules, un large rabat blanc.
    Au pied de l'estrade, formant le contraste le plus violent par ses uniformes aussi riches que bariolés, la fine fleur de l'aristocratie et du monde officiel. Ici des magnats hongrois aux costumes éblouissants, aux brandebourgs d'or ou d'argent, dont les boutons sont formés par des pierres précieuses de grosseur rare. Hussards jaunes, verts, écartâtes, coiffés de kalpaks de fourrure dans lesquels sont plantées de hardies aigrettes. Chevaliers de Malte, tout de blanc vêtus, avec d'immenses croix noires de leur ordre plaquées sur la poitrine ou sur les pans de leurs larges manteaux. Dans les intervalles de la colonnade de marbre qui court autour de la table, de petites tribunes sont dressées, où prennent place les dames de la cour et les spectateurs privilégiés.
    Précédé du clergé et entouré des membres de la famille impériale, l'empereur apparaît; il est en grand uniforme, dolman blanc et pantalon rouge à bande or, éperonné, le sabre au côté. L'aumônier de la cour commence la lecture de l'Évangile du jour, et, en de petits nuages bleus, l'encens se répand dans la salle tout imprégnée encore'des parfums qu'y ont laissés les bals de l'hiver.
    Cela débute par un banquet qui ne compte pas moins de treize services, plus maigres les uns que les autres ! L'empereur remplit auprès des vieillards l'office du maître d'hôtel. Successivement il place devant eux les divers plats que lui apportent et lui tendent sur des plateaux les plus hauts dignitaires de l'Empire.
    Les convives ne touchent pas aux mets, pas même pour la forme. On les leur donnera la cérémonie terminée, et ils les emporteront ainsi que leurs couverts, un gobelet, un pot en étain, les assiettes et les plats, le tout marqué aux armes impériales. Ces divers ustensiles sont très recherchés, et ils sont vendus fort cher aux collectionneurs. L'empereur sert les douze vieillards. Pour desservir, il est aidé par onze membres de la famille impériale, ses frères, neveux ou cousins. Ce simulacre de festin terminé, on emporte la table le lavement des pieds va commencer. Des officiers chamarrés s'approchent de l'estrade et ôtent aux convives leurs souliers et leurs bas, puis leur tendent sur les. genoux un lourd drap blanc qui va du premier au douzième. Le prêtre n'a cessé de lire l'Évangile du jour; au moment où il arrive aux mots: Et coepit lavare pedes discipulorum, l'empereur s'approche du premier vieillard et s'agenouille devant lui. Pendant tout le service, quoique visiblement oppressé et nerveux, le souverain n'avait pas trop laissé percer son impatience. Mais à ce moment critique, il ne peut dissimuler une grimace. Un prêtre, à sa gauche, laisse tomber d'une aiguière d'or quelques gouttes d'eau sur les pieds du premier vieillard; un autre prêtre tend au-dessous un bassin précieux lui-même, rapidement, brusquement même, passe aux environs de l'orteil un linge que lui tend un page agenouillé à sa droite, tandis qu'un autre, derrière lui, agite un encensoir.
    Après être passé devant le douzième vieillard, l'empereur se lave les mains à son tour.
    Le comte Hunyady, grand-maître des cérémonies, s'avance alors vers lui avec un plateau sur lequel se trouvent douze bourses renfermant chacune trente deniers d'argent. Le souverain les passe autour du cou des vieillards, qui saluent et se retirent successivement. La cérémonie est terminée; maintenant la figure de l'empereur exprime la satisfaction et ses traits quelque peu crispés se sont adoucis.

jeudi 14 avril 2022

Floraisons pascales au jardin botanique de Munich - 14 photos / Bilder - Osterblumen im Botanischen Garten in München















Bilder © Luc-Henri Roger
 

Achilleion [FR/DE/EN] — Le dévoilement du monument à Rodolphe raconté par le sculpteur Antonio Chiattone

 

[FR] L'impératrice et l'artiste. [Traduit de l'allemand]

Une intéressante réminiscence de l'impératrice Elisabeth est racontée dans le "Berliner Local-Anzeiger" par le sculpteur Antonio Chiattone, auteur, comme on le sait, du monument que l'impératrice avait fait ériger à son fils décédé dans son magnifique château de l'Achilleion. Lors de son séjour à Lugano en 1894, l'impératrice avait vu, lors d'une exposition d'art dans le Paradiso voisin, une statue de Chiattone, une figure féminine grandeur nature représentant la douleur, et en avait immédiatement pris possession. Quelques jours plus tard, l'artiste fut chargé de réaliser le monument au prince héritier. En collaboration avec son frère, il présenta trois esquisses, dont l'une fut approuvée par l'impératrice. Après plusieurs mois, l'œuvre était terminée et Chiattone partit pour Corfou afin d'assister lui-même à l'installation du monument. L'impératrice séjourna alors 50 jours à l'Achilleion. Elle avait exprimé le souhait de ne voir le monument qu'une fois achevé, et elle pressa l'artiste d'achever le travail au plus vite, car son départ était imminent. Enfin, tout fut terminé et Chiattone fixa le dévoilement au 22 avril, à une heure et demie de l'après-midi. Mais l'impératrice ne put apparaître que vers quatre heures. Ce fut une scène émouvante, et Chiattone dit qu'il n'a jamais approché la douleur d'une mère plus intimement que ce jour-là. L'impératrice arriva d'un pas rapide et léger, dans une grande toilette, entièrement vêtue de noir ; elle portait autour du cou une magnifique parure de diamants. Une fois le manteau tombé du monument, elle resta environ dix minutes devant celui-ci, immobile comme une statue, absorbée par la contemplation. Chiattone dit qu'il ne peut pas décrire ce qu'il a ressenti pendant ce laps de temps. Il scrutait anxieusement le visage de l'impératrice à la recherche d'un signe de reconnaissance.  Il vit peu à peu se refléter tout le passé tragique dans les yeux de l'impératrice. Lentement, ses yeux se remplirent de larmes et, silencieuse et immobile, la grande dame laissa libre cours à sa douleur - une Niobé telle qu'aucun des maîtres immortels n'aurait pu la reproduire. Enfin, l'impératrice se reprit et dit lentement : " Chiattone, j'ai eu beaucoup de chance — celle d'avoir trouvé un artiste qui a su réaliser cette œuvre comme je le souhaitais ". Puis elle offrit sa main à l'artiste pour qu'il l'embrasse. Chiattone, qui ignorait totalement cette coutume, prit la main de l'impératrice dans ses deux mains et la serra en exprimant par ce geste le sentiment de bonheur débordant qui le dominait. L'impératrice poursuivit ensuite la conversation et invita finalement l'artiste, lorsqu'il aurait terminé des travaux, à lui envoyer directement à la Hofburg de Vienne des photogrammes de ses travaux, en évitant toute étiquette de cour inutile. L'artiste n'a plus jamais revu l'impératrice.

Source : entre autres Neue Freie Presse, 10 octobre 1898, Agramer Zeitung, 11 octobre 1898, Kärtner Zeitung, 16 octobre 1898.

[DE] Kaiserin und Künstler. 

Eine interessante Reminiscenz an Kaiserin Elisabeth erzählt im „Berliner Local-Anzeiger" der Bildhauer Antonio Chiattone, bekanntlich der Schöpfer des Denkmals, welches die Kaiserin ihrem todten Sohne in ihrem wunderbaren Schlosse Achilleion hatte errichten lassen. Die Kaiserin hatte, als sie im Jahre 1894 in Lugano weilte, auf einer Kunstausstellung in dem benachbarten Paradiso eine von Chiattone ausgestellte Statue, eine weibliche Figur in Lebensgröße, den Schmerz darstellend, gesehen und sofort in ihren Besitz gebracht. Wenige Tage später schon erhielt der Künstler den Auftrag, das Denkmal für den Kronprinzen zu schaffen. In Gemeinschaft mit seinem Bruder legte er drei Skizzen vor, deren eine den Beifall der Kaiserin fand. Nach mehreren Monaten war das Werk fertig und Chiattone ging nach Korfu, um bei der Aufstellung des Denkmals selbst anwesend zu sein. Die Kaiserin verweilte damals 50 Tage im Achilleion. Sie hatte den Wunsch geäußert, das Denkmal erst in seiner Vollendung zu sehen, und sie drängte den Künstler, die Arbeit möglichst rasch zu vollenden, da ihre Abreise bevorstand. Endlich war alles fertig, und Chiattone bestimmte die Enthüllung für den 22. April, halb 2 Uhr mittags. Die Kaiserin konnte aber erst gegen 4 Uhr erscheinen. Es war eine ergreifende Scene, und Chiattone sagt, er habe niemals den Schmerz einer Mutter inniger verstanden, als an jenem Tage. Die Kaiserin kam schnellen und leichten Schrittes in großer Toilette, vollkommen schwarz gekleidet; um den Hals trug sie einen wunder­ vollen Diamantschmuck. Als die Hülle vom Denkmal gefallen war, blieb sie etwa 10 Minuten, unbeweglich wie eine Statue, im Anschauen ver­sunken, vor dem Denkmal stehen. Chiattone sagt, er könne nicht beschreiben, was er während dieser Spanne Zeit empfand. Ängstlich spähte er im Antlitz der Kaiserin nach einem Zeichen der Anerkennung. In den Augen der Kaiserin sah er nach und nach die ganze tragische Ver­gangenheit sich widerspiegeln. Langsam füllten sich die Augen mit Thränen, und lautlos und unbeweglich ließ die hohe Frau ihrem Schmerze freien Lauf— eine Niobe, wie sie keiner der unsterblichen Meister nachzubilden imstande gewesen wäre. Endlich erholte sich die Kaiserin und sagte langsam: „Chiattone, Mir ist großes Glück geworden— das, einen Künstler gefunden zu haben, der es verstand, dieses Werk auszu­führen, wie Ich es Mir wünschte." Dann bot sie dem Künstler die Hand zum Kuße. Chiattone, dieser Sitte völlig unkundig, nahm die Hand der Kaiserin in seine beiden Hände und drückte sie in dem überströmenden Glücksgefühle, das ihn beherrschte. Die Kaiserin setzte dann das Gespräch fort und lud schließlich den Künstler ein, wenn er Arbeiten fertig habe, ihr Photo­ graphien derselben mit Umgehung aller unnützen Hof-Etikette direct in die Wiener Hofburg zu senden. Der Künstler hat die Kaiserin nie mehr wiedergesehen.

Quelle : u.a. Neue Freie Presse, 10. Oktober 1898, Agramer Zeitung, 11. Oktober 1898,  Kärtner Zeitung, 16. Oktober 1898

[EN] Empress and artist. (Translated from the original article in german]

An interesting reminiscence of Empress Elisabeth is told in the "Berliner Local-Anzeiger" by the sculptor Antonio Chiattone, who, as is well known, was the creator of the monument that the Empress had erected to her dead son in her wonderful Achilleion Palace. When she was in Lugano in 1894, the Empress had seen a statue by Chiattone at an art exhibition in the neighbouring Paradiso, a life-size female figure depicting pain, and immediately took possession of it. A few days later, the artist was already commissioned to create the monument to the crown prince. In collaboration with his brother, he submitted three sketches, one of which met with the Empress' approval. After several months, the work was finished and Chiattone went to Corfu to be present at the erection of the monument itself. The Empress stayed in the Achilleion for 50 days at that time. She had expressed the wish to see the monument first in its completion, and she urged the artist to finish the work as quickly as possible, as her departure was imminent. Finally everything was ready, and Chiattone scheduled the unveiling for 22 April, half past two at noon. The Empress, however, could not appear until about 4 o'clock. It was a moving scene, and Chiattone says he never understood the pain of a mother more intimately than on that day. The Empress came quickly and lightly, in a large toilette, dressed completely in black; around her neck she wore a wonderfully full diamond jewel. When the cover had fallen off the monument, she remained standing in front of it for about 10 minutes, immobile like a statue, absorbed in gazing. Chiattone says he cannot describe what he felt during that span of time. He anxiously looked at the empress's face for a sign of recognition. In the eyes of the Empress, he gradually saw the whole tragic past reflected. Slowly her eyes filled with tears, and silently and motionless the high woman gave free rein to her pain - a Niobe such as none of the immortal masters would have been able to reproduce. At last the Empress recovered and said slowly: "Chiattone, I have been very fortunate - to have found an artist who knew how to execute this work as I wished. Then she offered her hand for a kiss. Chiattone, completely ignorant of this custom, took the empress's hand in both of his and squeezed it in the overflowing happiness that dominated him. The Empress then continued the conversation and finally invited the artist, when he had finished his work, to send her photographs of it directly to the Vienna Hofburg, bypassing all useless court etiquette. The artist never saw the empress again.

Source: Neue Freie Presse, 10 October 1898, Agramer Zeitung, 11 October 1898, Kärtner Zeitung, 16 October 1898, among others.

Rodolphe. Les textes de Mayerling

Les diverses versions du drame de Mayerling sont présentées dans le recueil  Rodolphe. Les textes de Mayerling (BoD, 2020).

Texte de présentation (quatrième de couverture):

   Suicide, meurtre ou complot ? Depuis plus de 130 années, le drame de Mayerling fascine et enflamme les imaginations, et a fait couler beaucoup d'encre. C'est un peu de cette encre que nous avons orpaillée ici dans les fleuves de la mémoire : des textes pour la plupart oubliés qui présentent différentes interprétations d'une tragédie sur laquelle, malgré les annonces répétées d'une vérité historique définitive, continue de planer le doute.
   Comment s'est constituée la légende de Mayerling? Les points de vue et les arguments s'affrontent dans ces récits qui relèvent de différents genres littéraires : souvenirs de princesses appartenant au premier cercle impérial, dialogue politique, roman historique, roman d'espionnage, articles de presse, tous ces textes ont contribué à la constitution d'une des grandes énigmes de l'histoire.

Le recueil réunit des récits publiés entre 1889 et 1932 sur le drame de Mayerling, dont voici les dates et les auteurs :

1889 Les articles du Figaro
1899 Princesse Odescalchi
1900 Arthur Savaète
1902 Adolphe Aderer
1905 Henri de Weindel
1910 Jean de Bonnefon
1916 Augustin Marguillier
1917 Henry Ferrare
1921 Princesse Louise de Belgique
1922 Dr Augustin Cabanès
1930 Gabriel Bernard
1932 Princesse Nora Fugger

Le dernier récit, celui de la princesse Fugger, amie de la soeur de Mary Vetsera, est pour la première fois publié en traduction française. Il n'était jusqu'ici accessible qu'en allemand et en traduction anglaise.

Luc-Henri Roger, Rodolphe. Les textes de Mayerling, BoD, 2020. En version papier ou ebook.

Commande en ligne chez l'éditeur, sur des sites comme la Fnac, le Furet du nord, Decitre, Amazon, Hugendubel, etc. ou via votre libraire (ISBN 978-2-322-24137-8).
In Italia via Amazon.it

Le Mystère du « Mont Sacré » : L’incroyable histoire du Saint Prépuce d’Andechs et de la petite souris

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