jeudi 15 décembre 2022

Comment les Romains s'éclairaient-ils ? Une expo passionnante aux Collections nationales d'antiquité de Munich


 " Avant de chercher l'homme,     
on doit avoir trouvé la lanterne. "
Nietzsche

Comment les Romains de l'antiquité s'éclairaient-ils ? Quelles techniques utilisaient-ils pour produire de la lumière artificielle ? Et comment tentaient-ils d'expliquer le phénomène même de la lumière et l'acte de voir ? Quelle étaient leurs approches scientifiques, technologiques mais aussi philosophiques de la vision ? Ces questions sont au coeur de la nouvelle exposition  des Collections nationales d'antiquité de Munich. 

L'exposition "Neues Licht aus Pompeji"  aborde la question de ce que nous ne pouvons plus voir : la lumière des temps passés.  L'exposition se penche sur la lumière artificielle dans le monde romain, une lumière que les gens avaient créée pour continuer à vivre une fois la nuit venue ou dans les endroits non éclairés par la lumière du jour. Les objets exposés proviennent de Pompéi, car il s'agit de la ville de l'Antiquité gréco-romaine qui a conservé le plus d'outils d'éclairage différents :  le terrible cataclysme de l'éruption du Vésuve en 79 de notre ère avait provoqué le tragique ensevelissement de la ville, une catastrophe apocalyptique dont le seul bénéfice fut de permettre la conservation d'un nombre considérable d'objets utilisés pour les besoins de la vie quotidienne.

180 objets originaux en bronze ont voyagé jusqu'à Munich depuis les villes proches du Vésuve : des lampes à huile, des candélabres, des pieds de lampe ainsi que des torches et des porte-lampes figuratifs. De nombreux objets proviennent des réserves du Musée archéologique national de Naples, dont certains n'ont plus été exposés depuis le 19e siècle, d'autres le sont pour la première fois. C'est à la doctoresse Ruth Bielfeldt, professeure à  l'Université Ludwig-Maximilian de Munich, que l'on doit le projet de recherche "Nouvelle lumière de Pompéi", un projet archéologique interdisciplinaire dont les découvertes sont présentées pour la première fois au public. De nombreuses pièces ont été restaurées spécialement pour cette exposition. 

L'éclairage, forme culturelle de technologie essentielle à la formation des communautés humaines, fournit une clé pour une nouvelle compréhension de la vie dans la Rome antique. Les banquets, la religion, la magie, le sexe, le travail intellectuel, toutes ces activités ont besoin de lumière. L'exposition nous invite à nous plonger dans la nuit romaine, révélant la maison romaine comme un lieu de semi-obscurité, tout en éclairant l'histoire visuelle et conceptuelle de l'ombre.

La citation de Friedrich Nietzsche en épigraphe est basée sur une anecdote concernant le philosophe antique Diogène de Sinope : lorsque le cynique se rendit au marché un matin, il emporta une lampe allumée. Lorsqu'on lui demanda pourquoi il portait une lanterne en plein jour, il répondit : " Je cherche l'homme ". Cette perspective anthropologique de la lumière en tant que moyen de communalité sert de fil conducteur à l'exposition, dont l'intention est d'attirer continuellement l'attention sur le fait que le monde antique nous est à la fois familier et étranger. 

Des lampes créées par le célèbre concepteur d'éclairage munichois Ingo Maurer sont intercalées dans l'exposition. Poétiques, ludiques, pleines d'esprit mais aussi subversives, ces créations artistiques nous permettent de faire un saut de plus de deux mille ans dans les techniques d'éclairage. L'exposition nous rappelle constamment que l'art se marie avec la technique. La plupart des pièces exposées sont aussi des oeuvres d'art qui nous racontent l'histoire des mentalités. Par exemple, ces lampes à huile dont l'anse est en forme de coq ou d'oie : ces animaux sont associés au réveil ou à la vigilance ; ou cette lampe à huile dont le réflecteur est une chauve-souris aux ailles déployées, un animal nocturne qui sait se diriger dans l'obscurité. 

Un exposition fascinante qui peut se visiter du mardi au dimanche aux Antikensammlungen de la Königsplatz jusqu'au 2 avril 2023. Un catalogue (en allemand) est en vente pour le prix de 30 euros à la caisse du musée ou au prix de 35 euros en librairie.

À noter que l'affichage explicatif est uniquement en allemand. Les textes traduits en anglais s'empruntent à la caisse du musée.
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Cliquer ici pour plus de renseignements : 

Photos de l'exposition. Les photos de J. Eber 


La lumière, c'est le pied !


Installation. Le mur de candelabres,



La lampe à tête d'oie du triclinium de la maison de Giulio Polibio

L'éphèbe de la Via dell'Abbondanza


Reportage photographique de Luc-Henri Roger






Un Bacchus (?) lampadophore






Lararium















Reproduction

Bol percé de trous pour un éclairage décoratif

Une œuvre d'Ingo Maurer nous accueille à l'entrée de l'expo



Crédits

Le texte est largement inspiré du texte de présentation du musée.
Les photos  sont de © J.Eber (photographies officielles de l'exposition) et © Luc-Henri Roger.

mercredi 14 décembre 2022

Le chorégraphe Karl Alfred Schreiner revisite Giselle au Théâtre de la Gärtnerplatz

Compte-rendu de la représentation du 13 décembre 2022


Karl-Alfred Schreiner est depuis dix ans à la tête du ballet du théâtre de la Gärtnerplatz de Munich. Cette saison, il nous offre sa dernière création, une nouvelle chorégraphie du ballet romantique Giselle sur la musique virevoltante d'Adolphe Adam. Michael Nündel est au pupitre de l'orchestre.

C'est en feuilletant De l'Allemagne de Heinrich Heine*, ce grand poète allemand devenu Parisien par  l'exil, que Théophile Gautier, tombant sur la passage consacré aux " willis ", eut en 1841 l'idée que ces elfes dansantes pourraient faire l'objet d'un ballet. Il s'en ouvrit au marquis de Saint-Georges qui rédigea aussitôt le livret avec Jules Henri Vernoy. Adolphe Adam en improvisa la musique en moins d'une semaine et c'est ainsi que naquit le plus célèbre des ballets romantiques, qui fut dansé par la très célèbre Carlotta Grisi, — dont Gautier fut follement amoureux, — et Lucien Petipa, le frère de Marius, lui-même présent dans la salle lors de la première.** C'est ce ballet que Karl Alfred Schreiner a revisité pour en réaliser une nouvelle chorégraphie avec les danseurs du théâtre munichois de la Gärtnerplatz.


Le chorégraphe, au départ de  l'idée que les mariages morganatiques ne sont aujourd'hui plus de saison, s'est d'emblée écarté de la substance même du conte mythique et a surtout voulu mettre l'accent sur les tourbillons émotionnels dans lesquels sont entraînés les protagonistes, tout particulièrement Giselle. Les willis ne sont plus présentes que dans le rêve la jeune paysanne qui, victime d'une jalousie maladive, se met à délirer croyant qu'Albrecht, dont elle est follement amoureuse, lui cache en fait être fiancé à une princesse. Dans son rêve, Giselle se voit mourir et la cheffe des Willis, qui sont les esprits de jeunes filles mortes vierges, décide qu'Albrecht doit suivre Giselle dans la tombe : il est condamné à danser jusqu'à la mort par épuisement. Mais l'esprit de Giselle, en dansant avec lui, arrive à le sauver. 

C'est sans doute pour marquer cette modification substantielle du conte qu'il fut demandé au chef invité Michael Nündel de composer un nouvelle ouverture et de modifier quelque peu l'ordre des numéros de la partition. La musique contemporaine de l'ouverture se base sur les motifs d'Adolphe Adam tout en introduisant des stridences qui se veulent surprenantes mais ne sont peut-être pas du meilleur aloi. Les premières minutes passées, on retrouve la musique du compositeur parisien, avec sa tonalité symphonique et ses effets orchestraux envoûtants et enchanteurs. La magnifique fugue sur laquelle il fait danser les willis, les airs de danse, l'instrumentation colorée de ce chef d'œuvre de la musique de ballet sont parfaitement rendus par le chef et l'orchestre très applaudis.

Heiko Pfützner a créé un décor unique aux éléments mobiles. À l'ouverture la scène semble étonnamment étroite pour y pouvoir déployer un ballet. Le rideau s'ouvre sur une grange dont les murs et les plafonds blancs sont soutenus d'un écheveau de poutres et de colombages noirs. De grands  parallélépipèdes brun clair emballés de plastique figurent des bottes de paille. Les murs de la grange s'écarteront progressivement pour déployer un plus grand espace scénique. Les décors ne figurent ni les vendanges ni les forêts ni les chasses, c'est par le biais des étonnants costumes en patchwork de Talbot Runhof que ces motifs seront évoqués, notamment par leurs coloris automnaux et les chapeaux alpins. Au deuxième acte les décors se mettent en mouvement ce qui à pour effet, en combinaison avec les jeux de éclairages qui produisent des lumières tamisées et la diffusion de fumées, à créer une atmosphère fantastique qui illustre les délires oniriques de Giselle. Comme l'ouroboros, le décor se referme au final pour retrouver sa position initiale, tout cela ne fut qu'un rêve. La vida es sueño.


Le ballet est surtout remarquable par les chorégraphies de groupe extrêmement réussies tout au long du spectacle, et particulièrement en deuxième partie lors des danses des willis et des mouflons. Les groupes de chasseurs traditionnellement masculins sont mixtes, de même les willis, habituellement dansées par des femmes, sont ici aussi interprétées par des hommes vêtus des mêmes longues robes décolletées que leurs compagnes. Ce choix du chorégraphe n'est ni provocant ni ambigu, et ce ne sont pas non plus des rôles travestis.  On découvre combien un danseur peut garder sa  virilité tout en dansant un rôle féminin et avec un gestuelle féminine, et inversément, ce qui est bien dans l'esprit du temps. Des quatre solistes principaux, on retiendra surtout la prestation remarquable de Yunju Lee qui interprète à la fois les rôles de Bathilde, la fiancée du prince, et de Myrtha, la cheffe des willis. Sa Bathilde est une maîtresse femme exigeante, inflexible et impérative, des caractéristiques que l'on retrouve dans sa Myrtha. La soliste combine souplesse, grâce et légère et une remarquable composition des deux rôles. Alexander Quetell interprète avec brio le personnage d'Hilarion en donnant des solos étourdissants, d'une conception tout à fait originale. Ariane Roustan donne une Giselle déroutante, le mouvement est très saccadé, curieusement masculin, les bras font des moulinets souvent démesurés, loin des grâces exquises qui exprimeraient tour à tour la chasteté voluptueuse, la détresse touchante et la  naïveté qu'on attend traditionnellement d'une Giselle. Le long pas de deux final avec l'Albrecht de Mikaël Champs tombe quelque peu à plat après la belle dynamique endiablée de la danse entraînante des willis, avec ses valses, ses galops, ses mazurkas ou ses contredanses. Notons enfin la superbe danse des mouflons, les trois danseurs réussissant une pantomime animalière du plus bel effet.

On passe une bonne soirée au Theater-am-Gärtnerplatz. Comme l'a dit le poète, même si dans la nouvelle chorégraphie elles ne se manifestent plus qu'au coeur d'un rêve délirant, " ces bacchantes mortes sont irrésistibles ! " *

Prochaines représentations les 21, 26 et 28 décembre 2022 et le 4 janvier 2023

Crédit photos © Marie-Laure Briane

* « Dans une partie de l'Autriche, il y a une légende qui offre certaines similitudes avec les antérieures, bien que celle-ci soit d'une origine slave. C'est la légende de la danseuse nocturne, connue dans les pays slaves sous le nom de "willi". Les willis sont des fiancées qui sont mortes avant le jour des noces, pauvres jeunes filles qui ne peuvent pas rester tranquilles dans la tombe. Dans leurs cœurs éteints, dans leurs pieds morts reste encore cet amour de la danse qu'elles n’ont pu satisfaire pendant leur vie ; à minuit, elles se lèvent, se rassemblent en troupes sur la grande route, et, malheur au jeune homme qui les rencontre ! Il faut qu'il danse avec elles ; elles l'enlacent avec un désir effréné, et il danse avec elles jusqu'à ce qu'il tombe mort. Parées de leurs habits de noces, des couronnes de fleurs sur la tête, des anneaux étincelants à leur doigts, les willis dansent au clair de lune comme les elfes. Leur figure, quoique d'un blanc de neige, est belle de jeunesse ; elles rient avec une joie si effroyable, elles vous appellent avec tant de séduction, leur air a de si doucettes promesses ! Ces bacchantes mortes sont irrésistibles. »

Heinrich Heine, De l'Allemagne


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mardi 13 décembre 2022

Achilleion — 13 photos en noir et blanc de Marco Pohle (Quatrième et dernière série)

Le photographe Marco Pohle nous autorise à publier ses photos de l'Achilleion.  Voici la quatrième et dernière série.

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lundi 12 décembre 2022

Achilleion — 10 photos en noir et blanc de Marco Pohle (Troisième série)

Le photographe Marco Pohle nous a autorisé à publier ses photos de l'Achilleion, le palais corfiote de Sissi qu'occupa ensuite Guillaume II. En voici la troisième série. (À suivre)

Séries précédentes :










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dimanche 11 décembre 2022

Achilleion — 10 photos en noir et blanc de Marco Pohle ( Deuxième série)

Le photographe Marco Pohle nous a autorisés à publier ses photos de l'Achilleion que nous publierons en séries. Voici la deuxième série (photos 11 à 20). (À suivre)
Pour voir la première série, cliquer ici.










Photos © Marco Pohle
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Achilleion — 10 photos en noir et blanc de Marco Pohle (Première série)

Le photographe Marco Pohle nous a autorisé à publier ses photos de l'Achilleion que nous publierons en séries. Voici les dix premières prises de vue. (À suivre)











Photos © Marco Pohle
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