vendredi 20 janvier 2023

Marie-Sophie, reine des brigands, une étude historique de Fulvio Izzo

Un ouvrage publié en 2012

 Traduction de la quatrième de couverture

Du siège de Gaète à la tentative d'assassinat d'Umberto Ier

L'image de Marie-Sophie de Bourbon que l'histoire a reléguée au rang de mythe est celle d'une jeune reine qui réconforte les combattants et les blessés sur les terrasses de Gaeta alors que le bombardement des envahisseurs piémontais fait rage. Personne n'incarne mieux le désir de rédemption face à l'injustice et à l'arrogance des brutes que cette jeune femme intrépide, qui s'oppose à la violence et aux manœuvres sournoises de l'agresseur avec l'élan rebelle de ses dix-neuf ans. Tonnerre, poussière et cris : de là renaît la dignité du Sud, blessé par la trahison et l'indécision. Sa combativité, qui a incité Gabriele D'Annunzio à lui attribuer l'épithète d'"aquiletta bavara" [l'aiglonne bavaroise], n'a pas faibli dans les années qui ont suivi la chute du royaume des Deux-Siciles. Afin de saper la stabilité du nouvel État de Savoie et de remonter sur le trône de Naples, depuis l'exil et pour une très longue période, Marie-Sophie dessine et conclut des alliances avec des anarchistes, des gauchistes radicaux et en tout cas avec toute force politique hostile à son ennemi. Ainsi se crée un entrelacement d'utopie socialiste et de légitimisme populaire, de révolution et de réaction qui transcendent instrumentalement l'une dans l'autre et se soutiennent mutuellement. L'acquisition de nouveaux documents d'archives décisifs (les papiers de Giovanni Maria d'Alessandro, duc de Pescolanciano) permet de définir la bonne perspective et de fixer des contours plus clairs, notamment sur les événements de la fin du XIXe siècle et de la mort d'Umberto Ier de Savoie, dont le monde des Bourbons est le protagoniste. Ce travail a pour intention première de clarifier historiquement et avec rigueur les voies complexes mais viables qui ont vu les bourbonistes, les anarchistes et les gauchistes radicaux agir avec des synergies inhabituelles, mais il ne cache pas le désir de rappeler l'image irrésistible et passionnante d'une reine à qui un destin sévère a imposé douloureusement la croissance au milieu des tempêtes, des ruptures irréparables et de l'exil.

L'auteur

FULVIO IZZO, originaire de Salerne, vit avec sa famille à Ascoli Piceno depuis de nombreuses années. Responsable du ministère de l'éducation, il a été Proviseur des études (Provveditore agli Studi) à Massa Carrara et à Macerata ; en 2012. il était directeur général adjoint de l'Office scolaire régional des Marches.

Siège de Gaète — S. M. la reine des Deux-Siciles en costume calabrais — Un article du Monde illustré

S. M. la reine des Deux-Siciles en costume calabrais
(D'après une photographie communiquée par M. le colonel V. d'Equevilley.)


Le roi et la reine de Naples au siège de Gaëte.
in Le Monde illustré du 29 décembre 1860

Depuis que les Piémontais ont investi la place de Gaëte, que les positions formidables des Capucins et de Santa Agata ont menacé la ville de leurs batteries, les Napolitains, comme c'était leur devoir et surtout leur intérêt, ont tout fait pour arrêter les travaux des assiégeants.
On a remarqué que chaque jour, vers quatre heures, se réveillait une recrudescence dans la force du tir de la cité assiégée. Les journées même où le feu n'avait pas été très-vif, on était sûr qu'une forte canonnade d'une heure allait gêner les travailleurs du général Cialdini. Les officiers des extrêmes avant-postes, placés dans les lieux d'observation et armés de longues-vues, cherchaient à découvrir le motif de ce redoublement de vigueur.
Ils remarquèrent qu'une jeune femme vêtue du costume calabrais, venait tous les jours à la batterie de la reine et assistait au tir. Elle arrivait souvent en voiture, parfois à cheval. 
Cette jeune femme, dont la présence au milieu des artilleurs, rappelle l'intrépidité de l'ennemie acharnée de Henri III, la bouillante duchesse de Montpensier, n'est autre que la reine de Naples dont notre gravure reproduit le pittoresque costume. Coiffée du chapeau calabrais et drapée dans ce vaste manteau, l'épouse de François II semble symboliser le génie de la Résistance.
De son côté, le roi ne reste pas inactif. Tous les jours il visite les batteries accompagné de son état-major. Parmi les officiers attachés à la personne de S. M. on remarque les colonels de la Grange, d'Equevilley, de Mortilliet, le major de Christen, les capitaines de Cordon et de Lautrec, les lieutenants Urbain et Ferdinand de Charette, de la Chernay, de Maricourt, de Puyferrat, Pozzo di Borgo, de Legge et plusieurs autres Français.
Les documents que nous a remis M. d'Equevilley, nous le montrent inspectant le rentrant d'une batterie de front. C'est surtout au milieu de ses intrépides artilleurs que François II montre la bravoure et l'énergie qui,  jusqu'à présent, ont honoré sa courageuse résistance.

MAXIME VAUVERT.

jeudi 19 janvier 2023

Luigi Lucheni, the assassin of the austrian empress (an article of The Los Angeles Herald, october 8, 1898)

in Los Angeles Herald, october 8, 1898 


[EN] The text — New pictures of Luigi Lucheni, the assassin of the austrian empress

    These pictures of Lucheni, the assassin of the empress of Austria, are taken from the last number of L'Illustration. The front view presents a face that differs little from the cut already printed in the Chronicle. The face is of the heavy, brutal type, and the dissimilarity in the ears, the drooping left eye and the sinister twist of the mouth and nose betray the criminal degenerate. The profile view is not so repulsive, but the facial angle reveals weakness.
    The file with which the fatal blow was struck is reproduced here in natural size. The assassin threw it away, after his deed, and when found it bore no trace of blood. It is thought the point was broken off when the tile was thrown away.

[FR] Le texte - Nouvelles photos de Luigi Lucheni, l'assassin de l'impératrice d'Autriche

    Ces photos de Lucheni, l'assassin de l'impératrice d'Autriche, sont extraites du dernier numéro de L'Illustration. La vue de face présente un visage qui diffère peu de la coupe déjà imprimée dans le Chronicle. Le visage est du type lourd et brutal, et la dissemblance des oreilles, l'œil gauche tombant et la torsion sinistre de la bouche et du nez trahissent le dégénéré criminel. La vue de profil n'est pas aussi repoussante, mais l'angle du visage révèle de la faiblesse.
    La lime avec laquelle le coup fatal a été porté est reproduite ici en taille naturelle. L'assassin l'a jetée, après son acte, et quand on l'a retrouvée, elle ne portait aucune trace de sang. On pense que la pointe a été cassée lorsque la lime a été jetée.

mercredi 18 janvier 2023

La reine est nue ! L'affaire des photos pornographiques de Marie-Sophie, reine de Naples. Le récit d'un contemporain.

Photo Fratelli D'Alessandri
Studio de la via del babuino
En février 1862, le roi et la reine séjournaient à Rome depuis un an : depuis la capitulation de Gaète en février 1861, ils étaient les hôtes du Pape à Rome. 

Aux premiers jours du mois de février 1862 des photographies pornographiques ignominieuses de Marie-Sophie de Bourbon, reine de Naples et des Deux-Siciles, firent leur apparition tant à Rome que dans diverses cours européennes. Il s'agissait de montages photographiques où la tête de la reine avait été montée sur le corps nu d'une prostituée. Les auteurs de ce scandale furent bientôt découverts par la police. Il s'agissait d'Antonio Dioatallevi et de sa femme Constance, née Vaccari que les agents pontificaux arrêtèrent le 6 mars 1862. On peut supposer que ces photos furent montées et diffusées dans le but de discréditer tant la cour papale que la cour napolitaine en exil. Le procès intenté contre les époux Diotallevi s'ouvrit en février 1863. Constance (Costanza) affirma lors des interrogatoires qu'elle avait agi sur ordre des "Piémontais". Les aveux complets des époux et leurs dénonciations les firent considérer comme des repentis, ce qui conduisit à un allègement de leur peine. (Pour plus de détails voir sur Wikisource le document de 1863 du Comité national romain:  Le rivelazioni impunitarie di Costanza Vaccari-Diotallevi).

Luigi (Louis) Delâtre (1815-1893, homme de lettres, poète, traducteur, lexicologue et grammairien) a laissé un livre de souvenirs de son séjour romain. Dans ses Ricordi di Roma (Firenze, 1870), il a dressé un portrait peu flatteur de la reine Marie-Sophie, dont voici le texte traduit : 

[...] À partir de ce moment [l'exil de François II et de la reine Marie-Sophie dans les états pontificaux], le caractère de la reine apparaît sous un jour nouveau. Elle n'a pas compris que son changement de situation exigeait une attitude digne, le retrait et le silence. Elle recherchait le scandale et la publicité : elle déshonorait son malheur par son cynisme et son extravagance. Elle aurait pu se rendre intéressante, elle s'est rendue ridicule et méprisable. Elle allait souvent à la chasse ; elle pratiquait l'escrime ; elle se promenait tous les soirs dans un tilbury avec deux chevaux fougueux, qu'elle conduisait elle-même. Elle s'exerçait au pistolet dans le jardin du Quirinal, visant au hasard tous les objets qui se présentaient à elle. Un jour, elle a aperçu en haut d'un mur un magnifique chat qui se prélassait calmement au soleil. Il était à plus de deux cents pas. " Je parie ", dit la reine à ses courtisans, " que je l'attraperai ! ". "Elle l'a si bien attrapé qu'elle l'a tué de ses propres mains. La malheureuse victime s'est avérée être le chat de la sœur du cardinal Antonelli, Mme N ... Le chat de la sœur d'un cardinal ! C'était presque un chat sacré, la quatrième personne de la Trinité ! Mme N... veuve depuis plus de trente ans, n'avait eu d'autre consolation que ce chat ; c'était son seul ami, son seul compagnon, le digne successeur de M. N, ... une bonne âme. Les poètes satiriques, qui abondent dans la ville de Pasquino et du Pape, n'ont pas manqué de chanter l'horrible tragédie et de répandre de la saleté et des fleurs sur la tombe de ce gracieux animal, si fier prince de la Sainte Église. Si quelque chose pouvait atténuer le chagrin de la pauvre veuve, c'était, disaient ces poètes, l'idée qu'au moins ce cher minou était tombé sous de nobles coups, sous les coups d'une reine. Mais la veuve désolée ne se contenta pas de ce réconfort, et alla se plaindre à son frère, qui ne tarda pas à écrire à la reine pour lui rappeler sa pétulance, son inconstance et l'appeler à plus de bienséance et de respect pour elle-même et pour les autres. Mais cela ne fut pas d'une grande aide. Dès le moment où la famille royale de Naples fut logée au palais du Quirinal, il fut comme livré au pillage. Les fils du comte de Trani arrachèrent les rideaux, les tapisseries et les tapis ; les domestiques brisèrent les meubles et la vaisselle ; en quinze jours, tous les objets de quelque valeur avaient disparu [...]. Sa Sainteté avait assigné à leurs majestés  une garnison d'honneur, composée de nobles gardes très dévoués à la cause sacrée du trône et de l'autel. Parmi ces nobles gardes, tous beaux, jeunes, sains et robustes, il y en avait un en particulier, un véritable Adonis, qui semblait être né spécialement pour mettre en danger le cœur de la reine et la tête du roi.... Entre-temps, les dames de Besançon avaient ouvert une souscription pour offrir à Marie-Sophie sa statue en argent dans l'uniforme d'artilleur qu'elle portait à Gaète. Sur le socle de la statue étaient gravés ces mots : Les dames de Besançon à la nouvelle Jeanne d'Arc. 
Le portrait de la reine était si recherché et se vendait en si grande quantité que tous les photographes de Rome sont venus le réaliser. Marie Sophie était assaillie de demandes pour obtenir la permission de reproduire son portrait, et elle, tentée par l'empressement du public, répondait toujours positivement à ces demandes. Mais chaque photographe exigeait qu'elle soit coiffée à sa convenance, et elle se prêtait volontiers à ces caprices : le résultat fut une série interminable de portraits, tous dans des vêtements et des poses différentes. Elle a été représentée en costume d'artilleur, de marin, en religieuse, en bourgeoise ; à pied, à cheval, en tilbury ; avec un fusil, avec un crucifix, avec un fouet, avec un éventail... 

En somme, il n'y avait rien de plus à faire que de la dépeindre nue comme Vénus ou Eve. Un photographe anonyme s'est aventuré à combler cette lacune. Il a fait la Reine dans la pose de la  Vénus du Titien, entourée de cardinaux, de monseigneurs et de nobles gardes lui présentant leurs hommages. Et avec le Pape qui leur donnait la bénédiction apostolique.
À cette nouvelle, grand tumulte au Vatican et au Quirinal. Le pape a craché du sang, les Antonelli ont jeté du feu, le roi de Naples a sangloté sur sa table basse, quant à Maria Sophia, on prétend que cela la faisait  rire. Tous les espions de Rome ont été envoyés en mission, mais, comme d'habitude, ils n'ont rien découvert . Lorsque tout espoir de trouver le coupable fut perdu, une mesure générale fut prise, qui toucha tous les photographes sans exception, les industriels comme les amateurs ; ils furent obligés de demander un permis pour exercer leur art, et cette faculté ne fut accordée qu'à ceux sur lesquels il n'y avait pas l'ombre d'un soupçon. Parmi les photographes professionnels se trouvaient alors deux abbés. La rumeur publique a désigné, mais peut-être à tort, l'un d'entre eux comme l'auteur de la photo compromettante. Le pape, fatigué de n'entendre parler que de la reine de Naples et des scandales dont elle était une source tantôt volontaire, tantôt involontaire, la convoque au Vatican et lui assène une réprimande sévère et amère. Marie-Sophie se défend du mieux qu'elle peut, et parmi les choses qu'elle dit, elle déclare au pape que le roi n'est son mari que de nom ; elle demande donc le divorce. Le pape refuse : non possumus. Alors Marie-Sophie décide de quitter Rome, et prépare son départ sans tarder. C'était le seul moyen de mettre un terme aux pétitions réelles ou fausses dont elle est la cible. La chronique affirme qu'une raison encore plus grave a poussé la reine à cette fuite soudaine. Elle se rend à Munich et s'y retire dans un couvent, où elle veut finir ses jours.  Elle avait juré de ne jamais revenir auprès de son mari putatif, qui n'était bon qu'à tambouriner sur les tables tout en conversant. Le pape, désireux d'éviter le scandale que cette séparation aurait provoqué dans le monde catholique et légitimiste, envoie le cardinal Grassellini à Munich auprès de cette brebis perdue. Le cardinal avait pour mission d'utiliser tous les moyens spirituels pour la ramener au bercail. Il parla si bien, ou plutôt il prêcha si bien, qu'il la persuada, et que deux ou trois mois après son départ, Maria Sophia, de gré ou  de force, rentra dans le giron conjugal. L'apathique François II la revit sans plaisir ni déplaisir, mais le beau garde était probablement moins indifférent."

Dix ans plus tard, un maître-chanteur tenta d'extorquer l'empereur François-Joseph avec un photomontage représentant l'impératrice Elisabeth nue en train de jouer de la lyre. Lire à ce propos le post https://luc-henri-roger.blogspot.com/2021/09/1872-une-lettre-et-un-photomontage-de.html

mardi 17 janvier 2023

14 février 1861 — La capitulation de Gaète et l'embarquement sur le vapeur La Mouette

Capitulation de Gaëte

Un article de Maxime Vauvert dans Le Monde illustré du 23 février 1861

Le roi François II faisant ses adieux à la garnison de Gaète le 15 février

Après une résistance héroïque de trois mois, François II s'est vu forcé de capituler le 15.
Plusieurs explosions avaient eu lieu à Gaëte. Une, entre autres, avait déterminé une brèche de quarante mètres de largeur qui pouvait fournir, à l'occasion, un moyen facile de pénétrer dans la place. Le bombardement du 11 avait démonté les meilleures pièces napolitaines et la place ne répondait qu'avec des canons ordinaires. Les Piémontais ne discontinuaient pas leur feu terrible. Les batteries de Monte-Tortona, des Capuccini et de Monte-Conca tonnaient de toutes leurs pièces et couvraient la place d'un véritable ouragan de feu. On compte que le général Cialdini a fait lancer au moins 50,000 projectiles creux.
Le 14, deux magasins à poudre sautaient dans Gaëte, et ce nouveau désastre démontrait aux assiégés que toute résistance était désormais inutile. Le même jour, en effet, la capitulation était signée.
La garnison était prisonnière de guerre avec les honneurs militaires.
Le roi était libre.
Le lendemain, les Piémontais ont occupé la moitié de la ville dès huit heures du matin.
François II, avant de quitter Gaëte, a passe devant les troupes napolitaines, qui ont présenté les armes.
L'émotion était profonde dans le cœur du roi et se trahissait sur le visage des soldats. La population a accompagné jusqu'au port celui qui venait de tout perdre, fors l'honneur.
Le vapeur français la Mouette était arrivé de Naples pour se tenir à la disposition de François II. Quand le roi est monté à bord avec la reine, les princes, la maison royale, les honneurs royaux lui ont été rendus par l'équipage, et, lorsque le navire est parti, la batterie du port a salué de vingt et un coups de canon.
Le 15 au soir la Mouette touchait à Terracine, d'où François Il et la reine de Naples se rendaient à Rome pour occuper le palais pontifical du Quirinal, que le Saint-Père avait fait préparer pour eux.

Embarquement du roi François II et de la reine de Naples à bord de la Mouette
Dessin de M. Durand-Brager

Crédits : dessins publiés par le Monde illustré du 23 février 1861

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