vendredi 22 mai 2026

A DRAGstory, un cabaret queer à la Maison des Artistes de Munich

Photo © Anne Coersmeier

Dans de nombreux pays occidentaux, juin est le mois des fiertés. Les festivités et la marche du Christopher Street Day 2026 (CSD) de Munich auront lieu du 11 au 28 juin. Le festival munichois se déroulera sous la devise « Notre diversité. Notre force. » Le point culminant de cet événement de deux semaines, le grand défilé politique, sera organisé  le samedi 27 juin 2026.

En prémices du festival LGBTQIA+ *, un groupe d'artistes drag queens et drag kings ont présenté ce 20 mai un spectacle haut en couleurs dans la belle salle Jugendstil de la Künstlerhaus (Maison des artistes) de Munich, un lieu mythique qui, en 1900, avait concrétisé le rêve longtemps caressé des artistes de disposer d'un lieu représentatif bien à eux. Ce rêve continue pour les artistes contemporains qui y viennent présenter leurs oeuvres et leurs spectacles. La salle est organisée à la manière d'un café-concert ou d'un cabaret.


« A DRAGstory » est une comédie musicale  queer qui allie la passion pour le théâtre et un esprit pétillant comme du champagne. Pinay Colada et Olga Flixpuss, accompagnées d'une douzaine d'artistes talentueux, nous entraînent dans un voyage passionnant à travers l'univers du drag, qui trouve son origine lointaine dans les théâtres élisabéthains en Angleterre, où de jeunes hommes « déguisés en fille » (drag) interprétaient des rôles féminins.

Les artistes ont conçu un spectacle qui illustre chronologiquement les grands épisodes de l'histoire LGBTQIA en Allemagne au 20ème siècle, depuis les années 20 à Berlin, avec  les grands cabarets et bals travestis, une période de libération bientôt suivie de la répression nazie, du durcissement des lois criminalisant l'homosexualité et de la déportation des personnes homosexuelles dans les camps de concentration. L'Allemagne ne décriminalisera progressivement l'homosexualité qu'à partir de 1969. C'est l'époque des grands mouvements de contestation de mai 1968 en France et du soulèvement de Stonewall à New York en juin 1969. En 1971 en Allemagne, Rosa von Praunheim proclame que " Ce n'est pas l'homosexuel qui est pervers mais la société dans laquelle il vit."  Les années 1980 connaissent une nouvelle stigmatisation des communautés gays avec l'épidémie du sida. Les communautés LGBT se solidarisent et réagissent en revendiquant la reconnaissance et l'égalité des droits dans les  marches des fiertés, organisées à partir de 1979. En Allemagne, les contrats d'union civile sont obtenus en 2001, le mariage pour tous seulement en 2017.


À la Künstlerhaus de Munich, l'ambiance est à la fête et les drag queens et kings nous ont offert un spectacle fascinant dans lequel musique, théâtre et histoire s'entremêlent avec art pour créer une expérience captivante et divertissante. Le vaisseau spatial de « A DRAGstory – Queer à travers le cosmos » décolle ! Un voyage musical captivant entre glamour, drame et émancipation – avec des chansons telles que « Diamonds are a Girl’s Best Friend », « Vogue », « Pretty Ugly », « Liebe ist alles », « Over the Rainbow », « Holding Out for a Hero », « Toxic », « No More Drama » et le grand final avec « Defying Gravity ». Un spectacle plein de paillettes, d’émotions et d’histoires queer, touchant et d’une couleur sans limites, un spectacle qui est aussi débordant d'humour, de traits piquants et d'auto-ironie.


La salle est chauffée à blanc par la présentatrice de la soirée, une drag queen vêtue d'un tailleur haute couture qui incite à acclame les artistes et les numéros par des applaudissements nourris, aux sifflements, et aux cris brefs, aigus et stridents d'enthousiasme. Tous les numéros sont bruyamment acclamés par un public aux anges, surexcité à souhait. Les drags excellent dans l'art de l'incarnation et la  parodie, ils/ elles explorent les normes de genre de manière théâtralisée. Elles/ils sont passés maîtres, souvent avec extravagance, dans les techniques artistiques du maquillage et du costume, de la gestuelle, avec un travail approfondi sur la démarche, les postures et la voix. Leurs prestations mêlent le chant, souvent en "lip-sync" (synchronisation labiale), et la danse, avec parfois des grands écarts surprenants.  Tout est fait pour déconstruire ou exacerber les stéréotypes. Ce sont toutes et tous de fabuleux artistes. La salle est en folie, c'est une fête de tous les instants. 

Pour les drags kings et queens, c'est leur grand soir et au moment des adieux, ils/elles promettent déjà un nouveau spectacle pour l'an prochain.

* LGBTQIA+ est un sigle parapluie qui désigne les personnes dont l'orientation sexuelle, l'identité de genre ou les caractéristiques sexuelles diffèrent des normes hétérosexuelles et cisgenres. Le signe « + » indique que la liste est ouverte pour englober l'ensemble des autres diversités. L'acronyme se décompose de la manière suivante : L (Lesbienne), G (Gay), B (Bisexuel·le), T (Transgenre), Q (Queer), I (Intersexe), A (Asexuel·le ou Aromantique).
Crédit photographique @ Künsterhaus München (via facebook)

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