jeudi 28 janvier 2021

Hedwig Courths-Mahler — La marchande de rêves la plus lue d'Allemagne — Où il est aussi question du roi de Bavière et de Richard Wagner.

   

Marchande de rêves

    Hedwig Courths-Mahler, alias Ernestine Friederike Elisabeth Mahler, publia aussi sous le pseudonyme d'Hedwig Brand.  Née le 18 février 1867 à Nebra / Unstrut, en Allemagne et décédée le 26 novembre 1950 à Tegernsee , en Bavière, Hedwig Courths-Mahler est née comme enfant illégitime d'un père tombé au combat lors de la guerre de 1866. 
   Elle fut élevée dans des circonstances modestes et sans beaucoup d'affection par sa mère et un  beau-père qui ne voulait pas d'une enfant d'un autre lit et confiée à la garde payante d'une famille d'accueil très modeste, dont elle garda cependant d'excellents souvenirs. Après son divorce avec Brand, sa mère se livra à la prostitution et, à la fin de sa vie, fut emprisonnée pour proxénétisme. 
    Hedwig dut interrompre sa très brève scolarité dès qu'elle fut en mesure de gagner sa vie. Elle était alors âgée de quatorze. Elle exerça divers emplois, tels que servante, garde-malade ou vendeuse, —cependant qu'elle consacrait ses loisirs à la lecture, — avant de se lancer dans la carrière littéraire. 
    C'est alors qu'elle était encore employée comme vendeuse qu'elle commença à écrire des textes sentimentaux qui mettaient en scène ses rêves d'une vie meilleure fort différente de la réalité qu'elle expérimentait au quotidien.Dans le monde rêvé de ses romans, des forces bienveillantes sont à l'oeuvre, qui mènent à la fortune des femmes que la vie a injustement blessées. Un héritage inattendu ou le mariage viennent opportunément améliorer leur existence. Le mariage permet en outre parfois d'aplanir les obstacles qui divisent les classes sociales. 
    Hedwig Courths-Mahler fut une autrice très productive : on lui doit plus de 200 romans, qu'elle publia à raison d'une moyenne de six romans par an, Ces récits furent accueillis par un public populaire enthousiaste, tout en subissant les foudres d'une critique littéraire méprisante. Ses romans sentimentaux très fleur bleue et se terminant généralement par une fin heureuse ont satisfait un large public, qui cherchait à s'abreuver de récits sans ambiguïté dans lesquels les bons se voient toujours récompensés par la sécurité financière et la promesse du bonheur conjugal et les mauvais finissent par recevoir le châtiment qu'ils méritent. 
   Plusieurs de ses romans ont fourni le scénario de pièces de théâtre et ont été portés au cinéma. Hedwig Courths-Mahler connut un immense succès. On parle de plus de 80 millions d'exemplaires, dont 50 millions entre la fin de la seconde guerre mondiale et la mort de l'autrice en novembre 1950. Le succès dépassa les frontières des pays de langue allemande, on en connaît des traductions dans une douzaine de langues. Le phénomème Courths-Mahler a marqué tout le vingtième siècle. 
   Si les critiques littéraires de son oeuvre sont en partie justifiées, il faut cependant reconnaître que la lecture de ses livres apporta beaucoup de plaisir à des millions de lecteurs, qui y ont trouvé la réalisation de leurs rêves et de leurs fantasmes.

La réception française de l'oeuvre 

    C'est à l'éditeur Flammarion que l'on doit la traduction d'une série de romans à partir des 1930. Nous en avons relevé 17, tous traduits par des femmes. Leurs titres sont évocateurs du type de littérature à laquelle ils appartiennent :

Au secours de Denise
Avec toi jusqu’à la mort
Cœurs éprouvés
Fleur blanche
La fiancée d’un jour
La princesse des îles
La tendre alliée
Le cœur d’une mère
Le grand amour de Serge Landry
Les cœurs ne mentent pas
Le talisman de la rani
Loin des yeux, près du coeur
Mon cœur, réveille-toi !
Tempête sentimentale
Toi que j’aime
Tourments d’amour
Troublant mystère

    Nous avons également relevé trois publications sous la forme de feuilletons dans la presse française (deux romans dans l'Écho du Nord, un dans l'Écho d'Alger), qui dans l'ensemble, à de très rares exceptions près, est plutôt élogieuse pour l'écrivaine, En voici quelques extraits :

1928 — Le romancier allemand le plus lu. De tous les écrivains allemands vivants, l’auteur le plus répandu n’est pas précisément celui que citent les gazettes littéraires ou les manuels. Or, Frau Courths-Malher est de tous les pays de langue allemande le romancier le plus lu, puisqu'elle ne compte pas moins de vingt millions de lecteurs des deux sexes. Sa production tient du prodige : elle donne à son éditeur quatre romans par an et les foules avides de romanesque et de récits sentimentaux se jettent sur les livres de Courths-Mahler avec enthousiasme. Elle a débuté à l’âge de dix-huit ans. En cherchant un peu, on trouverait, en France; quelques auteurs du même genre, peu cités par les revues littéraires, ignorés des critiques, mais qui ont su conquérir les faveurs d’un vaste public.

1934 — Mme Courths-Mahler [...] est une des romancières les plus célèbres de l'Allemagne. Elle s'est spécialisée dans le romanesque idyllique, puéril, charmant, familial, qui assura jadis à certains ouvrages de Georges Ohnet el d'Hector Malot un succès qui dure encore.

1949— Deux auteurs allemands qui, en général, ont enchanté leurs lecteurs malgré les barrières nationales : Karl May — aimé par [...] la jeunesse romantique partout — et Hedwige de Courths-Mahler, productrice en masse des histoires d’amour sentimentales entre comtes, barons, officiers et femmes bourgeoises, gouvernantes, etc.

La presse française a surnommé Hedwig Courths-Mahler le Delly allemand.

    Deux exemples de critiques de presse 

Cœurs éprouvés, par Courths-Mahler, traduit de l'allemand par Alice Cuénond (Ernest Flammarion, éditeur). — 1935 — L'intrigue la plus simple, l'histoire la plus banale ou la plus fatiguée peut prendre sous une plume habile une nouvelle jeunesse, le talent de l'auteur lorsqu'il est réel sait renouveler un sujet, redonner une vie à des personnages morts, insuffler une ardeur à des héros sur lesquels maints écrivains se sont déjà penchés. Courths-Mahler nous le montre ici en nous contant une aventure qui dans un sec résumé apparaît banale et quelconque : Eva Moreno se trouve dans une ville de Suisse, sans argent, sans famille, avec la seule richesse de sa jeunesse — elle a vingt ans — et de son talent de violoniste. La rencontre heureuse de Michel Oldet sera pour elle cependant l'aube d'une vie nouvelle et malgré bien des traverses, bien des chagrins, de dramatiques péripéties, elle parviendra au bonheur tant attendu, tant espéré. Mais l'auteur sait mettre dans son roman une sensibilité si délicate, une émotion d'une qualité telle que le lecteur vibre profondément et est séduit dès les premières pages. Remercions Mme Alice Cuénond, dont l'excellente traduction nous permet de connaître cette belle œuvre.

Troublant mystère — 1936 — Je n'ai, lu aucun autre roman de Mme Courths-Mahler. Celui-ci, par son texte autant que par son titre, est dans la tradition de l'aimable et honnête feuilleton.
Le souvenir d'Octave Feuillet, et la douceur douceâtre des livres de Mme Delly planent au-dessus de celte histoire gentillette comme un papier fleuri pour «compliment » de jour de l'an.
Il y a une jeune fille qui a été élevée par une dame riche dont elle croit être la fille. Dès les premières pages du bouquin, elle reçoit la révélation :
— Mon enfant, je ne suis pas ta mère !
Ça commence bien...
Et ça continue.
La jeune fille a donné son cœur à un homme qui ne se doute pas de la chose et qu'elle retrouve comme par hasard. Et qui tombe amoureux d‘elle. C'est bien son tour !
Autour de cela, il' y a des questions d'héritage, un château et une chaumière. Tout le matériel ordinaire.
Le livre compte 249 pages. Dès la page 129, le lecteur moyen sait il quoi s'en tenir sur le « troublant mystère ». C'est dire que le problème n'est pas très subtilement posé : Simenon fait mieux.
Le roman a été traduit de l'allemand par Nicole Renaud. Cette traduction était-elle nécessaire ?
N'a-t-on rien de mieux à faire connaître au public français ?
Pendant ce temps, le Roman de Quat’sous, de Bertold Brecht ne trouve pas d'éditeur en France...
(Un vol. Flammarion. 12 francs.)

Et le roi Louis II de Bavière dans tout cela  ?

    En 1911, Hedwig Courths-Mahler publiait un roman dont le protagoniste, mort 25 ans plus tôt n'était autre que le roi Louis II de Bavière. Cette oeuvre publiée pour honorer la mémoire du roi  à l'occasion du 25ème anniversaire de son décès tragique, n'avait pas été traduite en français jusqu'à présent. 
    J'ai le grand plaisir de vous annoncer sa parution prochaine, dans le courant du mois de février ou début mars, dans la traduction de Luc-Henri Roger sous le titre Le roi Louis II de Bavière et sa protégée (titre original :König Ludwig und sein Schützling).
    La pupille du roi n'est autre qu'une enfant d'un couple de forestiers avec qui le roi se lie d'amitié au point de lui assurer la meilleure des formations scolaires. La petite fille, Walpurga Malwinger, est douée pour la musique et le chant et le roi favorise sa formation musicale. L'enfant grandit, devient une ravissante jeune fille, un jour le hasard veut que Richard Wagner l'entende chanter... 
    Un livre qui devrait ravir les amis de Louis II et de Richard Wagner. 

mardi 26 janvier 2021

Les obsèques de la S.A.R. la princesse Sophie-Charlotte en Bavière, duchesse d'Alençon — Un reportage d'époque


La chapelle de Dreux - Tombeau de la famille d'Orléans
(gravure d'époque in L'hebdomadaire illustré, 30 mai 1897)


Un reportage du Petit Journal du 16 mai 1897

OBSÈQUES DE LA DUCHESSE D'ALENCON

DÉPART DU TRAIN SPÉCIAL 

Le train spécial conduisant à Dreux le corps de la duchesse d'Alençon et les personnes invitées à ses obsèques est parti de la gare Saint- Lazare hier matin à 7 heures 45. Le cercueil avait été déposé dans un fourgon transformé en chapelle ardente où priaient plusieurs religieux. Dans le premier wagon ont pris place les princes et les princesses ; le duc d'Alençon, la tête toujours enveloppée, est monté dans un coupé avec deux princesses. Venaient ensuite le wagon diplomatique, celui affecté à la presse et ceux réservés aux invités, en tout dix-sept voitures. Sont partis :

La duchesse d'Orléans, la reine de Naples, la comtesse de Paris, la princesse Alphonse de Bavière, la duchesse de Vendôme, la comtesse de Trani ; la comtesse d'Eu, les princesses : Blanche d'Orléans, de Joinville, de Bulgarie, la comtesse de Flandre, l'archiduchesse Clotilde ; les princesses : Louise de Cobourg, Louise d'Orléans de Waldemar ; la duchesse de Magenta, la comtesse de Trapani, les deux princesses de Caserte, la princesse de Wurtemberg, la comtesse Dzyalinska, la duchesse Elisabeth de Bavière, la grande-duchesse héréditaire de Luxembourg ; 
Le duc d'Alençon, le duc de Chartres, le prince de Joinville, le duc de Vendôme, le prince Alphonse de Bavière, le comte de Flandre, représentant le roi des Belges, le comte d'Eu, le duc Siegfried en Bavière, les princes Louis et Antoine d'Orléans-Bragance, le prince Witold Czartoryski, le duc de Penthièvre, le prince Philippe de Cobourg, le prince Albert de Belgique, le duc de Montpensier, le prince Waldemar de Danemark, le prince Jean d'Orléans, les deux princes de Wurtemberg, le duc de Magenta, le comte de la Tour-en-Voivre, les membres du service d'honneur du duc d'Orléans, et des princes, et plusieurs membres du corps diplomatique. 

Peut-être n'a-t-on pas oublié les fâcheux incidents qui se sont produits.à la gare Montparnasse à l'occasion des obsèques du duc de Nemours. Nous ne savons à la suite de quel défaut d'organisation de nombreux invité, du train spécial avaient dû prendre place dans un fourgon et ils furent délibérément abandonnés sur la voie. Cela fit un assez beau tapage.
Hier, sans .doute pour, punir les journalistes d'avoir conté l'incident, la Compagnie de l'Ouest leur a impitoyablement refusé l'accès de ses quais au moment du départ du train pour Dreux. Malgré l'autorisation accordée par les personnes qui, en la circonstance, représentaient la famille, les agents plus ou moins galonnés et les commissaires plus ou moins spéciaux de la gare sont restés inflexibles. Certains de nos confrères n'ont même pu qu'au dernier moment, après de vives protestations et d'interminables pourparlers, rejoindre le compartiment qui leur était réservé. 
C'est la première fois que pareil fait se produit. Partout, toujours, dans toutes les gares, on a autorisé les journalistes à pénétrer sur le quai pour leur permettre de rendre compte d'une arrivée ou d'un départ important. Est-ce un nouveau système que veut inaugurer la Compagnie de l'Ouest ? ou bien ses représentants ont-ils mal compris et mal interprété les ordres reçus ? 

À DREUX 
                                                                                 (Dépêche de notre envoyé spécial
Dreux , 15 mai. 

Le corps de la duchesse d'Alençbn, arrivé à neuf heures et demie par train spécial, en même temps que les princes et les princesses de la famille d'Orléans et les personnes invitées aux obsèques, vient d'être inhumé dans la crypte de la chapelle du château de Dreux. 
Toute la population de la ville s'était portée vers la gare pour attendre le corps. 
Sur le quai un service d'ordre composé des agents de police et des gendarmes de la brigade avait été organisé sous les ordres du capitaine de gendarmerie et du commissaire de police. 
Une partie de la salle des bagages avait été transformée en chapelle au moyen de tentures noires frangées d'argent sur lesquelles se détachaient des écussons aux armes de la duchesse. 
Dans la cour stationnait un char attelé de six chevaux et six voitures de deuil, destinées aux princesses. 
Dans une salle d'attente attendait le clergé de Dreux, ayant à sa tête M. Lègue, vicaire général délégué par l'évêque de Chartres, M. Roussillon, secrétaire général de l'évêché, M. Leroy, curé de Dreux.
À neuf heures et demie le train entre en gare. Le wagon de tête, dans lequel est placé le cercueil, est aussitôt détaché et conduit devant la chapelle où se portent les membres de la famille. 
Le corps est descendu en leur présence, reçu par le clergé et transporté sur le char funèbre. 
Le cortège se met alors en marche au Imilieu d'une foule immense. Il se dirige sur le château par le boulevard Louis-Terrier, la place Metezeeu, la Grande-Rue, la rue d'Orisson, la rue du Val-Gelé, le rue de Billy et arrive au rond-point situé devant la chapelle. 
À la grille se tient l'abbé Rouillon, deuxième aumônier ; il s'avance au devant du corps, suivi du clergé chantant les prières des morts. 
 Cette cérémonie en plein air est d'un effet saisissant. 

DANS L'ÉGLISE 

Le cercueil est porté dans l'église par six maîtres de cérémonies et placé dans le catafalque.
Le chœur a été tendu de draperies noires frangées d'argent et parsemées d'étoiles également d'argent. Le sol est entièrement recouvert d'un tapis noir, les chaises et les bancs sont également drapés de noir, 
Au milieu de la rotonde qui forme le centre; de la chapelle a été dressé un immense catafalque entouré de lampadaires et de candélabres. 
Sur le catafalque repose, sur un coussin de velours, une couronne de duchesse voilée de crêpe. 
À droite du catafalque prennent place le duc d'Alençon, le duc de Chartres, le duc de Vendôme, le prince Alphonse de Bavière, le comte de Flandre, le comte d'Eu. A gauche, la duchesse d'Orléans, vêtue d'une robe noire à longue traîne, la tête couverte d'un grand voile qui l'enveloppe entièrement, se place sur un fauteuil qui lui a été réservé en avant des autres sièges ; ses dames d'honneur s'assoient derrière elle ; puis viennent la reine de Naples, la comtesse de Paris, la duchesse de Vendôme, la comtesse de Trani, la comtesse d'Eu. 
Les autres princes et princesses de la famille d'Orléans prennent place derrière le catafalque. Les stalles des bas-côtés sont réservées au clergé, au milieu duquel on remarque Mgr Aliès, prélat de la maison du pape, le Père Boulanger, prieur des dominicains de Paris, l'abbé Allin, vicaire de Saint-Philippe-du- Roule. 
Dans les tribunes situées à droite et à gauche de la rotonde se placent les invités parmi lesquels se trouvent sir Edmund Monson, ambassadeur d'Angleterre, le comte Wolkenstein Trostburg, ambassadeur d'Autriche, le duc de Mandas, ambassadeur d'Espagne, M. Hans, consul général du Paraguay, 1'un de ceux qui ont aidé à reconnaître le corps de la. duchesse d'Alençon ; le duc de Lorges, le duc de Broglie, le baron Tristan Lambert, M. Buffet, le duc de Sabrim-Pontevès, M. Aubry Vitet, le duc Decazes, le duc de Fezensac, le duc de Luynes, le duc de Rohan, le comte de La Tour-en-Voivre, le comte  d'Oilliamson, le duc de la Trémoille, le marquis d'Audiffret-Pasquier, etc. 
Une grand'messe, qu'accompagnent l'orgue et la maîtrise, est dite par M. l'abbé Gromard, premier aumônier, puis l'absoute est donnée par M. l'abbé Lègue, vicaire général de Chartres. 

DANS LA CRYPTE 

Quelques prières sont ensuite dites par le Père Boulanger, prieur des dominicains de Paris, et le corps de la duchesse d'Alençon, précédé de tous les prêtres présents, est descendu dans la crypte où'il est placé dans le deuxième tombeau à droite. Les princes et princesses accompagnent seuls le corps. Après les dernières prières dites par le clergé, le duc d'Alençon vient s'agenouiller devant le tombeau et éclate en-sanglots.
Il prie quelques instants, se relève et jette l'eau bénite.
Le duc de Vendôme s'incline suc le cercueil et l'embrasse, puis tous les princes et princesses, jettent successivement l'eau bénite et remontent dans l'église, d'où ils sortent par la grande porte pour se rendre au  château de l'évêché. Le couvercle du tombeau est alors placé et scellé et les invités ainsi que les habitants du pays sont admis à descendre dans la crypte, où de nombreuses personnes viennent s'agenouiller devant le tombeau.
À deux heures quinze, les membres de la famille d'Orléans et les invités reprennent, pour retourner à Paris, le train spécial qui les a amenés. 

L'ACTE DE DÉCÈS DE LA DUCHESSE D'ALENÇON 

Voici le texte.officiel de l'acte de décès de la duchesse d'Alençon qui a été rédigé seulement le 11 mai, soit sept jours après sa mort: 

Préfecture du département de la Seine 
Extrait des minutes des Actes de décès du huitième arrondissement. Année 1897. 

L'an mil huit cent quatre-vingt-dix-sept, le onze mai, à dix heures du matin, acte de décès de Son Altesse Royale la Princesse Sophie-Charlotte-Auguste, Duchesse en Bavière, Duchesse d'Alençon, âgée de cinquante-sept ans, sans profession, née à Munich (Bavière), décédée rue Jean-Goujon, 19, le quatre mai courant, à cinq heures du soir; et transportée en son domicile, avenue Friedland, 32, fille de Son Altesse Royale le Prince Maximilien, Duc en Bavière, et de Son Altesse Royale la Princesse Louise de Bavière, Duchesse en Bavière, époux décédés. Épouse de Ferdinand-Philippe-Marie d'Orléans, Duc d'Alençon, âgé de cinquante-deux. ans, propriétaire, même domicile,. Dressé, vérification faite du décés par nous, Joseph Sansboeuf, adjoint au maire, officier de l'état civil du huitième arrondissement de Paris, officier de la Légion d'honneur, officier d'Académie. Sur la déclaration d'Albert-Auguste-Marie, comte Gicquel des Touches, âgé de quarante-cinq ans, ancien officier d'artillerie, chevalier de la Légion d'honneur, rue du Faubourg-Saint-Honoré, 120, et de Antoine-Gaston Doyen, âgé de quarante-trois ans, propriétaire, demeurant à Asnières (Seine), villa Saint-Charles, rue des Couronnes, amis de la défunte, qui ont signé avec nous après lecture.
Signé : comte Gicquel des Touches, Doyen, Sansbœuf.

Il est à remarquer que seule la duchesse d'Alençon porte dans cet acte le qualificatif d'altesse royale. En ce qui concerne le duc d'Alençon, M. Atthalin, procureur de la République, grand maître des actes de l'état civil, a décidé qu'il n'en devait pas être ainsi. 
Cette décision est d'ailleurs conforme à celle rendue par le parquet, de Versailles lors de la mort du duc de Nemours, après d'assez longs pourparlers, et à celle relative à la déclaration de naissance de la princesse Amélie, fille du duc et de la duchesse de Vendôme. 


lundi 25 janvier 2021

Sissi et ses soeurs — La bohémienne de Possenhofen

Un article du Petit écho de la mode (mars 1923), signé Renée d'Anjou, évoque les Bohémiens et leurs prédictions. Je reproduis ici le passage consacré aux prédictions qu'une bohémienne aurait faite à trois jeunes filles qui la rencontrèrent près du château familial de Possenhofen.

La bohémienne de Frans Hals — Musée du Louvre
   [...] On raconte beaucoup d’histoires de prédictions faites par les bohémiennes et plusieurs réalisées ; en voici une tout à fait authentique et que nous trouvons dans la Vie de la duchesse d'Alençon. Un jour, vers le temps du mariage de la princesse Elisabeth de Bavière avec François-Joseph d’Autriche, elle se promenait aux environs du château de Possenhofen avec ses soeurs, Sophie-Charlotte et Marie-Sophie. Elisabeth, qui avait pour cette race une sympathie qu’elle sut prouver en plusieurs circonstances, aperçut une roulotte arrêtée à l’orée d'un bois. C’était peu après ses fiançailles de cœur avec son cousin, mais la famille ne les avait pas encore ratifiées. Elle voulut savoir sa « bonne aventure » et vint auprès des nomades. Une vieille femme devina aussitôt l’intention des jeunes filles et s’avança vers elles. Elisabeth la première tendit sa main. La bohémienne posa son regard observateur sur la figure gracieuse de la jeune fille, puis se mit à examiner longuement sa petite main ; « Il y a, résuma-t-elle, dans ces lignes entrecroisées, bien des luttes que dominent deux couronnes... l’une est hérissée d’épines. » Elisabeth sourit ; la couronne d’épines sur ses magnifiques cheveux d’or lui semblait bien invraisemblable, et pourtant sa douloureuse existence de courses, de deuils, de désillusions à travers le monde, la lui offrit bien lourde. (Elle eut les deux couronnes, celle d’Autriche et de Hongrie.) Sa sœur, la princesse Marie-Sophie, interrogea à son tour la devineresse. Celle-ci prédit encore une couronne, mais chancelante, une vie longue d’épreuves, l’exil... Marie-Sophie retira sa main. Cette vieille l’impressionnait. C’était au tour de Sophie-Charlotte, qui hésitait, mais la devineresse lui prit le poignet et très doucement la regarda. Elle se tut longtemps, si longtemps que la jeune princesse eut peur, et demanda si sa vie ne devait pas continuer. — Si, répondit la vieille, elle continue encore longtemps, vous partirez de ce monde avec une couronne, vous aussi, mais elle sera de lis sanglants... environnée des palmes du martyre. 
    Cette histoire est-elle vraie? C’est bien possible, en tout cas elle se réalisa étrangement. Elisabeth, qui mourut la première, fut tragiquement retranchée du monde par la main ,d’un fanatique qui la poignarda à Genève. Sophie-Charlotte, après une vie menée très saintement, mourut brûlée au bazar de la charité, le 4 mai 1897, après avoir dit aux sauveteurs qui, en ce jour tragique, essayaient de l’entraîner :  "Laissez passer les autres avant moi."  Et ces paroles-là sont bien authentiques, car elles furent répétées par nombre de témoins. Elle eut donc la couronne du martyre. Pour Marie-Sophie, elle eut la couronne des deux Siciles, et tellement chancelante qu’elle tomba à Gaète au vent des boulets de Cialdini*. Découronnée, mais toujours fière, elle vint en France où elle vit encore entourée de quelques amis fidèles au malheur. 

Renée d’Anjou**

*Enrico Cialdini fut un général et homme politique italien du XIXᵉ siècle, qui fut l'un des principaux acteurs du Risorgimento. Il dirigea le siège de Gaète (1860-1861), ce qui lui valut le titre de duc de Gaète.
** Pseudonyme de l'autrice Marie, Renée, Joséphine Meslet.

dimanche 24 janvier 2021

François-Joseph en 1847

Il a environ 17 ans, un an avant son couronnement en 1848

 Invitation à la lecture

   J'invite les lectrices et lecteurs que l'histoire des Habsbourg et des Wittelsbach passionne à découvrir les textes peu connus consacrés au prince héritier Rodolphe réunis dans Rodolphe. Les textes de Mayerling (BoD, 2020).

Voici le texte de présentation du recueil  (quatrième de couverture):

   Suicide, meurtre ou complot ? Depuis plus de 130 années, le drame de Mayerling fascine et enflamme les imaginations, et a fait couler beaucoup d'encre. C'est un peu de cette encre que nous avons orpaillée ici dans les fleuves de la mémoire : des textes pour la plupart oubliés qui présentent différentes interprétations d'une tragédie sur laquelle, malgré les annonces répétées d'une vérité historique définitive, continue de planer le doute.
   Comment s'est constituée la légende de Mayerling? Les points de vue et les arguments s'affrontent dans ces récits qui relèvent de différents genres littéraires : souvenirs de princesses appartenant au premier cercle impérial, dialogue politique, roman historique, roman d'espionnage, articles de presse, tous ces textes ont contribué à la constitution d'une des grandes énigmes de l'histoire.

Le recueil réunit des récits publiés entre 1889 et 1932 sur le drame de Mayerling, dont voici les dates et les auteurs :

1889 Les articles du Figaro
1899 Princesse Odescalchi
1900 Arthur Savaète
1902 Adolphe Aderer
1905 Henri de Weindel
1910 Jean de Bonnefon
1916 Augustin Marguillier
1917 Henry Ferrare
1921 Princesse Louise de Belgique
1922 Dr Augustin Cabanès
1930 Gabriel Bernard
1932 Princesse Nora Fugger

Le dernier récit, celui de la princesse Fugger, amie de la soeur de Mary Vetsera, est pour la première fois publié en traduction française. Il n'était jusqu'ici accessible qu'en allemand et en traduction anglaise.

Luc-Henri Roger, Rodolphe. Les textes de Mayerling, BoD, 2020. En version papier ou ebook (ebook en promotion de lancement).

Commande en ligne chez l'éditeur, sur des sites comme la Fnac, le Furet du nord, Decitre, Amazon, etc. ou via votre libraire (ISBN 978-2-322-24137-8)



samedi 23 janvier 2021

François-Joseph en 1845

  

                                  Invitation à la lecture

   J'invite les lectrices et lecteurs que l'histoire des Habsbourg et des Wittelsbach passionne à découvrir les textes peu connus consacrés au prince héritier Rodolphe réunis dans Rodolphe. Les textes de Mayerling (BoD, 2020).

Voici le texte de présentation du recueil  (quatrième de couverture):

   Suicide, meurtre ou complot ? Depuis plus de 130 années, le drame de Mayerling fascine et enflamme les imaginations, et a fait couler beaucoup d'encre. C'est un peu de cette encre que nous avons orpaillée ici dans les fleuves de la mémoire : des textes pour la plupart oubliés qui présentent différentes interprétations d'une tragédie sur laquelle, malgré les annonces répétées d'une vérité historique définitive, continue de planer le doute.
   Comment s'est constituée la légende de Mayerling? Les points de vue et les arguments s'affrontent dans ces récits qui relèvent de différents genres littéraires : souvenirs de princesses appartenant au premier cercle impérial, dialogue politique, roman historique, roman d'espionnage, articles de presse, tous ces textes ont contribué à la constitution d'une des grandes énigmes de l'histoire.

Le recueil réunit des récits publiés entre 1889 et 1932 sur le drame de Mayerling, dont voici les dates et les auteurs :

1889 Les articles du Figaro
1899 Princesse Odescalchi
1900 Arthur Savaète
1902 Adolphe Aderer
1905 Henri de Weindel
1910 Jean de Bonnefon
1916 Augustin Marguillier
1917 Henry Ferrare
1921 Princesse Louise de Belgique
1922 Dr Augustin Cabanès
1930 Gabriel Bernard
1932 Princesse Nora Fugger

Le dernier récit, celui de la princesse Fugger, amie de la soeur de Mary Vetsera, est pour la première fois publié en traduction française. Il n'était jusqu'ici accessible qu'en allemand et en traduction anglaise.

Luc-Henri Roger, Rodolphe. Les textes de Mayerling, BoD, 2020. En version papier ou ebook (ebook en promotion de lancement).

Commande en ligne chez l'éditeur, sur des sites comme la Fnac, le Furet du nord, Decitre, Amazon, etc. ou via votre libraire (ISBN 978-2-322-24137-8)



Credo printanier / Frühlingslaube — Un peu de beauté dans ce monde incertain

 

    Pour apporter un peu de douceur dans ce monde en désherence, je vous offre ce matin Frühlingslaube (Credo printanier), un poème bien connu qu'écrivit Ludwig Uhland (1787-1862) en 1812, que je viens de tenter de traduire. Le lecteur germanophone trouvera l'original après la traduction.

   Schubert écrivit ensuite un Lied (D.696) sur les paroles de Uhland. Dame Janet Baker nous en a donné une émouvante version.

Credo printanier

"Une douce brise vient d'éclore,
Elle murmure et souffle jour et nuit;
En tous lieux ramenant la vie.
Ô parfum frais, accents nouveaux,
Oh, pauvre cœur, n'aie donc pas peur
Tout, à présent, tout doit changer.
Le monde s'embellit de jour en jour
Que nous réserve-t-il donc encore ?
La floraison semble n'avoir pas de fin,
Le val le plus lointain, si profond soit-il, est en fleurs.
Oh, pauvre cœur, cesse de t'alarmer !
Tout, à présent, tout doit changer. "

Frühlingslaube

„Die linden Lüfte sind erwacht,
Sie säuseln und wehen Tag und Nacht;
Sie schaffen an allen Enden.
O frischer Duft, o neuer Klang,
Nun, armes Herze, sei nicht bang
Nun muss sich alles, alles wenden.
Die Welt wird schöner mit jedem Tag,
Man weiß nicht, was noch werden mag.
Das Blühen will nicht enden.
Es blüht das fernste, tiefste Tal,
Nun, armes Herz, vergiss die Qual,
Nun muss sich alles, alles wenden.

vendredi 22 janvier 2021

Habsbourgs - Le futur empereur François-Joseph avec ses frères

François-Joseph, Ferdinand Maximilien et Charles-Louis

 Invitation à la lecture


    J'invite les lectrices et lecteurs que l'histoire des Habsbourg et des Wittelsbach passionne à découvrir les textes peu connus consacrés à mon ami le prince héritier Rodolphe réunis dans Rodolphe. Les textes de Mayerling (BoD, 2020).

Voici le texte de présentation du recueil  (quatrième de couverture):

   Suicide, meurtre ou complot ? Depuis plus de 130 années, le drame de Mayerling fascine et enflamme les imaginations, et a fait couler beaucoup d'encre. C'est un peu de cette encre que nous avons orpaillée ici dans les fleuves de la mémoire : des textes pour la plupart oubliés qui présentent différentes interprétations d'une tragédie sur laquelle, malgré les annonces répétées d'une vérité historique définitive, continue de planer le doute.
   Comment s'est constituée la légende de Mayerling? Les points de vue et les arguments s'affrontent dans ces récits qui relèvent de différents genres littéraires : souvenirs de princesses appartenant au premier cercle impérial, dialogue politique, roman historique, roman d'espionnage, articles de presse, tous ces textes ont contribué à la constitution d'une des grandes énigmes de l'histoire.

Le recueil réunit des récits publiés entre 1889 et 1932 sur le drame de Mayerling, dont voici les dates et les auteurs :

1889 Les articles du Figaro
1899 Princesse Odescalchi
1900 Arthur Savaète
1902 Adolphe Aderer
1905 Henri de Weindel
1910 Jean de Bonnefon
1916 Augustin Marguillier
1917 Henry Ferrare
1921 Princesse Louise de Belgique
1922 Dr Augustin Cabanès
1930 Gabriel Bernard
1932 Princesse Nora Fugger

Le dernier récit, celui de la princesse Fugger, amie de la soeur de Mary Vetsera, est pour la première fois publié en traduction française. Il n'était jusqu'ici accessible qu'en allemand et en traduction anglaise.

Luc-Henri Roger, Rodolphe. Les textes de Mayerling, BoD, 2020. En version papier ou ebook (ebook en promotion de lancement).

Commande en ligne chez l'éditeur, sur des sites comme la Fnac, le Furet du nord, Decitre, Amazon, etc. ou via votre libraire (ISBN 978-2-322-24137-8)



Mit der Kamera über den Bozner Markt — 22 Fotos

  © Marco Pohle