samedi 6 mars 2021

Dans la forêt de Mayerling, un article de la Revue des Deux Mondes (1934)

 

Crédit photo : Henryk Żychowski

Un article de Marie-Edith de Bonneuil dans la Revue des Deux Mondes du 1er février 1934

UN TRAGIQUE ANNIVERSAIRE

DANS LA FORÊT DE MAYERLING

    Dimanche. La route est ronflante d'autos, de cycles-cars, et de motocyclettes. Le long des Gasthaus, des voitures de luxe et leur chargement d’élégance s’alignent. Pétaradant à pleins gaz, des motocyclettes filent enfourchées par des belles filles en cheveux, accrochées à la taille d’un ouvrier ou d’un petit employé à manteau de cuir et lunette. Çà et là se range au bord d’un fossé un montagnard tyrolien, son feutre vert hérissé d'un inénarrable blaireau à l’arrière. Un havresac dans le dos, l’homme a les bras chargés de bruyère et de clairs genêts embaumés. C’est la ruée vers le Palais des Fées exilées, vers le Wienerwald, la forêt enchantée à quarante kilomètres de Vienne. 
    Sur les allées solitaires et profondes de la forêt, flotte, comme une buée d’or et de sang, le manteau de l’automne. Innombrables, les collines aux frondaisons épaisses s’arrondissent de chaque côté de la vallée, bruissantes de tant de ramures. Aux promeneurs, c’est une escorte royale, d’une richesse inouïe. Seul l’air demeure immobile avec ses coins de ciel bleu. 
    Subitement la coulée magnifique s’élargit: voici Mayerling avec ses pentes douces, vertes et boisées, où sont blotties des maisonnettes de bois. Mayerling! L’ancien pavillon de chasse du Prince impérial! Ce mot tombe sur la vallée heureuse, sur les feuilles légères où flottent de l’or, des rubis, des émeraudes, sourdement comme un glas. Car voilà exactement quarante- quatre ans, se déroulait ici une tragédie effroyable.

LA FIANCÉE DE LA MORT

    Dans cette vallée deux fantômes se pressent et apparaissent obsédants, tragiques : celui du Prince impérial Rodolphe d’Autriche et de Hongrie, et de Marie Vetsera, la « Fiancée de la mort ». Lui : l’héritier du plus puissant empire de la chrétienté, chevaleresque, jeune, beau, l’espoir des dix États de la double monarchie. Elle : dix-sept ans à peine, noble, riche, la plus ravissante jeune fille de l’Autriche. Ce furent deux amants aux atroces destinées. 
    Parmi tous les échappés dominicaux, ces touristes ivres de vitesse routière, ces paisibles promeneurs mangeant du saucisson écrasé sur du pain beurré, la poitrine ornée d’une fleur, le chapeau d’une plume, joyeux dans l’oubli et la détente du travail de la semaine, qui donc se souvient encore du drame qui se déroula ici, le 29 janvier 1889? Cette tragédie qui changea par ses complications non seulement la politique intérieure de quarante millions d’Austro-Hongrois suspendus à la vie d’un seul homme, mais aussi l’avenir de l’Europe, peut- être suis-je la seule, moi l’étrangère, à m’en souvenir. Et mon second pèlerinage à Mayerling en quatre ans, sera plus taciturne que le premier. Aujourd’hui je monterai à Heiligenkreuz, au petit cimetière de campagne où repose seule, oubliée, Marie Vetsera, éternellement bercée par la plainte du vent dans la forêt. 
    Mais auparavant, grimpons la pente où se serrent les humbles maisonnettes, autour d’une église au clocher pointu. En haut s’élève le pavillon de chasse où se passa la tragédie du double meurtre, ou du suicide de Rodolphe et de Marie. Nul n’a percé encore le mystère qui entoure le dernier souffle de ces êtres tristes et passionnés. " Brakfisch [sic pour Bratfisch]] et Loschek sont morts, sans livrer le secret de la nuit sanglante. Le comte de Hoyos vit encore, mais ne parlera jamais. C’est seulement en 1950 que, selon les formelles volontés de l’empereur François- Joseph, les archives impériales livreront leur mystère à la curiosité publique. " Mon chauffeur prononce ces paroles à voix basse à mes côtés. C’est un jeune Autrichien, autrefois banquier, désormais réduit à piloter, dans sa limousine devenue taxi, des touristes étrangers aux environs de Vienne. 
    Brakfisch était l’homme de confiance, le cocher particulier de Rodolphe. Quant à Loschek, c’était le valet de chambre privé du Prince impérial. Ce fut lui qui, à Mayerling, entendit le premier le coup d’une détonation derrière la porte où étaient enfermés, pour leur unique nuit d’amour, leur nuit de mort, Rodolphe et Marie échappés de Vienne, pour la première fois, à la faveur d’une partie de chasse. Ce fut Loschek qui le premier enfonça la porte, avec le comte de Hoyos. 
    Sur un lit jonché de roses, ils trouvèrent Marie Vetsera, à moitié nue, étendue morte. A un de ses doigts était passé l’anneau de fer que lui avait donné Rodolphe; on y lut: 13 janvier 1889 : « In Liebe vereint bis im dem Tode ». Unis par l’amour jusque dans la mort. En travers du lit, sur le corps de Marie, Rodolphe gisait la tête fracassée. 
    Crime commis par le frère de Marie Vetsera prévenu de la fugue de Marie et accouru pour venger l’honneur de sa sœur ?... Suicide de deux amants dévorés d’amour et de désespoir, n’entrevoyant qu’une issue fatale pour les libérer ?... Geste désespéré de Rodolphe à qui son père l’empereur François venait d’intimer l’ordre d’une rupture avec Marie ?... Qui le saura jamais avant l’année des révélations? Les murs plus que les êtres restent muets. 
    Aujourd’hui, la grande salle de chasse qui servait de salon et de salle à manger à la fois, est une chapelle expiatoire. La piété de l’impératrice Élisabeth d’Autriche, mère de Rodolphe, la fit ainsi transformer. A gauche, dans la petite chambre funèbre où l’on retrouva sur le lit les deux amants ensanglantés, au milieu des dentelles, du linge de nuit et des petites mules de Marie ornées de cygne, il n’est plus qu’un prie-dieu de velours broché jaune, et lourdement doré. Là, depuis la tragédie, venait continuellement prier et méditer l’Impératrice errante, « celle qui avait pour famille les Atrides, et dont le destin devait être plus tard sur le lac Léman celui de Clytemnestre ».

HEILIGENKREUZ 

    Regardez... Écoutez. La route monte encore à l’assaut plus haut, enlaçant de gras pâturages. Puis voici qu’on s’enfonce dans une seconde vallée, vers la montagne d’Heiligenkreuz où se trouve l’abbaye des Cisterciens. Notre auto s’arrête. A dix minutes de la voie, au bout d’une allée qu’embaume l’haleine des tilleuls, voici un petit cimetière. C’est l’heure crépusculaire de l’automne, entre cinq et six. Une buée tiède tombe sur la vallée et lui compose un arrière-plan de rêve. Comme une hostie d’or posée sur le sommet de la colline, le soleil ne rompt ni la solitude ni le silence des choses, en les caressant de ses rayons mourants. 
    Adossé au mur où sont encastrées les dernières tombes des moines cisterciens, le fossoyeur enfonce ses fortes dents dans la pulpe d’une pomme et s’appuie sur sa pelle. « Grüss Gott, me dit-il avec la charmante inflexion de voix autrichienne. — Bitte schön. Grabmal Mary Vetsera ?... (la tombe de Marie Vetsera ?) — Linke (à gauche). — Danke schön. » 
    Au milieu des pentes gazonnées où sont fichées, sans nom ni date, des croix de pierre (tombes des premiers moines), voici un Christ grandeur nature, sur une croix de bois. Il étend, comme une prière muette, ses bras meurtris sur un bouquet de jeunes et de verts sapins. Et tout de suite, à gauche, une grande croix de pierre domine une large dalle. Elle est entourée de lierre, protégée par une grille au-dessus de laquelle une lourde rose blanche balance son parfum, et laisse une à une tomber ses pétales comme des larmes. 
    C’est la tombe de Marie Vetsera. 
  Ainsi que Rodolphe, en écrivant à ses parents une lettre d’adieu, Marie avait demandé d’être enterrée dans le petit cimetière d’Alland, à Mayerling. Cruelle et inflexible, la Hofburg s’y opposa. On refusa à la mère de Marie non seulement de revoir son enfant morte, mais aussi d’assister à son ensevelissement. On défendit même au comte Stockau, l’oncle de Marie, d’apporter un linceul à Mayerling.

SINGULIÈRES OBSÈQUES 

    Accompagnés du préfet de police, les deux oncles de Marie, les comtes Stockau et Baltazzi, se rendirent au pavillon de chasse où ils durent habiller le cadavre rigide et dévêtu de Marie avec la toilette qu’elle portait à son arrivée à Mayerling. 
    Ainsi, coiffée, chapeautée, entre les deux vieillards, Marie, un rictus aux lèvres, ses larges yeux bleus ouverts, descendit l’escalier de Mayerling, dans la nuit. Comme si elle vivait encore, ses oncles l’avaient prise chacun sous un bras. A la lueur d’un fanal, on la conduisit jusqu’à la voiture où le fidèle Brakfisch l’attendait à nouveau. Après avoir reconduit à Vienne un cadavre royal, il allait emporter au loin, dans la montagne, le corps oublié et maudit d’une enfant romanesque. Son crime? Elle avait éprouvé un amour pur et sans bornes, pour l’héritier d’un trône impérial. 
   Dans le landau, on attacha le corps de Marie par le cou et la taille à un bâton noueux de montagnard. Ne fallait-il pas lui donner jusqu’au bout l’apparence de la vie? « C’était fin janvier, il y avait du verglas, du brouillard et des ornières, me raconte mon chauffeur ; le cadavre oscillait à tous les cahots. » 
    Par ce même sentier raide et rocailleux que nous prenons, la lugubre procession recommença son douloureux calvaire. A minuit on frappa à la porte de la petite maison des Morts, au monastère d’Heiligenkreuz. Enfin l’on enveloppa Marie dans un linceul, on la mit dans un cercueil hâtivement fait par les moines menuisiers. Toute la nuit il fallut travailler à creuser la fosse. Les oncles eux-mêmes durent aider. Et seuls, devant la maison humide et froide, comme deux moines en cagoule veillant à côté du corps torturé d’une enfant, deux cyprès noirs se dressaient. 
    Ce fut bien longtemps après la tragédie de Mayerling que la baronne Vetsera reçut l’autorisation de ramener le corps de son enfant à Vienne. Mais Marie était désormais loin des tempêtes et des passions. A quoi bon troubler son repos profond? Sa mère refusa de changer sa sépulture et fit bâtir une chapelle à la mémoire de son enfant dans le cimetière. 

    Ce soir, l’angélus tinte au clocher dont le bulbe rouge se gonfle dans le ciel bleu. Et jamais, en descendant la colline, je n’ai senti dans lame pareille mélancolie et apaisement. 
    La cruauté des hommes a pu séparer les amants dont l’un repose sous une lourde chape de bronze, au milieu de tant de grandeurs humaines, dans la crypte froide des Capucins à Vienne, mais ici, leurs fantômes flottent passionnément unis dans le souvenir. Ne chuchotent-ils pas en nous frôlant leur mystérieuse plainte?...

Marie-Edith de Bonneuil.


Rodolphe. Les textes de Mayerling.

Les diverses versions du drame de Mayerling sont présentées dans le recueil  Rodolphe. Les textes de Mayerling (BoD, 2020).

Voici le texte de présentation du recueil  (quatrième de couverture):

   Suicide, meurtre ou complot ? Depuis plus de 130 années, le drame de Mayerling fascine et enflamme les imaginations, et a fait couler beaucoup d'encre. C'est un peu de cette encre que nous avons orpaillée ici dans les fleuves de la mémoire : des textes pour la plupart oubliés qui présentent différentes interprétations d'une tragédie sur laquelle, malgré les annonces répétées d'une vérité historique définitive, continue de planer le doute.
   Comment s'est constituée la légende de Mayerling? Les points de vue et les arguments s'affrontent dans ces récits qui relèvent de différents genres littéraires : souvenirs de princesses appartenant au premier cercle impérial, dialogue politique, roman historique, roman d'espionnage, articles de presse, tous ces textes ont contribué à la constitution d'une des grandes énigmes de l'histoire.

Le recueil réunit des récits publiés entre 1889 et 1932 sur le drame de Mayerling, dont voici les dates et les auteurs :

1889 Les articles du Figaro
1899 Princesse Odescalchi
1900 Arthur Savaète
1902 Adolphe Aderer
1905 Henri de Weindel
1910 Jean de Bonnefon
1916 Augustin Marguillier
1917 Henry Ferrare
1921 Princesse Louise de Belgique
1922 Dr Augustin Cabanès
1930 Gabriel Bernard
1932 Princesse Nora Fugger

Le dernier récit, celui de la princesse Fugger, amie de la soeur de Mary Vetsera, est pour la première fois publié en traduction française. Il n'était jusqu'ici accessible qu'en allemand et en traduction anglaise.

Luc-Henri Roger, Rodolphe. Les textes de Mayerling, BoD, 2020. En version papier ou ebook.

Commande en ligne chez l'éditeur, sur des sites comme la Fnac, le Furet du nord, Decitre, Amazon, etc. ou via votre libraire (ISBN 978-2-322-24137-8)

vendredi 5 mars 2021

Les princesses Louise et Stéphanie de Belgique faisaient la une d'un magazine viennois en 1886

  


Son Altesse la princesse Louise de Cobourg et son Altesse Impériale la princesse héritière Stéphanie faisaient la une du Wiener Salonblatt en novembre 1886.

Leurs maris étaient compagnons de chasse et de débauche et tous deux présents à Mayerling lors du drame qui allait frapper l'Autriche au début de l'année 1889. Le récit qu'en donna la princesse Louise peut se lire dans Rodolphe. Les textes de Mayerling.


Les diverses versions du drame de Mayerling sont présentées dans le recueil  Rodolphe. Les textes de Mayerling (BoD, 2020).

Voici le texte de présentation du recueil  (quatrième de couverture):

   Suicide, meurtre ou complot ? Depuis plus de 130 années, le drame de Mayerling fascine et enflamme les imaginations, et a fait couler beaucoup d'encre. C'est un peu de cette encre que nous avons orpaillée ici dans les fleuves de la mémoire : des textes pour la plupart oubliés qui présentent différentes interprétations d'une tragédie sur laquelle, malgré les annonces répétées d'une vérité historique définitive, continue de planer le doute.
   Comment s'est constituée la légende de Mayerling? Les points de vue et les arguments s'affrontent dans ces récits qui relèvent de différents genres littéraires : souvenirs de princesses appartenant au premier cercle impérial, dialogue politique, roman historique, roman d'espionnage, articles de presse, tous ces textes ont contribué à la constitution d'une des grandes énigmes de l'histoire.

Le recueil réunit des récits publiés entre 1889 et 1932 sur le drame de Mayerling, dont voici les dates et les auteurs :

1889 Les articles du Figaro
1899 Princesse Odescalchi
1900 Arthur Savaète
1902 Adolphe Aderer
1905 Henri de Weindel
1910 Jean de Bonnefon
1916 Augustin Marguillier
1917 Henry Ferrare
1921 Princesse Louise de Belgique
1922 Dr Augustin Cabanès
1930 Gabriel Bernard
1932 Princesse Nora Fugger

Le dernier récit, celui de la princesse Fugger, amie de la soeur de Mary Vetsera, est pour la première fois publié en traduction française. Il n'était jusqu'ici accessible qu'en allemand et en traduction anglaise.

Luc-Henri Roger, Rodolphe. Les textes de Mayerling, BoD, 2020. En version papier ou ebook.

Commande en ligne chez l'éditeur, sur des sites comme la Fnac, le Furet du nord, Decitre, Amazon, etc. ou via votre libraire (ISBN 978-2-322-24137-8)




jeudi 4 mars 2021

Sopot en Pologne redeviendra-t-il le Bayreuth du Nord ? Jolanta Łada-Zielke s'entretient avec Tomasz Konieczny.

Photo ©  Igor Omulecki

Un entretien de la journaliste germano-polonaise Jolanta Łada-Zielke avec Tomasz Konieczny. 

Tomasz Konieczny, le chanteur d'opéra baryton-basse de renommée mondiale, est un interprète renommé des plus grands rôles wagnériens. L'artiste met actuellement en œuvre son nouveau projet, le Baltic Opera Festival, programmé pour la période du 19 au 26 juillet 2021 à l’ Opera Leśna (Opéra de la forêt) de Sopot et au Shakespeare Theatre de Gdańsk. L'événement reprend la tradition du Festival qui avait lieu ici de 1909 à 1944, au cours duquel principalement des opéras de Richard Wagner ont été mis en scène. C'est pourquoi les mélomanes de ce temps appelaient Sopot „Bayreuth des Nordens" ( le Bayreuth du Nord.)

Pendant la célébration du centenaire de l'Opéra de la Forêt en 2009, a été présenté „L’Or du Rhin" de Richard Wagner, dans lequel tu as chanté le rôle d'Alberich. Est-ce alors que t’es venue l'idée de réactiver le festival ?

T.K. Dans le passé, il y avait déjà eu plusieurs tentatives de réactivation du festival de Sopot. Wolfgang Wagner, entre autres, avait voulu le faire. En 1985, le Grand Théâtre de Łódź a mis en scène „Die Walküre” à l'Opéra de la Forêt, et en 2000, l'Opéra de la Baltique de Gdańsk y a présenté „Tannhäuser". Les gens étaient donc conscients que cet endroit est lié à la tradition wagnérienne, qui peut y être poursuivie d'une manière ou d'une autre. La mise en scène de l’ “Or du Rhin” en 2009 avait été réalisée à l’initiative du maestro Jan Latham Koenig, un chef d'orchestre d'origine juive. Daniel Kotliński, qui s’y était également intéressé, y avait chanté Donner. Je ne pouvais pas m'en occuper à ce moment-là, parce que j'avais d'autres projets. Les années suivantes, j'ai chanté dans les festivals de Salzbourg et de Bayreuth. Et enfin cette année, la pandémie 2020 est arrivée, si difficile pour la culture. J'ai décidé de réaliser ce projet avec un groupe de «passionnés», aussi pour donner des possibilités du travail, au moins  à certains des employés de l'industrie de l'art.

Qui soutient vos actions?

T.K. Nous avons le soutien de nombreux politiciens et diplomates polonais et allemands. Nous avons déjà le patronage du Président de la République de Pologne, le Dr Andrzej Duda. Katharina Wagner, l'arrière-petite-fille du compositeur, est également membre du comité d'honneur du Festival.

L'acoustique était et est toujours un grand avantage de l’Opera Leśna?

T.K. C'est la forêt qui donne une si bonne acoustique, car les arbres influencent une meilleure émission du son dans l'espace. Maintenant, après une rénovation majeure de l'Opéra de la Forêt, son toit en dôme s'étend sur toute la scène, ce qui renforce encore cette résonance.

Les chanteurs qui ont participé aux premières éditions du Festival, craignaient au début que les bruits de la forêt ne perturbent les spectacles. Mais après les premières répétitions, ils se dirent ravis. Lily Hafgren-Dinkela raconte comment, lors de la répétition générale de „Walküre" une libellule aux ailes dorées était venue se poser sur son décolleté. La chanteuse trouvait, qu'aucun autre théâtre ne pouvait lui fournir de telles impressions.

T.K. Le Festspielhaus de Bayreuth peut offrir des impressions similaires encore aujourd'hui. Lors de l'une des représentations de "Lohengrin" en 2018, des chauves-souris qui vivaient dans les combles du théâtre,  ont volé sur la scene, ce qui n’est pas étonnant, le bâtiment étant en bois, sans climatisation. Pour l'Opéra de la Forêt, la presse de l’époque mentionne que les oiseaux chantaient avec Brünnhilde. C'est ce qui fait le charme de ce type de lieu.

Dans le programme de la première édition du festival,  il y a „Le Vaisseau fantôme" (Der fliegende Holländer) de Wagner, que tu mets en scène et dans lequel tu chantes le rôle-titre. Il a été joué pour la dernière fois à l'Opéra de la Forêt pendant la guerre, en 1940-41. Pourquoi-l’a-tu choisi pour cette ocasion?

T.K. C’est pour des raisons pratiques. En 2023, je chanterai le Hollandais au Metropolitan Opera de New York, c’est pourquoi je souhaite chanter ce rôle au préalable sur d’autres scènes. À l'été 2020, je l'ai joué au Festival d'Opéra de Mikulov (Weinviertel Festspiele). Je le chanterai à l'Opéra Bastille et dans plusieurs autres endroits. Ensuite, cet opéra est relativement court, il convient donc bien pour la première édition du festival, pour introduire progressivement le public au monde des œuvres de Wagner. De plus, il sera parfait dans une ville balnéaire, dans un décor forestier et sous un toit qui ressemble à une grande voile. Les conditions acoustiques sont parfaites pour cette pièce. L’autre opéra mis en scène pendant le festival sera „La Flûte enchantée” (Die Zauberflöte) de Mozart, qui sera aussi présentée en septembre au festival Mozart im Chiemgau avec des chanteurs locaux.

Les conditions de l'Opéra de la Forêt étaient idéales pour "L'Anneau du Nibelung", c’est ce qui fait qu’avant la guerre, il y fut souvent joué. Au départ, on présenta seulement les trois opéras sans le prologue de «L'Or du Rhin», car le réalisateur Hermann Merz n'en avait pas la moindre idée. Mais à partir de 1938, toute la tétralogie y fut représentée.

T.K. Il y a une tradition dans de nombreux opéras du monde que la mise en scène de „L’Anneau..." commence par sa deuxième partie – „Walküre".  Nous avons déjà mis en scène „L'Or du Rhin" en 2009, et nous n'allons donc pas le répéter pour l'instant. Si nous voulions montrer tout „l'Anneau du Nibelung”, cela demanderait beaucoup plus de temps et de travail. Nous devrions donner une partie de la tétralogie chaque année pendant les quatre prochaines années. Nous sommes juste avant la première édition du Baltic Opera Festival et nous n'avons pas encore de telles opportunités pour planifier le répertoire quatre ans à l'avance.

Une œuvre polonaise sera-t-elle jouée pendant le Festival?

T.K. Oui, ce sera une oeuvre de jeunesse moins connue de Karol Szymanowski, son opérette „Loterie pour maris, ou le fiancé numéro 69", qu'il a composée sur le modèle des opérettes viennoises. Peut-être la montrerons-nous également au festival du Chiemgau. La première édition du Baltic Opera Festival se terminera par un concert de gala avec des songs de George Gershwin.

Qui verrons-nous et entendrons-nous sur la scène de l'Opéra Leśna?

T.K. Dans les parties solos, nous entendrons, entre autres, Małgorzata Walewska, Izabela Matuła, Stefan Vinke, Piotr Buszewski, Rafał Siwek et Rayan Speedo Green, qui sera notre „cerise sur le gâteau" car il apparaîtra dans la „Loterie pour les maris ". Nous aurons donc un chanteur de couleur dans l'opérette polonaise. J'attends toujours la confirmation de la participation des autres solistes. J'ai aussi décidé d'impliquer les étudiants et les diplômés de l'Académie d'Opéra du Grand Théâtre de Varsovie dans la „Loterie ...”et le Gala de Gershwin. Pretty Yende, l'une des meilleures sopranos du monde, se produira également au Gershwin-Gala. Nous serons accompagnés par l'Orchestre Philharmonique de Chambre de Sopot dirigé par Wojciech Rajski.

Il est bon que le casting soit international, car c’étaient principalement des chanteurs allemands qui avaient participé au festival d'avant-guerre.

T.K. C'était normal à l'époque. Il n'y avait pas de tradition internationale, même si parfois des grandes stars  étaient engagées, par exemple au Metropolitan Opera.Cela était dû au fait que les livrets des opéras étaient traduits dans la langue du pays où ils étaient joués. Dans la Pologne de l'entre-deux-guerres, Wagner était chanté en polonais, en France en français. Dans les pays germanophones, par exemple en Autriche, tous les opéras ont été chantés en allemand encore longtemps après la seconde guerre mondiale. A cet égard, l'Américain George London (1920-1985) avait fait sensation : après être venu en Europe, il a chanté toutes les parties dans les langues originales, bien qu'il ne les connaisse pas et n'ait pas réussi à les apprendre  toutes.D'autre part, l'histoire du festival Wagner à Sopot est impressionnante, comment il s'est développé à merveille, bien que, malheureusement, les nazis l'ont qualifié de „bastion de la culture allemande dans la  ville libre de Gdańsk". L'échange de chanteurs entre l'Opéra de la Forêt et le Festival de Bayreuth était intéressant.

Exactement! Frida Leider est devenue célèbre grâce au Festival de Sopot. En 1921-1927, elle avait chanté dans „Fidelio", „Walküre", "Götterdämmerung" et „Tannhäuser". En 1928, elle fut engagée à Bayreuth pour le rôle de Kundry.

T.K. C'est très excitant, car cela témoigne à quel point le niveau du Festival à Sopot était élevé. De plus, Sopot, en tant que ville balnéaire attrayante, a attiré des touristes d'autres pays dans l'entre-deux-guerres, y compris de riches Polonais qui venaient s'y détendre, mais aussi pour y assister à des spectacles d'opéra. Nous voulons également redonner vigueur à cet élément traditionnel. Nous souhaitons que des invités étrangers viennent au festival pour participer à des événements artistiques de grande valeur et apprendre quelque chose sur notre pays.

Comment résoudre-tu la question de la chorale? Les chœurs sont les plus touchés par la pandémie parce qu'ils ne se produisent pas du tout ou dans une composition très limitée pour maintenir les distances prescrites. Cette année, il y a également une nouvelle mise en scène du Vaisseau fantôme" à Bayreuth et des discussions sont en cours pour limiter au minimum le nombre de choristes, ou jouer la partie de la chorale en voix off. Mais je ne peux pas imaginer „Der fliegende Holländer" sans la participation de la chorale.

T.K. Il s'agit de limiter le contact de la foule de personnes qui chante dans la chorale avec les solistes, pour ne pas les infecter et, bien sûr, que les choristes ne s'infectent pas non plus les uns les autres. À Bayreuth, il est compréhensible que des mesures radicales doivent être prises, car le public est concentré dans un espace défini, le théâtre n'est pas climatisé, il est donc nécessaire de protéger non seulement les chanteurs, mais aussi le public. Les conditions à l'Opéra Lesna sont légèrement meilleures, car les représentations se dérouleront en plein air. La scène est plus grande là-bas qu'à Bayreuth, nous pouvons donc organiser l’installation du public correctement. Mais faire chanter le chœur  en off, c'est pour moi une solution trop artificielle, presque de la castration. Dans ma production du „Holländer", il serait acceptable que les choristes chantent avec des masques.  Quoi qu'il en soit, le chœur sera réduit à soixante personnes: quarante d'entre ells constitueront le „chœur principal", et les vingt personnes restantes seront le „chœur fantôme". Mais tout dépend de la manière dont la situation évoluera d'ici juillet, si les restrictions sont toujours en vigueur et à quelle espèce de restrictions nous seront soumis.

Résumons tous les avantages de cet événement artistique: son caractère international, l’ancrage dans la tradition, la présence de stars de renommée mondiale, les débuts de jeunes chanteurs et du travail pour des gens de l'industrie de l'art.

T.K. Et encore une chose importante: les performances d’Opera Leśna se déroulent à l'extérieur, ce qui réduit le risque d'attraper le virus, si la pandémie est toujours présente. Les personnes âgées, qui sont le plus à risque, peuvent venir à nos représentations et aux concerts sans crainte. Les ventes de billets ont commencé en mars. De plus, le Baltic Opera Festival tombe une semaine avant le début des Bayreuther Festspiele 2021. Ceux qui n'obtiennent pas de billets pour le Festspielhaus, je les invite cordialement à venir à Sopot.

Merci pour cet entretien !

Le programme détaillé du festival peut être consulté sur le site: https://www.balticoperafestival.com/en/

Contacter la journaliste Jolanta Łada-Zielke via son facebook: https://www.facebook.com/jolanta.lada.7

mercredi 3 mars 2021

La partie de canotage de la princesse Stéphanie de Belgique à Abbazia (Opatija,1887)


En octobre 1887, la princesse Stéphanie,épouse de l'archiduc hériter Rodolphe, faisait la une du Wiener Salonblatt. On la voit canoter en compagnie de la comtesse Therese Palffy à Abbazia (Opatija) , sur la côte adriatique. 

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Rodolphe. Les textes de Mayerling.

Les diverses versions du drame de Mayerling sont présentées dans le recueil  Rodolphe. Les textes de Mayerling (BoD, 2020).

Voici le texte de présentation du recueil  (quatrième de couverture):

   Suicide, meurtre ou complot ? Depuis plus de 130 années, le drame de Mayerling fascine et enflamme les imaginations, et a fait couler beaucoup d'encre. C'est un peu de cette encre que nous avons orpaillée ici dans les fleuves de la mémoire : des textes pour la plupart oubliés qui présentent différentes interprétations d'une tragédie sur laquelle, malgré les annonces répétées d'une vérité historique définitive, continue de planer le doute.
   Comment s'est constituée la légende de Mayerling? Les points de vue et les arguments s'affrontent dans ces récits qui relèvent de différents genres littéraires : souvenirs de princesses appartenant au premier cercle impérial, dialogue politique, roman historique, roman d'espionnage, articles de presse, tous ces textes ont contribué à la constitution d'une des grandes énigmes de l'histoire.

Le recueil réunit des récits publiés entre 1889 et 1932 sur le drame de Mayerling, dont voici les dates et les auteurs :

1889 Les articles du Figaro
1899 Princesse Odescalchi
1900 Arthur Savaète
1902 Adolphe Aderer
1905 Henri de Weindel
1910 Jean de Bonnefon
1916 Augustin Marguillier
1917 Henry Ferrare
1921 Princesse Louise de Belgique
1922 Dr Augustin Cabanès
1930 Gabriel Bernard
1932 Princesse Nora Fugger

Le dernier récit, celui de la princesse Fugger, amie de la soeur de Mary Vetsera, est pour la première fois publié en traduction française. Il n'était jusqu'ici accessible qu'en allemand et en traduction anglaise.

Luc-Henri Roger, Rodolphe. Les textes de Mayerling, BoD, 2020. En version papier ou ebook.

Commande en ligne chez l'éditeur, sur des sites comme la Fnac, le Furet du nord, Decitre, Amazon, etc. ou via votre libraire (ISBN 978-2-322-24137-8)




 

7 avril 1872 — Fiançailles de l'archiduchesse Gisèle avec S.A.R. le duc Léopold de Bavière


Dessin publié dans le Wiener Salonblatt (avril 1872)  réalisé d'après une photographie de l'atelier Angerer. 

mardi 2 mars 2021

Vive la mariée ! Portrait de la princesse Stéphanie de Belgique en jeune mariée.

 


Stéphanie de Belgique en mariée accompagnée d'un petit Éros, symbole de l'amour,  et environnée de lierre grimpant, symbole de la fidélité. Tout un programme dont les promesses, on le sait, ne furent pas tenues...

Portrait publié dans le numéro spécial de la  Neue Illustrierte Zeitung viennoise en mai 1881, à l'occasion du mariage de la princesse avec l'archiduc héritier Rodolphe.


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Rodolphe. Les textes de Mayerling.

Les diverses versions du drame de Mayerling sont présentées dans le recueil  Rodolphe. Les textes de Mayerling (BoD, 2020).

Voici le texte de présentation du recueil  (quatrième de couverture):

   Suicide, meurtre ou complot ? Depuis plus de 130 années, le drame de Mayerling fascine et enflamme les imaginations, et a fait couler beaucoup d'encre. C'est un peu de cette encre que nous avons orpaillée ici dans les fleuves de la mémoire : des textes pour la plupart oubliés qui présentent différentes interprétations d'une tragédie sur laquelle, malgré les annonces répétées d'une vérité historique définitive, continue de planer le doute.
   Comment s'est constituée la légende de Mayerling? Les points de vue et les arguments s'affrontent dans ces récits qui relèvent de différents genres littéraires : souvenirs de princesses appartenant au premier cercle impérial, dialogue politique, roman historique, roman d'espionnage, articles de presse, tous ces textes ont contribué à la constitution d'une des grandes énigmes de l'histoire.

Le recueil réunit des récits publiés entre 1889 et 1932 sur le drame de Mayerling, dont voici les dates et les auteurs :

1889 Les articles du Figaro
1899 Princesse Odescalchi
1900 Arthur Savaète
1902 Adolphe Aderer
1905 Henri de Weindel
1910 Jean de Bonnefon
1916 Augustin Marguillier
1917 Henry Ferrare
1921 Princesse Louise de Belgique
1922 Dr Augustin Cabanès
1930 Gabriel Bernard
1932 Princesse Nora Fugger

Le dernier récit, celui de la princesse Fugger, amie de la soeur de Mary Vetsera, est pour la première fois publié en traduction française. Il n'était jusqu'ici accessible qu'en allemand et en traduction anglaise.

Luc-Henri Roger, Rodolphe. Les textes de Mayerling, BoD, 2020. En version papier ou ebook.

Commande en ligne chez l'éditeur, sur des sites comme la Fnac, le Furet du nord, Decitre, Amazon, etc. ou via votre libraire (ISBN 978-2-322-24137-8)

dimanche 28 février 2021

Possenhofen

Détail


 Quelle : Zeichnung in der Neue Illustrierte Zeitung (Wien, Mai 1881) / via ÖNB.

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