samedi 11 septembre 2021

Sissi — Le voyage sur le Danube raconté par Suzanne Normand

En 1939, le quotidien parisien Ce Soir publia en feuilleton le roman historique que consacra Suzanne Normand à l'impératrice Elisabeth d'Autriche sous le titre Une impératrice maudite. La vie errante d'Elisabeth d'Autriche. Le texte était illustré par Lalande. Il semble que le roman ne fut jamais publié en format livre.

Le roman commence par le voyage de la jeune fiancée sur le Danube. Voici cette page d'entame :

Le beau Danube bleu

    On était en 1854.
    Le soir tombait, un soir précoce d'avril, lorsque le bateau aborda à Nussdorf, près de Vienne, sur le Danube.
    C'était la dernière étape d'un voyage qui durait depuis deux jours. Depuis deux jours. Elisabeth de Wittelsbach, fille de Max-Joseph, duc en Bavière, avait abandonné sa maison natale de Possenhofen : elle venait, dans la plus brillante capitale d'Europe, épouser son cousin, François- Joseph, de Habsbourg, empereur d'Autriche-Hongrie.
    L'aventure ressemblait à un conte, à un rêve, à tout ce que l'on voulait, sauf à la vie. Et, pour escorter cette petite fille inconnue qui quittait son pays, il n'y avait pas assez d'acclamations, pas assez d'amour.
    Mais la petite fille se sentait le cœur déchiré.
   Tout l'imprévu du voyage, tout son éclat, n'effaceraient pas de son souvenir les images familières : celle d'un jardin plein de roses, celle d'un lac aux eaux fraîches, brillant dans son dur anneau de montagnes.

    Adieu, pièces silencieuses ! Adieu. vieux château,
    Et vous, premiers rêves d'amour.
    Reposez en paix au fond du lac.
    
    Ainsi Elisabeth, hier, exprimait pour elle — pour elle seule —son chagrin.
   Les gens se poussaient pour la voir, l'acclamaient. Ils criaient leur adieu à une duchesse enfant en costume de voyage, debout dans la berline à six chevaux, et dont ils voyaient couler les larmes, sous la petite capote de voyage.

                        Adieu, arbres chauves, Et vous, buissons et fourrés.

    De Possenhofen à Straubing, à travers des campagnes pavoisées, les paysans en habits de fête ne cessaient d'arrêter les voitures jetant des fleurs, bénissant la princesse.
    De Straubing à Linz, le vapeur glissa entre des rives sonores de vivats, claquantes d'étendards.
   Tandis que, toujours meurtrie de son départ, de ses adieux a la maison, au lac. aux jeux de là-bas, l'enfant étonnée, gênée peut-être, écoutait monter autour d'elle cette joie intarissable.
    A Linz, ce matin, ce fut le changement de bateau. Le conte de fées commençait : le yacht sur lequel Sisi embarque, sur lequel elle doit arriver aux portes de sa capitale, François-Joseph, avant de le lui envoyer, l'a accablé de tous les velours de Vienne, de toutes les roses de Schœnbrunn.
    Tout le jour, sous le vent acide d'avril, des roses s'effeuillèrent dans les tourbillons jaunes du Danube. Sur le pont, ayant retrouvé son insouciance, Sisi courait, comme à l'école buissonnière.
    Maintenant, essoufflée, les bras pleins de fleurs, elle regarde venir à elle, étincelante de lumières, d'uniformes, retentissante d'acclamations, cette ville, dont demain elle sera la souveraine. [...]

L'accueil à Vienne — Dessin de Lalande

vendredi 10 septembre 2021

Vienne chante et danse, une opérette oubliée de Jack Ledru sur des musiques de Johann Strauss père et fils


Vienne chante et danse. Opérette à grand spectacle en 2 actes et 18 tableaux. Livret et lyrics de Henri Varna, Marc-Cab et René Richard, d'après le roman de Suzanne Normand et Jean Acker : le Vagabond impérial. Musique de Johann Strauss père et fils, airs additionnels de Jack Ledru. [Réduction chant et piano.] — Paris, Joubert [1968].

Création à Paris, théâtre Mogador le 25 novembre 1967 avec , dans les rôles principaux  Marcel Merkes (Jean Orth) et Paulette Merval (Millie Stuebel).

Distribution 

Paulette Merval (Millie), Rosine Brédy (comtesse Marie-Sophie), Raymonde Devarennes (Sissi), Huguette Duval (Rhoucha), Jacqueline de Bourges (la Grande Duchesse), Perchik (Waldemar), Michel Dunand (Hans), François Florent (Chancelier Staffel), Paul Louino (Rodolphe), Pierre Depadt (François-Joseph), Henri Regard (Walter Stubel). 
Direction musicale, Jack Ledru; 
chorégraphie de Max Bozzoni.



Synopsis 

1887. Il y a déjà plus de trente ans que François-Joseph, empereur d'Autriche, a épousé Sissi. Vienne autour d'eux chante et danse toujours mais leur grand fils, le prince héritier Rodolphe, se révolte contre l'autorité paternelle, qu'il juge néfaste aux intérêts de l'Empire.
Rodolphe organise un complot, véritable Fronde autrichienne, avec l'appui des principaux dignitaires de la Cour, et notamment de son cousin, l'archiduc Jean, très populaire dans le peuple et dans l'armée. Il s'agit d'abord d'exiger le renvoi du chancelier Staffel, ministre détesté, hostile à toutes les réformes, et entièrement dévoué à l'empereur.
Toutefois, l'archiduc Jean, meilleur valseur que conspirateur, rêve autant de musique et d'amour que de politique. Mais c'est sur le chancelier Staffel lui-même que Jean va l'emporter sans le cœur de Millie Stuebel, charmante interprète de Strauss.
Dès lors, Jean ne songe plus qu'à réaliser son bonheur par un mariage auquel, bien qu'il y ait mésalliance, l'impératrice est favorable. Mais pour le chancelier Staffel, Jean est devenu outre le conspirateur qu'il faut neutraliser pour la sûreté de l'Etat, le rival en amour qu'il faut évincer pour son propre compte. L'insouciance des conjurés qui égarent le plan chiffré rêvélant tous leurs projets, sert la passion du chancelier. Patiemment, obstinément, il rassemble les indices, les documents, obtient l'exil de Jean, puis triomphe en arrêtant Millie compromise.
Comme toute opérette au temps des Strauss, tout se terminera au mieux grâce à Sissi sur les valses des Strauss et bien sûr de Jack Ledru.


Partition

Ouverture
Chœur tzigane « Vienne chante et danse tout près d’ici » (choeurs, Rhucha)
Je suis un comte » (Waldemar) – « Mon coeur est bohémien » (Jean)
« Un refrain de joie » (Milli, choeurs)
« Valse qui chante et qui danse (Jean, Milli)
« Les guinguettes sont en fête » (Hans, Marie-Sophie)
« La musiqu’, la musiqu’ « (Jean)
Trio « C’est les fill’ s, c’est les fill’s » (Jean, Rodolphe, Waldemar)
Quatuor « Ah ! les hommes » (Marie-Sophie, Rhoucha, Hans, Waldemar) 
Duo « Si l’amour n’est qu’un marivaudage » (Milli, Jean)
« C’est un amour que j’avais rêvé » (Jean)
Bal à Schönbrunn, Défilé, Ballet, Entrée de Milli 
« Vienne rêve aux nuits trop brèves » (Milli, ensemble)
Choeur « En Bavière » (Choeurs, Walter) 
« Les idoles du Tyrol » (Milli, ensemble) 
Duo « Rester seul pour Noël » (Jean, Milli)
Ballet tzigane 
« Y a des czardas dans l’air » (Hans, Rhoucha puis avec Rodolphe, Waldemar deux jeunes filles et choeurs) 
Chanson espagnole « Yé réssens, parfois » (Marie-Sophie)
Réminiscence de la Valse de Grinzing 
« Toi, qui me croit à jamais fidèle » (Milli)
« Pour l’amour et pour l’honneur » (Jean, Hans) – Quatuor « La vie est pittoresque » (Rhoucha, Marie-Sophie, Hans, Waldemar) 
Choeur « Porte-nous doucement vers les îles »
Reminiscence « Tu es l’amour dont j’ai rêvé » (Jean, Milli)
Final : Valse des baisers, Entrée de Sissi, Entrée de chacun sur les reprises d’air les concernant
« Pour l’amour et pour l’honneur » (tous)

Versions

Paulette Merval, Marcel Merkès. Orch. Mario Bua
CBS 63 139 (version 1967)

Paulette Merval, Marcel Merkès, Alain Merkès.
CBS 81 391 (version 1976)

Valse d'amour


La parodie de Thierry Le Luron


Merval et Merkès dans d'autres opérettes : Rêve de valse et Violettes impériales

Unser Kini in der heutigen SZ — Un dessin du roi Louis II dans le Sueddeutsche Zeitung (10.09.2021)

 

[DE] Die heutige Werbebeilage der Süddeutschen Zeitung (Anzeigensonderveröffentlichung Chiemsee/Chiemgau) preist die Reize des Chiemsees und seiner Umgebung, des Chiemgaus, mit einer eleganten (unsignierten) Zeichnung des jungen Königs Ludwig II. Die große süddeutsche Tageszeitung erinnert daran, dass der König bereits 1873 die größte Insel im Chiemsee erwarb und damit die Insel vor der Abholzung bewahrte. Als der König im Juni 1886 starb, war der Bau des "Bayerischen Versailles" noch nicht abgeschlossen. Die Zeitung weist darauf hin, dass der Spiegelsaal im Schloss Herrenchiemsee 75 Meter lang ist, zwei Meter länger als in Versailles! 

[FR] Le supplément publicitaire du Sueddeutsche Zeitung de ce jour vante les charmes du lac de Chiem (Chiemsee) et de ses alentours, le pays de Chiem (Chiemgau) avec un élégant dessin (non signé) du jeune roi Louis II. Le grand quotidien sud allemand rappelle que le roi fit l'acquisition de la plus grande île du lac de Chiem dès 1873 et sauva de ce fait l'île de la déforestation. À la mort du roi en juin 1886, la construction du "Versailles bavarois" n'était pas terminée. Le journal rappelle que la galerie des glaces du château de Herrenchiemsee fait 75 mètres de longueur, deux mètres de plus qu'à Versailles !

jeudi 9 septembre 2021

Genève — 10 septembre 1898 — Les illustrations de Lalande

En 1939, le quotidien parisien Ce Soir publiait en feuilleton le roman que consacra Suzanne Normand à l'impératrice Elisabeth d'Autriche sous le titre Une impératrice maudite. La vie errante d'Elisabeth d'Autriche. Le texte était illustré par Lalande.  En ce jour anniversaire du terrible attentat perpétré par Luigi Lucheni qui a coûté la vie à l'impératrice, je vous propose de découvrir quatre gravures de Lalande qui s'y rapportent.

Lucheni — L'arme du crime


10 septembre 1898 — Assassinat de l'impératrice par Lucheni

Pendaison de Lucheni — Prison de Genève, 19 octobre 1910

Je n'ai pu trouver le texte de Suzanne Normand en format livre et ne sais s'il fut jamais édité. En 1949, elle publia Le vagabond impérial co-écrit avec Jean Acker, qui plus tard inspira l'opérette Vienne chante et danse que Jack Ledru monta au théâtre Mogador en 1967 avec en vedettes Marcel Merkès et Paulette Merval. 




mercredi 8 septembre 2021

Le poème de Véga à Henri Heine. Les visites de l'impératrice Elisabeth à sa tombe.

Dessin au crayon de Charles Greyve (1851)



À  HENRI HEINE *

Tu passais ici-bas brûlé par mainte fièvre,

Des larmes dans les yeux, le sarcasme à la lèvre,

Poète au cœur malade, amoureux méprisé

Qui chantais pour chasser des images funèbres

Comme un enfant peureux perdu dans les ténèbres,

Et parfois tu disais, par la lutte brisé :

« Frères, voici le soir, j’ai sommeil, je succombe ;

Bientôt une fleur d’or germera sur mes os,

Un rossignol viendra se poser sur ma tombe,

Et son hymne d’amour bercera mon repos. »

Maintenant, sous la terre où frémit l’herbe verte,

Tu fais, loin du soleil, le grand songe inconnu,

Et l’oiseau chante auprès de la fleur entr’ouverte ;

Tu reposes, poète, et l’amour est venu...

Même aux plus chers matins de ta saison charmante

Tu ne rêvais jamais une pareille amante :

Sur sa tête inclinée une couronne luit ;

Elle a l’air noble et doux des reines de légende ;

Quand on la voit passer, il semble qu’on entende

Une chanson lointaine et triste qui la suit ;

Elle tombe à genoux en regardant ta pierre.

O pauvre mort, écoute et rouvre la paupière,

Réponds à son appel, tends vers elle les bras...

Mais tu dors et plus rien désormais ne te touche,

Toi qui, jadis, le cœur plein d’angoisse, imploras,

Comme un damné de l’eau pour y tremper sa bouche,

Un décevant bonheur que tu n’atteignis pas.

C’est le sort du poète ; on ne l’écoute guère

Et, tant qu’il est vivant, chacun lui fait la guerre ;

Quand sous l’herbe il sommeille en paix, saignant et las,

Une reine aux beaux yeux vient, dans la nuit qui tombe,

Apporter tristement des palmes sur sa tombe.

Légendes et Chansons

* Chaque fois que l’impératrice d’Autriche est venue à Paris, elle a porté au cimetière Montmartre une couronne sur la tombe de Henri Heine.

Un poème élégiaque de Véga à la mémoire de l'impératrice Elisabeth

Et de vains honneurs assouvie,
Elle a trouvé, lasse du bruit,
Qu'après le jour, douce est la nuit,
Comme la mort, après la vie !

Nul pays ne fixa ses pas irrésolus,
Nul paisible vallon, nulle rive bénie, 
Sur un sol étranger, par la douleur bannie, 
Elle rêvait aux jours heureux et révolus.

Elle est morte sans peine, et sans longue agonie : 
" Qui n'a plus le désir de vivre, ne vit plus ", 
Disait-elle, les yeux sur la mer infinie.

Ces quelques vers figurent dans le recueil Le Jardin des Hespérides que Véga publia en 1903 chez Lemerre à Paris. Véga est le nom de plume de Marguerite Alice de Wegmann (1863-1950). Comme l'impératrice, elle aimait la poésie de Henri Heine comme en témoigne sa monographie Henri Heine, peint par lui-même et par les autres.


lundi 6 septembre 2021

Enfer impérial — Un poème en alexandrins de Georges Bodereau dédié à la "Pauvre morte"


Enfer impérial

Ce fut le deuil du peuple et la douleur des Grands : 
de beaux pleurs bien rythmés ; des adieux déchirants.
 — de ceux-là qu'entretient la pompe souveraine ! 
Puis le calme se fit. La tombe souterraine 
s'ouvrit  pour recevoir — parmi les feux mourants 
des torches — son hôtesse. Et l'on serra les rangs 
autour d'un astre neuf. Qu'espérer d'une reine 
au tombeau ?
Pauvre morte !
                        Où ? la couche sereine,
en cette île bénie où vous vouliez dormir ; 
où, le rocher baisé par le calme zéphir ; 
où, le beau ciel profond de l'île ionienne... ?
On vous les a volés. Votre âme aérienne 
finit, captive, hélas ! en un cercueil de fer : 
au fond d'un noir caveau devenu votre enfer. 

18 septembre 1898 — Georges BODEREAU.


Je veux être enterrée à Corfou, près du rivage, pour que sur mon tombeau viennent continuellement se briser les vagues...

Elisabeth d'Autriche.

Sortis du corridor, nous pénétrâmes  dans un caveau un peu éclairé d'en haut,, mais si humide que les parois avaient de larges taches noires... par terre, pressés l'un contre l'autre comme s'ils se disputaient l'étroit espace, une cinquantaine de cercueils de fer... Sur l'un se lit le nom de l'Archiduc Rodolphe, le héros du drame de Meyerling. 
Et demain la mère à qui il a coûté tant de douleur le rejoindra dans l'obscur souterrain.

Les Sépultures Impériales au couvent des Capucins.

Le retable de Sainte Barbe par Maître Paul de Levoča à Banská Bystrica

© Marco Pohle Ce chef-d'œuvre de la sculpture gothique flamboyante est l'Autel de Sainte-Barbe (Oltár svätej Barbory), réalisé vers ...