mercredi 16 mars 2022

Heidi in Israel, eine Ausstellung des Judischen Museum München / Heidi en Israel, une exposition du musée juif de Munich — 23.03.2022 - 16.10.2022


[DE] München, Jüdisches Museum München: Der Roman „Heidi” (1880) der Schweizer Autorin Johanna Spyri hat weltweit und so auch in Palästina und dem späteren Israel die Jugenderinnerungen unzähliger Menschen geprägt. Ab 23.3.22

Heidis Welt sind die Berge. Und diese sind weltweit zum Sehnsuchtsort für unzählige junge Leser geworden. Auch in Israel fand Heidi ihre Bühne.

Die Schweizer Autorin Johanna Spyri hat mit „Heidi” (1880) den letzten großen Heimat- und Heimwehroman Europas geschrieben, der weltweit und so auch in Palästina und dem späteren Israel die Jugenderinnerungen unzähliger Menschen geprägt hat. Die Motive, die in „Heidi” zur Sprache kommen waren für die junge Leserschaft von großer emotionaler Bedeutung und identitätsstiftend. 1946 erstmals ins Hebräische übersetzt, erscheint Spyris Roman zu einer Zeit, in der die Themen Heimat, Heimatverlust und Neubeginn höchst relevant waren.

Die Ausstellung nimmt ihre Besucher mit auf eine Zeitreise durch die jahrzehntelange Rezeptionsgeschichte des Schweizer Kinderbuchklassikers aus einer jüdischen Perspektive heraus. Begleitet wird die Ausstellung von einer Foto-Installation des israelischen Künstlers Niv Fridman.

Quelle : Jüdisches Museum München. Mehr Info : https://www.juedisches-museum-muenchen.de/

[FR] Munich, Musée juif de Munich 

L'univers de Heidi, ce sont les montagnes. Et celles-ci sont devenues un lieu de nostalgie pour d'innombrables jeunes lecteurs dans le monde entier. Heidi a également trouvé sa place en Israël.

Avec "Heidi" (1880), l'autrice suisse Johanna Spyri a écrit le dernier grand roman européen sur la patrie et le mal du pays, qui a marqué les souvenirs de jeunesse d'innombrables personnes dans le monde entier, y compris en Palestine et dans ce qui deviendra Israël. Les motifs évoqués dans Heidi avaient une grande importance émotionnelle pour le jeune lectorat et constituaient un facteur d'identité. Traduit pour la première fois en hébreu en 1946, le roman de Spyri parut en hébreu à une époque où les thèmes de la patrie, de la perte de la patrie et du nouveau départ étaient extrêmement pertinents.

L'exposition emmène ses visiteurs dans un voyage dans le temps à travers l'histoire de la réception de ce classique suisse de la littérature enfantine, qui s'étend sur plusieurs décennies, dans une perspective juive. L'exposition est accompagnée d'une installation photographique de l'artiste israélien Niv Fridman.

Source : Musée juif de Munich. Plus d'infos : https://www.juedisches-museum-muenchen.de/

Le couple impérial autrichien en visite à Venise en 1856/1857

Portrait de l'empereur François-Joseph en uniforme de gala, bras dessus bras dessous avec l'impératrice Elisabeth. Une lithographie d'Adolf Dauthage d'après le tableau d'Anton Einsle, encadrée de motifs vénitiens en référence au voyage impérial de 1856/1857.

lundi 14 mars 2022

Un flirt impérial au bal du mardi-gras : Sissi et Fritz Pacher von Theinburg.

L'histoire est longuement racontée par le conte Egon Caesar Corti dans sa biographie de l'impératrice (Payot, 1982, pp. 233 à 242.) 

Lors du mardi gras de 1874, l'impératrice décide de se rendre incognito au bal masqué du Musikverein à Vienne, accompagnée de sa lectrice Ida von Ferenczy. Elle se présentera sous le prénom d'emprunt de Gabriele. Elle porte un domino jaune et un masque noir, tandis que Madame von Ferenczi arbore un domino rouge. Au cours de la soirée, elle conversera avec un galant jeune homme de 26 ans, Fritz (Friedrich) Pacher von Theinburg (1847–1934). Ils se trouvent des intérêts communs, tous deux apprécient beaucoup le poète Henri Heine. Gabriele lui demande son adresse et promet de lui écrire. Une semaine plus tard, Pacher reçoit une lettre de Gabriele. Quelques lettres seront échangées, mais l'impératrice met fin à la correspondance et n'aura ensuite plus de rapports avec Fritz Pacher.

Quelques témoignages confirment cet échange épistolaire : ceux de l'archiduchesse Marie Valerie, qui la décrit sur la base des récits de sa mère, d'Ida von Ferenczy, de la nièce d'Elisabeth, la comtesse Marie Larisch. Pour Brigitte Hamann, biographe d'Elisabeth, "cette aventure est également richement documentée par des sources".



samedi 12 mars 2022

Edmond Rostand — L'Opale [des Habsbourgs], un poème-pamphlet en temps de guerre (1915)


Un poème qu'Edmond Rostand rédigea et publia dans le Figaro en temps de guerre, le 28 octobre 1915 et la même année dans Le vol de la Marseillaise son recueil de poèmes sur la guerre. Le 19 octobre 1915, le Journal publait l'information suivante, dont Rostand s'est emparé pour composer son poème-pamphlet :


L'OPALE 
...Il serait question de mettre en vente 
la grande Opale des Habsbourgs..."
(Les Journaux)

Le Kayser de Berlin parle au Kayser de Vienne.
« Sire, les temps sont durs, et qu'il vous en souvienne !
Je vous fais un grief 
De n'avoir pas vendu, pour que je sois plus riche,
L'Opale du Trésor Impérial d'Autriche ! » ?
« Quoi ? » dit François-Joseph.

C'est un bon vieux, couvert de crimes et de rides,
Qui semble avoir, par farce, au masque des Atrides
Collé deux favoris. 
« Quoi ?  » dit-il, d'une voix gâteuse et guillerette.
Et sous le triple pont d'un képi d'opérette  
Ses yeux sont ahuris.

 « Que Votre  Majesté se moque de La Mienne,
Mais le marc de café de la bohémienne
Et l'étoile des cieux me font peur, et j'ai peur de la mauvaise carte, 
Depuis qu'on m'a conté qu'un nommé Bonaparte 
Fut superstitieux.
J'ai peur de cette Opale.
Entre nous, je préfère 
Que l'on s'en débarrasse en faisant une affaire,
Sur un vague quidam.
Elle porte malheur, votre pierre, historique.
Qu'on la fasse acheter parun fou d'Amérique,
Par un juif d'Amsterdam ! »

« Malheur? » dit le Vieillard, mâchonnant ses réponses,
« Une opale splendide ? et pesant dix-sept onces ?
D'une telle valeur 
Qu'elle est digne d'orner la tiare papale ?
Je ne croirai jamais qu'une pareille opale 
Puisse porter malheur ! » 

«  L'opale du Trésor Impérial d'Autriche
Est un fétiche, Sire ! » -«Eh bien, c'est un fétiche
Qui travaille à rebours !
La Marne nous conseille, et l'Yser, et la Meuse,
De la vendre. Vendonsl'Opale ! » — « La fameuse 
Opale des Habsbourgs ? »

« Oui, puisqu'elle éteint l'astre et sèche la corolle!
Sire, rappelez-vous le Passé ! Ma parole
...(J'ose-dire) d'honneur,
C'est au point qu'auprès d'elle on est tenté de croire 
Que le Diamant Bleu de funèbre mémoire 
Est un porte-bonheur !

« Il ne serait pas juste, en somme, que je fisse Alliance avec l'Ombre, avec le Maléfice,
Avec le Mauvais Oeil !
Donnez-moi vos soldats et vendez votre Opale !
Elle a peut-être été la cause principale 
Du désastre et du deuil ! » 

Ainsi gronde le Tigre. Et le vieux Chat ronronne :
« Mais l'Opale ne m'a rien fait perdre ! » — « Et Vérone?
Venise ? Elle ne t'a 
Rien fait perdre, en effet, que, toujours, la bataille !
Et quel règne ! Un bruit sourd de potences qu'on taille! 
Ce soufflet, Magenta !

« L'éternel tremblement devant ceux qu'on opprime ! 
L'horreur d'avoir pour nous, sans toucher une prime
Trahi le Danemark !
Et, troussant ton manteau d'Etats qui se bigarre,
Sadowa, coup ,de pied qu'en fumant un cigare 
T'administre Bismarck !

« Tout cela... » — « Bah ! » dit l'homme à l'âme peu meurtrie, 
Pour lequel tous les maux soufferts par la Patrie
Ne sont pas convaincants,
Et qui d'un Strauss lointain écoute le trombone.,
« Bah ! » dit le vieux, pensif, « l'Opale me fut bonne : 
J'ai quatre-vingt-cinq ans!

«  Que diable; voudrait-on que je lui reprochasse,
Puisque je mets encor, pour aller à la chasse,
Mon petit feutre vert? »
— « Sire, et le pavillon secret d'où l'on emporte 
Deux, corps, pour que ton fils, mort auprès d une morte,
Ne soit pas découvert? »

« Bah ! » dit le vieux Nemrod, sec comme un coq de roches, 
Et qui garde toujours ses pleurs dans les deux poches 
Qu'il a sous les deux yeux.
« Et Celle dont le coeur solitaire et sublime 
Méritait un poignard moins abject qu'une lime? »
« Bah ! » dit le Veuf Joyeux.

Et ce Viennois sifflote une valse. Inutile 
De chercher le Roi Lear, car ce monstre futile 
N'est que le Roi Lehar.
«  Et ceux qu'on a tués dans le landau, naguère? 
—«  Bah! sans cet accident aurions-nous eu la guerre? » 
Répond le bon vieillard.

— « Tais-toi! Vends ce.bijou qui s'allume ou se fane ! 
Vois, à l'intérieur du cristal hydrophane
Plein de mauves cloisons,
Tourner un lait perfide et se casser un prisme 
Où somnole, parmi, les pourpres du sadisme,
L'absinthe des poisons !

« Vends l'Opale ! En ce piège où sont prises des âmes 
Vois le rouge du feu qui fit flamber des femmes
Dans des robes de Worth ?
Le bleu de l'eau témoin du crime de Genève,
Et le gris de la brume où fondit comme un rêve 
Le Vaisseau de Jean Orth !

» Vends l'Opale ! » — « Trop tard ! » dit l'Opale vivante. 
« On ne me vendra pas si l'on me met en vente.
Et je n'ai pas fini !
L'Opale est de Hongrie, et fidèle, et sournoise,
Veut, plus que les Hongrois étant restée hongroise, 
Venger. Batthyany ! »

Guillaume crie en vain : « Vendez la belle pieuvre ! » 
L'Opale dit tout bas : « J'achèverai mon oeuvre,
Et, poulpe radieux, 
Etendant mes rayons comme des tentacules,
J'irai, pour les brûler, dans tous leurs crépuscules, 
Toucher ,tous les Vieux Dieux !

«  Sire, vous garderez le bijou des ancêtres.
Je veux voir, moi qui, triste, ai vu souffrir des êtres,
Comment souffre un pantin ! 
Je suis Celle qui fut dans la prison du Temple 
Et-dans l'Escurial ! Habsbourgs, je me contemple 
Dans tout votre destin !

« On me trouve partout. Quelle est cette brûlure,
Baronne Verczera, dans votre chevelure?
L'Opale ! Et l'oeil terni 
Que tourne vers la mort l'Archiduc en goguette ?
L'Opale ! Et l'oeil glacé de Juarez, qui guette?
Et l'oeil de Lucheni?

» L'Opale! Et Potiorék fuyant devant les Serbes? 
L'Opale ! Et quand Juillet rit dans les parcs superbes,
Lorsqu'aux frontons heureux Le nid suspend son ode et le rosier sa strophe,
L'Opale sait déjà ..quelle est la catastrophe 
Qui descendra sur eux!

«  Se défait-on du Spectre, et vend-on le Succube ?
Demain, s'il me jetait ce soir dans le Danube,
Ce morne Roi penché 
Retrouverait chez lui mon quartz démoniaque,
Rapporté nuitamment par quelque Bosniaque 
Qui l'aurait repêché!

« L'Opale ne veut pas sortir de la famille,
Roi ! Dans l'ombre où déjà l'Euménide fourmille,
L'implacable joyau 
Veille. Et du châtiment qui, comme un lent sarcome, 
Commence à travailler ta chair et ton royaume,
L'Opale est le noyau !

« Moi qui sais, pour punir les fautes réversibles,
Quels beaux fronts innocents j'ai donnés comme cibles
À la Fatalité,
Croit-on que maintenant quelque chose m'arrête,
Quand je vais attirer sur une affreuse tête 
Un malheur mérité?»

Et c'est en vain qu'on crie : « Avis au lapidaire ! 
Une pierre historique, et même légendaire !
Douze cent mille francs !
Pour cause de massacre, à céder tout de suite !
L'Opale dit les mots qui font prendre la fuite,
Sans cesse, aux plus offrants !

Le prix baisse. « Onze cent mille francs ! » On affiche : 
« Opale du Trésor Impérial d'Autriche !
Grosse comme le poing! 
— « Sarajevo ! » dit-elle. Et l'acheteur est pâle.
On crie : « Un million ! »  « Meyerling ! » dit l'Opale.
On ne l'achète point.

Elle nomme, agitant sa tragique auréole,
L'échafaud d'un martyr, la maison d'une folle,.
Le jardin d'un bourreau !
Et l'on sent qu'elle exhale une vapeur mortelle.
« Cent mille francs ! » crie-t-on. « Schoenbrunn ! » murmure-t-elle,
Ou bien : « Queretaro !»

Et l'on voit un enfant qu'assassine un ministre ;
Dans l'aube mexicaine on entend le sinistre
Roulement de tambours...
On fuit!...

El nous lirons aux Petites Annonces : 
« A vendre. Occasion. Cinq cents francs. Dix-sept onces ?
" L'OPALE DES HABSBOURGS ! »

Edmond Rostand,
de l'Academie française

L'empereur de la mort, une caricature de Leonetto Cappiello (1914) 

Stefan Herheim met en scène le Peter Grimes de Benjamin Britten à l'Opéra de Munich

L'éclipse pendant le service religieux. Le pasteur, Ellen et l'enfant

Now the Great Bear and Pleiades where earth moves
Are drawing up the clouds of human grief
Breathing solemnity in the deep night
Who can decipher
In storm or starlight
The written character
Of a friendly fate
As the sky turns, the world for us to change?
But if the horoscope' s bewildering
Like a flashing turmoil of a shoal of herring
Who can turn skies back and begin again?

Alors que le public prend place à l'opéra de Munich pour y assister à une représentation de Peter Grimes de Britten, il peut à loisir contempler le décor. Il n'y aura pas de lever de rideau. Il y voit une grande salle très sobre, une construction en bois dont la voûte en berceau évoque la carène d'un navire, avec un effet de perspective qui conduit le regard vers le fond de la salle où se trouve mise en abyme une scène fermée par un rideau, à laquelle on peut accéder par deux petits escaliers latéraux. À droite un pupitre orange, seule couleur qui attire l'attention, tranchant sur le brun clair du bois naturel et le gris du rideau. Une fenêtre latérale apporte la clarté d'un soleil qui semble du matin. Une seule porte d'entrée percée d'un hublot permet l'accès à la salle. La césure du grand rideau rouge étant supprimée, les spectateurs sont de facto intégrés à l'action qui va prendre place, ce qui va se jouer là est aussi notre histoire. 

Une fois que l'orchestre s'est accordé, on entend les bruitages d'un bord de mer. Les cris rauques des mouettes et les cris sonores et stridents ou les jappements plaintifs des goélands qui jacassent, les rugissements et les sifflements du vent, le bruit de la houle et celui des vagues qui se brisent sur les rochers. On s'en étonne, car lorsqu'on connaît la puissance évocatrice de la musique de Britten, on se demande ce que ces bruitages peuvent bien apporter, mais à la fois, à l'instar de l'absence de rideau, ils participent de l'intégration du public transporté en bord de mer à l'action. En fin d'opéra, la salle est à plusieurs reprises éclairée. Ce troisième procédé a lui aussi pour effet de contribuer à éliminer la césure entre la salle et la scène et d'intégrer les spectateurs à la foule des villageois. 

Le metteur en scène norvégien fait avec Peter Grimes une grande entrée triomphale à l'opéra de Munich en proposant une approche passionante de l'oeuvre d'abord basée sur la musique: violoncelliste par sa première formation, il fait de la musique le moyen dramatique déterminant : sa mise en scène s'inspire, — ce sont ses mots, — "de l'efficacité, de l'économie et de la musico-théâtrales de Britten ". Ceci étant posé, sa lecture de l'oeuvre est également au plus proche du livret de Montagu Slater, dans lequel le mystère de Peter Grimes n'est pas levé. Le nom de Peter Grimes est porteur de l'ambiguïté que le le texte de l'opéra se refuse à résoudre : le prénom est celui de l'apôtre, un roc sur lequel l'église, la communauté, prend son assise, mais le nom Grimes évoque en anglais la crasse, la souillure (grime). La question est de savoir d'où vient cette crasse : est-elle inhérente au personnage, de son fait, ou provient-elle de la vindicte populaire qui le salit et en fait le bouc émissaire des malheurs de la communauté et du monde ? Le second mousse et Peter Grimes sont revêtus d'un même costume, d'un blanc immaculé pour l'innocent orphelin, d'un blanc souillé de salissures sans nombre pour Grimes. 

Le prologue du premier acte commence par une espèce de procès public : suite à l'enquête judiciaire qu'il a menée, le maire du village, Swallow, déclare face à l'assemblée villageoise réunie que Peter Grimes ne porte pas la culpabilité du décès de son mousse mort de soif sur son bateau qui a dérivé trois jours suite à une tempête. Mais la rumeur de l'assassinat enfle. À la fin de l'opéra, suite au décès d'un second mousse. aucun des rares alliés de Grimes ne parviendra à tempérer la vindicte publique et à stopper la chasse à l'homme qui s'ensuit. Et le puissant Balstrode, autrefois son défenseur, incite Peter au suidice en l'enjoignant à partir en mer et à saborder son bateau. La pièce se termine par un suicide assisté. La rumeur l'a emporté sur la justice. 

Contrairement à la plupart des metteurs en scène, Stefan Herheim ne cherche pas à dresser un portrait psychologique de Peter Grimes qui le définirait comme homosexuel, pédophile ou brutal, mais s'intéresse bien plus au phénomène du comportement normatif et grégaire de la foule des villageois qui transforment Peter en victime sacrifielle. Le metteur en scène fait du choeur le personnage principal de l'opéra. La foule est au coeur de la représentation, ballottée et emportée par les mouvements de ses tempêtes intérieures. Stefan Herheim réussit de somptueux mouvements chorégraphiques qui collent aux envolées musicales comme si les villageois, réunis sur le pont d'un navire, étaient emportés d'un bord à l'autre par un violent tangage .

Le décor très réussi de Silke Bauer, avec sa voûte en coquille, fonctionne comme un amplificateur sonore qui souligne la puissance du choeur et répercute aux mieux le chant, dont les paroles sont souvent très compréhensibles. Un décor unique qu'une machinerie ingénieuse et des jeux de rideaux permettent de déployer ou de réduire pour répondre aux lieux de l'action : il se transforme en église ou en cabane, en pub-lupanar ou en salle communale. La scène sur la scène reçoit les jurés du tribunal ou s'escamote pour se transformer en espace de danse pour une fête populaire. Lorsque le rideau de scène est ouvert, la paroi de fond reçoit les vidéos de Torge Møller qui déploient la magie mystique de la voûte céleste ou celle d'une éclipse d'un soleil que vient enténébrer la lune, la fascination des richesses de la mer avec l'affollement de ses bancs de poissons, l'épouvante d'une tempête.  

Serge Dorny et l'opéra de Munich ont su s'assurer le concours de spécialistes de la musique de Britten. Le chef britannique Edward Gardner, en brittenien confirmé, fait merveille à la tête du Bayerisches Staatsorchester. Son enregistrement de Peter Grimes chez Chandos fait référence. Sa direction sensible et concentrée restitue parfaitement le tempo et les couleurs de la partition. Il rend très précisément compte de l'architecture de l'oeuvre et nous entraîne dans le kalédioscope marin d'une musique qui suit les fluctuations de la mer, fait entendre les cris des oiseaux tout en plongeant dans les sinistres profondeurs de l'âme humaine, de sa petitesse, de ses terreurs et de ses espoirs déçus. Stuart Skelton apporte son expertise au personnage de Grimes, un de ses rôles fétiches. Il négocie avec une grande beauté lyrique le célèbre air de la fin du premier acte "Now the Great Bear and Pleiades" en lui conférant une intense beauté spirituelle : Peter entre dans la taverne pendant une terrible tempête, la foule qui y est rassemblée est déjà tendue, et l'aria calme de Peter ne fait qu'exacerber les tensions. Stuart Skelton semble se jouer des embûches de cette aria avec la douceur de ses notes répétées dans la zone de passaggio. La prise de rôle réussie de Rachel Willis-Sørensen en Ellen Orford remporte tous les suffrages : la grande soprano américaine exprime avec une sensibilité confondante l'amour, le dévouement, les doutes et les errements de l'âme de la maîtresse d'école qui espère sortir de son veuvage. La justesse de son interprétation très émouvante du douloureux air de la broderie (Embroidery aria) est un des moments les plus poignants de la soirée. Le puissant baryton Ian Paterson domine sans problème la force de frappe percutante et la colère du choeur, magnifique au demeurant. Claudia Mahnke donne une Auntie percutante, sûre de son fait en patronne de pub, entourée de deux nièces provocantes porteuses de jupes fort courtes et de couettes à la Sheila, interprétées par Lindsay Ohse et Emily Pogorelc.  Le mousse  est interprété par le jeune et talentueux Jakob Biber qui fait preuve d'une qualité et une finesse de jeu à brûler les planches.

Lorsque le grand rideau de scène est tiré, la salle reste un moment muette avant que ne se déchaînent les applaudissements. C'est que le Peter Grimes de Stefan Herheim interpelle, il souligne avec justesse les échecs d'une humanité qui stigmatise et condamne à mort sans prendre jamais la mesure de sa petitesse et de son abrutissement. Cet opéra mystique, que Peter traverse comme un fantôme dont les rêves étoilés seront noyés dans les abysses, propose un parcours spirituel à rebours qui conduit au désespoir et à la dépression. 

Peter Grimes peut se voir en vidéo à la demande jusqu'au 9 avril 2022 sur le site de la Staatsoper.tv ou en salle, ce 13 mars (quelques places restantes) et les 9 et 12 juillet 2022

Crédit photo : Wilfried Hösl

vendredi 11 mars 2022

Un portrait de Mary Vetsera. Dessin dans dans la presse américaine de 1922.


in The New York herald. [volume], May 28, 1922

Rodolphe. Les textes de Mayerling

Les diverses versions du drame de Mayerling sont présentées dans le recueil  Rodolphe. Les textes de Mayerling (BoD, 2020).

Texte de présentation (quatrième de couverture):

   Suicide, meurtre ou complot ? Depuis plus de 130 années, le drame de Mayerling fascine et enflamme les imaginations, et a fait couler beaucoup d'encre. C'est un peu de cette encre que nous avons orpaillée ici dans les fleuves de la mémoire : des textes pour la plupart oubliés qui présentent différentes interprétations d'une tragédie sur laquelle, malgré les annonces répétées d'une vérité historique définitive, continue de planer le doute.
   Comment s'est constituée la légende de Mayerling? Les points de vue et les arguments s'affrontent dans ces récits qui relèvent de différents genres littéraires : souvenirs de princesses appartenant au premier cercle impérial, dialogue politique, roman historique, roman d'espionnage, articles de presse, tous ces textes ont contribué à la constitution d'une des grandes énigmes de l'histoire.

Le recueil réunit des récits publiés entre 1889 et 1932 sur le drame de Mayerling, dont voici les dates et les auteurs :

1889 Les articles du Figaro
1899 Princesse Odescalchi
1900 Arthur Savaète
1902 Adolphe Aderer
1905 Henri de Weindel
1910 Jean de Bonnefon
1916 Augustin Marguillier
1917 Henry Ferrare
1921 Princesse Louise de Belgique
1922 Dr Augustin Cabanès
1930 Gabriel Bernard
1932 Princesse Nora Fugger

Le dernier récit, celui de la princesse Fugger, amie de la soeur de Mary Vetsera, est pour la première fois publié en traduction française. Il n'était jusqu'ici accessible qu'en allemand et en traduction anglaise.

Luc-Henri Roger, Rodolphe. Les textes de Mayerling, BoD, 2020. En version papier ou ebook.

Commande en ligne chez l'éditeur, sur des sites comme la Fnac, le Furet du nord, Decitre, AmazonHugendubel, etc. ou via votre libraire (ISBN 978-2-322-24137-8).
In Italia via Amazon.it


Le Mystère du « Mont Sacré » : L’incroyable histoire du Saint Prépuce d’Andechs et de la petite souris

© Marco Pohle Percée sur sa colline dominant le lac d’Ammersee, en Bavière, l’abbaye d’Andechs est aujourd’hui mondialement connue pour sa b...