vendredi 3 mars 2023

Buste en bois de Sissi vers l'âge de 12 ans — Anton Fernkorn — Holzbüste von Sissi im Alter von etwa 12 Jahren

Elisabeth duchesse en Bavière vers l'âge de 12 ans
Anton Dominick Ritter von Fernkorn (1813 à Erfurt-1878 à Vienne)
 

A portrait of Luigi Lucheni in Kansas City journal September 25, 1898

 

Kansas City journal. September 25, 1898, Page 6

From the New York World : Above is the first picture sent to this country of Louis Lucheni, who assassinated the Empress of Austria. [...]



jeudi 2 mars 2023

Werther de Massenet au Theater-am-Gärtnerplatz de Munich

" Dans Werther, Massenet adopte complètement la méthode de Wagner, c'est-à-dire la mélodie infinie que l'orchestre confirme et que la parole accompagne. [...] Wagner, lui, a érigé en principe ce mode d'accompagnement et il s'y est strictement tenu. Or, pour le style parlé, tel qu'il prédomine dans Werther, cette méthode nous paraît préférable au pathos héroïque des grands opéras. "

" Dans l'oeuvre de Massenet, le travail fondamental de l'orchestre n'est peut-être pas aussi artistique que chez Wagner, mais, par contre- il est plus souple, plus naturel et plus intelligible. Il n'impose point à l'oreille ce dur labeur de débrouiller continuellement les fils d'un épais tissu de mélodies dont les zigzags inextricables se croisent et s'enchevêtrent sans cesse. Massenet traite ces sortes de passages avec infiniment d'habileté. "

Anna-Katharina Tonauer (Charlotte)
© Jean-Marc Turmes

C'est ainsi que s'exprimait Eduard Hanslick, sans doute le critique autrichien le plus influent du 19ème siècle, dans l'article qu'il publia dans la Nouvelle presse libre suite à la création mondiale de Werther qui eut lieu à Vienne le 16 février 1892.

La nouvelle production de l'opéra Werther de Jules Massenet au Staatstheater am Gärtnerplatz est assurée par Herbert Föttinger,  un Autrichien qui dirige le Theater in der Josefstadt de Vienne et  qui a déjà mis en scène avec succès Don Giovanni et Rigoletto au Gärtnerplatztheater de Munich, où l'oeuvre, placée sous la direction musicale du chef d'orchestre Anthony Bramall, est interprétée par deux distributions alternées issues de la troupe du théâtre. 

Le contenu en est bien connu. La vie de Charlotte suit un chemin tout tracé. Sa mère lui a fait jurer juste avant de mourir qu'elle épouserait le très ambitieux Albert. Depuis son décès, Charlotte s'occupe avec sa soeur Sophie de sa nombreuse famille. C'est alors qu'apparaît soudain l'impulsif Werther, et avec lui la possibilité d'un tout nouveau projet de vie. Déchirée entre son amour pour Werther et les attentes qu'on place en elle, Charlotte prend une décision lourde de conséquences : elle renonce à son amour et respectera son serment. La passion exacerbée de Werther, à la limite de la violence, n'est sans doute pas étrangère à ce choix que fait Charlotte d'une vie rangée.

Le célèbre roman épistolaire Les souffrances du jeune Werther, dans lequel Goethe s'était inspiré de ses propres expériences, avait déclenché une vague de suicides dans toute l'Europe après sa parution en 1774. L'émotion caractéristique du texte est exacerbée par la musique de Jules Massenet pour y atteindre une intensité encore plus grande.

Herbert Föttinger met en scène l'opéra comme un jeu de société psychologique sur l'éveil de la joie de vivre et la difficulté de quitter son milieu habituel. Il déplace le moment de l'action vers les années 1900, au temps de la création viennoise puis parisienne de l'opéra, ce que soulignent les costumes d'Alfred Mayerhofer et des détails comme la présence d'un téléphone mural de l'époque vers lequel se précipite Charlotte pour appeler du secours lorsqu'elle découvre le corps mourant de Werther qui vient de se suicider. Au troisième tableau, Charlotte a délaissé ses robes pour porter culotte, un détail symbolique d'une certaine libération de la femme dans un monde encore pétri de conventions rigides.

Les décors sobres et classiques de Walter Vogelweider évoquent les grandes pièces lumineuses à hautes fenêtres d'une maison de la haute bourgeoisie. Le premier acte se déroule dans le grand salon du bailli décoré d'une série de tableaux aux paysages romantiques et d'un grand portrait en buste de sa défunte femme. Trois portes en enfilade rapprochée donnent une perspective de fond de scène qui s'ouvre sur l'extérieur. Le milieu rassurant de la demeure se verra bouleversé par l'arrivée du turbulent Werther dont le comportement n'a rien de conventionnel. Ainsi, laissé seul dans le salon,  se permet-il de décrocher l'un des tableaux pour le mieux examiner et sera bientôt surpris en flagrant délit. Dans ce monde comme il faut respirant le bonheur de l'aisance et des conventions bourgeoises, observer avec intérêt les tableaux du maître de maison est une marque courtoise d'intérêt, les décrocher est une inconvenance. Un peu plus tard on le voit jouer comme un gamin avec les enfants lançant un petit ours en peluche tout en courant dans le salon. La symbolique des tableaux réapparaîtra au début du troisième acte : le tableau de la mère a été décroché et déposé de côté sur le sol contre le bas du mur, la mère est ainsi reléguée, Charlotte n'a pas respecté son serment.

La mise en scène place la fête du village voisin où Werther accompagne Charlotte dans une salle d'auberge protégée du soleil par de grandes persiennes dont les lamelles sont ici et là désorganisées. Au troisième tableau, retour dans le grand salon dans lequel Charlotte apparaît portant une pile de livres  dans lesquels il semble qu'elle ait dissimulé les lettres que lui a adressées Werther. La littérature est omniprésente, les livres, la tenue de journaux intimes, les échanges de lettres alimentent la sensibilité romantique. Et pour y insister, pendant les introductions de chaque tableau, une toile noire baissée sur l'avant-scène reçoit en projection défilante des extraits du roman épistolaire de Goethe. Le quatrième tableau réutilise les persiennes, séparant cette fois la scène en deux parties : à l'avant, des lettres sont accrochées sur des cordes ; derrière les persiennes, au travers des lamelles ouvertes, on aperçoit le corps affalé de Werther dans une posture qui rappelle la fameuse position du Marat assassiné de Jacques-Louis David. Des lumières d'ambiance habilement créées par Peter Hörtner accompagnent en le soulignant le déroulement de la tragédie.

Lucian Krasznec (Werther) et Sophie Rennert (Charlotte)
© Jean-Marc Turmes

Anthony Bramall et l'orchestre rendent avec énergie les émotions poignantes de ce drame intime et la chaleur des tons colorés de la musique de Massenet et de sa partition empreinte de sombre amertume. Une lecture musicale toute en puissance qui ne laisse pas grande place aux moments de douceur mélancolique, dont on peut regretter que le chef ne se soit pas attardé à les laisser pleinement s'exprimer. Les chanteurs et le choeur d'enfants enchantent les oreilles françaises par la grande qualité de la prononciation, une heureuse surprise car c'est loin d'être toujours le cas sur les scènes allemandes. Le Werther du ténor roumain Lucian Krasznec est confondant d'intensité dramatique, avec une composition du personnage en crescendo, d'abord empreinte de douceur et de délicatesse dans l'expression des émotions, avec ensuite des montées dans des aigus fulminants pour marquer les emportements et les déchirements de la passion amoureuse. La diction française est remarquable et la projection de la voix tellement assurée que son texte est toujours compréhensible, même dans les notes les plus hautes.  Anna-Katharina Tonauer joue Charlotte avec une présence scénique remarquable dans l'interprétation d'une femme déchirée entre le monde du devoir et des apparences et la violence d'une passion intérieure qui la mine et dont elle perd la maîtrise. Un beau mezzo avec des descentes réussies dans les graves et des modulations réussies de la palette émotionnelle, avec le bémol d'une voix moins bien projetée dans l'aigu, ce qui nuit alors à la compréhension du texte. Andreja Zidaric donne une Sophie lumineuse et souriante de son soprano clair et joyeux, qui convient bien à ce personnage plus solaire et insouciant, qui ne semble pas trop affecté par l'indifférence de Werther à ses avances amoureuses. Le baryton Ludwig Mittelhammer assure un Albert à la carrure solide d'une voix dont la fermeté correspond aux convictions de cet homme de principes, qui ne perd sa contenance que lorsqu'il ordonne à sa femme de remettre ses pistolets à son amant de coeur.

L'opéra culmine dans le troisième acte avec une tension dramatique à son comble portée par un Lucian Krasznec qui réussit une prise de rôle triomphale, dûment ovationnée par un public aux anges. Un orchestre conduit de main de maître avec des musiciens aussi attentifs qu'enthousiastes, une mise en scène classique au service du livret, brillante et fouillée jusque dans ses moindres détails. Une des meilleures productions de la saison munichoise.

Opéra sur une musique de Jules Massenet
Drame lyrique en trois actes et quatre tableaux
Livret d'Édouard Blau, Paul Milliet et Georges Hartmann
D'après "Les souffrances du jeune Werther" de Johann Wolfgang von Goethe
En français avec surtitres en allemand

Représentation du 1er mars

Direction musicale : Anthony Bramall
Mise en scène : Herbert Föttinger
Décors : Walter Vogelweider
Costumes : Alfred Mayerhofer
Dramaturgie : Fedora Wesseler
Distribution :
Werther : Lucian Krasznec
Albert, le fiancé puis le mari de Charlotte : Ludwig Mittelhammer
Bailli : Holger Ohlmann
Schmidt, ami du bailli : Caspar Krieger
Johann, ami du bailli :Levente Páll
Charlotte : Anna-Katharina Tonauer
Sophie, petite sœur de Charlotte : Andreja Zidaric
Chœur d'enfants du Staatstheater am Gärtnerplatz
Orchestre du Staatstheater am Gärtnerplatz

Prochaines représentations les 5, 26 et 29 mars 2023

Buste de l'impératrice Elisabeth par Viktor Tilgner

L'oeuvre la plus connue du sculpteur Viktor Oskar Tilgner (1844-1896) est certainement l'extraordinaire statue de Mozart au Burggarten de Vienne. On lui doit aussi de beaux bustes de la famille impériale, dont ce buste de l'impératrice Elisabeth. 

 

mardi 28 février 2023

Buste du prince héritier Rodolphe par Viktor Tilgner

L'oeuvre la plus connue du sculpteur Viktor Oskar Tilgner (1844-1896) est certainement l'extraordinaire statue de Mozart au Burggarten de Vienne. On lui doit aussi ce beau buste du prince-héritier. 
Photo par le photographe de cour Josef Löwy


The mystery of Mayerling — Crownprince Rudolph killed by a gamekeeper ? The version of General Margutti

The Washington times (Washington [D.C.]), July 16, 1922, SUNDAY MORNING, page 21

NEW VERSION OF ROYAL DEATH MYSTERY IS REVEALED
PRINCE RUDOLPH OF AUSTRIA SLAIN BY WRONGED HUSBAND 
BELIEVE WARDEN KILLED HIM WHEN FOUND WITH WIFE

Aide of Francis Joseph Disproves Theory That Suicide Pact Existed Between Prince and Baroness, in Story of Life, Loves and death of Hapsburg Prince and his Mistress.

"AFFAIR" NOW HELD BACK OF STRANGE SLAYING OF HEIR
Third Version Supplements Storis of Death by His Own Hand and at Hands of Thugs in Brawl. Passing Remains Europe's Unsolved Puzzle.

By EUGENE SZEKERES BAGGER


    EUROPE'S great royal mystery, the death of the Austrian Crown Prince Rudolph of Austria and the beautiful Baroness Marie Vetsera the hunting castle at Mayerling, January 29 1889, may be solved by a new version offered by Gen. Baron Von Margutti.
    So many conflicting and inconsistent versions of the event have been dished up to a curious public as "absolutely authentic" that historians have grown doubtful whether the veil of secrecy covering the event ever would be lift.
    The baron offers a s[...] version of the tragedy which bears every outward and intrinsic mark of the truth as the one true solution.
    Two versions have been given heretofore. The first, tacitly accepted by the emperor, was that the prince and baroness died in a suicide pact. The other had the prince slain in a brawl at the hunting castle and the baroness a suicide for her lost love.
    Baron von Margutti was for seventeen years an aide-de-camp of the former Emperor Francis Joseph. He spent years collecting facts about the Hapsburg tragedy. The result of his investigation he gives in his memoirs. Much of his information was obtained from officials of the dismembered dual monarchy.
    Like one of the others, his story has the crown prince dying for love — but not for the love of Baroness von Vetsera, but as the result of an affair with a gamekeeper's wife. The gamekeeper himself was the slayer.

A PRINCE'S FATAL LOVE 

    Of the practically innumerable narratives of what is usually referred to as the tragedy of Mayerling, the two principal versions have the same starting point. The Crown Prince Rudolph was a young man of lax habits, to put it mildly. He was very unhappily married to the beautiful Belgian Princess Stephanie, and had an illicit love affair with the still more beautiful Baroness Marie Vetsera, a young Austrian noble woman of Greek descent and no particular wealth and connections.
    The prince decided to divorce his wife and marry the young woman. He put his plan before his father, the Emperor Francis Joseph. The latter, a peevish old monarch, opposed the idea with such vehemence — for dynastic, state and religious reasons — that his son, who was no strong character anyhow, gave up the plan, and merely begged for the favor of a last interview with the baroness, This was authorized, and he met his mistress on the evening of January 29, 1889, at the hunting lodge at Mayerling, in Lower Austria. Next morning: both of them were found dead. 
    Here the divergences begin. According to one version, the two committed suicide together, the crown prince shooting the girl first and then himself. The other theory is that the crown prince was either shot or killed by a blow on the head with a champagne bottle in a brawl at supper.

GREEK CALLED SLAVER.

    It is supposed that the killing was done by one of the guests, a young Greek millionaire sportsman man named Baltazzi, a relation of the baroness Marie Vetsera, this version holds, was shot accidentally as she rushed into the room, attracted by the noise ; some say she was shot intentionally  by Baltazzi, whose motive was either jealousy or the desire to avenge the family honor. 
    But there is one point on which all those conflicting accounts converge. Whether the crown prince commited suicide or was murdered — wether the lethal weapon was a gun or a champagne bottle — all testimony agrees that on his dead body there was no head, that his skull was shattered to tiny fragments.
    I remember how, as a small boy in Hungary, I was scared out of my wits by a silly nurse who told me that the Crown Prince Rudolph, who had no head on his shoulders, would come and get me. It is a fact that when laid out in Capucin chapel at Vienna his head, or whatever was left of it, was covered with a white cloth, and no one save the court physicians ever saw the dead prince's face.

AN ARCHDUKE'S VERSION.

    The version of the supper table brawl and the champagne bottle is offered, among other authorities, by Leopold Wolfling [for Wölfling] in his memoirs (1). Leopold Wolfling was the name assumed by the Archduke Leopold Ferdinand, Grand Duke of Tuscany, on renouncing his rank because of marriage with a middle class girl. But the suicide story, which was admitted though never stressed officially, also had its supporting authorities.
    General Margutti himself for a time adopted this latter account. For one reason or another he had determined to get at the bottom of the mystery, and though he never conducted a systematic investigation, he kept his eyes and ears open and gradually pieced together a consistent account of the tragedy. 
    The first seemingly authentic account obtained by General Margutti on the crown prince's death came from the latter's old tutor, the General Count Latour von Traumburg. Count Latour admitted that what he knew of the Mayerling affair was not very much, but the little he knew confirmede the suicide theory. The crown prince had locked himself up in his room and blown out his brain after a struggle with his valet. About Marie Vetsera's fate Count Latour knew nothing.

BARONESS TOOK POISON.
    
   Information as to the Baroness Vetsera's end was supplemented to General Marguttli by Frau Katherine Schratt. This famouf Viennese actress who was one of the Empress Elizabeth's closest friends
and who became, after the later's death, the intimate of the Emperor Francis Joseph.
   Frau Schrat, writes Margutti, stated that Marie Vetsera, immediately after her last meeting with Rudolph at Mayerling, took poison and died a few hours before Rudolph. " This last piece of information is absolutely accurate," adds Margutti. "The emperor's physician. Dr. Kerzl, told me that on the morning of January 30 it was proved beyond doubt by the doctors who were summoned that Marie Vetsera had died several hours before the crown prince."
    But the theory about the crown prince's suicide, though the one most generally accepted, did not satisfy Margutti.
     In 1907 he met General Middleton, a british officer, at Ischl, in the Alps, the old emperor's regular summer residence for many years. General Middleton had been a confidante of the Empress Elisabeth. The latter favored him with many conversations about topics closest to her heart. Writes Margutti:
      "I never realized the full scale of this horrible tragedy (the double death at Mayerling) until I came to speak of the crown prince in my talks with General Middleton. When I tried to bring the conversation round to the crown prince's tragic end, Middleton at once took up the tragic topic and remarked in his blunt way that the most interesting thing about Rudolph had been his death. There's nothing very noteworthy about his life, said the English general caustically.

MURDER, SAID EMPRESS

   "Middleton was fairly well-informed on the subject of the crown prince's death inasmuch the Empress Elisabeth had told him a good deal about It. I was at once struck with the fact that Middleton dismissed the widespread legend of the Crown Prince's suicide as a silly invention. He was emphatic that the Empress always insisted that her only son had been murdered. Middleton could not say who had committed the crime. He only knew that Rudolph had fallen victim to one of his love affairs. 
    "But not the love affair with Marie Vetsera," he added in an authoritative tone.
    This last bit of disclosure amazed Margutti beyond words. "The principal comment on Middteton's revelations was", he continues, "that they failed to show any connection between the death of the crown prince and that of Marie Vetsera. I had never heard this version before and I could not bring myself wholly to accept it. * * *  Most of the many versions which had some claim to be authentic led to the assumption that Rudolph had committed suicide.
    Such was the official version though unofficially it was widely reported that he had been murdered either by Mare Vetsera or by one of the guests present at the meeting in the remote hunting-lodge in Lower Austria. The suicide of the baroness on the other hand had apparently been proved.
    "But I am now convinced, and on good grounds, that Rudolph met his death in a quite different way. I will state shortly how I come to my present opinion.
    "A few days after the fateful January 30, 1889. my old friend and schoolmate Gmeiner told me that an undergamekeeper from Mayerling had revealed to him in confidence that the crown prince had been found on the morning of January 30 lying in front of the gamekeeper's lodge with a battered skull. He had himself assisted to carry the corpse into the hunting odge. Suicide was out of the question, if only because Rudolph had no weapon of any kind with him.
    "Suspicion at once  fell upon the gamekeeper, and he vanished without leaving any traces.
   "The crown prince was subsequently never mentioned in court circles. Not before the unveiling  Rudolph's monument in the park at Budapest in the spring of 1910 was any reference made to the departed by members of the court.
     "I was talking with Count Ludwig Apponyi, the Hungarian grand chamberlain, and he begun to discuss the small and unpretentious monument representing the crown prince in hunting dress. I happened ever so casually to mention Gmeiner's version of the tragedy. I was immediately amazed by the im pression my words made on the count, who was usually courtesy itself.
    "He stared at me like a lunatic, and it was some time before he recovered himself sufficiently to ask me whether I believed that version myself. When I replied that I was almost tempted to accept it he burst out :
    "Well, it's the solemn truth. But keep It to yourself. We had it straight from a member of the hunting staff at Mayerling immediately after the crown prince's death.
    "I ventured to suggest that I could not altogether reconcile this version with Marie Vetsera's presence in Mayerling and her death there. Count Apponyi admitted this gap in the story, but thought that it was bridged by the assumption that the gamekeeper had been employed by the baroness to commit the murder.
    "The count seemed to know nothing further, but regarded it was probable that it wa only after Rudolph had paid his last account that Marie Vetsera had voluntarily taken her own life. He maintained that she was an exceptionally excitable and ambitious woman, whose vanity had been deeply wounded, so that she was quite capable of the deed.
    "I confess I did not regard Apponyi's conclusion as convincing. A link was missing In the chain.

AIDE TELLS STORY

    "It was quite a short time ago, two years after the destruction of the Hapsburg empire, that Rear-Admiral Ludwig Ritter von Hohnel, well known as an explorer, who had been one of the emperor's aides-de-camp, told me the following story. I can give the most complete assurances that he had it from people whose credibility both he and I regard as absolutely beyond suspicion.
    "Count Hoyos — one of the few witnesses of the Mayerling drama — immediately after Januuary 30, 1889, wrote to a near relative in Hungary about the crown prince's death, and gave a detailed description of the circumstances. He recorded in black and white the fact that on the fatal day Rudolph was lying with a battered skull in the snow in front of the gamekeeper's lodge at Mayerling. It was exactly as the under-gamekeeper had said and Count Ludwlg Apponyi had believed.
    "It appears that the crown prince had established relations some time previously with the young and attractive wife of the gamekeeper. She was known as a great beauty. The man was extremely jealous and simply would not tolerate the association. He accordingly gave Rudolph several warnings, but all in vain.

HUSBAND SLAYS PRINCE

     "On the fatal night he found the crown prince in his house and at once settled accounts with him. Rudolph came to a miserable end. His corpse was thrown out into the snow in front of the lodge, and remained there till it was found next morning.
    "There were several witnesses to the carrying of the body to the hunting lodge. The under-gamekeeper I have mentioned, Gmeiner's contemporary, was one of them.
     "I must add that a day or two after the letter in question reached the addressee she received a telegram from Count Hoyos imploring her in Clod's name to reveal the contents of the letter to no one
and to destroy it. This was followed by a letter to the same effect. and it was stated that the reason was on the emperor's express orders.

NO CONNECTION IN DEATHS

     "But it was already too late. Several persons, including presumably Count Apponyi. already knew what was in the letter.
      "On the morning of January 30 1889, there was another corpse in the hunting lodge at Mayerling. It was the corpse of Marie Vetsera.  
       "What was to be said about her death? Was It not directly connected with that of the crownprince? 
      "However extraordinary it may seem, the answer is in the negative. It is true that both Rudolph and Marie Vetsera died approximately at the same time. Yet it would appear more than questionable whether the crown prince ever knew of the baroness suicide. The latter undoubtedly never heard of Rudolph's end, as the medical evidence proved conclusively that her death preceded his by several hours.
     "With the help of what has been said it becomes easy to reconstruct, at any rate hypothetically, the course of events on the 29th and 30th of January, 1889.
     " After receiving his father's emphatic refusal to consent to the proposed marriage with Marie Vetsera the affair was all over for the Archduke Rudolph. He probably laid the situation frankly before the baroness and thought he would be doing her a kindness by disappearing. Hence his flight to Mayerling.     
   "The choice of this particular spot was doubtless influenced by the presence there of the gamekeeper's wife, who has been described by Count Hoyos as a striking and unusual figure. Here, then, was an opportunity for diversion and change which would appeal to the well-known cynicism of the crown prince.
   "That Marie Vetsera should hurry to Mayerling after the crownprince for a last meeting must have been very vexatious to him. In any case, the final parting took place, after which the baroness probably withdrew to one of the rooms in the castle she had occupied on previous visits and committed suicide. 
    "After the interview the crownprince did not trouble his head further about Marie Vetsera. He lost no time in seeking the side of the beautiful wife of the keeper, having already deliberately sent the husband off on some hunting errand, which was designed to keep him away from the lodge for some hours. In Count Hoyos' letter to which I have referred this last detail is emphasized. It appears, however, that the gamekeeper did not follow the crown prince's instructions, but remained near the  house watching until the Archduke Rudolph appeared. He stopped him and the archduke met his death.
    "Thus a higher dispensation had found Marie Vetsera an avenger without any effort of her own," comments General Margutti.

(1) Leopold Wölfling, Habsburger unter sich: freimütige Aufzeichnungen eines ehemaligen Erzherzogs, Berlin-Wilmersdorf, 1921

Text under the pictures

VICTIMS OF MYSTERY OF MAYERLING

THE Baroness Marie Vetsera was one of the great beauties of Europe. Prince Rudolph wished to marry her, but was forbidden by Francis Joseph. The baroness had parted with the prince a short time before she was found dead near him at Mayerling. She is believed to have killed herself when discarded by her royal suitor.
THE death of Prince Rudolph, heir to the Austrian throne, has been Europe's greatest mystery. Two versions of his death were advanced. One was that he died in a suicide act with the Baroness Vetsera, whom he wished to marry. The other was that he was slain in a brawl. Evidence now discloses an affair with a gamekeeper's wife.

lundi 27 février 2023

La mort de Catherine Schratt en avril 1940. L'éloge funèbre de Maurice Verne.

Katharina Schratt (née à Baden le 11 septembre 1853 et morte à Vienne le 17 avril 1940 ) survécut 41 années à l'impératrice Elisabeth d'Autriche et 24 années à l'empereur François-Joseph. Le quotidien L'Intransigeant confia son éloge funèbre à Maurice Verne, un des rares journalistes qui avait eu l'occasion d'être reçu par celle qu'il surnommal'impératrice sans couronne.

Si vous n'avez pas lu les trois articles qu'il lui consacra en décembre 1934, en voici les chemins d'accès :

Photo hors article

LA MORT DE CATHERINE SCHRATT
Les secrets de l’Impératrice SANS COURONNE d’Autriche ne sont pas perdus |
Par Maurice VERNE|
in L'Intransigeant du 27 avril 1940

Catherine Schratt vient de mourir à près de quatre-vingt-dix ans. J’ai attendu les détails de sa délivrance pour en parler, car tout n'est pas rompu des rapports avec Vienne. Voici ce qu’on m’écrit. Elle s’endormit pieusement, la survivante. Ses derniers mots de connaissance furent : " Enfin, je vais les retrouver... " Elles, les ombres chères et invengées, pour lesquelles elle acheva sa vie en prières — Elisabeth assassinée, Rodolphe tué à Mayerling, Jean-Salvator disparu sous l’état-civil de l'aventurier Jean Orth, François-Ferdinand abattu à Sarajevo, le dernier empereur d’Autriche, le généreux Charles, mort dans la misère sur la terre d’exil... . Rien que des ombres sanglantes autour d’elle. Catherine Schratt avait troqué sa vie insouciante et brillante de comédienne au Burg-Théâtre pour devenir l’amie et la confidente de François-Joseph. Par la volonté d’Elisabeth, qui rejetait le poids fatal de sa souveraineté, elle était devenue l'impératrice sans couronne d’Autriche ; elle sortait du peuple et son père dirigeait un des derniers postes de diligences à Baden. À Catherine Schratt revint pourtant la part affreuse de voir tomber autour d’elle les derniers Habsbourg-Lorraine. Elle assista à l’écroulement de l’empire, elle entendit résonner l'Internationale dans les rues de Vienne, et elle savait que la fille de Rodolphe, le héros tragique de Mayerling, devenue la compagne d’un tribun révolutionnaire, faisait partie des bandes échevelées et furieuses qui parlaient de mettre le feu aux vieux palais vides. Il lui fallut encore assister au triomphe d’Adolf Hitler qui effaça d’un trait de plume le pays auquel il devait le jour. Elle seule, au nom des maîtres disparus — et de ce qu’elle savait de vérité sur la suite des drames et des crimes de l’Europe centrale — pouvait lui demander des comptes.
— Qu’as-tu fait, malheureux, de notre vieille Autriche ? Étrange volonté du destin qui mettait face à face la fille du maître de poste de Baden qu’on avait pu faire l’impératrice sans couronne et le fils du douanier de Braunau devenu le maître des fiefs des Habsbourg-Lorraine et des Hohenzollern. Sortis, l’un et l’autre, du peuple autrichien, ils dominaient les ruines... 

Le gardien des secrets 

Au lendemain, de l’assassinat du chancelier Dollfuss par les agents d’Hitler, je débarquai à Vienne. Je fus reçu par Mme Schratt qui pourtant condamnait sa porte aussi bien à l’historien qu’aux journalistes Notre entrevue, sur son désir formel, eut lieu officiellement devant le chef des légitimistes, le chevalier Frédéric de Wiesner, aujourd’hui prisonnier des nazis. Le fils de Mme Schratt, le baron de Kiss-Schratt et sa charmante femme, d’origine russe, étaient également présents. Nos lecteurs retrouveront ce que je pus dire de cette entrevue dans les numéros de l'Intran du 16 et 17 décembre 1934. Le baron de Kiss-Schratt a rempli une belle carrière de diplomate au Ballplatz. Il eut entre les mains les documents secrets de la tragédie autrichienne, il fait partie des initiés qui savent les vraies origines de la guerre de 1914 et pourquoi François-Joseph se vit acculer à attaquer la Serbie. Adolf Hitler ne recula pas de faire emprisonner les Habsbourg-Lorraine demeurés en Autriche. Le fils aîné de François-Ferdinand, le duc Max de Hohenberg, à qui j’ai dû le récit authentique du drame de Sarajevo, fut condamné aux travaux forcés sous la surveillance des S.S. Mais on ne put rien contre Mme Schratt, devenue hongroise par son mariage, ni contre ses enfants. Ainsi les secrets de la survivante ne sont pas perdus. Ils demeurent vraisemblablement en sécurité. Us reviendront à l’Histoire quand le moment sera venu.

La supplique de Bismarck

Catherine Schratt, c’était, l’esprit, la spontanéité, la gaîté du peuple de Vienne. Elle se gardait de toute politique. Vous imaginez une très vieille dame parcheminée ? Jusqu’aux derniers jours. Catherine Schratt garda au contraire sa coquetterie d'antan. Elle ignora même les cheveux blancs. Une coiffure d’un roux brun encadrait son visage qui, en dépit du temps, exprimait quelque chose de piquant et de léger qui repoussait l’extrême vieillesse. Le regard malicieux, d'un bleu de ciel, semblait celui d’une jeune femme cousue dans un corps courbé, si las. Elle demeurait, selon la tradition du prince de Ligne, une grande européenne et passait dans la conversation, sans effort, d’une langue à l’autre. Son français étonnait par sa pureté. Elle avait connu tous les empereurs, les rois, les princes qui vinrent à Vienne. Elle aimait le charme d’Edouard VII et se moquait par des nuances de Guillaume II qui exigeait pour ses séjours à Schoenbrunn la chambre de Napoléon où le duc de Reichstadt mourut. Elle se souvenait de la fin désenchantée de Bismarck qui, renvoyé par son nouveau maître Guillaume II, avait envoyé une supplique à François-Joseph pour lui demander de le recevoir. Quelles révélations voulait faire Bismarck à celui qu’il avait vaincu à Sadowa ? 
Pour voyager, à plus de quatre-vingts ans, Catherine Schratt n’entendait employer que l’avion. — Sa vitesse me grise i avouait- elle, il me semble que par l’avion on va se dégager de cette terre où il n’est plus de bonheur... Elle revint notamment à Paris. — J’adorais Paris, me confia- t-elle, mais ce n’était plus Paris, là aussi la guerre de 1914 avait tout changé... Elle voulut revoir l’Italie avant de mourir — toujours grisée dans les courriers volants. Ce fut son dernier geste de vivante. Désormais retirée dans sa maison, elle n’appartenait plus à notre monde. 
Une fois, elle retourna à Schoenbrunn, mêlée aux touristes. Le cœur lui manqua, elle s’enfuit en sanglotant... Elle avait conservé la clef de la petite porte secrète qui, aménagée dans les murs jaunes de Schœnbrunn, servait à François-Joseph pour se rendre chez sa vieille amie. Elle me montra cette porte. La rouille rongeait la serrure et les gonds — qu’était devenue la clef que possédait François-Joseph ?... 

La Cour en plein vent 

Dans sa maison. encombrée de meubles anciens, de porcelaines rares, de soieries épaisses, de beaux tableaux, le passé demeurait vivant. On y était entouré de présences invisibles. Derrière le logis central, une cour d’opéra-comique montre un puits de la renaissance italienne qu’un rosier né avec l’amitié de François-Joseph et de l’ancienne comédienne enlaçait et fleurissait l’été. Nouvelle et étrange coïncidence, le rosier se dessécha à jamais après l’assassinat du chancelier Dollfuss. Sur la droite de la cour, dans une aile basse des bâtiments, se trouve la salle à manger d’été. Elle avait imaginé de la recouvrir d’une voûte de bois précieux où étaient incrustées des assiettes anciennes. On eût dit d’une grotte de fée, dans le miroitement ailé des paysages, des bonshommes chimériques de la porcelaine et de larges panneaux de plâtre sur les murs enferment d’autres assiettes, en rocaille. Là, François-Joseph mangeait la bonne, simple, populaire cuisine d’Autriche qu’il affectionnait — le porc rôti au genièvre et le paprika-huhn, le poulet épicé de ses sujets hongrois. Catherine Schratt préparait elle-même le café à la viennoise, recouvert de sa crème mousseuse. Et le jardin commence, en fouillis grimpeur, sur un monticule. Un jardin-appartement. Il jouait un grand rôle. Au premier palier, se trouve le kiosque où goûtait l’empereur. Au deuxième palier, se creuse la piscine d’eau vive. Et voici le jeu de boules, bien paysan, où semblable au dernier des petits bourgeois d'Autriche, l’empereur faisait sa partie... Ah ! on se riait bien de l’Étiquette dans la maison de Catherine Schratt ! Au sommet du monticule, on soupait les nuits de fête dans le troisième pavillon, et des lampions s'allumaient dans les arbres. C’était la Cour eu plein vent qui se moquait de l’autre. Johann Strauss, l’auteur du Beau Danube bleu, y vint jouer les valses caressantes ! — quand les yeux vifs de la vieille impératrice sans couronne se posaient sur le vieux pavillon, la fête de Vienne recommençait pour elle et le vent qui passait faisait lever l’archet fantôme de l’oubli sur le passé de sang et d’horreur. Comme elle, Johann Strauss était devenu un héros de cinéma. Mais, jusqu’à la fin, elle protesta contre ceux qui la mettaient en scène ou la faisaient parler malgré elle et le dernier message que je reçus d’elle, par l’intermédiaire du baron de Kiss, data de juillet dernier et contenait une nouvelle protestation à ce propos. Son fils défendra sa grande mémoire. 

MAURICE VERNE.

L'énigme du Saint Prépuce : la réponse mystique de Soeur Marie d'Ágreda

Apparition de la Vierge à Soeur Maria de  Jésus d’Ágreda École mexicaine, 18ème siècle La Relique errante et le Corps glorieux Splendeur, gé...