jeudi 6 avril 2023

Oberammergau: Louis II de Bavière, le Jeu de la Passion et le Groupe de la Crucifixion / 20 photos


Dessin extrait du livre du Gartenlaube de 1875 (p.773)

Don du Roi Louis II en souvenir du Jeu de la Passion

Oberammergau est un  village de l'Oberland bavarois. Il est situé dans une vallée  traversée par l'Ammer, au pied des premiers contreforts des Alpes, à 641 mètres d'altitude. Le village s'abrite contre une montagne abrupte, le Kofel. A quelques pas du village, se dresse, en marbre blanc de Kelheim, un groupe sculptural de la crucifixion, don du roi Louis II de Bavière. On trouvera ici l´histoire de ce groupe.

Le Roi Louis II de Bavière a par deux fois assisté à une représentation du célèbre Jeu de la Passion à Oberammergau. En 1860 d´abord, il a alors 15 ans, avec ses parents Maximilien II de Bavière et la Reine Marie. Il devait y assister également en 1870 mais la guerre de 1870 contre la France, qui rangea la Bavière aux côtés de la Prusse, éclata et les représentations furent interrompues, seules 16 d´entre elles purent avoir lieu. Elles reprirent en 1871. Le Roi y assista lors d´une représentation privée, le 25 septembre, organisée à sa demande pour lui seul et quatre de ses invités, le Prince Louis de Hesse, un représentant de la région de Garmisch, le curé d´Oberammergau et un garde du corps. Le Roi fut tellement touché et ému par la représentation des souffrances et de la mort du Christ qu´il décida d´offrir à la commune d´Oberammergau et aux acteurs du Jeu de la Passion une sculpture monumentale, le Groupe de la Crucifixion.

Le Roi choisit lui-même le matériau, -du marbre de Kelheim-, l´artiste, et l´emplacement où s´élèverait le monument. Il voulait qu´il fut visible depuis Oberammergau par chacun des habitants et que du monument on puisse voir toute la vallée de l´Ammer. Il espérait aussi que les paroissiens construiraient un calvaire sur  la douce colline au sommet de laquelle le groupe a été érigé.

Il  fallut plus de deux années au sculpteur munichois, le Professeur Johann von Halbig, pour réaliser le monument.

Le 2 août 1875 eut lieu le difficile transport vers Oberammergau, où il n´arriva que le 16 août, au prix d'énormes efforts et de prouesses techniques.  Le transport de 93 kilomètres dura 14 jours au départ de Munich et passa par Starnberg, Weilheim, Murnau, Eschenlohe, Oberau et Ettal.  Pour passer le col d´Ettal à 869 mètres d´altitude, on le fit tracter par une locomobile.Le passage du col fut marqué par un accident dramatique qui emporta deux vies humaines. A noter que pour amener la statue de saint Jean, on avait dû atteler, dans une montée, trente-huit chevaux. 


Le passage du col d´Ettal, situé à 869 mètres d´altitude.
Le groupe sculpté est tracté par une locomobile.
(in Die Gartenlaube de 1875, pages 775-778)

Deux mois plus tard, le 15 octobre, le jour du 50ème anniversaire de la mère du Roi, la Reine Marie, le Groupe de la Crucifixion fut consacré par l´archevêque de Munich et Freising, Gregor von Scherr, en présence du Général Baron von LaRoche, qui représentait le Roi.

Trois années successives, le Roi vint se recueillir et prier devant le monument le 15 octobre, mais la curiosité populaire le décida à mettre fin à ce pèlerinage. Au moment de sa construction, avec sa hauteur de 12 mètres, le monument était le plus grand de son genre dans le monde et d´un poids considérable: le Christ crucifié pèse 600 quintaux, socle compris, la statue de la Vierge et celle de Saint Jean pèsent chacune 40 quintaux, et le socle fait 480 quintaux. Le coût total du monument s´éleva à 400.000 florins (environ 350.000 euros, sachant qu'à l´époque, les ouvriers travaillant dans la construction gagnaient environ 400 florins par an...).

Face à un tel don, la gratitude de population d´Oberammergau  fut telle que depuis lors, la veille de l'anniversaire de la naissance du Roi (la veille du 25 août), elle allume sur quelques-uns des sommets des montagnes environnantes des feux de joie (Ludwigsfeuer). Cette tradition s´est maintenue jusqu´à nos jours. Seuls les habitants d´Oberammergau sont autorisés à organiser et à allumer les feux.

Photographies
























Crédit photographique © Luc Roger

Ein neuer Adler in Mittenwald





Fotos © Luc-Henri Roger

 

mercredi 5 avril 2023

L'Opéra de Bavière présente Hanjo de Toshio Hosokawa en ouverture du Festival Ja, Mai 2023

FESTIVAL JA, MAI* 2023 - PREMIÈRE DE HANJO LE 5 MAI 2023

Le vendredi 5 mai 2023, à 19 heures, première de l'opéra Hanjo du compositeur Toshio Hosokawa. une coopération entre l'Opéra d'État de Bavière et la Haus der Kunst. Toshio Hosokawa a également composé le livret d'Hanjo, d'après la pièce de théâtre Nō du même nom de Yukio Mishima. Hanjo est chanté en anglais, dans une traduction de Donald Keene, .

La première de l'opéra Hanjo donnera le coup d'envoi du festival Ja, Mai et, tout comme la deuxième première de l'opéra du festival, Il ritornoDas Jahr des magischen Denkens (L'année de la pensée magique), il traite du thème de l'attente comme mode de vie. Les deux soirées, qui proposent l'une un opéra contemporain et l'autre une œuvre musico-théâtrale de Claudio Monteverdi, participent du projet du festival Ja, Mai, qui a pour but de proposer une réflexion sur l'évolution du théâtre musical en partant de son histoire et en se projetant dans l'avenir. Le spectacle Hanjo, interprété par l'Orchestre de chambre de Munich sous la direction musicale de Lothar Koenigs, réunit différentes formes d'expression artistique : la musique, le chant, la danse, les arts plastiques et la haute couture.

Le programme du festival Ja, Mai met l'accent sur les compositeurs Toshio Hosokawa et Claudio Monteverdi par le biais de concerts, de projections de films, d'introductions et de débats. Il tourne également autour de questions relatives au théâtre musical et à l'attente qui est le thème du festival (Erwartung). En outre, pendant la Longue Nuit de la Musique du 6 mai 2023, la Haus der Kunst deviendra le lieu de représentation de l'Opéra national de Bavière : musique de chambre, interventions musicales, ballet et aïkido ainsi qu'un atelier avec Rirkrit Tiravanija.

L'oeuvre

L'intrigue de Hanjo est centrée sur le personnage de Hanako, dont la vie n'est qu'attente depuis qu'elle et son amant Yoshio ont emprunté des chemins séparés. Yoshio a promis de revenir porteur d'un éventail comme signal de reconnaissance. Depuis, elle se rend tous les jours à la gare. Entre-temps, Hanako a noué une relation avec Jitsuko, une artiste plus âgée qui chérit la plus jeune comme un trésor. Un jour, Yoshio revient et réclame Hanako. Mais celle-ci ne veut pas le reconnaître. L'attente et la compagnie de Jitsuko sont devenues ses raisons de vivre.

L'auteur Yukio Mishima (1955) et le compositeur Toshio Hosokawa (2004) ont effectué la double réécriture moderne de Hanjo, une ancienne histoire japonaise du 14ème. Hanjo est devenu un opéra de chambre qui place un triangle amoureux sous le microscope, pour en discerner tous les détails, et qui met en perspective les rapports de force et les rapports amoureux qui le constituent. Mishima change le happy end du jeu Nō, dans lequel l'homme et la femme finissaient par se retrouver, pour proposer une autre fin qui promet désormais aux deux femmes une " vie merveilleuse" ("a wonderful life "), comme le dit le livret. Pour son opéra, Hosokawa s'appuie sur la traduction anglaise du texte théâtral de Mishima par Donald Keene et crée six scènes qui forment ensemble un acte d'un seul tenant. Hanjo fut créé sur commande pour le Festival d'Aix-en-Provence où l'opéra connut sa première en 2004 dans une mise en scène d'Anne Teresa de Keersmaeker.

La mise en scène

L'espace et la mise en scène se centrent sur le thème du temps qui passe, qui est à la fois perceptible de manière sensorielle dans la musique de Toshio Hosokawa et qui joue un rôle important dans l'action basée sur l'état d'attente. Le mouvement est un moyen de rendre cette réalité plastique : les spectateurs sont assis de part et d'autre du décor en mouvement dans la galerie ouest de la Haus der Kunst ; la danse et les gestes, en partie focalisés par la vidéo en direct, élaborent les processus émotionnels de l'action condensée et réduite à une œuvre de chambre. La transparence est un autre ingrédient stylistique de la scénographie.

Sidi Larbi Cherkaoui comprend le sujet à partir de la biographie de Yukio Mishima et du climat social spécifique des années 1950 et, avec une approche queer, tire des parallèles jusqu'à aujourd'hui : l'attente des deux femmes peut ainsi être lue comme un code pour l'amour homosexuel à une époque qui exigeait des tactiques de dissimulation ou même de renoncement à soi.

La distribution

Les trois rôles de cet opéra à petite distribution sont tenus par Sarah Aristidou dans le rôle de Hanako (qui fait ses débuts dans le rôle et dans la maison), Charlotte Hellekant, déjà connue comme interprète de Hosokawa, qui fait ses débuts dans le rôle de Jitsuko, et Konstantin Krimmel, membre de la troupe du BSO, dans le rôle de Yoshio. L'Orchestre de chambre de Munich (Münchner Kammerorchester)  est placé sous la direction de Lothar Koenigs. un chef apprécié Munich pour sa direction du répertoire straussien et des opéras du 20e siècle. 

Dans la mise en scène de Sidi Larbi Cherkaoui, les chanteurs évoluent avec les danseurs d'Eastman. La scénographie est conçue par l'artiste plasticien Rirkrit Tiravanija et les costumes ont été créés par Yuima Nakazato, un créateur japonais de haute-couture japonais en pleine ascension.

Le chorégraphe belge Sidi Larbi Cherkaoui a déjà mis en scène Les Indes galantes et Alceste à la Bayerische Staatsoper. Avec Hanjo, il se consacre à un univers culturel dans lequel il s'est déjà plongé dans des travaux antérieurs. Les travaux de l'artiste thaïlandais Rirkrit Tiravanija se situent entre l'art visuel et l'art actionnel, ils examinent l'action culturelle et politique ou — comme dans ses performances culinaires — créent eux-mêmes un lieu de rassemblement. C'est la première fois qu'il conçoit un décor de théâtre pour l'Opéra national de Bavière.

Hanjo est une coproduction de la Bayerische Staatsoper avec la Haus der Kunst, qui est également le lieu de représentation de la production.

Source du texte et de la photo : traduction libre du texte de presse de la Bayerische Staatsoper, photo accompagnant le CP.

Agenda 
Première le 5 mai. puis les 8, 10, 12 et 14 mai à la Haus der Kunst. Tickets (places restantes sauf pour la première).

* Note : "JA, MAI" ou "JA MEI " ?

Le mot allemand Mai correspond à notre mois de mai en français. Mais voilà on est à Munich en Bavière, où tous connaissent l'expression bavaroise Ja, Mei dont le Mei se prononce exactement comme le Mai allemand. Le titre du festival qui se déroule au mois de mai est sans doute un jeu de mots.

"Ja, mei" est une expression bavaroise courante qui marche à tous les coups et qui sert à combler les vides. Il s'agit d'une formule de compréhension générale avec de nombreuses significations, comme par exemple "Ce n'est pas grave", "C'est comme cela, on n'y peut rien faire", "Je m'en fiche", "Je n'y peux rien", "Vous avez peut-être raison, mais peut-être pas. En tout cas, je n'ai plus envie de continuer à parler de ce sujet".

lundi 3 avril 2023

" La vie ? Ou le théâtre ? " L'oeuvre de vie de Charlotte Salomon. Une exposition au Lenbachhaus de Munich


L'exposition du Lenbachhaus (Kunstbau)

"Leben ? oder Theater ?" (" La vie ? Ou le théâtre ? " ) est l'œuvre de l'artiste Charlotte Salomon (1917 Berlin - 1943 Auschwitz), réalisée au cours des deux années qui ont suivi sa fuite de Berlin vers le sud de la France, en 1939. Ce "Singespiel", comme elle l'appelait, se compose de 769 dessins à la gouache, divisés en trois actes, et est édité et géré par le Musée juif d'Amsterdam depuis 1971. Le riche enchevêtrement de dessins, de textes et d'annotations scéniques à la gouache est une œuvre artistique exceptionnelle du XXe siècle, riche en références à l'art, à la musique, au cinéma et à la philosophie de l'époque de Charlotte Salomon. Elle offre en même temps un aperçu unique de la vie mouvementée personnelle de Salomon.
La structure narrative de "La vie ? ou le théâtre ?" est restée inchangée  jusqu'à aujourd'hui. Les illustrations et le texte s'assemblent comme les scènes d'une production théâtrale ou d'un scénario, tout en anticipant la nature hybride des couches de texte et d'images des romans graphiques. Les personnages de l'œuvre sont basés sur le vécu et l'environnement de Salomon, mais elle les a développés avec soin et les a abstraits pour en faire des personnages de fiction dans une histoire plus vaste que la réalité. La narration de Salomon ne doit donc pas être lue comme un rapport autobiographique factuel, mais plutôt comme une mise en contexte de différentes situations et circonstances de la vie, dans un sens à la fois personnel et universel. Ainsi, dans son "Singespiel", Salomon accorde une importance primordiale aux événements interpersonnels de sa vie, tout en laissant planer la menace du national-socialisme comme un terrible bruit de fond.
"La vie ? Ou le théâtre ?" témoigne d'une pratique artistique assurée grâce à des inventions picturales novatrices et puissantes, ainsi qu'à de subtiles nuances ironiques. Parallèlement à son art, Salomon apparaît comme une protagoniste souveraine - malgré les malheurs familiaux et les persécutions antisémites. L'œuvre de sa vie offre ainsi un aperçu unique de la vie complexe et violemment écourtée d'une jeune artiste.

Une exposition du Lenbachhaus de Munich en collaboration avec le Musée juif d'Amsterdam.

Examiner toute l'oeuvre dans son fauteuil

Vous voulez voir toutes les pages de "La vie ? ou le théâtre ?" Cliquez sur https://charlotte.jck.nl/ Vous pouvez voir ici l'ensemble de l'œuvre composée de 769 gouaches et 320 pages transparentes. Chaque fois que le mot "Musique" apparaît en lettres noires à droite de l'image, vous pouvez écouter les morceaux correspondants. Bon parcours visuel et musical !

Planifier sa visite : L'expo est ouverte jusqu'au 10 septembre 1923. Cliquer ici pour accéder au site du Lenbachaus

Source du texte : traduction du texte du Lenbachhaus

Coups de coeur


L'artiste en train de peindre à Villefranche



































Mit der Kamera über den Bozner Markt — 22 Fotos

  © Marco Pohle