samedi 3 février 2024

La première munichoise de La Dame de Pique de Tchaïkovski est retransmise ce soir par la radio bavaroise

© Bayerische Staatsoper

Première ce soir de la nouvelle production de la Dame de Pique à la Bayerische Staatsoper. La première est diffusée en direct par la radio BR-Klassik de 18 à 22H. Durant les entractes Sylvia Schreiber s'entretiendra avec Asmik Grigorian (soprano), Violeta Urmana (mezzo-soprano), Christoph Heil (préparation du chœur), Olaf Roth (dramaturge) et le directeur artistique Serge Dorny.

" L'amour a besoin d'argent comme le feu a besoin d'air ! Hermann, sans le sou et accro au jeu, veut de manière obsessionnelle forcer l'ascension sociale — et posséder Lisa, qui lui était jusqu'à présent inaccessible. Une mystérieuse comtesse lui révèle trois cartes prétendument gagnantes. Mais tout tourne mal : la comtesse meurt, Lisa comprend que son avenir avec Hermann est sans espoir et se suicide. À la fin, le désespéré se suicide parce qu'il doit essuyer une nouvelle défaite inattendue sur ce parcours qui était censé faire de lui un millionnaire. En fait, dès le départ, il est tombé dans le panneau des fake news. Dans cette nouvelle production de l'Opéra d'État de Bavière, la Dame de Pique de Peter Tchaïkovski est interprétée de manière très prometteuse par Asmik Grigorian, Brandon Jovanovich et Violeta Urmana dans les rôles principaux. L'équipe de direction, composée du metteur en scène australien Benedict Andrews et du chef d'orchestre ouzbek Aziz Shokhakimov, tentera de prouver que le chant scénique peut agir de manière ciblée comme une magie pour mettre en lumière les dimensions profondes de l'être humain. En tant que forme de connaissance artistiquement autonome de la triste réalité." 
(© traduction libre du texte de présentation de BR Klassik.)

© Wilfried Hösl

Distribution du 4 février 2024

Direction musicale Aziz Shokhakimov
Mise en scène Benedict Andrews
Scénographie Rufus Didwiszus
Costumes Victoria Behr
Lumière Jon Clark
Chorégraphie Klevis Elmazaj
Chœurs Christoph Heil
Dramaturgie Olaf Roth

Hermann Brandon Jovanovich
Tomski Roman Burdenko
Prince Jelezki Boris Pinkhasovich
Tchekalinski Kevin Conners
Surin Bálint Szabó
Tchaïlitski Tansel Akzeybek
Narumow Nikita Volkov
Le maître des cérémonies Aleksey Kursanov
La comtesse Violeta Urmana
Lisa Asmik Grigorian
Polina Victoria Karkacheva
La gouvernante Natalie Lewis
Macha Daria Proszek
Le commandant des enfants Olga Surikova

Orchestre de l'État de Bavière
Chœur de l'Opéra d'État de Bavière
Chœur d'enfants de l'Opéra d'État de Bavière

vendredi 2 février 2024

Traditions anciennes de la Chandeleur (2 février)

 


Un article du Courrier de la Rochelle du 2 février 1908

Vieilles traditions. — La Chandeleur à la campagne. — Les crêpes de la Chandeleur. - Les fiançailles des oiseaux. — La neuvaine de la Chandeleur.

2 février, jour de la Purification, on fêtera païennement la Chandeleur, dans les campagnes françaises.

La Chandeleur ! Le nom est joli ; il évoque la vision des processions d’autrefois que suivait la foule, un cierge allumé (candela) à la main. Il rappelle, par association d’idées, bien de ces vieilles coutumes, touchantes dans leur archaïsme, qui tendent de plus en plus à s’effacer, mais dont je souvenir, cependant, jette encore, dans l'uniforme banalité de la vie moderne, un peu de cette poésie charmante qui, au temps jadis, coupait, comme de relais pittoresques, les phases de l’année par ailleurs misérablement vécue.

Comme beaucoup d’autres fêtes religieuses, la Chandeleur, ou fête de la Purification, n’est qu’une adaptation chrétienne d’une fête païenne et le paysan de France, qui bat sa farine pour en faire des crêpes, ne se doute certainement pas que, à l’exemple de tel ancêtre anonyme, perdu dans la nuit des temps, il rend hommage à Cérès, la déesse du blé.

La tradition de la Chandeleur, qui était autrefois fête chômée, quelque jour qu’elle tombât, s’est, sauf peut-être en Bretagne, peu à peu perdue dans nos villes où il n’en reste guère que la présentation des tout petits enfants à l’église pour la cérémonie de la Purification.

En Italie, en Espagne, en Portugal, elle est toujours l’occasion d’une grande fête, mi-religieuse, mi-profane.

Dans nos campagnes, en tous cas, là Chandeleur reste une grande date agricole coïncidant avec la reprise des travaux des champs et marquée, dans l’esprit populaire, par une foule de proverbes et de dictons dont quelques-uns sont très anciens et qui varient de province à province. Le travail agricole recommençant et le temps des semailles approchant, ce que le paysan redoute le plus, c’est un retour offensif ou une prolongation de l’hiver :

A la Chandeleur
L'hiver se passe ou prend rigueur.

dit-on un peu partout, tandis qu’en Anjou on traduit plus poétiquement là même appréhension :

J’ouïs le paresseux hiver 
Lequel disait au laboureur :
Je ne manquerai pas d’arriver 
Au plus tôt à la Chandeleur.

Le bon bourgeois de Paris, Sébastien Mercier, écrivait, à la fin du XVIIIe siècle, en son Tableau, à propos du gâteau des Rois : « Toute fête fondée sur le bâfre doit être immortelle. » C’est pourquoi sans doute la coutume de faire des crêpes à son occasion a sauvé la Chandeleur de la désuétude. Dans maintes campagnes on croit encore, dur comme fer, que la ferme où l’on ne fait pas de crêpes ou bien où elles n’ont pas réussi doit voir fatalement le blé de ses champs se carier, l’été venu. À la ville même, dans les patriarcales familles, on fait les crêpes à la Chandeleur. Chacun prend, à son tour, la queue de la poêle, celui qui a retourné correctement sa crêpe et a lance ensuite d’une main sûre pour la recevoir avec adresse dans le beurre bouillant, peut compter sur dit bonheur pour toute l’année. Quant au maladroit qui la laisse retomber sur la plaque du fourneau sous la forme d’un chiffon fripé, il peut s'attendre à toutes les avanies du sort jusqu’à la revanche de la Chandeleur suivante. Il y a même des crêpes historiques. À la Chandeleur de 1812, Napoléon s’était échappé des Tuileries pour aller à la Malmaison rendre à l’impératrice une de ces visites impromptues où les deux époux divorcés trouvaient encore quelque joie. On fit des crêpes. Or, le grand Empereur, superstitieux comme tout bon Corse et comme la plupart des grands joueurs de dés devant l’Eternel, croyait aux présages des crêpes. Une, deux, trois crêpes roussies ! Autant d’heureux présages pour les débuts de cette campagne de Russie qu’il achevait de préparer. Mais, patatras ! la quatrième tombe lamentablement sur la tôle rougie et s’y calcine. Savoir si Napoléon, en face de l’incendie de Moscou, ne songea pas involontairement à la crêpe calcinée de la Malmaison !

Une bien jolie légende se répète encore à la veillée dans les villages des bords du Rhône et du Midi gascon, c’est celle des fiançailles des oiseaux à la Chandeleur.

Sortez dans la Campagne, le 2 février, et vous ne manquerez pas de voir, au besoin avec les yeux de la foi, les vols d’oiseaux passer et repasser éperdus, s’évitant, se cherchant, s’appelant, piaillant d’allégresse. C’est un ébattement ailé et gazouillé qui dure jusqu’au crépuscule. Mais, le soleil disparaissant à l’horizon, en silence, deux par deux, les oiseaux se retirent vers les arbres et vers les buissons pour la nichée des fiançailles. Que si cependant un malchanceux n’a pas trouvé l’oiselle de ses rêvés, il en prend aisément son parti et entre hardiment en ménage dans le premier nid venu. Nid à trois ! C’est admis dans le monde... des oiseaux.

Il n’y a pas que les oiseaux qui rêvent de fiançailles à la Chandeleur, les jeunes filles en rêvent aussi et nombreuses encore sont celles, les croyantes, qui s’en vont, à partir du 25 janvier, tous les soirs à l’église, faire, à la chapelle de la Vierge, la neuvaine de la Chandeleur. Mais, hélas ! que de déboires souvent dont sainte Catherine aura plus tard là confidence !

A la Chandeleur 
Grande douleur !

Marcel FRANCE

jeudi 1 février 2024

Der Vogelhändler de Carl Zeller au Theater-am-Gärtnerplatz. Une opérette mitonnée à la sauce bavaroise.

Alexander Grassauer (Baron Weps) et Matteo Ivan Rašić (Adam)

Le compositeur Carl Zeller

L'opérette viennoise doit plusieurs de ses plus grands succès au compositeur autrichien Carl Zeller (1842-1898), entre autres le Contremaître (der Obersteiger) et le Marchand d'oiseaux (der Vogelhändler). La carrière de Carl Zeller fut des plus brillantes. Légiste distingué, il obtint rapidement une haute situation au ministère des cultes et de l'instruction publique, et y exerça pendant quelques années les fonctions de directeur des beaux-arts. En même temps il gagna par ses compositions la faveur du public viennois, car son aimable talent, gracieux et insinuant, avait le goût du terroir. En dehors de quelques mélodies et de quelques choeurs pour orphéons, Zeller a surtout cultivé le théâtre. Son chef-d'oeuvre le Marchand d'oiseaux (parfois aussi traduit en français par L'Oiseleur), dont la valse est presque aussi populaire que celle de la Tsigane de Johann Strauss, caractérise non seulement le talent de son auteur mais aussi l'opérette viennoise. 

Les dernières années de Zeller furent contristées par une question d'héritage dans laquelle il fut accusé d'avoir prêté un faux serment pour augmenter sa part dans une succession et condamné par défaut. La cour de cassation avait annulé ce jugement et renvoyé l'affaire devant une autre cour d'assises, mais Zeller était déjà trop malade pour pouvoir comparaître devant le jury et il est mort sans avoir pu se justifier. Atteint de paralysie générale, Zeller décéda en mai 1898 à Baden, près de Vienne, après avoir enduré depuis deux ans des souffrances terribles. Il a laissé une fortune considérable, gagnée en partie avec ses opérettes.

Carl Zeller composa la musique du Vogelhändler  sur un texte de Moritz West et Ludwig Held, inspiré de la comédie-vaudeville française Ce que deviennent les roses de Victor Varin et Edmond de Biéville. Avec son opérette créée en 1891, Carl Zeller a réussi à créer le prototype de la "Heimatoperette" (l'opérette de terroir) autrichienne, écrite pour un public urbain pour lequel il a évoqué un passé rural glorifié. L'oeuvre connut immédiatement un grand succès. Quelques-uns des 17 numéros de la partition firent bientôt le tour du monde, notamment " Grüß euch Gott, alle miteinander ", "Ich bin die Christel von der Post", "Schenkt man sich Rosen in Tirol" ou "Fröhlich Pfalz, Gott erhalt's". La chanson d'Adam "Wie mein Ahnl zwanzig Jahr" avec la comptine "No amal, no amal sing nur sing, Nachtigall!" fit un tabac.  Der Vogelhändler fait partie de la demi-douzaine d'opérettes qui, depuis leur création, se sont maintenues sans interruption au répertoire des scènes germanophones.

Julia Sturzlbaum (Christel)

L'action

L'oiseleur tyrolien Adam et sa factrice " Christel von der Post " sont très amoureux. Ils aimeraient se marier, mais ils ne disposent pas des moyens financiers pour fonder une famille. Le métier d'oiseleur est loin d'être lucratif. Lorsque l'ingénieuse Christel, à la recherche d'un emploi pour Adam, s'approche un peu trop ouvertement du (prétendu) prince électeur et qu'Adam fait les yeux doux à la princesse électrice, les deux amoureux pètent un câble. Cela finira-t-il par s'arranger ? 

Der Vogelhändler est l'histoire d'un jeune amour qui doit pour s'affirmer affronter les intrigues stupides de la classe sociale supérieure dont les membres se livrent à des manigances peu reluisantes : les pots-de-vin, la prévarication, la concussion ou le  favoritisme sont, c'est le cas de le dire, monnaie courante, de même que l'organisation de mariages d'intérêt et les avances sexuelles intimidantes. Mais en fin de compte la fraîcheur pleine de sève de l'amour juvénile finit par triompher.

avec en fond de scène la silhouette de la Frauenkirche à Munich

La mise en scène

La mise en scène de Bernd Mottl nous offre une réinterprétation pétillante et authentiquement bavaroise  de l'opérette dont l'action se déroulait selon le livret original dans le Palatinat électoral (Kurpfalz). Mottl l'a déplacée en Haute-Bavière dans la municipalité de Bayrischzell, une riante localité montagnarde de Haute-Bavière située au pied du Wendelstein , pour la porter ensuite dans la Résidence munichoise. L'ouverture propose une scène de mime qui préfigure l'action et qui a lieu sous les armoiries actuelles de la Bavière au centre desquelles se trouve le fameux blason de fusils obliques (des losanges) bleus et blancs, surmonté d'une couronne qui souligne l'attachement indéfectible des Bavarois au souvenir de la royauté wittelsbachienne. Les Bavarois sont restés sentimentalement monarchistes. Toute la production est placée sous le signe du kitsch et de l'ironie la plus absolue : il s'agit de se gausser gentiment des traditions auxquelles on est le plus attachés, ce qui en soi constitue une manière de les affirmer joyeusement. Ce sont les décors de Friedrich Eggert entièrement losangés de bleu et de blanc, c'est le crucifix qui pend dans la salle où des experts corrompus examinent les candidatures à des postes de fonctionnaires, réunis ici en l'occurrence pour désigner un directeur de la ménagerie, poste qui reviendra nécessairement au marchand d'oiseaux. La présence du crucifix dans les bâtiments publics est sujette à polémique mais n'est pas considérée comme contraire à la neutralité de l'état en matière de religion dans cet État libre (Freistaat) à la tradition catholique bien ancrée. Ce sont les costumes synthétiques qui reproduisent en tissus de plastique toute une série de tenues typiquement bavaroises, les hommes avec les Lederhosen en polymères, les nobles en costumes, les vêtements servant à établir la hiérarchie des classes sociales. L'or est réservé au prince et à la princesse : costume et bagage dorés pour le prince, lit doré et tentures de lamé or pour la chambre de la princesse. Le conte Stanislaus (Alexandros Tsilogiannis) est un bellâtre tout de rose vêtu. La postière Christel est en jaune et bleu brillants, les couleurs de la poste bavaroise. En plastique encore les robes de mariées de la baronne Adélaïde et de Christel. Tout cela est du meilleur mauvais goût et contribue avec bonhomie à l'amusement. L'excellent choeur, groupe de personnages au coeur de l'action, est extrêmement présent dans cette opérette, et il faut tout le talent de  Karl Alfred Schreiner, le chorégraphe de la maison, pour en organiser les danses et les déplacements sur la scène assez réduite du théâtre, d'autant que la production a sollicité la contribution de six Schuhplattler, du groupe D'Schwuhplattler, pour rendre encore mieux les traditions locales (voir notre article consacré à cet extraordinaire groupe de danseurs queer). Bien sûr, le texte a été réadapté aux réalités du jour, comme il se doit dans la tradition des mises en scène d'opérette, il est farci d'expressions bavaroises, et des dialogues ont été insérés pour célébrer ce pays qui s'étend du Karwendel à la Rhön. Comme cela se doit, la bière coule à flots continus dans les chopes de grès de la brasserie de Bayrischzell.
 
        Lukas Enoch Lemcke et Juan Carlos Falcón, les professeurs corrompus

Et tout cela n'est que valses et chansons

Le rôle-titre du marchand d'oiseaux Adam a été confié à Matteo Ivan Rašić, un tyrolien autrichien de souche, un chanteur solaire dont le ténor énergique aux brillantes clartés sonores domine sans effort le plateau. Christel, la blonde postière, est chantée par Julia Sturzlbaum, dont le chant d'entrée "Ich bin Christel von der Post" a comme il se doit suscité des applaudissements nourris. Une mention spéciale revient à deux rôles secondaires superbement mis en scène et chorégraphiés, ceux des professeurs Süffle et Würmchen, deux fonctionnaires corrompus jusqu'à la moelle qui attendent promotions et décorations pour prix de de leur soumission. La composition qu'en donnent Juan Carlos Falcón et Lukas Enoch Lemcke est absolument hilarante et constitue un grand moment scénique avec une superbe coordination de mouvements physiques exagérés jusqu'à l'absurde et un chant à l'avenant. Regina Schörg donne avec beaucoup d'humour dans l'art du grotesque avec son Adélaïde, une vieille baronne immensément riche et prête à céder sa fortune pour trouver enfin chaussure à son pied. La basse Alexander Grassauer compose admirablement le côté bouffon du très désargenté baron Weps qui finit par épouser Adelaïde après avoir en vain essayé de lui fourguer son neveu endetté. Enfin Sophie Brommer séduit dans le rôle de la princesse électrice Marie, d'abord déguisée en paysanne. Michael Brandstätter imprime à l'orchestre un tempo et un rythme captivants.

Une production des plus réussies promise à un très bel avenir.

Timbre autrichien de la série philatélique de 1970
consacrée aux opérettes. 

Distribution du 31 janvier 2023

Direction musicale Michael Brandstätter
Mise en scène Bernd Mottl
Chorégraphie Karl Alfred Schreiner
Décors Friedrich Eggert
Costumes Alfred Mayerhofer
Lumières Kai Luczak
Dramaturgie Michael Alexander Rinz

Adam Matteo Ivan Rašić
Christel Julia Sturzlbaum
Électrice Marie Sophia Brommer
Baronne Adélaïde Regina Schörg
Baron Weps Alexander Grassauer
Comte Stanislaus Alexandros Tsilogiannis
Professeur Süffle Juan Carlos Falcón
Professeur Würmchen Lukas Enoch Lemcke
Schneck Caspar Krieger
Mme Nebel Angelika Sedlmeier
Jette Sushila Sara Mai
Quendel Frank Berg
D'Schwuhplattler

Chœur et figurants du Staatstheater am Gärtnerplatz
Orchestre du Staatstheater am Gärtnerplatz

Crédit photos © Marie-Laure Briane

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