mercredi 25 décembre 2024

Concert de Noël du Classic Ensemble Vienna à la Peterskirche de Vienne

 

L'église Saint-Pierre (la Peterskirche), située au cœur de la ville, à deux pas du Graben, a été construite au début du 18e siècle dans le style baroque. Au 19e siècle, la Peterskirche est devenue un lieu populaire pour les concerts et les récitals, en partie grâce à son excellente acoustique et à sa situation centrale. De nombreux compositeurs et musiciens parmi les plus célèbres de l'époque s'y sont produits, notamment Franz Schuber, Johann Strauss II et Franz Liszt. Le concert de Liszt à l'église Saint-Pierre a connu un tel succès qu'il a été couvert de fleurs par ses dévoués admirateurs. Aujourd'hui comme autrefois les organistes liturgiques apprécient l'orgue dont le buffet baroque date de 1751. La partie instrumentale, refaite en 1903 par Franz Josef Swoboda, a depuis connu deux rénovations successives.


Les hauts murs et les coupoles permettent au son de se réverbérer plus longtemps, ce qui le rend plus riche en profondeur. Le son rebondit sur les murs directement dans votre cœur, tout en même temps et génère une foule de sentiments, et le fait vibrer d'une foule de sentiments, la joie, le bonheur, la tristesse, la nostalgie, le désir. L'église, qui fut entièrement rénovée de 1998 à 2004, est desservie par les prêtres de l'Opus Dei, une institution qui privilégie la place centrale de la musique dans la liturgie chrétienne. La musique est à l'instar du silence un langage nécessaire pour entrer en communion avec la beauté de Dieu, pour découvrir sa présence. 


Le Classic Ensemble Vienna s'y produit volontiers. Hier soir, veille de Noël, son quatuor à cordes y présentait un programme d'une heure avec des extraits d'oeuvres pour la plupart très connues de Mozart, Vivaldi, Borodin, Schubert, Bach, Corelli et Dvořák. Le premier violon de Martin Reining menait la danse avec ses sonorités claires et brillantes, son timbre clair et lumineux, ses attaques incisives et perçantes ici, là son son doux et lyrique, repris et soutenu par le second violon inspiré de Lukas Medlam. En charge de l'harmonie, l'alto de Nataliia Kuleba apportait sa sonorité plus profonde et plus chaleureuse. Olya Zukhova au violoncelle touchait le coeur et les sens par le son puissant et résonnant de son instrument et éveillait un large éventail d'émotions, de la mélancolie à la joie. 

Martin Reining était aussi en charge de la communication avec le public qu'il a invité lors des rappels à choisir quelques chants populaires actuels de Noël. Et le public ravi d'entonner un chant soutenu par le public ou de claquer dans les mains pour en accompagner un autre. La musique participait à l'esprit de Noël dans cette église au cadre magnifique dont le décor s'était enrichi de grands sapins illuminés aux boules rouge et or qui flanquaient l'autel du culte divin. 

Alléluia et joyeux  Noël !

Crédit des photos Luc-Henri Roger

mardi 24 décembre 2024

Hänsel und Gretel à la Volksoper de Vienne, une féerie pour petits et grands


Hänsel und Gretel d'Engelbert Humperdinck est, depuis sa création à Weimar le 23 décembre 1893,  l'un des opéras les plus joués dans les pays germanophones au moment des fêtes de fin d'année. Le livret, basé sur le célèbre conte que les frères Grimm publièrent en 1812, a été rédigé par la sœur du compositeur, Adelheid Wette, qui a conservé des passages rimés particulièrement heureux empruntés aux deux collecteurs de contes. Le plus célèbre de ces bouts rimés est celui du grignotage de la maison de la sorcière par les deux enfants. « Knusper, knusper, kneuschen ! | wer knuspert an meinem Häuschen ? » (Qui grignote ma maison ?)  demande la sorcière, ce à quoi les enfants répondent : « Der Wind ! der Wind !das himmlische Kind ! » (C'est le vent, le divin enfant).


La Volksoper de Vienne offre à notre connaissance une des plus belles mises en scène de cet opéra. Elle est due au talent du regretté Karl Dönch (1915-1994), un baryton basse qui fit toute sa carrière à l'opéra, d'abord comme chanteur au Wiener Staatsoper ou au Festival de Salzbourg. puis comme metteur en scène. Il connaissait parfaitement bien l'opéra de Humperdinck pour avoir interprété la sorcière Grignote (une bonne traduction de la Knusperhexe) à partir de 1948 à l'Opéra de Vienne, avant de créer sa mise en scène au Volksoper en 1985. Karl Dönch s'est inspiré de la tradition romantique et a livré une féerie d'une beauté et d'un attrait indémodables. Cela fait près de quarante années que l'Opéra populaire de Vienne fait salle comble avec cette production, attirant un public d'enfants tout aussi fascinés et amusés que leurs aînés. Hänsel und Gretel est sans doute la meilleure initiation qui soit à l'opéra, concurrencée presque en partie égale par la Flûte enchantée de Mozart souvent programmée à la même époque. La Volksoper conseille l'opéra-conte à partir de six ans. 


Les décors de Toni Businger sont des plus réussis. Au premier acte, la pauvre masure du balaitier Peter et de sa femme Gertrude est présentée en coupe transversale, ouverte à tous vents et aux morsures du froid hivernal avec son toit percé et ses carreaux cassés, avec sa huche aussi vide que le ventre des enfants. La maison est en bordure d'une forêt de sinistre réputation car depuis des années des enfants y disparaissent sans laisser de traces. Le décor du deuxième acte représente la forêt enchantée dans laquelle Hänsel et Gretel se sont perdus et ont fini par s'endormir suite à l'intervention du marchand de sable, protégés d'un sort funeste par quatorze anges venus les réconforter. Ils sont réveillés par le marchand de rosée. Pendant l'ouverture du troisième acte, les arbres s'écartent pour laisser s'avancer la maison de la sorcière, dont on ne voit que la façade faite de plaques de pains d'épices, flanquée d'un côté d'un four rougeoyant, de l'autre d'une cage. De  part et d'autre de la maison, des figures de pain d'épices ont la taille d'un enfant, on devine qu'il s'agit des enfants disparus. Par deux fois on assiste au vol de la sorcière juchée sur son balai. Elle effectue un premier vol en fond de scène, puis un vol au-dessus de la fosse d'orchestre. C'est un mannequin de sorcière qui traverse l'avant-scène sur une corde tendue entre deux loges. La suite est bien connue : Gretel contrainte de servir la sorcière parvient à libérer Hänsel, les deux enfants précipitent l'ogresse dans son four, puis désensorcèlent les enfants qui recouvrent la vie, la vue et la liberté. Les costumes sont eux aussi de Toni Businger et tout aussi charmants et traditionnels que ses décors : les femmes et les fillettes en Dirndl, la tenue des paysannes alpines, et les hommes en Tracht, avec, — pauvreté oblige, — des vestes rapiécées pour Peter et son fils.

 

La musique est tout aussi jubilatoire. Engelbert Humberdinck a lui-même commenté son ouverture dans une lettre adressée à Hermann Wette le 16 décembre 1891 : " L'ouverture, qui est devenue une pièce musicale assez longue, une sorte de prologue symphonique que l'on pourrait intituler « La vie des enfants ». Elle commence par le choral de l'ange gardien, interprété par des cors, puis passe à « Hokus pokus », qui doit à son tour céder la place à la mélodie « Die Englein haben's uns im Traum gesagt's » (Les petits anges nous l'ont dit dans notre rêve), à laquelle succède maintenant joyeusement « Die Hexerei ist nun vorbei » (La sorcellerie a pris fin) dans un joyeux mi majeur. Puis le choral retentit à nouveau, qui s'associe maintenant de manière organique à la mélodie « Die Englein haben's etc. » et se conclut brillamment par le triomphant « Die Hokus-Pokus-Hexerei ist nun vorbei » en do majeur. C'est un peu bruyant, mais « sunt pueri pueri, pueri puerilia tractant » (les enfants sont une fois des enfants, en tant qu'enfants ils font des choses puériles) et seule la trompette convient à la voix grossière des garçons ».


Après avoir été première cheffe invitée, la cheffe d'orchestre (Kappelmeisterin) Keren Kagarlitsky préside aux destinées musicales de la Volksoper de Vienne depuis le 1er janvier 2024. Sa direction est tout à la fois éloquente, pleine de verve, émouvante et jubilatoire. Les chanteurs et les chanteuses de la troupe sont tous d'excellents comédiens, la mise en scène en exige beaucoup sur le plan du jeu théâtral, ils doivent faire preuve d'une grande expressivité pour dresser des portraits compréhensibles aux traits forcés accessibles au public enfantin, surtout pour les rôles masculins et pour celui de la sorcière, souvent chantée par un homme. Josef Wagner dans le rôle de Peter réussit une belle composition d'un père éméché à son retour du marché où il a, une fois n'est pas coutume, réalisé de belles ventes. Annelie Sophie Müller dresse le portrait d'un Hänsel boute-en-train et effectue quelques belles cabrioles. La jeune soprano Hedwig Ritter apporte les clartés de son soprano pour composer une Gretel attachante et charmante, avec déjà le sens des responsabilités d'une jeune femme. La sorcière Grignote affublée de mains aux doigts surdimensionnés est chantée par Karl-Michael Ebner, un rôle de caractère de fort belle composition auquel il apporte sa voix de ténor très pimentée pour la circonstance. La solide Gertrud de la mezzo-soprano estonienne Annely Peebo est elle aussi de belle facture. 

Les applaudissements et les trépignements enthousiastes et joyeux des enfants dans l'assistance sont la meilleure reconnaissance que pouvait recevoir le travail remarquable de tous ces artistes et de ceux qui les ont préparés et dirigés.

Distribution du 23 décembre 2024

Cheffe d'orchestre Keren Kagarlitsky
Mise en scène Karl Dönch
Décors et costumes Toni Businger
Choeur Andrés García et Brigitte Lehr

Peter, relieur de balais Josef Wagner
Gertrude, sa femme Annely Peebo
Hansel Annelie Sophie Müller
Gretel Hedwig Ritter 
La sorcière Grignote Karl-Michael Ebner 
Le marchand de sable Camila Aguilera Yáñez 
Le marchand de rosée Mira Alkhovik 

Les enfants en pain d'épices Chœur des jeunes de l'Opéra populaire de Vienne

Crédit photographique © Barbara Pálffy/Volksoper Wien

vendredi 13 décembre 2024

Make American Christmas Great Again — Christmas Classics Swing edition — Münchner Rundfunkorchester

Joan Faulkner © Markus Konvalin / Münchner Rundfunkorchester

Le Münchner Rundfunkorchester (l'Orchestre de la radio de Munich) nous a convié à une soirée swingante de chants et de musiques de Noël très américaine. La plupart des chansons et des compositions du programme sont l'œuvre de compositeurs ou de chanteurs nés ou installés aux États-Unis, à l'exception du 4ème mouvement du Lieutenant Kijé que Prokofiev composa en Russie soviétique à son retour d'exil et de la Christmas Overture du britannique Nigel Hess. La direction de l'Orchestre était confiée au chef britannique Wayne Marshall, spécialiste de la musique américaine du 20ème siècle, une direction précise et empreinte d'un grand charisme. La délicieuse Joan Faulkner, originaire de l'Indiana était la star d'une soirée modérée par la ravissante Maren Ulrich, speakerine et modératrice à la radio bavaroise, qui a su présenter le programme de la soirée avec un glamour qui rappelle celui des actrices du cinéma américain des années trente.

À lire le programme, on aurait pu s'attendre à une soirée bon enfant où l'on viendrait entendre les tubes les plus célèbres de la période de l'Avent, ces chansons que la plupart des radios mettent à leur programme et qui finissent par lasser à force de répétitions. Rien de cela ne s'est produit. Ces morceaux de musique que l'on croyait si bien connaître au point de les considérer comme dépassés ou moribonds ont reçu un tout nouvel éclairage parce qu'ils ont été interprétés par un grand orchestre qui comportait pas moins de six percussionnistes, parce que ce grand orchestre compte parmi les meilleurs, parce que la direction a été confiée à un chef talentueux, grand spécialiste de la musique américaine, et enfin parce que Joan Faulkner a une voix d'une beauté telle et une telle présence qu'elle capte l'attention dès les premières notes.

© Capture d'écran sur le site du Münchner Rundfunkorchester


Make American Christmas Great Again. Dans le programme, la rédactrice culturelle Bettina Jech de la radio bavaroise commente que " l'édition de cette année des « Christmas Classics » célèbre la nostalgie musicale du Noël blanc, avec notamment des morceaux qui invitent à une balade dans la neige. Particulièrement joyeuses : les cloches de traîneau de la Troïka de Sergueï Prokofiev, qui transportent de leurs trois chevaux l'ambiance d'un voyage rapide dans le train russe du même nom.  A l'origine, il s'agissait de la première composition de Prokofiev pour un film : la production soviétique Lieutenant Kijé de 1934, un persiflage bizarre sur l'obéissance aux autorités sous le tsar Paul Ier. Prokofiev en a ensuite fait une suite aux sonorités iconiques, aux éléments de pizzicato rapides et à la mélodie d'une vieille chanson populaire russe. Le Polarexpress, qui glisse vers le pôle Nord avec à son bord un petit garçon qui ne veut pas croire à Noël, sonne plutôt comme une magie enchanteresse. Alan Silvestri a misé sur la musique pour l'une des premières productions animées par ordinateur, beaucoup de sons de cordes, des chœurs - et bien sûr des cloches de traîneau. " Toutes ces sonneries, ces bruits de claquements, ces cloches qui tintinnabulent exigeaient la précieuse présence de six percussionnistes, un luxe que nous a offert l'orchestre de la radio bavaroise.


Rien n'est aujourd'hui  moins sûr qu'un Noël blanc, mais l'Angleterre et les États-Unis ont contribué à en créer le mythe musical. Ainsi du « I'm dreaming of a white Christmas. Just like the ones I used to know » que Irving Berlin composa sous les palmiers et le soleil de la Californie alors que sa famille se trouvait à New York. La chanson popularisée par Bing Crosby est l'une des plus commercialisées de par le monde.

Make American Christmas Great Again. Il suffit d'effectuer une petite recherche sur les compositeurs et chansonniers de la soirée pour comprendre que ce MA(C)GA est aux antipodes de celui pour lequel une majorité d'Américains vient de voter. Jule Styne est un Américain d'origine britannique, Alan Silvestri un Américain d'origine italienne, Irving Berlin un Américain d'origine juive russe, José Feliciano un Américain de Porto Rico. C'est une Amérique qui s'est nourrie de l'immigration et qui a accueilli des exilés comme Prokofiev qui a produit ces musiques qui contribuent à la magie de Noël.


Joan Faulkner est considérée comme l'une des plus grandes interprètes européennes de swing, de soul et de jazz. Sa carrière de chanteuse commença fort tôt : elle chanta dès l'âge de trois ans dans la paroisse de son père et prit la direction de la chorale de la paroisse à 14 ans. Ce fut la base de sa carrière, comme elle le souligne : « Les spirituals m'ont appris à exprimer mes sentiments. » En 1978, elle s'installa à Francfort-sur-le-Main où, après s'être produite dans des clubs et des lieux musicaux, elle participa bientôt à des galas aux côtés de stars comme Caterina Valente et Howard Carpendale. Le producteur Frank Farian appréciait ses talents artistiques et la qualifiait de « meilleure chanteuse européenne ». « la meilleure voix noire d'Europe ». En collaboration avec le pianiste de jazz Gusztáv Csík, Joan Faulkner, surnommée « The Voice », a entre-temps développé un nouveau style. Leurs programmes vont du gospel et des spirituals aux chansons de Broadway en passant par le « rhythm and blues », la pop et la soul. 

Joan Faulkner apparaît vêtue de robes de soie de couleurs vives, rouge puis verte, et dont les dessins des broderies évoquent l'Arabie. Sa voix et sa présence sur scène sont un énorme cadeau de Noel pour le public. Tout dans son interprétation est doux et feutré, et tout est authentique. Joan Faulkner visualise ce qu'elle chante et nous partage sa vision. Ses intonations et sa gestuelle, ses regards et ses mimiques nous montrent les mots de ses chansons, et nous font mieux comprendre le monde qu'elle évoque. Elle semble communiquer avec l'univers et nous invite à pénétrer dans sa vision. Et son chant si délicat, si humain, si rempli de tendresse nous fait voir les paysages enneigés, les traineaux qui défilent, la neige qui tombe. (La première photo témoigne du jeu scénique descriptif de la chanteuse).

Le public comblé saluera l'orchestre, le chef et la chanteuse d'une chaleureuse standing ovation. Deux rappels seront encore offerts : Sleigh Ride de Leroy Anderson et  "Silent night".  

Le concert reste disponible sur internet jusqu'au 9 janvier 2025. Cliquer ici pour accéder au site du Münchner Rundfunkorchester.

Programme

Leroy Anderson (1908–1975) „A Christmas Festival“,  ouverture de concert 
Jule Styne (1905–1994) „Let it Snow“ Arr.: Thilo Wolf / Lars J. Lange
Félix Bernard (1897–1944) „Winter Wonderland“ Arr.: Thilo Wolf / Lars J. Lange 
Alan Silvestri (* 1950) „The Polar Express“ Suite / Arr.: Jerry Brubaker, musique de film
Mel Tormé (1925–1999) The Christmas Song („Chestnuts Roasting“) Arr.: Gavin Sutherland 
George David Weiss  (1921–2010) „What a Wonderful World“ Arr.: Tomasz Filipczak 
Nigel Hess  (* 1953) „A Christmas Overture“ 
Serguei Prokofiev (1891–1953) „Lieutenant Kijé“. Symphonische Suite, op. 60 4ème mouvement. Arr.: David Lloyd-Jones  
Hugh Martin (1914–2011) „Have Yourself a Merry Little Christmas“ Arr.: Gavin Sutherland
José Feliciano (* 1945) „Feliz Navidad“ Arr.: Thilo Wolf / Lars J. Lange
Irving Berlin (1888–1989) „White Christmas“ Arr.: Robert Russell Bennett 
Johnny Marks (1909–1985) „Rudolph, the Red-Nosed Reindeer“ Arr.: Richard Hayman

Source : texte largement inspiré du programme.





Standing ovation pour Joan Faulkner très émue 









Autres photos de Luc-Henri Roger 

mardi 10 décembre 2024

Francesco Ivan Ciampa dirige la reprise d'Aida de Verdi à la Bayerische Staatsoper

Elīna Garanča en Amneris

La Bayerische Staatsoper reprend pour quelques représentations l'Aida de Verdi revisitée par Damiano Michieletto, une production qui avait connu sa première en mai 2023 et dont la mise en scène avait été diversement accueillie, dérangeante pour certains et acclamée par d'autres (Voir notre article du 20 mai 2023). On y revient attirés par une distribution des plus prestigieuses et pour revoir une mise en scène dont la détérioration de la situation mondiale confirme la démarche. L'idée maîtresse de Damiano Michieletto était de montrer les conséquences des guerres sur les populations civiles. Une salle de gymnastique bombardée et bientôt envahie par une montagne de cendres accueille des réfugiés, une cérémonie de remise de médailles supposée glorifier les héros donne à voir un sinistre défilé d'éclopés, des vidéos diffusent des gros plans sur des scènes guerrières et sur des blessés.

La note dominante de la soirée réside dans la beauté des voix entendues et dans la force lumineuse de la direction de Francesco Ivan Ciampa, un chef verdien acclamé dans les salles italiennes que l'on avait pu apprécier l'été dernier lors de la reprise du Trovatore, l'opéra qui l'avait fait découvrir au public munichois en 2020, et quelques mois plus tôt dans Otello. Le maestro avait dirigé Aida aux arènes de Vérone en 2019. Il nous a offert une direction claire, à la fois vigoureuse et fervente, précise et attentionnée qui met l'orchestre en parfaite symbiose avec la tension dramatique exprimée par les personnages.

Elena Stikhina en Aida

La soprano russe Elena Stikhina donne une interprétation d'une extrême sensibilité au rôle-titre dont elle dépeint les subtiles nuances de la palette émotionnelle avec une authenticité poignante. La beauté de la voix magnifiquement projetée  est portée par une technique superbe et une puissance impressionnante capable de passer toutes les tempêtes orchestrales. Elena Stikina ne recherche jamais l'effet, mais l'expressivité, elle se confond avec son personnage dont elle s'attache à rendre les exaltations et les tourments avec justesse et vérité. Ses piani, ses notes longuement tenues enchantent tout autant que la finesse de ses aigus. 

Elīna Garanča était très attendue en Amnéris, un rôle qu'elle avait toujours voulu chanter et qu'elle considérait comme le "Mont Everest" de sa carrière, un sommet difficilement accessible et enfin vaincu. Pour la mezzo-soprano, les rôles de Kundry et d'Amnéris sont des rôles de la maturité qui demandent une longue préparation, elles les considère comme  le couronnement d'une carrière marquée par un travail intense. (— Elle aurait du faire ses débuts dans le rôle à Las Palmas en mars 2020, mais le covid en avait décidé autrement et la partie fut remise à 2023 où elle interpréta Amnéris à Vienne —). Elīna Garanča s'est attachée à rendre de manière extrêmement fine et raffinée la complexité de ce personnage impulsif qui la fascine depuis le début de son parcours artistique. Elle dresse le portrait musical et scénique d'une femme puissante, sombre, délicate et cruelle. Elle est bouleversante dans sa dernière tentative de ravir le coeur de Radamès ou du moins d'obtenir qu'il ne revoie plus Aida. 

Le ténor arménien Arsen Soghomonyan a donné une interprétation monolithique du rôle de Radamès avec une voix légèrement engorgée au ton métallique. D'une puissance rare et d'un volume imposant, il passe l'orchestre sans problème. Il impressionne par de longues tenues de notes dans l'aigu et de belles descentes dans le grave. Mais il est théâtralement peu impliqué, le jeu scénique est réduit au minimum et donne l'impression d'être figé. Tout au contraire, Erwin Schrott apporte son baryton basse plein de chaleur, sa belle prestance et sa présence irradiante au personnage de Ramfis que la mise en scène érige en rival de Radamès : au plus sombre du dernier épisode du drame, il propose le mariage à la fille de pharaon. Le baryton mongol Amartuvshin Enkhbat donne un Amonasro des plus convaincants avant d'être assassiné d'un coup de révolver par Ramfis. Alexandre Köpeczi qui avait chanté Ramfis en 2023 interprète ici le rôle du roi. Une mention particulière doit être faite pour la magnifique prestation du choeur de l'opéra préparé par Christoph Heil. Élément capital de l'architecture musicale complexe d'Aida, avec les nombreuses subdivisions des pupitres et les relations entre les voix. Chaque pupitre est scindé en groupes bien définis et les voix de ces groupes s'affrontent, se juxtaposent et se répondent. Leur précision et l'unisson sont impeccables. La perfection du  travail choral dans le pianissimo est particulièrement remarquable.

Distribution du 8 décembre 2024

Direction musicale Francesco Ivan Ciampa
Mise en scène Damiano Michieletto
Décors Paolo Fantin
Costumes Carla Teti
Vidéo rocafilm
Chorégraphie Thomas Wilhelm
Lumière Alessandro Carletti
Chœurs Christoph Heil
Dramaturgie Mattia Palma Katharina Ortmann

Amneris Elīna Garanča
Aida Elena Stikhina
Radamès Arsen Soghomonyan
Ramfis Erwin Schrott
Amonasro Amartuvshin Enkhbat
Le roi Alexandre Köpeczi
Un messager Zachary Rioux
Une prêtresse Elene Gvritishvili

Orchestre de l'État de Bavière
Chœur de l'Opéra d'État de Bavière et chœur supplémentaire de l'Opéra d'État de Bavière

Prochaines représentations les 12 et 15 décembre au Théâtre national de Munich.

Crédit photographique © Geoffroy Schied

dimanche 8 décembre 2024

EXCENTRIQUE — ESTHÉTIQUE DE LA LIBERTÉ — Une exposition de la Pinakothek der Moderne à Munich

 


EXCENTRIQUE — ESTHÉTIQUE DE LA LIBERTÉ

Courageuses et libres, pleines d'humour, touchantes ou dérangeantes - les œuvres de 50 artistes internationaux montrent que l'excentricité est bien plus qu'un excès ou une décadence. Elle refuse toute idéologie et constitue ainsi un moteur social pour la liberté et la tolérance. Une centaine d'œuvres, peintures, sculptures, installations, vidéos et design, entre autres, célèbrent la diversité au-delà des normes et des clichés figés. Elles illustrent la perspective de l'« ex centro », le regard porté depuis l'extérieur d'un centre fictif.

L'exposition ECCENTRIC explore les multiples facettes de l'identité et de l'humanité. Les artistes expérimentent les matériaux et les techniques les plus divers. Ils observent et traitent leurs motifs et sujets sous les angles les plus surprenants. Ils déforment, déforment ou liquéfient les figures et les formes, les assemblent en compositions hybrides ou amorphes.

à voir à  la Pinakothek der Moderne de Munich jusqu'au  27.04.2025

Reportage photo























Source du texte : traduction d'un texte de présentation de la Pinakothek der Moderne

Crédit photographique © Marco Pohle

Le Mystère du « Mont Sacré » : L’incroyable histoire du Saint Prépuce d’Andechs et de la petite souris

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