mercredi 19 août 2020

Wagner zoophile — Pages de Gabriel Bernard

Pohl et son Maître en 1865
in Gabriel Bernard, Richard Wagner, son oeuvre, sa vie romanesque et et aventureuse,  Tallandier, 1933

Quatrième partie — Anecdotes et curiosités wagnériennes
CHAPITRE IV  WAGNER ZOOPHILE

Un joli côté du caractère de Wagner. — Wagner aimait les animaux. — Le chien Robber. — Wagner, Minna et Robber en cab. — Sur l'impériale de la diligence. — Misère partagée. — Robber disparaît. — Une sombre journée. — Réapparition symbolique de Robber. —Robber est le héros du « Musicien étranger à Paris » —Encore et toujours l'Anglais — Le testament d'un zoophile. — Le dernier chien de Wagner se précipita dans la tombe du maître, à Bayreuth. — Un rapprochement émouvant. — Le chien Peps et le perroquet Papo. — À Tribschen. — Le danois de Wagner et le carlin de Mme Cosima. — Les soupers de Tribschen. — L'ordonnance du docteur pour chiens ! — Wagner contre la vivisection. — Une lettre ouverte. — La zoophile dans « Parsifal ».

L'un des plus jolis traits du caractère de Wagner, c'est sans contredit sa sympathie agissante pour les animaux. Certains districts de sa personnalité le vouaient a des rancœurs parfois justifiées. Mais la sincérité et la qualité de sa zoophilie sont, à notre sens, des coefficients moraux très importants lorsqu’il s'agit d'apprécier cet homme. Wagner aimait les animaux, non à la manière de ceux qui tirent vanité de la pureté de leur race, mais parce qu'il avait l'intuition de leur sensibilité. Sa tendresse pour ses chiens n'avait rien d'affecté.
Il se sentait en confiance avec les bêtes et il était capable de sacrifices pour elles. Il le fit bien voir à propos de Robber, le grand danois qu'il amena, ainsi que nous l'avons dit, de Riga à Paris, en 1839.
En voyage, le chien lui vaut mille désagréments. A Londres, il lui faut l'installer dans un cab avec Minna et lui-même. L'animal est si grand que sa tête dépasse le bord de la voiture, alors que sa queue et ses pattes de derrière font de même de l'autre côté !... C'est dans cet équipage que Wagner parcourt Londres pour la première fois. Quelques jours après, à Boulogne-sur-Mer, lorsque le compositeur prend la diligence à destination de Paris, l'installation de Robber sur l'impériale a les proportions d'un drame burlesque...
Mais, jusque-là, Wagner ne s'impose que des tracas pour son chien.
À Paris, quand la misère commença de se faire sentir, quand Wagner et sa femme ne purent mettre plus d'un franc à leur principal repas, ils surent toujours réserver la part du grand chien. Leurs amis leur faisaient discrètement comprendre qu'un animal de cette taille et de cet appétit — car il lui fallait une pitance abondante, à Robber ! — était une charge au-dessus de leurs moyens. Mais Wagner ne voulait rien entendre.
Hélas ! un jour, le chien disparut. Sa beauté avait tenté un amateur qui sut l'attirer et le garda. Wagner fut affreusement peiné de la disparition de Robber.
Pour comble de tristesse, il revit son chien quelques mois plus tard, mais ce fut pour le voir disparaître de nouveau et, cette fois, pour toujours...
Cette journée-là, Wagner la classe au nombre des plus sombres qu'il ait vécues. Il était sorti, le matin, pour faire des démarches de première nécessité. Il s'agissait de trouver quelques francs afin de manger. À peine hors de chez lui, Wagner aperçoit Robber !...
En proie à une émotion poignante, il l'appelle et il a la sensation très nette que le chien le reconnaît. Mais l'animal n'ose s'approcher de son ancien maître.
Et Wagner se repent amèrement d'avoir eu la sottise de le corriger autrefois. Il se rend compte que le chien a peur d'être battu. Alors le musicien va à lui, mais l'animal hésite et finit par s'enfuir. Wagner se met à sa poursuite, mais bientôt, il lui faut s'arrêter. Le chien a pris une avance telle que toute chasse devient inutile... Et Wagner, qui voit dans cet incident un symbole douloureux de ses ambitions déçues, reprend ses démarches de solliciteur, lesquelles, ce jour-là, furent toutes vaines.
L'aventure de Robber fit une impression telle sur l'esprit de Wagner qu'il en tira le sujet de la nouvelle publiée dans la Gazette Musicale de Schlesinger, sous le titre de : Un musicien étranger à Paris, — nouvelle qui est mentionnée dans le chapitre de ce livre consacré à Wagner, journaliste.
Nous croyons devoir revenir ici à cette pièce littéraire de Wagner ; le compositeur-écrivain y trouve à propos de son chien des accents d'une singulière intensité.
L'infortuné héros du conte, à la suite de trop longues attentes dans les antichambres, est tombé évanoui, mourant de faim.
« Je te disais donc, raconte-t-il à un ami, que j'avais trébuché sur mon chien. J'ignore combien de temps je restai là, et combien de coups de pied je pus recevoir des allants et venants. Enfin, je fus éveillé par les tendres caresses, par la chaude langue du pauvre animal. Je me relevai et dans un moment lucide, je compris sur-le-champ le devoir qui m'était le plus impérieusement recommandé. Je devais donner à manger à mon chien. Un marchand d'habits intelligent m'offrit quelques sous pour mon mauvais gilet. Mon chien mangea, et je dévorai ce qu'il voulut bien me laisser… »
Puis, l'animal ayant disparu, pris par l'Anglais fatidique, que le héros de Wagner tient pour son mauvais génie et qui a négligé de payer le prix de la bête à son malheureux propriétaire, celui-ci meurt de misère. Dans ses dernières volontés, Wagner fait mêler à son héros le souvenir de son chien et l'essentiel même de son cas :
 « En second lieu, lui fait-il dire, je veux que tu ne maltraites pas mon chien, si jamais tu le rencontres ; car je suppose que le cornet de l'Anglais l'a déjà terriblement puni de son manque de fidélité. — Troisièmement, je veux que le récit de mes souffrances à Paris soit publié, sauf à taire mon nom, pour servir d'avertissement à tous les fous qui me ressemblent... »
Mais le plus poignant, c'est le dénouement de la nouvelle. Wagner décrit le pauvre enterrement du propriétaire du chien, que suivent seulement trois personnes, dont un peintre et un philologue, en lesquels il n'est pas difficile de reconnaître Kietz et Lehrs :
 « Comme nous arrivions sans pompes au cimetière Montmartre, nous remarquâmes un beau chien qui s'approcha de la civière et flaira le cercueil en renâclant avec une curiosité triste et inquiète. Je reconnus l'animal et regardai autour de nous : j'aperçus, fièrement assis à cheval, l'Anglais, qui parut ne rien comprendre à l'étrange préoccupation de son chien qui suivait le cercueil ; il descendit, donna son cheval à garder à son domestique, et nous rejoignit dans cimetière : « Qui enterrez-vous là, monsieur ? dit-il, en s'adressant à moi. — Le maître de votre chien, répondis-je. — Goddam ! s'écria-t-il, il est fort désagréable pour moi que ce gentleman soit mort sans avoir reçu son argent pour le prix de l'animal. Je le lui avais destiné et cherchais une occasion de le lui faire parvenir, quoique le chien hurle pendant mes exercices de musique... »
« Puis il s'en fut et remonta à cheval ; le chien resta près de la fosse, pendant que l'Anglais s'éloignait. »
Ce passage valait d'être cité entièrement, car il prend une signification douloureusement émouvante si l'on songe que, lorsque le corps de Wagner eut été transporté de Venise à Bayreuth pour être inhumé à Wahnfried, le dernier chien que le musicien possédât, en proie à un désespoir atroce, se précipita dans la fosse avant que le cercueil n'y fût descendu, puis demeura longtemps sur la tombe de son maître.
La pauvre bête fut, du reste, enterrée près du tombeau de Wagner.
On a vu qu'au moment de s'enfuir une première fois de Dresde pendant que la révolution ensanglantait la ville, Wagner n'avait eu garde d'oublier son chien Peps.
Peps le suivit en exil, à Zurich, avec Papo.
Papo était un perroquet.
Racontant sa vie, aux environs de 1850, Wagner écrit :
« Nos animaux domestiques, Peps et Papo, contribuèrent d'abord pour leur grande part à l'agrément de notre ménage. Chien et perroquet m'aimaient passionnément, parfois même de façon importune. Peps prétendait avoir sa place derrière moi, sur ma chaise de travail, et Papo m'appelait par mon nom : Richard, lorsque je m'absentais trop longtemps du salon où il se tenait. Quand je ne répondais pas, il arrivait en voletant dans mon cabinet et, posé sur ma table, se mettait à jouer d'une manière inquiétante avec les plumes et le papier. Il était si bien dressé que jamais il ne poussait son cri naturel d'oiseau : on ne l'entendait que parler ou chanter. Dès qu'il percevait mes pas dans l'escalier, il m'accueillait par la marche finale de la Symphonie en ut mineur ou par le commencement de la Huitième Symphonie en fa majeur, ou encore par un des joyeux motifs de l'ouverture de Rienzi.
« Quant à Peps, il était d'une nervosité extraordinaire ; mes anis l'appelaient « Peps », et à certains moments, on ne pouvait lui adresser de paroles affectueuses qu'il ne se mît à gémir et à hurler. Ces animaux remplaçaient les enfants qui nous manquaient, et comme ma femme éprouvait pour eux une tendresse passionnée, ils formaient entre nous un lien et un objet d'intérêts communs. »
Lorsque Papo mourut, Wagner fut profondément chagriné. Il avait entouré la pauvre bête malade des soins les plus attentifs. Sa mort l'assombrit considérablement et il la raconte avec une émotion qui n'a rien d'artificiel.
La sympathie de Wagner pour les bêtes fut toujours si marquée qu'un de ses commentateurs, M. H. de WoIxogen, a pu écrire tout un livre sur : Richard Wagner et les animaux.
À Tribschen, au temps de la gloire de Wagner, les chiens continuent à jouer un rôle important dans son existence. Lisez le récit de la première visite faite par Judith Gauthier [sic] à Wagner.
Le maître est allé à la gare attendre ses visiteurs français, parmi lesquels se trouve Villiers de l'Isle-Adam. Puis, après les avoir conduits à l'hôtel, il est retourné chez lui pour « se préparer à les recevoir ».
Enfin, ils arrivent à Tribschen.
« Nous avançons lentement, émus, recueillis, écrit Mme Judith Gauthier, comme au seuil d'un temple ! On nous a vus, sans doute, car le maître paraît à la porte du salon et descend les marches ; un grand terre-neuve noir bondit près de lui.
« D'un air à la fois cérémonieux et enjoué, Wagner nous fait entrer. Une jeune femme, grande, mince, d'un visage noble et distingué, aux yeux bleus, au frais sourire, sous une magnifique chevelure blonde, est debout au milieu du salon, entourée de quatre fillettes, dont une toute petite.
« — Madame de Bülow, qui a bien voulu venir me voir avec ses enfants, dit le maître.
« Après un échange de sympathiques poignées de mains, elle nous dit les noms des enfants, qui lèvent sur nous de grands yeux ébahis : Senta, Elisabeth, Isolde et Eva. — Nous reconnûmes dans le choix de ces marraines, toutes prises parmi les héroïnes de Wagner, un enthousiasme fanatique pareil au nôtre, qui chassa entre cette mère charmante et nous, toute gêne.
« On nous présenta ensuite les chiens ; le grand terre-neuve, Rouzemouk — « Russ », dans l'intimité — et Cos, un carlin gris fer appartenant à Mme de Bülow.
« — Je m'appelle Cosima, nous dit-elle, et, dans mon entourage, on avait pris la mauvaise habitude, qui m'horripilait, de m'appeler « Cos ». J'ai donné ce nom à mon chien, et, depuis, on n'ose plus m'appeler autrement que Cosima… »
Et plus loin :
« Tous les soirs, à huit heures, — nous avions eu beau nous en défendre, honteux vraiment d'une telle perturbation provoquée dans le régime de Tribschen, — tous les soirs, à huit heures, la porte du salon s'ouvrait et Jacob annonçait le souper.
La salle à manger, assez petite, était étroite ; la table en forme de carré long, l'emplissait presque ; Wagner se plaçait à l'un des bouts.
« Le souper se composait de viandes froides, de salaisons, de gâteaux et de fruits, et le Maître aimait à y joindre du champagne « de son ami Chandon », qu'il fallait boire sans scrupule, disait-il, car il en recevait en cadeau, de son admirateur français, plus qu'il n'en pouvait consommer.
« ...On s'attardait à causer. La parole du Maître, violente, joyeuse, passionnée, toujours sincère, produisait sur nous une impression intense, pour ainsi dire : magnétique. Nous passions par tous les états qu'elle décrivait : enthousiasme, indignation, désespoir... »
Mais voilà que les bêtes reparaissent :
« ...Le carlin Cos, ayant la peau un peu irritée, était au régime : on lui avait interdit la viande. Si, cédant à ses instantes sollicitations, un des convives lui en glissait un petit morceau, Wagner s'arrêtait au milieu de n'importe quel discours et rappelait avec véhémence le décret du docteur pour chiens... Et c'était admirable, cette préoccupation attentive, dont rien ne le distrayait elle nous révélait chez cet être prodigieux, à la personnalité dévorante, une infinie bonté, un altruisme sans limites. »
Plus tard, l'attention de Wagner fut attirée sur les atrocités de la vivisection, cette pratique pseudo-scientifique qui n'a jamais servi la science, mais qui a fait dans le peuple des bêtes inoffensives des myriades de martyrs.
En 1879, Wagner adressa à M. Ernst von Weber, auteur des Chambres de torture de la science, une admirable lettre ouverte, dans laquelle ses sentiments zoophiles sont exprimés avec une élévation telle qu'on peut classer cet écrit parmi les meilleures productions extra-musicales du maître. Pour parler des animaux, Wagner se place sur le terrain de la sensibilité et de la morale supérieure ; et il répudie les arguments utilitaires si absolument qu'il croit devoir dire qu'il a refusé de faire partie de sociétés protectrices des animaux, uniquement parce que leur propagande en 'appelle à l'intérêt des gens pour protéger les bêtes.
Cette lettre a été opportunément traduite en français par les soins de MM. J.-G. Prod'homme et le docteur Fritz Holl (1). En voici l'éloquente conclusion :
 « Notre conclusion, au point de vue de la dignité humaine, est que celle-ci ne se manifeste que là où l'homme peut se différencier de l'animal par la pitié qu'il aurait même pour l'animal, car nous pouvons apprendre de l'animal la pitié à l'égard de l'homme, dès que l'animal est traité raisonnablement et avec humanité.
« Si cette conclusion faisait rire de nous, et si nos intellectuels nationaux devaient nous rejeter ; si la vivisection continuait à prospérer en public et en particulier, nous devrions cela de bon à ses défenseurs que nous quitterions volontiers et de bon cœur ce monde où un chien ne pourrait plus continuer à vivre », même si l'on ne nous joue pas un Requiem allemand.
« Bayreuth, octobre 1879.
« RICHARD WAGNER. »
(1)   L'Antivivisection, numéro de mai 1913.
L'un des traducteurs de cette lettre, M. J.-G. Prod'-homme, a publié dans la même revue un intéressant article intitulé : « Richard Wagner, antivivisectionniste », par lequel il s'attache à montrer Wagner zoophile non seulement dans sa vie, mais encore dans ses œuvres.
Et, de fait, pour ne parler que de Parsifal, n'est-ce pas l'épisode du cygne percé par la flèche de l'adolescent, au premier acte, qui détermine chez le « chaste fou » l'initiale manifestation de la Pitié, élément primordial de tout le drame ?

mardi 18 août 2020

Balzac avait prévu Wagner — Pages de Gabriel Bernard.

Au Dr Pascal Bouteldja, 
éminent wagnérien et balzacien passionné,
 en hommage affectionné



On doit à Gabriel Bernard (1874-1934), qui fut surtout célèbre pour ses romans d'espionnage, deux monographies consacrées à Richard Wagner : il publia d'abord Le Wagner de Parsifal (A. Méricant, 1914), qu'il revit et corrigea en 1933 sous le titre Richard Wagner. Sa vie romanesque et aventureuse (Tallandier, 1933)C'est à ce second livre que nous empruntons le chapitre intitulé Balzac revu par Wagner.

Dans ce chapitre, G. Bernard nous apprend, par des propos rapportés de Judith Gautier, que Wagner possédait des oeuvres de Balzac dans sa bibliothèque de Tribschen. Les époux Mendès avaient rendu visite au Maître à l'été 1869. Judith Gautier apprend aussi à Gabriel Bernard que Wagner désignait Balzac en modifiant son prénom : Homère de Balzac. La relation que donne Gabriel Bernard de cette conversation est partiellement confirmée par un article que publia l'épouse de Catulle Mendès dans le journal La Liberté du 26 mars.Elle y faisait le compte-rendu du premier Lohengrin en français créé à la Monnaie de Bruxelles. À l'entame de l'article elle reproduit une citation musicale extraite de la Duchesse de Langeais d "Homère de Balzac, comme l'appelle Richard Wagner...". Son mari d'alors, Catulle Mendès, cite lui aussi à divers endroits ce surnom d'Homère de Balzac.

La comparaison entre la Comédie humaine et l'oeuvre d'Homère est courante au 19ème siècle : Balzac est l'Homère des temps modernes, lit-on fréquemment alors, notamment dans les écrits de Baudelaire. La veuve de Catulle Mendès, Madame Jane Catulle-Mendès, évoque le moment de la création de ce surnom dans un article qu'elle publia dans le Journal des Mutilés du 2 décembre 1934 : " M. Orphée de Banville, écrivit un jour, au poète des Odes funambulesques, l'auteur d'Eugénie GrandetM. Homère de Balzac , répondit Banville. "

C'est donc Balzac lui-même qui serait le responsable indirect de son propre surnom. Provoquant gentiment Banville en le prénommant Orphée, il se serait vu renvoyer l'ascenseur en se faisant prénommer Homère. Cet échange de  bons mots avait dû circuler, et nous supposons que Wagner en avait eu l'écho et s'était amusé à le répéter.

Mais revenons au texte de Gabriel Bernard, qui présente fort joliment les parallélismes troublants entre le personnage de Gambara, le musicien héros de la nouvelle éponyme de Balzac et celui de Wagner :

BALZAC AVAIT PRÉVU WAGNER 

Wagner avait lu Balzac. — Un mot admirable. — Divination balzacienne. — Une création prodigieuse : Gambara— La parenté de Gambara et de Wagner. —Le sujet de la nouvelle. —Un régénérateur du théâtre musical. — La Trilogie de Gambara et la Tétralogie de Wagner. — Les Martyrs, Mahomet, Jérusalem délivrée. — Gambara est son propre librettiste. — Analogies troublantes. — L'antithèse de la littérature et de la vie. — Déchéance dans la fiction, gloire dans la réalité. — Encore Meyerbeer !

Au cours d'un entretien avec Mme Judith Gautier, nous eûmes la curiosité de demander à notre émi-nente interlocutrice, qui fut, on le sait, une familière de Tribschen et de Wahnfried, et dont Siegfried Wagner était le filleul, si Richard Wagner avait lu Balzac et si l'auteur de Parsifal avait aimé le génie de l'auteur de la Comédie Humaine. 

— Wagner, nous répondit Mme Judith Gautier, avait à Bayreuth, dans sa résidence de Wahnfried, une bibliothèque magnifique, et, en bonne place, on y voyait les œuvres de Balzac. Le nom de Balzac  se répétait en lettres d'or sur le dos de chaque volume et l'étroitesse de ce dos avait obligé le relieur à l'abréviation usuelle du prénom ; on lisait :« H. de Balzac ». Or, un jour, comme Ia conversation était
venue sur l'auteur du Père Goriot et de Séraphita, Wagner se leva, prit un volume et, désignant l'initiale du prénom,  la traduisit ainsi: Homère de Balzac !

Homère de Balzac ! Le mot n'est-il pas admirable ? Tout commentaire l'affaiblirait.

Bien que nous ne nous souvenions pas d'avoir vu de nom de Balzac figurer dans les nombreux écrits de Wagner, pas même dans Ma Vie, il est plausible de supposer que le compositeur lut ses œuvres maîtresses. On ne voit pas Wagner admirant de confiance un écrivain, que qu'il fût. Son Homère de Balzac traduisait un enthousiasme authentique.

Si Richard Wagner, en appelant Balzac Homère, entendait lui rendre un suprême hommage d'admiration, Balzac, sans le connaître, — puisque le fait que nous allons rapporter est antérieur au premier séjour du musicien à Paris, — avait prévu Wagner.

Oui, au nombre des immortelles créations de Balzac, figure un type qui est évidemment moins connu que Nucingen, Rastignac ou Vautrin, mais qui n'en est pas moins l'une des plus ſortes entités balzaciennes et dont les traits de ressemblance avec Richard Wagner sont troublants. Ce personnage, Balzac ne le conduit pas à la gloire ; tout au contraire, les faits de son histoire l'entraînent à une lamentable déchéance, et l'écrivain l'a pourvu de tares terribles ; ce personnage, il I'a fait italien au lieu de l'imaginer allemand ; mais il l'a voulu génialement novateur, et novateur dans le sens de Wagner : ce personnage, c'est Gambara.

Gambara est le héros d'une nouvelle relativement peu connue de Balzac. 

Elle date de 1837, c'est-à-dire de deux ans avant le premier séjour de Wagner à Paris. Or, dès ce temps, Balzac invente un musicien génial, portant en lui la vision d'un art musical régénéré, venant d'Italie à Paris sans ressources, avec sa jeune femme, et tentant de se réaliser puis de s'imposer au public français. La rencontre n'est-elle pas frappante ? 

À mesure que l'on avance dans le récit, la divination de Balzac apparaît plus étonnante encore. 

Ce Gambara est une création prodigieuse. En ce pauvre raté italien à qui la surexcitation de l'alcool est indispensable pour produire, Balzac a voulu personnifier le précurseur de l'évolution musicale du siècle. Comme Wagner, mais beaucoup plus pauvrement, Gambara est un « enfant de la balle ». Il a erré de théâtre en théâtre pour gagner sa vie. Il a été tour à tour choriste, machiniste et réparateur d'instruments de musique. Malgré cette condition misérable, il a « étudié la musique dans tous ses effets ». Et, s'adressant au comte Andrea Marcosini, auditeur d'autant plus complaisant qu'il convoite la femme du malheureux musicien, Gambara lui confie : 

« Tantôt bien accueilli, tantôt chassé pour ma misère, je ne perdais point courage ; j'écoutais les voix intérieures qui m'annonçaient la gloire ! La musique me paraissait être dans l'enfance. Cette opinion, je l'ai conservée. Tout ce qui nous reste du monde musical antérieur au XVIIe siècle m'a prouvé que les anciens auteurs n'ont connu que la mélodie ; ils ignoraient l'harmonie et ses immenses ressources. La musique est à la fois une science et un art. » 

Ce sont encore, dans la bouche de Gambara, des aphorismes tels que ceux-ci :

« En musique, les instruments font l'office des couleurs qu'emploie le peintre... » 

« Ce qui étend la science étend l'art...» 

Et aussi des aperçus d'une remarquable justesse sur Haydn, Mozart, Beethoven, Rossini, sur l'essence de la musique italienne et celle de la musique allemande. Le tout agrémenté de parenthèses philosophiques et scientifiques décelant un esprit qui tend à l'universalité. 

Bref, la personnalité de Gambara s'amplifie rapidement jusqu'à devenir un type inoubliable, dont la grandeur et la noblesse contrastent autant avec son propre extérieur et le vice dégradant que Balzaç lui prête — l'intempérance — qu'avec le décor de la scène.

La conversation a lieu dans une effroyable gargote située au cœur du labyrinthe des ruelles sordides qui avoisinaient alors le Palais-Royal. Ce restaurant (!) est tenu par un cuisinier napolitain de proportions épiques, il signor Giardini, et fréquenté par des réfugiés italiens. Et c'est dans un garni attenant à l'établissernent Giardini que Gambara révèle au comte Andrea la nouveauté de son art. 

Après s'être avéré toujours comme Wagner infiniment plus cultivé que ne le sont les compositeurs de son temps et capable de concevoir une forme d'art où la musique soit solidaire des autres moyens d'expression, Gambara explique à son interlocuteur qu'il a conçu un ensemble de trois opéras, une trilogie ! Et, pour réaliser cette oeuvre immense, il fallait qu'il fût son propre librettiste !... 

Gambara s'apprête à faire entendre au comte Andrea, sur son piano, le deuxième opéra de sa trilogie. Auparavant il expose son sujet :

" ... je  devais donc, dit-il, trouver un cadre immense où puissent tenir les effets et les causes, car ma musique a pour but d'offrir une peinture de la vie des nations prise à son point de vue le plus élevé. 

" Mon opéra, dont le libretto a été composé par moi, car un poète n'en eût jamais développé le sujet, embrasse la vie de Mahomet, — personnage en qui les magies de l'antique sabéisme et la poésie orientale de la religion juive se sont réunies, pour produire un des plus grands poèmes humains, la domination des Arabes. 

" Certes, Mahomet a emprunté aux juifs l'idée du gouvernement absolu, et aux religions pastorales ou sabéiques le mouvement progressif qui a créé le brillant empire des califes. Sa destinée était écrite dans sa naissance même; il eut pour père un païen et pour mère une juive. 

Ah ! pour être grand musicien, mon cher comte, il faut être aussi très savant. Sans instruction, point de couleur locale, point d'idées dans la musique. Le compositeur qui chante pour chanter est un artisan et non un artiste. 

" Ce magnifique opéra continue la grande oeuvre que j'avais entreprise. Mon premier opéra s'appelait Les Martyrs, et j'en dois faire un troisième de la Jérusalem délivrée. Vous saisissez la beauté de cette triple composition et ses ressources si diverses : Les Martyrs, Mahomet, La Jérusalem ! Le Dieu de l'Occident, celui de l'Orient, et la lutte de leurs religions autour d'un tombeau. » 

On ne peut pas ne pas admirer Balzac campant un personnage imaginaire tel que Gambara longtemps avant que Wagner entrevoie sa Tétralogie. 

Le héros de Balzac finit de la façon la plus lamentable. Il sombre dans l'alcoolisme et devient chanteur des rues... » 

Il n'en demeure pas moins que Balzac l'a montré détenant la possibilité d'une régénération de la musique dramatique, et que cette trilogie des Martyrs, de Mahomet et de Jérusalem, instaurant théoriquement le théâtre d'idées en musique, est singulièrement proche du drame au sens où Wagner entendait ce mot. 

Balzac aurait pu nous montrer un Gambara, réussissant à se réaliser et dominant son époque, mais cela n'eût rien ajouté à la portée du personnage ; et le dénouement de la nouvelle témoigne, à notre avis, d'un art, supérieur. 

Il est un épisode de Gambara que nous n'eussions peut-être pas songé à mentionner, s'il ne s'imposait ici par relativité : 

On a vu, dans le chapitre précédent, que Spencer fit de Meyerbeer un éloge dont les termes eussent merveilleusement convenu à Wagner ; or, Balzac, dans la dernière partie de Gambara, est amené à donner une analyse enthousiaste de Robert-le-Diable, du même Meyerbeer. Wagner, qui crut si souvent voir la main de Meyerbeer dans les résistances rencontrées par ses oeuvre, n'eût-il pas reconnu là une mystification de la fatalité, de cette fatalité qu'il accusait de le vouer aux conjonctures extraordinaires ? 

lundi 17 août 2020

Le cygne de Lohengrin au regard d'Angelo de Gubernatis

Angelo de Gubernatis
L'écrivain, philologue et orientaliste italien Angelo de Gubernatis (1840-1913) s'était intéressé à la littérature, à la mythologie et à la spiritualié orientales. Ses travaux sur l’Orient incluent la Piccola enciclopedia indiana (Petite encyclopédie indienne, 1867), les Fonti vediche (Sources védiques, en 1868), une étude de la zoologie mythologique (1872) (1),  puis une autre sur la flore dans la mythologie (1878). 

Angelo de Gubernatis assista au premier Lohengrin italien qui fut donné à Florence en 1872 sous la direction enthousiaste du maestro Mariani, précisément l'année où il édita sa Mythologie Zoologique, ou Les Légendes animales. Lors de cette représentation, il fut frappé de la profonde interprétation qu'avait donnée Richard Wagner de la légende du cygne et voulut la communiquer au maître : « J'allais, écrit-il, d'admiration en admiration. La représentation terminée je sentis le besoin d'exhaler mon enthousiasme et j'écrivis au Maître une lettre vibrante. Il savait qui j'étais, par Cosima, fille de la comtesse d'Agoult, ma grande et vénérée amie, et il me répondit [en français] dans les termes que voici : 

« Monsieur,

« La lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser et que vous avez eu la bonté de m'envoyer, compte au premier rang parmi les témoignages de bienveillante sympathie qui font de la représentation de mon Lohengrin en Italie un des événements les plus remarquables de ma vie d'artiste.
« Certes, il ne saurait y avoir pour le poète de plus noble rémunération que celle de l'écho que sa pensée éveille, et quand cet écho lui vient de la pensée du savant d'un pays qui nous semble la patrie de la Beauté, il a lieu d'être fier et reconnaissant.
« C'est dans ce sentiment de fière gratitude, que je vous écris. Monsieur, et que je vous remercie. Votre lettre a été pour moi comme le premier gage de cette union à laquelle je fais appel, et je vous avoue que la branche scientifique à laquelle vous vous êtes voué rehausse encore à mes yeux le prix de vos remarquables paroles. Depuis longtemps l'étude de la philosophie et de la poésie de l'Inde compte parmi l'édification intellectuelle de ma vie, et si je nomme l'Italie la patrie de la Beauté, je vois et je révère dans l'Inde la mère de la sagesse humaine.
« D'aucune part il ne pouvait donc m'être plus doux et plus flatteur de voir mon Lohengrin entendu et accueilli avec sagacité et bienveillance, que la vôtre, Monsieur, et si mon poème musical vous a fait et vous fait encore songer, votre lettre m'a porté aux méditations les plus sérieuses et les plus consolantes.
« Mais ce qui a donné un prix tout particulier à la belle impression que mon oeuvre a eu l'honneur de vous faire, c'est le sentiment très juste qu'elle ne devrait point apparaître sur les scènes auxquelles nous nous sommes accoutumés, et qu'avec un tact judicieux que j'ai rarement rencontré, vous réclamez une réforme du théâtre correspondant à la réforme de l'opéra. Le temps que je n'ai pas consacré à mes conceptions artistiques je l'ai voué à cette pensée, qui a dirigé toute mon activité au dehors, et je me vois sur le point d'ériger avec le concours de mes amis, dans une petite ville d'Allemagne, le théâtre sur lequel n'auront lieu que des représentations annuelles devant un public convié, et où j'espère voir se fonder le style dramatique allemand.
« Vous jugez par là, Monsieur, de la joie profonde que m'ont causée vos lignes qui m'ont témoigné d'une si intelligente et si bienveillante divination de ma vocation, et c'est en me sentant très honoré de votre sympathie que je me permets de vous serrer la main, en vous priant de croire aux sentiments'de reconnaissance et de considération avec lesquels je suis, Monsieur,

Votre très dévoué

RICHARD WAGNER.

Nous avons été chercher dans la Mythologie zoologique le passage concernant le mythe Lohengrin, essayant d'imaginer ce que Gubernatis avait bien pu écrire dans sa lettre à Wagner. Voici ce texte étonnant, qui apporte un éclairage particulier d'une part à la signification et à la portée mythique de la transformation du frère d'Elsa en cygne, d'autre part à la nécessaire séparation de Lohengrin avec Elsa. Lohengrin doit partir non seulement parce qu'Elsa a rompu le serment qui lui avait été imposé ("Nie sollst du mich befragen "), mais encore parce qu'il connaît le secret du cygne et de sa libération. Voici l'extrait :

[...] Quand le héros, ou l’héroïne, se change en oiseau aquatique (2), quand il devient un cygne, qu’il est conduit par un cygne ou qu’il monte un cygne, c’est l’indication qu’il traverse la mer de la mort et qu’il retourne au royaume du Saint-Graal. Lorsqu’il s’avance sur le cygne à la rencontre de la belle fille, nul ne doit lui demander d’où il vient. Le cygne l’attend et veut le soumettre une fois de plus à son pouvoir magique et l’entraîner dans son royaume obscur, dès que le vivant se rappelle ce royaume. L’imagination des nations celtiques et germaniques a entouré d’un mystère solennel, d’un cycle de légendes nombreuses et fascinantes, ce mythe auquel la musique inspirée et classique de Richard Wagner a donné dans Lohengrin une magie nouvelle et pleine de charme. Lohengrin, le recens natus, le héros né spontanément, arrive dans un bateau conduit par un cygne, en qui une sorcière a changé le jeune frère d’Elsa; il vient délivrer la princesse Elsa et est sur le point de l’épouser, mais il n’oublie pas que, plus il restera avec elle, plus durera le supplice de son frère et plus longtemps il aura à souffrir sous la forme d’un cygne ; malheur à lui si quelqu’un lui demande qui il est, d’où il est venu, ou bien quel est ce cygne, car il serait obligé alors de se rappeler que l’oiseau attend qu’il le délivre. Lohengrin doit renoncer à son amour pour Elsa, ou trahir sa foi chevaleresque à l'égard du cygne, dont il connaît la mystérieuse nature; il donne un adieu funèbre à son amante, la réunit à son jeune frère et disparaît tristement sur les eaux obscures dont les profondeurs éclairées de la lune ont vu son arrivée. Nous avons là la légende des deux frères, dont le génie du Nord a développé à son plus haut degré la poésie et l’idéal. Le soleil et la lune se montrent chacun à son tour avant l'aurore et avant le printemps. Les deux astres sont séparés et l’un effectue la délivrance de l’autre, dans les légendes inspirées par le bon génie de l’homme, de même que celui-ci persécute et trompe celui-là , dans celles qui sont dues à son mauvais génie. Nous voyons déjà, dans les hymnes védiques, les Açvins (3), les divins jumeaux, conduits par des cygnes, s’identifier tantôt aux crépuscules et tantôt au soleil et à la lune; Lohengrin est le soleil ; le frère d’Elsa est la lune. Quand l’aurore du soir, quand la terre dans la saison d’automne, perd le soleil, l’une et l’autre retrouvent la lune; quand l’aurore du matin, ou la terre au printemps, perd la lune, le soleil prend sa place ; les amants changent de situation. L’un des cygnes cause la naissance de l’autre, porte l’autre, meurt pour l’autre, comme la colombe agit à l’égard de sa compagne, et comme les Dioscures donnent leur vie l’un pour l’autre. La légende des Dioscures est, en effet, en merveilleux accord, à quelques égards, avec les légendes des peuples du Nord sur le cavalier dont le cygne est le coursier. Zeus se change en cygne et s’unit à Léda, femme de Tyndare, qui donne naissance au soleil et à la lune, à Polydeucos et à Hélène ; d’après Homère, Hélène seule est fille de Zeus, tandis que Polydeucos et Castor sont fils de Tyndare ; d’après Hérodote, Hélène, au contraire, est la fille de Tyndare et, en cela, il est d’accord avec Euripide qui nous dit que les Dioscures sont fils de Zeus. Dans les Héroïdes d’Ovide, où la tradition primitive s’est déjà altérée, Léda, après s’être unie à Zeus qui a pris la forme de cygne, donne naissance à deux œufs ; Hélène sort de l’un d’eux ; Castor et Pollux sortent de l’autre. Il y a évidemment ici tot capita tot sententiae (4), mais ces contradictions, loin d’exclure le mythe du soleil, de la lune et de l’aurore (ou du printemps), le confirment. Il est toujours difficile de déterminer la paternité d’un enfant issu d’une union irrégulière, et la naissance d'Hélène et de ses deux frères était certainement étrange. L’important, ici, c’est que nous avons le cygne qui donne des fils à Léda; ces fils, qui tiennent de la nature de l’oiseau et de celle de la femme, doivent prendre une double forme : tantôt ils deviennent des cygnes comme leur père, et tantôt ils ont tout l’éclat de la beauté de leur mère; si nous réfléchissons, en outre, qu’un seul des frères était, avec Hélène, l’enfant du cygne, il devient naturel de penser que l’autre frère peut aimer Hélène sans se rendre coupable d’inceste Avant de devenir célèbre par les vicissitudes de la guerre de Troie, Hélène, étant jeune fille, avait eu des aventures; Thésée l’avait séduite et enlevée. Les Dioscures viennent la délivrer, comme Lohengrin accourt sur le cygne pour délivrer Elsa, au moment où son séducteur est sur le point, de consommer sa perte. Enfin, les aventures des deux Dioscures, dont l’un se sacrifie pour l’autre, correspondent à la légende du Schwanritter, le frère, ou le beau-frère, qui offre sa vie pour le cygne. Ainsi, l’Inde, la Grèce et l’Allemagne combinèrent, de différentes manières, l’image du cygne avec la légende des deux frères, ou des deux compagnons. L'Inde a créé le mythe, la Grèce l’a orné de couleurs et l’Allemagne lui a infusé l’énergie et la passion.

(1) Angelo de Gubernatis Mythologie Zoologique, ou Les Légendes animales, trad. de l'anglais par Paul Regnaud, Paris, A. Durand et Pedone-Lauriel, 2 vol.
(2) Dans les Eddas, quand le héros Sigurd expire, les oies pleurent sa mort.
(3) Açvins ou Ashvins, les divins jumeaux de l'hindouisme primitif, qui guérissent les maladies.
(4) Peut se traduire littéralement par autant d'hommes, autant de sentiments ou les tempéraments ne sont pas tous les mêmes.

samedi 25 juillet 2020

Wagner Denkmal Bad Reichenhall — Le monument à Wagner à Bad Reichenhall

Angerer der Jüngere
© Dr Claudia Sussmann
Au milieu d'août 1861, en compagnie de Blandine et d'Emile Ollivier, Richard Wagner était allé voir à Reichenhall Cosima qui était souffrante. « Je pris congé de mes amis, a-t-il écrit, dans le corridor de la maison, et, en partant, je rencontrai un étrange regard de Cosima. où il me sembla lire une craintive et ardente question. "

Plus tard, dans une lettre non datée adressée de Reichenhall à la comtesse de Waldeck, il évoque une promenade dans les environs de Bad Reichenhall : "...je travaille peu. Dans la matinée, j’aime à me promener dans les allées sinueuses du bois qui sépare Reichenhall du petit village de Nonn. Dans ce village, il y a une église entourée d’un cimetière. Je m’assieds sur le petit mur et je passe souvent plus d’une heure à regarder les montagnes. Quel air pur et vivifiant ! "

Richard Wagner und Reichenhall (aus Bad Reichenhall Wiki)

Seit Bayerns König Max II. im Jahr 1848 das damals noch junge Heilbad Reichenhall durch einen fünfwöchigen Kuraufenthalt geehrt hatte, zog es immer wieder illustre Besucher in den seinerzeit aufstrebenden, am Ende des Jahrhunderts zum mondänen „Weltbad“ avancierten Kurort. Zu der Vielzahl der berühmten Gäste Reichenhalls zählte auch der Komponist Richard Wagner, welcher der Stadt einen zwar nur flüchtigen zweitägigen, für ihn aber dennoch erinnerungswerten Besuch abstattete.

Im August 1861 kam es in Reichenhall zu einer Begegnung des damals bereits europaweit bekannten Komponisten mit Cosima, der Ehefrau des Dirigenten Hans von Bülow, die sich nach der Geburt ihrer ersten Tochter zur Erholung in der nahe Reichenhall gelegenen Seebachmühle in Karlstein aufhielt. Wagner war in Begleitung seines französischen Freundes Emile Ollivier und dessen Ehefrau Blandine, einer Schwester Cosimas, die wohl in Sorge um deren Gesundheitszustand die Reise nach Reichenhall angeregt hatte. (Erwähnt sei hier auch, dass Wagners Begleiter Ollivier, später Ministerpräsident unter Napoleon III., im Juli 1870 für die Kriegserklärung Frankreichs an Preußen verantwortlich war.) Bei jener zweitägigen Reichenhaller Begegnung war Cosima für den Komponisten allerdings keine Unbekannte; denn bereits 1853 hatte der 24 Jahre ältere Wagner die damals 16-jährige Cosima im Haus ihres Vaters, des Klaviervirtuosen Franz Liszt, kennengelernt. Doch dürfte während der kurzen sommerlichen Reichenhall-Visite – so viel ist jedenfalls der Autobiografie des Komponisten zu entnehmen – Wagners erstes, wenngleich damals noch zurückhaltendes Interesse an Cosima erwacht sein, mit der er zwei Jahre später eine dramatische, jedoch von der Gesellschaft zunächst geschmähte Liebesaffäre beginnen sollte. Jene in Reichenhall „so anmutig unterbrochene Reise“, die Wagner von dort nach Salzburg und dann nach Wien weiterführte, blieb in seiner Erinnerung lebendig. Noch 17 Jahre später, als Cosima längst Richard Wagners Ehefrau war, notierte diese in ihr Tagebuch: „Nach Tisch gedachte R. unserer Begegnung in Reichenhall, unseres Abschieds, ‚du immer mit gesenktem Blick!‘“

Wagner kam kein zweites Mal nach Reichenhall. Doch sollte die Uraufführung seiner in München mit Spannung erwarteten Oper „Tristan und Isolde“ vier Jahre später dank eines Reichenhaller Kuraufenthalts gerettet werden. In einer der letzten Proben vor der geplanten Aufführung versagten aufgrund einer Heiserkeitsattacke die stimmlichen Kräfte Malvine Schnorr von Carolsfelds, der Sängerin der Titelpartie. Die Premiere musste verschoben werden und um ihre Stimme wiederherzustellen, begab sich Malvine samt Ehemann Ludwig, dem Sänger des Tristan, im Mai 1865 ins damals bereits renommierte Heilbad Reichenhall. Schon wenige Wochen später fand Malvine Schnorr dank der hiesigen Kur zu ihren einstigen sängerischen Glanzleistungen zurück, sodass sich am 10. Juni 1865 im Münchener Nationaltheater endlich der Vorhang über der unter dem Dirigat Hans von Bülows stehenden Oper „Tristan und Isolde“ erheben konnte.

Doch Wagners Verbindungen zu Reichenhall rissen damit nicht ab. Im November 1871 erfolgte vom Magistrat der Stadt das Angebot an den illustren Komponisten, ihm nahe der Stadt einen Bauplatz für die Errichtung seines lange geplanten Festspielhauses zur Verfügung zu stellen. Dieses Angebot vonseiten der Reichenhaller Stadtväter geschah zu einem Zeitpunkt, als sich neben Bayreuth, der Stadt, auf die Wagners endgültige Wahl fallen sollte, auch noch einige andere Orte, wie etwa Darmstadt oder Baden-Baden, mit einer solchen Offerte an Wagner richteten. Reichenhall konnte immerhin mit einigen Vorzügen punkten, die in Wagners Augen für die Errichtung eines Festspielhauses wesentlich waren: An einer exponierten, der urbanen Hektik entrückten Stelle sollte sein Theater entstehen – mündlichen Überlieferungen zufolge dürfte es die Anhöhe von Nonn gewesen sein, die dem Reichenhaller Magistrat für das erhoffte, Tourismus und Prestige fördernde Wagner-Projekt vorschwebte – und es sollte sich zudem, was ebenfalls für Reichenhall sprach, in einer kleinen Provinzstadt im Königreich Bayern befinden. Doch Wagners Entscheidung fiel auf Bayreuth, dem Magistrat der Stadt Reichenhall erteilte er eine Absage. Nach seinen eigenen Aussagen befürchtete der Komponist, das an die seichte Unterhaltungsmusik der täglichen Kurkonzerte gewöhnte Badepublikum eines inzwischen doch recht mondänen Kurortes sei wohl nicht die geeignete Zuhörerschaft für seine dramatischen Bühnenwerke.

Wäre Richard Wagner damals auf den ehrgeizigen Vorschlag des Reichenhaller Magistrats eingegangen, der dem Komponisten sogar zusätzlich anbot, das für den Bau des Festspielhauses nötige Holz zur Verfügung zu stellen – in einem einfachen Theater von „Brett und Balken“ sollten nach Wagners Plänen seine Musikdramen aufgeführt werden –, hätte die weitere Geschichte Reichenhalls wohl einen gänzlich anderen Verlauf genommen …

Bearbeitung: Dr. Helga Prosinger

Rienzi au Festspielhaus de Bayreuth — La renaissance du premier chef-d'oeuvre de Wagner

" Ouvrir une plaie " : Bayreuth face au défi de Rienzi   Lorsque Katharina Wagner décida d’inscrire Rienzi, der Letzte der Tribune...