mardi 24 novembre 2020

Un sonnet de Louis [II de Bavière] de Chaunes, auteur de la pièce 'Un roi de rêve'.

 Nouvelle découverte de poèmes consacré au roi Louis II de Bavière, les Sonnets de Louis, par Chaunes, publiés en première partie d'une pièce de théâtre consacrée au roi, Un roi de rêve. En voici le deuxième sonnet :


Sonnet de Louis





Voici la quatrième de couverture d'Un roi de rêve :

Une pièce de théâtre en cinq actes, précédés d'un Prologue, qui donne un aperçu nouveau du règne de Louis II de Bavière, très différent de la version communément diffusée par les historiens. On s'apeçoit que Louis II était en fait un roi savant, connaissant à la fois les arts et les sciences de son temps, ami et inspirateur des grands ingénieurs comme Werner von Siemens, des scientfiques comme Justus von Liebig, autant que du musicien Richard Wagner. On y découvre un monarque compétent dans l'application des découvertes contemporaines, capable d'imaginer des techniques nouvelles d'architecture, fondateur d'entreprises et d'institutions indispensables à l'Allemagne moderne. On s'apercoit aussi qu'il s'agit d'une tête politique très solide, opposée dès le depart au militarisme prussien et à la conspiration de Bismarck, qu'il avait parfaitement compris l'importance de créer une Europe des régions pour éviter les grands conflits de l'avenir induits par le nationalisme. En fait, Louis II, très loin de cette folie qu'on lui attribue, apparaît comme un précurseur des temps modernes, comme un sage dont on aurait du suivre les avis pour eviter plusieurs grandes guerres... On apprend aussi le soutien qu'il apporta, parmi les premiers, à la creation de la Croix Rouge. Il ressort de cette nouvelle interpretation de son règne qu'il a payé de sa vie l'avance prodigieuse qu'il avait prise sur son époque. Sa fin brutale est une tragédie qui prend tout son sens a la lumière de l'histoire contemporaine.


De nombreux poètes français ont consacré un ou plusieurs poèmes au roi Louis II de Bavière. Vous pouvez les découvrir dans le recueil que j'ai publié cette année chez BoD.



Invitation à la lecture

Pour lire un extrait, cliquer sur l'ISBN  sous l'image



lundi 23 novembre 2020

Princesse Louise de Saxe (2) : la vérité sur la disparition de Jean Orth

Le 25 août 1911, le quotidien parisien Le Matin annonçait la publication en feuilleton les mémoires de Louise de Saxe. Le premier chapitre, où il est aussi question de l'impératrice Elisabeth parut le 2 septembre (voir le post). Le chapitre 14 et le début du chapitre XV évoquent les convictions de la princesse de Saxe sur la  disparition de Jean Orth.

Le Matin du 17 septembre 1911

LA VÉRITÉ SUR LA DISPARITION DE JEAN ORTH

Mon oncle Jean, plus connu sous le nom de Jean Orth est une figure très curieuse et auréolée de mystère. Je dis "est", car je suis convaincue qu'il vit ensore et n'attend que la mort de l'empereur pour revenir en Autriche. Princesse Louise de Saxe.


 CHAPITRE XIV 

L'histoire de Jean Orth

    Mon oncle Jean, plus connu sous le nom de Jean Orth, est une figure très curieuse et auréolée de mystère. Je dis « est » car je suis convaincue qu'il vit encore et n'attend que la mort de l'empereur pour revenir en Autriche. Comme mon père, son aîné, mon oncle Jean était un musicien très doué et un homme paré de qualités et de toutes sortes de talents. Il était de taille moyenne, avec des cheveux bruns et des yeux bleus, et beaucoup de charme. Il venait souvent nous voir à Salzbourg et nous nous entendions admirablement il voulait même obtenir du Vatican la permission de m'épouser, car il me considérait, à tort ou à raison, comme la femme de ses rêves mais même si l'Eglise avait autorisé comme elle le fait parfois ce mariage entre oncle et nièce, moi, je n'y aurais jamais consenti à mes yeux, l'oncle Jean était simplement un parent charmant qui comprenait mon caractère aussi bien que papa.. On a fait les suppositions les plus extraordinaires au sujet de la disparition de l'archiduc. On a dit qu'il avait été impliqué dans la tragédie de Meyerling et avait dû, en conséquence, renoncer à son titre et à sa fortune et quitter sa terre natale. Ceci est absolument faux. C'est à une blessure d'amour-propre et à son horreur de la contradiction qu'il faut attribuer le départ mystérieux de Jean Orth. J'espère qu'on ajoutera foi à une déclaration venant de sa nièce, au risque de détruire les hypothèses moins romanesques dont on a toujours entouré sa disparition.
    Mon oncle, que le maréchal voir Moltke considérait comme l'un des stratégistes les plus accomplis d'Europe, occupait une place prépondérante dans l'armée autrichienne : il commandait aux forces de Bosnie et d'Herzégovine. Ami du progrès, il tenta de réformer l'armée et obtint de l'empereur l'autorisation de préparer un plan de réorganisation. Ce plan obtint l'approbation impériale, et Sa Majesté lui demanda alors d'écrire une sorte de « manifeste » dans lequel il exposerait les principales réformes projetées. Ce document fut envoyé à tous les généraux et officiers principaux mais mon oncle avait compté sans le général commandant en chef, l'archiduc Albert, l'un des vétérans de 1866. Celui-ci se montra très offensé et fit tellement d'histoires que l'empereur, qui a horreur des discussions, envoya chercher Jean et lui dit de soumettre tous ses plans à l'archiduc Albert. L'oncle fou de rage et de mortification, fit un appel à l'armée, demandant qu'on décidât entre ses mérites respectifs et ceux d' Albert. Cette audacieuse démarche mit l'empereur hors de lui et il ordonna à mon oncle de faire des excuscs au commandant en chef.

Scène tragique

    Une scène violente eut lieu entre François-Joseph et l'archiduc rebelle, qui déclara qu'il aimerait mieux quitter l'armée et la cour que de se laisser ainsi donner des ordres. Il conclut en déclarant que cela lui était bien égal d'être ou non un membre de la maison impériale. Un orage suivit cette déclaration d'apostasie et mon oncle, en un moment de fureur, enleva de son cou les insignes de l'ordre de la Toison d'or et les jeta aux pieds de l'empereur. Après cette insulte impardonnable, l'archiduc écrivit à l'empereur pour lui dire qu'il quittait l'Autriche pour toujours, qu'il renonçait à ses titres et dignités et qu'il désirait dorénavant être connu sous le nom de Jean Orth. François-Joseph lui répondit qu'il pouvait adopter le nom qui lui plairait, mais que s'il essayait jamais de revenir en Autriche, il le ferait arrêter à la frontière.
    Mon oncle alla immédiatement voir grand'mère qui vivait près de Gmünden, mais il n'eut pas le courage de lui dire adieu de vive voix et il lui expliqua toute l'affaire dans une lettre qui lui fut remise plus tard. Il vint ensuite à Salzbourg et nous écoutâmes avee grand intérêt ses confidences et surtout ses projets d'avenir. Jean Orth déclara avec fierté qu'il allait enfin vivre sa vie : il désirait devenir capitaine dans !a marine marchande et il allait sur-le-champ faire les études nécessaires. Après ces déclarations officielles, il nous prit à part, Léopold et moi, et nous fit des confidences particulières.

Suprême adieu

    Il nous regarda avec tendresse, car nous étions près de pleurer à l'idée de perdre un parent si brillant et si bon, et nous dit avec une gravité calme : Je vais disparaître, mes chers enfants, et je disparaîtrai avec tant de soin que nul ne pourra retrouver ma trace. Une fois l'empereur mort, je reviendrai, car alors l'Autriche aura besoin de moi.
    Comme je voudrais, Louise, et vous aussi Léopold, vous emmener avec moi ; nous pourrions tous trois vivre la vie pour laquelle nous sommes nés. Mais cela ne se peut, et il nous faut nous dire adieu. Vous avez tous deux, comme moi, une forte personnalité, et, comme moi, vous serez les artisans de vos destinées. Mais nous deviendrons des forces qui se feront sentir un jour ou l'autre. Qu'il est étrange, continua-t-il, perdu dans ses pensées, que notre maison, harassée et alourdie par les conventions et les traditions, ait produit des êtres tels que nous. Ce doit être la révolte de l'âme contre les barrières des prisons mondaines. Ne croyez jamais que je suis mort, car un jour je reviendrai. Nous nous reverrons et nous nous reparlerons de toutes ces choses. Ce furent là les dernières paroles de mon oncle. Il quitta Salzbourg et nous apprîmes quelque temps après qu'il s'était marié, puis qu'il avait acheté un vaisseau à voiles appelé la Margherita. L'équipage était composé d'Italiens et de Croates, tous hommes de confiance et marins sûrs, et mon oncle lui-même prit le commandement du navire.
    Il arriva à la Plata et après un séjour de plusieurs semaines, mit à la voile pour Valparaiso. Avant de quitter la Plata, il changera d'équipage, et depuis ce jour, Jean Orth, son navire et son équipage ont entièrement disparu. La Margherita n'entra jamais à Valparaiso et si elle arriva à un autre port, ce fut sous un autre nom.
    Le second du navire vint un jouer à Salzbourg tout exprès pour dire a mon père que Jean Orth vivait et qu'il n'était jamais allé à Valparaiso. Il décrivit comment l'ancien équipage vit le vaisseau disparaître dans les brouillards du soir ; la personne qui, enveloppée d'un, grand manteau, se tenait debout sur le pont, n'était certainement pas Jean Orth, mais un homme de sa taille et habillé comme lui. L'équipage retourna à Trieste convaincu que son ancien capitaine n'avait jamais, comme on l'a dit, péri en mer avec son navire. 

Le Matin du 18 septembre 1911

CHAPITRE XV (première partie)
La dynastie des Habsbourg 

    Nous n'entendîmes plus jamais parler de lui [il s'agit de Jean Orth], mais un M. Renaux, qui avait vécu dans la République argentine, déclara avoir vu Jean Orth à la Plata et l'avoir rencontré deux fois, à Buenos Aires et à Rio Quarto. M. Renaux rentra en France en 1893, convaincu que mon oncle était encore vivant. Quelque chose me dit, à moi aussi, que l'océan n'a point été sa tombe, et ses dernières paroles, « Je reviendrai», résonnent encore à mon oreille. A diverses reprises, des imposteurs ont tenté de se faire passer pour l'archiduc disparu ; grand'mère envoya même une grosse somme d'argent à l'un d'eux. Elle montra à papa des lettres qui semblaient écrites de la main de mon oncle Jean,  mais la police, prévenue, arrêta l'homme en question : c'était un criminel dangereux, recherché depuis des années.
    On a prétendu à tort que l'archiduc avait de l'argent déposé dans les banques suisses. Toutes ses valeurs étaient déposées dans des maisons de Paris, de Vienne et de Londres. Il ne les retira jamais et les intérêts ont dû s'accumuler d'une façon énorme. Papa était convaincu jusqu'au jour de sa mort que son frère vivait, et comme le temps perce tous les mystères, la mort de l'empereur révélera probablement la vérité. L'Autriche aura alors besoin des services de Jean Orth, au milieu des complications internationales qui sans doute surgiront.


Princesse Louise de Saxe.

Invitation à la lecture. Faites-vous plaisir !

Pour lire un extrait, cliquer sur l'ISBN  sous l'image puis sur lire un extrait. Ces livres peuvent être commandés sur les sites internet de BoD, Amazon, Fnac, Furet du Nord, Decitre, ... ou via un libraire.


ISBN : 9782322208371

dimanche 22 novembre 2020

Quand Louise de Saxe racontait l'histoire de sa vie (1) Les cheveux de l'impératrice.

Le 25 août 1911, le quotidien parisien Le Matin annonçait qu'il publierait prochainement en feuilleton les mémoires de Louise de Saxe. Le premier chapitre, où il est aussi question de l'impératrice Elisabeth parut le 2 septembre.

Le Matin du 25 août

La princesse Louise de Saxe a écrit ses souvenirs.

C'est le MATIN qui les publiera le premier.

    Dans trois semaines le 15 septembre prochain doit paraître simultanément à Londres, à New-York, à Vienne, à Rome, un livre qui s'intitule Histoire de ma vie, et qui porte la signature de Louise de Toscane, ancienne princesse héritière de Saxe.
    Ce sont les mémoires et souvenirs de cette princesse Louise, qui est née sur les marches du trône impérial des Habsbourg, qui aujourd'hui devrait être assise sur le trône royal de Saxe, mais qui, il y a quelques années, abandonna tout époux, enfants, cour, honneurs, prérogatives princières, pour vivre, à Genève avec le précepteur de ses fils, M. Giron, et qui, plus récemment encore, épousa un Italien sans naissance ni fortune, il signor Toselli.
    Le Matin a jugé que le public français avait droit au moins autant que le public allemand, anglais ou américain à connaitre les révélations et la confession d'une femme dont les aventures ont occupé le monde entier; il a, en conséquence, obtenu les droits de traduction et de publication des souvenirs de la princesse Louise pour la France. Le Matin a même obtenu de faire connaître ces mémoires, à la fois dramatiques et sensationnels, avant quiconque en Europe et aux Etats-Unis tandis que le livre paraîtra dans les diverses capitales, comme nous le disions plus haut, le 15 septembre prochain ; nous en commencerons, nous, la publication le samedi 2 septembre prochain, et cette publication se poursuivra au jour le jour dans nos colonnes.
    Ceux qui liront les mémoires de la princesse Louise liront le plus émouvant des romans, car c'est l'histoire douloureuse d'une femme qui fut infiniment plus malheureuse que coupable, qui souffrit dans sa dignité de princesse et dans son amour de mère, qui fut menacée de la plus terrible des prisons, celle où on enferme les fous, qui fut abandonnée de tous. Mais ceux qui liront ces mémoires auront aussi sous les yeux la plus étrange des pages d'histoire contemporaine : ils verront passer des silhouettes de rois et d'empereurs, celle amusante de Guillaume II et celle tragique de François-Joseph ; ils connaîtront les dessous de quelques-unes des cours princières d'Europe, celle de Saxe, qui relève d'Offenbach, et celle d'Autriche, qui appartient à Eschyle ; ils assisteront à la reconstitution du drame de Mayerling et ils entendront le récit du départ dé Jean Orth, que la princesse Louise fut la dernière à saluer lorsqu'il quitta l'Europe.
    Nuls souvenirs ne fourmillent de plus d'anecdotes, n'appellent davantage ie sourire ou les larmes, et surtout ne portent mieux l'empreinte de ce que nous cherchons tous à connaitre la vérité. 

Le Matin du 2 septembre

HISTOIRE DE MA VIE

CHAPITRE I 

Education de princesse 

    Je naquis le 2 septembre 1870, au château impérial de Salzbourg. Mon père était Ferdinand IV, grand-duc de Toscane, et ma mère la princesse Alice de Parme.
    A l'époque de mon enfance, le palais était l'endroit le plus triste et le plus sombre du monde, résidence certes de grande allure, mais très peu confortable, sans rien d'artistique ni à l'intérieur ni à l'extérieur. Mal entretenu, il semblait, par endroits, tomber en ruines, et dans certaines pièces le papier, jadis somptueux, pendait en lambeaux, décollé et décoloré par l'humidité. De sinistres histoires de meurtres secret hantaient ce lieu sombre, et je me souviens combien, étant enfants, nous tremblions quand on nous disait que, la nuit, les portraits de la grande galerie s'animaient, et que les princes et les princesses défunts, quittant leurs cadres, erraient de pièce en pièce. Je me demande si le public se fait une idée vraie de ce qu'est une « éducation de prince ». De même que notre séjour ici-bas n'est, dit-on, qu'une préparation à une future existence, éternelle, de même la vie d'un enfant de roi n'est qu'une continuelle préparation à sa position future.
  Pour ma part, je me fatiguai vite d'entendre toujours répéter les mêmes observations: " Ce n'est pas une façon convenable de monter en voiture " ou " Si Votre Altesse impériale désire devenir une vraie reine, Votre Altesse impériale fera bien d'apprendre à entrer dans un salon convenablement ! " Toujours la même histoire on ne nous élève pas pour nous-mêmes, mais on nous dresse à vivre que dis-je, vivre ? à « figurer » pour le public. Ma gouvernante, par exemple, ne manquait jamais de me dire que si Marie-Antoinette n'avait pas joué à la bergère, elle n'aurait pas été guillotinée ! Et la docilité de Marie-Louise m'était toujours jetée à la tête comme modèle d'état d'âme d'une parfaite princesse. Mais je sentais que je ne serais jamais une Marie-Louise il y avait toujours en moi-même une révolte contre cette tyrannie du cérémonial.
    
La révolte du bain 

   Mon premier acte d'insubordination eut lieu pendant le règne de ma gouvernante.
  Un jour où j'avais été particulièrement diable, on me punit en me privant de ma leçon de natation, ce qui me fut un gros crève-cœur. L'après-midi, nous fîmes une promenade, mes frères, ma gouvernante et moi, jusqu'au petit lac qui était un lieu de rendez-vous d'été, pour les Salzbourgeois "chics".  Il y avait des quantités de bateaux et nous nous embarquâmes dans le nôtre, avec ma gouvernante, pompeuse et raide comme la statue de la Responsabilité. Pour la foule des gens qui nous contemplaient de loin, nous avions l'air parfaitement tranquille de petits princes modèles, ce qui sans doute poussa mon frère Léopold à murmurer à mon oreille :
    — Si on faisait quelque blague ? 
    Une inspiration me vint, et me tournaht vers ma gouvernante, je lui demandai si je pouvais me baigner. Comment ? Votre Altesse impériale n'y songe pas ! C'est tout à fait impossible.
    — Vous ne voulez pas me permettre de me baigner ? demandai-je une seconde fois, à la joie de mes frères, qui pouvaient à peine contenir leurs rires. 
    — Certainement non !
    Je ne perdis pas de temps, mais plongeai comme j'étais, tout habillée, et me mis à nager tranquillement, à la consternation des spectateurs de la rive et à la fureur de ma digne gouvernante, qui passait son temps à crier :
    — Voulez-vous revenir, mauvaise enfant
    Cependant je revins au bateau, sans m'être noyée puis trempée et encore sur la défensive, je rentrai au palais. Au haut du grand escalier de marbre, je rencontrai l'archiduc Louis-Victor, frère de l'empereur il me regarda avec ahurissement ; après quoi il éclata de rire.
   — Eh bien, Louise, dit-il, d'où diable sortez-vous ?
   — Du bain, répondis-je.
  — Ça, m'en a tout l'air ! répliqua-t-il en regardant les petits ruisseaux qui prenaient leur source dans ma robe et coulaient de marche en marche. Et il me semble aussi, Louise, que vous n'en ferez jamais qu'à votre tête.
    Puis ayant pincé amicalement mon épaule mouillée, il continua son cheKnia.

Un examen d'histoire

    Mon éducation continua, monotone et sévère. Je travaillais neuf heures par jour et je dus étudier de façon à passer toute la série des examens universitaires. Chaque année je me rendais à Salzbourg pour mes épreuves orales, et je n'oublierai jamais certain examen d'histoire que je passai à l'âge de quatorze ans. On me demanda « ce que je savais » sur Marie-Thérèse, et à l'étonnement de tous, je répondis à haute Je trouve que Marie-Thérèse a eu parfaitement raison de choisir un mari qu'elle aimait au lieu de se laisser marier à n'importe qui car voilà qui est idiot !
    Mais je m'arrêtai brusquement, voyant la figure horrifiée de mes examinateurs et de mon professeur d'histoire qui pâlissait à la pensée de la scène qui aurait lieu avec mes parents aussitôt qu'ils entendraient parler de ma tirade. L'on ne peut imaginer ce que fut ma vie d'enfant et de jeune fllle ; la vie au palais était plus ennuyeuse encore que la vie à Salzbourg, plus triste qu'une semaine de dimanches anglais. Toute littérature amusante était défendue, ainsi que tous journaux, sauf les revues catholiques ; on ne nous menait jamais à aucune exposition de peinture et rarement au concert ou au théâtre. Nos jours coulaient d'une façon vraiment monacale, à l'ombre de murs qui ressemblaient à des murs de couvent. Tout cela suintait la religion, les jésuites étant à Salzbourg, comme d'ailleurs dans les autres cours catholiques, le pouvoir derrière le trône.
    Malgré que j'aie beaucoup souffert aux mains des prêtres, je m'en voudrais de les attaquer ; ici il y en a d'admirables, de ceux dont on fait les saints et les martyrs, mais il y en a d'autres aussi qui tirent avantage de leur profession de la façon la plus indécente; quelle jeune princesse n'a pas eu à répondre aux questions les plus indiscrètes de son confesseur ? Donne-t-elle à entendre qu'elle se plaindra à ses parents, le confesseur à son tour lui fait comprendre qu'il prendra les devants il informera les parents de la nature pervertie de sa pénitente, digne, dira-,t-il, d'être enfermée dans un couvent ! 

Les cheveux de l'impératrice 

    A l'âge de onze ans, on m'amena à Vienne, à la Hofburg, et c'est la que je vis une apparition : l'impératrice Elisabeth passant dans un corridor, telle un fantôme séduisant. Elle m'attira toujours étrangement, et il se peut que quelque secrète sympathie entre ses chagrins passés et mes futurs chagrins nous ait été un lien mystérieux et subtil.
    L'impératrice était vraiment très belle, avec des cheveux admirables qui, défaits, l'enveloppaient entièrement, et qu'une femme de chambre était chargée du seul soin de coiffer. La cérémonie de la coiffure était rien de moins que bizarre : on étendait sur le tapis du cabinet de toilette un drap de toile blanche, puis l'impératrice s'installait sur une chaise basse au milieu de la pièce. Quand la femme de chambre, tout habillée de blanc, avait fini de peigner et d'échafauder la coiffure assez compliquée qu'aimait l'impératrice, elle devait compter tous les cheveux restés dans la peigne et la brosse, ainsi que ceux tombés sur le drap de toile blanche ; après quoi, elle devait annoncer à sa maîtresse le nombre de cheveux qu'elle avait perdus. Et l'impératrice, mécontente quand la quantité était considérable, faisait souvent passer un assez mauvais quart d'heure à la femme des chambre.
     L'impératrice avait beaucoup d'autres manies plus ou moins excentriques et d'ailleurs connues de tout le monde. Je me souviens aussi d'un incident plus ignoré: à Linz, elle avait l'habitude de se promener dans les jolis bois qui font partie du parc du château, traînant à sa suite son lecteur grec. Un soir, elle sortit du parc, et comme elle se taisait, le lecteur se taisait ; aussi, et pendant huit heures, se promena-t-elle autour de Vienne, perdue dans les bois nocturnes et absorbée dans ses sombres pensées. Ce n'est, qu'au lever du jour qu'elle se retrouva en dehors de son domaine et toujours suivie d'un lecteur patient et fatigué.
    Je vis l'impératrice Elisabeth en mai 1889, après la tragédie de Meyerling, lorsque je me rendis à Vienne pour recevoir l'ordre de la Stern Kreuz. Cet ordre est remis aux archiduchesses autrichiennes quand elles ont atteint leur majorité et cette cérémonie leur sert de présentation officielle à la cour. Ma mère m'amena à la Hofburg et l'impératrice nous reçut en audience spéciale. Elle était tout habillée de noir, et sous les plis de son voile de crêpe, sa figure semblait quelque fleur pâle et portait les traces de pleurs récents et continuels ; une habitude nerveuse la poussait à essuyer incessamment les coins de sa bouche avec son mouchoir. Je ne la revis jamais vivante. Mais près de son cercueil, dans le caveau des Capucins, je me rendis compte qu'enfin elle avait retrouvé le repos et le bonheur. Et je pouvais me l'imaginer, errant par les Champs-Elysées fleuris d'asphodèles, échangeant des paroles avec Heine et réunie enfin à son Rodolphe tant aimé.

Princesse Louise de Saxe.

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samedi 21 novembre 2020

L'impératrice d'Autriche adore les chiens

  Deux articles de la presse française
 
    L'impératrice d'Autriche adore les chiens Elle en a, entre autres, un énorme, qu'elle a acheté à Rome, pour la faible somme de 2,900 fr.
    Elle se promène au Prater, escortée d'une meute qui court, saute et aboie autour de sa calèche. Mais son Romain ne se mêle pas à cette cohue. Il se promène, lui, dans la calèche, moelleusement étendu sur des fourrures précieuses.  Un jour qu'il dormait sur la queue de la robe impériale, l'impératrice, pour ne pas le réveiller, se coupa la queue.
    Je ne reproche pas à l'impératrice d'aimer les bêtes, — ni d'avoir coupé sa queue pour ne pas réveiller son chien. Mahomet a bien coupé sa manche pour ne pas réveiller son chat!  Seulement, je me demande quel besoin une impératrice peut avoir de chiens, ayant les courtisans. (Un passant, dans Le Rappel du 30 mai 1870)

   Le duc Maximilien en Bavière, avait toujours autour de lui une douzaine de chiens au château de Possenhofen et s’en rapportait à leur instinct pour connaître ses amis et ses ennemis, « car, disait-il, ces bêtes sont plus sages que les hommes, leur flair va plus loin que l’apparence ». Il légua son amour des chiens à ses filles : la reine de Naples en avait un qui mourut chez elle de vieillesse et elle lui fit faire de solennelles funérailles au cimetière des chiens; l’impératrice Elisabeth d’Autriche en avait toujours autour d’elle; la duchesse d’Alençon possédait un caniche qui l’accompagnait dans la rue et, lorsqu’elle entrait dans une église, le bon animal s’asseyait à la porte et attendait patiemment. (Renée d'Anjou dans Le Petit Echo de la Mode du 4 janvier 1914).

Shadow, le lévrier irlandais (irish wolfhound)
de l'impératrice



Le mariage de Marie-Valérie d'Autriche au regard Gil Blas.

Le dessin de l'Interessantes Blatt (31 juillet 1890)

Un article de Santillane (1) dans la rubrique Courrier de Paris du Gil Blas du 2 août 1890

COURRIER DE PARIS

      Hier, l'ambassadeur d'Autriche-Hongrie, avec tous les membres de l'ambassade et du consulat et les représentants de la colonie autrichienne à Paris, a assisté à une messe dite à Saint-François-Xavier, à l'intention du mariage de l'archiduchesse Valérie avec l'archiduc Salvator, de la branche de la famille de Hapsbourg-Lorraine qui a régné sur la Toscane.
       Pendant ce temps, avait lieu à Ischl la célébration de cette auguste union.
    L'archiduchesse Valérie, née le 22 avril 1868 est la seconde fille et le dernier enfant de l'empereur François-Joseph et de l'impératrice Elisabeth. Sa sœur aînée, l'archiduchesse Gisèle, qui a douze ans de plus qu'elle, a épousé le prince Léopold de Bavière, dont elle a quatre enfants, et vit presque toujours en Bavière. Son père a pour elle une extrême affection et, chaque année, à divers intervalles, il va passer près de sa fille et de ses petits-enfants des jours qui lui semblent chaque fois s'envoler trop vite. Les souverains autrichiens ont encore eu une fille qu'ils ont perdue en bas âge. On raconte qu'au sortir des funérailles, l'impératrice rentrant brisée dans ses appartements fut accueillie par un gros terre-neuve qui avait été le compagnon de la petite princesse ; l'impératrice se jeta au cou du chien et l'embrassa longuement en sanglotant.
    L'impératrice Elisabeth a toujours beaucoup aimé ses enfants et, au milieu même des épreuves atroces que lui faisait éprouver la névrose dont elle a été atteinte, n'a jamais cessé d'être pour eux une mère tendre et attentive. Lorsqu'ils étaient tout jeunes elle se relevait la nuit pour aller les voir dormir dans leur berceau, elle jouait avec eux, les égayait avec les airs de sa cithare, instrument sur lequel elle se montre une véritable artiste. Ses sœurs, la princesse de Thurn-et-Taxis, la comtesse de Trani etla duchesse d'Alençon ont été aussi des mères modèles. Alors que le duc d'Alençon était capitaine d artillerie et tenait garnison à Vincennes, la duchesse D. va un jour rendre visite à la princesse. Elle attend une dizaine de minutes dans le salon.
    — Excusez-moi, dit la sœur de l'impératrice d'Autriche en faisant son entrée avec son fils, le petit prince Emmanuel — aujourd'hui un beau garçon de dix-huit ans — mais j'étais en train d'habiller mon baby et c'est un diable terrible !
    La mort de l'archiduc Rodolphe a été pour l'impératrice Elisabeth une douleur qui ne finira qu'avec sa vie.
    Son suprême appui dans cette inoubliable épreuve a été l'affection de sa fille, l'archiduchesse Valérie, « l'âme de mon âme » comme elle l'appelle. Jamais l'impératrice n'aurait pu consentir à un mariage qui éloignât d'elle la princesse et elle a éprouvé une douce joie de voir l'inclination mutuelle qui a amené le mariage d'hier. On sait l'aversion que professe l'impératrice, après tous les coups qui l'ont frappée, pour les cérémonies officielles et les pompes du trône, c'est elle néanmoins qui a voulu que le mariage de sa fille fût entouré de tout l'éclat qu'il comportait — tout en lui gardant à Ischl un caractère plus familial qu'à Vienne — et a veillé aux moindres détails de cette solennité.
    À cette occasion, elle a donné, entre autres cadeaux, à l'archiduchesse, un diadème en diamants reproduisant exactement celui que l'empereur lui avait offert pour le jour de son mariage.
    Quels souvenirs, d'ailleurs, Ischl ne lui rappelait-il pas à elle-même et se liant à son propre mariage. Vous n'ignorez pas que l'archiduchesse Sophie, fille du roi Maximilien Ier de Bavière et mère de l'empereur François-Joseph, avait résolu de marier son fils à l'aînée des filles du duc Maximilien en Bavière, resserrant ainsi des liens de famille très proches, puisque le duc avait épousé la sœur de l'archiduchesse. Un jour donc, on vit arriver en grand gala à Ischl, lieu fixé pour l'entrevue officielle, le duc et la duchesse de Bavière accompagnés de leurs trois filles aînées, les princesses Hélène, Elisabeth et Marie-Sophie. Les présentations ont lieu à la résidence impériale. L'archiduchesse Sophie nomme elle-même à l'empereur la princesse Hélène, la fiancée désignée. De part et d'autre profonde révérence, mais silence de glace. Tout à coup résonne une voix claire et riante:
    — Ah ! mon cousin, que je suis aise de vous voir.
    C'est la princesse Elisabeth qui, entraînée par un élan juvénil, vient de parler et s'avance, au mépris de l'étiquette, vers le jeune souverain la main tendue. Vous jugez le coup de théâtre !
    Tout le monde reste interdit, à l'exception de l'empereur qui prend le bras de sa cousine et la conduit à un siège, tandis que l'archiduchesse Sophie, suffoquée par l'émotion, menait à un autre la princesse Hélène.
    Le soir, il y eut repas de gala à la résidence impériale. A son issue et comme on venait de passer dans le grand salon des fêtes, on vit François-Joseph saisir sur une console un bouquet, et s'avançant vers la princesse Elisabeth le lui offrit respectueusement devant sa mère, les princes et princesses, les femmes de la cour et les officiers de sa maison. Et comme l'orchestre jouait en ce moment un air de valse, l'empereur enlaça la taille de la princesse Elisabeth et se mit à tourbillonner avec elle.
    En Allemagne, le don d'un bouquet fait par un jeune homme à la femme qu'il désire épouser, équivaut à la remise d'un anneau de fiançailles : l'empereur François-Joseph s'était donc fiancé luimême selon son goût, et le 24 avril 1854 il épousait à Vienne l'élue de son cœur.
    Quatre ans après, la princesse Hélène se mariait au prince de Thurn-et-Taxis et, l'année suivante, la troisième des princesses présentes à l'entrevue d'Ischl devenait la reine de Naples.
    Par le passé que je viens d'évoquer vous comprenez l'attrait spécial que présentait, pour l'empereur et l'impératrice, Ischl comme théâtre du mariage de l'archiduchesse Valérie, et quelles douces émotions, en remontant le cours de leur existence, les souverains ont dû, hier, éprouver. L'archiduchesse Valérie est une des princesses les plus accomplies de l'Europe par l'étendue de sa culture intellectuelle, ses talents artistiques, le charme de sa conversation. Elle aime les lettres et a écrit des comédies et des souvenirs de voyage fort remarquables. Dans la famille de Habsbourg-Lorraine les littérateurs de talent abondent. L'archiduc Maximilien, l'infortuné empereur du Mexique, a laissé des notes de voyage d'un mérite incontestable; les ouvrages publiés par l'archiduc Rodolphe offrent une réelle valeur littéraire; l'archiduc Salvator est un écrivain doublé d'un dessinateur de premier ordre. Le crayon et le pinceau vont ordinairement de pair avec la plume dans cette famille privilégiée.
    Ainsi l'archiduchesse Valérie et une véritable artiste. Sa mère, l'impératrice Elisabeth, dessine, d'ailleurs, à merveille et l'art de la caricature, au temps de ses riantes années, n'avait pas notamment de secret pour elle. De là, peut-être même la source de bien des inimitiés, de bien des calomnies dont elle a été l'objet. Vous savez, d'autre part, l'élévation de ses goùts littéraires et la superbe façon dont elle la témoigna par l'envoi d'une couronne pour être déposée sur la tombe d'Henri Heine. Ce fut l'archiduchesse Stéphanie qu'elle chargea du soin de porter elle-même, pendant un séjour à Paris, cette couronne au cimetière. On a toujours trop vu en elle la sportswoman légendaire — une qualité qu'elle dédaigne tout à fait, d'ailleurs, aujourd'hui, car elle ne monte même plus à cheval, — et on n'a pas assez tenu compte de sa haute valeur intellectuelle. L'épouvantable névrose qui l'a assaillie, en plein été de sa vie, a dénaturé, aux yeux de la masse, son type vrai et l'histoire aura à revenir, en la peignant, de l'injustice des contemporains.
    En attendant, Ischl compte depuis hier, dans ses annales déjà si princièrement remplies, une page mémorable de plus. Situé non loin du Tyrol et de la frontière de Bavière, dans le plus merveilleux panorama qui se puisse voir, Ischl vous réconforte bien plus avec l'air qu'on y respire qu'avec ses eaux salines. On ne les pratique guère, du reste, ces eaux, et c'est le petit lait qui est en suprême et légitime faveur dans cette délicieuse station. A Ischl, c'est le petit lait que l'on boit, c'est dans le petit lait que l'on se baigne.
    Par-dessus tout, c'est l'air si balsamique et si pur de la vallée que l'on aspire, c'est la promenade, enchantement de tout instant, à laquelle on se livre, c est le bien-être réparateur que l'on goûte qui vous rendent forces, santé et bonne humeur. L'empereur François-Joseph y possède un palais et une villa merveilleuse dans la campagne, près de l'ancienne Schmalnan, et de tous côtés ce ne sont que cottages et chalets plus élégants et plus pittoresques les uns que les autres, appartenant à l'aristocratie autrichienne. Ischl est une station de luxe où l'on veut bien professer des goûts champêtres, mais avec des façons de cour, comme autrefois à Trianon.
    Un point original de l'existence du lieu, c'est la façon dont s'y font les excursions dans les montagnes : point d'ânes ni de mulets à cet effet, mais de vigoureux montagnards à l'œil sûr, au pied ferme qui vous transportent dans des chaises à porteurs.
    Sur la demande expresse des habitants qui s'étaient plaints de la concurrence ruineuse que leur faisaient les mulets et les ânes, le gouvernement a ordonné l'exil de ces animaux durant la saison des eaux. Les touristes n'y perdent rien, je vous assure, et plus d'un archiduc et d'une archiduchesse, après avoir usé, hier, des équipages impériaux, s'amusera fort, ces jours-ci, d'excursionner en chaise à porteurs à travers le pays merveilleux qu'un mariage de fille d'empereur met en liesse.
SANTILLANE.

(1) Pseudonyme de plusieurs collaborateurs du Gil Blas.

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ISBN : 9782322208371

Mit der Kamera über den Bozner Markt — 22 Fotos

  © Marco Pohle