| Palais Hauenschild - Photo @ Marco Pohle |
Sous un ciel morave autrefois assombri par le spectre de la fièvre, la ville d’Olomouc conserve dans le grain de ses pierres le souvenir vibrant et mélancolique d’un automne de grâce. À la fin du mois d’octobre 1767, la panique s’était emparée des grandes cours impériales de Vienne, où l’épidémie de variole venait d’emporter la jeune fiancée du roi de Naples. Fuyant la terreur et le mal qui fauchait les princes, Leopold Mozart entraîna les siens sur les routes de Moravie, guidé par l’espoir d’abriter de la contagion son génial enfant d’à peine onze ans et sa fille Nannerl. Après une courte étape à Brno, la calèche familiale s’arrêta au cœur du centre historique d’Olomouc, sur la Place Basse, pour trouver refuge à l’auberge de l'Aigle noir. Niché dans le somptueux Palais Hauenschild (Dolní náměstí 27/38), joyau de la Renaissance tardive au spectaculaire oriel sculpté de scènes mythologiques, cet établissement réputé s'effaça bien plus tard au fil des siècles — cédant la place à l'Hôtel Pietsch puis à l'Hôtel Tatra au XXᵉ siècle —, mais la bâtisse se dresse toujours au coin de la rue Lafayettova, veillée aujourd'hui par une plaque commémorative et l'atmosphère chaleureuse d'une taverne traditionnelle. C'est sous ce toit qu'à l'automne 1767, le mal rôdait déjà sous la cape du jeune prodige, dont le corps frêle sombra brusquement dans la fièvre, menaçant d'éteindre prématurément le souffle pur de la musique.
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| Plaque commémorative au palais capitulaire |
L’histoire, guidée par une providence charitable, prit alors les traits du comte Leopold Antonín Podstatský, doyen du chapitre et mélomane éclairé rencontré naguère à Salzbourg. Refusant d’abandonner l’enfant à la détresse d'une chambre d'auberge, le prélat fit ouvrir en grand les portes de son palais capitulaire, aujourd'hui dressé sur la majestueuse place Venceslas (Václavské Náměstí 4 ), et manda au chevet du malade le médecin Josef Wolf. C'est dans le confort feutré de cette demeure sacrée, baignée par la bienveillance d'un hôte généreux et les soins attentifs d'un médecin compatissant, que Wolfgang et sa sœur traversèrent l'épreuve de la maladie jusqu'à la guérison, du 28 octobre au 23 novembre 1767. Privé de ses concerts publics par les circonstances de sa convalescence, le jeune créateur transforma ce repos forcé en un éclatant miracle de composition. De ce séjour suspendu entre la crainte de la mort et le renouveau de la vie naquit la Sixième Symphonie en fa majeur (KV 43), une œuvre radieuse et limpide dont la partition semble résonner encore contre les voûtes de l'ancien doyenné, comme une offrande joyeuse offerte à l'air de la ville avant le départ de la famille juste avant Noël 1767.
L’histoire, guidée par une providence charitable, prit alors les traits du comte Leopold Antonín Podstatský, doyen du chapitre et mélomane éclairé rencontré naguère à Salzbourg. Refusant d’abandonner l’enfant à la détresse d'une chambre d'auberge, le prélat fit ouvrir en grand les portes de son palais capitulaire, aujourd'hui dressé sur la majestueuse place Venceslas (Václavské Náměstí 4 ), et manda au chevet du malade le médecin Josef Wolf. C'est dans le confort feutré de cette demeure sacrée, baignée par la bienveillance d'un hôte généreux et les soins attentifs d'un médecin compatissant, que Wolfgang et sa sœur traversèrent l'épreuve de la maladie jusqu'à la guérison, du 28 octobre au 23 novembre 1767. Privé de ses concerts publics par les circonstances de sa convalescence, le jeune créateur transforma ce repos forcé en un éclatant miracle de composition. De ce séjour suspendu entre la crainte de la mort et le renouveau de la vie naquit la Sixième Symphonie en fa majeur (KV 43), une œuvre radieuse et limpide dont la partition semble résonner encore contre les voûtes de l'ancien doyenné, comme une offrande joyeuse offerte à l'air de la ville avant le départ de la famille juste avant Noël 1767.
Le souffle éphémère du sable et des fleurs
Aujourd’hui, l'écho de cette fugue enfantine ne s'est pas éteint et continue d'irradier la cité historique d'un éclat poétique indélébile. Si la façade du palais capitulaire arbore depuis près d'un siècle la mémoire sculptée par Julius Pelikán, la ville contemporaine sait faire revivre cet hommage avec une émouvante modernité. Célébrant l'empreinte du maître, une sculpture monumentale s’élève désormais vers les nuages, façonnée dans trente tonnes de sable par les mains conjointes de Václav Lemon et d’Oleksiy Poda. Éclairée dans la nuit comme une apparition féerique, la silhouette du compositeur surgit d'un tapis floral orchestré par Flora Olomouc, où les corolles multicolores s'agencent telles des notes sur une portée végétale. L'amateur d'opéra s'amusera d'un sourire en coin de cette métamorphose : ici, le génie autrichien n'apparaît plus sous les traits du formidable uom di sasso — la statue de pierre du Commandeur dans Don Giovanni —, mais plutôt comme un mystérieux uom di sabbia, une statue de sable façonnée par le grain du temps. Dans cette œuvre où la matière minérale et les fleurs symbolisent le passage des saisons et l'immortalité de l'art, Olomouc célèbre la fragilité sublime de la beauté, invitant jusqu'à la fin de l'automne 2026 les promeneurs à méditer sur ce lien mystique qui unit, pour l'éternité, le génie mozartien à la douceur retrouvée du sol morave.
Photos souvenirs

Gravure aux cimaises du musée diocésain d'Olomouc
Photos 2 et suivantes © Luc-Henri Roger
Aujourd’hui, l'écho de cette fugue enfantine ne s'est pas éteint et continue d'irradier la cité historique d'un éclat poétique indélébile. Si la façade du palais capitulaire arbore depuis près d'un siècle la mémoire sculptée par Julius Pelikán, la ville contemporaine sait faire revivre cet hommage avec une émouvante modernité. Célébrant l'empreinte du maître, une sculpture monumentale s’élève désormais vers les nuages, façonnée dans trente tonnes de sable par les mains conjointes de Václav Lemon et d’Oleksiy Poda. Éclairée dans la nuit comme une apparition féerique, la silhouette du compositeur surgit d'un tapis floral orchestré par Flora Olomouc, où les corolles multicolores s'agencent telles des notes sur une portée végétale. L'amateur d'opéra s'amusera d'un sourire en coin de cette métamorphose : ici, le génie autrichien n'apparaît plus sous les traits du formidable uom di sasso — la statue de pierre du Commandeur dans Don Giovanni —, mais plutôt comme un mystérieux uom di sabbia, une statue de sable façonnée par le grain du temps. Dans cette œuvre où la matière minérale et les fleurs symbolisent le passage des saisons et l'immortalité de l'art, Olomouc célèbre la fragilité sublime de la beauté, invitant jusqu'à la fin de l'automne 2026 les promeneurs à méditer sur ce lien mystique qui unit, pour l'éternité, le génie mozartien à la douceur retrouvée du sol morave.
Photos souvenirs
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Gravure aux cimaises du musée diocésain d'Olomouc Photos 2 et suivantes © Luc-Henri Roger |





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