Jakob Strauß et la fronde contre les reliques : un combat protestant aux racines socialesCe projet d’étude met en lumière la figure oubliée mais passionnante de Jakob Strauß, prédicateur radical de la Réforme au début du XVIe siècle. En croisant l'analyse iconographique d'une gravure de 1523 et la traduction critique de son traité sur la vénération des reliques, ce travail explore la manière dont le réformateur a battu en brèche l'une des dévotions les plus ancrées de l'Église traditionnelle. Loin de se limiter à une querelle théologique pure, l'écrit de Strauß dévoile une violente critique de l'idolâtrie financière et de l'exploitation des fidèles, rappelant avec ferveur l'exigence évangélique de la charité envers les plus démunis.

Ce projet d’étude met en lumière la figure oubliée mais passionnante de Jakob Strauß, prédicateur radical de la Réforme au début du XVIe siècle. En croisant l'analyse iconographique d'une gravure de 1523 et la traduction critique de son traité sur la vénération des reliques, ce travail explore la manière dont le réformateur a battu en brèche l'une des dévotions les plus ancrées de l'Église traditionnelle. Loin de se limiter à une querelle théologique pure, l'écrit de Strauß dévoile une violente critique de l'idolâtrie financière et de l'exploitation des fidèles, rappelant avec ferveur l'exigence évangélique de la charité envers les plus démunis.

Jakob Strauß (Jacobus Strauss), prédicateur de la Réforme
Un météore de la Réforme
Jakob Strauß, docteur en théologie, fut l'un de ces hommes que la Réforme a portés au premier plan avant de les laisser retomber dans l'ombre. Ses contemporains le jugeaient aussi impétueux qu'Andreas Karlstadt, et les anabaptistes zurichois avaient fondé sur lui certains espoirs. Il joignait une solide formation savante, dont il tirait une fierté manifeste, à une vraie sensibilité pour les misères du peuple. Il avait une grande force dans l'attaque de l'ancien ordre, mais peu de talent pour bâtir du neuf, et pas le moindre sens de la prudence politique. Il surgit soudain comme écrivain fécond et disparut de même.
Jakob Strauß, docteur en théologie, fut l'un de ces hommes que la Réforme a portés au premier plan avant de les laisser retomber dans l'ombre. Ses contemporains le jugeaient aussi impétueux qu'Andreas Karlstadt, et les anabaptistes zurichois avaient fondé sur lui certains espoirs. Il joignait une solide formation savante, dont il tirait une fierté manifeste, à une vraie sensibilité pour les misères du peuple. Il avait une grande force dans l'attaque de l'ancien ordre, mais peu de talent pour bâtir du neuf, et pas le moindre sens de la prudence politique. Il surgit soudain comme écrivain fécond et disparut de même.
Origines et formation
On ignore presque tout de son enfance. Il naquit probablement à Bâle entre 1480 et 1485, y fit ses études de théologie et enseigna dès 1506 en divers lieux, notamment à Wertheim et à Strasbourg. Vers 1515, il fréquenta l'université de Fribourg-en-Brisgau, où il devint en 1516 professeur de philosophie et de théologie. On le retrouve plus tard comme prédicateur évangélique à Berchtesgaden, d'où il fut chassé. Il fut aussi prédicateur à Strasbourg, et beau-frère de Martin Bucer.
On ignore presque tout de son enfance. Il naquit probablement à Bâle entre 1480 et 1485, y fit ses études de théologie et enseigna dès 1506 en divers lieux, notamment à Wertheim et à Strasbourg. Vers 1515, il fréquenta l'université de Fribourg-en-Brisgau, où il devint en 1516 professeur de philosophie et de théologie. On le retrouve plus tard comme prédicateur évangélique à Berchtesgaden, d'où il fut chassé. Il fut aussi prédicateur à Strasbourg, et beau-frère de Martin Bucer.
Le Tyrol, 1521-1522
Sa première grande scène est Hall, dans la vallée de l'Inn. Chassé de Schwaz par les franciscains, il y prêche devant des foules si nombreuses que l'église des Clarisses devient trop petite : le curé de Saint-Nicolas lui cède sa chaire, et il prêche parfois en plein air, dans les jardins ou au-dessus de la place publique. Dès la Pentecôte 1521, il dénonce l'abus de la confession et réclame la communion sous les deux espèces. Au carême de 1522, il consacre seize sermons à la confession. Il traite toute la hiérarchie ecclésiastique et la vie monastique de « fantaisie ». Le clergé le dénonce à l'évêque, mais le peuple l'aime. Trente à quarante hommes l'escortent après chaque sermon, et les autorités n'osent d'abord pas agir ouvertement. Convoqué à Innsbruck, il est finalement expulsé et prononce son dernier sermon le 4 mai 1522, parmi les pleurs et l'indignation de la foule.
Sa première grande scène est Hall, dans la vallée de l'Inn. Chassé de Schwaz par les franciscains, il y prêche devant des foules si nombreuses que l'église des Clarisses devient trop petite : le curé de Saint-Nicolas lui cède sa chaire, et il prêche parfois en plein air, dans les jardins ou au-dessus de la place publique. Dès la Pentecôte 1521, il dénonce l'abus de la confession et réclame la communion sous les deux espèces. Au carême de 1522, il consacre seize sermons à la confession. Il traite toute la hiérarchie ecclésiastique et la vie monastique de « fantaisie ». Le clergé le dénonce à l'évêque, mais le peuple l'aime. Trente à quarante hommes l'escortent après chaque sermon, et les autorités n'osent d'abord pas agir ouvertement. Convoqué à Innsbruck, il est finalement expulsé et prononce son dernier sermon le 4 mai 1522, parmi les pleurs et l'indignation de la foule.
Wittenberg, Wertheim, Weimar
Il gagne la Saxe et arrive à Wittenberg en août 1522. Il y écrit son premier ouvrage, sur la confession et la juste préparation à la Cène. Luther le recommande au comte Georges de Wertheim, mais son tempérament orageux, celui d'un « maître » plutôt que d'un « enseignant », rend le séjour impossible, et il est congédié en octobre. Il passe Noël 1522 à Weimar, où il assiste à la dispute sur la Cène entre le prédicateur Wolfgang Stein et les franciscains, et se tient à distance de Thomas Müntzer.
Il gagne la Saxe et arrive à Wittenberg en août 1522. Il y écrit son premier ouvrage, sur la confession et la juste préparation à la Cène. Luther le recommande au comte Georges de Wertheim, mais son tempérament orageux, celui d'un « maître » plutôt que d'un « enseignant », rend le séjour impossible, et il est congédié en octobre. Il passe Noël 1522 à Weimar, où il assiste à la dispute sur la Cène entre le prédicateur Wolfgang Stein et les franciscains, et se tient à distance de Thomas Müntzer.
Eisenach, 1523-1525 : l'apogée
Début 1523, il devient prédicateur à Eisenach, où il se montre extrêmement actif comme écrivain et comme réformateur. Sa manière vigoureuse rappelle celle des Suisses. Il abolit la messe latine et le baptême à l'huile et au chrême. Il conteste aussi l'application de la loi mosaïque à la vie du peuple chrétien, ce qui le conduit à son combat le plus fameux : il tient l'intérêt (l'« usure ») pour contraire à la foi chrétienne et à l'amour fraternel. Dans un écrit de 1524, au ton plus modéré mais ferme sur le fond, il dénonce les évangéliques « en peinture » dont les belles paroles d'amour ne se traduisent par aucun acte, et il souhaite le rétablissement du jubilé biblique. Luther reconnaît la modération de l'écrit mais maintient ses objections : il faut obéir aux lois que suivent l'autorité et les voisins. Strauß convainc pourtant Wolfgang Stein, et le duc Jean-Frédéric se plaint qu'il excite le peuple. À la fin de 1524, on lui confie la visite des paroisses d'Eisenach et des environs, qu'il mène avec une autorité presque magistrale.
Début 1523, il devient prédicateur à Eisenach, où il se montre extrêmement actif comme écrivain et comme réformateur. Sa manière vigoureuse rappelle celle des Suisses. Il abolit la messe latine et le baptême à l'huile et au chrême. Il conteste aussi l'application de la loi mosaïque à la vie du peuple chrétien, ce qui le conduit à son combat le plus fameux : il tient l'intérêt (l'« usure ») pour contraire à la foi chrétienne et à l'amour fraternel. Dans un écrit de 1524, au ton plus modéré mais ferme sur le fond, il dénonce les évangéliques « en peinture » dont les belles paroles d'amour ne se traduisent par aucun acte, et il souhaite le rétablissement du jubilé biblique. Luther reconnaît la modération de l'écrit mais maintient ses objections : il faut obéir aux lois que suivent l'autorité et les voisins. Strauß convainc pourtant Wolfgang Stein, et le duc Jean-Frédéric se plaint qu'il excite le peuple. À la fin de 1524, on lui confie la visite des paroisses d'Eisenach et des environs, qu'il mène avec une autorité presque magistrale.
La guerre des Paysans, 1525
Le soulèvement éclate alors, et Strauß se trouve pris entre deux feux. Il supplie les paysans de rester en paix, en pleurant depuis la chaire, et manque d'être jeté dans la Werra par ceux qui comptaient sur son ralliement. Pourtant, ses écrits sur l'usure avaient exhorté les débiteurs à se faire justice, et les paysans de Haute-Souabe l'avaient nommé parmi ceux qui devaient « prononcer le droit divin ». Après la défaite des paysans, il est interrogé à Weimar et emprisonné. Brisé, il sauve sa vie par une attitude humiliée et une défense habile. Sa position à Eisenach est devenue intenable : on l'appelle désormais le « pape des paysans », et Cochläus le désigne comme prédicateur de la révolution. Il lui répond par écrit, mais la haine le chasse. Il se réfugie à Nuremberg, malade de corps et d'âme.
Le soulèvement éclate alors, et Strauß se trouve pris entre deux feux. Il supplie les paysans de rester en paix, en pleurant depuis la chaire, et manque d'être jeté dans la Werra par ceux qui comptaient sur son ralliement. Pourtant, ses écrits sur l'usure avaient exhorté les débiteurs à se faire justice, et les paysans de Haute-Souabe l'avaient nommé parmi ceux qui devaient « prononcer le droit divin ». Après la défaite des paysans, il est interrogé à Weimar et emprisonné. Brisé, il sauve sa vie par une attitude humiliée et une défense habile. Sa position à Eisenach est devenue intenable : on l'appelle désormais le « pape des paysans », et Cochläus le désigne comme prédicateur de la révolution. Il lui répond par écrit, mais la haine le chasse. Il se réfugie à Nuremberg, malade de corps et d'âme.
La querelle eucharistique, 1526-1527
C'est là qu'il se jette dans la querelle de la Cène. Œcolampade lui oppose un mépris glacial, jugeant que Strauß est trop insignifiant pour qu'on discute avec lui. Cette blessure d'orgueil le pousse dans le camp luthérien, du côté du Syngramma souabe de Brenz. Devenu prédicateur à Baden-Baden grâce à l'intervention d'un noble du Kraichgau, il publie en 1526 un pamphlet contre Zwingli pour défendre la présence réelle du corps et du sang du Christ, puis un second écrit contre Œcolampade en 1527. Ces textes manquent de pensée propre mais ne manquent pas d'assurance : on y sent la fierté du docteur en théologie envers le simple maître ès arts de Zurich. Zwingli n'y voit que l'écho du Syngramma et le traite, un peu injustement, de maître d'école allemand. Même ses alliés, comme Urbanus Rhegius, sont mal à l'aise, et Schneewitz de Strasbourg le raille cruellement. Œcolampade ne daigne pas répondre à son dernier écrit.
C'est là qu'il se jette dans la querelle de la Cène. Œcolampade lui oppose un mépris glacial, jugeant que Strauß est trop insignifiant pour qu'on discute avec lui. Cette blessure d'orgueil le pousse dans le camp luthérien, du côté du Syngramma souabe de Brenz. Devenu prédicateur à Baden-Baden grâce à l'intervention d'un noble du Kraichgau, il publie en 1526 un pamphlet contre Zwingli pour défendre la présence réelle du corps et du sang du Christ, puis un second écrit contre Œcolampade en 1527. Ces textes manquent de pensée propre mais ne manquent pas d'assurance : on y sent la fierté du docteur en théologie envers le simple maître ès arts de Zurich. Zwingli n'y voit que l'écho du Syngramma et le traite, un peu injustement, de maître d'école allemand. Même ses alliés, comme Urbanus Rhegius, sont mal à l'aise, et Schneewitz de Strasbourg le raille cruellement. Œcolampade ne daigne pas répondre à son dernier écrit.
La fin
La suite est obscure. Rejeté par les deux camps de la Réforme et inquiet de la montée de l'anabaptisme, Strauß semble avoir infléchi la politique religieuse du margrave Philippe de Bade vers un retour à l'ancienne Église. Selon Waldner, il serait revenu entièrement à la vieille foi en 1532 et serait mort vers 1533 comme serviteur de l'Église catholique. L'auteur de la notice y voit l'effet probable de l'ambition déçue, du manque de reconnaissance et de l'amertume personnelle.
La suite est obscure. Rejeté par les deux camps de la Réforme et inquiet de la montée de l'anabaptisme, Strauß semble avoir infléchi la politique religieuse du margrave Philippe de Bade vers un retour à l'ancienne Église. Selon Waldner, il serait revenu entièrement à la vieille foi en 1532 et serait mort vers 1533 comme serviteur de l'Église catholique. L'auteur de la notice y voit l'effet probable de l'ambition déçue, du manque de reconnaissance et de l'amertume personnelle.
Pourquoi il compte aujourd'hui
Strauß est un témoin précieux des premières années de la Réforme, avant qu'elle ne se fige en confessions. Il montre ce qu'un prédicateur populaire pouvait alors oser et ce qu'il risquait : la liberté de prêcher, l'adhésion enthousiaste des foules, puis la rupture avec les autorités, les Réformateurs et le peuple lui-même. Sa critique de la confession, de la messe et de l'usure l'a mené bien plus loin que Luther ne voulait aller. Il incarne ainsi le versant social et radical de ce moment, avec ses espoirs, ses malentendus et ses échecs.
Source du résumé biographique : article Jakob Strauß de G. Bossert (Gustav Bossert le Vieux, 1841–1925) dans la Realenzyklopädie für protestantische Theologie und Kirche (tome 19 de la 3. Auflage , Hrsg. Albert Hauck, Bd. 1–22; 1896–1909)
Strauß est un témoin précieux des premières années de la Réforme, avant qu'elle ne se fige en confessions. Il montre ce qu'un prédicateur populaire pouvait alors oser et ce qu'il risquait : la liberté de prêcher, l'adhésion enthousiaste des foules, puis la rupture avec les autorités, les Réformateurs et le peuple lui-même. Sa critique de la confession, de la messe et de l'usure l'a mené bien plus loin que Luther ne voulait aller. Il incarne ainsi le versant social et radical de ce moment, avec ses espoirs, ses malentendus et ses échecs.
La relique comme idolâtrie : la Brève instruction chrétienne sur la grande erreur commise dans la vénération des reliques laquelle s’apparente de tout point à l’usage commun de l’idolâtrie par Jacobus Strauß, prédicateur à Eisenach en Thuringe
Traduction française à partir d’un exemplaire imprimé en caractères gothiques. La gravure sur bois de la page de titre montre un prédicateur en chaire devant une assemblée ; au centre, un écu portant un oiseau, sans doute un cygne.)
Note du traducteur : les passages entre crochets avec [?] signalent une lecture incertaine du texte original ; [...] marque une lacune de lecture.
Préface
Jésus.
Grâce et paix de la part de Dieu le Père et de notre Seigneur Jésus-Christ à tous ceux qui aiment le saint Évangile.
Il n’est point caché aux croyants en Christ que tout ce que l’on rend aux créatures en lieu et place de Dieu doit passer pour idolâtrie. C’est pourquoi nous autres Allemands, selon le génie propre de notre langue, disons « idolâtrie » (Abgötterei) pour nommer ce qui brise l’honneur et l’adoration dus à Dieu : ces choses qui détournent de Dieu l’honneur qui lui revient.
Or le diable a ingénieusement dissimulé l’idolâtrie manifeste sous l’apparence du bien ; en secret et à la sourdine, sous mille déguisements, il a dressé et imposé au peuple chrétien l’outrage le plus âpre et le plus périlleux fait à Dieu. Parmi ces séductions cruelles, la moindre n’est pas ce que l’on nomme les reliques, que l’on tient, sans aucun fondement dans l’Écriture, en si grande parure, révérence et vénération. C’est pourquoi, à la prière de maints chrétiens pieux, et pour frapper cette grande erreur et l’arracher de tous les cœurs chrétiens, je veux en écrire une instruction petite, brève et intelligible. Je ne me soumets à personne, sinon à celui qui voudra me répondre par une Écriture claire et lumineuse : celui-là, je le recevrai avec l’invincible lumière du saint Évangile, de sorte qu’il ne pourra plus guère contester mon écrit. Je me recommande ainsi, moi et mon écrit, à tout chrétien pieux, en Dieu.
Donné à Eisenach, le 26 mars de l’an 23.
Serviteur du saint Évangile et de tous les chrétiens, Jacobus Strauß, prédicateur à Eisenach.
Jésus.
Grâce et paix de la part de Dieu le Père et de notre Seigneur Jésus-Christ à tous ceux qui aiment le saint Évangile.
Il n’est point caché aux croyants en Christ que tout ce que l’on rend aux créatures en lieu et place de Dieu doit passer pour idolâtrie. C’est pourquoi nous autres Allemands, selon le génie propre de notre langue, disons « idolâtrie » (Abgötterei) pour nommer ce qui brise l’honneur et l’adoration dus à Dieu : ces choses qui détournent de Dieu l’honneur qui lui revient.
Or le diable a ingénieusement dissimulé l’idolâtrie manifeste sous l’apparence du bien ; en secret et à la sourdine, sous mille déguisements, il a dressé et imposé au peuple chrétien l’outrage le plus âpre et le plus périlleux fait à Dieu. Parmi ces séductions cruelles, la moindre n’est pas ce que l’on nomme les reliques, que l’on tient, sans aucun fondement dans l’Écriture, en si grande parure, révérence et vénération. C’est pourquoi, à la prière de maints chrétiens pieux, et pour frapper cette grande erreur et l’arracher de tous les cœurs chrétiens, je veux en écrire une instruction petite, brève et intelligible. Je ne me soumets à personne, sinon à celui qui voudra me répondre par une Écriture claire et lumineuse : celui-là, je le recevrai avec l’invincible lumière du saint Évangile, de sorte qu’il ne pourra plus guère contester mon écrit. Je me recommande ainsi, moi et mon écrit, à tout chrétien pieux, en Dieu.
Donné à Eisenach, le 26 mars de l’an 23.
Serviteur du saint Évangile et de tous les chrétiens, Jacobus Strauß, prédicateur à Eisenach.
Premier feuillet de doctrine
Marges : Genèse 3 ; 1 Corinthiens 6 ; Genèse 50 ; Philippiens 3
Dieu tout-puissant a imposé à Adam et à tous ses enfants, après le péché, d’accomplir leur vie corporelle dans l’humiliation, la misère, l’angoisse et la détresse, jusqu’à ce qu’ils retournent à la terre, selon la nature de leur corps, dont ils furent tirés, ainsi qu’il est écrit en Genèse 3. Cela doit s’accomplir sur tous les enfants d’Adam, rendus, dans leur corps, semblables à la grossière terre, et abaissés. [Suit une phrase très abrégée : elle dit en substance que le croyant ne doit prêter au corps et à ses membres aucune attention excessive, mais s’en servir comme d’un instrument au service de Dieu ; l’œuvre accomplie, corps et âme se séparent, et le corps n’a plus à être l’objet d’un souci ni d’un culte.] Car le cœur chrétien croit et sait bien que ce qui est périssable doit être détruit, et que la loi de Dieu s’accomplit, selon son jugement, sur le corps, comme le dit Paul dans la première épître aux Corinthiens, chapitre 6.
De là suit d’abord, de façon irrésistible, qu’aucun saint ni ami de Dieu n’a jamais désiré ni ordonné que son corps fût, après sa mort, entouré d’honneurs fastueux, d’égards et de vénération. Les saints patriarches ont certes disposé leurs propres sépultures, et Joseph a commandé à ses frères, lors de la sortie du peuple d’Israël hors d’Égypte, d’emporter aussi ses ossements (Genèse 50) ; nous en exposerons plus bas le fondement. Un chrétien pieux peut maintenant aisément discerner quel abus immense et quel mal le diable a introduits ici contre le commandement de Dieu et la volonté obéissante de tous les saints : on orne, honore et adore les reliques à grands frais, peine et labeur, alors que cela ne doit être attendu que de Dieu seul, dans l’humble discrétion, la glorification et l’honneur. Ainsi Paul le dit aux Philippiens, au chapitre 3 : nous attendons du ciel notre Sauveur Jésus-Christ, qui transfigurera le corps de notre abaissement pour le rendre semblable au corps de sa gloire, selon l’efficace par laquelle il peut aussi s’assujettir toutes choses.
Comment donc pourrait-on plaire, agréer ou rendre service aux saints, qui reposent bienheureux dans le Christ jusqu’au dernier jour, en promenant leurs ossements et leurs vêtements dans une pompe toute temporelle, au gré du caprice de chacun ? Voilà la première et grande erreur, l’aveuglement et la nuit qui entourent les reliques, et qui offensent Dieu et ses saints ; car Dieu veut que, d’une volonté due et soumise, notre corps soit abaissé sous la terre selon sa loi, et qu’il y attende son relèvement par son Fils unique au dernier jour.
Comment pourrait-on jamais penser que les saints fussent pieux ou saints, s’ils se réjouissaient de l’apparat, de la parure, des cris et du tapage autour de leur corps, contre l’ordre commun de Dieu ? Eux qui, dans leur vie mortelle, devaient et voulaient s’accorder au bon plaisir de Dieu, comment demeureraient-ils dans le Christ, si maintenant, connaissant Dieu non plus par la foi mais dans une vision véritable, ils détournaient de Dieu leur volonté et leur désir ? Ils seraient alors pires et plus mauvais que nous, pauvres pécheurs de la terre, à qui le vieil Adam obscurcit chaque jour la connaissance de Dieu.
Que chaque chrétien pieux voie ici quelle séduction diabolique c’est que, dans cette vénération pervertie des reliques, on prétende que les chers saints, amis de Dieu, après avoir déposé le vieil Adam dans leur mort, voudraient de nouveau se détourner de Dieu. Il n’y a là rien d’autre, avec les reliques, qu’un contentement des saints qui ne saurait subsister devant le bon plaisir de Dieu.
Marges : Genèse 3 ; 1 Corinthiens 6 ; Genèse 50 ; Philippiens 3
Dieu tout-puissant a imposé à Adam et à tous ses enfants, après le péché, d’accomplir leur vie corporelle dans l’humiliation, la misère, l’angoisse et la détresse, jusqu’à ce qu’ils retournent à la terre, selon la nature de leur corps, dont ils furent tirés, ainsi qu’il est écrit en Genèse 3. Cela doit s’accomplir sur tous les enfants d’Adam, rendus, dans leur corps, semblables à la grossière terre, et abaissés. [Suit une phrase très abrégée : elle dit en substance que le croyant ne doit prêter au corps et à ses membres aucune attention excessive, mais s’en servir comme d’un instrument au service de Dieu ; l’œuvre accomplie, corps et âme se séparent, et le corps n’a plus à être l’objet d’un souci ni d’un culte.] Car le cœur chrétien croit et sait bien que ce qui est périssable doit être détruit, et que la loi de Dieu s’accomplit, selon son jugement, sur le corps, comme le dit Paul dans la première épître aux Corinthiens, chapitre 6.
De là suit d’abord, de façon irrésistible, qu’aucun saint ni ami de Dieu n’a jamais désiré ni ordonné que son corps fût, après sa mort, entouré d’honneurs fastueux, d’égards et de vénération. Les saints patriarches ont certes disposé leurs propres sépultures, et Joseph a commandé à ses frères, lors de la sortie du peuple d’Israël hors d’Égypte, d’emporter aussi ses ossements (Genèse 50) ; nous en exposerons plus bas le fondement. Un chrétien pieux peut maintenant aisément discerner quel abus immense et quel mal le diable a introduits ici contre le commandement de Dieu et la volonté obéissante de tous les saints : on orne, honore et adore les reliques à grands frais, peine et labeur, alors que cela ne doit être attendu que de Dieu seul, dans l’humble discrétion, la glorification et l’honneur. Ainsi Paul le dit aux Philippiens, au chapitre 3 : nous attendons du ciel notre Sauveur Jésus-Christ, qui transfigurera le corps de notre abaissement pour le rendre semblable au corps de sa gloire, selon l’efficace par laquelle il peut aussi s’assujettir toutes choses.
Comment donc pourrait-on plaire, agréer ou rendre service aux saints, qui reposent bienheureux dans le Christ jusqu’au dernier jour, en promenant leurs ossements et leurs vêtements dans une pompe toute temporelle, au gré du caprice de chacun ? Voilà la première et grande erreur, l’aveuglement et la nuit qui entourent les reliques, et qui offensent Dieu et ses saints ; car Dieu veut que, d’une volonté due et soumise, notre corps soit abaissé sous la terre selon sa loi, et qu’il y attende son relèvement par son Fils unique au dernier jour.
Comment pourrait-on jamais penser que les saints fussent pieux ou saints, s’ils se réjouissaient de l’apparat, de la parure, des cris et du tapage autour de leur corps, contre l’ordre commun de Dieu ? Eux qui, dans leur vie mortelle, devaient et voulaient s’accorder au bon plaisir de Dieu, comment demeureraient-ils dans le Christ, si maintenant, connaissant Dieu non plus par la foi mais dans une vision véritable, ils détournaient de Dieu leur volonté et leur désir ? Ils seraient alors pires et plus mauvais que nous, pauvres pécheurs de la terre, à qui le vieil Adam obscurcit chaque jour la connaissance de Dieu.
Que chaque chrétien pieux voie ici quelle séduction diabolique c’est que, dans cette vénération pervertie des reliques, on prétende que les chers saints, amis de Dieu, après avoir déposé le vieil Adam dans leur mort, voudraient de nouveau se détourner de Dieu. Il n’y a là rien d’autre, avec les reliques, qu’un contentement des saints qui ne saurait subsister devant le bon plaisir de Dieu.
Deuxième feuillet de doctrine
Marges : Jean 10 ; 1 Pierre 5 ; Psaume 102 ; Matthieu 6 ; Luc 11 ; Jean 16 ; Romains 13
Hélas, quelle grande et misérable séduction, que, sous le nom et l’apparence des chers saints, l’état de béatitude soit détourné, par une fausse dévotion, en une chose sensible qui voile la volonté et la loi de Dieu ! C’est pourquoi, pieux chrétien, laisse les reliques être des reliques, et mets toute ta confiance dans le vrai et juste Sauveur, qui est le Christ : sa parole et son enseignement te placent, par la foi, sans nul intermédiaire, sous la protection de Dieu et te rendent assuré de n’avoir à craindre personne, ni au ciel ni sur la terre ; et nul ne pourra te nuire. Le Seigneur Christ t’en rend sûr en Jean 10, où il dit : mes brebis entendent ma voix, et je les connais, et elles me suivent ; je leur donne la vie éternelle, et nul ne les arrachera de ma main. Tu entends bien : aucune relique, aucune sainteté ne te soutient dans le Christ ; seule la foi qui écoute sa voix et la suit, cela, le Christ seul le donne, librement, par sa grâce et sa miséricorde, par laquelle tous les saints, et non par leurs mérites, sont sauvés.
Deuxièmement, il faut considérer avec soin, dans la fausse dévotion aux reliques, comment l’idolâtrie la plus âpre et la plus dangereuse s’insinue ici aussi, sous les dehors du bien, en silence et en secret. Comprends-le ainsi d’abord : notre Dieu vivant et éternel se montre lui-même, en toute vérité, d’un amour et d’une fidélité paternels ; aussi devons-nous, sans aucun intermédiaire et sans l’ombre d’un doute, placer en lui seul toute notre confiance, notre espérance et notre contentement, [car il pourvoit à toute notre détresse et à notre misère, en père attentionné [?]]. Pierre le dit dans sa première épître, chapitre 5 : « Jetez sur lui tout votre souci, car il prend soin de vous. » Et au psaume 102 il est écrit : Dieu a pitié de ceux qui le craignent, comme un père a pitié de ses enfants, car il connaît notre fragilité. Et le Christ, notre cher Seigneur, l’établit avec force dans l’Évangile, en Matthieu 6, Luc 11, Jean 16 et en maints autres endroits : que dans toutes nos détresses nous devons parler avec Dieu et lui demander, comme l’enfant à son père fidèle et aimant.
Qu’est-il donc besoin, ou à quoi bon, de chercher d’autres moyens pour gagner la faveur de Dieu, quand la bonté divine s’offre d’elle-même ? Dis-moi donc, cher ami, serviteur des reliques : ton cœur n’a-t-il jamais été dans une vraie confiance envers ton Dieu miséricordieux, pour que tu mettes un tel zèle, jusqu’à la peine de mort [?], à les honorer avec argent et or, velours et soie, gens, cierges, cris, chants et flûtes, et même avec cuirasse et armes, comme si la miséricorde de Dieu ne te secourait pas et ne te consolait pas davantage dans sa parole vivante ? Où est donc ton espérance en Dieu seul ? Dieu ne voulant de toi aucun de ces moyens, tu lui adjoins un supplément à sa promesse. Comment pourrait-on jamais excuser d’idolâtrie le culte vain et misérable des reliques, quand ce qui appartient à Dieu seul et tout entier est en partie confié à ces misérables reliques ? On ne peut le gloser autrement : il faut espérer en Dieu, comme l’Écriture l’indique, et laisser tomber tout intermédiaire honorable.
Troisièmement, il est patent que, dans cette fausse dévotion instituée, le commandement de Dieu et toute la loi sont rompus, alors que toute la loi de Dieu s’accomplit dans l’amour fraternel, ainsi que Dieu le dit par saint Paul aux Romains 13. On peut donc aisément mesurer combien est damnable l’énorme dépense, inestimable, consacrée aux reliques : on bâtit des églises, on fonde des monastères pour entretenir les reliques, on prodigue or, argent, pierres précieuses, chants, flûtes, orgues, des biens sans nombre ; et le pauvre peuple chrétien dans le besoin, les veuves et les orphelins, sont en cela tout à fait oubliés, alors que Dieu l’a ordonné au plus haut point, et que c’est par là que se reconnaît la foi chrétienne vivante : dans le service du prochain en ses détresses. Aussi la sentence finale sur la béatitude éternelle repose-t-elle précisément sur ce point, comme il est écrit en Matthieu 25.
Marges : Jean 10 ; 1 Pierre 5 ; Psaume 102 ; Matthieu 6 ; Luc 11 ; Jean 16 ; Romains 13
Hélas, quelle grande et misérable séduction, que, sous le nom et l’apparence des chers saints, l’état de béatitude soit détourné, par une fausse dévotion, en une chose sensible qui voile la volonté et la loi de Dieu ! C’est pourquoi, pieux chrétien, laisse les reliques être des reliques, et mets toute ta confiance dans le vrai et juste Sauveur, qui est le Christ : sa parole et son enseignement te placent, par la foi, sans nul intermédiaire, sous la protection de Dieu et te rendent assuré de n’avoir à craindre personne, ni au ciel ni sur la terre ; et nul ne pourra te nuire. Le Seigneur Christ t’en rend sûr en Jean 10, où il dit : mes brebis entendent ma voix, et je les connais, et elles me suivent ; je leur donne la vie éternelle, et nul ne les arrachera de ma main. Tu entends bien : aucune relique, aucune sainteté ne te soutient dans le Christ ; seule la foi qui écoute sa voix et la suit, cela, le Christ seul le donne, librement, par sa grâce et sa miséricorde, par laquelle tous les saints, et non par leurs mérites, sont sauvés.
Deuxièmement, il faut considérer avec soin, dans la fausse dévotion aux reliques, comment l’idolâtrie la plus âpre et la plus dangereuse s’insinue ici aussi, sous les dehors du bien, en silence et en secret. Comprends-le ainsi d’abord : notre Dieu vivant et éternel se montre lui-même, en toute vérité, d’un amour et d’une fidélité paternels ; aussi devons-nous, sans aucun intermédiaire et sans l’ombre d’un doute, placer en lui seul toute notre confiance, notre espérance et notre contentement, [car il pourvoit à toute notre détresse et à notre misère, en père attentionné [?]]. Pierre le dit dans sa première épître, chapitre 5 : « Jetez sur lui tout votre souci, car il prend soin de vous. » Et au psaume 102 il est écrit : Dieu a pitié de ceux qui le craignent, comme un père a pitié de ses enfants, car il connaît notre fragilité. Et le Christ, notre cher Seigneur, l’établit avec force dans l’Évangile, en Matthieu 6, Luc 11, Jean 16 et en maints autres endroits : que dans toutes nos détresses nous devons parler avec Dieu et lui demander, comme l’enfant à son père fidèle et aimant.
Qu’est-il donc besoin, ou à quoi bon, de chercher d’autres moyens pour gagner la faveur de Dieu, quand la bonté divine s’offre d’elle-même ? Dis-moi donc, cher ami, serviteur des reliques : ton cœur n’a-t-il jamais été dans une vraie confiance envers ton Dieu miséricordieux, pour que tu mettes un tel zèle, jusqu’à la peine de mort [?], à les honorer avec argent et or, velours et soie, gens, cierges, cris, chants et flûtes, et même avec cuirasse et armes, comme si la miséricorde de Dieu ne te secourait pas et ne te consolait pas davantage dans sa parole vivante ? Où est donc ton espérance en Dieu seul ? Dieu ne voulant de toi aucun de ces moyens, tu lui adjoins un supplément à sa promesse. Comment pourrait-on jamais excuser d’idolâtrie le culte vain et misérable des reliques, quand ce qui appartient à Dieu seul et tout entier est en partie confié à ces misérables reliques ? On ne peut le gloser autrement : il faut espérer en Dieu, comme l’Écriture l’indique, et laisser tomber tout intermédiaire honorable.
Troisièmement, il est patent que, dans cette fausse dévotion instituée, le commandement de Dieu et toute la loi sont rompus, alors que toute la loi de Dieu s’accomplit dans l’amour fraternel, ainsi que Dieu le dit par saint Paul aux Romains 13. On peut donc aisément mesurer combien est damnable l’énorme dépense, inestimable, consacrée aux reliques : on bâtit des églises, on fonde des monastères pour entretenir les reliques, on prodigue or, argent, pierres précieuses, chants, flûtes, orgues, des biens sans nombre ; et le pauvre peuple chrétien dans le besoin, les veuves et les orphelins, sont en cela tout à fait oubliés, alors que Dieu l’a ordonné au plus haut point, et que c’est par là que se reconnaît la foi chrétienne vivante : dans le service du prochain en ses détresses. Aussi la sentence finale sur la béatitude éternelle repose-t-elle précisément sur ce point, comme il est écrit en Matthieu 25.
Troisième feuillet de doctrine
Marges : Ésaïe 29 ; Matthieu 15
Le Seigneur Christ appelle les élus à la béatitude éternelle parce qu’ils ont nourri les affamés, désaltéré les assoiffés, vêtu ceux qui étaient nus, hébergé les sans-logis, visité les malades et consolé les prisonniers. Et il dit des damnés, qu’il voue à la peine éternelle, que c’est parce qu’ils n’ont rien fait de tel.
Ô Dieu, quelle grande séduction, que l’on consacre des dépenses à des ossements de morts, tandis que les vivants doivent, entre-temps, souffrir la faim et la soif ! Que chaque chrétien pieux considère combien de florins d’or et de joyaux d’argent l’on prépare pour les reliques, alors que des milliers de pauvres gens sans feu ni lieu, de veuves, d’orphelins et de misérables dans le besoin devraient être secourus selon le commandement de Dieu. On le voit partout : ceux qui vouent leur zèle et leur attention à ces reliques impies sont capables de risquer pour elles, à l’occasion, une grosse somme d’argent et de la dépenser avec joie ; mais qu’ils aient à prêter à leur prochain et frère, dans sa grande détresse, quelques florins, ils s’imagineraient courir à leur ruine.
Que chacun songe aussi quelle somme inestimable on dépense à aller chercher le tombeau de saint Jacques en Espagne, saint Pierre et saint Paul à Rome, à faire le pèlerinage des reliques à Aix-la-Chapelle, la tournée de Nuremberg, de Bamberg, de Würzburg [?], à Sainte-Anne-du-Mont (Annaberg), et même chez mes chers frères et amis de Hall, dans la vallée de l’Inn ; si le commandement de Dieu était observé, combien de milliers de pauvres gens dans le besoin seraient ici réjouis et soutenus ! Que cela détourne de Dieu et de son commandement, tout homme simple peut aussi le reconnaître. C’est pourquoi il doit nous arriver aussi ce qui est arrivé aux anciens Juifs : parce qu’ils avaient mis en avant des lois et des ordonnances forgées par les hommes, au détriment de la loi et des commandements divins, et les tenaient avec tout le zèle et à grands frais, ils furent frappés par Dieu, aveuglés et endurcis dans leur esprit, et finirent par mettre à mort sur la croix le Fils de Dieu. Lis à ce sujet Ésaïe 29 et Matthieu 15. Ainsi nous, chrétiens, nous sommes sots et insensés : nous laissons tomber la parole de Dieu, vivante et manifeste, et nous nous attachons à des choses prétendument saintes, issues d’une imposture forgée par les prêtres et les moines, et nous nous donnons toute la peine du monde pour les maintenir.
C’est pourquoi aussi a été abolie, chez les évêques, empereurs, rois, princes comme chez le commun peuple, la compréhension chrétienne fondamentale de la parole vivante de Dieu. Chacun suit son propre chemin, sa dévotion de son cru est tenue pour sa foi chrétienne constante, chacun s’en remet à son patron et à sa relique ; et le monde entier est ainsi endurci dans la méchanceté et la scélératesse, et durci à la manière du diable. Il faut que le Christ soit crucifié à nouveau : c’est-à-dire que sa sainte parole divine, dans son vrai sens fondamental, nul ne veut plus l’entendre, nul n’ose plus l’enseigner en public, et il faut bien qu’il en soit ainsi. Car si la vraie justice et la délivrance du péché ne découlent que de la seule miséricorde de Dieu, et qu’elle nous est entièrement refusée [?], on ne trouvera plus que dureté et absence de pitié devant la détresse de notre prochain ; Dieu n’a alors plus de part en nous, la foi est elle aussi perdue, et nous allons d’une méchanceté à l’autre. Cela se voit en tous lieux et à tous les confins de la chrétienté.
Regarde seulement, pieux chrétien, les très puissants princes et seigneurs territoriaux : tel d’entre eux gaspillera deux, trois, mille florins, et bien plus encore, pour honorer des reliques ; mais s’il lui fallait faire grâce à ses pauvres sujets d’un cens, d’une redevance ou d’un impôt annuel, il ne pourrait plus être roi ni prince. Le pauvre homme doit payer, dût-il, lui, sa femme et ses enfants, souffrir la faim et la misère. Que dis-je : mainte pauvre femme enceinte perd, de saisissement, le fruit qu’elle porte sous son cœur, quand le pauvre travailleur, faute de récolte ou par quelque autre malheur, ne peut s’acquitter, et que, pour cela, on le met aux ceps, aux fers, et qu’on le tourmente : ce qui crie sans nul doute vengeance au ciel. Et cette vengeance ne se fera pas longtemps attendre, car Dieu ne pourra l’endurer plus longtemps.
Mais les grands seigneurs n’y pensent pas ; la parole et le commandement de Dieu ne les concernent en rien ; ils s’estiment quittes dès lors que, des richesses arrachées à leurs pauvres sujets, ils donnent une part, sur le conseil des moines et des prêtres qui s’en emplissent aussi la panse, aux reliques, aux idoles et à cet ouvrage de poupées : ils iraient alors au ciel, quand bien même le diable devrait les y porter.
Marges : Ésaïe 29 ; Matthieu 15
Le Seigneur Christ appelle les élus à la béatitude éternelle parce qu’ils ont nourri les affamés, désaltéré les assoiffés, vêtu ceux qui étaient nus, hébergé les sans-logis, visité les malades et consolé les prisonniers. Et il dit des damnés, qu’il voue à la peine éternelle, que c’est parce qu’ils n’ont rien fait de tel.
Ô Dieu, quelle grande séduction, que l’on consacre des dépenses à des ossements de morts, tandis que les vivants doivent, entre-temps, souffrir la faim et la soif ! Que chaque chrétien pieux considère combien de florins d’or et de joyaux d’argent l’on prépare pour les reliques, alors que des milliers de pauvres gens sans feu ni lieu, de veuves, d’orphelins et de misérables dans le besoin devraient être secourus selon le commandement de Dieu. On le voit partout : ceux qui vouent leur zèle et leur attention à ces reliques impies sont capables de risquer pour elles, à l’occasion, une grosse somme d’argent et de la dépenser avec joie ; mais qu’ils aient à prêter à leur prochain et frère, dans sa grande détresse, quelques florins, ils s’imagineraient courir à leur ruine.
Que chacun songe aussi quelle somme inestimable on dépense à aller chercher le tombeau de saint Jacques en Espagne, saint Pierre et saint Paul à Rome, à faire le pèlerinage des reliques à Aix-la-Chapelle, la tournée de Nuremberg, de Bamberg, de Würzburg [?], à Sainte-Anne-du-Mont (Annaberg), et même chez mes chers frères et amis de Hall, dans la vallée de l’Inn ; si le commandement de Dieu était observé, combien de milliers de pauvres gens dans le besoin seraient ici réjouis et soutenus ! Que cela détourne de Dieu et de son commandement, tout homme simple peut aussi le reconnaître. C’est pourquoi il doit nous arriver aussi ce qui est arrivé aux anciens Juifs : parce qu’ils avaient mis en avant des lois et des ordonnances forgées par les hommes, au détriment de la loi et des commandements divins, et les tenaient avec tout le zèle et à grands frais, ils furent frappés par Dieu, aveuglés et endurcis dans leur esprit, et finirent par mettre à mort sur la croix le Fils de Dieu. Lis à ce sujet Ésaïe 29 et Matthieu 15. Ainsi nous, chrétiens, nous sommes sots et insensés : nous laissons tomber la parole de Dieu, vivante et manifeste, et nous nous attachons à des choses prétendument saintes, issues d’une imposture forgée par les prêtres et les moines, et nous nous donnons toute la peine du monde pour les maintenir.
C’est pourquoi aussi a été abolie, chez les évêques, empereurs, rois, princes comme chez le commun peuple, la compréhension chrétienne fondamentale de la parole vivante de Dieu. Chacun suit son propre chemin, sa dévotion de son cru est tenue pour sa foi chrétienne constante, chacun s’en remet à son patron et à sa relique ; et le monde entier est ainsi endurci dans la méchanceté et la scélératesse, et durci à la manière du diable. Il faut que le Christ soit crucifié à nouveau : c’est-à-dire que sa sainte parole divine, dans son vrai sens fondamental, nul ne veut plus l’entendre, nul n’ose plus l’enseigner en public, et il faut bien qu’il en soit ainsi. Car si la vraie justice et la délivrance du péché ne découlent que de la seule miséricorde de Dieu, et qu’elle nous est entièrement refusée [?], on ne trouvera plus que dureté et absence de pitié devant la détresse de notre prochain ; Dieu n’a alors plus de part en nous, la foi est elle aussi perdue, et nous allons d’une méchanceté à l’autre. Cela se voit en tous lieux et à tous les confins de la chrétienté.
Regarde seulement, pieux chrétien, les très puissants princes et seigneurs territoriaux : tel d’entre eux gaspillera deux, trois, mille florins, et bien plus encore, pour honorer des reliques ; mais s’il lui fallait faire grâce à ses pauvres sujets d’un cens, d’une redevance ou d’un impôt annuel, il ne pourrait plus être roi ni prince. Le pauvre homme doit payer, dût-il, lui, sa femme et ses enfants, souffrir la faim et la misère. Que dis-je : mainte pauvre femme enceinte perd, de saisissement, le fruit qu’elle porte sous son cœur, quand le pauvre travailleur, faute de récolte ou par quelque autre malheur, ne peut s’acquitter, et que, pour cela, on le met aux ceps, aux fers, et qu’on le tourmente : ce qui crie sans nul doute vengeance au ciel. Et cette vengeance ne se fera pas longtemps attendre, car Dieu ne pourra l’endurer plus longtemps.
Mais les grands seigneurs n’y pensent pas ; la parole et le commandement de Dieu ne les concernent en rien ; ils s’estiment quittes dès lors que, des richesses arrachées à leurs pauvres sujets, ils donnent une part, sur le conseil des moines et des prêtres qui s’en emplissent aussi la panse, aux reliques, aux idoles et à cet ouvrage de poupées : ils iraient alors au ciel, quand bien même le diable devrait les y porter.
Quatrième feuillet de doctrine
Il en va de même des riches marchands qui, d’abord, partout, par l’usure et par des achats et ventes frauduleux, déchirent entièrement le bien commun : ils n’en sont pas moins de saints et pieux personnages, dès lors qu’ils font de riches largesses prélevées sur ce mauvais bien honteux, au profit des reliques et de ces poupées d’idoles, œuvre des prêtres ; et ils s’en vont aussi, comme les prêtres et les moines le leur promettent, au ciel [la fin de la phrase est obscure]. Et à leur suite viennent les états susdits et leurs pareils ; le pauvre peuple commun, séduit, n’est pas non plus en reste, et il faut que le Christ avec son commandement reste derrière la porte, tandis que les inventions des hommes et toute frivolité passent devant.
Il ne sert à rien non plus d’objecter qu’à côté de la parure et du culte des reliques on a institué beaucoup de belles et grandes aumônes pour l’entretien et la consolation des pauvres gens, et qu’on s’en trouverait excusé ; car toutes ces aumônes ne pèsent rien face au grand abus des reliques ; et même si quelques villes soutiennent fidèlement leurs pauvres, elles auraient pourtant, dans leur voisinage, bien assez de raisons de miséricorde [et d’aide ; mais ce secours fait défaut [?]].
Mais pour que le commandement de Dieu, l’amour fraternel, demeure méprisé, et que cette fabrique de poupées avec son idolâtrie subsiste, l’Antéchrist à Rome et ses disciples, les évêques, y ont adjoint leurs indulgences et leurs grâces, afin que la foire soit complète, et que les pauvres gens simples, privés de leur argent [...] demeurent affermis et fortifiés dans la même erreur [?].
Quatrièmement, il y a lieu de pleurer, dans cette erreur, que la vraie foi ait si entièrement disparu de la chrétienté, et qu’il apparaisse ici que la vie n’est pas en nous, puisqu’on accorde tant d’honneur et d’attention à des choses mortes, insensibles, sans aucune Écriture ni fondement chrétien. La foi chrétienne vivante ne donne au chrétien aucune œuvre à accomplir, à faire ou à omettre qui soit incertaine ou douteuse ; car toutes les œuvres chrétiennes agréables à Dieu doivent reposer, dans la foi, sur une connaissance certaine, comme la foi, dans la parole vivante de Dieu, montre clairement ce qu’il y a lieu de faire ou de laisser.
C’est ce que notre Seigneur Christ montre aussi en Luc 10, où Marthe, s’affairant avec zèle à rendre au Seigneur un service corporel, se plaint de sa sœur Marie, assise aux pieds du Seigneur et écoutant sa divine parole, de ne pas se lever pour l’aider. Marthe devrait écouter sa parole, en laquelle Dieu est honoré au plus haut point et lui seul ; et il dit à Marthe : une seule chose est nécessaire, c’est-à-dire ce que la parole de Dieu enseigne de faire : on ne doit appartenir qu’à elle ; et ce que l’on entreprend en dehors d’elle, fût-ce pour toucher au corps de notre Seigneur Christ, n’a aucune valeur devant Dieu. C’est pourquoi sont de piètres amis de Dieu ceux qui croient conquérir le tombeau du Christ par le sang, ce que Dieu a si souvent interdit dans l’Écriture. Et ceux qui se rendent à ce saint tombeau ne sont pas pour autant de bons chrétiens, quand bien même ils y siégeraient jusqu’au dernier jour. Il faut que le cœur de l’homme chrétien meure avec le Christ et soit enseveli, retiré du péché et de toute la pompe du monde, jusque sous la terre ; il faut que le Christ, avec sa sainte passion, soit déposé dans notre cœur comme dans un tombeau extérieur, dans son repos bienheureux. Cela, seule la foi peut l’accomplir, et non le tombeau juif de Jérusalem.
Puisqu’on ne trouve pas une seule lettre de la sainte Écriture divine qui commande d’honorer les reliques, on peut en conclure à bon droit que tout honneur rendu aux reliques en dehors de la foi, où il n’a pas de fondement, est particulièrement contraire à Dieu, comme Dieu le dit par Paul aux Romains, au chapitre 14 : tout ce qui ne vient pas de la foi est péché.
Il en va de même des riches marchands qui, d’abord, partout, par l’usure et par des achats et ventes frauduleux, déchirent entièrement le bien commun : ils n’en sont pas moins de saints et pieux personnages, dès lors qu’ils font de riches largesses prélevées sur ce mauvais bien honteux, au profit des reliques et de ces poupées d’idoles, œuvre des prêtres ; et ils s’en vont aussi, comme les prêtres et les moines le leur promettent, au ciel [la fin de la phrase est obscure]. Et à leur suite viennent les états susdits et leurs pareils ; le pauvre peuple commun, séduit, n’est pas non plus en reste, et il faut que le Christ avec son commandement reste derrière la porte, tandis que les inventions des hommes et toute frivolité passent devant.
Il ne sert à rien non plus d’objecter qu’à côté de la parure et du culte des reliques on a institué beaucoup de belles et grandes aumônes pour l’entretien et la consolation des pauvres gens, et qu’on s’en trouverait excusé ; car toutes ces aumônes ne pèsent rien face au grand abus des reliques ; et même si quelques villes soutiennent fidèlement leurs pauvres, elles auraient pourtant, dans leur voisinage, bien assez de raisons de miséricorde [et d’aide ; mais ce secours fait défaut [?]].
Mais pour que le commandement de Dieu, l’amour fraternel, demeure méprisé, et que cette fabrique de poupées avec son idolâtrie subsiste, l’Antéchrist à Rome et ses disciples, les évêques, y ont adjoint leurs indulgences et leurs grâces, afin que la foire soit complète, et que les pauvres gens simples, privés de leur argent [...] demeurent affermis et fortifiés dans la même erreur [?].
Quatrièmement, il y a lieu de pleurer, dans cette erreur, que la vraie foi ait si entièrement disparu de la chrétienté, et qu’il apparaisse ici que la vie n’est pas en nous, puisqu’on accorde tant d’honneur et d’attention à des choses mortes, insensibles, sans aucune Écriture ni fondement chrétien. La foi chrétienne vivante ne donne au chrétien aucune œuvre à accomplir, à faire ou à omettre qui soit incertaine ou douteuse ; car toutes les œuvres chrétiennes agréables à Dieu doivent reposer, dans la foi, sur une connaissance certaine, comme la foi, dans la parole vivante de Dieu, montre clairement ce qu’il y a lieu de faire ou de laisser.
C’est ce que notre Seigneur Christ montre aussi en Luc 10, où Marthe, s’affairant avec zèle à rendre au Seigneur un service corporel, se plaint de sa sœur Marie, assise aux pieds du Seigneur et écoutant sa divine parole, de ne pas se lever pour l’aider. Marthe devrait écouter sa parole, en laquelle Dieu est honoré au plus haut point et lui seul ; et il dit à Marthe : une seule chose est nécessaire, c’est-à-dire ce que la parole de Dieu enseigne de faire : on ne doit appartenir qu’à elle ; et ce que l’on entreprend en dehors d’elle, fût-ce pour toucher au corps de notre Seigneur Christ, n’a aucune valeur devant Dieu. C’est pourquoi sont de piètres amis de Dieu ceux qui croient conquérir le tombeau du Christ par le sang, ce que Dieu a si souvent interdit dans l’Écriture. Et ceux qui se rendent à ce saint tombeau ne sont pas pour autant de bons chrétiens, quand bien même ils y siégeraient jusqu’au dernier jour. Il faut que le cœur de l’homme chrétien meure avec le Christ et soit enseveli, retiré du péché et de toute la pompe du monde, jusque sous la terre ; il faut que le Christ, avec sa sainte passion, soit déposé dans notre cœur comme dans un tombeau extérieur, dans son repos bienheureux. Cela, seule la foi peut l’accomplir, et non le tombeau juif de Jérusalem.
Puisqu’on ne trouve pas une seule lettre de la sainte Écriture divine qui commande d’honorer les reliques, on peut en conclure à bon droit que tout honneur rendu aux reliques en dehors de la foi, où il n’a pas de fondement, est particulièrement contraire à Dieu, comme Dieu le dit par Paul aux Romains, au chapitre 14 : tout ce qui ne vient pas de la foi est péché.
Cinquième feuillet de doctrine
D’abord, il est vrai que les saints patriarches eurent leurs propres sépultures et s’ensevelirent les uns les autres corporellement et fidèlement, accomplissant en cela la loi de Dieu, selon laquelle le corps doit retourner sous la terre. Mais que l’on ait adoré, honoré ou vénéré avec cérémonie le corps abandonné des défunts et leurs ossements, on n’en lit rien, et cela ne découle d’aucun des écrits cités. Ninus, lui, fit ériger le tombeau de son père, et une image en son nom, qu’il fit honorer et adorer : c’est là, selon les histoires, le commencement de toute idolâtrie. Cela contredit toute la loi de Moïse et l’enseignement de tous les prophètes. Le Seigneur Christ voit aussi, dans ces choses, une atteinte à son bon plaisir divin chez les prêtres et pharisiens qui, de son temps, se mirent à orner et peindre les tombeaux des prophètes, comme on peut le lire en Matthieu 23.
Quant à Joseph, le saint patriarche, qui ordonna à ses frères que ses ossements fussent emportés à la sortie d’Égypte, il ne faut pas y voir un ordre de les honorer ; il faut y voir ceci : de même que la sortie d’Égypte vers la terre promise figure la sortie bienheureuse hors de la captivité pécheresse du vieil Adam, par la rédemption de notre Seigneur Jésus-Christ, et l’entrée dans la félicité éternelle promise et assurée en Christ, de même, quand l’homme entier est sauvé par le Christ, le corps avec tous ses membres doit aller là aussi. C’est cela que le saint patriarche Joseph, éclairé dans la foi, a espéré et prévu, et c’est pourquoi il voulut que ses ossements fussent conduits d’Égypte en la terre promise.
Si quelqu’un voulait ici une explication plus ample, parce que ce sens de l’Écriture lui paraîtrait trop spirituel, le texte est clair, et, pris selon son sens littéral, il ne dit rien d’autre que ceci : Joseph désirait enfin la sépulture de ses parents, qu’il ne put, après sa propre mort, ordonner de la même façon ; comme il était gouverneur en Égypte, il lui fallut d’abord être enseveli en terre d’Égypte ; mais quand ses bienfaits envers tout le royaume d’Égypte furent oubliés et que sa race fut si misérablement méprisée et persécutée, Dieu le Tout-Puissant la fit sortir d’Égypte, corps et biens, d’une main puissante, et il ordonna à Joseph d’emporter aussi ses ossements. De cela seul il ne s’ensuit nullement qu’on doive les honorer et les adorer avec or, argent, pierres précieuses et pompe ; tu peux le voir toi-même dans ce texte pur et clair, à ton gré.
Quant à Jérôme, que l’on exalte si haut, louant fort les reliques et les saints, et délaissant la vraie doctrine chrétienne et divine ; qui a traité d’hérétique Vigilantius, lequel écrivait ici de façon chrétienne ; et que l’Église romaine, infernale, entretient et confirme cela : je laisse les vieilles femmes s’en contenter. Car quiconque examine ses deux écrits contra Vigilantium peut saisir à pleines mains que Jérôme ne s’appuie sur aucun fondement de l’Écriture, comme il sied à un enseignement chrétien, [et qu’il s’y montre plutôt partisan [?]. Que cela ne te trouble pas : que le pape et sa suite gardent leur Jérôme ; nous voulons appartenir au Christ et à sa parole divine, et ne pas bavarder, en matière de reliques, de la vraie et droite foi, charité et espérance chrétiennes ; ce qui est certain, sûr et nécessaire, nous l’aimerons de tout notre désir, et nous croirons non en Jérôme, mais en notre Seigneur Jésus-Christ : ce n’est pas Jérôme qui est mort pour nous, mais le Christ seul, Fils de Dieu. C’est pourquoi nous devons écouter la voix du Christ, non celle de Jérôme, ni d’aucun homme qui n’apporte pas l’Écriture dans son fondement.
Que celui qui préfère s’en prendre à mon écrit regarde bien d’où il vient : les inventions et la doctrine des hommes ne me feront pas peur ; et comme j’ai confiance en Dieu, il sera éconduit sans peine du champ [?]. Je m’arrête là pour cette fois, jusqu’à ce que, si l’on m’y presse davantage, ceux qui n’ont d’yeux que pour Dieu m’amènent à publier un traité plus long. Écrit à Eisenach en Thuringe, le dimanche des Rameaux de l’an 23.
D. Ja. Strauß.
D’abord, il est vrai que les saints patriarches eurent leurs propres sépultures et s’ensevelirent les uns les autres corporellement et fidèlement, accomplissant en cela la loi de Dieu, selon laquelle le corps doit retourner sous la terre. Mais que l’on ait adoré, honoré ou vénéré avec cérémonie le corps abandonné des défunts et leurs ossements, on n’en lit rien, et cela ne découle d’aucun des écrits cités. Ninus, lui, fit ériger le tombeau de son père, et une image en son nom, qu’il fit honorer et adorer : c’est là, selon les histoires, le commencement de toute idolâtrie. Cela contredit toute la loi de Moïse et l’enseignement de tous les prophètes. Le Seigneur Christ voit aussi, dans ces choses, une atteinte à son bon plaisir divin chez les prêtres et pharisiens qui, de son temps, se mirent à orner et peindre les tombeaux des prophètes, comme on peut le lire en Matthieu 23.
Quant à Joseph, le saint patriarche, qui ordonna à ses frères que ses ossements fussent emportés à la sortie d’Égypte, il ne faut pas y voir un ordre de les honorer ; il faut y voir ceci : de même que la sortie d’Égypte vers la terre promise figure la sortie bienheureuse hors de la captivité pécheresse du vieil Adam, par la rédemption de notre Seigneur Jésus-Christ, et l’entrée dans la félicité éternelle promise et assurée en Christ, de même, quand l’homme entier est sauvé par le Christ, le corps avec tous ses membres doit aller là aussi. C’est cela que le saint patriarche Joseph, éclairé dans la foi, a espéré et prévu, et c’est pourquoi il voulut que ses ossements fussent conduits d’Égypte en la terre promise.
Si quelqu’un voulait ici une explication plus ample, parce que ce sens de l’Écriture lui paraîtrait trop spirituel, le texte est clair, et, pris selon son sens littéral, il ne dit rien d’autre que ceci : Joseph désirait enfin la sépulture de ses parents, qu’il ne put, après sa propre mort, ordonner de la même façon ; comme il était gouverneur en Égypte, il lui fallut d’abord être enseveli en terre d’Égypte ; mais quand ses bienfaits envers tout le royaume d’Égypte furent oubliés et que sa race fut si misérablement méprisée et persécutée, Dieu le Tout-Puissant la fit sortir d’Égypte, corps et biens, d’une main puissante, et il ordonna à Joseph d’emporter aussi ses ossements. De cela seul il ne s’ensuit nullement qu’on doive les honorer et les adorer avec or, argent, pierres précieuses et pompe ; tu peux le voir toi-même dans ce texte pur et clair, à ton gré.
Quant à Jérôme, que l’on exalte si haut, louant fort les reliques et les saints, et délaissant la vraie doctrine chrétienne et divine ; qui a traité d’hérétique Vigilantius, lequel écrivait ici de façon chrétienne ; et que l’Église romaine, infernale, entretient et confirme cela : je laisse les vieilles femmes s’en contenter. Car quiconque examine ses deux écrits contra Vigilantium peut saisir à pleines mains que Jérôme ne s’appuie sur aucun fondement de l’Écriture, comme il sied à un enseignement chrétien, [et qu’il s’y montre plutôt partisan [?]. Que cela ne te trouble pas : que le pape et sa suite gardent leur Jérôme ; nous voulons appartenir au Christ et à sa parole divine, et ne pas bavarder, en matière de reliques, de la vraie et droite foi, charité et espérance chrétiennes ; ce qui est certain, sûr et nécessaire, nous l’aimerons de tout notre désir, et nous croirons non en Jérôme, mais en notre Seigneur Jésus-Christ : ce n’est pas Jérôme qui est mort pour nous, mais le Christ seul, Fils de Dieu. C’est pourquoi nous devons écouter la voix du Christ, non celle de Jérôme, ni d’aucun homme qui n’apporte pas l’Écriture dans son fondement.
Que celui qui préfère s’en prendre à mon écrit regarde bien d’où il vient : les inventions et la doctrine des hommes ne me feront pas peur ; et comme j’ai confiance en Dieu, il sera éconduit sans peine du champ [?]. Je m’arrête là pour cette fois, jusqu’à ce que, si l’on m’y presse davantage, ceux qui n’ont d’yeux que pour Dieu m’amènent à publier un traité plus long. Écrit à Eisenach en Thuringe, le dimanche des Rameaux de l’an 23.
D. Ja. Strauß.
Sixième feuillet de doctrine
Marge : Ésaïe 5
Cinquièmement, que chaque chrétien pieux porte son vrai jugement, puisque nous avons montré brièvement et sans réplique que l’espérance, l’amour du commandement de Dieu et du prochain, et la lumière de la foi vivante sont entravés et interdits par le culte vain des reliques : ne doit-on pas le tenir et le considérer pour une idolâtrie empoisonnée ? Puisque même Augustin et les docteurs scolastiques enseignent et doivent concéder que la véritable et unique adoration de Dieu consiste à placer en Dieu seul la foi, l’amour et l’espérance, alors tout chant, parole, prière, flûte, orgue, cierge, et autres inventions humaines, sacerdotales et monacales, s’opposent à la véritable adoration de Dieu, et celui qui les pratique doit être reconnu pour un véritable idolâtre.
Sixièmement, la connaissance humaine seule suffit déjà à reconnaître que la glorification des reliques n’est qu’une séduction diabolique, forgée de toutes pièces. Car tous ceux qui se sont préoccupés de connaître Dieu savent qu’aucun savoir certain ni aucune garantie indubitable ne peut être donné d’aucune relique ; ceux qui y croient sans Écriture n’en ont eux-mêmes rien su avec certitude, et ils racontent partout des mensonges manifestes. Remarque d’abord la sainte croix : on en montre tant de morceaux dans toutes les églises que, s’il fallait qu’une seule fût la vraie et qu’elle fût si grande et si longue, on en pourrait bâtir une maison bien convenable.
De même, on montre en deux lieux le prépuce de notre Seigneur : il est blasphématoire de penser qu’on ait retranché tant de superflu du tout petit enfant Jésus lors de sa circoncision, accomplie pour nous, et que le Christ, ressuscité à la vie immortelle, ait pu laisser ici-bas quelque chose de ses membres et de son sang.
De même, en maintes églises, on montre le lait de Notre-Dame, que l’on attribue complaisamment à la Vierge Marie ; or il n’est pas de vache en Suisse dont on dirait que son lait serait aussi largement distribué, sans que tu ne dises que c’est un mensonge.
De même, on montre saint Jacques à Compostelle, et aussi à Celos [?]. Saint Marc gît à Venise, en corps entier, et on le voit aussi en corps entier à la Reichenau, dans le sol. Saint Matthias, on le montre à Rome à Sainte-Marie-Majeure, et à Trèves, au monastère Saint-Matthias, où il gît lui aussi en corps entier. De même à Rome, à Sainte-Croix, on montre un des grands clous dont le Seigneur Christ fut cloué à la croix ; et à Trèves un autre ; à Cologne aussi ; et ceux de Nuremberg en ont un également. De même, la tête de sainte Barbe est montrée en trois endroits. De même, si saint Sébastien avait été aussi grand que le grand géant, le plus grand colosse qui fût jamais venu au monde, les ossements que l’on montre en son nom ne tiendraient pas dans son seul corps. Et si la barbe de saint Antoine était aussi hirsute que celle d’un mouton de Hollande, il y en a pourtant, dans les églises, bien davantage que cela. De même, quelles longues et larges braies saint Joseph aurait-il dû avoir, pour que viennent de là tous les lambeaux qu’on exhibe de toutes parts dans les églises ! Et d’autres mensonges, innombrables, inexprimables, flagrants, se trouvent dans le commerce des reliques ; il faudrait être bien habile pour accorder entre elles de telles fables impossibles. Mais tout reçoit sa force et sa confirmation dès que le saint père le pape et ses dévots évêques y font publier des bulles [?] ; il faut alors les croire, quand ils disent que l’eau est feu et que le feu est eau ; et de même que leur mensonge doit être vrai, de même leur vérité doit être mensonge. Car ils appellent le mal bien et le bien mal, font des ténèbres la lumière et de la lumière les ténèbres, et ils font du peuple ordinaire ce qu’ils veulent ; c’est pourquoi aussi ils sont maudits de Dieu, comme il est écrit en Isaïe 5.
Septièmement et enfin, nous ne devons pas non plus laisser que l’Écriture, que nous avons citée au commencement au sujet des sépultures des patriarches et des ossements de Joseph, soit tirée à l’appui de l’erreur des reliques.
Marge : Ésaïe 5
Cinquièmement, que chaque chrétien pieux porte son vrai jugement, puisque nous avons montré brièvement et sans réplique que l’espérance, l’amour du commandement de Dieu et du prochain, et la lumière de la foi vivante sont entravés et interdits par le culte vain des reliques : ne doit-on pas le tenir et le considérer pour une idolâtrie empoisonnée ? Puisque même Augustin et les docteurs scolastiques enseignent et doivent concéder que la véritable et unique adoration de Dieu consiste à placer en Dieu seul la foi, l’amour et l’espérance, alors tout chant, parole, prière, flûte, orgue, cierge, et autres inventions humaines, sacerdotales et monacales, s’opposent à la véritable adoration de Dieu, et celui qui les pratique doit être reconnu pour un véritable idolâtre.
Sixièmement, la connaissance humaine seule suffit déjà à reconnaître que la glorification des reliques n’est qu’une séduction diabolique, forgée de toutes pièces. Car tous ceux qui se sont préoccupés de connaître Dieu savent qu’aucun savoir certain ni aucune garantie indubitable ne peut être donné d’aucune relique ; ceux qui y croient sans Écriture n’en ont eux-mêmes rien su avec certitude, et ils racontent partout des mensonges manifestes. Remarque d’abord la sainte croix : on en montre tant de morceaux dans toutes les églises que, s’il fallait qu’une seule fût la vraie et qu’elle fût si grande et si longue, on en pourrait bâtir une maison bien convenable.
De même, on montre en deux lieux le prépuce de notre Seigneur : il est blasphématoire de penser qu’on ait retranché tant de superflu du tout petit enfant Jésus lors de sa circoncision, accomplie pour nous, et que le Christ, ressuscité à la vie immortelle, ait pu laisser ici-bas quelque chose de ses membres et de son sang.
De même, en maintes églises, on montre le lait de Notre-Dame, que l’on attribue complaisamment à la Vierge Marie ; or il n’est pas de vache en Suisse dont on dirait que son lait serait aussi largement distribué, sans que tu ne dises que c’est un mensonge.
De même, on montre saint Jacques à Compostelle, et aussi à Celos [?]. Saint Marc gît à Venise, en corps entier, et on le voit aussi en corps entier à la Reichenau, dans le sol. Saint Matthias, on le montre à Rome à Sainte-Marie-Majeure, et à Trèves, au monastère Saint-Matthias, où il gît lui aussi en corps entier. De même à Rome, à Sainte-Croix, on montre un des grands clous dont le Seigneur Christ fut cloué à la croix ; et à Trèves un autre ; à Cologne aussi ; et ceux de Nuremberg en ont un également. De même, la tête de sainte Barbe est montrée en trois endroits. De même, si saint Sébastien avait été aussi grand que le grand géant, le plus grand colosse qui fût jamais venu au monde, les ossements que l’on montre en son nom ne tiendraient pas dans son seul corps. Et si la barbe de saint Antoine était aussi hirsute que celle d’un mouton de Hollande, il y en a pourtant, dans les églises, bien davantage que cela. De même, quelles longues et larges braies saint Joseph aurait-il dû avoir, pour que viennent de là tous les lambeaux qu’on exhibe de toutes parts dans les églises ! Et d’autres mensonges, innombrables, inexprimables, flagrants, se trouvent dans le commerce des reliques ; il faudrait être bien habile pour accorder entre elles de telles fables impossibles. Mais tout reçoit sa force et sa confirmation dès que le saint père le pape et ses dévots évêques y font publier des bulles [?] ; il faut alors les croire, quand ils disent que l’eau est feu et que le feu est eau ; et de même que leur mensonge doit être vrai, de même leur vérité doit être mensonge. Car ils appellent le mal bien et le bien mal, font des ténèbres la lumière et de la lumière les ténèbres, et ils font du peuple ordinaire ce qu’ils veulent ; c’est pourquoi aussi ils sont maudits de Dieu, comme il est écrit en Isaïe 5.
Septièmement et enfin, nous ne devons pas non plus laisser que l’Écriture, que nous avons citée au commencement au sujet des sépultures des patriarches et des ossements de Joseph, soit tirée à l’appui de l’erreur des reliques.
Notes sur quelques points incertains
Poppenwerk : le mot est compris comme « ouvrage de poupées », c’est-à-dire fabrique d’idoles, ce qui s’accorde avec l’emploi de götze (« idole ») dans le troisième feuillet.
Würzburg : le texte porte quelque chose comme Weidburg. La lecture reste une hypothèse.
Vigilantius : prêtre gaulois du début du Ve siècle, adversaire du culte des reliques, violemment attaqué par saint Jérôme dans son traité Contra Vigilantium. Le nom est conservé sous sa forme latine, comme dans l’original.
Le passage sur la justice et la délivrance du péché (troisième feuillet, avant-dernier paragraphe de la deuxième partie) est syntaxiquement abrégé : le sens général est sûr, la construction exacte moins.
Les [?] restants se trouvent dans la préface, le premier feuillet de doctrine, le passage sur les marchands et les aumônes, et le début du dernier feuillet.
Commentaire théologique
Poppenwerk : le mot est compris comme « ouvrage de poupées », c’est-à-dire fabrique d’idoles, ce qui s’accorde avec l’emploi de götze (« idole ») dans le troisième feuillet.
Würzburg : le texte porte quelque chose comme Weidburg. La lecture reste une hypothèse.
Vigilantius : prêtre gaulois du début du Ve siècle, adversaire du culte des reliques, violemment attaqué par saint Jérôme dans son traité Contra Vigilantium. Le nom est conservé sous sa forme latine, comme dans l’original.
Le passage sur la justice et la délivrance du péché (troisième feuillet, avant-dernier paragraphe de la deuxième partie) est syntaxiquement abrégé : le sens général est sûr, la construction exacte moins.
Les [?] restants se trouvent dans la préface, le premier feuillet de doctrine, le passage sur les marchands et les aumônes, et le début du dernier feuillet.
I. Un opuscule de la première Réforme
En mars 1523 (la préface est datée du 26), Jacobus Strauß, prédicateur à Eisenach, publie en allemand une Brève instruction chrétienne sur la grande erreur commise dans la vénération des reliques. L'écrit s'adresse aux laïcs, et l'auteur le dit sans détour : il ne se soumet qu'à celui qui lui répondra « par une Écriture claire et lumineuse ». La thèse est dans le titre même : le culte des reliques est « de tout point semblable à l'usage commun de l'idolâtrie ». Il ne s'agit donc pas d'un abus de la dévotion à corriger, mais d'une idolâtrie véritable, que le diable aurait introduite dans la chrétienté « sous l'apparence du bien », « en secret et à la sourdine, sous mille déguisements ».
Cet article reconstitue l'argumentation du traité d'après la traduction établie à partir des photographies de l'exemplaire imprimé, puis s'arrête sur l'un de ses passages les plus saisissants, celui qui concerne la circoncision de Jésus et le saint prépuce.
En mars 1523 (la préface est datée du 26), Jacobus Strauß, prédicateur à Eisenach, publie en allemand une Brève instruction chrétienne sur la grande erreur commise dans la vénération des reliques. L'écrit s'adresse aux laïcs, et l'auteur le dit sans détour : il ne se soumet qu'à celui qui lui répondra « par une Écriture claire et lumineuse ». La thèse est dans le titre même : le culte des reliques est « de tout point semblable à l'usage commun de l'idolâtrie ». Il ne s'agit donc pas d'un abus de la dévotion à corriger, mais d'une idolâtrie véritable, que le diable aurait introduite dans la chrétienté « sous l'apparence du bien », « en secret et à la sourdine, sous mille déguisements ».
Cet article reconstitue l'argumentation du traité d'après la traduction établie à partir des photographies de l'exemplaire imprimé, puis s'arrête sur l'un de ses passages les plus saisissants, celui qui concerne la circoncision de Jésus et le saint prépuce.
II. Une définition de l'idolâtrie par déplacement
Strauß ouvre sa préface sur une remarque de langue : nous autres Allemands, dit-il, nommons Abgötterei ce qui brise l'honneur et l'adoration dus à Dieu, « ces choses qui détournent de Dieu l'honneur qui lui revient ». Le critère de l'idolâtrie n'est donc pas la nature de l'objet vénéré, mais le déplacement de l'honneur, de la confiance et de l'espérance, qui ne vont plus à Dieu seul. Cette définition fonctionnelle lui permet de ranger sous un même chef le paganisme et la piété la plus sincère.
Il la renforce, dans le dernier feuillet, par un appel aux autorités mêmes de ses adversaires : « Augustin et les docteurs scolastiques enseignent et doivent concéder que la véritable et unique adoration de Dieu consiste à placer en Dieu seul la foi, l'amour et l'espérance. » De là, par syllogisme : tout chant, cierge ou orgue, toute « invention humaine, sacerdotale et monacale » rendus aux reliques s'oppose à la vraie adoration, et celui qui les pratique « doit être reconnu pour un véritable idolâtre ».
Strauß ouvre sa préface sur une remarque de langue : nous autres Allemands, dit-il, nommons Abgötterei ce qui brise l'honneur et l'adoration dus à Dieu, « ces choses qui détournent de Dieu l'honneur qui lui revient ». Le critère de l'idolâtrie n'est donc pas la nature de l'objet vénéré, mais le déplacement de l'honneur, de la confiance et de l'espérance, qui ne vont plus à Dieu seul. Cette définition fonctionnelle lui permet de ranger sous un même chef le paganisme et la piété la plus sincère.
Il la renforce, dans le dernier feuillet, par un appel aux autorités mêmes de ses adversaires : « Augustin et les docteurs scolastiques enseignent et doivent concéder que la véritable et unique adoration de Dieu consiste à placer en Dieu seul la foi, l'amour et l'espérance. » De là, par syllogisme : tout chant, cierge ou orgue, toute « invention humaine, sacerdotale et monacale » rendus aux reliques s'oppose à la vraie adoration, et celui qui les pratique « doit être reconnu pour un véritable idolâtre ».
III. Les sept moments de l'argumentation
L'ordre des arguments n'est pas toujours aussi net que l'annonce de l'auteur, qui numérote ses points de « deuxièmement » à « septièmement » (le « premièrement » est porté par le grand exposé initial sur le corps et la terre).
Le corps voué à la terre. Le texte s'ouvre sur Genèse 3 : après le péché, Dieu a imposé à Adam et à tous ses enfants de vivre dans « l'humiliation, la misère, l'angoisse et la détresse » jusqu'à ce qu'ils retournent à la terre. Aucun saint, conclut Strauß, n'a désiré ni ordonné que son corps fût honoré après sa mort. Les honneurs rendus aux ossements contredisent la condition mortelle que Dieu a voulue, et ils prêtent aux saints un contentement qui ne saurait subsister « devant le bon plaisir de Dieu ». Il en fait un argument ad hominem : s'ils se réjouissaient de la pompe faite autour de leur corps, les saints seraient « pires et plus mauvais que nous, pauvres pécheurs de la terre ».
Le Christ seul. Prenant appui sur Jean 10, il oppose à la médiation des saints la parole du Christ, qui place le croyant, « sans nul intermédiaire, sous la protection de Dieu ». « Laisse les reliques être des reliques », dit-il, et fie-toi au « vrai et juste Sauveur ». Chercher d'autres moyens de gagner la faveur divine revient à ajouter « un supplément à sa promesse ». La béatitude des saints eux-mêmes procède de la grâce et de la miséricorde, non de leurs mérites.
L'amour du prochain. Le commandement de Dieu, rappelle-t-il avec Romains 13, s'accomplit dans l'amour fraternel. Or les sommes consacrées aux reliques, aux églises, aux monastères, aux pèlerinages sont soustraites aux pauvres, aux veuves et aux orphelins, au mépris de Matthieu 25. Le ton monte : des princes dépensent des milliers de florins pour des ossements et accablent leurs sujets d'impôts, au point que de pauvres femmes enceintes « perdent, de saisissement, le fruit qu'elles portent » quand leurs maris sont mis aux fers faute de pouvoir payer. Cela, dit-il, « crie vengeance au ciel ».
L'Écriture. Strauß relève qu'on ne trouve dans la Bible « pas une seule lettre » qui commande d'honorer les reliques, et que tout ce qui ne vient pas de la foi est péché (Romains 14). Il en tire une règle de pratique : la foi vivante ne donne au chrétien aucune œuvre « incertaine ou douteuse », car les œuvres agréables à Dieu reposent sur une connaissance certaine de sa parole. La scène de Marthe et Marie (Luc 10) l'illustre : ce qui est entrepris hors de la parole, fût-ce pour toucher au corps du Christ, n'a aucune valeur devant Dieu. Même le pèlerinage au tombeau de Jérusalem et l'idée de conquérir ce tombeau par les armes sont ainsi condamnés : seul compte le tombeau du cœur, enseveli avec le Christ.
Les patriarches. Il prévient l'objection tirée de Joseph. La demande du patriarche (Genèse 50) a, selon lui, un sens littéral (il ne pouvait être enseveli en Canaan, et Dieu ordonna le transfert quand Israël fut délivré) et un sens typologique (la sortie d'Égypte figure la sortie hors de la captivité du vieil Adam, et le corps est appelé avec l'homme entier à la félicité). De là aucun honneur dû aux ossements. À l'inverse, Ninus, qui fit honorer le tombeau de son père, est cité comme origine de l'idolâtrie.
Jérôme et Vigilantius. Strauß récuse l'autorité de saint Jérôme, qui a loué les reliques et traité d'hérétique Vigilantius, et il affirme que les deux écrits contra Vigilantium ne s'appuient sur « aucun fondement de l'Écriture ». Sa règle est brutale : « Nous croirons non en Jérôme, mais en notre Seigneur Jésus-Christ : ce n'est pas Jérôme qui est mort pour nous. »
L'argument par l'absurde. Le dernier feuillet dresse un répertoire de reliques manifestement multipliées. C'est dans cette série qu'apparaît le passage qui nous retient.
L'ordre des arguments n'est pas toujours aussi net que l'annonce de l'auteur, qui numérote ses points de « deuxièmement » à « septièmement » (le « premièrement » est porté par le grand exposé initial sur le corps et la terre).
Le corps voué à la terre. Le texte s'ouvre sur Genèse 3 : après le péché, Dieu a imposé à Adam et à tous ses enfants de vivre dans « l'humiliation, la misère, l'angoisse et la détresse » jusqu'à ce qu'ils retournent à la terre. Aucun saint, conclut Strauß, n'a désiré ni ordonné que son corps fût honoré après sa mort. Les honneurs rendus aux ossements contredisent la condition mortelle que Dieu a voulue, et ils prêtent aux saints un contentement qui ne saurait subsister « devant le bon plaisir de Dieu ». Il en fait un argument ad hominem : s'ils se réjouissaient de la pompe faite autour de leur corps, les saints seraient « pires et plus mauvais que nous, pauvres pécheurs de la terre ».
Le Christ seul. Prenant appui sur Jean 10, il oppose à la médiation des saints la parole du Christ, qui place le croyant, « sans nul intermédiaire, sous la protection de Dieu ». « Laisse les reliques être des reliques », dit-il, et fie-toi au « vrai et juste Sauveur ». Chercher d'autres moyens de gagner la faveur divine revient à ajouter « un supplément à sa promesse ». La béatitude des saints eux-mêmes procède de la grâce et de la miséricorde, non de leurs mérites.
L'amour du prochain. Le commandement de Dieu, rappelle-t-il avec Romains 13, s'accomplit dans l'amour fraternel. Or les sommes consacrées aux reliques, aux églises, aux monastères, aux pèlerinages sont soustraites aux pauvres, aux veuves et aux orphelins, au mépris de Matthieu 25. Le ton monte : des princes dépensent des milliers de florins pour des ossements et accablent leurs sujets d'impôts, au point que de pauvres femmes enceintes « perdent, de saisissement, le fruit qu'elles portent » quand leurs maris sont mis aux fers faute de pouvoir payer. Cela, dit-il, « crie vengeance au ciel ».
L'Écriture. Strauß relève qu'on ne trouve dans la Bible « pas une seule lettre » qui commande d'honorer les reliques, et que tout ce qui ne vient pas de la foi est péché (Romains 14). Il en tire une règle de pratique : la foi vivante ne donne au chrétien aucune œuvre « incertaine ou douteuse », car les œuvres agréables à Dieu reposent sur une connaissance certaine de sa parole. La scène de Marthe et Marie (Luc 10) l'illustre : ce qui est entrepris hors de la parole, fût-ce pour toucher au corps du Christ, n'a aucune valeur devant Dieu. Même le pèlerinage au tombeau de Jérusalem et l'idée de conquérir ce tombeau par les armes sont ainsi condamnés : seul compte le tombeau du cœur, enseveli avec le Christ.
Les patriarches. Il prévient l'objection tirée de Joseph. La demande du patriarche (Genèse 50) a, selon lui, un sens littéral (il ne pouvait être enseveli en Canaan, et Dieu ordonna le transfert quand Israël fut délivré) et un sens typologique (la sortie d'Égypte figure la sortie hors de la captivité du vieil Adam, et le corps est appelé avec l'homme entier à la félicité). De là aucun honneur dû aux ossements. À l'inverse, Ninus, qui fit honorer le tombeau de son père, est cité comme origine de l'idolâtrie.
Jérôme et Vigilantius. Strauß récuse l'autorité de saint Jérôme, qui a loué les reliques et traité d'hérétique Vigilantius, et il affirme que les deux écrits contra Vigilantium ne s'appuient sur « aucun fondement de l'Écriture ». Sa règle est brutale : « Nous croirons non en Jérôme, mais en notre Seigneur Jésus-Christ : ce n'est pas Jérôme qui est mort pour nous. »
L'argument par l'absurde. Le dernier feuillet dresse un répertoire de reliques manifestement multipliées. C'est dans cette série qu'apparaît le passage qui nous retient.
IV. Le passage sur la circoncision et le saint prépuce
Le traité énumère, dans son sixième point, des reliques dont la quantité suffit à démentir l'authenticité. Elles sont introduites par des « Item » successifs : d'abord la sainte croix (« on en montre tant de morceaux dans toutes les églises que, s'il fallait qu'une seule fût la vraie et qu'elle fût si grande et si longue, on en pourrait bâtir une maison bien convenable »), puis le texte que voici.
Le texte, d'après ma lecture de l'imprimé (orthographe normalisée, quelques mots incertains) :
Item die beschneidung unsers herrn weist man an zwey enden, ist lesterlich zu gedencken, das von dem kleinen wintzigen kindlin Jesu, seiner beschneidung umb unsert willen an sich genommen, so viel überflüssigen abgeschnitten sey, und Christus zu dem unsterblichen leben auferstehen, seiner leiblicher glieder und blutes etwas hie in dieser welt hett mögen lassen.
Traduction :
« De même, on montre en deux lieux la circoncision de notre Seigneur [c'est-à-dire ce qui en fut retranché, le prépuce] : il est blasphématoire de penser qu'on ait retranché tant de superflu du tout petit enfant Jésus lors de sa circoncision, accomplie pour nous, et que le Christ, ressuscité à la vie immortelle, ait pu laisser ici-bas quelque chose de ses membres et de son sang. »
Une remarque de vocabulaire d'abord. Le mot que porte l'imprimé est Beschneidung, « circoncision » : Strauß désigne la relique par l'acte, selon une métonymie courante, et ne dit pas lui-même « prépuce ». La traduction « prépuce » est l'interprétation commune de ce que l'on montrait sous ce nom (le Sanctum Praeputium), mais le texte ne le dit pas.
Le passage procède en trois temps, très serrés.
Premier temps : le constat. « On montre en deux lieux ». Le seul fait que la relique soit présentée en plusieurs endroits est, dans la logique de l'Item qui l'entoure, un indice de fausseté. Il y avait un seul enfant, une seule circoncision, donc au plus une relique authentique. Les historiens signalent qu'à la fin du Moyen Âge un nombre bien supérieur de sanctuaires, — en France, en Italie, dans les Pays-Bas, en Espagne, en Allemagne, en revendiquaient une —. Strauß, lui, ne dit que « deux », ce qui fait de sa phrase un exemple parmi d'autres et ne prétend pas à l'exhaustivité.
Deuxième temps : le ressort comique. « Tant de superflu » (so viel überflüssigen). La phrase joue sur l'écart entre le « tout petit enfant » (kleinen wintzigen kindlin) et la quantité de matière qu'impliquerait la multiplication de la relique. Le diminutif redoublé, l'adjectif « superflu » donnent à l'argument une saveur de moquerie qui le rattache aux autres Item du feuillet : le lait de la Vierge que nulle vache de Suisse ne fournirait, la barbe de saint Antoine, les braies de saint Joseph. Mais le trait est à double tranchant : il vise la crédulité autant que l'objet, et il ne s'attaque pas au mystère de la circoncision elle-même, que Strauß qualifie ailleurs sans ironie d'accomplie « pour nous » (umb unsert willen), formule qui rappelle le sens soustractif et rédempteur que la tradition donne à l'obéissance du Christ à la Loi (Luc 2, 21 ; Galates 4, 4-5).
Troisième temps : la thèse christologique. C'est ici que le passage cesse d'être une plaisanterie. Le mot lesterlich, « blasphématoire », porte la phrase : penser que le Christ ressuscité ait pu laisser sur terre « quelque chose de ses membres et de son sang » est un blasphème, parce que cela suppose une résurrection incomplète. L'argument est dogmatique : le corps du Seigneur est entré, intégralement, dans « la vie immortelle » (unsterbliche leben) ; rien de ce qui lui appartenait ne peut être resté en dépôt dans ce monde. La relique est alors, non seulement invraisemblable, mais inadmissible en théologie.
Ce raisonnement n'est pas isolé : il s'insère dans la question, discutée par les théologiens médiévaux, de l'intégrité du corps ressuscité du Christ et du sort de ce qui s'en était détaché pendant sa vie, question que Thomas d'Aquin traite dans la Somme théologique (IIIa, q. 54), si ma mémoire est bonne, et dont la réponse allait dans le sens de l'intégrité. Strauß en tire la conclusion pratique que ses contemporains ne tiraient pas : si le corps est intégralement ressuscité, la relique est impossible.
On notera enfin la place du passage dans la logique du traité. Strauß a établi au premier feuillet que le corps du croyant est promis à la terre puis au relèvement par le Fils ; il conclut ici, pour le Christ lui-même, que ce relèvement est total. La relique du Christ est la plus gênante de toutes pour la dévotion, parce qu'elle prétend conserver, séparé de lui, ce qui lui appartient en propre : elle offre à l'argument du « corps voué à la terre » son cas limite.
Le traité énumère, dans son sixième point, des reliques dont la quantité suffit à démentir l'authenticité. Elles sont introduites par des « Item » successifs : d'abord la sainte croix (« on en montre tant de morceaux dans toutes les églises que, s'il fallait qu'une seule fût la vraie et qu'elle fût si grande et si longue, on en pourrait bâtir une maison bien convenable »), puis le texte que voici.
Le texte, d'après ma lecture de l'imprimé (orthographe normalisée, quelques mots incertains) :
Item die beschneidung unsers herrn weist man an zwey enden, ist lesterlich zu gedencken, das von dem kleinen wintzigen kindlin Jesu, seiner beschneidung umb unsert willen an sich genommen, so viel überflüssigen abgeschnitten sey, und Christus zu dem unsterblichen leben auferstehen, seiner leiblicher glieder und blutes etwas hie in dieser welt hett mögen lassen.
Traduction :
« De même, on montre en deux lieux la circoncision de notre Seigneur [c'est-à-dire ce qui en fut retranché, le prépuce] : il est blasphématoire de penser qu'on ait retranché tant de superflu du tout petit enfant Jésus lors de sa circoncision, accomplie pour nous, et que le Christ, ressuscité à la vie immortelle, ait pu laisser ici-bas quelque chose de ses membres et de son sang. »
Une remarque de vocabulaire d'abord. Le mot que porte l'imprimé est Beschneidung, « circoncision » : Strauß désigne la relique par l'acte, selon une métonymie courante, et ne dit pas lui-même « prépuce ». La traduction « prépuce » est l'interprétation commune de ce que l'on montrait sous ce nom (le Sanctum Praeputium), mais le texte ne le dit pas.
Le passage procède en trois temps, très serrés.
Premier temps : le constat. « On montre en deux lieux ». Le seul fait que la relique soit présentée en plusieurs endroits est, dans la logique de l'Item qui l'entoure, un indice de fausseté. Il y avait un seul enfant, une seule circoncision, donc au plus une relique authentique. Les historiens signalent qu'à la fin du Moyen Âge un nombre bien supérieur de sanctuaires, — en France, en Italie, dans les Pays-Bas, en Espagne, en Allemagne, en revendiquaient une —. Strauß, lui, ne dit que « deux », ce qui fait de sa phrase un exemple parmi d'autres et ne prétend pas à l'exhaustivité.
Deuxième temps : le ressort comique. « Tant de superflu » (so viel überflüssigen). La phrase joue sur l'écart entre le « tout petit enfant » (kleinen wintzigen kindlin) et la quantité de matière qu'impliquerait la multiplication de la relique. Le diminutif redoublé, l'adjectif « superflu » donnent à l'argument une saveur de moquerie qui le rattache aux autres Item du feuillet : le lait de la Vierge que nulle vache de Suisse ne fournirait, la barbe de saint Antoine, les braies de saint Joseph. Mais le trait est à double tranchant : il vise la crédulité autant que l'objet, et il ne s'attaque pas au mystère de la circoncision elle-même, que Strauß qualifie ailleurs sans ironie d'accomplie « pour nous » (umb unsert willen), formule qui rappelle le sens soustractif et rédempteur que la tradition donne à l'obéissance du Christ à la Loi (Luc 2, 21 ; Galates 4, 4-5).
Troisième temps : la thèse christologique. C'est ici que le passage cesse d'être une plaisanterie. Le mot lesterlich, « blasphématoire », porte la phrase : penser que le Christ ressuscité ait pu laisser sur terre « quelque chose de ses membres et de son sang » est un blasphème, parce que cela suppose une résurrection incomplète. L'argument est dogmatique : le corps du Seigneur est entré, intégralement, dans « la vie immortelle » (unsterbliche leben) ; rien de ce qui lui appartenait ne peut être resté en dépôt dans ce monde. La relique est alors, non seulement invraisemblable, mais inadmissible en théologie.
Ce raisonnement n'est pas isolé : il s'insère dans la question, discutée par les théologiens médiévaux, de l'intégrité du corps ressuscité du Christ et du sort de ce qui s'en était détaché pendant sa vie, question que Thomas d'Aquin traite dans la Somme théologique (IIIa, q. 54), si ma mémoire est bonne, et dont la réponse allait dans le sens de l'intégrité. Strauß en tire la conclusion pratique que ses contemporains ne tiraient pas : si le corps est intégralement ressuscité, la relique est impossible.
On notera enfin la place du passage dans la logique du traité. Strauß a établi au premier feuillet que le corps du croyant est promis à la terre puis au relèvement par le Fils ; il conclut ici, pour le Christ lui-même, que ce relèvement est total. La relique du Christ est la plus gênante de toutes pour la dévotion, parce qu'elle prétend conserver, séparé de lui, ce qui lui appartient en propre : elle offre à l'argument du « corps voué à la terre » son cas limite.
V. Portée et limites
Trois principes organisent le traité. Un principe christologique : le Christ est l'unique médiateur ; les reliques, comme l'intercession des saints, ruinent la gratuité du salut. Un principe scripturaire : toute pratique doit se justifier par une parole claire, et l'incertitude de la pratique atteste son origine non divine. Un principe éthique : la vraie religion est l'amour du prochain, et l'on reconnaît l'idolâtrie à ce qu'elle se paie sur le dos des pauvres.
Les limites sont aussi nettes. Strauß ne distingue guère la vénération de l'adoration (dulia et latria), distinction que la théologie médiévale avait établie pour répondre à l'accusation d'idolâtrie ; il l'ignore, ou la tient pour un artifice. Sa critique de Jérôme est brève et polémique, sans lecture du Contra Vigilantium. Son argument empirique prouve plus l'effondrement du système de garantie ecclésiastique que la fausseté de chaque relique. Et sa conclusion, qui range l'Antéchrist à Rome, engage une apocalyptique plus large que la seule théologie.
Reste le témoignage : en 1523, un prédicateur de Thuringe articule, en quelques feuillets, le premier commandement, la grâce seule, l'Écriture seule et la charité concrète pour attaquer, non un dogme, mais la piété ordinaire de son temps.
Trois principes organisent le traité. Un principe christologique : le Christ est l'unique médiateur ; les reliques, comme l'intercession des saints, ruinent la gratuité du salut. Un principe scripturaire : toute pratique doit se justifier par une parole claire, et l'incertitude de la pratique atteste son origine non divine. Un principe éthique : la vraie religion est l'amour du prochain, et l'on reconnaît l'idolâtrie à ce qu'elle se paie sur le dos des pauvres.
Les limites sont aussi nettes. Strauß ne distingue guère la vénération de l'adoration (dulia et latria), distinction que la théologie médiévale avait établie pour répondre à l'accusation d'idolâtrie ; il l'ignore, ou la tient pour un artifice. Sa critique de Jérôme est brève et polémique, sans lecture du Contra Vigilantium. Son argument empirique prouve plus l'effondrement du système de garantie ecclésiastique que la fausseté de chaque relique. Et sa conclusion, qui range l'Antéchrist à Rome, engage une apocalyptique plus large que la seule théologie.
Reste le témoignage : en 1523, un prédicateur de Thuringe articule, en quelques feuillets, le premier commandement, la grâce seule, l'Écriture seule et la charité concrète pour attaquer, non un dogme, mais la piété ordinaire de son temps.
Analyse de l'iconographie de la gravure
Cette gravure sur bois de 1523 est un manifeste visuel de la contestation protestante.
La scène de gauche (L'estrade et la tribune) : En haut à gauche, des musiciens ou personnages juchés sur une estrade en bois attirent l'attention . Cette mise en scène publique apparente la foire ou le spectacle de rue dénonce la théâtralisation et la marchandisation des pratiques religieuses par le clergé.
Le blason central (Le cygne ou l'oie) : Suspendu au centre, l'écu arbore un oiseau tenant un objet dans son bec . Dans l'imagerie luthérienne, cet oiseau fait référence à la prophétie de Jan Hus ("Hus" signifiant oie en tchèque, martyrisé en 1415), annonçant l'arrivée d'un cygne (assimilé à Luther). Il ancre l'écrit de Strauß dans la légitimité de la Réforme. Voici quelques précisions approfondies sur le symbole de l'oie et du cygne dans le contexte de la Réforme protestante et de cette gravure :L'origine linguistique et le jeu de mots historique : Le nom du réformateur tchèque Jan Hus (brûlé vif pour hérésie lors du concile de Constance en 1415) signifie littéralement « oie » en tchèque (husa). Ce nom a fourni très tôt aux partisans de la réforme un puissant vecteur d'imagerie symbolique.
La prophétie de Jan Hus : Selon la tradition historique et l'historiographie protestante, Jan Hus aurait prononcé une prophétie prophétique avant de mourir sur le bûcher : "Vous faites rôtir une oie, mais dans un siècle, vous entendrez chanter un cygne que vous ne pourrez pas rôtir". (« Sie braten jetzt eine Gans, aber über hundert Jahre werden sie einen Schwan singen hören, den werden sie nicht braten können. » / En tchèque moderne « Dnes pečete husu, ale za sto let přijde labuť, kterou nebudete moci upeéct. »
Ce mot d'esprit est devenu un mythe fondateur pour les protestants, qui y voyaient l'annonce directe de la venue de Martin Luther un siècle plus tard (le cygne étant souvent associé à Luther dans l'iconographie religieuse).
La signification dans le blason de la gravure :
Sur cette page de titre de 1523 signée par Jakob Strauß, le blason central met en scène cet oiseau (proche de l'oie ou du cygne) tenant un objet dans son bec .
Placer cet écu au cœur de la composition graphique revient à placer l'ouvrage théologique sous le patronage spirituel et la légitimité des précurseurs de la Réforme. C'est une manière d'affirmer que le combat mené contre les dérives de l'Église romaine s'inscrit dans une longue lignée de résistance théologique.
La foule assemblée (Centre et droite) : Une vaste assemblée de fidèles assiste à la scène . À droite, une construction évoquant un reliquaire ou un édifice religieux matérialise le lieu du culte contesté, face à des spectateurs aux réactions partagées entre adhésion et remise en question.3. Étude détaillée des vêtements (Mode du XVIe siècle)
Les costumes représentés sur cette gravure de 1523 illustrent parfaitement la mode de la transition entre la fin du Moyen Âge et la Renaissance allemande :- Les ecclésiastiques et les religieux (à droite) : On distingue des personnages vêtus de longues robes monastiques ou soutanes amples (frocs et capes), caractéristiques des ordres religieux catholiques critiqués par la Réforme. Leurs coiffes et tonsures rappellent leur appartenance au clergé traditionnel. Les plis droits et rigides de leurs vêtements traduisent la solennité, mais aussi un certain traditionalisme figé face aux bouleversements de l'époque.
- Le peuple et les citadins (au centre et en bas) : Les hommes portent des pourpoints, des vestes mi-longues et des chausses. Leurs têtes sont couvertes de bonnets plats ou de bérets souples typiques de la mode allemande du début du XVIe siècle (le style landsknecht assagi). Les femmes portent des robes longues et amples, souvent cintrées sous la poitrine, accompagnées de coiffes enveloppantes, de voiles ou de bonnets en tissu qui masquent partiellement les cheveux, reflétant la pudeur et les codes vestimentaires des femmes mariées ou du peuple à cette époque.
- Les musiciens sur l'estrade (en haut à gauche) : Leurs tenues combinent des éléments pratiques pour le mouvement, avec des pourpoints ajustés et des manches fendues ou décorées, suggérant des gens de spectacle ou des acteurs engagés dans une mise en scène populaire.
L'origine linguistique et le jeu de mots historique : Le nom du réformateur tchèque Jan Hus (brûlé vif pour hérésie lors du concile de Constance en 1415) signifie littéralement « oie » en tchèque (husa). Ce nom a fourni très tôt aux partisans de la réforme un puissant vecteur d'imagerie symbolique.
La prophétie de Jan Hus : Selon la tradition historique et l'historiographie protestante, Jan Hus aurait prononcé une prophétie prophétique avant de mourir sur le bûcher : "Vous faites rôtir une oie, mais dans un siècle, vous entendrez chanter un cygne que vous ne pourrez pas rôtir". (« Sie braten jetzt eine Gans, aber über hundert Jahre werden sie einen Schwan singen hören, den werden sie nicht braten können. » / En tchèque moderne « Dnes pečete husu, ale za sto let přijde labuť, kterou nebudete moci upeéct. »
Ce mot d'esprit est devenu un mythe fondateur pour les protestants, qui y voyaient l'annonce directe de la venue de Martin Luther un siècle plus tard (le cygne étant souvent associé à Luther dans l'iconographie religieuse).
La signification dans le blason de la gravure :
Sur cette page de titre de 1523 signée par Jakob Strauß, le blason central met en scène cet oiseau (proche de l'oie ou du cygne) tenant un objet dans son bec
.Placer cet écu au cœur de la composition graphique revient à placer l'ouvrage théologique sous le patronage spirituel et la légitimité des précurseurs de la Réforme. C'est une manière d'affirmer que le combat mené contre les dérives de l'Église romaine s'inscrit dans une longue lignée de résistance théologique.
- Les ecclésiastiques et les religieux (à droite) : On distingue des personnages vêtus de longues robes monastiques ou soutanes amples (frocs et capes), caractéristiques des ordres religieux catholiques critiqués par la Réforme. Leurs coiffes et tonsures rappellent leur appartenance au clergé traditionnel. Les plis droits et rigides de leurs vêtements traduisent la solennité, mais aussi un certain traditionalisme figé face aux bouleversements de l'époque.
- Le peuple et les citadins (au centre et en bas) : Les hommes portent des pourpoints, des vestes mi-longues et des chausses. Leurs têtes sont couvertes de bonnets plats ou de bérets souples typiques de la mode allemande du début du XVIe siècle (le style landsknecht assagi). Les femmes portent des robes longues et amples, souvent cintrées sous la poitrine, accompagnées de coiffes enveloppantes, de voiles ou de bonnets en tissu qui masquent partiellement les cheveux, reflétant la pudeur et les codes vestimentaires des femmes mariées ou du peuple à cette époque.
- Les musiciens sur l'estrade (en haut à gauche) : Leurs tenues combinent des éléments pratiques pour le mouvement, avec des pourpoints ajustés et des manches fendues ou décorées, suggérant des gens de spectacle ou des acteurs engagés dans une mise en scène populaire.
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