jeudi 5 novembre 2020

Dr. Johann Georg Mezger, ein Artikel in Das Buch für Alle (1889)

Johann Georg Mezger.

Die Knetkur, welche neuerdings gewöhnlich mit dem französischen Ausdruck „Massage" bezeichnet wird, ist schon von Alters her bekannt und ein im Volke seit langer Zeit bei Verstauchungen, Quetschungen n. s. w. als sogenanntes „Streichen" übliches mechanisches Heilmittel. In neuester Zeit ist nun die Massage durch den vielgenannten, bis vor Kurzem in Amsterdam ansässigen Arzt, Dr. Mezger, systematisch ausgebildet und wissenschaftlich begründet worden, wodurch derselbe sich einen weitverbreiteten Ruf erworben hat. Sogar gekrönte Häupter kommen zu ihm, um sich von ihm behandeln zu lassen, da Dr. Mezger darauf besteht, daß die Durchführung des von ihm für nöthig erachteten Verfahrens in seiner eigenen Heilanstalt vor sich gehe, die auch von zahlreichen Ärzten zum Studium seiner Methode besucht wird. — Dr. Johann Georg ist am 22. August 1839 zu Amsterdam geboren, studirte daselbst und in Leyden, wo er 1863 mit einer Dissertation über die Behandlung der Gelenkverstauchungen vermittelst Massage promovirte. Alsdann war er mehrere Jahre Assistenzarzt bei
van Geuns in Amsterdam und erzielte dort bei manchen Lähmungsformen, die der früheren Behandlungsweise trotzten, ausgezeichnete Erfolge durch Anwendung der Massage. Daraufhin beschäftigte er sich ausschließlich mit dieser Methode und wies nach, daß es möglich sei, durch von außen einwirkenden Druck, sowie durch Erregung von Muskelkontraktionen und dadurch bewirkte lebhafte Steigerung des Blutumlaufs und Stoffwechsels die Wiederaufsaugung der in die Maschen der Gewebe infolge von Entzündungen, Verletzungen n. s. w. ergossenen Exudatmassen in wirksamster Weise zu befördern. Er setzte verschiedene Arten des Knetens fest, die bei bestimmten Krankheitsanzeichen anzuwenden sind. Anfangs vielfach angefeindet, hat Mezger durch zahlreiche, überaus glückliche Kuren einen großen Ruf und eine außerordentlich umfangreiche Konsultationspraxis gewonnen. Er ist neuerdings von Amsterdam nach dem schönen Wiesbaden übergesiedelt, wo augenblicklich die Bauten der unter seinem Schilde gegründeten Aktiengesellschaft „Wiesbadener Bade-Etablissement" im Entstehen begriffen sind. Die Königin von Schweden hat Dr. Mezger schon mehrfach ausgesucht, um sich von ihm behandeln zu lassen; augenblicklich weilt die Kaiserin von Oesterreich zu gleichem Behufe in Wiesbaden, wo auch bereits das Eintreffen der Exkaiserin Eugenie angekündigt ist.

Quelle : Das Buch für alle: illustrierte Blätter zur Unterhaltung und Belehrung für die Familie und Jedermann — Heft 22.1889 (Bild, S.525, Text, S. 531)

Le Dr Mezger et sa méthode de massage.... ou comment masser une impératrice.

  
    Le Dr Johann Georg Mezger fut un médecin spécialisé dans des techniques de massage qui lui acquirent une célébrité européenne. Pendant bien des années, il a résidé à Amsterdam, à l'Amstel Hôtel, où il attirait une clientèle de la plus haute noblesse. L'impératrice Elisabeth d'Autriche et l'ex-impératrice Eugénie sont venues plus d'une fois s'y faire soigner. Ce fut aussi le cas de la Comtesse Kalergis-Mouchanoff, née Nesselrode. Plus tard il s'établit à Domburg pendant la saison des bains, et beaucoup de ses malades l'y suivirent.
    Il avait commencé sa carrière comme maître de gymnastique. Comme tel, il étendit par ses propres efforts la connaissance qui lui était nécessaire du corps humain à mesure qu'il faisait des progrès dans la science, l'ambition le prit de pénétrer les secrets de la médecine et, sur le tard, il résolut de se consacrer à cette étude. La tâche n'était point aisée pour quelqu'un qui n'avait pas suivi les leçons du gymnase et qui devait pourvoir à sa subsistance pendant qu'il serait à l'université. Rien ne le découragea et, après avoir suivi les cours de l'école illustre d'Amsterdam, il fut reçu docteur en médecine à Leyde le 15 septembre 1868. Il passa quelque temps en Allemagne, puis se fixa à Amsterdam en 1870 et y resta jusqu'en 1888. On mit tout en œuvre alors pour le retenir, mais sans succès. Il alla à Wiesbaden, où nombre de personnes lui durent leur guérison. 
    À une époque  où l'on se plaignait si souvent de la destinée, le Dr Mezger fut une preuve que, par le travail persévérant, le plus humble peut s'élever très haut. Il est mort en 1909 à Paris à l'âge de 71 ans, mais il appartenait à la Hollande. (Source du texte : Bibliothèque universelle et Revue suisse, 1909)

Le massage par la méthode de Mezger.

La méthode du Dr Mezger émanait à  son époque de théories quelque peu révolutionnaires.  Voici ce qu'en écrivait la France médicale en janvier 1884, au départ d'un livre intitulé Traité théorique et pratique du massage (Un ouvrage du Dr Norström publié à Paris en 1884 chez Delahaye et Lecrosnier, éditeurs.) :

    [...] Le Dr Mezger, d'Amsterdam, s'est fait l'apôtre du massage, non par des écrits, mais par un enseignement pratique qui a eu rapidement un énorme succès dans son pays, et des médecins distingués, ses élèves, sont passés maîtres à leur tour et ont répandu sa doctrine: C'est également le but que se propose l'auteur; nous avons pensé que quelques pages sur ce sujet intéresseraient nos lecteurs de la France médicale.
    Disons d'abord quelques mots du Manuel opératoire.
    Ici, les descriptions sont insuffisantes : il faudrait voir à l'œuvre M. Mezger ou ses élèves. Cependant, on doit distinguer dans le massage quatre procédés : l'effleurage, la friction, le pétrissage et le tapotement.
    L'effleurage consiste à passer doucement la paume de la main sur la peau. Il faut toujours commencer vers la périphérie et glisser dans une direction centrale. Avant que la main droite ait tout à fait terminé son mouvement, on le recommence avec la gauche en partant du même point.
    La friction est une modification de cette première manoeuvre : la force déployée est plus considérable. Une des mains repose par sa face palmaire sur le membre et frotte de bas en haut comme pour l'effieurage ; en même temps, la seconde main reposant sur la jointure même fait d'autres frictions circulaires énergiques. Ce procédé est, pensait-il, assez difficile à saisir.
    Le pétrissage est surtout applicable au massage des muscles.
    On saisit entre le pouce et l'index le corps charnu ou l'extrémité tendineuse, puis on l'attire et on l'isole autant que possible des parties voisines; en même temps, on le froisse, on le comprime entre les doigts. Ce mouvement est suivi d'un tapotement transversal exécuté soit avec la face palmaire de l'index, soit avec le bord cubital de la main.
    Ces manœuvres sont faites concurremment par les deux mains qui doivent se placer à une faible distance l'une de l'autre.
    Le tapotement se fait à main ouverte et à, poing fermé.
    Parfois les mains sont excavées en bateau comme quand on veut produire une explosion factice parleur choc. Il reste entre la partie intéressée et la face de la main une couche d'air plus ou moins épaisse ; c'est le tapotement à air comprimé qui s'adresse aux extrémités nerveuses. Si l'on peut au contraire réagir sur des parties profondes, il faut faire avec les mains le tapotement à poing fermé.
    Le massage doit être souvent complété par d'autres pratiques, telles que les mouvements passifs qui, pour certains auteurs, ne sont qu'une simple manœuvre du massage.
    Dans le domaine chirurgical, Mezger emploie le massage contre les affections les plus diverses des articulations et dans des cas véritablement inattendus. Je ne veux pas parler de l'entorse. Le traitement par le massage est accepté par les auteurs classiques. Mais dans l'arthrite aiguë, dans les luxations récentes, on est quelque peu surpris de l'application de la méthode. L'auteur reconnaît que la doctrine de l'immobilisation thérapeutique dans les maladies des jointures est un véritable dogme et qu'il fallait un certain courage pour se poser franchement en réformateur et en hérésiarque. Ce courage, Mezger l'a eu. Pour lui, le massage est un antiphlogistique puissant ; il fait disparaître la stase veineuse, active la résorption de l'agent immédiat des phlegmasies, rétablit les choses dans l'état normal. Les résultats obtenus par lui paraissant d'ailleurs lui donner raison, en ce qui concerne l'innocuité de la méthode. Dans l'arthrite aiguë, on a vu, dès les premières séances, la douleur et la tuméfaction diminuer, et bientôt la résorption, au lieu d'être momentanée et consécutive à l'intervention, est devenue permanente. Dans les arthrites chroniques, le massage trouve encore son emploi dans, certains cas, mais il faut bien distinguer. Toutes les fois qu'on est en présence d'un exsudat dont la résorption est possible et non pas dangereuse, le massage rendra des services. Mais s'il y a de la suppuration, si les probabilités sont en faveur d'une synovite ou d'une ostéite tuberculeuse, on se gardera bien de masser. Dans les luxations, le massage est indiqué au même titre que dans l'entorse. M. Gerst (de Wurzbourg) l'emploie immédiatement après la réduction. Il choisit au début l'effleurage ; plus tard, on emploie des mouvements actifs et passifs et des bains chauds. Une application des plus surprenantes de la méthode est celle qui consiste à traiter par le massage le rhumatisme articulaire aigu ! Appliqué dans les premiers jours, son action serait à peu près nulle. Plus tard, quand la température reste élevée, on aurait pu, par son emploi judicieux, diminuer la durée et amener une défervescence thermique. Nous avouons avoir de la peine à comprendre qu'on puisse exercer des manœuvres quelconques en pareil cas.
    Il n'en est plus de même contre les raideurs articulaires et les fausses ankyloses : le massage peut alors donner d'excellents résultats. Nous arrivons à une application très hardie du massage : l'auteur ne craint pas de s'en servir dans les fractures, et cela, non pas seulement quand le cal est formé pour activer le retour des mouvements, mais à une époque beaucoup plus rapprochée de l'accident. " Peu de chirurgiens, dit-il, préconisent le placement précoce d'un appareil sur un membre tuméfié, l'immobilisation immédiate de fragments séparés et déplacés par une masse de sang plus ou moins abondante. La plupart mettent un appareil d'attente et laissent à la nature le soin de faire disparaître les accidents primitifs avant d'établir une contention pour longtemps. Il nous semble qu'il est tout naturel de l'aider. " Nous avons bien des fois au contraire appliqué un appareil plâtré immédiatement après l'accident et les suites ont marché fort bien. D'ailleurs, en supposant même qu'on n'entrave pas ainsi la consolidation, nous comprenons difficilement qu'on puisse en ce moment avoir recours au massage, à cause de l'intensité de la douleur que produisent les plus légers mouvements.
    Certaines fractures, dit l'auteur, ne se consolident pas ou se consolident par un cal fibreux : une des objections faites à la méthode est alors éliminée. Il en est ainsi des fractures de l'olécrâne. Dès lors, certains auteurs se sont résignés à obtenir une pseudarthrose et ont cherché à en tirer le meilleur parti possible. Dans les fractures de la rotule, il est également fort difficile d'obtenir une consolidation osseuse, quoique cela ne soit pas impossible. Mais il reste à savoir si elle présente assez d'avantages pour qu'on doive la chercher. Mezger a résolu la question par la négative et, dès lors, il a poursuivi rigoureusement les conséquences de sa manière de voir en ne cherchant à combattre quel'immobilité ultérieure. Les mouvements actifs et passifs sont commencés le lendemain même de l'accident, dès que par le massage on a pu les rendre tolérables. Le procédé des plus hardis a, paraît-il, conduit à des résultats satisfaisants.
    Le massage s'applique à la plupart des affections du système musculaire. Dans les myosites aiguës ou chroniques, dans les contractures et les atrophies musculaires, il a donné de nombreux succès. [...]

dimanche 1 novembre 2020

Sissi à Zandvoort — Sisi in Zandvoort — Artiste/ Kunstenaar Stefan de Groot

L'artiste numérique néerlandais Stefan de Groot est l'auteur de ce portrait de l'impératrice Elisabeth à Zandvoort. Pour les amateurs, le portrait est disponible à l'achat en poster : https://www.stefandegroot.net/product/poster-sisi-in-zandvoort/
Source de l'image / Commande du poster : 
https://www.stefandegroot.net/product/poster-sisi-in-zandvoort/


[FR] Le 25 mai 1884, l'impératrice Sissi fit une promenade de 12 heures de Zandvoort à Scheveningen. Dans le portrait de Sissi à Zandvoort, Sissi se tient sur la plage de Zandvoort en face de l'hôtel von Kaufmann en 1884 et est sur le point de partir pour Scheveningen. Elle porte une robe victorienne deux pièces turquoise. Dans ses mains, elle tient un éventail noir et un parasol rose. Sissi était en villégiature à Zandvoort pour se soigner car elle souffrait de douleurs rhumatismales. L'artiste numérique Stefan de Groot a peint ce portrait pour le musée de Zandvoort où la peinture originale a été exposée. Le portrait faisait partie de l'exposition «L'impératrice Sissi: en fuite d'elle-même».

[NL] Op 25 Mei 1884 maakte keizerin Sisi een 12-urige wandeling van Zandvoort naar Scheveningen. In het portret Sisi in Zandvoort staat Sisi op het Zandvoortse strand voor Hotel von Kaufmann in 1884 en staat op het punt om te vertrekken naar Scheveningen. Zij draagt een turquoise Victoriaanse jurk uit twee delen. In haar handen heeft ze een zwarte waaier en en roze parasol. Sisi was op bezoek in Zandvoort voor haar gezondheid omdat ze last had van reumatische klachten. Digitaal kunstenaar Stefan de Groot schilderde dit portret voor het Zandvoorts Museum waar het originele schilderij hangt. Het was onderdeel van de tentoonstelling ‘Keizerin Sisi: op de vlucht voor zichzelf’.

Voici encore  une vidéo où l'artiste nous explique en néerlandais son passionnant travail :


jeudi 29 octobre 2020

Un article de CULTURE AVENUE présente mon livre Marie Kalergis-Mouchanoff, née Nesselrode

Le magazine culturel polonais Culture Avenue publie un long article de la journaliste germano-polonaise Jolanta Łada-Zielke présentant ma publication consacrée à la comtesse Marie Kalergis-Mouchanoff, née Nesselrode, une des plus grandes pianistes du 19e siècle, qui inspira la Symphonie en blanc majeur de Théophile Gautier, élève de Chopin, amie et mécène de Franz Liszt et de Richard Wagner, cosmopolite, grande voyageuse, qui fut si importante pour l'influence qu'elle exerça  dans la Varsovie du 19ème siècle et le soutien qu'elle apporta aux musiciens polonais.

Voici l'entame de l'article en polonais: 

O Marii Kalergis (1822-1874) usłyszałam po raz pierwszy w wieku dziesięciu lat, kiedy omawialiśmy na lekcji języka polskiego okoliczności premierowego wystawienia Halki Stanisława Moniuszki w Warszawie, w 1858 roku. Maria Kalergis pomogła kompozytorowi finansowo i logistycznie w tym przedsięwzięciu. Później dowiedziałam się, że wspierała również działania innego przedstawiciela nurtu opery narodowej w dziewiętnastowiecznej Europie, mianowicie Ryszarda Wagnera. Ostatnio uzupełniłam swoją wiedzę o niej, czytając książkę Maria Kalergis-Mouchanoff, z domu hrabianka Nesselrode. Pamiętniki i korespondencja białej wróżki, która ukazała się w języku francuskim w styczniu 2020, nakładem wydawnictwa BoD. Autorem opracowania jest Luc-Henri Roger, belgijski pisarz zamieszkały w Bawarii, który napisał kilka książek o tematyce związanej z królem Ludwikiem II i Ryszardem Wagnerem.

Pour lire le reste de l'article : https://www.cultureave.com/czar-bialej-wrozki/



Pour lire les premières pages du livre : https://www.bod.fr/librairie/marie-kalergis-mouchanoff-nee-nesselrode-9782322131310 (puis aller sur l'onglet lire un extrait)

Pour commander le livre  : dans le monde entier via les libraires en ligne (BoD, FNAC, Hugendubel,, Amazon, Le Furet du Nord, Decitre, etc.) ou en commande chez votre librairie préféré (ISBN 9782322131310)

Livre en version papier ou en Ebook


mardi 27 octobre 2020

Le couple impérial à Pesth en 1857 — Une correspondance du Monde illustré



L'Empereur et l'Impératrice d'Autriche.

(Correspondance particulière du Monde illustré. Article publié le 13 juin 1857).

Pesth, le 6 juin.

    La mort si rapide qui a enlevé au jeune empereur et à la jeune impératrice d'Autriche l'aînée de leurs filles, la petite archiduchesse Sophie, a subitement interrompu le voyage de Leurs Majestés dans l'intérieur du royaume de Hongrie. L'entrée et le séjour de Leurs Majestés dans la capitale étaient déjà un fait brillamment et somptueusement accompli ; le départ de Pesth pour l'intérieur, d'abord fixé au 14, avait été inopinément rejeté au 23, par suite des inquiétudes causées par la mauvaise santé de la seconde fille de l'empereur, l'archiduchesse Giselle.Le 23 mai dernier, l'enfant se trouvait tout à fait bien ; Leurs Majestés avaient entrepris ce rude et fatigant voyage, ne prévoyant assurément pas que si peu de jours après ils auraient à l'interrompre pour revenir en toute vitesse à leur résidence impériale de Bude, et donner ce douloureux et poignant baiser de l'éterneladieu à l'autre de leurs filles, à l'aînée, à cette charmante petite princesse qu'une semaine auparavant nous voyions encore, du fond des équipages de la cour, adresser des sourires et faire des signes de main aux populations accourues pour les fêtes.
    Leurs Majestés, retournées à Vienne, reviendront-elles prochainement en Hongrie ? poursuivront-elles dans l'intérieur le voyage qu'elles avaient à peine commencé ? visiteront-elles les villes et les grands centres de population qui les attendaient et qui avaient fait des frais énormes pour répondre à la solennité d'une première visite d'impératrice ? Tout le monde l'ignore encore ; les uns disent oui, les autres non ; mais pour nous, le vrai est que personne n'en sait rien, et que d'ailleurs la tombe de l'enfant est trop récemment fermée pour que le père et la mère puissent eux-mêmes annoncer leurs décisions.
    Pour le moment, nous nous reporterons sur l'ensemble des circonstances de ce voyage, et comme nous étions peut-être le seul étranger à l'Autriche présent à l'arrivée impériale à Debreczin, arrivée qui a sitôt été suivie d'un départ inattendu, nous pouvons dire que nous ne parlons pas et ne racontons pas d'après des yeux d'emprunt.
    À ce voyage même se rattache une circonstance tout exceptionnelle qui lui donne un prestige peu ordinaire : je veux dire que son vrai but a été la présentation de la jeune impératrice, par son époux, à ces diverses populations, dont la réunion fait de l'Autriche une si étrange et si vaste mosaïque. Aussi faut-il bien le dire, les frais de réception ont été partout énormes et partout variés : en quelques districts, toutle pittoresque des vieux usages honorifiques a été remis en scène. Ainsi dans le district des Kumanyes et des Jazygiers, visités le 23 et le 24 mai par Leurs Majestés, la plus belle postérité des fils et des filles d'Attila est venu en costume traditionnel et exclusivement national présenter les cadeaux de la tribu au souverain et à la souveraine. D'admirables paysannes, reines de beauté et types de pur race, ont mis un diadème sur la tête de la charmante princesse, tandis que douze à quinze cents cavaliers-paysans, revêtus du dolman foncé et coiffés du kalpak noir, chevauchaient autour du trône dont ils étaient l'escorte.
    Partout où l'impératrice Elisabeth se présente, elle s'assure des suffrages, car sa figure et son maintien, doués de tant de jeunesse, sont pleins de charme et invitent à ce sourire aimable que produit toujours, sur les individus comme sur les foules, le spectacle de la beauté et de la grâce. Les peuples les plus froids comme les plus accessibles aux subites impressions adorent toujours la beauté extérieure, et lorsque les yeux sont séduits, l'esprit et le cœur suivent bien souvent les yeux. Les divers portraits qui existent de cette jeune impératrice, qui est une princesse de Bavière, m'ont, en général, tous paru fort au-dessous de la véritable ressemblance ; portraits équestres, portraits en pieds, portraits-figure, je n'en ai jamais rencontré un qui reproduisît exactement la finesse des traits, le sourire des regards et l'ensemble extrêmement gracieux et joli de la tête de cette souveraine : sa magnifique chevelure, rejetée à flots sur la nuque, conserve à la jeunesse de sa tête tout son éclat et rehausse en même temps la fraîcheur des tempes et du front. J'ai rarement vu femme se maintenir si belle en son printemps et gagner pareillement en beauté depuis ses fiançailles. Le hasard de mes voyages d'été, depuis quelques années, m'a mis à même de rencontrer souvent l'impératrice Elisabeth ; je la vis à Ischl, près de Salzburg, dès les premiers temps de son mariage; je la vis àVienne mainte et mainte fois, mais jamais je ne l'ai trouvée si radieuse et si jolie qu'en cette présente année et en ce présent voyage.
    Toutes les gazettes ont, à peu près, rendu compte de l'entrée solennelle de Leurs Majestés à Pesth ; nous ne redirons donc pas ce qui a déjà été dit, mais nous trouvons qu'on n'a point assez appuyé sur la splendeur et la tenue de quelques magnats hongrois, princes du cortège, soit par leur titre et leur position, soit parla somptueuse tenue de leur maison précédant ou accompagnant leur équipage. En raison de la seule richesse du costume, il n'est point de cortège qui puisse rivaliser avec le brillant et la magnificence d'un cortège hongrois, si petit et si peu nombreux qu'il soit. Un Magyar, en tenue traditionnelle, monté sur le plus bel animal de ses écuries non moins paré de chaînons et de bijoux que le maître, ou roulé dans un équipage de gala traîné par six chevaux est déjà tout un tableau. Aussi, pour être vrai, pour être exact, je dirai que ce qui distingua surtout le cortège hongrois de Leurs Majestés Apostoliques, le jour de leur entrée à Pesth, ce ne fut nullement le nombre des seigneurs et magnats, mais bien plutôt la pompe, l'éclat, la richesse, le superbe ton de la tenue de ceux qui y furent présents. Le vieux prince Batthiany, fort petit homme, mais extrêmement grand seigneur, était en un équipage si digne de sa fortune et de son nom, que la foule l'applaudit en certains endroits sur son passage : huit valets de pied à tricorne précédaient ses six chevaux d'attelage, conduits à la fois à la Daumont et à grandes guides; ses hussards traditionnels, avec peau de tigre au dos, servaient les portières du carrosse ; et, quant au prince lui-même, tout petit qu'il est de sa personne, il était certainement chargé de plus de perles et de bijoux qu'il faudrait pour orner trois couronnes de royaux. Le prince Esterhazy, héros de toutes les ambassades où il s'agit de sacrer ou marier des empereurs et des rois, et où il convient de porter sur soi pour un million et demi de diamants, tout en ne manquant pas d'esprit ni de verve, était aussi de cette fête et y faisait honneur ; après venait le lourd, mais assez imposant attelage où se prélassait Son Eminence le cardinal-prince-primat de Hongrie, et, en vérité, au passage de ses six pesants chevaux chamarrés d'armes d'Eglise et balayant la poussière de leurs queues à longs crins, on eût cru voir s'animer un détail d'une toile de Van der Meulen représentant le cérémonial des équipages du roi Louis XIV marchant à Versailles. Grand nombre d'autres étaient à la suite, et beaucoup, de forts brillants, à deux chevaux, aussi, avaient fort bel air et grand aspect, parmi les'quels la palme de l'éclat et du goût revenait à coup sûr à l'équipage du baron Simon Sina, dont les hussards, qui étaient d'argent sur azur, convenaient bien aux énormes frais du maître qui, pour les seules pierreries (émeraudes et diamants) de son costume porté en gala pour la première fois n'avait pas reculé devant une dépense de 370,000. francs. Après la suite des équipages des magnats, venait le groupe des magnats à cheval, mais il était peu nombreux. J'en ai compté douze, faisant fort belle et fort grande figure, ayant aussi à leurs côtés leurs hussards à pied. Le comte E Karoly montait un cheval pêche tout bardé de colliers et de médailles au poitrail et en têtière; on eût dit un de ces chefs de tribus orientales chantés dans les légendes. 
    Le malheur qui se mêle à tout, la fatalité cruelle qui aime à verser l'amertume, chez les petits comme chez les grands, sont venus apporter un souvenir de deuil maternel à ce voyage si bien entrepris. Nous ne pouvons que nous joindre à tous ceux qui déplorent cette douloureuse épreuve ; le fait est que le séjour de la résidence impériale de Bude avait tout d'abord séduit S. M. l'impératrice Élisabeth. Elle aimait ce splendide et grandiose aspect de cette capitale du royaume si majestueusement arrosée par la fougue capricieuse du Danube et dominée hautement par les collines pittoresques qui, à droite et à gauche, sur l'autre rive, servent d'assises à la tournure orientale de Bude. 
    Pendant ce même séjour de Leurs Majestés a Pesth et le troisième ou le quatrième soir, la ville offrit cet exemple rare d'une fête ou plutôt d'un spectacle public donné somptueusement aux frais d'un particulier à toute une population de 200,000 âmes. Assurément, au présent siècle, le fait est de peu de fréquence, mais ce qui est certain, c'est l'exactitude de ce fait et c'est aussi son succès. Il est vrai qu'aussi il faut reconnaître que celui qui offrait ce beau spectable public à Leurs Majestés, et à la population hongroise avide de ces curiosités fulminantes et fulgurantes, était M. le baron Simon Sina, c'est-à-dire un de ces hommes peu communs à trouver aujourd'hui pour lesquels les impossibilités du comte de Monte-Christo sont choses possibles et faciles. M. le baron Simon Sina — et je trouve cela fort remarquable - inaugure sa fortune comme d'autres la finissent, par testament ; il fait des donations si honorables, si considérables et si imposantes qu'en vérité, si on ne lui savait une fortune colossale, on croirait que le baron prend plaisir à exécuter lui-même son testament, afin d'éviter aux magistrats ad hoc tous les ennuis et discussions qui sont, en général, la triste suite de l'heure finale d'un ex-mortel très-millionaire. Par raison d'origine, — je cite ces détails à titre d'exemple — il donne un million à Athènes pour y asseoir une académie des sciences, par raison de citoyen, il comble de bienfaisances les pauvres de Vienne ; par raison de séjour il fait un bien énorme à ceux de Venise ; par raison de sympathie, il donne aux inondés de France, l'année dernière, 25000 fr. Donc, précédé par de pareils traits de genérosité, il se crut permis (et cette fois, par raison de baron hongrois et de haut propriétaire dans le royaume) de donner un lumineux divertissement à la population de la capitale, par un des plus beaux soirs du mois de mai. Moyennant 30,000 fr., il manda chez lui l'artificier de la cour de Vienne, et offrit à ses artifices pour scène et pour foyer le gigantesque pont du Danube, de telle sorte que pour loge de premières, Leurs Majestés n'eurent qu'à prendre le balcon de leur résidence impériale, splendide château dans le style le plus complet de Marie-Thérèse et qui est couronné par les hauteurs de Bude ; de telle sorte, dis-je, que pour stalles et pour parterre, la population entière eut d'un côté les collines et les montagnes, et de l'autre les immenses quais et les vastes rives du fleuve, dans les eaux enflammées duquel se reflétèrent, grâce à l'artificier viennois, les images d'un Vésuve en éruption et de mille autres inventions tout aussi infernales, mais non moins dignes d'être applaudies — et elles le furent — par les mains et les voix d'unefoule dont la place de la Concorde et les Champs-Élysées sont quelquefois à même de nous donner la mesure.
ARMAND BASCHET.

Invitation à la lecture

    
J'invite les lectrices et lecteurs que l'histoire des Habsbourg et des Wittelsbach passionne à découvrir les textes peu connus consacrés à mon ami le prince héritier Rodolphe réunis dans Rodolphe. Les textes de Mayerling (BoD, 2020).

Voici le texte de présentation du recueil  (quatrième de couverture):

   Suicide, meurtre ou complot ? Depuis plus de 130 années, le drame de Mayerling fascine et enflamme les imaginations, et a fait couler beaucoup d'encre. C'est un peu de cette encre que nous avons orpaillée ici dans les fleuves de la mémoire : des textes pour la plupart oubliés qui présentent différentes interprétations d'une tragédie sur laquelle, malgré les annonces répétées d'une vérité historique définitive, continue de planer le doute.
   Comment s'est constituée la légende de Mayerling? Les points de vue et les arguments s'affrontent dans ces récits qui relèvent de différents genres littéraires : souvenirs de princesses appartenant au premier cercle impérial, dialogue politique, roman historique, roman d'espionnage, articles de presse, tous ces textes ont contribué à la constitution d'une des grandes énigmes de l'histoire.

Le recueil réunit des récits publiés entre 1889 et 1932 sur le drame de Mayerling, dont voici les dates et les auteurs :

1889 Les articles du Figaro
1899 Princesse Odescalchi
1900 Arthur Savaète
1902 Adolphe Aderer
1905 Henri de Weindel
1910 Jean de Bonnefon
1916 Augustin Marguillier
1917 Henry Ferrare
1921 Princesse Louise de Belgique
1922 Dr Augustin Cabanès
1930 Gabriel Bernard
1932 Princesse Nora Fugger

Le dernier récit, celui de la princesse Fugger, amie de la soeur de Mary Vetsera, est pour la première fois publié en traduction française. Il n'était jusqu'ici accessible qu'en allemand et en traduction anglaise.

Luc-Henri Roger, Rodolphe. Les textes de Mayerling, BoD, 2020. En version papier ou ebook (ebook en promotion de lancement).

Commande en ligne chez l'éditeur, sur des sites comme la Fnac, le Furet du nord, Decitre, Amazon, etc. ou via votre libraire (ISBN 978-2-322-24137-8)



lundi 26 octobre 2020

Le jeu de cartes de l'empereur Guillaume. L'impératrice d'Autriche en dame de trèfle.

Le couple impérial autrichien en dame et roi de coeur
dans un jeu de la firme viennoise Piatnik

Plusieurs journaux français de février 1898 relatent l'anecdote d'un jeu de cartes original, cadeau de l'empereur d'Allemagne à son cousin  le duc de Cambridge. Voici l'article de la Lanterne du 22 février :

UN BEAU JEU

    Guillaume Il vient de faire cadeau au duc de Cambridge, son cousin, d'un jeu de cartes assurément original.
    Au lieu des traditionnelles et banales figures qui nous suffisent., à nous, pour la manille ou le piquet, les rois et les dames sont représentés par les souverains et souveraines actuellement régnant en Europe. Pour les valets, l'empereur a choisi les traits des principaux ministres de l'Allemagne. L'allusion est d'un goût douteux.
    Le roi de cœur est Léopold II — est-ce à cause de Cléo* ? — ; le roi de carreau est Humbert Ier, le roi de pique Nicolas II et le roi de trèfle Guillaume II lui-même. La dame de cœur est la reine Victoria (oh! oh!), la dame de carreau, la reine Marguerite d'Italie ; la dame de pique, la tsarine, et la dame de trèfle l'impératrice Elisabeth d'Autriche.
    Il n'existe de ce jeu de cartes que deux exemplaires. Le premier, nous l'avons dit, a été donné au duc de Cambridge; l'autre appartient à Guillaume.

* Cléopâtre-Diane de Merode, dite Cléo de Mérode, une danseuse qui fit battre bien des coeurs.

Après recherche rapide sur internet je lis que la symbolique de la dame de trèfle en cartomancie serait celle d'une femme bénéfique qui vous aide.

Mit der Kamera über den Bozner Markt — 22 Fotos

  © Marco Pohle