mercredi 14 avril 2021

Un portrait de l'archiduchesse Stéphanie dans le Journal illustré


Journal illustré du 10 février 1889

 Quelques jours après le drame de Mayerling, le Journal illustré publiait une série de portraits particulièrement bien dessinés de la famille impériale. Voici celui de l'archiduchesse Stéphanie, princesse de Belgique, épouse de feu l'archiduc Rodolphe, prince héritier, décédé le 30 janvier 1889. Les portraits sont signés H. Meyer.

Rodolphe. Les textes de Mayerling.

Les diverses versions du drame de Mayerling sont présentées dans le recueil  Rodolphe. Les textes de Mayerling (BoD, 2020).

Voici le texte de présentation du recueil  (quatrième de couverture):

   Suicide, meurtre ou complot ? Depuis plus de 130 années, le drame de Mayerling fascine et enflamme les imaginations, et a fait couler beaucoup d'encre. C'est un peu de cette encre que nous avons orpaillée ici dans les fleuves de la mémoire : des textes pour la plupart oubliés qui présentent différentes interprétations d'une tragédie sur laquelle, malgré les annonces répétées d'une vérité historique définitive, continue de planer le doute.
   Comment s'est constituée la légende de Mayerling? Les points de vue et les arguments s'affrontent dans ces récits qui relèvent de différents genres littéraires : souvenirs de princesses appartenant au premier cercle impérial, dialogue politique, roman historique, roman d'espionnage, articles de presse, tous ces textes ont contribué à la constitution d'une des grandes énigmes de l'histoire.

Le recueil réunit des récits publiés entre 1889 et 1932 sur le drame de Mayerling, dont voici les dates et les auteurs :

1889 Les articles du Figaro
1899 Princesse Odescalchi
1900 Arthur Savaète
1902 Adolphe Aderer
1905 Henri de Weindel
1910 Jean de Bonnefon
1916 Augustin Marguillier
1917 Henry Ferrare
1921 Princesse Louise de Belgique
1922 Dr Augustin Cabanès
1930 Gabriel Bernard
1932 Princesse Nora Fugger

Le dernier récit, celui de la princesse Fugger, amie de la soeur de Mary Vetsera, est pour la première fois publié en traduction française. Il n'était jusqu'ici accessible qu'en allemand et en traduction anglaise.

Luc-Henri Roger, Rodolphe. Les textes de Mayerling, BoD, 2020. En version papier ou ebook.

Commande en ligne chez l'éditeur, sur des sites comme la Fnac, le Furet du nord, Decitre, AmazonHugendubel, etc. ou via votre libraire (ISBN 978-2-322-24137-8).


mardi 13 avril 2021

Schopenhauer choqué par les amours incestueuses de Sieglinde et Siegmund

 C'est ce que révélait le Ménestrel dans un article de janvier 1912 que je vous retranscris :

" Un document unique dans la littérature wagnérienne vient d'être acquis par un marchand d'antiquités de Dresde et aussitôt revendu par lui. C'est l'exemplaire du poème de l'Anneau du Nibelung dont Wagner fit hommage à Schopenhauer. En 1853, ce poème avait été imprimé au nombre de cinquante exemplaires qui ne devaient pas être mis en vente, « dans le but, disait l'auteur, de communiquer l'oeuvre aux amis intimes et aux personnes chez lesquelles je puis supposer une sympathie spéciale pour le sujet traité ». Au verso de la page titre était inscrite, dans le style compliqué dont Wagner ne sait pas toujours s'affranchir, la mention suivante des droits réservés : « Étant donné que, par un hasard facilement concevable, ce livre pourrait tomber entre les mains de personnes auxquelles je ne l'avais pas destiné, et que ces personnes, méconnaissant mes intentions, pourraient en venir à le considérer mal à propos comme une production littéraire, et se laisser entraîner à lui donner une publicité quelconque, je me crois dans mon droit en mettant en garde mes amis contre un tel abus et en les priant d'apporter tous leurs soins à m'en préserver. » C'est un exemplaire de ce livre, enveloppé dans une couverture de maroquin rouge provenant de France que Wagner fit parvenir à Schopenhauer. Il y mit cette simple dédicace: «Avec respect et reconnaissance ». Le philosophe parcourut le livre et traça sur les marges des annotations par lesquelles on peut se convaincre que l'ouvrage n'eut pas le don de lui plaire. Vers la fin de la scène entre Siegmund et Sieglinde, dans la Walkyrie, il écrivit : « On peut bien parfois oublier la morale, mais il n'est pas permis de l'outrager ». Un peu plus loin, à côté de l'indication scénique de Wagner: « Elle se pend, ravie, au cou de Siegmund », Schopenhauer écrit : « C'est une infamie », et, à la dernière phase de la scène d'amour, lorsque Wagner indique ainsi le jeu scénique : « Elle tombe avec un cri sur sa poitrine ; le rideau se ferme rapidement », Schopenhauer griffonne cette moquerie: « Il était plus que temps ». Ces remarques marginales n'ajouteront rien à la réputation d'un philosophe beaucoup trop vanté sans doute, et dont les conceptions ne dépassent guère en profondeur celles du vieux moraliste anonyme de l'Ecclésiaste."

Sieglinde et Siegmund, lithographie de Henri Fantin-Latour (NGA)

lundi 12 avril 2021

Une lettre de Wagner à Franz von Lenbach sur son portrait de Schopenhauer

 

Une lettre de Wagner à Franz von Lenbach. — Dans cette lettre, Wagner s'occupe d'un portrait du philosophe Schopenhauer, peint par Lenbach. En voici la traduction, d'après le texte allemand publié par le Berliner Tageblatt :

Bayreuth, 13 janvier 1875.

Cher Lenbach,

Je trouve que vous autres peintres, vous êtes des hommes heureux. Si, à l'époque présente, il est question d'art, c'est — dans le sens strict du mot, — toujours et, à proprement parler, seulement de la peinture qu'il s'agit. Les poètes... on les appelle simplement des poètes. Les musiciens... ce sont des fabricants de musique. Mais les artistes, ce sont toujours et seulement des peintres. Cela m'a souvent mis en rage. À la fin pourtant il faut bien que j'admette que l'on a peut-être raison. Considérons maintenant cet être remarquable, cette pure insaisissabilité le vieux Schopenhauer. L'idée d'un Schopenhauer est dans ce portrait pleinement réalisée. Ce portrait est la source de pensées profondes et pénétrantes ; nous avons devant nous l'homme en propre personne. Je n'ai qu'une espérance pour la culture du génie allemand, c'est qu'un temps viendra dans lequel Schopenhauer fera loi pour ce qui a rapport à notre manière de penser et d'approfondir. Ce temps, vous nous le montrez en ce sens que vous avez dessiné pour nous la tête dans laquelle cette loi a trouvé sa noble harmonie. Elle nous regarde, austère et triste. Ainsi, ceux qui la voient semblent-ils attendre d'elle ce sourire que, poussé par vos pressentiments, vous avez imprimé d'avance sur ses traits.

Source du texte : Le Ménestrel, mai 1904

Un portrait de l'archiduc Rodolphe dans le Journal illustré

Journal illustré du 10 février 1889

Quelques jours après le drame de Mayerling, le Journal illustré publiait une série de portraits particulièrement bien dessinés de la famille impériale. Voici pour commencer celui de feu l'archiduc Rodolphe, prince héritier, décédé le 30 janvier 1889.

Rodolphe. Les textes de Mayerling.

Les diverses versions du drame de Mayerling sont présentées dans le recueil  Rodolphe. Les textes de Mayerling (BoD, 2020).

Voici le texte de présentation du recueil  (quatrième de couverture):

   Suicide, meurtre ou complot ? Depuis plus de 130 années, le drame de Mayerling fascine et enflamme les imaginations, et a fait couler beaucoup d'encre. C'est un peu de cette encre que nous avons orpaillée ici dans les fleuves de la mémoire : des textes pour la plupart oubliés qui présentent différentes interprétations d'une tragédie sur laquelle, malgré les annonces répétées d'une vérité historique définitive, continue de planer le doute.
   Comment s'est constituée la légende de Mayerling? Les points de vue et les arguments s'affrontent dans ces récits qui relèvent de différents genres littéraires : souvenirs de princesses appartenant au premier cercle impérial, dialogue politique, roman historique, roman d'espionnage, articles de presse, tous ces textes ont contribué à la constitution d'une des grandes énigmes de l'histoire.

Le recueil réunit des récits publiés entre 1889 et 1932 sur le drame de Mayerling, dont voici les dates et les auteurs :

1889 Les articles du Figaro
1899 Princesse Odescalchi
1900 Arthur Savaète
1902 Adolphe Aderer
1905 Henri de Weindel
1910 Jean de Bonnefon
1916 Augustin Marguillier
1917 Henry Ferrare
1921 Princesse Louise de Belgique
1922 Dr Augustin Cabanès
1930 Gabriel Bernard
1932 Princesse Nora Fugger

Le dernier récit, celui de la princesse Fugger, amie de la soeur de Mary Vetsera, est pour la première fois publié en traduction française. Il n'était jusqu'ici accessible qu'en allemand et en traduction anglaise.

Luc-Henri Roger, Rodolphe. Les textes de Mayerling, BoD, 2020. En version papier ou ebook.

Commande en ligne chez l'éditeur, sur des sites comme la Fnac, le Furet du nord, Decitre, AmazonHugendubel, etc. ou via votre libraire (ISBN 978-2-322-24137-8)


dimanche 11 avril 2021

Louis II de Bavière sauvé des eaux par les pompiers de Munich ce samedi 10 avril 2021.

 

Photo Ahert

L'info

Un buste du roi Louis II provenant du monument érigé près du pont Cornelius vient d'être repêché dans l'Isar, la rivière qui traverse la ville de Munich. Lors d'une impressionnante opération de sauvetage près du pont Cornelius, les pompiers de Munich ont récupéré samedi un buste du roi Louis II dans la rivière Isar, qui n'est autre que la reproduction du buste original conservé au Téâtre national de Munich. Des passants attentifs avaient découvert la tête de bronze dans l'Isar à une dizaine de mètres de la rive et alerté les autorités. L'opération de sauvetage a été prise en charge par les pompiers munichois : un plongeur du service d'incendie de Munich est allé récupérer le buste du roi Louis II dans les eaux de l'Isar. À l'heure actuelle, on ne sait pas comment le roi s'est retrouvé dans l'eau.

En raison du fort courant et de la profondeur de l'Isar à cet endroit, le plongeur a dû entrer dans la rivière. Ce n'est qu'avec beaucoup de difficultés que l'officier des pompiers a réussi à passer un nœud coulant autour du buste, qui pesait environ 40 kilogrammes. 

Le buste a été remis en place sur le pont Cornelius, plus précisément sur le balcon de l'Isar, en contrebas du pont. 

La police a repris l'enquête afin de clarifier pourquoi la tête du roi de conte de fées est tombée dans l'eau. 

Le monument à Louis II du pont Cornelius

C'est en 1899 que les Munichois ont fondé une association en vue de l'érection d'un monument au roi Louis II au coeur de la capitale bavaroise. Le prince régent Luitpold avait assuré le patronage de cette association. L'association connut un succès rapide : elle vit rapidement augmenter le nombre de ses membres et ses caisses se remplirent abondamment. En accord avec les autorités de la ville, l'emplacement sur le pont Cornelius fut choisi, à l'époque le seul pont sur l'Isar sans décoration sculpturale. L'architecte Michael Dosch créa un projet pour l'érection d'une niche en pierre d'environ 11 mètres de haut. La statue de bronze mesurait environ 3,20 mètres de haut. Le 19 juin 1910, le Prince Régent Luitpold inaugura enfin le monument achevé.

En 1942, la figure en bronze fut enlevée par les nationaux-socialistes et ignominieusement fondue pour les besoins de la guerre, à l'exception de la tête. La tête fut installé au Théâtre national (l'opéra de Munich) en 1963. Quant à la niche en pierre, elle fut démontée en 1969 et entreposée. En 2013, on redécouvrit 470 éléments individuels de la niche en pierre, ce qui représente environ 97 % de l'ensemble du monument. Suite à une initiative citoyenne pour la reconstruction du monument, le conseil municipal décida en juillet 2018 la reconstruction d'un monument sous la forme simplifiée d'une " ruine romantique ". (Traduction libre du texte allemand de Wikipedia, à l'article Corneliusbrücke).

Le commentaire

Toute la presse bavaroise de ce matin a repris l'information de cette action particulièrement choquante  pour les Bavarois, qui malgré le fait que la Bavière soit en république depuis plus d'un siècle, sont restés profondément attachés à la royauté et à la dynastie royale des Wittelsbacher. Il n'est sans doute pas besoin de rappeler que le roi Louis II est mort dans les eaux du lac de Starnberg le 13 juin 1886 alors qu'il venait d'être destitué et interné dans son château de Berg. Faire subir une nouvelle noyade symbolique au roi n'est évidemment pas innocent. 

Pourquoi déboulonner ce buste de 40 kilos et le précipiter dans la rivière ? Cette action qui nécessitait une logistique certaine me semble avoir été soigneusement préparée. On peut espérer que l'enquête policière aboutira ou que les auteurs de cette surprenante action ne se dénoncent et dévoilent leurs motivations. 

vendredi 9 avril 2021

Le poème de Carmen Sylva (reine Elisabeth de Roumanie) à la défunte impératrice Elisabeth d'Autriche

Photo par Jebulon (2012)

ELISABETH DE ROUMANIE  A ELISABETH D'AUTRICHE *

    Le 10 septembre 1901, l'empereur François-Joseph assista, dans l'église des Capucins de Vienne, à un service religieux pour le repos de l'âme de l'impératrice Elisabeth. Puis il descendit dans la crypte pour prier au pied du cercueil de celle qui repose près de la grande Marie-Thérèse, de l'Aiglon et de la victime du drame de Meyerling. L'empereur remarqua une splendide couronne, toute d'edelweiss, sur le ruban de laquelle il lut une dédicace en vers allemands, tracée par la main de Carmen Sylva.**
    Voici certaine traduction qu'on nous a communiquée de cet hommage d'une reine à une impératrice. L'objet en est rare et la pensée élevée peut-être paraîtra-t-il digne de curiosité.

UNE POIGNÉE D'EDELWEISS
par CARMEN SYLVA

Vienne, le 3 septembre 1901, en déposant une couronne 
sur le cercueil de l'impératrice Elisabeth d'Autriche, 
dans la crypte des Capucins.

J'ai recueilli  ces fleurs sur les plus hautes cimes, 
Près des nuages, sur le bord des noirs abîmes. 
J'en veux joncher le sol, à tes pieds fatigués, 
Tes pauvres pieds saignants d'avoir tant cheminé, 
Sans trêve et sans répit, en l'ardente poursuite 
Des mirages lointains qu'un instant met en fuite ; 
Du repos,si longtemps rêvé, jamais atteint
Du problème angoissant, insoluble aux humains, 
Alors que tu cherchais les sources immortelles, 
Les sources d'où provient la lumière éternelle, 
Où prend naissance l'éternelle pureté. 
Reçois ces fleurs que, par les clairs matins d'été, 
Nous offraient les chemins où nous errions naguère, 
Nous enivrant d'air pur, de senteurs printanières, 
Tandis qu'en ta prunelle un double feu dardait, 
Foyer d'où la pensée en rayons jaillissait,
Si lumineux que sur les fleurs toutes pâlies, 
Les gouttes de rosée en étaient obscurcies.
Ton pied léger n'était pas seul audacieux
Ton esprit s'élançait d'un bond jusques aux cieux ; 
Il pénétrait au gouffre inexploré des causes. 
L'au-delà, rempli d'ombre, et le pourquoi des choses 
Tentaient son vol hardi pareil au froid cristal, 
Il reflétait l'azur du monde sidéral.
Le poids du diadème, sur ta tête exquise,
Pour la faire pencher, n'avait pas eu de prise; 
Mais sur ton front royal le flot des lourds cheveux 
Tressait l'autre couronne, invisible à nos yeux, 
Couronne faite de tourments et de souffrance.
Les grandeurs de la terre et la toute-puissance 
T'empourpraient de rougeurs de honte et de mépris : 
Ton seul désir, ton seul idéal fut l'esprit
Tu voulais, toi qui fus la plus belle des femmes, 
Ne vivre, pur esprit, que par l'esprit et l'âme. 
L'esprit seul te donnait la révélation
De l'énigme cruelle et sans solution
L'énigme de la mort, le secret de la vie, 
Et pourquoi la douleur, et la haine et l'envie. 
Ton cœur inassouvi repoussait, toujours las, 
Comme un calice amer, toute joie ici-bas.
Puis, dans le grand silence et la nuit étoilée, 
Ta plume te disait sa confidence ailée 
Et te guidait, par des sentiers mystérieux,
Vers les temples sereins où trônent, radieux, 
Les héros de l'esprit. Ton génie eut pour frères 
Tous ceux dont la pensée a parlé, libre, altière.
Et je viens, ô ma sœur auguste, t'apporter
Et d'une main pieuse à ton chevet poser
La morne fleur éclose aux flancs des noirs Carpathes 
Reçois-la c'est l'hommage attendri que j'ai hâte 
D'offrir à ta fatigue, à ton épuisement,
À ton repos enfin gagné si chèrement !
Laisse-la te parler tout bas, comme on soupire, 
De ceux que ton exempte aux fiers sommets attire, 
De ceux dont les pieds sont, comme les tiens, meurtris, 
Éternels chemineaux des champs de l'infini. 

Traduit par Jean de Linche — Slatinéano.

* Article publié par le Journal des débats en septembre 1901
** Hommage littéraire. En 1901, le roi et la reine de Roumanie, à peine arrivés à Vienne, s'étaient rendus directement de la gare au caveau des capucins, où reposent les restes mortels de l'impératrice Elisabeth. Sur le tombeau impérial le couple royal a déposé une couronne en edelweiss des Carpathes, sur les rubans de laquelle était calligraphiée une pièce de vers de Carmen Sylva composée pour la circonstance.

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