dimanche 18 juillet 2021

L'inauguration du Walhalla. Un article de 1842. Le tableau et le poème de William Turner.

William Turner commémora l'ouverture du bâtiment
dans une toile en 1842 qui sera exposée en 1843

Walhalla — Inauguration in Journal de Toulouse, 16 octobre 1842

C’est le 18 de ce mois qu’aura lieu, aux environs de Ratisbonne la grande fête de l’inauguration du Walhalla. Toute l’Allemagne est conviée à cette solennité, et tous les hommes dont elle s’enorgueillit s’y donneront rendez-vous ; car le roi de Bavière doit y déployer une grande magnificence. Ce fut en 1806, il y a trente-six ans, alors que l’Allemagne apparaissait courbée sous la plus humble des conditions politiques, que le roi de Bavière actuel, jeune, mais pénétré d’admiration pour les grands hommes qui ont honoré sa patrie, conçut le projet du Walhalla. Il était à Berlin, de retour d’’un voyage en Espagne. Le célèbre Johannes Müller et quelques autres de ses compatriotes partagèrent l’enthousiasme du prince, et dès cette époque les sculpteurs dont les talents étaient connus commencèrent les bustes de plusieurs des grands hommes qui ont trouvé place dans ce nouveau temple de la Gloire.

Les événements de 1814, événements si fertiles en prodiges dans toute l’Europe et surtout en Allemagne, ajoutèrent encore à la résolution du prince Louis. Après la paix, croyant le moment propice, il invita tous les architectes à lui envoyer leurs plans ; mais aucun de ceux qui lui furent soumis ne fut approuvé. En 1816, l’architecte Léon de Klenze fut chargé d’en préparer de nouveaux. Fin 1821, celui qui a été si heureusement exécuté reçut l’approbation du roi.

Il avait été d’abord arrêté que le temple serait érigé dans le voisinage de Berchtesgaden, mais ce dessein fut par la suite abandonné. Plusieurs autres sites furent proposés, adoptés, puis rejetés. On songea pendant un temps au voisinage de Munich ; mais l’idée de Klenze, s’alliant plus intimement avec la pensée première du fondateur du Walhalla, fut adoptée, et en 1822 on arrêta que ce serait au bord du Danube, à la limite de l’empire romain dans la Germanie, près de Ratisbonne, capitale des Agilofinges, ou habitants de la Bavière.

De tous les genres grecs, le style dorique fut préféré. Par sa magnificence extérieure, l’aspect du monument devait agir puissamment sur les esprits et les préparer, comme une introduction, à la magnificence de l’intérieur. La grande galerie est destinée à recevoir les bustes et les noms de tous les hommes et de toutes les femmes qui, dans la guerre, dans les beaux-arts et dans les sciences, depuis les temps antiques jusqu’à nos jours, ont illustré leurs noms et leur patrie. Les matériaux les plus durables, tels que le marbre, le bronze, le fer, etc., y sont seuls employés, et dès 1821, époque à laquelle ce plan fut définitivement arrêté, les carrières de marbre de Untersberg, près de Salzbourg, commencèrent à être exploitées. Ce ne fut cependant que dix ans après, le 18 octobre 1830, que la première pierre de ce Panthéon, élevé à toutes les gloires de l’Allemagne, fut posée en présence du roi. M. de Schenck, alors ministre de l’intérieur, prononça à cette occasion un discours qui excita un vif enthousiasme.

Le Walhalla est situé au sommet du Bräuberg, montagne élevée de 84 mètres environ au-dessus du niveau du Danube, au lieu appelé Donaustauf, non loin de Ratisbonne. L’édifice repose sur des constructions cyclopéennes vraiment colossales. Six escaliers de marbre conduisent à de vastes terrasses. De ces terrasses la vue est superbe. Au nord-ouest est un petit bois de chênes qui abrite le monument contre les vents. À l’ouest, s’élèvent au loin des ruines imposantes, celles du vieux château de Staaf, dont les vieilles tours remontent au 11e siècle ; et, au nord, la vue se perd à l’horizon, sur des collines boisées qui se prolongent jusqu’aux immenses forêts de la Bohème.

Le Walhalla a 147 mètres de longueur, sa largeur est de 97 et sa hauteur de plus de 70. Le temple supérieur a 77 mètres de long, 37 de large et 21 de haut. À chacune de ces extrémités est un portique de 14 colonnes doriques de 12 mètres de hauteur et 2 mètres environ de diamètre. On se fera une idée de ces colonnes, quand on s'aura qu’on évalue le poids de chacune d’elles à 5,000 kilogrammes. Les blocs employés à l’architrave pèsent près de 13,000 kilogrammes.

Le bas-relief principal du tympan du fronton du portique présente un groupe de quinze figures allégoriques, emblème de la délivrance de l’Allemagne après la retraite de Russie. Au centre est une figure colossale, assise, représentant l’Allemagne avec une épée sur ses genoux et entourée des guerriers auxquels elle a donné le jour D’un côté sont l’Autriche, la Bavière ; de l’autre, la Prusse et le Hanovre, la Hesse, le Wurtemberg, la Saxe et Baden sont un peu plus loin sur le derrière. Les places fortes fédérales de Mayence, Landau, Luxembourg et Cologne, et les deux fleuves le Rhin et la Moselle, y sont personnelles. Le groupe placé sur le côté nord du portique représente la victoire des Chérusques sur les Romains. Le dessin et l’exécution sont de Schwanthaler. Au centre est la grande figure d’Arminius, du vainqueur de Varus, du libérateur de la Germanie. À sa droite sont trois chefs germains. Une Welleda et une Thusnelda versent de l’hydromel à un guerrier mourant. Varus, ne voulant pas survivre à la honte de sa défaite, se donne la mort ; près de lui est un porte-enseigne romain expirant, renversé sur le sol.

La grande salle de l’intérieur, destinée à toutes les illustrations de la vieille et de la nouvelle Allemagne, est de forme oblongue. Sa longueur est de 44 mètres, et sa largeur de 17. Les bustes sont disposés de manière à ce que l’œil puisse toujours en apercevoir le plus grand nombre, Chaque buste, de même dimension, occupe un espace égal. Le roi, le poète, le prélat vont de pair, sont placés sur le même rang. Ils sont tous égaux. Le seul ordre prédominant est l’ordre chronologique.

Au nombre des personnages illustres qui figurent dans ce Panthéon germanique, il en est dont la ressemblance n’a pas paru authentique. Dans ce cas, comme il était impossible de faire leurs bustes, leurs noms seuls en lettres de bronze doré ont été écrits sur de larges tablettes de marbre blanc. Environ cent bustes et soixante- quatre noms sont placés. Mais il y a des espaces préparés pour en recevoir un plus grand nombre. Alfred-le-Grand, roi d’Angleterre, et le vénérable Bède figurent dans ce temple. Dans la pensée du roi Louis, les Saxons qui ont envahi les îles britanniques ont des membres de la grande famille germanique. C’est le même principe qui a fait admettre dans le Walhalla Clovis et Charlemagne.

Ce sera certainement une grande fête pour toute l’Allemagne que l’inauguration du Walhalla. Les étrangers y afflueront de toutes les parties de l’Europe.

La toile de William Turner

Entre 1817 et 1844, Turner effectua sept voyages en Allemagne. A l'époque de Turner, l'Allemagne était composée de nombreux états différents, qui s'étaient constitués en une Confédération allemande en 1814 après la chute de Napoléon.

Cette peinture commémore l'inauguration en 1842 du temple Walhalla ("Wallhalla" dans l'orthographe de Turner), un bâtiment classique surplombant le Danube, construit sous les auspices du roi Louis Ier de Bavière comme symbole de l'unité nationale et en hommage aux grands Allemands du du passé.

Turner exposa la peinture à la Royal Academy de Londres en l'accompagnant de vers de son poème Fallacies of hope :

‘L’honneur au Roi de Bavière’:
Who rode on thy relentless car, fallacious Hope?
He, though scathed at Ratisbon, poured on
The tide of war o’er all thy plain, Bavare,
Like the swollen Danube to the gates of Wien.
But peace returns – the morning ray
Beams on the Wallhalla, reared to science, and
the arts,
For men renowned, of German fatherland.

Ce qui donne à peu près ceci en traduction libre :

"L'honneur au Roi de Bavière" :
Qui est monté sur ton char implacable, fallacieux espoir ?
Lui, bien qu'il ait été blessé à Ratisbonne, il a déversé
La marée de la guerre sur toute ta plaine, Bavière,
Comme le Danube en crue jusqu'aux portes de Vienne.
Mais la paix revient - le rayon matutinal
Rayonne sur le Wallhalla, élevé à la science, et et aux arts,
Pour des hommes renommés, de la patrie allemande.


Mes photos du Walhalla

Schlosspark Nympheburg — Haubentaucher auf dem Nest — Grèbe huppé sur son nid




Observé le 17 juillet 2021 dans le parc de Nymphenburg non loin du Badenburg
Beobachtet am 17. Juli 2021 im Schlosspark bei Badenburg

Dörfchen im Schlosspark Nymphenburg — 13 Bilder — Le petit village dans le parc du château de Nymphenburg en 13 photos
















 

samedi 17 juillet 2021

Brigitte Fassbaender met en scène un nouveau Rheingold aux Tiroler Festspiele d'Erl

Albérich - fille du Rhin
Crédit des photographies © Xiomara Bender/Tiroler Festspiele Erl

Le Festival d'été du Tyrol à Erl a entamé la production d'un nouveau Ring wagnérien en donnant le Rheingold cet été. Le prologue de l'Anneau du Niebelung sera repris au programme de l'été prochain en en se voyant adjoindre la Walkyrie. Siegfried et le Crépuscule des dieux viendront s'y ajouter à l'été 2023 où deux cycles du Ring sont programmés au Passionsspielhaus (Théâtre de la Passion).

La mise en scène a été confiée à la Kammersängerin Brigitte Fassbaender, consécration d'une carrière d'une richesse inouïe. Grande mezzo-soprano, Madame Fassbaender a souvent interprété des rôles wagnériens avec les plus grands chefs : Waltraute avec Solti, Magdalene avec Kubelik, Floshilde avec Sawallisch, Fricka avec Karajan, Brangäne avec Kleiber,... Comme chanteuse, elle était considérée comme le prototype de l'actrice chantante, le mot est d'August Everding, car son art fut toujours lié à sa passion d'un jeu de scène nourri d'une pénétration psychologique des œuvres. Sa présence scénique était impressionnante, la perfection vocale se mariant avec une performance d'actrice complètement naturelle et authentique. À la fin des années 80, elle entama une grande carrière de metteuse en scène parallèlement à son métier de chanteuse d'opéra et de lieder, à sa vocation de professeure de chant ou de directrice de festival. Parmi ses très nombreuses productions, on épinglera deux mises en scène d'oeuvres de Wagner : deux Tristan und Isolde (Braunschweig 1996 et Innsbruck 2001) et un Rheingold à Innsbruck en 2009. Le Festival du Tyrol lui offre la possibilité de réaliser, à 82 ans magnifiquement portés,  son premier Ring. On le comprend, les compétences accumulées dans ces divers métiers du théâtre sont en soi un gage de réussite et une aubaine pour les festivaliers.

Pour son second Rheingold, Brigitte Fassbaender s'est associée avec Kaspar Glarner, un décorateur et costumier qui a ces vingt dernières années beaucoup travaillé pour l'opéra, notamment avec Uwe Eric Laufenberg et Keith Warner. Cette fine équipe a été confrontée à la configuration scénique du théâtre de la Passion d'Erl dont la scène aux dimensions impressionnantes est dénuée de fosse d'orchestre et de cintres et ne dispose quasiment pas de dessous. Si des solutions sont possibles pour pallier le manque de machineries, elles se présentent moins quant à l'exécution musicale. L'orchestre doit en effet être nécessairement placé en fond de scène. Glarner le fait disparaître derrière un grand voile de gaze avec des lumières discrètes aux éclats dorés pour l'éclairage des partitions. Si comme à Bayreuth l'orchestre est quasi caché, on est  évidemment loin de la fameuse acoustique conçue par Wagner  avec l'installation du célèbre double abat-son de la colline verte.

Fafner, Fasolt, Freia et Froh

Face à ces contraintes, Brigitte Fassbaender a opté pour un travail intense sur le jeu des acteurs mettant l'accent sur la définition psychologique des personnages, une vision que de son côté Kaspar Glarner est parvenu à rendre par des costumes aussi typés que réussis. Les éléments narratifs mythologiques et une certaine magie féérique sont bien sûr présents, mais c'est surtout l'humanité des protagonistes que Brigitte Fassbaender et Kaspar Glarner se sont attachés à rendre, réussissant un découpage de profils remarquables. Les filles du Rhin sont vêtues de longues robes noires luisantes aux décolletés aguicheurs et portant des perruques à la Cléopâtre. Robes et perruques comportent une touche poissonneuse. Les dieux semblent davantage appartenir au monde de la grande bourgeoisie qu'au Panthéon : Wotan, vêtu de bleu comme le voulait Wagner, porte un élégant costume avec gilet et cravate qu'il s'applique à rajuster, il agit en homme d'affaires préoccupé de ses ses intérêts et peu enclin à honorer ses contrats. Fricka, un peu popote, porte un tablier par dessus son élégant tailleur ; Erda, que Fricka contrôleuse et jalouse, déteste, — et pour cause, — la toise avec des airs méprisants de grande bourgeoise. Loge est un fieffé coquin, un de ces hommes d'affaires hâbleurs un peu matamoresque, habillé de manière trop voyante, il joue du briquet comme il se doit pour un dieu du feu, s'amuse à faire jaillir des flammes et est un peu cleptomane, dérobant une pépite d'or ici, une cuillère du même métal là. Alberich devient le personnage central de la pièce : homme des bas-fonds avide de sexe et de pouvoir, il entre en scène en peignoir de bain miteux et tente de séduire les ravissantes filles du Rhin dans cet attirail. Une fois l'or du Rhin dérobé, il pose en costume doré m'as-tu-vu, arborant un Tarnhelm très tendance qui évoque des lunettes de simulation visuelle. Fassbaender traite ce personnage généralement détesté et présenté comme hideux avec une certaine compassion et même une certaine tendresse, en un mot avec humanité. Elle en fait un personnage gesticulant et bondissant, toujours affairé à droite et à gauche de la scène, gravissant avec agilité une table ou remontant un tapis roulant (d'orpaillage peut-être) qui descend de manière oblique d'un des côtés de la scène. Chapeau bas pour le baryton-basse américain Craig Colcough qui est parvenu à briller de sa voix puissante dans ce rôle exigeant tout en répondant à la performance athlétique exigée par la mise en scène ! Froh est habillé à la dernière mode dandy, dieu de la joie vaniteuse, inconsistant, les cheveux teints en bleu, veston rouge et cravate sur bermuda rouge à carreaux sur de longs bas mauves, enfin, le dernier chic ! Freia, en jupe de satin vert portée sur un chemisier blanc tombe amoureuse de son ravisseur le géant Fasolt, qui en devient humain, trop humain. Les géants se présentent en redingotes et cravatés, grandis par des bottines à semelles surélevés et par des chapeaux à hautes calottes cylindriques.

Les dieux sont en plein déménagement, ils ont fait leurs caisses et leurs valises : côté cour, la scène est encombrée de caisses et de meubles. Le Walhalla n'est pas donné à voir aux spectateurs, les dieux le contemplent en fixant la salle, ce qui, non sans ironie, donne à comprendre que  le public est assis au Panthéon ! Au finale, pour la montée au château, une rampe d'accès descend du côté cour vers le centre de la scène et les parois convexes des côtés de scène se voient colorées des couleurs de l'arc-en-ciel, un effet vidéo un peu décevant. 

L'humour ponctue cette belle mise en scène marquée à la fois des coins de la critique sociale ironique et de la tendresse. Brigitte Fassbaender pose un regard pétillant de malice sur les travers de notre société et dénonce avec une une ironie mêlée de tendresse les vices et les faiblesses d'une société avide d'or, de pouvoir et de sexe. Les costumes colorés de Glarner expriment bien la psychologie des personnages et nous rions des trouvailles cousues de fil blanc au moment des métamorphoses d'Albérich qui apparaît sous la forme d'une grande tête de cobra  dressant la tête et déployant sa coiffe menaçante avant de se transformer en crapaud de peluche. En fin de compte, les dieux embarquent par la passerelle sur le navire du Walhalla, rassurés d'avoir récupéré Freia et ses pommes d'or qui leur assurent la jeunesse, et ces bourgeois blasés ne se rendent pas compte, malgré les avertissements d'Erda, que leur Walhalla n'est jamais qu'un Titanic.

Si la direction d'orchestre d'Erik Nielsen n'est pas parvenue à soulever de grandes passions et me semblait manquer d'effets d'entraînement, une bonne troupe de chanteurs a par contre assuré le succès de la soirée. Le baryton basse Simon Bailey qui avait interprété Klingsor à Francfort et plus récemment à l'Opéra du Rhin donne un Wotan de belle tenue rendant fort bien les veuleries et les insuffisances de ce dieu magouilleur. L'Albérich de Craig Colclough recueille tous les suffrages, magnifique d'un bout à l'autre de son rôle, tout en puissance notamment dans le duo des Nibelungen avec le Mime du très imposant George Vincent Humphrey, qui est annoncé pour le prochain Siegfried. Le jeune Thomas Faulkner en Fasolt amoureux est une des bonnes découvertes de la soirée : une voix d'outre-tombe puissante, dramatique, avec une grande force de projection. Tout aussi remarquable est la prestation de Ian Koziara, un chanteur au ténor doté de douceurs lumineuses et de clartés sonores, avec un excellent jeu de composition du personnage de Loge, dont il rendait bien les stratagèmes emplis d'insinuations mielleuses. 

Le beau Prologue que voilà, qui donne un goût de de reviens-y. Rendez-vous est pris pour la Walkyrie de l'an prochain.

Infos et réservations : https://www.tiroler-festspiele.at/

Le Festival tyrolien d'Erl — Le retour de L'Anneau du Nibelungen

Fondé en 1997, le Festival tyrolien d'Erl se déroule tous les ans en juillet pendant 25 jours dans la Passionsspielhaus, et ceci depuis 1998. En décembre 2012, un nouveau bâtiment adapté aux rigueurs de l'hiver a été érigé non loin du lieu de représentation habituel du Festival . Dorénavant, ce dernier abritera le Festival d'hiver pendant deux semaines au moment des fêtes de fin d'année. Depuis 2017, le bâtiment est également utilisé pendant l'été comme lieu de représentation supplémentaire, en plus de la Passionsspielhaus. 

Le cadre est admirable avec ses vastes prairies entourées de montagnes. Les festivaliers peuvent aussi profiter de la source bleue tout proche (die blaue Quelle), une source karstique froide (entre 7 et 9 degrés) qui forme un petit étang d'un camaïeu de bleus extraordinaire. qui se trouve aussi être le plus ancien monument naturel d'Autriche. 

Bonne nouvelle pour les wagnériens : Le Festival tyrolien monte un nouveau Ring qui sera complet dans deux saisons. Cette année nous avons pu assister au Rheingold, le prologue de l'Anneau du Nibelungen. L'an prochain s'y adjoindra la Walkyrie et en 2023, le Festival prévoit deux cycles du Ring complet. La mise en scène est confiée aux soins de la Kammersängerin Brigitte Fassbaender dont le Rheingold vient de remporter un énorme succès. 

Renseignements et réservations : Festival tyrolien d'Erl

Reportage photographique

















vendredi 16 juillet 2021

Idomeneo, re di Creta de Mozart revient à Munich — Retour sur la création de 1781

    Après la nouvelle production de Tristan und Isolde, Le Bayerische Staatsoper donne la deuxième grande création de son festival d'été, Idomeneo, re di Creta, de Mozart, dans une mise en scène d'Antú Romero Nunes, avec Constantin Caradys au pupitre et Matthew Polenzani dans le rôle titre. Première ce 19 juillet au Prinzregententheater. Plus d'infos sur cette production. À voir gratuitement le 24 juillet à 18H sur la StaatsoperTV de l'opéra de Munich, puis à partir du 26 juillet pour trente jours en vidéo à la demande.

   Idomeneo, re di Creta (K.366) (Idoménée, roi de Crète), est un opera seria en trois actes, composé par Mozart sur un livret en italien de Giambattista Varesco. L'œuvre est directement inspirée du mythe antique d'Idoménée. La première représentation eut lieu le 29 janvier 1781 au théâtre Cuvilliés de Munich. Dans les jours qui suivirent, trois représentations furent données. L'opéra fut repris à Vienne en 1786, Mozart pour l'occasion composa deux airs afin de remplacer les numéros 10 de l'acte II et 20 de l'acte III.

    L'oeuvre avait été crée il y a exactement 240 ans à Munich. Voici un texte de Victor Wilder publié en 1881) qui rappelle les circonstances de la composition et de la création de l'oeuvre :

Idomeneo, re di Creta,
un texte de Victor Wilder 

    Mozart avait laissé à Munich des amis dévoués et de chauds partisans. L'électeur lui- même, en dépit de ses hésitations à lui donner la place dont son mérite le rendait digne, savait apprécier le maître et lui gardait une grande sympathie. Il était donc naturel qu'on jetât les yeux sur Mozart lorsqu'il fut question, dans la capitale bavaroise, de monter un ouvrage nouveau pour la saison du carnaval de 1781. 
    Pour faciliter le travail du compositeur, on commanda le livret à l'abbé Varesco, chapelain de la cour de Salzbourg. C'était un de ces prêtres italiens, comme il y en avait alors auprès de tous les princes ecclésiastiques, chargés d'entretenir la correspondance avec Rome et de fournir les théâtres épiscopaux de compliments rimés et de pièces de circonstance. 
    Le sujet auquel s'arrêtèrent les deux collaborateurs est l'histoire d'Idoménée, roi de Crète, qui, revenant de la guerre de Troie, et surpris par la tempête, fait à Neptune l'imprudente promesse de lui sacrifier, s'il est sauvé, la première personne qu'il rencontrera sur le rivage. À peine Idoménée a-t-il débarque qu'il voit avec épouvante son fils qui vient se jeter dans ses bras. 
    Cette fable, dont l'analogie avec l'histoire de Jephté est frappante, avait été plusieurs fois traitée sur la scène française. Crébillon, le premier, je crois, en avait fait en 1705 une tragédie qui, selon l'expression pittoresque de Boileau, semblait écrite par un Racine en état d'ivresse. Lemierre avait repris le même sujet, en 1764 pour la Comédie française.
    Enfin Danchet avait donné à l'Opéra, en 1712, un Idoménée mis en musique par Campra. C'est ce dernier ouvrage que Varesco traduisit en italien, tout en modifiant quelques détails et en substituant au dénouement français une solution moins sombre et moins tragique. 
    Le choix de cette pièce est caractéristique et nous laisse pénétrer dans la pensée du maître, qui, sans aucun doute, songeait alors à résumer dans son œuvre les tendances opposées de l'opéra français et de l'opéra italien. 
    Indépendamment de l'influence de Gluck, qui se révèle dans les détails de la déclamation lyrique, la physionomie extérieure des deux genres se reflète dans Idomenée avec une netteté singulière. L'emploi des sopranistes artificiels, le peu d'importance accordé à la voix de basse, et la coupe de certains morceaux atteste encore la fidélité aux traditions de l'opéra séria ; la pompe du spectacle, les marches et les ballets, l'intervention active et fréquente des chœurs, trahissent au contraire l'influence de la poétique française. 
    Mais si la main de Mozart avait l'énergie nécessaire pour réunir en un faisceau unique tant d'éléments divers et disparates, celle de Varesco était trop faible et trop débile pour un si puissant effort. Aussi le compositeur d'Idoménée, tout en donnant dans ce nouvel ouvrage la mesure de son génie, n'a-t-il pas réussi, croyons-nous, à frapper le but qu'il visait et à trancher définitivement la querelle de ces deux frères ennemis, qu'il rêvait de réconcilier. Le livret de Varesco se trouvant achevé et la partition déjà prête en grande partie, Mozart partit pour Munich, où il arriva le 8 novembre 1780. Malgré sa répugnance à laisser échapper ses serviteurs, le prélat, son maître, lui avait donné la clef des champs. Il avait été stipulé expressément, lors du réengagement de Mozart à la cour de Salzbourg, qu'on lui donnerait un congé, tous les deux ans, pour lui permettre de monter les ouvrages qu'il serait appeler à composer. 
    Les rapports de l'archevêque Jérôme avec la cour de Munich étaient, d'ailleurs, trop intimes pour qu'il osât refuser son assentiment aux désirs de Charles-Théodore. Mozart s'en alla, heureux et satisfait de déposer le collier de la servitude. Mais il est indispensable de nous arrêter sur quelques détails importants et d'étudier Idoménée de plus près. 

    En arrivant à Munich, Mozart fut reçu à bras ouverts par tous ses anciens amis de Mannheim, qui avaient suivi leur souverain dans la capitale bavaroise, car il y avait vraiment un grand courant de sympathie entre eux et lui, et comme il le disait lui-même : « Si j'ai beaucoup d'affection pour ceux de Mannheim, en retour ceux de "Mannheim m'adorent. »
    Il fut heureux comme un enfant de retrouver ses camarades de Paris : Ramm et Wendling et l'hospitalière famille des Cannabich : le père, un homme excellent et dévoué ; Mme Cannabich, qui avait pour notre héros une affection toute maternelle, et Mlle Rose, son ancienne élève, qui était maintenant une grande jeune fille de seize ans, dont cependant la froide beauté ne fit jamais beaucoup d'impression sur son cœur, si prompt à s'enflammer. Quant à celle qui aurait pu le troubler encore, Aloyse Weber, elle était partie avec ses parents pour Vienne, où elle avait été engagée avec le titre de première chanteuse de l'Opéra Impérial. Son image le poursuivit plus d'une fois sans doute dans ces lieux où il l'avait vue pour la dernière fois; toutefois, si son cœur souffrit encore de ces souvenirs pénibles, il eut la force de le dompter et d'étouffer ses plaintes, car il n'en'parle qu'une seule fois dans les lettres qu'il adressait à son père.
    Au surplus, il n'y avait pas de temps à perdre. II fallait achever l'Idomeneo, orchestrer toute la partition, veiller à la copie et commencer immédiatement les études. Pour se consacrer entièrement à sa tâche, Mozart alla s'enfermer dans un hôtel de la Burggasse [Lehel, vieille ville de Munich, aujourd'hui le Café Mozart] et se mit résolument au travail. En souvenir de son séjour dans cette maison, désormais historique, la commune de Munich, y a fixé une plaque rappelant la visite dont elle fut honorée.
    Le compositeur pouvait se reposer avec une entière confiance sur son orchestre ; les symphonistes de Charles-Théodore ne redoutaient aucune rivalité, mais la troupe chantante ne laissait pas de lui donner quelques inquiétudes.
    Les rôles des femmes étaient entre les mains des deux soeurs Dorothée et Elisabeth Wendling. Le rôle secondaire d'Arbace, le confident du roi, était tenu par le baryton Panzacchi, et celui du grand prêtre de Neptune, moins important encore, par la basse Valesi.
    Les deux rôles principaux, ceux d'Idoménée et d'Idamante, son fils, étaient entre les mains de Raaff et du sopraniste dal Prato. C'était de ce côté surtout que péchait la distribution de l'ouvrage. Raaff, il est vrai, jouissait d'une réputation européenne, il avait eu jadis une voix de ténor d'un éclat et d'un timbre exceptionnels; mais si l'on s'accordait à le proclamer un virtuose émérite, il fallait bien convenir que c'était un acteur détestable.(1)
    Pour un rôle tout d'action, plein de mouvement scénique et d'élans dramatiques, cette lacune dans son talent était déjà bien fâcheuse. Malheureusement ce n'était pas tout, car Raaff avait alors soixante-sept ans, et, il est à peine besoin de le dire, il n'avait conservé de son bel organe d'autrefois que de rares débris, dont tout son talent et son expérience vocale ne parvenaient plus à déguiser la faiblesse et le timbre sénile.
    Si Raaff était trop mûr, dal Prato ne l'était pas assez. Ce jeune sopraniste était d'une nullité musicale absolue. « La voix serait passable, écrivait Mozart, s'il ne s'obstinait pas à la chercher au fond de sa gorge ; quant à de la méthode, il n'en a pas pour un kreutzer. » Il en avait en effet si peu, qu'il perdait parfois le souffle au milieu d'un morceau, et s'arrêtait net comme un cheval ombrageux. « Quelle pitié! s'écriait le pauvre maître, le misérable ne sait positivement rien ; je suis obligé de lui seriner son rôle de la première note à la dernière; les enfants de chœur, qui se présentent pour être admis dans la chapelle de l'électeur sont plus forts que lui. »
    Malgré ces craintes et ces ennuis, le compositeur ne perdait pas confiance. Il ne boudait pas non plus au travail, se montrait infatigable, retouchait et remaniait son oeuvre, dont il était toujours le premier à découvrir les faiblesses, et sollicitait à chaque instant des changements de Varesco, qui, de son côté, défendait ses hémistiches pied à pied. Ce n'était pas seulement la vanité qui rendait le poète intraitable, mais l'intérêt, car il savait que tout travail supplémentaire ne lui vaudrait pas un thaler de plus que la gratification stipulée d'avance à son profit. C'était pour le pauvre compositeur une rude lutte à soutenir ; Varesco ne cédait qu'à son corps défendant, il ne se décidait à envoyer des modifications qu'au dernier moment et sur les menaces de Raaff, de substituer à ses rimes de beaux vers qu'il savait découvrir, avec beaucoup d'à-propos dans les œuvres de Métastase.
    Quant à Léopold Mozart, il suivait de Salzbourg le travail de son fils avec un intérêt bien naturel, et ne se lassait pas de lui prodiguer ses conseils. « N'écris pas exclusivement en vue des connaisseurs, lui disait-il ; tu sais qu'ils sont peu nombreux, et si tu veux avoir du succès, il importe de ne pas dédaigner le goût populaire et de faire quelques sacrifices à la tribu des longues oreilles. » À quoi Wolfgang répondait judicieusement qu'il entendait que sa musique fût à la portée de tout le monde, mais qu'il se passerait pourtant, sans regret, des suffrages des ignorants et des ânes.
    Sur ces entrefaites, on commença les répétitions d'orchestre et le premier acte fut accueilli avec un enthousiasme dont l'écho se propagea jusqu'à Salzbourg. Le succès parut tellement vif qu'on en conçut quelques craintes pour le reste de l'ouvrage. C'est une vieille habitude d'assommer les derniers venus avec leurs prédécesseurs et de tuer les ouvrages nouvellement éclos avec ceux qui sont en possession de la faveur publique. Heureusement, le deuxième acte, répété quelques jours plus tard, vint aussitôt rassurer les trembleurs.
    L'électeur, qui suivait les études avec un intérêt de bon augure, déclara hautement que l'oeuvre était magnifique. « Je n'aurais jamais cru, s'écria-t-il avec une nuance de naïveté, que des idées si grandioses pussent tenir dans une aussi petite tête. »
    Enfin, le troisième acte, de l'avis unanime, fut déclaré supérieur aux deux autres, et les répétitions générales commencèrent sous les meilleurs auspices. Pendant ce temps, le maître écrivait d'une plume alerte la musique du ballet, dont on s'était décidé à lui confier la composition, et les amis de Salzbourg, désireux d'assister au triomphe de leur compatriote, emballaient gaiement leurs habits de gala et retenaient d'avance leur place dans la diligence de Munich.
    À la tête de la petite caravane se trouvaient naturellement le père et la sœur du compositeur. La pauvre Marianne avait grand besoin de distractions. A la suite d'un chagrin de coeur, sa santé s'était gravement altérée, et il était à redouter que son affection ne dégénérât en maladie de poitrine. Wolfgang aussi souffrait depuis quelques temps d'un catarrhe opiniâtre, et son père n'était, pas sans inquiétudes à ce sujet. Quant à Léopold Mozart, il se portait à merveille, mais pour assister à une solennité qui le touchait de si près, il s'était vu forcé de recourir à une véritable ruse d'écolier. L'archevêque, il le savait d'avance, aurait accueilli toute sollicitation par un refus sec et péremptoire. En conséquence, cet homme grave et sévère, qui venait d'entrer clans sa soixante-deuxième année, s'était résolu à faire l'école buissonnière ; il avait patiemment attendu le départ du prélat, qui se rendait à Vienne avec une partie de sa cour, et dès qu'il se vit libre, il décampa sans tambour ni trompette.
    Il arriva tout juste à temps pour voir la répétition générale, et le surlendemain, 29 janvier 1781, il eut le bonheur d'assister à la première représentation d'Idomeneo, re di Creta.
    La correspondance de Mozart nous faisant ici naturellement défaut, puisque toute la famille était à Munich, nous n'avons pas de détails sur cette soirée mémorable. Les journaux du temps ne peuvent malheureusement suppléer à cette lacune, car ils ne s'occupaient guère de renseigner leurs lecteurs sur les questions musicales. Au surplus, voici tout ce que dit la gazette locale de cet événement qui valait bien pourtant quelques lignes de compte rendu : « Le 29 du mois de janvier a eu lieu, clans la nouvelle salle du théâtre, la première représentation d'Idomeneo. Le livret, la musique et la traduction allemande sont dus à la plume de trois habitants de Salzbourg (2). Les décors, parmi lesquels on remarque la vue du port de mer et le temple de Neptune, sont des chefs-d'oeuvre du célèbre architecte du théâtre, M. le conseiller de la cour, Laurent Quaglio. Ils ont excité l'admiration universelle ».
    Comme on le voit, pas un mot de la musique.
    Malgré ce laconisme, il est à peu près certain que l'Idomeneo obtint toute la faveur que les répétitions permettaient de présager. Du reste, ce ne fut pas d'un œil indifférent que Mozart vit tomber sa partition dans l'oubli, et plus tard, lorsqu'il se fut définitivement fixé à Vienne, il eut un instant l'idée de la ressusciter. Il avait résolu de remettre son oeuvre sur le métier et de la refondre en partie ; avant tout, il voulait faire passer le rôle d'Idamante de la voix de soprano à celle de ténor, et celui d'Idoménée du ténor au baryton. Malheureusement ce projet n'eut pas de suite, et le remaniement du texte primitif se borna simplement à quelques retouches sans importance, au profit d'une compagnie d'amateurs qui avait entrepris de monter l'ouvrage dans les salons du prince Auersperg, à Vienne.
    Telle qu'elle est, malgré des pages superbes et des beautés de premier ordre, il est douteux que la partition reçût aujourd'hui un accueil digne du grand nom de Mozart. Pour l'accommoder à notre goût moderne il faudrait qu'une main respectueuse autant qu'habile se chargeât d'y pratiquer certaines coupures et d'y ajouter quelques morceaux empruntés aux œuvres que le maître a composées vers la même époque et dans le même style. Ce serait une belle occasion pour nos puristes de la presse de crier au sacrilège et à la profanation.
    Le manuscrit d'Idomeneo a été vendu par la veuve de Mozart à l'éditeur André, d'Offenbach ; il est actuellement à la bibliothèque de Berlin. La partition d'orchestre a été gravée chez Simrock a Bonn, et à Paris chez Frey. Le ballet, comprenant une chaconne, un pas seul, un passe-pied, une gavotte et une passe-caille, est encore inédit (3).
    Après le succès de son oeuvre, Mozart put se donner quelques jours de vacances et prendre sa part des folies du carnaval. Le départ de l'archevêque prolongeait son congé au-delà de ses espérances. Il profita de sa liberté, en écrivant un quatuor en l'honneur de son ami Ramm, pour hautbois, violon, alto et violoncelle, et un bel air de concert pour la comtesse Baumgarten, qui avait grande influence sur l'esprit de l'électeur et savait en user au profit de son protégé.
    C'est au milieu de ces occupations qu'il reçut l'ordre de se rendre à Vienne et d'y rejoindre son souverain. L'archevêque, nous l'avons dit, avait emmené une grande partie de sa maison et notamment gés meilleurs musiciens ; il n'était pas exempt d'une certaine yanité et voulait briller à la cour de l'Empereur ; or le talent de son oonqertiwister se produisait en ce moment avec trop d'éclat pour que le prélat ne fût pas tenté de s'en faire honneur. : Mozart partit donc de Munich, le 12 mars, se rendant directement à Vienne, où il arriva le 16 au matin. II ne se doutait pas qu'il touchait à l'heure de la délivrance et qu'il allait secouer bientôt le joug qui pesait si lourdement sur ses épaules.

VICTOR WILDER

(1) «Un Tedesco nominato Raff, dit Métastase, eccelentissimo cantore, ma freddissimo rappresantante. »
(2) C'était Schachtner qui avait été chargé de la version allemande.
(3) Outre l'ouverture et le ballet, la partition d'Idomeneo comprend seize airs, un duo, dont il existe deux versions différentes, un trio, un quatuor, trois marches et six choeurs.

in Victor Wilder, Mozart, l'homme et l'artiste: histoire de sa vie d'après les documents..., Paris, Charpentier, 1881.

Note : Mozart logea au 7 de la Burgstrasse,  au coin de l'Altenhofstrasse.  Il y disposait d'une petite chambre de coin au deuxième étage, où il acheva la composition d'Idoménée en novembre et en décembre. Une plaque commémorative rappelle son séjour.





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