mercredi 28 juillet 2021

Jonas Kaufmann — Elisabeth Peyton — Nationaltheater München / Théâtre national de Munich

 [De] Das Werk von Elisabeth Peyton, die Jonas Kaufmann schon oft porträtiert hat, hängt derzeit auf den Balkongängen der Bayerischen Staatsoper

[Fr] L'oeuvre d'Elisabeth Peyton, qui a souvent représenté Jonas Kaufmann, est actuellement accroché aux cimaises des couloirs du balcon du Bayerische Staatsoper.

Münchner Opernfestspiele — 7 deaths of Maria Callas, un Gesamtkunstwerk de Marina Abramović

Marina Abramović revisite la mort de Desdémone

Marina Abramović

L'artiste d'origine serbe Marina Abramović (Марина Абрамовић) est une des figures les plus marquantes du courant de l'art corporel, un art qu'elle pratique en mettant son propre corps à l'épreuve au cours de performances poignantes et souvent déstabilisantes pour les spectateurs. Son oeuvre, toujours autobiographique, porte essentiellement sur l'image du corps de la femme et sur le rapport à la blessure et à la mort, une réflexion par l'action qui repousse souvent les limites du soutenable et exprime une démarche philosophique existentielle. Le travail de Marina Abramović s'inspire d'une existence marquée par nombre de drames amoureux et du désenchantement qu'ont pu entraîner ses passions.

Les 7 morts de Maria Callas 

La relation entre le parcours sentimental de Marina Abramović et la vie privée et artistique de Maria Callas est patent, sauf que Maria Callas a abandonné la scène pour "vivre sa vie de femme", ce qui n'est heureusement pas le cas de Marina Abramović qui dans un extraordinaire Gesamtkunstwerk a réussi le pari difficile d'offrir au public un spectacle qui met en scène les passions de la prima donna assolutissima, ces passions que Callas a elle-même vécues et qu'elle a magnifiquement interprétées par son chant sublime. Les sept morts de Maria Callas mettent en scène le défilé de 7 héroïnes d'opéras que leur passion amoureuse a conduites à la mort, autant de rôles qui avaient contribué à sa légende. 

Marina Abramović est pendant la plus grande partie de son spectacle le témoin muet du Gesamtkunstwerk (1)  qu'elle a créé : son corps immobile est couché dans le lit funèbre parisien de Maria Callas, enseveli dans le linceul de ses draps. La cantatrice s'était retirée du monde dans son appartement parisien au troisième étage du 36 avenue Georges-Mandel avec pour seules occupations d'écouter ses vieux enregistrements et de promener ses chiens selon un itinéraire toujours semblable. C'est exactement ce que fait sur scène Marina Abramović : elle fait un voyage mental et mystique dans l'oeuvre de Callas à laquelle elle s'identifie, son lit est un vaisseau fantôme qui parcourt les cieux infinis figurés par un film qui est projeté sur une immense toile d'avant-scène, un ciel changeant au gré d' impressionnantes formations nuageuses d'une beauté confondante. Sept jeunes chanteuses aux voix exceptionnelles viennent interpréter sept grands arias qui expriment la trahison amoureuse et la mort. Pendant le chant, le film projette les expériences de mort prochaine de la performatrice qui flirte constamment avec le danger.

Le déroulement de l'action

Pour chacune des sept morts, on entend la voix enregistrée de Marina Abramović qui psalmodie avec lenteur un texte composé par Petter Skavlan (2) tandis qu'elle apparaît immense, en plans très rapprochés, sur l'écran géant dans des vidéos en ralenti, — réalisées par Nabil Elderkin qui a produit des séquences d'une force d'évocation poignante, —  dans lesquelles elle incarne en sa chair propre la mort des 7 héroïnes interprétées par les jeunes chanteuses. Le comédien Willem Dafoe intervient à plusieurs reprises dans les courts-métrages, notamment dans une scène saisissante où il passe un énorme serpent à la beauté inquiétant autour du cou de sa partenaire, une scène faisant pendant à la mort de Desdémone.

1. Violetta se meurt de la tuberculose.

Je suis une flamme vacillante d'une bougie solitaire. Exposée aux éléments : le vent et la pluie, l'amour et la haine - la maladie et la santé. La flamme peut me réchauffer, mais aussi me brûler. Elle peut éclairer mon chemin et me servir de guide. Mais lorsqu'elle est consumée, elle expire. Elle est alors éteinte, pour l'éternité.

Emily Pogorelc, qui vient d'intégrer cette saison la troupe du Bayerische Staatsoper, interprète « Addio, del passato », l'aria de Violetta du troisième acte de la Traviata  .

2. Tosca se jette dans le vide.

Il n'est pas dangereux de sauter. Il n'est pas dangereux de tomber. Le souffle de l'air, le flux sanguin dans les veines. Suspendue, mais en pleine chute. Tu as le temps de ressentir, le temps d'aimer. Pour toujours. Non, il n'est pas dangereux de tomber. Ce n'est que lorsque tu touches le sol que cela devient dangereux.

Selene Zanetti, qui avait été très applaudie  au XII. Festival Maria Callas à Sirmione, chante le fameux "Vissi d'arte"  du  2ème acte de Tosca. 

3. Desdemona se fait étrangler par Otello.

Intuition, pressentiment, ressenti, suspicion, crainte et avertissement. Desdémone le savait. Elle a revêtu sa robe de mariée et s'est plongée dans la prière. Quand Othello est arrivé, elle était préparée.

L' « Ave Maria » de Desdemona au 4ème acte d'Otello est interprété par l'américaine Leah Hawkins.

4. Cio-Cio-San se donne la mort.

Pour la science, l'effet papillon désigne un mécanisme par lequel de petites causes génèrent des conséquences imprévisibles. Pour les superstitieux, le papillon est l'amant qui vient te rendre visite. Dans la mythologie, le papillon est l'âme d'un être humain ; qu'il soit vivant, mourant ou déjà mort …

L'aria de Cio-Cio-San  « Un bel di, vedremo » du 2ème actte de Madame Butterfly est interprété par la chanteuse australienne Kiandra Howarth.

5. Carmen est poignardée par Don José.

Sa hardiesse me fascine. Son amour de la liberté reflète le mien. Sa sexualité exacerbée la rend forte. Elle sait ce qu'elle veut, et se l'octroie. Son coeur est guidé par l'amour, sa beauté et son corps n'appartiennent qu'à elle.

La Habanera du 1er acte de  Carmen « L'amour est un oiseau rebelle » est chanté par Samantha Hankey, qui est entrée dans la troupe du BSO en 2019/2020.

6. Lucia meurt folle.

Lorsque l'univers conspire contre toi, piétine ton cœur, broie ton âme et envahit ton cerveau, tu deviens folle. Et quand tu deviens folle, tu n'es plus responsable de toi-même. Ni de ceux qui t'entourent. L'amour se mue en haine, la haine en amour, et la mort devient la libération ultime.

Rosa Feola chante le grand aria de Lucia dans Lucia di Lammermoor, « Il dolce suono »

7. Norma entre dans le feu.

Tu marches vers le bûcher. Les premiers pas sont chauds, puis la chaleur se fait de plus en plus ardente. Ta peau te démange, tes yeux larmoient, tes cheveux roussissent. Avancer. Ta peau devient rouge puis des ampoules se forment. Mais tu continues de marcher. L'odeur de la chair brûlée. Ta peau devient noire. Perte de la vue. Les cheveux en flammes. Les poumons consumés. Mais tu vas plus loin - chaque pas demande un effort inimaginable. Juste avant que le feu ne te dévore, tu réalises que tu n'es pas seule. Puis le dernier pas dans les flammes — réunis.

« Casta Diva » est interprété par Lauren Fagan.

Marina Abramović en Callas dans la chambre parisienne de la chanteuse 

8. Marina Abramović se réveille de sa torpeur létale et sort lentement de son lit pour se rendre dans la chambre, reconstituée sur la scène du Théâtre national,  dans lequel Maria Callas est morte le 16 septembre 1977 à l'âge de 53 ans.  Marina Abramović s'immerge dans la vie passée de la Callas. Elle regarde des photos sur le lit, s'observe dans le miroir, jette au sol un vase de cristal qui se brise en mille morceaux, ouvre la fenêtre avant que, encore une fois, ne retentisse un enregistrement de la voix de Maria Callas. Les chanteuses qui ont interprété les 7 arias, transformées en servantes, rangent la chambre et recouvrent tous les meubles et le grand miroir de larges voiles de crêpe noir, tandis que Maria Callas, ou plutôt son double Marina Abramović, s'avance lentement vers la coulisse.

Le jeune chef Yoel Gamzou, qui fait ses débuts au Bayeriche Staatsoper, réussit une joyeuse entrée très acclamée. Il fusionne tout en souplesse les musiques aériennes et éthérées ou parfois plus menaçantes  que Marko Nikodijević a composées pour l'oeuvre opératique de Marina Abramović avec les accompagnements originaux des grands arias.

On passe une soirée fascinante, qui ne manque pas de laisser des marques profondes, tant les transgressions et la violence de la réflexion de Marina Abramović interpellent et font voler en éclat les attitudes convenues. 

(1) La création mondiale du Gesamtkunstwerk a eu lieu à Munich. L'oeuvre est coproduite avec le Deutsche Oper Berlin, le Maggio Musicale Fiorentino, le Greek National Opera et l'Opéra national de Paris.
(2) La traduction des textes en italique  écrits par Petter Skavlan est reprise du programme du BSO.

Crédit photographique : © Wilfried Hössl / Bayerische Staatsoper

mardi 27 juillet 2021

Mathilde Mallinger als Elsa. Ein Gemälde von Alfred von Keller (ca. 1866-1869) im Münchner Nationaltheater

Mathilde Mallinger - Kammersängerin (1866-1869)
 (v. Keller pinxit)
Dieses Bild ist auf den Balkongängen
des Münchner Nationaltheaters zu sehen

Der Maler — Albert von Keller (1844-1920)

Geboren am 27. April 1844 in Gais (Schweiz), gestorben am 16. Juli 1920 in München. Nach der Übersiedlung der Familie 1854 nach München studierte er zunächst Jura, ab 1865 widmete er sich auf den Rat Ludwig von Hagns und Arthur Georg von Rambergs jedoch ganz der Malerei und war nur vorübergehend an der Münchner Akademie eingeschrieben. Er setzte sich mit Hans Makart und Franz von Lenbach auseinander; 1892 trat er der Münchner Secession bei. Schon früh erfolgreich mit seinen Salonstücken, war die Dame in eleganter Kleidung ein Hauptmotiv des Gesellschaftsmalers. Gegen 1900 beschäftigten ihn jedoch auch düstere Themen wie Hexenverbrennungen, Visionsbilder und Kreuzigungsstudien.


Mathilde Mallinger, Richard Wagner und König Ludwig II.

Es war Wagner, der Mathilde Mallingers Talent in Wien entdeckte und sie an das Münchner Hoftheater engagierte.

im  Münchener Tages-Anzeiger vom 7. Juli 1867

Hier ist ein Zeitungsausschnitt aus dem Münchener Tages-Anzeiger vom 7. Juli 1867. Wie die Münchner Tageszeitung berichtet, überreichte S.M. König Ludwig II. von Bayern nach einer bemerkenswerten Lohengrin-Aufführung, in der die junge Sopranistin Mathilde Mallinger eine bemerkenswerte und einfühlsame Elsa spielte, ein Brillantarmband. Die im Februar 1847 geborene Mathilde Mallinger war damals erst 20 Jahre alt, ein außergewöhnlich junges Alter, um Wagner-Rollen zu übernehmen, darunter auch die Norma, die sie bereits in München etabliert hatte. Ein rührendes Detail: Die Brillanten auf dem Armband bilden den Namen Elsa. Eine rührende Note im Stil des Königs.

Der König muss von der Kunst des jungen Mallingers sehr angetan gewesen sein. Ein paar Tage zuvor hatte er ihr einen Strauß Alpenblumen mit einem Gruß aus seiner königlichen Feder überreicht. Dies wurde in der Fränkischen Zeitung (Ansbacher Morgenblatt) vom 25. Juni 1867 berichtet.

Müssen wir Sie daran erinnern, dass der Mallinger die Rolle der Eva (Meistersinger)1868 in München geschaffen hat? Viel später wurde in einer Ausgabe der Illustrirters Zeitung von 1905 ein Foto des Gemäldes von Alfred von Keller auf dem Titelblatt abgebildet.


Mathilde MALLINGER inspirierte die Figur der Walpurga MALWINGER, Heldin des Romans König Ludwig und sein Schützling von Hedwig Courths-Mahler

Die Protagonistin Walpurga Malwinger, genannt Burgerl, erinnert an die berühmte Wagner-Sängerin Mathilde Mallinger (1847-1920), die sowohl am Hoftheater in München als auch am Theater Unter den Linden in Berlin für Furore sorgte, schon allein wegen ihres Beinahe-Homonyms. Die kroatische Sopranistin Mathilde Mallinger wurde während ihres Gesangsstudiums in Wien von Richard Wagner entdeckt: Nachdem der Meister sie gehört hatte, empfahl er sie an die Bayerische Staatsoper in München, die sie, wohl auf Befehl des Königs, auch engagierte. Dort debütierte sie 1866 in der Titelrolle von Vincenzo Bellinis Norma und wurde von Publikum und Kritikern sofort einhellig gefeiert. Die nächsten drei Jahre verbrachte sie auf derselben Bühne und sang hauptsächlich Wagner-Rollen wie Elsa in Lohengrin und Elisabeth in Tannhäuser. Ebenfalls in München kreierte sie die Rolle der Eva in der Uraufführung von Die Meistersinger von Nürnberg am 21. Juni 1868. Erwähnenswert ist, dass König Ludwig II. ihr nach einer Lohengrin-Aufführung einen kostbaren Brillantarmreif schenkte, den er für sie bestellt hatte. Das Zentrum dieses nominellen Armbands trug Elsas Namen in Diamanten. Von Wagner seinerseits wurde sie mit einem riesigen Blumenstrauß und Komplimenten beschenkt, die nach einer Münchner Probe des Lohengrins verteilt wurden. 

Mathilde Mallinger verließ daraufhin München und schloss sich 1869 dem Ensemble des Opernhauses Unter den Linden in Berlin an, wo sie bis 1882 auftrat. Sie sang 1869 die Elsa in der Berliner Uraufführung des Lohengrins und 1870 die Eva in Die Meistersinger. Auch ihre Sieglinde wurde in Berlin hochgelobt.

Mallinger und Malwinger teilen die gemeinsamen Merkmale außergewöhnlicher stimmlicher Schönheit, bemerkenswerter dramatischer Qualitäten und extremer Jugend, als sie die Rollen der großen Wagner-Heldinnen übernahmen: Elsa oder Eva mit 19 oder 20 Jahren zu interpretieren, setzt eine außerordentliche stimmliche Reife voraus. Aber abgesehen von den üppigen königlichen Geschenken und der Beinahe-Homonymität hört die Parallele hier auf. So, im Gegensatz zu anderen Sängern, die vergeblich versuchten, den König zu verführen, verließ Mathilde Mallinger München und ging nach Berlin, wo sie später einen Schauspieler und Theaterdirektor, den Baron Schimmelpfennig von der Oye, heiratete. Walpurga Malwinger hingegen blieb keusch und rein und hielt dem König die Treue, den sie auch nach seinem Tod weiter anbetete. Die Heldin des Romans hat nie geheiratet.

Quelle : Nachwort von König Ludwig und sein Schützling von Hedwig Courths-Mahler (BoD 2021)

Hedwig Courths-Mahler veröffentlicht ihren romantischen historischen Roman "König Ludwig und sein Schützling" unter dem Pseudonym Hedwig Brand. Das Buch erschien 1911 bei Richard Hermann Dietrich in Dresden, am 25. Jahrestag des tragischen Todes des Königs, der sich am 13. Juni 1886 im Starnberger See ereignete. Der Schützling des Königs ist das Kind eines Försterehepaares, das in einem Wald bei Schloss Hohenschwangau lebte. Der König freundet sich bei einer zufälligen Begegnung mit dem Mädchen an und will ihr die bestmögliche Ausbildung zukommen lassen. Das kleine Mädchen, Walpurga Malwinger, genannt Burgerl, war musikalisch und gesanglich begabt und der König förderte ihre musikalische Ausbildung. Das Kind wuchs zu einer schönen jungen Dame heran. Eines Tages hörte Richard Wagner sie singen und geriet sofort in den Bann ihrer wunderbaren Stimme.

Ein Buch, das Freunde von Ludwig II. und Richard Wagner begeistern dürfte.

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Barocke Statuen in Bayreuth — 14 Bilder / 14 photos— Statuaire baroque à Bayreuth

 















 

Le Barbier de Séville du Théâtre de la Gaertnerplatz a du piquant !

Le monde entier est un cactus
Il est impossible de s'asseoir
Dans la vie, il y a qu'des cactus
Moi je me pique de le savoir
Aïe aïe aïe!
Ouille!
Aïe aïe aïe

Jacques Dutronc 

 

Mais quelle mouche a donc piqué le metteur en scène Josef E. Köpplinger et son décorateur Johannes Leiacker ? Une mouche ? Non ! Mais mille millions de mille cactus !

Dès l'ouverture, la toile d'avant-scène donne à voir un petit cactus en pot, en forme de Mickey Mouse, surplombé par un tout petit nuage, isolé dans le bleu du ciel, qui l'arrose aimablement. Et quand la toile se lève, on se trouve dans une rue dont les façades sont toutes peintes de cactus en gros plan, tout hérissés de dangereuses épines, Plus tard, quand on entrera dans la maison du Dr Bartolo et de sa pupille Rosina, on retrouvera le même décor tapissant les murs, sauf pour la chambre de Rosina, située en galerie à l'étage, et qui est décorée de fleurs mousseuses très voluptueuses en grand format.

C'est que les situations du Barbier sont bien épineuses ! Bartolo est amoureux de sa pupille qui en aime un autre, et il faudra toute l'ingéniosité de Figaro pour désépiner les chemins de l'amour et permettre au comte Almaviva, le soupirant de Rosina, d'épouser sa belle.

Le livret du Barbier, oeuvre de Cesare Sterbini,  est déjà en soi l'un des plus drôles de l'histoire de l'opéra, avec des rebondissemnts plus cocasses les uns que les autres. Et quand ce livret tombe dans les mains du très inventif Josef E. Köpplinger, il en devient encore plus désopiquant, oups, pardon, désopilant voulais-je écrire.

Jennifer O'LoughlinGyula RabDaniel Gutmann,
Cheour du Staatstheater am Gärtnerplatz

© Christian POGO Zach

Sur la scène du Théâtre de la Gaertnerplatz, la maison de Bartolo est située au coeur du quartier rouge où fleurissent les travailleuses du sexe. Drôle d'endroit pour protéger la vertu d'une jeune fille nubile ! Ces dames à la vertu passagère sont en fait bien sympathiques et reçoivent le tout venant au Prostibule (C'est le nom de la maison de passe), dont notamment des prêtres en soutanes qui passent et repassent sur la scène, le bréviaire à la main, et qui sans doute ont à coeur de convertir les belles de nuit. La prostitution n'est pas sans risques et l'on voit une jeune femme pousser un landeau, déjà en cloque d'un second enfant. Les filles de joie sont généreuses et solidaires, et lui donnent de l'argent. Figaro se montre lui aussi très généreux, il apporte des préservatifs à ces dames et aussi des sucettes à des gamins de rue qui lui remettent le produit de leurs larcins en échange, il n'y a pas de petits profits...Aux formes rebondies des dames répondent les torses musclés d'ouvriers le plus souvent occupés perchés sur des échelles à repeindre les cactus des façades ou à proposer de nouveaux modèles de papiers peints représentant des cactus bien épineux. Souvent, ces accortes jeunes gens souffrent de la chaleur et se déshabillent en dévoilant les puissantes musculatures de leurs torses triangulaires.

Le Dr Bartolo (Levente Páll© Christian POGO Zach

Dans le salon de Bartolo trône un fauteuil de coiffeur placé non loin d'un squelette qui rappelle la profession du propriétaire des lieux. Les fauteuils sont recouverts de tissus à motifs de...cactus. L'abbé de service, Don Basilio, circule à bicyclette. Pour vanter ses dons de calomniateurs, il stigmatise la femme enceinte. Le comte Almaviva, conseillé par Figaro, joue les Protée et se déguise en militaire ou en cureton : ce dernier, le prétendu Don Alonso, se comporte en homosexuel très efféminé, follasse et entreprenant qui, pour donner le change, n'hésite pas à draguer outrageusement le Dr Bartolo et à le poursuivre de ses assiduités avec force gestes déplacés.

On s'amuse énormément à ce spectacle mené par la troupe très soudée du Théâtre de la Gaertnerplatz. Les trouvailles de Köpplinger se succèdent à grand train et les grands tableaux d'ensemble sont des plus réussis.

Dès l'ouverture, les violons et les bois de l'orchestre, menés par le très dynamique Michael Brandstätter, nous entraînent dans le monde aussi joyeux que mouvementé de Figaro auquel le bouillonnant Matija  Meić prête son imposante stature. Guyla Rab chante le comte avec son ténor léger qu'il déploie plus en finesse qu'en puissance. La ravissante et talentueuse Jennifer O'Loughlin donne une excellente Rosina, qui sous des airs ingénus et avec des arias bien enlevés se montre éminemment futée et ingénieuse ("...e cento tappole faró giocar."").  Levente Páll compose un Bartolo des plus réussis : ce n'est pas le vieux barbon ridicule habituel mais un homme dans la force de l'âge un peu trop autoritaire et qui n'a pas su se frayer un chemin vers le coeur de Rosina. Levente Páll fait preuve d'une agilité vocale peu commune. Il donne un Bartolo drôle et attachant à la fois, avec un chant soutenu et parfaitement délivré, une voix bien projetée et puissante, avec en point d'orgue un travail des plus remarquables dans le sillabato diabolique à la fin de son aria "A un dottor della mia sorte".  Timo Sirlantzis offre les belles profondeurs de son baryton-basse à Don Basilio et en impose dans son grand air de la calomnie, très applaudi. Dans les rôles secondaires, la Berta d'Anna Agathonos remporte un beau succès dans son aria "Il vecchietto cerca moglie". Daniel Gutmann( Fiorillo) n'est pas seulement doué pour le chant, il sait aussi jouer de la guitare !  

Une excellente soirée passée trop vite dans la bonne humeur.

Le spectacle a été produit en coproduction avec le Capitole de Toulouse et le Liceu de Barcelone. On pourra revoir cette mise en scène du 28 octobre au 21 novembre 2021 au Theater-am-Gaertnerplatz de Munich et du 20 au 29 mai 2022 au Capitole de Toulouse.

lundi 26 juillet 2021

Première du Fliegende Holländer au Festival de Bayreuth. Le triomphe de la musique.

Asmik Grigorian (Senta) 
© Bayreuther Festspiele

De la musique avant toute chose

Le Festival de Bayreuth vient de fêter sa réouverture réussie avec un Fliegende Holländer qui a vu les débuts bayreuthois de la cheffe d'orchestre Oksana Lyniv, de la soprano lituanienne Asmik Grigorian dans le rôle de Senta et du metteur en scène et décorateur russe Dmitri Tcherniakov. 

Oksana Lyniv, première femme à diriger l'orchestre dans l'histoire du prestigieux festival qui fête cette année son  145ème anniversaire, fait une joyeuse entrée en réussissant une direction adamantine du Hollandais volant. La cheffe ukrainienne connaissait les particularités et l'agencement spécial de la fosse d'orchestre bayreuthoise pour y avoir été admise alors qu'elle venait d'être engagée comme assistante de Kirill Petrenko. Aujourd'hui elle se réjouit de pouvoir y conduire l'orchestre debout, soulignant que la fosse a été conçue pour Richard Wagner qui mesurait 1m66, et s'amusant de ce que certains chefs doivent diriger assis. Même si à Bayreuth le public ne peut suivre la direction d'orchestre en raison de l'abat-son voulu par Wagner, elle arbore fièrement sa désormais fameuse tunique-pantalon noire avec une large ceinture de tissu à la taille qui souligne la beauté de sa silhouette et de son port altier. 

Oksana Lyniv avait déjà dirigé le Fliegende Holländer en 2017 au Liceu de Barcelone. Pour préparer sa première bayreuthoise elle a tenu à s'immerger dans la vie et le monde spirituel du compositeur. C'est ainsi qu'elle s'est rendue à Meudon près de Paris et y a visité la demeure dans laquelle un Wagner encore jeune (il avait alors 27 ans)  a composé son opéra. Là elle a pu ressentir l'amertume du compositeur devant faire face à la pauvreté et accumulant les échecs, mais aussi s'imprégner de sa fougue, de son énergie et de sa volonté de puissance si caractéristiques de l'ouverture de l'oeuvre. Oksana Lyniv dirige avec cette même énergie et parvient à rendre les vibrations juvéniles de l'oeuvre pendant les deux bonnes heures que dure l'exécution de l'oeuvre. Elle fut à bonne école avec le maestro Petrenko, on retrouve chez elle ces qualités de précision minutieuse, d'un respect ému et attentif de la partition, de détachement des sons, de mise en valeur des groupes instrumentaux, cette transparence lumineuse. Tout cela résulte d'un étude approfondie de l'évolution de la composition. Elle est aussi tout à la joie de travailler avec un orchestre international d'une qualité légendaire composé de musiciens venus de plus de 40 orchestres différents qui se mettent pour une saison au service de l'oeuvre du Maître de Bayreuth. Cette joyeuse entrée fut une entrée triomphale, qui porte Oksana Lyniv au firmament des plus grands chefs d'orchestre contemporains. Elle entre ainsi dignement dans la ligné des grandes Dames de Bayreuth qu'ouvrit Cosima Wagner, qui marqua si longtemps Bayreuth et la Colline verte de son empreinte,et qui, rappelons-le au passage, fut celle qui introduisit le Fliegende Holländer dans le canon bayreuthois il y a exactement 120 ans. Les douze minutes de standing ovation qui saluèrent l'exécution musicale et les chanteurs lui reviennent en grande partie.

L'autre grande vedette de la soirée fut l'arménienne-lituanienne Asmik Gregorian, dont les qualités de comédienne ne sont plus à vanter tant est grand son charisme. La soprano lyrique brûle littéralement les planches. Les spectateurs qui ont eu l'occasion de visionner le vidéostream auront pu observer jusqu'au langage des yeux de la chanteuse qui pendant tout le temps de sa présence en scène est en parfaire adéquation avec le personnage de Senta qu'elle incarne. Dans une interview accordée à BR-Klassik, Asmik Gregorian exprime son admiration inconditionnelle pour le travail de Dmitri Tcherniakov qu'elle considère comme un concepteur génial, à son sens un des meilleurs metteurs en scène contemporains. La chanteuse dit se sentir proche de Senta, cette femme qui tombe amoureuse d'une image, et qui est selon elle le cliché de la  femme, car selon elle beaucoup de femmes font cette projection amoureuse sur une image, et ce cliché se voit confronté avec la réalité des hommes qu'elles rencontrent qui sont loin de combler leurs attentes, ce qui conduit nécessairement à la déception, mais parfois aussi à la volonté paradoxale de s'auto-sacrifier. Le rôle est difficile. Asmik Gregorian ne l'avait interprété qu'une seule fois jusqu'ici, il y a sept ans à Saint-Pétersbourg et seulement pour quelques représentations. La chanteuse relève que c'est un rôle qui exige à la fois des notes élevées et des notes profondes, toutes les phrases sont difficiles à interpréter, d'autant que si le texte est écrit en allemand le style de la composition est encore italien. Asmik Gregorian comprend l'allemand mais ne se hasarde pas  à le parler. Elle tente cependant de maîtriser l'accumulation rapide des consonnes caractéristique de la langue du livret, mais la tâche reste ardue. Tout au long de sa prestation, la tension émotionnelle va crescendo, l'intensité monte à son comble sans que jamais le chant ne devienne crié. Une des grandes forces de la chanteuse est de travailler son chant tout en finesse, même aux moments de la plus grande exaltation. Ce que l'on a pu percevoir dans les radiations de son regard, dans l'intensité ardente de son expression corporelle, se retrouve exactement dans son chant lumineux. 

John Lundgren reste le grand Hollandais puissant que l'on connaît et dont il donne la pleine mesure. Il a cet art consommé de la scène avec sa magnifique composition d'un personnage meurtri par l'éternité, avec ses rudesses et sa gueule de bagnard chauve. Il donne un Hollandais sombre et ténébreux de sa voix sonore et puissante, aux beaux graves, avec un  jeu scénique et des intonations qui rendent bien compte de la complexité d'un personnage qui refuse de se laisser sauver alors qu'il a pourtant expliqué les règles de la malédiction dont il est la victime. La projection et l'articulation sont parfaites, et son texte est parfaitement compréhensible. La même remarque vaut pour la basse Georg Zeppenfeld qui prête sa voix au timbre magnifique à un Daland très contrôlé, campant bien ce personnage empêtré dans sa cupidité et prêt à livrer sa fille au diable en personne à condition qu'il déverse ses richesses. Le jeu de scène de Marina Prudenskaya est une page d'anthologie au moment du dîner de fiançailles : il faut suivre les mimiques d'une Mary de plus en plus consternée et horrifiée de ce qu'elle pressent du destin de Senta et de ce que sa mémoire ravive du sien propre. Un des grands moments théâtraux de la soirée. Attilio Glaser prête son ténor lumineux au Steuermann et offre un des rares sourires de cette oeuvre romantique qui prête par ailleurs davantage au tragique. Le rôle d'Erik est confié à Eric Cutler, un ténor américain qui avait déjà chanté Erik au grand opéra de Houston et fait lui aussi ses débuts très applaudis à Bayreuth. Il interprétera bientôt le rôle à Vienne. Ce grand chanteur au physique avenant interprète son rôle avec des trémolos dans la voix, un effet plutôt curieux dans un opéra de Wagner même s'il souligne l'influence italienne dans la composition. 

Pandémie oblige, il a fallu trouver une solution ingénieuse pour les remarquables choeurs de Bayreuth. Les choeurs en scène sont muets et ne font que mimer le chant des choristes installés dans une salle de répétition, qui est retransmis en salle en direct. Miracle de la technique contemporaine, on ne le remarque qu'à peine, et encore est-ce parce qu'on en a été informé par la presse. 

Dmitri Tcherniakov revisite le Hollandais volant

Pour sa première mise en scène bayreuthoise, le réalisateur russe Dmitri Tcherniakov a comme souvent dans ses mises en scènes joué les iconoclastes. Il réinterprète l'histoire du Hollandais volant en la démythifiant et en ignorant les indications scéniques données par Richard Wagner. L'action se déplace dans un quelconque village portuaire aux architectures dépersonnalisées, anonymes et froides. Un ingénieux dispositif permet le déplacement et le pivotement des immeubles du décor qui au cours de l'action permettent de nouvelles configurations. Les indications scéniques du livret sont en partie ignorées sinon réécrites. Il escamote la figure légendaire du marin fantomatique frappé d'une terrible malédiction qui le contraint à parcourir les océans pendant sept ans avant de pouvoir toucher terre dans l'espoir improbable d'être racheté en trouvant l'amour d'une femme prête à sacrifier jusqu'à sa vie. Il la remplace par celle d'un ancien habitant du village, un marginal ostracisé qui revient au pays après une longue période d'absence, porteur d'une haine qui le consume dont on ne connaîtra ni les tenants ni les aboutissants, sauf si l'on s'applique à essayer de reconstituer le puzzle des indices donnés çà et là. Au final, le Hollandais (H. pour Tcherniakov) ne repartira pas mais sera abattu d'un coup de carabine par la compagne de Daland.

Derrière un rideau d'avant-scène en gaze translucide, une scène muette sordide se déroule sous nos yeux alors que s'élève la musique du prélude : une femme semble attendre quelqu'un sur la place d'un village. Un homme arrive, elle se précipite pour lui baiser la main ; s'ensuit une scène de rapprochement sexuel avide qu'observe un enfant, caché dans la pénombre d'une rue étroite entre les immeubles. La femme finit par l'apercevoir et interrompt le contact sexuel entamé pour renvoyer le petit garçon qu'on peut supposer être le sien. La relation tournera court, l'homme s'éloigne. Dans l'épisode suivant, l'homme repousse violemment les avances de la femme. Le petit garçon est le témoin immobile de la scène. La place se remplit des habitants du village qui apportent tables et chaises et s'y installent. La femme est tenue à l'écart, et tente de se justifier, mais les villageois la repoussent et quittent la place en remportant leur mobilier. La désespérée se rend alors au portail de l'église. Un pasteur apparaît qui refuse de l'aider te la repousse à son tour. La dernière scène montre le suicide par pendaison de la femme au départ d'un premier étage. À la fin de l'ouverture, l'enfant lève les bras vers le corps de sa mère et lui touche le soulier. La question reste ouverte de savoir quel est le devenir promis à ce petit garçon traumatisé. Se pourrait-il que l'horreur vécue le transforme en un adulte plein de rage et de rancoeur, mû par un esprit de vengeance, et qu'il soit devenu ce Hollandais que va mettre en scène Dmitri Tcherniakov ?

Cette première scène peut prêter à une variété d'interprétations, mais donne cependant à penser que la condition de la femme en milieu prolétaire sera au coeur de la mise en scène : soumise et dépendante, n'ayant que ses charmes à offrir dans l'espoir d'une relation qui lui permettrait de survivre, maltraitée, violentée et finalement abandonnée, quittant la vie dans un acte désespéré, laissant un enfant orphelin qui grandira à jamais marqué par les scènes de son enfance.

Le metteur en scène nous a donné une clé de lecture par le truchement d'une phrase projetée : "Le rêve toujours répété du H." Ce rêve obsessionnel est-il le cauchemar toujours répété d'une mère qui se suicide en présence de son enfant ? On le comprend, Dmitri Tcherniakov a tenté de donner une nouvelle explication psychologique au drame romantique du Vaisseau fantôme. Lorsque H. revient au village, il ira à plusieurs reprises se poster face à la maison du suicide en fixant la fenêtre du premier étage. Plus tard, lorsque Daland entre en scène, on constatera qu'il a les traits de l'homme du prélude, ce qui donne une indication sur son personnage : Daland n'est pas seulement un capitaine âpre au gain, c'est aussi un homme au passé peu honorable.

Les décors de Tcherniakov représentent la place d'un village avec de petits immeubles d'habitation et un bar-comptoir devant lequel on vient installer des tables et des chaises métalliques. Le port, la mer et le navire ne font jamais partie des décors, et sont seulement évoqués par le texte chanté, ou suggérés au troisième acte par une partie de la scène figurant une place donnant sur un espace vide qui se perd dans la grisaille. 

Après le prélude, l'action se déroule sur la place en terrasse du bar. La scène de Daland et du pilote endormi, est observée par le Hollandais qui ne se manifeste pas. Il vient ensuite s'installer à l'écart des hommes qui se sont installés à la terrasse du bar, puis commande au barman une tournée générale que les marins acceptent avec méfiance, l'argent ne semble pas lui faire défaut.

Au début du deuxième acte, la chorale féminine du village vient s'installer en demi cercle sur la place, partitions à la main, pour chanter le choeur des fileuses. Les villageoises vont contraindre Senta à chanter la ballade du Hollandais volant. En la chantant, Senta fixe Mary, comme si la ballade s'adressait particulièrement à elle. Il se pourrait bien que l'homme revenu au village après une longue absence a peut-être eu autrefois une relation avec Mary.

Les maisons de la place pivotent sur elles-mêmes et se déplacent sur scène pour former un nouvel environnement tout aussi anonyme que le premier. La maison de Daland dispose d'une véranda dans laquelle le capitaine a convié le Hollandais à un dîner qui doit sceller ses fiançailles avec sa fille Senta. Mary fait office d'hôtesse, on comprend alors que, dans la version de Tcherniakov, la nourrice de la jeune fille est devenue la partenaire de Daland. Le metteur en scène représente un intérieur petit bourgeois qui reflète bien la mentalité intéressée de Daland, qui a ordonné à sa compagne de mettre les petits plats dans les grands. On la voit dresser la table d'une nappe impeccable sur laquelle  elle dispose sa meilleure vaisselle et son argenterie. Des chandeliers et des fleurs viennent en compléter l'apparat. Au cours de la soirée, Mary a une attitude contrainte et son dépit silencieux se marque de plus en plus. Elle baisse les yeux, tire la gueule et semble prise d'une rage sourde qui n'ose cependant pas s'exprimer. 

Plus tard, les villageois se sont installés sur la place du village. Ils observent l'équipage silencieux du vaisseau du Hollandais : des hommes silencieux et moroses vêtus d'uniformes bleu foncé et qui ne consomment rien. L'animosité monte entre les deux groupes qui en viennent aux coups. La fête organisée pour le mariage du Hollandais et de Senta tourne au drame : le Hollandais, qui a surpris Senta avec le bel Éric, sort un revolver et abat trois hommes qui s'écroulent. Il repousse les avances de la jeune femme qui proclame sa fidélité. C'est Mary, armée d'une carabine qui met fin au drame en assassinant le Hollandais, alors qu'un incendie se met à ravager les immeubles de la place.

Tcherniakov nous conte l'histoire du retour d'un outsider dans un village prolétaire figé dans des comportements stéréotypés. Les secrets d'un passé sombre sont évoqués par la mise en scène sans être nommés. La plupart des villageois semblent accepter leur médiocre destin et s'y conforment. La condition de la femme est au coeur de la mise en scène qui met l'accent sur le rêve féminin d'un amour fantasmé avec un homme idéal, un rêve auquel la médiocrité et la violence des hommes apportent un cruel démenti. Le traitement du personnage de Mary est particulièrement intéressant : son passé est une énigme sordide que Tcherniakov nous laisse imaginer, elle est devenue la compagne d'un petit bourgeois mesquin à la moralité plus que douteuse et voit l'enfant qu'elle a élevée courir à sa perte avec un homme qui l'a sans doute autrefois profondément blessée et qu'elle finit par assassiner.

Le contraste entre la mise en scène qui, pour réussie et intelligente qu'elle soit, s'écarte du projet initial de Richard Wagner et l'interprétation musicale, qui tente de coller au plus près à la partition pour en rendre exactement toutes les beautés et restituer l'âme même de la composition, est patent. Ce hiatus est au coeur de toutes les discussions.

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