jeudi 3 mars 2022

Lourdes sur Léman — La grotte Notre-Dame de Lourdes de Thonon-les Bains




100 jours d'indulgence à tous les fidèles qui visitant dévotement la grotte y prieront
 pour la concorde des nations... C'est particulièrement d'actualité !








Photos © Luc-Henri Roger

Face au 96 boulevard de la corniche, se situe la grotte Notre-Dame de Lourdes. Les parois de pierres de cette grotte sont recouvertes par un nombre important d'ex-votos témoignant des prières des fidèles exaucées à cet endroit par Notre-Dame de Lourdes. On peut voir des ex-votos récents. Les plus anciens datent de la fin du 19e siècle.

mercredi 2 mars 2022

Harles bièvres à Yvoire — Mergus merganser

Le harle bièvre mâle possède une tête vert foncé avec un long bec mince et crochu, rouge. Le cou, la poitrine et les flancs sont blancs et contrastent avec le milieu du dos noir. Les ailes, en grande partie blanches à la base, sont noires aux extrémités. Le croupion est gris, ainsi que la queue dont le bout est plus foncé. La poitrine est teintée de rose au printemps. La femelle possède une tête brune sur un corps gris. La transition s'effectue par un cou blanc.Le harle tient son nom de son habitude à nager le corps submergé (Mergus, de mergere, submerger). Sa réputation à manger grande quantité de poissons lui a valu le nom de bièvre (autrefois, on pensait que le bièvre ou castor mangeait du poisson.)









Le 2 mars 2022 à Yvoire, sur les bors du lac Léman

Liberté pour l'Ukraine ! — Taras Chevtchenko — Le Caucase traduit par Eugène Guillevic

Taras Chevtchenko par Mykola Mourachko

Taras Chevtchenko 

Le Caucase (vers 1845)

traduit par Eugène Guillevic

A mon ami très cher Jacob de Balmain

Qui changera ma tête en fontaine

et mes yeux en source de larmes

que je pleure jour et nuit les tués ?…

(Jérémie, 9,1)


Un massif montagneux entouré de nuages,
Tout couvert de chagrin, tout arrosé de sang.

Depuis les temps immémoriaux
Un aigle y châtie Prométhée,
Chaque jour lui frappe les côtes,
Chaque jour lui brise le cœur.
Il le brise mais ne peut boire
Le sang vivant — le cœur revit
Et de nouveau se met à rire.
Notre âme ne peut pas mourir,
La liberté ne meurt jamais.
Même l’insatiable ne peut
Pas labourer le fond des mers,
Pas enchaîner l’âme vivante,
Non plus la parole vivante,
Diffamer la gloire de Dieu,
Du Dieu très grand.

Ce n’est pas nous qui discuterons avec toi,
Ce n’est pas nous qui jugerons de tes affaires.
Il nous faut seulement pleurer, pleurer, pleurer,
Il ne faut que pétrir notre pain quotidien
Et la sueur mêlée à du sang et des larmes.
Notre vérité dort, on dirait qu’elle est ivre,
Et pendant ce temps-là nos bourreaux nous maltraitent.

Quand se réveillera-t-elle ?
Quand iras-Tu te reposer,
Dieu fatigué, nous laissant vivre ?
Nous croyons en Ta force, Ô Dieu,
Et nous croyons en Ton esprit.
La vérité se lèvera !
La liberté se lèvera !
Tous les langages te loueront
Pour tous les siècles à venir.
Mais les rivières pour l’instant
Coulent toutes pleines de sang.

Un massif montagneux entouré de nuages,
Tout couvert de chagrin, tout arrosé de sang.

C’est là-bas que Nous, le Clément,
Avons surpris la liberté
Qui vivait nue et affamée
Et nous la pourchassons là-bas.
Beaucoup de soldats y sont morts.
Combien de pleurs ? Combien de sang ?
Tous les empereurs, leurs enfants,
On pourrait tous les abreuver,
Les noyer dans les pleurs des veuves.
Et que de pleurs de jeunes filles
Dans le secret des nuits coulèrent
Et de chaudes larmes de mères
Et celles sanglantes des pères,
Des vieux ; ce ne sont pas des fleuves.
C’est une mer déjà qui monte,
S’étale et brûle. Oh ! gloire ! gloire !
Aux lévriers, à nos piqueurs,
Aux chiens, à nos pères les tsars,
Gloire !
À vous aussi, montagnes bleues
Et toutes couvertes de glace.
Gloire à vous, ô grands chevaliers,
Vous que Dieu n’a pas oubliés.
Luttez ; vous vaincrez ; Dieu vous aide !
Avec vous sont la vérité,
La liberté sacrée, la gloire !
Aussi bien le morceau de pain
Que la hutte dans la montagne,
Tout est à toi, tout est à toi !
Cela tu ne l’as pas mendié,
Cela ne te fut pas donné,
Personne qui puisse prétendre
Que cela n’est pas à toi,
Et qui te jette dans les fers.
C’est tout le contraire chez nous.
Parce que nous sommes instruits,
Que nous lisons les livres saints,
Que de la plus sombre prison
Jusqu’au plus élevé des trônes
Chacun de nous est couvert d’or
Et pourtant misérable et nu.
Venez donc apprendre chez nous !
Vous apprendrez, vous connaîtrez
Le prix du pain, celui du sel.
Nous sommes chrétiens, nous avons
Et des temples et des écoles,
Nous avons tout ce qui est bien
Et Dieu, Dieu lui-même est à nous.
Il n’y a pour nous agacer
Que votre hutte ; aussi, pourquoi
Est-elle à vous ? Serait-ce pas
Que nous vous l’avons octroyée ?
Pourquoi ne vous jette-t-on pas
Votre pain comme on jette aux chiens ?
Et pourquoi donc n’avez-vous pas
L’obligation de nous payer
Pour le soleil qui vous éclaire ?
Nous ne voulons rien que cela,
Nous ne sommes pas des païens,
Mais de véritables chrétiens.
Nous nous contentons de si peu…
Si vous deveniez nos amis,
Vous apprendriez bien des choses ;
Nous avons bien assez de place
Pour tous ; rien que la Sibérie,
Pensez quel immense pays ?
Et combien de prisons, de gens,
Mais à quoi bon, pourquoi compter ?
Du moldave jusqu’au finnois,
On se tait dans toutes les langues ;
Car partout chez nous l’on prospère
Et chez nous le moine dévot
Lit la Sainte Bible, il enseigne
Que jadis il y eut un tsar
Qui gardait les cochons et prit
Pour femme celle d’un ami
Qu’il fit tuer auparavant.
Ce tsar est au ciel, voyez donc
Par quelle sorte de mérite
On peut gagner le paradis.
Vous êtes encore ignorants,
Vous ne connaissez pas encore
La civilisation chrétienne
Telle qu’on la trouve chez nous.
Apprenez-la… voici la loi :
"Pille et vole car ainsi
« Tu verras le paradis. »
Si tu veux tu peux emmener
Aussi bien toute ta famille.
Nous pouvons tout faire ; écoutez:
Les étoiles nous les comptons,
Nous cultivons le sarrazin,
Les Français nous les dénigrons,
Nous nous occupons de commerce,
Au jeu de cartes nous perdons
Des hommes bien sûr… pas des nègres…
Nos semblables et baptisés,
Mais évidemment des gens simples.
Nous ne sommes pas espagnols;
Dieu, ah ! Garde-nous d’acquérir
Des biens volés…
Nous respectons la loi,
Celle que l’apôtre enseignait,
Qui nous dit : aimez votre frère.
— Vous, dénigreurs, vous, hypocrites,
Ah ! Vous que Dieu maudit,
Ce que vous aimez c’est la peau
Et non l’âme de votre frère.
Et vous pillez selon la loi :
Pour votre fille une pelisse,
Pour votre bâtard un magot,
Pour votre épouse des pantoufles,
Pour vous le plaisir clandestin
Dont l’existence est ignorée
Par votre épouse et vos enfants.

Si tu t’es laissé crucifier,
C’est pour qui, Jésus, fils de Dieu ?
Est-ce que c’est pour nous, les bons,
Pour la vérité ? Ou peut-être
Pour que nous nous moquions de toi ?
Hélas ! Il en est bien ainsi.
Oui, les temples et les chapelles,
Les icônes, les chandeliers,
La fumée de la myrrhe et puis
Les adorations inlassables.
Tout cela devant Ton image !
Ils prient pour le vol, pour la guerre,
Pour le sang ; ils prient pour encore
Répandre le sang fraternel.
Ensuite ils te feront le don
D’un linceul qu’ils auront volé
Au beau milieu de l’incendie.

Puisque nous sommes éclairés,
Nous voulons éclairer les autres,
Montrer aux enfants ignorants
Le soleil de la vérité.
Tu comprends ! Nous montrerons tout.
Laissez-nous seulement vous prendre
Dans nos mains, vous apprendrez tout !

Comment construire des prisons,
Forger des chaînes, les porter,
Comment tresser des fouets noueux.
Vous apprendrez tout ; seulement
Donnez-nous vos montagnes bleues,
Puisque nous vous avons déjà
Enlevé la plaine et la mer.

Pour toi donc l’exil à ton tour, mon seul ami,
Mon bon Jacob. Ce n’est certes pas pour l’Ukraine
Mais c’est pour son bourreau que tu répands ton sang.
Tu as dû boire le calice moscovite,
Le poison moscovite il t’a fallu le boire.
Mon bon ami Jacob, inoubliable ami,
Que ton âme toujours vive dans notre Ukraine :
Vole au-dessus des berges avec les Cosaques,
Cherche les tombes remuées parmi la steppe,
Verse de tristes larmes avec les Cosaques.
Attends-moi dans la steppe à mon retour d’exil.

En attendant cet heureux jour,
Mes pensées, ma peine féroce,
Je les sèmerai ; qu’elles croissent,
Qu’elles causent avec le vent.
Et le vent doux de notre Ukraine
Avec la rosée portera
Mes pensées au loin jusqu’à toi.
Ami, tu les accueilleras,
Pleurant des larmes fraternelles,
À voix basse tu les liras,
Tu te souviendras de la steppe,
Et des tombes et de la mer
Et tu te souviendras de moi.

(1845)


Taras Chevtchenko, le grand poète national de l'Ukraine. La liberté ne meurt jamais !

Montagnes et montagnes, de nuages couvertes 
Parsemées de douleurs, arrosées du sang 
De la nuit des temps,
L'aigle s'acharne contre Prométhée 
Lui déchire les flancs et lui dévore le cœur 
Mais ne réussit pas à l'abattre 
Et n'arrive pas à boire tout son généreux sang 
Car, chaque jour, le cœur revit et sourit au monde...

C'est ainsi que Taras Chevtchenko, le grand poète national de l'Ukraine, commence son poème Le Caucase, écrit en 1845, lorsque la Russie entreprit une nouvelle fois de conquérir l'isthme caucasique. Déjà, pendant près d'un demi-siècle, le petit peuple des Montagnards du Caucase a tenu fièrement tête à cet immense empire, toujours plus puissant, toujours plus avide de nouvelles conquêtes après les annexions successives de l'Ukraine, de la Pologne, des pays Baltes, de la Finlande et de la Géorgie. Défendant bravement sa liberté, groupé autour de son chef l'imam Chamyl, ce peuple forma un rempart que la Russie ne réussit pas à franchir malgré l'importance des troupes employées et l'habile et perfide action diplomatique engagée en Europe.

Et plus loin, dans le même poème :

La vérité se lèvera ! La liberté renaîtra ! (...) Mais en attendant, les fleuves coulent. Des fleuves de sang, par delà les montagnes. (...) Et des larmes, et du sang, de quoi désaltérer tous les empereurs.

Autoportrait  vers 1840

Taras Hryhorovytch Chevtchenko (en ukrainien Тарáс Григóрович Шевчеéнко), surnommé Kobzar (1814-1861), poète, peintre et humaniste ukrainien est considéré comme le plus grand poète romantique de langue ukrainienne. Figure emblématique dans l'histoire de l'Ukraine, il marque le réveil national du pays au 19e siècle. Sa vie et son œuvre font de lui une véritable icône de la culture de l'Ukraine et de la diaspora ukrainienne au cours des 19e et 20e siècles. La principale université ukrainienne porte son nom depuis 1939 : l’université nationale Taras-Chevtchenko de Kiev.

mardi 1 mars 2022

Bad Kissingen — La dernière photo du couple impérial autrichien en 1898 / Ihr Majestäten Kaiser u. Kaiserin con Oesterreich in Bad Kissingen






Atelier Johannes Kolb, Salinenstrasse,  Bad Kissingen

 

Anecdote mariale : une apparition de la Madonne des Miracles de Casalbrodino dans les Alpes — Maria dei Miracoli

Hier, au retour d'une belle ballade en montagne au pic des Mémises, alors que nous allions remonter en voiture, j'essayais de décrotter mes bottines de randonnée en les frottant dans la neige sur un talus bordant le parking lorsque mon regard fut attiré par un objet brillant que je finis par ramasser. C'était une médaille dévotionnelle rouillée en métal doré insérée dans un cercle argenté et représentant une Vierge en pied et un petit personnage  accroupi à ses pieds. La médaille était souillée de terre et présentait des traces de rouille, elle avait sans doute été depuis longtemps perdue. Rentrés dans la belle demeure qui nous accueillait  au bord du lac, mon hôte me proposa de la nettoyer à la pierre blanche et bientôt une inscription apparut qui en donnait l'origine. La médaille provenait du sanctuaire de la madonne miraculeuse de Casalbordino. Comme je n'en avais jamais entendu parler, je fis une rapide recherche sur la toile pour trouver le lieu et en apprendre l'histoire, et j'appris que Casalbordino est situé en province de Chieti dans les Abruzzes, non loin du littoral adriatique.

Voici ce que je pus lire sur le site du sanctuaire d'où provenait la médaille :

La basilique sanctuaire de la Madonna dei Miracoli, située à Miracoli, un hameau de Casalbordino en province de Chieti, a pour origine l'apparition de la Vierge Marie à un vieil homme de Pollutri, Alessandro Muzio, le 11 juin 1576. L'apparition est mentionnée dans un document écrit par Don Giuseppe Muzio, le fils d'Alessandro Muzio. Le document est conservé aujourd'hui dans les archives paroissiales de Pollutri et atteste ce qui suit :

" Le jour précédent, qui était la fête de la Pentecôte, une terrible tempête de grêle s'était abattue sur tout le Casalbordino, dévastant les cultures. Le lendemain, une fois la tempête apaisée, Alessandro se rendit dans la région de Casalbordino, à P (Protège-moi ian del Lago, pour voir l'état du champ de blé qu'il y possédait. Arrivé à l'endroit où se trouve aujourd'hui le Sanctuaire. Alors qu'il récitait le chapelet, il entendit la cloche de l'église paroissiale de Casalbordino annoncer la consécration de l'Eucharistie et il s'agenouilla en adoration. À ce moment précis, la Vierge lui apparut, entouré d'une lumière très vive. Elle se mit à parler à l'homme agenouillé à ses pieds le chapelet à la main. La Vierge désigna le péché humain comme la cause de la tempête désastreuse de la veille, Elle assura le vieil homme que son champ avait été épargné par la furie de la grêle et lui confia le message pour que le curé de Pollutri prêche le respect du 3ème commandement : ne pas oublier de sanctifier la fête. À la fin du message, la Madone disparut, laissant sec le sol sur lequel Elle avait posé ses pieds. "

Ayant reconnu l'authenticité de l'apparition, une chapelle fut immédiatement construite, à laquelle se rendirent de nombreux pèlerins. Dans les villages environnants, la dévotion à la Viergese développa rapidement, à un point tel qu'avant même 1614, la petite chapelle rurale fut agrandie, conservant l'autel et le mur sur lequel l'image de la Vierge avait été peinte. La survenue de nombreux événements extraordinaires conduisit bientôt à l'invocation de Notre-Dame de Casalbordino comme "Sainte Mère des Miracles" (plus tard "Sainte Marie des Miracles" et ensuite "Notre-Dame des Miracles" ; par conséquent, même le lieu où la Vierge était apparue, "Pian del Lago", changea de nom pour devenir "Miracoli". Au fil des ans, la dévotion s'accrut, à tel point que les pèlerins affluaient non seulement des Abruzzes, mais aussi du Molise voisin...

Aujourd'hui une petite médaille perdue m'a été confiée et j'ai décidé de la conserver comme un grigri dans l'espoir avoué qu'elle contribuera à mon bonheur et me protégera du mauvais sort. Au revers de  la médaille on peut lire l'inscription OVUNQUE PROTEGGIMI (Protège-moi partout et en tout lieu). Accipio omen ! J'en accepte l'augure !


Rienzi au Festspielhaus de Bayreuth — La renaissance du premier chef-d'oeuvre de Wagner

" Ouvrir une plaie " : Bayreuth face au défi de Rienzi   Lorsque Katharina Wagner décida d’inscrire Rienzi, der Letzte der Tribune...