jeudi 5 mai 2022

Portrait de Wagner par Henry de Groux

Effet d'optique. Le portrait est protégé par un vitre sur laquelle viennent 
se refléter les livres d'une bibliothèque.

Le portrait réalisé par le peintre belge Henry de Groux, qui en réalisa plusieurs, fait partie de la collection du Palazzo Contarini-Polignac, un palais où l'on peut aussi voir une paire de canapés ayant appartenu à Wagner que sauva Winnaretta Singer, princesse de Polignac, du Palazzo Vendramin Calergi. Les Polignac, Edmond et Winnaretta, partageaient une grande passion pour Wagner. Après la mort d'Edmond, Winnaretta assura un fonds pour parrainer un concert annuel à la mémoire du compositeur . Le premier de ces concerts a eu lieu dans le campo situé à l'extérieur du Palazzo Vendramin Calergi. On y donna des extraits d'opéras de Wagner, notamment la marche funèbre du Crépuscule des dieux. (Voir le site du palazzo Contarini Polignac).

Détail

mardi 3 mai 2022

Le berceau du prince héritier Rodolphe — 1858 — Cradle for Crown Prince Rudolf

Admiré et photographié au Möblemuseum Wien





Traduction française 

BERCEAU POUR LE PRINCE HÉRITIER RODOLPHE

Acajou sculpté, bronze poli et doré ; mosaïques en bois d'érable aux teintes variées selon la technique Podany ; couverture en soie. Vienne, 1858.

Ce berceau était destiné à des occasions officielles et prestigieuses et a donc été conçu avec somptuosité. Il s'agit d'un cadeau de la Ville impériale et résidentielle de Vienne à la Maison impériale à l'occasion de la naissance du prince héritier Rudolf le 21 août 1858, d'où les armoiries viennoises sur le devant. Le berceau ornemental richement décoré provient de l'atelier de l'ébéniste viennois Franz Matthias Podany (1819-92). Il présente des formes de style néo-rococo typiques de l'époque et comporte comme ornementation sculpturale un aigle double couronné qui, portant sur sa poitrine les armoiries généalogiques des nobles maisons de Habsbourg-Lorraine et de Wittelsbach, symbolise également les liens qui unissent ces dynasties.

Les mosaïques en bois qui décorent le cadre et le corps du lit sont particulièrement remarquables. La même année, 1858, lorsque Podany a fabriqué le berceau du prince héritier, il a également déposé un brevet pour son procédé spécial ("Technique Podany") permettant de réaliser des placages en mosaïque de ce type à petite échelle.

lundi 2 mai 2022

Il y a exactement 100 ans — Le Jeu de la Passion à Oberammergau en 1922 — Le Christ (Anton Lang) et son fils — Un voyage en Amérique

 Le Jeu de la Passion  d'Oberammergau a lieu tous les dix ans. La dernière édition a eu lieu en 2010. Il auraient donc dû se dérouler en 2020. Le Covid est venu chambouler le projet, les jeux de 2022 ont été annulés et reprogrammés pour 2022. La première aura lieu ce 14 mai. En 2022, la guerre est de retour en Europe.


Hasard du calendrier, il y a cent ans, les représentations du Jeu de la Passion de 1920 avaient elles aussi été annulées et reportées de deux ans : la Grande Guerre avait décimé 80 hommes de la petite ville, le théâtre était en ruine. Le Jeu de la Passion eut lieu à partir de mai 1922 dans une Allemagne ruinée. Le quotidien parisien Paris-Midi évoqua l'événement dans plusieurs éditions, il nous parle du Jeu et, plus tard dans l'année, du voyage d'une centaine d'acteurs en Amérique. 

Le potier Anton Lang (1875-1938) fut longtemps un Christ célèbre, il interpréta aussi le rôle en 1922. Il a joué le rôle de Jésus-Christ en 1900, 1910 et 1922. Il fut le narrateur du Prologue en 1930 et à nouveau dans la production du tricentenaire en 1934. En 1938, des rumeurs parviennent en Angleterre selon lesquelles Lang a des problèmes avec les autorités nazies. Il était pacifiste et s'opposait également aux tentatives des nazis d'ajouter un langage ouvertement antisémite au Jeu de la Passion. Deux journaux anglais engagèrent Elizabethe Corathiel pour aller interviewer Lang. "Il était extrêmement désireux de me faire comprendre la nécessité de démentir les rumeurs, soulignant que cela pourrait être très dangereux pour lui si on les laissait persister. Deux semaines plus tard, Lang était mort". Corathiel était " convaincue que la tendance politique de l'époque a précipité sa fin ". La quasi-totalité de la population d'Oberammergau a assisté aux funérailles de Lang. Il n'y a cependant pas eu d'hommages de la part du parti nazi ou des autorités de l'État, et il n'y avait pas non plus d'uniforme nazi parmi les 1 200 personnes en deuil dans le petit cimetière de l'église. On avait un jour demandé à Lang s'il pensait que les Juifs allaient au Paradis. Il en était persuadé.

Le potier Anton Lang, le Christ d'Oberammergau en 1922

Paris-Midi 10 février 1922

La Passion à Oberammergau.

La célèbre représentation de la Passion à Oberammergau, aura lieu, cette année, de mai à septembre. Ce sera la première fois depuis 1910. Généralement, ce spectacle a lieu à des intervalles réguliers de dix années. La guerre en avait empêché le retour.
Son intérêt principal consiste dans l'apparat qui l'entoure et la sincérité des acteurs et des actrices qui, tous, sont de condition modeste.
Pendant très longtemps, le rôle du Christ il été tenu par un potier nommé Anton Lang qui, cette année encore, le tiendra, sans doute pour la dernière fois.
Les disciples sont personnifiés par des plombiers, des peintres et des cordonniers.
« Toutes les nationalités seront les bienvenues », dit l'appel qui vient d'être envoyé pâlir annoncer cette représentation vraiment sensationnelle,

Paris-Midi 12 et 13 mai 1922

I. La Passion à Oberammergau — Une pièce émouvante dans un décor naturel de féerie. — 900 personnes en scène et huit heures de spectacle. — Le mariage de la Vierge Marie et la faute de Marie-Madeleine.

Le curieux petit village d' Oberammergau, niché au fond de la vallée de l'Ammer, dans le pittoresque décor qu'échafaudent au-dessus de ses maisons de bois qui semblent échappées d'une boîte de jouets de Nuremberg les pics neigeux des Alpes bavaroises, présente en ce moment le plus kaléidoscopique des tableaux. Une foule bigarrée se presse dans ses rues d'une méticuleuse propreté, le long de ses chalets peints à neuf comme en l'honneur de quelque solennelle circonstance. Des touristes vêtus à la dernière mode d'Europe et aussi de la lointaine Amérique y croisent les montagnards aux genoux nus à la manière tyrolienne et même des personnages aux longs cheveux, qui apparaissent une émanation de l'Antique... Des gens qui parlent tous tes dialectes du monde annoncent qu'ils logent chez Hérode ou chez Ponce-Pilate, noms singuliers pour un hôtelier d'aujourd'hui... C'est qu' Oberammergau a vu renaître l'époque où s'accomplit le vœu qu'elle fit jadis à Dieu en l'an 1634...

En ce temps là, la peste dévastait les villages et les vallées du Tyrol bavarois. Oberammergau pourtant était resté indemne et les habitants, faisant bonne garde, s'étaient isolés du reste du monde. Mais un homme, natif de l'endroit, pris soudain du mal du pays, parvint à franchir le cordon protecteur. Il ramena avec lui le terrible fléau. Trois jours après, il succombait. Et quarante des habitants d'Oberammergau à sa suite. Frappés de terreur, les paysans firent le vœu que, si le mal se détournait de leurs foyers, ils célébreraient chaque décade l,e souvenir de la vie et du martyre de Jésus, le Rédempteur. Le fléau s'arrêta... Et depuis, le petit village bavarois n'a point manqué à sa promesse. Ainsi est née La Passion d' Oberammergau.

Il fallut la guerre pour que le cycle en fut troublé, comme il l'avait été une fois déjà en 1800 par l'invasion des armées de Napoléon. La dernière représentation de La Passion avait eu lieu en 1910. Il ne fut pas possible de la répéter, à la décade traditionnelle en 1920. Un autre fléau, implacable celui-là, cette fois avait passé... Sur les 2.000 habitants du petit village, 80 étaient restés sur les champs de bataille. Le théâtre était en ruines, les décors en pitoyable état. La pièce de linge fin qui recevait le corps du Christ à sa descente de Croix avait été transformée en bandages pour les blessés de la guerre et les costumes eux-mêmes avaient dû être utilisés pour venir en aide à ceux qui n'avaient plus de quoi se vêtir. II y eut une grosse discussion quand vint le moment de renouer l'antique tradition. La tâche apparaissait si considérable que les plus audacieux hésitaient. L'opposition enfin céda et l'on décida « de suivre le vœu », dans l'espoir, cette fois, qu'il amènerait sur le monde agité la paix et la réconciliation... Et Oberammergau se mit à l'œuvre.

Le petit village tyrolien a réparé les dégâts du temps et de la guerre. Il a repris, son aspect de jouet de Nuremberg. Le coiffeur du village est resté de longs mois inactif. Les barbes et les chevelures ont refleuri. Les rôles ont été distribués, les répétition reprises. Et la Passion va dérouler, du 14 mai à la fin de septembre, ses « représentations » qui s'échelonnent sur trente et une journées consacrées à l'évocation, à la vie et à la mort du Messie. La Passion d'Oberammergau est restée une des curiosité de la vieille Europe ; elle en est une, il faut le reconnaître, telle qu'il n'en existe pas au monde, qu'aucun directeur de théâtre n'a présentée jus-qu'ici...

Neuf cents personnes — la moitié du village — prennent part à l'action qui se déroule de 8 heures du matin à 6 heures du soir, avec un entr'acte de midi à deux heures dans le plus grand décor du monde sur lequel le monastère des Bénédictins d'Ettat semble prolonger ses regards. La pièce comprend 124 rôles parlés, un chœur de 40 voix et un orchestre de 47 musiciens. Il y a jusqu'à 700 personnes en scène, dont 250 enfants.

Anton Lang, le potier d'Oberammergau, joue Jésus pour la troisième fois. Ce rôle est sa vie. Il y est étonnant. Il fit, en 1913, avec sa femme, le voyage de Terre-Sainte pour y " puiser la vérité ". II y alla de ses deniers et refusa l'offre d'un Américain, dans laquelle il voyait un moyen de publicité. Lang a un rôle écrasant. La croix qu'il porte dans sa montée au Golgotha ne pèse pas moins de 75 kilos. Il y reste attaché pendant, plus de vingt minutes. Il faut pour tenir ce rôle plus qu'une formidable résistance physique : une conviction !
Marta Veit, la Vierge Marie de 1922

Hans Zwinck, après avoir été Jean, le disciple bien-aimé, devint, il y a trente ans. Judas Iscariote. Il a aujourd'hui 70 ans. Il est trop vieux. Guido Mayr, le contremaître de la scierie, qui jadis, avant Lang, fut dont le fils est Ponce Pilate, le remplace. Mais Zwinck apparaîtra néanmoins au prologue, un instant, en récompense des services rendus. C'est là sa représentation d'adieux.

Hérode, ce fut un temps le père d'Anton Lang le Christ, qui en assuma le personnage. Gregor Breitsamter lui succéda en 1880. Il a gardé le rôle. C'est le vétéran de la troupe. Il a débuté en 1860.

La Vierge Marie, c'était, en 1910, la fille de Zwinck-Iscariote. Elle y était d'ailleurs remarquable. Mais elle se  maria en 1911, et la tradition veut que les rôles de femmes soient tenus par des jeunes filles. Il a donc fallu la remplacer, à regret, par Marthe Weidt [en fait Marta Veit], l'institutrice du village, qui, à vingt-quatre ans, est restée à l'abri des tentations du mariage. Elle fut pendant la guerre infirmière à Maubeuge.

Quant à Marie-Madeleine, elle a eu dernièrement un enfant. Ce fut un drame... On n'a point pardonné à la pécheresse !... Son rôle appartient aujourd'hui à Paula Rend, la fille de saint Jean...

II. Les recettes de la Passion, les dépenses et les « feux » des acteurs. — Un village transformé en ville de saison ! — Le retour à l'Age d'Or, grâce au cours du change...

Les représentations de la Passion ne sont pas sans entraîner des frais assez considérables. Si la nature fournit au théâtre son cadre naturel où l'acoustique est d'ailleurs si parfaite qu'on ne perd, à quelque endroit que ce soit des 4.300 places que comporte l'arène, aucune des paroles des acteurs, l'aménagement en est néanmoins, en raison du nombre des tableaux, très important et nécessite de longs et coûteux travaux. Cette année, il a fallu tout remettre en état, refaire les allées de Jérusalem, réparer les sièges auxquels on a adjoint 300 places nouvelles. Les frais, qui s'étaient élevés en 1910 à 200.000 marks, sont montés cette fois à 2 millions. Tout, il est vrai, en matière de monnaie, est relatif ! Malgré cela, le comité organisateur s'est absolument refusé à donner à une société cinématographique qui lui en offrait 5 millions de marks le droit de filmer la représentation. Ceci surtout en réponse à certains meetings de protestation, notamment à Munich, où l'on accusait Oberammergau de commercialiser son vœu...

En 1910, la recette avait atteint près de 200.000 francs. Là-dessus, un tiers va aux acteurs. Les principaux rôles recevaient avant la guerre une moyenne de 2.500 marks pour une saison de quatre mois qui se complétait de cinq mois de répétitions ; les enfants qui prenaient part à la procession recevaient un minimum de 80 marks. Ce n'était pas, on le voit, exagéré, si l'on songe qu'il y eut en 1910 soixante représentations — il y en aura trente et une cette année qui ont été précédées de cent quarante-cinq répétitions partielles ou générales. Un second tiers allait au théâtre pour , l'entretien, les costumes et la publicité. Le troisième tiers enfin va à la ville qui tire de ces représentations les ressources qui lui permettent d'améliorer dans un sens ou dams l'autre le bien-être de la population.

Cette année, les places les plus chères sont à 100 marks, les moindres à 10 marks. Au cours du change, c'est pour nombre d'étrangers un prix dérisoire. La pièce aura 31 représentations, il y a 4.300 places. C'est donc près de 140.000 personnes qui pourront y assister.

Une autre question extrêmement importante se pose, celle du logement et de l'alimentation des visiteurs. C'est le conseil du village dans lequel se recrute également le comité d'organisation qui s'en occupe, de concert d'ailleurs avec certaines compagnies de tourisme. Le Landtag bavarois a, pour la circonstance, levé toutes les restrictions alimentaires et les habitants se sont mis à l'œuvre pour pouvoir loger le plus de monde possible. Les paysans bavarois ne sont pas seulement aptes à se transformer en acteurs, ils savent aussi s'improviser hôteliers. On a  assisté ces temps derniers, à Oberammergau, au plus typique des aménagements d'un village de 200 maisons en une véritable villee de saison. 4.000 lits ont été installés ! Unterammergau, proche, logera 1.600 voyageurs et le couvent des Bénédictins d'Ettal lui-même est prêt à en recevoir 400.

A un prix qui est 1a_providence des étrangers : les trois classes de pension complète — on a gardé la hiérarchie allemande — coûtent, logement et repas compris depuis le soir qui précède la représentation jusqu'au surlendemain matin, 410, 350 et 310 marks. 

On conçoit qu'à ce prix, — une paille, un chalumeau plutôt pour les Anglais et les Américains, même en y ajoutant les frais de voyage et la taxe de tourisme qui s'élève à 200 marks, — les trains fassent affluer vers Munch, de tous les points de l'Europe et de là sur la petite ligne qui dessert la pittoresque vallée, une foule considérable d'étrangers qui peuvent, au cours du change, se croire reculés au temps antique où le fils de Dieu lui-même n'était coté que trente deniers !

Francis Clarke.

Paris-Midi, 4 mars 1923

LA DÉTRESSE D'OBERAMMERGAU

Les acteurs de la Passion iront en Amérique. Les acteurs de la fameuse Passion d'Oberammergau vont «émigrer» en Amérique. C'est la vie chère qui en est la cause. 
En dépit de tout le succès qu'ont eu l'été dernier les représentations d'Oberammergau qui. avaient, on le sait, attiré en Bavière une foule considérable de touristes, la fortune n'a point favorisé le petit village. Anton Lang — le Christ — a pour sa part reçu trente mille marks. Ce n'est même pas le coût d'une paire de souliers...
La Chicago Tribune annonce que le contrat a été signé avec un imprésari américain pour la représentation en Amérique d'une centaine des acteurs d'Oberammergau. Ce n'est cependant pas la fameuse pièce — conséquence du vœu ancestral — qui sera reproduite au delà de l'Atlantique, mais simplement des scènes de la vie des paysans et des bûcherons des petits villages de Bavière que l'on espère, en raison surtout de la personnalité des acteurs, avoir sur les Américains un vif attrait. Et les sculptures sur bois, fabriquées par les « émigrants » d'Oberammergau, seront vendues au profit d'oeuvres bavaroises, de même que l'immanquable film qui sera fait de la tournée, verra son produit également consacré à la charité. Le gouvernement bavarois n'a, dit-on, fait aucune objection à ce déplacement de quelques mois de ses administrés, étant donné surtout qu'il est stipulé que la La passion ne sera pas mise en scène

Paris-Midi 15 décembre 1923

Les acteurs d'Oberammergau sont arrivés en Amérique.
Mais ils n'y joueront pas leur pièce
On a annoncé que les acteurs de la Passion d'Oberammergau venaient d'arriver aux Etats-Unis pour y donner des représentations de la fameuse Passion, leur spectacle décennal qui est, on le sait, la conséquence d'un vœu. Le fait est exact en partie ; Anton Lang, le Christ, Andréas Lang, son frère, le Pierre du mystère célèbre, Guido Meyer, Judas et plusieurs de leurs compagnons sont arrivés à New-York mais ils ne joueront pas la pièce sacrée. Comme nous l'avons déjà annoncé il y a plusieurs mois, ils se contenteront de vendre les produits de leur travail, des objets de bois découpé à la mode de Bavière. Anton Lang a refusé l'offre d'un million de dollars de jouer pour l'écran la Passion d'Oberammergau. Une telle production serait considérée comme un sacrilège.



Le Christ et son fils Charles Anton Lang

Renseignements et réservations : voir le site du Jeu de la Passion d'Oberammergau

Source des photos : Photos de l'Agence Rol via le site Gallica de la BnF. L'Agence Rol est une agence de reportage photographique créée en 1904 par le photographe Marcel Rol (1876-1905) et disparue en 1937 en raison de sa fusion avec les agences Meurisse et Mondial Photo Presse. La Bibliothèque nationale de France conserve conserve plus de 130 000 photographies de l'agence Rol (fonds concernant l'actualité et le sport).

dimanche 1 mai 2022

L'impératrice Elisabeth à Corfou, un pastel de Friedrich August Kaulbach — Möbelmuseum Wien

Friedrich August Kaulbach (1850-1920)
Pastel sur papier, après 1898
Möbelmuseum Wien

Photo trouvée sur internet. Les couleurs de la photo prises au 
Musée du meuble de Vienne sont plus proches de la réalité.

Avec les reflets de la vitre de protection 

La Griselda par la Fenice au Teatro Malibran de Venise — La rencontre de Vivaldi et de Goldoni

© Michele Crosera – Teatro La Fenice

La Fenice de Venise poursuit son parcours de redécouverte de l'œuvre lyrique de Vivaldi : après l'Orlando furioso en 2018, Dorilla in Tempe en 2019 et, plus récemment, en 2021,  Farnace, le théâtre célèbre théâtre vénitien propose du 3 au 8 mai au Théâtre Malibran une toute nouvelle mise en scène de La Griselda par Gianluca Falaschi, sous la direction de Diego Fasolis. En attendant de rendre compte de cette nouvelle production, après la représentation du 8 mai, rappelons une anecdote fameuse de la genèse de cet opéra.

Portrait d’un violoniste vénitien du XVIIIe siècle, 
généralement considéré comme étant celui de Vivaldi. Peintre inconnu.


Vivaldi a écrit La Griselda en 1735 pour mettre en valeur la mezzo-soprano Anna Girò, qui était proche de lui tant sur le plan musical que personnel. Le sujet de l'opéra est tiré du conte italien médiéval de la patiente Griselda, raconté par Boccace et Chaucer comme un exemple de constance féminine dans les épreuves les plus cruelles. C'est avec Griselda que Vivaldi, jusqu'alors considéré comme un compositeur trop médiocre pour être joué dans les plus beaux théâtres de Venise, a finalement pu entrer dans le très en vogue Teatro Grimani di San Samuele. Six personnages chantent une variété d'arias simili dont les textes font référence à des tempêtes, des oiseaux, des flèches, etc., chacune avec les illustrations musicales fantaisistes bien connues des concertos de Vivaldi.

Charles-Guillaunme Rabani relatait la rencontre de Goldoni et de Vivaldi dans Carlo Goldoni. Le théâtre et la vie en Italie au XVIIIe siècle, un livre paru à Paris en 1896. 

Griselda — Tragedia di tre atti, in versi, sulle traccie di quella di Apostolo Zeno e di Pietro Pariati.  Giselidis — Tragédie en trois actes et en vers, imitée d’Apostolo Zeno et de Pietro Pariati. Goldoni raconte dans une des plus jolies scènes de ses Mémoires (t. I er , p. 287), comment il eut l’idée de ce sujet, qu’il avait d’abord traité sous la forme de l’opéra. Il avait été chargé par le noble Grimani d’arranger pour le théâtre San Samuele à Venise la Griselda d’Apostolo Zeno et de Pariati. L’auteur de la musique était l’abbé Vivaldi qui, suivant un mot connu, dînait de l’autel et soupait du théâtre. Envoyé chez lui par Grimani, pour s'entendre avec le compositeur sur les changements à faire, Goldoni trouve l’abbé occupé à lire son bréviaire. Il convient ici de citer textuellement le reste de la scène :

— Monsieur, lui dis-je (c’est Goldoni qui parle), je ne voudrais pas vous distraire de votre occupation religieuse ; je reviendrai dans un autre moment. 
— Je sais bien, mon cher Monsieur, que vous avez du talent pour la poésie; j’ai vu votre Bélisaire, qui m’a fait beaucoup de plaisir, mais c’est bien différent. On peut faire une tragédie, un poème épique, si vous voulez, et ne pas savoir faire un quatrain musical. 
— Faites- moi le plaisir de me faire voir votre drame. 
— Oui, oui, je le veux bien. Où est donc fourrée Griselda? Elle était ici. . . Deus in adjutorium meum intende. Domine... Domine... Domine... Elle était ici tout à l’heure. .. Domine ad adjuvantum. . . Ah! la voici! Voyez, Monsieur, cette scène entre Gualtiere et Griselda ; c’est une scène intéressante, touchante. L’auteur y a placé à la fin un air pathétique, mais Mlle Giraud n’aime pas le chant langoureux ; elle voudrait un morceau d’expression, d’agitation, un air qui exprime la passion par des moyens différents, par des mots par exemple entrecoupés, par des soupirs élancés, avec de l’action, du mouvement. Je ne sais pas si vous me comprenez. 
— Oui, Monsieur, je comprends très bien. D’ailleurs j’ai eu l’honneur d’entendre Mlle Giraud, je sais que sa voix n’est pas assez forte... 
— Comment, Monsieur ? vous insultez mon écolière. Elle est bonne à tout, elle chante tout. 
— Oui, Monsieur, vous avez raison ; donnez-moi le livre, laissez-moi faire. 
— Non, Monsieur, je ne puis pas m’en défaire, j’en ai besoin et je suis pressé. — Eh ! bien, Monsieur, si vous êtes pressé, prêtez-le moi un instant et sur-le-champ je vais vous satisfaire. 
— Sur-le-champ? 
— Oui, Monsieur, sur-le-champ. 

En un quart d’heure le jeune Goldoni fit ce que l’abbé désirait : Vivaldi lit, il déride son front ; il relit, il fait des cris de joie, il jette son office par terre, il appelle Mlle Giraud. Elle vient : 
— Ah ! lui dit-il, voilà un homme rare, voilà un poète excellent ! Lisez cet air; c’est monsieur qui l’a fait ici sans bouger, en moins d’un quart d’heure!
Et en revenant à moi: 
— Ah! Monsieur, je vous demande pardon.  

Et il m’embrasse, et il proteste qu’il n’aura jamais d’autre poète que moi. Il me confia le drame ; il m’ordonna d’autres changements, toujours content de moi, et l’opéra réussit à merveille. » Peu de temps après, Goldoni se trouva en rapport avec une actrice alors renommée, Mme Collucci, surnommée la Romana, dont le rôle favori était celui de Griselda. C'était une tragédie de Pariati, tirée de l’opéra d’Apostolo Zeno, auquel Pariati avait collaboré; mais l’œuvre était en prose. Il s’agissait de la versifier. 
— J’entrepris avec plaisir, dit Goldoni, de contenter la Romana; mais je ne suivis pas exactement les auteurs du drame. J’y ajoutai le père de Griselda, un père vertueux, qui avait vu sans orgueil sa fille monter sur le trône et la voyait en descendre sans regret. J’avais imaginé ce nouveau personnage pour donner un rôle à mon ami Casali ; cet épisode donna un air de nouveauté à la tragédie, la rendit plus intéressante et me fit passer pour l’auteur de la pièce. 

Distribution 

Orchestre de La Fenice
Chef d'orchestre Diego Fasolis
Directeur, décors et costumes Gianluca Falaschi
Lumières Alessandro Carletti et Fabio Barettin
Dramaturgie Mattia Palma

Gualtiero   Jorge Navarro Colorado
Griselda     Ann Hallenberg
Constance Michela Antenucci
Roberto     Antonio Giovannini
Brass         Kangmin Justin Kim
Corrado     Rosa Bove

Du 29 avril au 8 mai 2022

Le Tristan de Calixto à Vienne, un article de la musicologue roumaine Alice Mavrodin

Martina Serafin, Andreas Schager, René Pape
Crédit photographique © Wiener Staatsoper / Michael Pöhn

La musicologue roumaine Alice Mavrodin a pris la peine de poster ses commentaires sur mon récent article consacré au Tristan mis en scène par Calixto Bieito à Vienne. je lui ai proposé de les développer en un article et de l'accueillir sur mon blog. Nous n'avons pas reçu le spectacle de la même manière : là où j'accueille la mise en scène avec enthousiasme, Alice Mavrodin se montre fort critique. J'ai trouvé intéressant d'ouvrir mon blog à cette passe d'armes, afin que mes lectrices et lecteurs puissent découvrir des approches aussi opposées. Voici ce qu'elle m'écrit :

    Cher Monsieur Roger, j'ai lu avec plaisir la chronique du Tristan de Vienne, car je vous lis toujours avec plaisir — votre style est très naturel et agréable et en même temps le texte est dense et intéressant. Votre compte-rendu laudatif du spectacle viennois est très convaincant et je vous aurais cru... si je ne venais pas juste de voir le streaming. Je crois que vous devriez réfléchir un peu et, à l'avenir, tempérer les louanges et tenir compte aussi du sentiment de ces spectateurs qui en ont par-dessus la tête de mises en scène farfelues et, la plupart du temps, laides. Car quel plaisir peut-on avoir à regarder ce Tristan qui a l'air d'un mendiant ? Ou à voir les acteurs patauger dans l'eau, se coucher dans l'eau, se rouler dans l'eau ? Sous-entendus philosophiques ? Soyons sérieux... (en ce moment, ces choses-là sont déjà devenues des clichés depuis les années qu'on verse de l'eau sur la scène). Ou encore, quel sens peut avoir l'action d'écailler des poissons, autre que le très prosaïque prétexte de fournir un couteau à Tristan ? Quant au coup de folie des protagonistes, qui brisent des meubles (Tristan a soin d'éteindre la lampe avant de la jeter par terre), déchirent des livres et des murs, il est déplacé parce qu'il rappelle ces enfants qui, tancés par leurs parents, se vengent en provoquant des dégâts. Ce n'est pas plus intelligent que cela ...
    Autre laideur : l'invasion des nudistes au troisième acte.
    Je sais que je dis ces choses d'une manière très (trop) brutale mais ma conviction est qu'il
faudrait tenir compte autant des spectateurs qui acceptent mal que l'on loue ce qu'ils désapprouvent, que de ceux qui acceptent tout aussi mal que l'on critique ce qu'ils ont aimé. Avec un peu de diplomatie, vous arriverez à naviguer entre Charybde et Scylla, je ne me fais aucun souci.
    En ce qui concerne les solistes, ils ont des qualités incontestables, en commençant par le fait d'avoir pu mener à bout des rôles de ce calibre. Lui est meilleur qu'elle: voix puissante, capable de dominer l'orchestre particulièrement ample de Jordan. Ce n'est pas une très belle voix ni très souple mais elle peut servir. Malheureusement, il lui arrive de détonner. Légèrement deux ou trois fois mais aussi d'une manière plus sérieuse. Je sais que ces choses-là arrivent à tout le monde, mais il faut se surveiller mieux et revoir les passages à problèmes.
    Mais ce avec quoi je ne suis pas d'accord ce ne sont pas ces accidents involontaires (que
peu de spectateurs remarquent) mais certaines décisions interprétatives délibérées. Au troisième acte, par exemple, dans quelques moments culminants, très dramatiques, le protagoniste arbore une mine rieuse et contente ce qui prouve que ni lui, ni le metteur en scène n'ont pas compris la psychologie du personnage. Tristan ne se réjouit pas, comme tout chacun, à l'arrivée de sa bien-aimée. Tout au contraire, il est torturé par une espèce de joie-souffrance faite d'incertitude, d'anxiété (le navire a failli échouer), d'un bonheur tellement intense qu'il devient douloureux. Et quand le héros voit enfin Isolde, l'émotion est si forte que son cœur éclate. En faisant rire Tristan, on ne sait plus comment le faire mourir. D'ailleurs il ne meurt même pas, il fait le mort car on le voit respirer ... A quoi pensent ces gens quand ils élaborent leur mise en scène ?
    Quant à Isolde, elle a hélas une voix chevrotante, qu'elle arrive à contrôler jusqu'à un certain point mais l'effet reste assez désagréable. En plus, elle fait des grimaces qui l'enlaidissent considérablement. Au début de l'opéra elle avait la tête d'une véritable sorcière et pourtant c'est une belle femme. (Je l'ai vue dans une Tosca de 2017: la voix était bonne, le visage détendu.) Elle devrait chanter devant une glace et réapprendre à se contrôler.
    Enfin, il y a René Pape que j'étais impatiente d'entendre dans Marke. Évidemment, après la pandémie, sa voix n'est plus ce qu'elle était avant — ni aussi ample, ni aussi ferme. Mais Pape reste, selon moi, le grand artiste de la distribution, le seul à savoir chanter une tirade interminable sans qu'elle paraisse longue. Il donne à chaque mot une nuance, une couleur, une expression individuelle sans pour cela compromettre le legato de la phrase. Son débit est détendu, avec des pauses, des respirations, des moments de réflexion – comme celui d'un homme qui pense à haute voix. Impressionnant !
    Jordan, dirige merveilleusement, avec beaucoup de sensibilité et de finesse mais en même
temps avec un sens du monumental à la mesure de l'œuvre wagnérienne. Parfois c'était un peu fort, mais avec la voix puissante de Schager, il n'y a pas eu de problèmes.
    Conclusion ? Eh bien, ce Tristan ne m'a pas plu. Mise en scène inesthétique, sans la moindre trace de poésie (quelle poésie peut-il y avoir dans un amas de meubles brisés, répandus pêle-mêle sur la scène comme après un tremblement de terre?), acteurs peu convaincants artistiquement (en fait de Tristan, j'ai vu mieux).
    Il y a ici un paradoxe. Les réalisateurs du spectacle peuvent être des gens très intelligents,
pleins d'idées intéressantes, mais ces idées une fois matérialisées, le résultat s'avère très décevant. Parce que pour une mise en scène réussie, les idées ne suffisent pas. Il faut aussi une espèce d'aura faite du sens de la cohésion, de la conscience esthétique, du vibrato lyrique et de beaucoup d'éléments encore difficiles à définir mais qui ont tous en commun le sens du beau et l'émotion.
    Bref, le sens artistique tient lieu – au théâtre – de toute philosophie spéculative, psychanalyse, emprunts stylistiques et je ne sais quoi encore. Si ce sens manque, les autres composantes, abandonnées à elles-mêmes, ne peuvent produire qu'un amas de laideurs et d'absurdités. C'est probablement pourquoi le public semble s'orienter de plus en plus vers l'opéra en concert, surtout lorsqu'il y a une suggestion de mise en scène. Est-ce là le spectacle de l'avenir ?

Alice Mavrodin
musicologue     

Mayerling — Le lit de mort du Prince héritier Rodolphe de Habsbourg et autres meubles / Furnishings of Rudolf's bedroom and study

[FR] L'AMEUBLEMENT DE LA CHAMBRE ET DU BUREAU DE RUDOLF À MAYERLING

Les chambres privées du prince héritier se trouvaient au rez-de-chaussée du pavillon de chasse. Le mobilier comprenait, entre autres, un ensemble de style oriental et une table de fumeur. La chaise de bureau et le lit sont de style néo-Renaissance. Selon les témoignages de Johann Loschek, le domestique de Rodolphe, et du comte Josef Hoyos, le prince héritier a été retrouvé mort sur ce lit avec la baronne Mary Vetsera le 30 janvier 1889.


[EN] THE FURNISHINGS OF RUDOLF’S BEDROOM AND STUDY AT MAYERLING

The crown prince's private rooms were on the ground floor of the hunting lodge. Among other items, the furniture included an oriental-style suite and a smoking table. Both the desk chair and the bed are in neo-Renaissance style. According to witness statements given by Rudolf's servant, Johann Loschek, and Count Josef Hoyos, the crown prince was found dead on this bed together with Baroness Mary Vetsera on 30 January 1889.








Photos prises au Möbelmuseum de Vienne qui présente entre autres sa collection des meubles impériaux. 

 Rodolphe. Les textes de Mayerling

Les diverses versions du drame de Mayerling sont présentées dans le recueil  Rodolphe. Les textes de Mayerling (BoD, 2020).

Texte de présentation (quatrième de couverture):

   Suicide, meurtre ou complot ? Depuis plus de 130 années, le drame de Mayerling fascine et enflamme les imaginations, et a fait couler beaucoup d'encre. C'est un peu de cette encre que nous avons orpaillée ici dans les fleuves de la mémoire : des textes pour la plupart oubliés qui présentent différentes interprétations d'une tragédie sur laquelle, malgré les annonces répétées d'une vérité historique définitive, continue de planer le doute.
   Comment s'est constituée la légende de Mayerling? Les points de vue et les arguments s'affrontent dans ces récits qui relèvent de différents genres littéraires : souvenirs de princesses appartenant au premier cercle impérial, dialogue politique, roman historique, roman d'espionnage, articles de presse, tous ces textes ont contribué à la constitution d'une des grandes énigmes de l'histoire.

Le recueil réunit des récits publiés entre 1889 et 1932 sur le drame de Mayerling, dont voici les dates et les auteurs :

1889 Les articles du Figaro
1899 Princesse Odescalchi
1900 Arthur Savaète
1902 Adolphe Aderer
1905 Henri de Weindel
1910 Jean de Bonnefon
1916 Augustin Marguillier
1917 Henry Ferrare
1921 Princesse Louise de Belgique
1922 Dr Augustin Cabanès
1930 Gabriel Bernard
1932 Princesse Nora Fugger

Le dernier récit, celui de la princesse Fugger, amie de la soeur de Mary Vetsera, est pour la première fois publié en traduction française. Il n'était jusqu'ici accessible qu'en allemand et en traduction anglaise.

Luc-Henri Roger, Rodolphe. Les textes de Mayerling, BoD, 2020. En version papier ou ebook.

Commande en ligne chez l'éditeur, sur des sites comme la Fnac, le Furet du nord, Decitre, AmazonHugendubel, etc. ou via votre libraire (ISBN 978-2-322-24137-8).
In Italia via Amazon.it


Mit der Kamera über den Bozner Markt — 22 Fotos

  © Marco Pohle