jeudi 14 décembre 2023

Le pavillon mauresque à l´exposition universelle de Paris de 1867 (aujourd´hui dans le parc de Linderhof)

 



Deux dessins du pavillon mauresque réalisés lors de l´Exposition universelle de 1867. publiés dans 
le Grand album de l'Exposition universelle, 1867: 150 dessins par les premiers artistes de la France et de l´étranger, publié par Michel Lévy, frères, à Paris en 1868.

Plan du pavillon mauresque par l´architecte Carl von Diebitsch
Technische Universität Berlin,
Architekturmuseum in der Universitätsbibliothek, 41593

Le pavillon était situé dans la section prussienne du parc de l´exposition. Un industriel des chemins de fer prussien, Bethel Henry Strousberg, le racheta à la veuve de l´architecte Carl von Diebitsch après l´exposition. en 1870, et l ´installa dans le parc de son palais de Zbirow en Bohême. En 1876, à la suite de la faillite de Strousberg, le Roi Louis II l´acheta et le fit remonter dans le parc de son château de Linderhof, non sans lui avoir fait subir des transformations comme l´installation du trône du paon ou d´une fontaine de marbre. La dernière version du pavillon telle qu´on peut la visiter aujourd´hui est ainsi assez différente de l´original que les visiteurs de l´exposition universelle de Paris ont pu voir en 1867.

Voici la description très détaillée du pavillon mauresque, telle que publiée dans les Rapports du jury international de l´ Exposition universelle de 1867 publiés sous la direction de M. Michel Chevalier, Imprimerie administrative de Paul Dupont, Paris, 1868 (pages 302 et suivantes de la section Monuments et spécimens d´architecture des rapports)

" M. de Diebistch, de Prusse, a aussi, dans le quartier allemand du parc, élevé un pavillon mauresque très-élégamment décoré et très-habilement construit. S'il s'écarte un peu, dans certains détails, des modèles hispano-arabes, il faut se rappeler que M. de Diebistch n'a pas prétendu présenter un monument d'une architecture rigoureusement définie, mais bien tenté d'introduire dans les mœurs, les habitudes et le goût de ses contemporains, pour les luxueuses habitations de plaisance, le style orné de l'architecture orientale. Le plan de l'édifice est byzantin. C'est un carré central, surmonté d'un dôme, avec quatre ailes formant la croix grecque. Mais ces ailes sont peu saillantes elles n'ont pas plus d'importance que les macharabys des constructions mauresques. l'intérieur, le plafond du carré central est soutenu, aux angles des parties en saillie, par des groupes de quatre colonnettes réunies sur un même socle, découpant trois ouvertures, et supportant des arcs en plein cintre surhaussé dont l'intrados est festonné en dents de scie. Dans le système de construction de M. de Diebistch, les colonnes groupées ne servent qu'à l'ornementation. Le véritable support est une tige de fer, ou cinquième colonnette, placée au milieu des autres, mais sans ornements, et produisant le fâcheux effet de masquer le jour qui doit passer entre elles et de dissimuler leur isolement. Au dessus des arcatures, règne une frise décorée de colonnettes géminées, mais non accouplées, supportant un tailloir commun sur lequel repose une fausse arcature trois lobes. Le plafond, horizontal, suivant le style mauresque, est divisé en caissons sur chacun des quatre côtés, entre les caissons d'angle, l'espace est divisé en trois parties. Le tambour de la coupole est octogonal. Il se trouve raccordé avec la forme carrée du plafond au moyen de quatre petits caissons triangulaires. Chaque panneau du tambour est percé de trois ouvertures en plein cintre garnies de verres de couleur. La coupole est hémisphérique. Elle est raccordée au tambour par une fraction d'anneau concave et huit petits pendentifs triangulaires. Le tambour cylindrique qui surmonte l'anneau concave est décoré de colonnettes simples, très-nombreuses, sur lesquelles viennent s'appuyer et s'étager une suite de petites niches en stalactites dont l'ornementation est or et bleu. Aux façades principales les ouvertures correspondent la colonnade intérieure et présentent une baie principale avec arcature en plein cintre surhaussé, et deux baies latérales dont les arcs reposent sur des colonnettes. Toute cette construction est établie en fer, bois et plâtre. L'ossature, colonnes, bassement», corniches, membrures verticales et horizontales, est en fer; les panneaux et les archivoltes, ainsi que le plafond sont eu bois et plâtre; la voûte du dôme est en zinc. L'emploi du fer dans la construction des monuments déjà été tenté et n'a pas donné de résultats satisfaisants, si ce n'est pour les planchers et les dômes, c'est-à-dire pour la substitution des charpentes en fer aux charpentes en bois. Il est bien entendu que nous ne comprenons pas sous cette désignation de monuments ce qu'on désigne sous le nom général de halles. M. de Diebistch fait en ce genre une nouvelle tentative, qu'on doit encourager, mais sans en dissimuler les écueils. Il déjà construit plusieurs maisons de ce style Berlin. Il en édifie d'autres pour le vice-roi d'Egypte. Il a, ce nous semble, un danger d'autant plus difficile éviter, que le climat des pays dans lesquels ces constructions seront placées comportera de plus grandes variations de température: c'est la grande différence de dilatation du fer, du bois et du plâtre. En outre, pour apprécier sa juste valeur l'innovation tentée par M. de Diebistch, il faudrait savoir si la dépense est diminuée, et si l'attrait du bon marché pourra contribuer à répandre le goût de cette architecture luxueuse, élégante et gracieuse dans ses proportions, éclatante par sa décoration. Nous en doutons. A ce point de vue, l'architecte parait avoir mieux réussi pour le mobilier de ce pavillon, dans lequel il conservé, non-seulement les formes, mais encore les étoffes et les décorations du style hispano-arabe. Les appareils de luminaire sont exécutés en fonte de fer et en bronze, et ornés de croissants dorés et d'étoiles en cristal. Il trois photophores ainsi établis et un grand lustre, de style mauresque, garni de cristaux polychromes; au centre du pavillon est placé un buffet en bois et cristal. Les panneaux du soubassement intérieur, ainsi qu'un guéridon, sont formés de plaques de cristal imitant les mosaïques de faïences colorées. La face inférieure du cristal est gravée l'acide fluorhydrique, et ensuite colorée et dorée. Les buttacas et les différents vases sont en fonte ou en zinc, sauf les parties délicates, telles que des anses très-découpées, qui sont en bronze. La fontaine centrale est en verre de deux couleurs, travaillé comme le verre de Bohême. Enfin, au devant du pavillon, sont des meubles de jardin de même style. Ce sont des buttaccas en bois et des bancs en fonte de fer. On comprend que ces procédés de fabrication permettent d'obtenir, des prix relativement restreints, des meubles d'une ornementation très-riche et très-brillante. "


Un autre texte contemporain de l´exposition paru dans la presse allemande spécialisée (Deutsche Bauzeitung, volume 1 page 278) décrit le pavillon de Diebitsch:

"Diebitsch für die Franzosen ein Gegenstand vielfacher da sie sich dieses prachtvolle Stück Orient dem kalten und trüben Vaterlande Preussen gar nicht können Der Pavillon zeigt einen quadratischen Saal mit zwei Vorhallen und einer im Innern umlaufenden Bogengalerie von einer Kuppel bedeckt die im von vier kleinen Nebenkuppeln flankirt wird Konstruktion ist in einfachster Weise bewirkt und darauf berechnet das Ganze leicht zerlegen und versenden zu das Gerippe von Eisen die durchbrochenen Theile Eisen resp Zinkguss die Wände von kolossalen die in Holzrahme eingefügt sind Bei der die in der reichsten Weise erfolgt ist und sich alle Flächen erstreckt ist der Beweis versucht und dass die grellsten und schreiendsten Farben ohne Vermittelung neben einander gesetzt werden können sich dennoch zu harmonischer Wirkung vereinigen lassen sie in architektonischen Mustern namentlich im Relief auftreten Ein Muster von Roth Blau Schwarz Gold z B erscheint dabei in einiger Entfernung wie zarteste Viollet aber es ist klar dass sich mit den Tönen der Mineralfarben wie sie ja auch das verwendete ganz andere Wirkungen erzielen als mit den stumpfen gebrochenen Haibtönen wie gegenwärtig in unseren Dekorationen beliebt sind Wenn schon das Aeussere des Pavillons der auf einer nen Erhöhung belegen ist mit diesen bunten Wänden toh den gezackten Bekrönungen und den goldstrahlenden Kuppeln weither die Beschauer herbeilockt so ist das Innere doch fast noch anmuthiger Zu der Farbenpracht welche die Decken und Wände mit feinem Relief Ornamente überzieht tritt hier noch der Reiz der bunten Glasfenster in den Wänden und unter der Kuppel der Panneele in buntem Glas Mosaik vor Allem aber der Ausstattung Eine Fontaine mehre Kronleuchter schöne Möbel mit bunten Polstern Parquetböden und Teppiche Alles ist im arabischem Style bis in die kleinsten Details herab mit feinstem künstlerischen Gefühle durchgebildet und schliesst sich zu einem Ganzen von schönster Einheit So sehr sich der Orient oder vielmehr die Franzosen auf seine Rechnung in allerhand nationalen Bauten angestrengt hat von denen ich noch zu berichten habe so ist doch leicht wahrzunehmen wie sehr diese kleine Anlage allem Aehnlichen weitaus überlegen ist Der Pavillon ist wie frühere Arbeiten von C. v. Diebitsch der sich den grösseren Theil des Jahres in Cairo befindet für die Ufer des Nils bestimmt ob er an unserer Spree ebenso am Platze wäre will ich vorläufig dahingestellt sein lassen Kein deutscher Zelot aber kann es mir verargen wenn ich diese orientalische Kunst sobald sie wie hier wirklich zur Kunst geworden ist ungemein glänzend und anziehend finde und mich freue dass es einem Lands manne von uns gelungen ist sie in dieser Weise neu zu beleben."

Portrait de l'impératrice Elisabeth par Eduard Kaiser (1854)


Ce portrait réalisé par le peintre autrichien Eduard Kaiser (1820-1895) en 1854  fut mis aux enchères  par Sotheby à Londres en novembre 1988.

Le peintre

Enthousiasmé par les idées de la révolution, en 1848, Eduard Kaiser rejoint l'Akademische Legion - pendant ce temps, il réalise des portraits de presque tous les principaux personnages de la Révolution de Mars (Joseph Radetzky, Franz Schuselka, Hans Kudlich, Adolf Fischhof  et Carl Giskra. 

En 1852/1853 il vit à Rome. 

Après son retour en Autriche, a visiblement (et très opportunément) abandonné ses idées révolutionnaires et développe un commerce très rentable de lithographies et de portraits, avec d'éminents clients tels l'empereur François-Joseph Ier, l'impératrice Elisabeth, Friedrich Hebbel, Robert Schumann et Clara Schumann.

mercredi 13 décembre 2023

Octobre 1898 — Une ode en latin du pape Léon pour l'impératrice Élisabeth

 

L'information est publiée par de nombreux journaux français, entre autres dans L'Attaque du 2 octobre 1898 et dans La Semaine religieuse du diocèse d'Alby du 15 octobre 1898 :

Léon XIII inédit.

Le pape Léon XIII se trouve à l'heure présente dans un excellent état de santé; pour témoigner de la vigueur intellectuelle du pape, les journaux officieux du Vatican annoncent que bientôt Léon XIII publiera une Ode à la mémoire d'Elisabeth, impératrice d'Autriche.
Léon XIII a écrit cette ode en langue latine.
Ce n'est point la première fois que le pape s'exprime dans le langage des dieux.
L'an dernier,il composa notamment une Ode à la France.
On connaît aussi de lui un volume de vers catholiques.
Certains disent qu'avant d'être pape Léon XIII aurait composé des poésies légères et les aurait publiées sous un pseudonyme transparent.
Léon XIII s'en est toujours défendu, mais il a fait acheter et détruire le plus grand nombre possible d'exemplaires du livre qu'on lui attribuait.

Nouvelle poésie de Léon XIII 

Léon XIII vient de composer une ode en vers latins, dédiée à la mémoire de l'impératrice Elisabeth d'Autriche, et qui témoigne de la puissante vitalité intellectuelle du grand Pontife, qui fit, il y a deux ans, l'Ode à la France. Cettte ode, que Léon XIII a lue à quelques-uns de ses familiers, est d'un grand souffle poétique. Elle sera copiée sur un parchemin aux armes du Souverain Pontife, et remise à l'empereur François-Joseph par le Nonce apostolique à Vienne.

Une recherche dans la presse autrichienne confirme que l'ode fut remise au début du mois d'octobre 1898 par le nonce apostolique à l'empereur à l'occasion de sa fête.

Quelqu'un a-t-il  le texte de cette ode ? Merci.

mardi 12 décembre 2023

Première munichoise du Parc d'Angelin Preljocaj par le Ballet d'État de Bavière

Laurent Hilaire, directeur du Ballet d'État de Bavière depuis mai 2022, a tout naturellement importé le ballet Le Parc qu'Angelin Preljocaj avait créé en 1994 pour le Ballet de l'Opéra de Paris et dans lequel il avait ébloui le public parisien en dansant le rôle masculin principal avec Isabelle Guérin pour partenaire. Le chorégraphe évoque encore l'interprétation sensible et empreinte d'émotionnalité mais aussi la force et l'énergie quasi illimitée du danseur qui a aujourd'hui apporté son expertise en supervisant en compagnie de Naomi Perlov la préparation des danseurs pour ce ballet qui juxtapose des éléments du ballet classique et du ballet contemporain et qui exige une précision extrême de la part des danseurs.

Les jardiniers © Serghei Ghericu

Ce parc est un parc néo-classique avec des évocations versaillaises que la scénographie de Thierry Leproust rend par des éléments de décor extrêmement structurés qui rappelle l'architecture des parcs du Grand Siècle par ses découpes et son ordonnance régulières qui délimitent très précisément l'espace. Le décorateur évoque sobrement les palissades et les treillages des bosquets, et plus avant les colonnades, et occupe le fond de scène par l'immensité d'un ciel bleu  parcouru de grands nuages blancs, un ciel symbolique de l'évolution de l'action, aux atmosphères changeantes diurnes et nocturnes qu'animent les éclairages très réussis de Jacques Chatelet et Christian Kass. Les costumes d'Hervé Pierre jouent avec les matières. L'ensemble des danseurs est habillé en costumes rococo, suivant le code vestimentaire de la cour. Un groupe de danseuses porte des robes délicatement colorées élargies par d'élégants paniers qui ont pour gracieux effet d'affiner la taille des danseuses. Plus tard, sur ces mêmes paniers les jupes faites d'un tissu noir translucide se font aguicheuses et coquines, laissant deviner la beauté des cuisses et des mollets, la fermeté des jarrets.

Si ce parc à la française est un lieu de représentation où la noblesse se met en scène et parade selon et des codes et une étiquette réglementés, il est aussi le lieu où s'opèrent les conquêtes sentimentales. Au plan du parc vient se superposer une carte empruntée à la littérature du 17ème siècle, la célèbre carte du Tendre inspirée du roman Clélie de Madeleine de Scudéry. Le " Tendre " est un pays imaginaire à la topographie allégorique qui trace les différentes étapes de la vie amoureuse. Angelin Preljocaj a conçu son ballet en s'inspirant des codes de la littérature amoureuse des 17ème et 18ème siècles et en les confrontant avec l'actualité des conditions de l'amour au début contemporaines de la création du ballet : " Qu'en est il aujourd'hui de l'amour, — se demande-t-il, — pris dans la confusion de la crise, en proie au doute, confronté au sida ? Comment se manifeste le cheminement des sentiments, l'itinéraire des passions ? Si la capacité de résistance tend à exacerber le désir, il semble aussi que cette volonté d'enrayer les progrès de la passion, tout en lui donnant une courbure particulière, finisse par exalter davantage l'amour. De la Princesse de Clèves aux Liaisons dangereuses, en passant par la Carte du Tendre de Melle de Scudéry, toute cette littérature déjà nous a précédés, dans la ritualisation sophistiquée des affres de l'amour, comme pour échapper à l'abime du quotidien et du banal."

© Wilfried Hösl
 
Au fil de l'action se développe un jeu entre tentation et dévotion, entre amours naissantes et déçues, entre rencontres éphémères mais qui résonnent longtemps. Le ton de ces imbroglios amoureux est donné par différentes œuvres orchestrales de Wolfang Amadeus Mozart ainsi que par les paysages sonores créés spécialement pour Le Parc par Goran Vejvoda. La chorégraphie propose une structure très ordonnée et lisible. Chacun des trois actes s'ouvre par la danse mécanique, sur la musique de Vejdova, de quatre jardiniers aux lunettes noires habillés de vêtements de travail contemporains ; les jardiniers, en clôture ouroborique, interviennent une dernière fois lors de l'épilogue. Au premier acte, les représentants des deux sexes dansent en groupes séparés, puis s'observent et se risquent à des jeux d'approche sur les Danses allemandes de Mozart. Au deuxième acte les demoiselles offrent la sensualité de leurs tendres appâts sur le rondo de la Petite musique de nuit, les messieurs y répondent par leurs désirs enflammés sur l'andatino du Divertimento et quatre amoureux se lancent dans la conquête galante sur le presto de la Plaisanterie musicale. Au troisième acte aux lamentations de quatre amoureuses succède l'expression de l'ardeur amoureuse sur le Divertimento qui aboutit à celle de la pâmoison dansée par sept couples sur l' adagio de la Sérénade « Haffner ». Chacun des trois actes se clôture par un pas de deux dansé par le couple principal. Les trois pas de deux accompagnés au piano sont dansés sur un andante, un andatino et un adagio des concertos pour piano 14,15 et 23. Ils relatent l'évolution du désir amoureux depuis la rencontre des futurs amants à l'abandon final en passant par un épisode de résistance. Le dernier pas de deux, qui consacre le rapprochement progressif des deux protagonistes, est un somptueux morceau d'anthologie,  connu sous le nom de "baiser volant". 

Le baiser volant au Ballet de l'Opéra de Paris en 1994
Laurent Hilaire et Isabelle Guérin © Jacques Moatti 

La chorégraphie associe les techniques de danse néo-classiques et modernes au langage contemporain propre au chorégraphe. Si dans le premier acte, les groupes de danseurs exécutent des mouvements de danse un peu rigides, marqués par l'étiquette de cour, l'expression émotionnelle va ensuite se libérer avec une gestuelle sensuelle en crescendo libérant les ardeurs refoulées pour aboutir enfin au lyrisme et à l'exaltation amoureuse. Particulièrement remarquable est la manière d'exécuter les portés mise en oeuvre par Preljocaj pour les duos ou les pas de deux : ils ne sont pas effectués à bout de bras et de mains comme dans la danse classique, mais par des soutiens de hanches ou d'épaules, comme des mouvements coulés de judo exécutés au ralenti, un sport que le chorégraphe a autrefois pratiqué et dont la technique lui a peut-être servi de source d'inspiration.

© Wilfried Hösl

Le corps de ballet donne une performance des plus réjouissantes, mais ce sont les solistes qui rallient tous les suffrages car c'est leur histoire qui alimente la tension narrative jusqu'à l'apothéose du pas de deux final. Jakob Feyferlik et Laurretta Summerscales expriment la ferveur et l'abandon extatique de ces deux êtres qui, après des tâtonnements, finissent par fusionner dans un baiser qui n'en finit pas de tournoyer (une rotation de deux minutes et demi). La danseuse britannique ravit par des mouvements d'une légèreté et d'une grâce diaphanes, cette qualité aérienne de relâchement et de souplesse qui semble vouloir défier la loi de la pesanteur. Le baiser volant du final confine à l'élan mystique et fait oublier les tentatives de baisers volés du temps de la séduction.

Distribution du spectacle du 10 décembre

Chorégraphie Angelin Preljocaj
Musique Wolfgang Amadeus Mozart
Paysages sonores Goran Vejvoda
Direction musicale Koen Kessels
Scène Thierry Leproust
Costumes Hervé Pierre
Eclairages de Jacques Chatelet et Christian Kass
Production Naomi Perlov et Laurent Hilaire

Soliste Laurretta Summerscales
Soliste Jakob Feyferlik
Jardiniers Tommaso Beneventi, Severin Brunhuber, Yago Gonzaga, Sava Milojević
Danseuses Maria Chiara Bono, Madeleine Dowdney, Jasmine Henry, Eline Larrory, Elisa Mestres, Marta Navarrete Villalba, Chelsea Thronson. Margaret Whyte
Danseurs Vladislav Dolgikh, Vladislav Kozlov, Ariel Merkuri, Sergio Navarro, Soren Sakadales, Florian Ulrich Sollfrank, Robin Strona
1er solo Elisa Mestres
Duo Madeleine Dowdney, Marta Navarrete Villalba
2ème solo Maria Chiara Bono
Sextuor Vladislav Dolgikh, Ariel Merkuri, Sergio Navarro, Soren Sakadales, Florian Ulrich Sollfrank, Robin Strona
Quatuor Vladislav Dolgikh, Ariel Merkuri, Soren Sakadales, Robin Strona
Dames en noir Carollina Bastos, Eline Larrory, Elisa Mestres, Margaret Whyte
Divertimento Vladislav Dolgikh, Ariel Merkuri, Soren Sakadales, Florian Ulrich Sollfrank, Robin Strona
Piano Dmitry Mayboroda

Ensemble du Ballet de l'État de Bavière
Orchestre de l'État de Bavière

lundi 11 décembre 2023

L'impératrice Élisabeth à Alger en 1890. Les observations d'un journaliste.

Un article du Mémorial des Vosges du 8 octobre 1890. Illustrations hors article.


Elisabeth

Une après-midi d’automne, j’arrivais sur le quai de la gare dans une grande ville étrangère, prêt à monter en wagon, quand plusieurs hommes d’armes repoussèrent les voyageurs pour laisser place à une dame vêtue d’un waterproof brun et coiffée d’un chapeau tyrolien garni d’une plume noire. Je demandai à un postier quelle était cette dame : « Kaiserin ! » me répondit-il avec une intraduisible expression de respect. Elle monta dans un compartiment de première, le public s’engouffra dans le train, qui fila. Cette dame était l’impératrice Elisabeth.

Le Grand Café (ouvert en 1870) et le Théâtre d'Alger (inauguré en 1853)

L’autre semaine, vers le soir, une femme vint s’asseoir sur la terrasse d’un grand café à Alger. Vêtue de noir, très simplement, coiffée d’un chapeau de paille noire à plume sombre, elle demanda une glace. Une autre femme, plus petite, costumée non moins sévèrement, l’accompagnait ; un interprète leur apporta des paquets. Elle les emportèrent et se perdirent à petits pas dans la foule. La plus jeune des deux était une suivante ; l’autre était l’impératrice Elisabeth.




Elisabeth est allée surprendre dans son cabinet M. Tirman, gouverneur général de l’Algérie ; elle est entrée au palais sous un extérieur si modeste que l’huissier l'a annoncée en ces termes à M. Tirman :
« Deux dames désirent vous parler; il y en a une qui m’a dit qu’elle était l’impératrice d’Autriche ».
M. Tirman fut très surpris par cette visite inopinée et sans apparat. Le gouverneur a présenté à la souveraine l’ancien roi d’Annam, interné en Algérie pour rébellion*. Les deux hauts personnages restèrent longuement à se contempler, muets, impassibles, celui qui a perdu un empire et celle qui a perdu un futur empereur. Le plus profondément éprouvé des deux, c’était l’impératrice Elisabeth.

Le nouvelliste ** qui a vu la souveraine sur la terrasse à Alger et qui conte cette entrevue ajoute qu’elle est partie pour Blidah puis pour Bône, où l’archiduc Rodolphe s’est arrêté lui aussi dans son voyage. La mère suit pas à pas son calvaire, c’est-à-dire le chemin qu’avait suivi l’héritier du trône impérial, calvaire dont la dernière station fut Meyerling. Comme celle dont parle dans le « Nordsee » Heine, son poète favori, fuyant l’éclat de la cour, elle traîne sur une route sans fin sa douleur. Je sais peu de femmes plus malheureuses que l’impératrice Elisabeth.

Gui.

* Hàm Nghi (1871-1890), roi d'Annam, fut capturé en 1888. Le gouvernement francais décida qu'il serait interné en Algérie, où une pension de 25.000 francs par an, payée par le gouvernement annamite, lui serait allouée. Le 12 décembre 1888, il fut embarqué avec un interprète, un cuisinier et un domestique pour Alger. Il y arriva le 13 janvier 1889 et y fut bien traité par le gouverneur général, comme on s'en rend compte dans notre article, puisque M. Tirman le présenta à l'impératrice. Il avait alors 19 ans.

** En 1890, le terme " nouvelliste " désignait une personne qui s'attache à recueillir et à répandre des nouvelles, mais également un journaliste. 

Rodolphe. Les textes de Mayerling

Pour découvrir les différentes versions du drame de Mayerling, dont la version de l'assassinat commandité par Bismarck,  je vous invite à lire le recueil de textes que j'ai présentés dans  Rodolphe. Les textes de Mayerling (BoD, 2020)

  Quatrième de couverture

Suicide, meurtre ou complot ? Depuis plus de 130 années, le drame de Mayerling fascine et enflamme les imaginations, et a fait couler beaucoup d'encre. C'est un peu de cette encre que nous avons orpaillée ici dans les fleuves de la mémoire : des textes pour la plupart oubliés qui présentent différentes interprétations d'une tragédie sur laquelle, malgré les annonces répétées d'une vérité historique définitive, continue de planer le doute.
Comment s'est constituée la légende de Mayerling? Les points de vue et les arguments s'affrontent dans ces récits qui relèvent de différents genres littéraires : souvenirs de princesses appartenant au premier cercle impérial, dialogue politique, roman historique, roman d'espionnage, articles de presse, tous ces textes ont contribué à la constitution d'une des grandes énigmes de l'histoire.

Le recueil réunit des récits publiés entre 1889 et 1932 sur le drame de Mayerling, dont voici les dates et les auteurs :

1889 Les articles du Figaro
1899 Princesse Odescalchi
1900 Arthur Savaète
1902 Adolphe Aderer
1905 Henri de Weindel
1910 Jean de Bonnefon
1916 Augustin Marguillier
1917 Henry Ferrare
1921 Princesse Louise de Belgique
1922 Dr Augustin Cabanès
1930 Gabriel Bernard
1932 Princesse Nora Fugger

Le dernier récit, celui de la princesse Fugger, amie de la soeur de Mary Vetsera, est pour la première fois publié en traduction française. Il n'était jusqu'ici accessible qu'en allemand et en traduction anglaise.

Luc-Henri Roger, Rodolphe. Les textes de Mayerling, BoD, 2020. En version papier ou ebook.

Commande en ligne chez l'éditeur, sur des sites comme la Fnac, le Furet du nord, Decitre, Amazon, etc. ou via votre libraire (ISBN 978-2-322-24137-8)

In Deutschland : Amazon.de, Hugendubel (Portofrei), usw. 

samedi 9 décembre 2023

Le dernier Parsifal — Un conte d'Ernest Gaubert sur le roi Louis II de Bavière

 

LE DERNIER PARSIFAL

La lumière crépusculaire de l'été traînait sous les arbres antiques. Du fond de sa cage de pierres tristes, au-dessus des futaies, l'horloge du château sonna six heures. Dans une allée au bord de l'eau, deux hommes marchaient lentement. Ils étaient tous deux de stature haute et forte. Cependant que l'un, le plus grand, allait pensif, la tête pesante, les bras ballants, l'autre d'un regard plein de malice, le geste vif, paraissait surveiller les moindres attitude de son compagnon. Il murmurait :
— Pour peu que vous le vouliez vous-même, dans peu de temps, sire, et en vous confiant entièrement a moi, votre malaise aura disparu.
— Qui vous dit que je le veuille ?
— Mais vos sujets ?
— Ah ! mes sujets! Aucun d'eux n'a bougé, aucun d'eux ne s'est révolté contre l'injustice effroyable dont je suis la victime !
— Le prince régent qui...
— Le prince rebelle, voulez-vous dire, Herr Gudden !... Combien vous donne-t-il pour mentir, pour signer les certificats de ma folie ? Il y a des princes dans la Confédération germanique dont la liste civile n'atteint pas le chiffre de vos honoraires, Herr Gudden, vous êtes un aliéniste fort sensé sur le chapitre de vos intérêts. Il y a douze ans, quand je vous rencontrai chez ma mère qui vous avait fait appeler pour le prince Othon, je vous avais déjà jugé, Herr Gudden !...
— Que Votre Majesté m'excuse ! Je suis ici pour diriger sa cure de repos !
— Je ne suis plus qu'un roi en tutelle, qu'un roi détrôné auquel on a refusé ce matin même la permission d'entendre la messe, ce qu'on accorderait à un condamné à mort !... Et vous m'appelez Majesté ? Dérision !... Herr Gudden, je ne suis pas fou, vous le savez bien. On m'enlève le trône parce que j'ai dépensé trop d'argent dans mes palais de Chiemsee, de Linderhof et de Neu-Schwanstein. Et puis je n'aime pas la Prusse, moi ! Je suis venu trop tard dans une vie rapetissée par les besoins mesquins ! Je suis un homme de clarté, de sincérité, de force, de bonté. Non, ne ramassez pas ma canne. Je ne suis plus roi, je me sers de serviteur à moi-même. Serviteurs !... Je n'en avais plus qu'un, Weber, fidèle et doux, vous me l'avez pris. Je l'ai revu pourtant. Il m'a avoué qu'on ne me pardonnerait jamais, que je resterais prisonnier à vie.
— Oh ! sire, comment pouvez-vous croire !...

*
*       *

Le roi n'entendait plus. Au bord du lac, dans la féerie du soir, il regardait voguer des cygnes. L'un d'eux s'approcha de la rive et son col flexible et pur se leva vers le souverain.

— Salut, oiseau divin dont la blancheur exalta le poète. Adieu ! Tu ne mèneras plus l'esquif mystérieux sur l'eau bleue, la barque lunaire où je me suis dressé, casque en tête et lance au poing, sous la cuirasse étincelante de Lohengrin.

Impatienté et redoutant toujours quelque pensée de suicide, le docteur s'approcha de son royal malade.

— Sire !...
— Vous taisez-vous, Herr doctor Gudden. Vous ne comprenez pas. Est-ce qu'un aliéniste a jamais compris ? Je vis, entendez-vous ? je vis en ce moment, je m'évade. Vous ne pouvez plus rien contre moi. Mon songe est plus haut que vos ordonnances. Ah ! ah ! Non, je ne suis plus Lohengrin, je n'ai plus d'amour à espérer ni d'innocence à protéger ! Je ne suis plus le chevalier captif des délices du Vénusberg. J'ai une autre mission, j'ai une tâche plus haute. Vous ne devinerez jamais, Herr doctor, comme ce Wagner m'a éclairé sur moi-même ! Seul je l'ai compris, protégé, glorifié, réalisé... Je fus tour à tour les héros qu'il évoqua, et ce qu'il sculptait dans l'ivresse du poème ou la magie des sens, je le vivais orgueilleusement. Petit médecin, petit médecin, qui classes de petites manies sous de grands mots, valet diplômé à étiquettes pour badauds !... traître, tu ne sais pas encore qui je veux être ! Il en est un de ces héros que je n'ai pas incarné, et c'est pourtant celui qui me ressemble le plus, c'est ce Parsifal qui a su résister aux embûches de Klingsor, à l'appel des Filles-Fleurs, aux tendres pièges de Kundry. Tu sais, Herr Gudden, de quels noms elle le nomme cet adolescent si fier ? Elle le traite d'enfant candide et fou. Candide et fou, voilà des épithètes qui me conviennent. Candide, oui, vraiment, je le fus, et dans le double sens du mot, celui qui signifie la fière pureté, et celui qui signifie la naïve confiance !... Candide et fol, oh ! oui, vraiment, cela convient à ce roi spolié que vous traînez à vos côtés, à ce roi sans espérance, pour lequel sont à jamais fermées les routes du Montsalvat ! Cependant il y a un exploit, un dernier exploit à accomplir. S'il me faut paraître devant toi, ô Justicier suprême, dont le sang a coulé dans le Graal, je veux y paraître comme un nouveau Perséus, avec la tête de la Gorgone sur un bouclier. Non, je n'ai pas tué le cygne, mais je démasque le traître et je fais justice, car tu m'as fait roi, car toi seul peux me délier, car je suis marqué du sceau, car ne le serais-je pas, dans ce château de Berg, ne serais-je que margrave, j'ai droit de justice haute et basse et je vous condamne, Herr Gudden, vous allez mourir. À genoux ! 

L'aliéniste était robuste, mais le roi valait six hommes, disent les rapports du temps. Ce que fut cette lutte, au bord de l'eau dormante, nul ne l'a pu dire. Ce n'est qu'à neuf heures du soir que les domestiques et les officiers, surpris de ne pas voir rentrer les promeneurs, se mirent à leur recherche. On trouva le roi étendu, au fond de l'eau, serrant, contre lui, le corps du médecin Gudden.

Ainsi, dans la clarté d'un soir walkyrien d'il y a vingt-cinq ans, périt sons les eaux du lac de Starnberg Louis deuxième du nom, roi de Bavière et prince palatin du Rhin. 

Ernest Gaubert*

* Marie-Ernest-Augustin Gaubert de Valette de Favier, dit Ernest Gaubert, né à Saint-André-de-Sangonis (Hérault) le 27 janvier 1881 et mort le 6 janvier 1945, est un journaliste, romancier et poète français. Son conte Le dernier Parsifal a été publié en 1914 dans la série des Contes des mille et un matins du journal Le Matin.

Un roman wagnérien sur le roi Louis II

Hedwig Brand (Courths-Mahler) 
La pupille du roi Louis II de Bavière

C'est en 1911 que Hedwig Courths-Mahler publia son roman sentimental historique König Ludwig und sein Schützling, sous le pseudonyme d'Hedwig Brand. Ce roman wagnérien a été traduit en français sous  le titre La pupille du roi Louis II de Bavière par Luc-Henri Roger.

La protégée du roi est l'enfant d'un couple de forestiers vivant au coeur d'une forêt proche du château de Hohenschwangau. Au hasard d'une rencontre, le roi se lie d'amitié avec la petite fille au point de vouloir lui assurer la meilleure des formations scolaires possible. La petite fille, Walpurga Malwinger, dite Burgerl, est douée pour la musique et le chant et le roi favorise sa formation musicale. L'enfant grandit et devient une ravissante jeune fille. Un jour le hasard veut que Richard Wagner l'entende chanter et tombe immédiatement sous le charme de sa voix merveilleuse...

Un conte initiatique qui devrait ravir les amis de Louis II et de Richard Wagner.

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Mittenwald aktuell — Langlaufen am Riedboden — 14 Bilder

 












Die Natur macht Skulptur




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