jeudi 21 décembre 2023

Joyeux Noël avec le motet O magnum mysterium de Tomás Luis de Victoria

Caravage, Nativité, 1609 -  Oratorio San Lorenzo (Palerme)
Tableau volé en 1969

Tomás Luis de Victoria (1548?-1611), le compositeur le plus célèbre de la Renaissance espagnole, est né dans la province d'Ávila. Il reçut sa première formation musicale en tant que jeune choriste à la cathédrale d'Ávila. En 1565, Victoria reçoit une bourse de Philippe II pour poursuivre ses études au Collège allemand de Rome. Après avoir terminé sa formation, Victoria a occupé plusieurs postes musicaux qui se chevauchaient à Rome : chanteur, organiste, professeur et compositeur, et a même été ordonné prêtre en 1575. Il retourne en Espagne en 1587 comme chapelain et maître de chapelle de l'impératrice douairière Maria au couvent des sœurs aux pieds nus de Sainte-Claire à Madrid, servant la douairière pendant 17 ans, jusqu'à sa mort, et restant au couvent jusqu'à sa propre mort en 1611.

Le célèbre motet O magnum mysterium reprend un texte des Vêpres de Noël. L'utilisation par Victoria d'une polyphonie sereinement entrelacée dans les premières mesures conduit à une déclamation d'accords feutrée aux mots "O beata Virgo". Une longue section "Alleluia", d'abord en mesure triple, puis en mesure double, conclut le motet.

O magnum mysterium,
et admirabile sacramentum,
ut animalia viderent Dominum natum,
iacentem in praesepio.
O beata Virgo, cujus viscera meruerunt
portare Dominum Iesum Christum. Alléluia.

Ô grand mystère,
et merveilleux sacrement,
que les animaux voient le Seigneur nouveau-né,
couché dans une mangeoire.
Ô Sainte Vierge, dont le sein sans tache
a porté le Seigneur Jésus-Christ. Alléluia !

© Classic FM

Die Zauberflöte à la Bayerische Staatsoper, un enchantement pour petits et grands

Konstantin Krimmel (Papageno) et Eirin Rognerud (papagena)

Sol invictus ! Rien ne convient mieux au solstice d´hiver et à la période des fêtes de fin d´année que la Flûte enchantée de Mozart, un opéra maçonnique qui consacre la victoire de la lumière solaire sur les ténèbres lunaires de la Reine de la nuit. Comme le veut une tradition bien ancrée, la Bayerische Staatsoper  a cette année encore présenté Die Zauberflöte pour les fêtes de fin d'année. C´est la période des cadeaux et deux représentations (les 27 et 30 décembre) sont spécialement ouvertes aux familles. Le somptueux promenoir bleu et or et les grands escaliers où les spectateurs déambulent d'ordinaire avec la lenteur débonnaire qui sied à ces lieux prestigieux s'animeront à nouveau des rires et des jeux d'enfants que leurs parents pareront de leurs plus beaux atours pour les emmener voir, sans doute pour nombre d'entre eux, leur premier opéra. Les deux soirées affichent complet. On peut imaginer qu'en mélomanes avertis les parents prendront le soin de la préparation du spectacle. La Bayerische Staatsoper n'est pas en reste qui, ces soirs-là, organise une introduction au spectacle spécialement destinée au jeune public. 

Caroline Wettergreen (Reine de la nuit)  et Emily Pogorelc (Pamina)

La célèbre mise en scène d'August Everding, qui date de 1978, fête son quarante-cinquième anniversaire, elle a fait le tour du monde et ne doit plus être présentée. Elle est particulièrement efficace avec un public enfantin, et c'est aussi une des richesses du livret d'Emanuel Schikaneder : il comporte différents niveaux de lecture, et un de ces niveaux est accessible aux enfants. C'est une des grandes qualités de cette mise en scène de donner pleinement à voir le conte de fées, ce qui n'oblitère en rien la lecture du parcours maçonnique. Les somptueux décors et les fabuleux costumes rococo de Jürgen Rose, que ce grand artiste a totalement rénovés en 2004, contribuent largement à permettre d'introduire le jeune public à l'opéra. Ainsi l'initiation, on le sait un des grands thèmes de cet opéra, devient-elle opérante pour les plus jeunes aussi. Dès l'ouverture du rideau, la Reine de la Nuit apparaît suspendue au centre d'une grande pleine lune et assiste au combat de Tamino contre un énorme serpent dragon cracheur de feu. La punition du mensonge de Papageno est soulignée par un grand cadenas. L'arrivée des adjuvants et plus tard l'apport d'objets magiques, la flûte et le carillon de clochettes, sont parfaitement compréhensibles par les plus petits. Ce sont surtout les clowneries d'un Papageno, superbement incarné par Konstantin Krimmel qui donne une approche très humaine et sensible à son personnage avec une belle maîtrise vocale, qui enchantent les enfants. Le personnage de Monostatos, un des rôles fétiches de Kevin Conners, qu'il interprète avec bonheur depuis 1995, n'apparaît plus comme autrefois grimé en Père fouettard blackface. Sa tribu de sbires, le domptage des singes et des ours qui se mettent à danser captivés par la musique des instruments magiques, ou encore les coups de tonnerre, relèvent aussi des récits enfantins. Les statues de pierre qui s'animent dans ce qui ressemble à un cimetière sont tout aussi efficaces pour accrocher l'attention des plus petits ; une statue de la déesse de la fortune, avec sa corne d'abondance, s'anime et se révélera être Papagena qui paraissait pétrifiée ; des lions de pierre se mettent à balancer la queue à la grande frayeur de Papageno et leurs têtes soudain mobiles font fuser les rires. L'opéra est rempli de magie, de nombreux enfants sont en scène : choeurs d'enfants avec les trois solistes de l'excellentissime choeur d´enfants de Bad Tölz, le Tölzer Knabenchor, arrivée céleste des trois Knaben , ou encore la douzaine d'enfants habillés comme leurs parents de costumes champêtres et floraux, qui représentent la descendance en ribambelle de Papageno et de Papagena, tout cela contribue à faire aussi de la Flûte un opéra bien adapté au public le plus jeune.

Emily Pogorelc et Ben Bliss (Pamina et Tamino)

L´excellent plateau de chanteurs et les admirables musiciens du  Bayerische Staatsorchester sont conduits par Lothar Koenigs, un chef très apprécié du public munichois pour ses directions des opéras de Mozart, Wagner et Strauss, les trois dieux lares de la Maison. La Reine de la nuit est interprétée par la soprano norvégienne Caroline Wettergreen, qui s'est attachée à chanter ses deux grands airs en dressant un portrait vocal complexe de la palette des sentiments qui animent son personnage. Une Reine de la nuit vibrante de colère et de haine, mais également une femme manipulatrice, aigrie et bientôt désillusionnée et triste. La finesse de l'expression n'est cependant pas soutenue par suffisamment de puissance et la chanteuse reste en deçà de la fureur qu'on attend dans ce rôle. La Papagena de la soprano norvégienne Eirin Rognerud, qui fait partie de l'Opéra Studio depuis cette saison est d´un humour pétillant avec un fausset et un jeu de scène très amusants. La brillante soprano américaine Emily Pogorelc, qui fait partie de la troupe du Bayerische Staatsoper depuis 2020 et fut lauréate Operalia 2021, est de facto la véritable reine de la soirée : sa présence en scène d'une assurance peu commune, la fierté de son port, son charisme enchanteur, une maîtrise technique virtuose, la beauté du timbre, la chaleur de la voix parfaitement projetée, la perfection de l'articulation, la puissance et le volume, l'aisance dans les aigus et de belles profondeurs, tout cela en font une merveilleuse Pamina, sensible et lumineuse. Le ténor américain Ben Bliss fait ses débuts munichois avec son Tamino qui a depuis longtemps conquis les scènes américaines, notamment au MET la saison dernière. Ce ténor lyrique mozartien compose un Tamino un peu retenu mais d'une grande élégance, avec une belle amplitude vocale, une noblesse gracieuse et beaucoup de tendresse. Il donne une plus grande mesure en fin de partie avec davantage de force et d'éclat au final. Le baryton Konstantin Krimmel, lui aussi membre de la troupe, proclamé jeune chanteur de l'année par le magazine Opern Welt, offre un Papageno très physique et très humain. Konstantin Krimmel fut chasseur alpin et est toujours passionné de montagne, amateur de randonnée, d'escalade et de ski. Aussi peut-on le voir bondir sur scène pour sauter sans peine un obstacle. Il ne livre pas ce Papageno un peu burlesque et caricatural que l'on voit souvent représenté, mais compose un être solide qui a choisi de vivre pleinement sa vie en harmonie avec la nature, les pieds sur terre, et qui rêve de fonder une grande famille. La haute philosophie n'intéresse pas l'oiseleur, et il donne avec dignité un juste pendant au parcours  spirituel de Tamino. La voix de Konstantin Krimmel a déjà atteint une pleine maturité, elle dispose d'une puissance de projection remarquable, d'une force expressive intense, d'un timbre chaleureux, d'une grande clarté d'articulation, notamment dans les parties théâtrales, parfaitement compréhensibles. Dimitry Ivashchenko revient à l'opéra de Munich en Sarastro, qu'il interprète avec le métal profond de son timbre si particulier.

L'Opéra d'Etat de Bavière fait comme chaque année la démonstration magistrale que cette oeuvre de Mozart est aussi accessible aux plus petits, tout autant qu'à leurs aînés, c´est son miracle de Noël, ou de solstice d'hiver, c´est selon.

Distribution du 19 décembre 2023

Direction musicale Lothar Koenigs
Mise en scène August Everding
Nouvelle étude Helmut Lehberger
Scène et costumes Jürgen Rose
Lumière Michael Bauer
Collaboration chorégraphique Beate Vollack
Chœur Christoph Heil

Sarastro Dimitry Ivashchenko
Tamino Ben Bliss
Narrateur Milan Siljanov
Reine de la nuit Caroline Wettergreen
Pamina Emily Pogorelc
Première dame Yuliia Zasimova
Deuxième dame Xenia Puskarz Thomas
Troisième dame Avery Amereau
Trois garçons Solistes du Tölzer Knabenchor
Papageno Konstantin Krimmel
Papagena Eirin Rognerud
Monostatos Kevin Conners
Premier homme en armure John Findon
Deuxième homme en armure Alexander Köpeczi
Premier prêtre Milan Siljanov
Deuxième prêtre John Findon
Troisième prêtre Jurij Diez
Quatrième prêtre Markus Baumeister
Trois esclaves Markus Baumeister, Jurij Diez, Burkhard Kosche

Orchestre de l'État de Bavière
Chœur de l'Opéra de Bavière

Crédit photographique : Wilfried Hössl

mardi 19 décembre 2023

Richard Wagner — Die Feen — Schlußapotheose / Apothéose finale

via BnF / Gallica


Source / Quelle : Illustrirtre Zeitung, Leipzig, 28.12.1899

Apothéose finale de l'opéra de jeunesse de Richard Wagner "Die Feen" : d'après la représentation au Hoftheater de Munich / dessinée par Gottfried Franz (1846-1905) en 1889

Schlussapotheose aus Richard Wagner's Jugendoper "Die Feen" : nach der Aufführung im münchener Hoftheater / gezeichnet von Gottfried Franz 1889


dimanche 17 décembre 2023

La Saint-Sylvestre à l'Opéra de Munich dans votre fauteuil : la Chauve-Souris de Johann Strauss fils


Une oeuvre désopilante, tourbillonnante aux rythmes des valses et pétillante comme la bouteille de mousseux dont on va faire sauter le bouchon au douzième coup de minuit. L'Opéra de Munich, la Bayerische Staatsoper (Staatsoper.tv) et/ou la chaîne de télévision Arte, nous offrent ce 31 décembre la célébrissime opérette de Johann Strauss fils par une équipe de classe internationale dont on sait par avance qu'elle sera gagnante. 

La Chauve-souris (Die Fledermaus) est la troisième opérette du compositeur viennois Johann Strauss, le deuxième du nom. Elle s’inspire d'une pièce de théâtre française, le Réveillon, créée par les célèbres librettistes Meilhac et Halévy au Théâtre Royal de Paris en septembre 1872. La création viennoise de l'opérette en 1874 avait connu un succès foudroyant.

L'Opéra de Munich nous propose une nouvelle mise en scène de l’œuvre signée Barrie Kosky, qui connaîtra sa première le 23 décembre avec au pupitre le maestro Vladimir Jurowski. Les deux hommes, parmi les meilleurs au monde dans leurs domaines respectifs, en sont à leur septième production commune, c'est dire leur complicité. Ils ont fait les beaux jours de l'Opéra-Comique de Berlin et aujourd'hui les belles soirées de l'Opéra d'État de Bavière. Un plateau de rêve avec à sa tête la soprano allemande Diana Damrau en Rosalinde et le baryton autrichien Georg Nigl en Eisenstein. Diana Damrau, qui vient de sortir avec le Münchner Rundfunkorchester un nouvel album très à propos dénommé  Opérette (chez Erato), fait ses débuts dans le rôle de Rosalinde. 


Arte donne le résumé de l'action : " Une oeuvre frétillante ! À l’occasion d’un bal masqué, le docteur Falke cherche à se venger de Gabriel von Eisenstein, un ancien ami qui l’avait abandonné après une fête, le laissant endormi, ivre et déguisé en chauve-souris. Contraint, le lendemain matin, de traverser la ville ainsi accoutré et encore titubant, il s’était senti profondément humilié. Pour punir le coupable, Falke a un plan : il s’arrangera pour qu’Eisenstein soit pris en flagrant délit d’adultère pendant le bal. Dès lors, coups bas et intrigues s’entrecroisent, si bien que tout le monde en prend pour son grade. "

Et voici, traduite, la présentation que la Bayerische Staatsoper donne de l'oeuvre : " Barrie Kosky donne un nouvel habit à " l'opérette des opérettes " et se consacre à son côté morbide. Le décor est Vienne, ville de l'âge d'or de l'opérette, où La Chauve-souris a été créée en 1874 au Theater an der Wien. La vengeance de la Chauve-souris se transforme ici en cauchemar, et pas seulement pour Gabriel von Eisenstein. Une société, une ville entière danse vers l'abîme. Pour se venger de son ami Eisenstein, le Dr Falke, alias la chauve-souris, met en scène un jeu de confusion chez le comte Orlofsky. Un marquis et un chevalier, une comtesse et des artistes en herbe s'y retrouvent pour une fête endiablée. Les verres s'entrechoquent, les relations vacillent, on aime, on ment et on danse. Ici, on fait la fête tant qu'il est encore temps, fidèle à la devise : "Heureux celui qui oublie...".

Barrie Kosky nous annonce un deuxième acte halluciné et dionysiaque !

Si l'occasion de passer un réveillon valsé vous émoustille, vous avez le choix entre deux horaires (CET):
Distribution 

Georg Nigl (Gabriel von Eisenstein)
Diana Damrau (Rosalinde)
Martin Winkler (Frank)
Andrew Watts (Prince Orlofsky)
Sean Panikkar (Alfred)
Markus Brück (Dr. Falke)
Kevin Conners (Dr. Blind)
Katharina Konradi (Adele)

Composition Johann Strauss
Mise en scène Barrie Kosky
Réalisation TV Myriam Hoyer
Direction musicale Vladimir Jurowski
Bayerisches Staatsorchester
Direction de chœur Christoph Heil
Bayerischer Staatsopernchor
Chorégraphie Otto Pichler
Livret Richard Genée
Scénographie Rebecca Ringst
Costumes Klaus Bruns
Lumière Joachim Klein
Dramaturgie 
Christopher Warmuth
Présentation Dorothée Haffner

Visuel © Bayerische Staatsoper

Die Geigenmacher von Mittenwald / Die blonde Christl. Ein 1933 Film von Franz Seitz senior


Quelle : Mein Film, 1933

Karin Hardt
Quelle : Der Abend, 1933

Otto Wernicke und Karin Hardt
Quelle : Wiener Bilder, 1933

Screenshot

Die blonde Christl ist ein deutscher Spielfilm aus dem Jahr 1933, bei dem Franz Seitz senior Regie führte. Karin Hardt, Theodor Loos und Rolf von Goth spielen die Hauptrollen in diesem Melodram, in dem es durch verbrannte Briefe zu Missverständnissen zwischen einem jungen Paar kommt. Der Film basiert auf Ludwig Ganghofers Bühnenstück Der Geigenmacher von Mittenwald und wurde 1950 unter diesem Titel mit Willy Rösner, Paul Richter und Ingeborg Cornelius erneut verfilmt.

DER GEIGENMACHER VONMITTENWALD (DIE BLONDE CHRISTL) 

Frei nach Motiven aus Der Geigenmacher von Mittenwald von Ludwig Ganghofer. Regie: Franz Seitz Drehbuch: J. Dallmann and J. Stöckel. Musik: Toni Thoms. 
Personenverzeichnis: Benedikt Oberbucher — Theodor Loos; Hans Brandtner— Rolf von G o t h; Frau Schröder— Gertrud de Lalsky; Christine Schröder— Karin Hardt; Franz Lechner— Otto Wernicke; Otto— J. Stöckel. Ferner wirken mit: Vera Complojer. Rosa Kirchner-Lang, Emil Matonsek.

In dem berühmten Geigenmacherdorf Mittenwald in den Bayrischen Alpen lebt seit einiger Zeit, eine junge Ham­burgerin, Christine Schröder, mit ihrer Mutter. Sie lernt den jungen Geigen­macher Hans kennen. Hans und Chri­stine gewinnen einander lieb, und als Hans für längere Zelt nach Italien reisen muß, um dort bei einem Geigenmacker zu arbeiten, steckt er einen Verlobungs­ring an Christinens Finger. Die Mutter Christines ist gegen diese Ehe. Sie unterschlägt alle Briefe, die Hans an Christine schreibt, und das Mädchen glaubt, daß Hans sie vergessen habe. Der Geigenmachermeister Benedikt Oberbucher faßt Zuneigung zu Christine und bittet sie, seine Frau zu werden. Er hat dem Mädchen und deren Mutter viel geholfen, Christine ist ihm dankbar und gibt ihm ihr Jawort. Hans trifft zu der Hochzeit des Meisters in Mittenwald ein. Jetzt erst erfährt er, wer die Braut Oberbuchers ist. Es kommt zwischen den jun­gen Leuten zu einer Aussprache, die von dem Meister belauscht wird. Oberbucher, tief erschüttert, verläßt das Haus, steigt in die Berge und verunglückt tödlich. Sterbend legt er die Hände der jungen Leute ineinander.

samedi 16 décembre 2023

Troisième dimanche de l'Avent — Jean-Baptiste et les pharisiens à Béthanie

UT queant laxis 
REsonáre fibris 
MIra gestórum 
FAmuli tuórum, 
SOLve pollúti 
LAbii reátum 
Sancte Ioánnes.*

Léonard de Vinci, St Jean Baptiste, Musée du Louvre


Évangile selon St Jean I, 19-28

En ce temps-là : Les Juifs envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites vers Jean pour demander : « Qui êtes-vous ? » Il déclara, et ne le nia point ; il déclara : « Je ne suis point le Christ. » Et ils lui demandèrent : « Quoi donc ! Êtes-vous Elie ? » Il dit « Je ne le suis point » « Êtes-vous le prophète ? » Il répondit « Non » « Qui êtes-vous donc », lui dirent-ils, « afin que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés ». « Que dites-vous de vous-même ? » Il répondit : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : Aplanissez le chemin du Seigneur, comme l’a dit le prophète Isaïe. » 

Or ceux qu’on lui avait envoyés étaient des Pharisiens. Et ils l’interrogèrent, et lui dirent : « Pourquoi donc baptisez-vous, si vous n’êtes ni le Christ, ni Elie, ni le Prophète ? » Jean leur répondit : « Moi je baptise dans l’eau ; mais au milieu de vous il y a quelqu’un que vous ne connaissez pas, C’est celui qui vient après moi ; je ne suis pas digne de délier la courroie de sa chaussure. » 

Cela se passait à Béthanie, au delà du Jourdain, où Jean baptisait.

Chapelle Sixtine — Isaïe peint par Michel-Ange

Prophète Isaïe, 26, 1-14.

En ce jour-là, sera chanté ce cantique dans la terre de Juda : Notre ville forte est Sion ; le Sauveur y sera mis comme mur et avant-mur. Ouvrez les portes, et qu’il entre une nation juste, observant la vérité. L’ancienne erreur a disparu ; vous nous conserverez la paix : la paix, parce que nous avons espéré en vous. Vous avez espéré dans le Seigneur durant les siècles éternels, dans le Seigneur Dieu puissant à jamais. Parce qu’il abaissera ceux qui habitent dans les hauteurs, il humiliera la cité élevée. Il l’humiliera jusqu’à terre, et il la renversera jusque dans la poussière. Le pied la foulera, les pieds du pauvre, le pas des indigents.
Voici que le Seigneur apparaîtra sur une nuée blanche. Et avec lui des milliers de Saints ; et il portera écrit sur son vêtement et sur sa cuisse : Roi des rois, et Seigneur des seigneur. Il paraîtra à la fin et il ne trompera pas ; s’il met un délai, s’il tarde, attends-le, car venant, il viendra.

Homélie de Saint Grégoire Pape

Ces paroles portent notre attention sur l’humilité de saint Jean. Lui, dont la vertu était si grande qu’on avait pu croire qu’il était le Christ, il préféra demeurer simplement et inébranlablement en son propre rôle et ne pas être vainement élevé dans l’opinion des hommes au-dessus de lui-même. Car il le déclara et ne le nia point ; il le proclama : « Je ne suis pas, moi, le Christ. » En disant : « Je ne le suis pas », il a clairement nié qu’il fût ce qu’il n’était pas ; mais il n’a pas nié être ce qu’il était, afin que, parlant selon la vérité, il devînt membre de celui dont il ne voulait pas usurper fallacieusement le nom. Parce qu’il ne veut pas chercher à prendre le nom de Christ, il est fait membre du Christ. Tandis qu’il s’étudie à reconnaître humblement sa propre faiblesse, il mérite de participer véritablement à la grandeur du Christ.

Mais, quand revient à l’esprit une autre parole de notre Rédempteur, les expressions que nous venons de lire soulèvent une question très compliquée. En effet, dans un autre endroit, le Seigneur, interrogé par ses disciples au sujet de l’avènement d’Élie, répondit : « Élie est déjà venu, et ils ne l’ont pas connu ; mais ils lui ont fait tout ce qu’ils ont voulu : et, si vous voulez le savoir, Jean lui-même est Élie. » — Jean, cependant, étant interrogé, dit : « Je ne suis point Élie. » Comment se fait-il, mes frères, que la Vérité affirme une chose et que le Prophète de la Vérité la nie ? Car il y a opposition complète entre ces expressions : « Il est », et, « Je ne suis pas. » Comment donc est-il le Prophète de la Vérité, s'il n’est pas d’accord avec les paroles de cette même Vérité ? Mais si l’on cherche à approfondir la vérité, on découvre comment ce qui paraît contradictoire ne l’est point. 

L'ange apparaît à Zacharie — William Blake 1799-1800

Car l’Ange, parlant de Jean, dit à Zacharie : « Il marchera devant Lui, dans l’esprit et la vertu d’Élie, » L’Ange parla de Jean, comme devant venir dans l’esprit et la vertu d’Élie, parce que, de même qu’Élie préviendra le second avènement du Seigneur, Jean a prévenu le premier ; et, comme celui-là sera le précurseur du Juge, celui-ci a été le précurseur du Rédempteur. Jean était donc Élie en esprit ; il ne l’était pas en personne. Ainsi ce que le Seigneur affirme de l’esprit, Jean le nie de la personne.

Jean-Baptiste est « le dernier prophète de l’Ancien Testament »,
le « précurseur du Christ ». Relié au prophète Élie par l'esprit et la vertu,
il est souvent représenté avec des ailes, comme un messager de Dieu.

*Pour que tes serviteurs puissent chanter à pleine voix les merveilles de ta vie, efface le péché qui souille leurs lèvres, Saint Jean !
Ce texte est la strophe acrostiche qui ouvre L’hymne de la Fête de la Nativité de Saint Jean Baptiste de Paul Diacre, moine de l'abbaye du Mont-Cassin (720-799).

vendredi 15 décembre 2023

Sissi a-t-elle rendu visite au pape Léon XIII à l'automne 1890 ?

L'impératrice a-t-elle rencontré le pape Léon XIII lors de son séjour italien à l'automne 1890 ? La plupart des journaux avancent que non, arguant des problèmes diplomatiques qu'aurait posé la présence de l'impératrice à Rome. Certains journaux évoquent une éventuelle visite secrète. 

Coupure de presse du journal  Le Lorrain du 12 novembre 1890.

AUTRICHE. L'impératrice d'Autriche en Italie. 

On écrit de Rome au Monde

Le Correspondenz Bureau [en fait Korrespondenz], de Vienne, a prétendu démentir la nouvelle que je vous avais télégraphbiée de l'intention manifestée par S. M. l'impératrice d’Autriche-Hongrie, à l'occasion de son voyage en Italie, de venir jusqu'à Rome et de profiter de l'absence de la cour du Quirinal pour aller directement chez le Pape. La feuille viennoise prend la peine de démentir aussi que « l'idée de cette visite ait été abandonnés à la suite d'observations du comte Revertera, ambassadeur d'Autriche-Hongrie près le Saint-Siège ». Évidemment, ce n’est pas de là que sont venues les observations, mais du gouvernement italien, qui, à la veille des élections,craignait de voir les radicaux se faire une arme de cette visite de l'impératrice et en prendre sujet de rappeler une autre visite que l'empereur d’Autriche-Hongrie n’a jamais voulu rendre au roi Humbert au Quirinal.
La Tribuna commente dans le même sens le prétendu démenti du Correspondenz Bureau et ajoute que l'impératrice a adressé de Florence à S.S. Léon XIII une lettre très dévouée, où elle s'excuse de ne pouvoir venir en personne lui offrir l'hommage de son filial attachement.
Le Moniteur de Rome dit à ce sujet :
Nous ne comprenons pas pourquoi le Correspondenz Bureau a publié ce démenti. Une seule chose nous paraît sûre, dans cet incident : c'est que l'Italie officielle a mis tout en mouvement pour exercer une de ces pressions dont elle est coutumière, trop coutumière, même de l'avis de ses amis. Le Pape, le Pape, le Pape, voilà l'éternelle et obsédante préoccupation de nos grands hommes d'Etat. 
À la dernière heure, je trouve sur ce même sujet dans le Diritto les réflexions suivantes :
De nos informations prises ici et à Vienne, il résulterait que l’impératrice Elisabeth s'était proposé comme véritable but de son voyage la visite au Pape, qu'elle avait décidée depuis longtemps, mais qu'elle avait dû s'en abstenir sur les recommandations du comte Kalnoky, auquel M. Crispi fait comprendre l'effet désastreux qui aurait résulté de cette visite pour le ministère italien, au moment des élections.
Nous savons aussi que M. Crispi ne se croyait pas en mesure de garantir l'impératrice, dont les sentiments anti-italiens sont connus, contre quelque démonstration hostile qui aurait pu avoir lieu à Rome; et par là, en même temps qu'il méconnaissait les qualités éminemment hospitalières de notre population, il montrait assez bien de quelles sympathles jouit parmi nons sa grande amie l'Autriche.
Telles sont les vraies causes pour lesquelles l'impératrice ne s'est pas rendue à Rome et chez le pape.
C'est le cas de s'écrier encore une fois: oh! la belle alliée ! oh ! la belle alliance ! 
J.B.V.

Donnons encore, à titre d’information et sous toutes réserves, la dépêche suivante de Londres : 
Le Truth prétend savoir de source sûre qu'en dépit des efforts faits à Vienne pour l'en empêcher, l'impératrice d'Autriche aurait rendu incognito une visite au Pape à Rome. Elle serait partie soudainement de Florence, accompagnée seulement de deux personne de sa sûite ct deux domestiques, serait descendne à Rome à l'hôtel de Russie sous le nom de Mrs Nicholson, aurait envoyé de là un télégramme chiffré à l'empereur, n'aurait avisé de sa présence que l'ambassadeur auprès du Vatican, et non pas celui auprès du Quirinal, et aurait été reçue en audience privée par Léon XIII le lendemain même de son arrivée. On aurait donné à Vienne et à Londres les ordres lea plus stricts pour dissimuler et, au besoin, pour démentir officiellement cette visite.

Le Guetteurjournal de Saint-Quetin,  ajoute le 18 novembre :

Rome, 16 novembre. M. de Brugg, ambassadeur d’Autriche au Vatican, se serait rendu dernièrement à Naples pour engager l’impératrice Elisabeth à ne pas rendre visite au pape, comme elle en avait, paraît-il, l’intention. On raconte que M. Crispi, craignant un coup de tête de l’illustre voyageuse, aurait obtenu le retour prématuré de la famille royale à Rome, imposant ainsi à l’impératrice une visite au Quirinal et la mettant ainsi dans l’impossibilité, selon 1'usage, d’en rendre une au Vatican. On ajoute que M. Crispi a dit à ses familiers : « Si l’impératrice vient à Rome sans visiter la famille royale, je ne réponds pas de l'ordre. »

Le Temps du 18 novembre :

L'ambassadeur d' Autriche-Hongrie près le Quirinal, M. le baron de Bruck, est parti pour Naples, où il va conférer avec l'impératrice Elisabeth, actuellement dans cette ville.
On dit, d'une part, que l'ambassadeur essayera de détourner l'impératrice de faire une visite au pape, même en gardant l'incognito le plus strict ; et, d'autre part, on prétend que M. Crispi a décidé l'ambassadeur à faire une démarche auprès de sa souveraine pour la décider à presser l'empereur François-Joseph de rendre au roi Humbert la visite depuis si longtemps attendue. Cette seconde version, qui prête un bien singulier rôle à M. de Bruck, est peu acceptable.

La Justice du 20 novembre confirme :

L'impératrice d'Autriche en Italie
Nous lisons dans le Moniteur de Rome du 18 novembre :
La Tribuna annonce que M. le baron de Brück, l'ambassadeur d'Autriche près le Quirinal, est revenu hier de Naples, où il a offert ses hommages à l'impératrice Elisabeth.
Ce que La Tribuna ne dit pas et ne peut pas dire, c'est que M. de Brück est allé, sur les instances de M. Crispi, rendre visite à la noble souveraine, dans le but d'exercer une pression sur elle, afin qu'elle ne vienne pas à Rome. M. Crispi aurait déclaré que, si l'auguste impératrice se hasardait jusque dans notre ville, le gouvernement ne répondrait pas de l'ordre.

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