jeudi 4 juillet 2024

Giovin Fiamma, un CD de Levy Sekgapane chez Prima Classic


J'ai récemment eu l'occasion d'entendre le ténor sud-africain Levy Sekgapane sur scène au Theater-am-Gärtnerplatz de Munich où il a chanté pour trois représentations la partie d'Elvino dans La sonnambula de Vicenzo Bellini et fus totalement subjugué par son extraordinaire interprétation. (Voir mon article). Enfin un vrai et grand jeune chanteur rossinien, qui m'a rappelé Rockwell Blake à son meilleur. 

Depuis, j'ai pu me procurer le CD des airs rossiniens Giovin Fiamma que Prima Classic a enregistré à Munich en 2018 avec le Münchner Rundfunkorchester et édité en 2019. Levy Sekgapane, premier prix Operalia 2017 est accompagné par l'orchestre de la radio bavaroise dirigé par Giovani Sagripanti, primé meilleur jeune chef d'orchestre en 2016 (Opera Award). 

Levy Sekgapane a tenu a présenter lui-même dans un texte particulièrement intéressant l'histoire de sa passion rossinienne et les choix des arias qui y sont gravés. Le texte (en italien,  allemand et anglais) accompagne le CD :

Ma relation avec l'opéra et Rossini. Un texte de Levy Sekgapane.

J'ai entendu pour la première fois un air d'opéra dans une publicité télévisée pour de la nourriture  italienne à l'âge de 10 ans, dans ma ville natale de Kroonstad, en Afrique du Sud. Inconsciemment, c'est grâce à cette publicité qu'est né mon intérêt pour ce genre de musique.
Bien que je vienne d'une famille de musiciens, nous n'avions pas de formation en musique classique. Mes grands-parents et mes parents avaient chanté dans leur jeunesse à l'école et, plus tard, au cours des services religieux. L'un de mes frères, qui est également chanteur, ramenait de temps en temps des CDs et des DVDs d'opéra et avait régulièrement des élèves à la maison, que j'aimais imiter lorsqu'ils terminaient leurs cours. Plus tard, lorsque j'ai commencé mes études musicales, j'ai sans aucun doute été inspiré par les grands ténors de notre époque, tels que Luciano Pavarotti, José Carreras et Placido Domingo. Ma rencontre avec la musique de Rossini, en revanche, s'est produite alors que j'étais déjà à l'université, où j'ai vu des enregistrements de Juan Diego Flórez et suis immédiatement tombé amoureux de cette musique et de sa façon de l'interpréter. C'était la première fois que j'entendais la voix d'un ténor rossinien. En explorant plus profondément le style de Rossini, j'ai écouté d'autres grands ténors de cette génération, tels que Lawrence Brownlee, Gregory Kunde et Bruce Ford.
Plus je découvrais la musique de ce répertoire, plus je m'appliquais à l'étudier, à développer une véritable passion pour la chanter et à lui imprimer ma propre empreinte.
Dès le début de ma carrière, la musique de Rossini est devenue le cœur de mon répertoire, et je l'ai interprétée dans d'importantes maisons d'opéra telles que Paris et Munich. Après quelques années, j'ai enfin eu l'extraordinaire opportunité d'enregistrer cet album, qui combine la musique que Rossini a écrite pour trois chanteurs très différents : Giovanni Davide, Manuel Garcia et Andrea Nozzari.
Davide était issu de l'école des castrats et possédait une tessiture vocale extrêmement étendue, atteignant facilement les notes supérieures d'un ténor. Rossini l'appelait "tenorino" et les airs que le maestro a écrits pour lui sont les plus élevés en termes de tessiture.
Garcia, quant à lui, était un virtuose bariténor, c'est-à-dire qu'il avait un timbre beaucoup plus sombre que Davide et possédait une importante colorature, ce qui lui permettait de chanter à la fois les rôles de baryton et de ténor. Cependant, au cours de sa carrière, il a décidé de rester dans le répertoire du ténor. Il fut également un excellent professeur : sa fille Maria Malibran qui fut aussi son élève devint l'une des chanteuses les plus célèbres de l'époque.
Nozzari était un véritable bariténor sombre, pour lequel Rossini a créé les rôles d'Otello, d'Agorante, d'Argirio et de Leicester. Ces rôles ont une tessiture très large dans laquelle le chanteur doit être capable non seulement d'atteindre les notes aiguës, mais aussi d'aborder les notes graves avec une couleur dramatique.

Si je considère mon parcours personnel avec Rossini, je peux vous dire que sa musique est comme une flamme toujours vivante en moi, un feu coloré et plein d'émotion. Cette musique, qui reste toujours jeune, me remplit de joie et élève mon esprit. Je suis heureux de vous présenter mon premier album avec les airs de Rossini qui me sont les plus proches, chantés pour vous avec tout mon cœur et toutes mes couleurs.

Les plages du CD

Gioachino Rossini (1792 - 1868) 

WRITTEN FOR MANUEL GARCÍA (1775 - 1832) 
1. Il barbiere di Siviglia: “Cessa di più resistere” 7:13 
2. L’italiana in Algeri: “Languir per una bella” 6:50 
3. La Cenerentola: “Sì, ritrovarla io giuro” 6:13 
4. Semiramide: “Ah dov’è, dov’è il cimento?” 7:39 

WRITTEN FOR GIOVANNI DAVIDE (1790 - 1864) 
5. Otello: “Che ascolto?” - “Ah, come mai non senti” 6:39 
6. La donna del lago: “Oh fiamma soave” 7:59 
7. Zelmira: “Terra amica, ove respira” 7:51 
8. Il Turco in Italia: “Intesi: ah! tutto intesi” - “Tu seconda il mio disegno” 5:38 

WRITTEN FOR ANDREA NOZZARI (1776 - 1832)
9. Elisabetta regina d’Inghilterra: “Deh! troncate i ceppi suoi” - “Vendicar saprò l’offesa” 7:52

Le Münchner Rundfunkorchester est dirigé par Giacomo Sagripanti

Source de l'image et du texte : www.primaclassic.com

Festival d'opéra de Munich —Une reprise stellaire du Trouvère de Verdi

 
Manrico (Vittorio Grigolo) et Leonora (Marina Rebeka)

Première semaine du festival d'opéra munichois (Münchner Opernfestspiele) avec la reprise du Trouvère dans la mise en scène qu'en donna Olivier Py il y a une dizaine d'années. On y vient pour découvrir la direction d'orchestre confiée au jeune chef verdien Francesco Ivan Ciampa et pour se laisser fasciner par l'interprétation d'un plateau somptueux. 

Olivier Py et son décorateur complice Pierre-André Weitz ont préféré le temps de l´écriture à celui de la narration en le déplaçant du moyen âge vers la société industrielle contemporaine du compositeur, le temps des machines à vapeur, des industries avec leurs ateliers aux structures de fer et du développement des réseaux ferroviaires (avec une loco sur scène et un rideau d´avant-scène à la Tinguely), tout en introduisant par de constantes mises en abyme un monde onirique et mythique qui donnent un écho amplifié au scénario horrifique du livret de Salvatore Cammarone, que le metteur en scène suit scrupuleusement. Py place Azucéna au centre du drame en donnant un relief inhabituel au personnage dont il souligne la complexité. L´action est continuellement doublée par des actrices qui la représentent en pantomime. La mère de la tsigane est figurée par une vieille femme nue aux longs cheveux gris qui porte une corde autour du cou. Une jeune femme, nue elle aussi, brandit deux bébés sanguinolents. Sur une scène un gladiateur lycanthrope affronte un gladiateur minotaure, ils figurent sans doute les combats, celui du pouvoir et celui de l´amour, qui opposent Manrico au fils du Comte de Luna. Le châtiment habituel des sorcières, le bûcher, est représenté par une croix en feu ou par une forêt de bouleaux qui brûle et se calcine. Si les bûchers de l´inquisition et de la révolution industrielle sont anachroniques, c´est cependant la lecture onirique cauchemardesque et angoissante qui domine. Les décors et les costumes de Pierre-André Weitz se déclinent dans des camaïeux de noir et de gris, avec de rares touches de couleurs brunes ou roses. Les atmosphères sont sinistres ou délétères, avec souvent des touches sexuelles ambiguës : Olivier Py affectionne la nudité de torses masculins musclés et introduit une relation incestueuse ou tout au moins trouble entre la tsigane Azucéna et son fils prétendu. Il tend le récit du leitmotiv d´un filin rouge qui figure à la fois la corde des pendaisons, le lasso, les liens qui ligotent mais aussi des cordons ombilicaux ensanglantés. Sur la scène dans la scène, deux bébés géants avec de grosses têtes disproportionnées gesticulent. Les machines et les guerres semblent broyer les humains comme la haine les déchiquette et les réduit en cendres. L´excellentissime choeur du Bayerische Staatsoper est soumis à d´incessants changements de costumes qui représentent ici la guerre et là la pauvreté monde ouvrier et la misère de l´émigration, avec souvent une convocation de l'imagerie goyesque.

La polémique que n'avait pas manqué de soulever cette mise en scène en 2013 est depuis longtemps classée aux archives et les festivaliers sont surtout venus pour la musique. La note dominante de la soirée réside dans la beauté des voix entendues et dans la force lumineuse de la direction du Maestro Francesco Ivan Ciampa. Le maestro originaire de Campanie avait fait des débuts remarqués à l'Opéra d'État de Bavière en 2020 avec Il trovatore. On a aussi pu l'apprécier dans La Traviata. Au cours de la saison 2023/24, il prend également la direction musicale d'Otello. Francesco Ciampa s'affirme comme une valeur verdienne sûre sur la scène internationale. Il dirige avec une ferveur brûlante, une vivacité intense qui parvient à établir un lien entre la partition et la situation tragique dans laquelle le monde est plongé. Il nous fait éprouver ce que la partition de Verdi a d'éternel et d'actuel, ce qui renforce l'effet cathartique de cet opéra. L'orchestre met en valeur et s'adapte à la scénographie, il s'agit qu'à chaque moment il vienne exprimer la situation scénique en soutien de ce que vivent les personnages. Ciampa rend parfaitement bien ce qu'il y a de sombre, de nocturne et de profondément tragique dans la musique du Trovatore, et de cette obscurité qu'exprime l'orchestre doit naître le scintillement, le feu brûlant et la fureur dramatique des voix.

Le casting a sélectionné des voix très puissantes pour les rôles principaux. À commencer dès l´ouverture par la basse de Tareq Nazmi qui interprète Ferrando en force avec la formidable présence en scène de son imposante stature. Vittorio Grigolo prête au rôle titre son physique à la beauté ténébreuse et fervente, éclatant de vigueur juvénile. Son engagement scénique est total. La voix sul fiato est magnifiquement projetée et a des ardeurs et des  brillances éclatantes, le ténor escalade avec une aisance insolente les échafaudages sonores que Verdi semble avoir élaborés à son seul usage. La nuance, l'authenticité et le phrasé sont au rendez-vous de ce magnifique ténor lyrique qui se donne sans compter. Baryton verdien de renommée mondiale, George Petean campe un comte impitoyable, variant les contrastes de ses chants tendres ou haineux par des teintes tantôt mélodieuses, tantôt vigoureusement accentuées. Une voix puissante, veloutée dans la menace, un phrasé impeccable, remarquable dans la nuance émotionnelle étudiée à la syllabe près. Son grand air du deuxième acte " Il balen del suo sorriso" est d'une beauté confondante. Le jeune ténor Kosovar Granit Musliu qui vient cette saison d'intégrer la troupe de l'Opéra bavarois prête sa belle prestance et sa voix au timbre de bronze à Ruiz, le soldat messager de la suite de Manrico.

Leonora (Marina Rebeka) et Ines (Erika Baikoff)

Dans chaque phrase, dans chaque mot chantés par Leonora, on découvre tout ce que le cœur de l’amante du trouvère renferme de tendresse et de passion. Très attendue à Munich dans ce rôle qu'elle chante depuis la production zurichoise du Trovatore en 2021, Marina Rebeka lui prête sa technique imparable et l'ampleur de ses moyens vocaux. Le rôle témoigne de l'évolution de la voix de la soprano lettone qui, lumineuse dans les ornementations du répertoire belcantiste, est aujourd'hui à même d'aborder des rôles plus lourds comme celui de Leonora, et qui se prépare à affronter la partie périlleuse d'Elisabeth de Valois dans le Don Carlos programmé à l'Opéra de Paris pour mars 2025. On est subjugué tant par  la beauté du phrasé, de la diction et du ressenti que par son legato et ses longues tenues de notes. Son chant atteint au sublime dans la scène au cours de laquelle Leonora tente de sauver Manrico, dans la scène finale de soumission au Conte ("ma salva il trovator") et dans celle de sa mort "Ecco l'istante... io moro..." Marina Rebeka brille de la clarté des étoiles dans la sombre nuit du Trouvère. À ses côtés, la soprano russo-américaine Erika Baikoff se fait fort discrète dans le rôle de sa suivante Inès. Enfin, last but not least, révélation suprême d'une soirée qui n'en manquait pas, nous avons pu découvrir l'extraordinaire Azucena de Yulia Matochkina, qui sera également la Vénus munichoise du Tannhäuser à la fin du festival. La mezzo-soprano russe excelle à rendre le style large, sombre et fataliste que le compositeur a mis dans le chant de la bohémienne. Magicienne de la scène, elle incarne avec talent tant le désespoir d'une femme déplorant la ruine de ses plus chères espérances que la vengeance sombre, implacable et vibrante de menaces, comme dans le "Deh! rallentate, o barbari" du troisième acte. Une voix tellurienne qui sait aussi émouvoir dans le piano comme dans son duo final avec Manrico "Ai nostri monti ritorneremo".

Distribution

Direction musicale Francesco Ivan Ciampa
Mise en scène Olivier Py
Décors et costumes Pierre-André Weitz
Lumières Bertrand Killy
Chœur Christoph Heil

Conte di Luna George Petean
Leonora Marina Rebeka
Azucena Yulia Matochkina
Manrico Vittorio Grigolo
Ferrando Tareq Nazmi
Ines Erika Baikoff
Ruiz Granit Musliu
Un messager Nikita Volkov
Un messo Aleksey Kursanov


Orchestre de l'État de Bavière
Chœur de l'Opéra d'État de Bavière
Chœur supplémentaire de l'Opéra d'État de Bavière

Crédit photographique Wilfried Hösl

samedi 29 juin 2024

ESSENCE, un album de Marina Rebeka chez Prima Classic


La grande soprano lettone Marina Rebeka a enregistré un album qui propose une sélection de 13 airs d'opéra parmi les meilleurs jamais composés avec l'Orchestre de l'Opéra de Wrocław sous la direction de Marco Boemi. Ce sont des airs de Puccini (Madama Butterfly, La Rondine, Tosca, La Bohème et Gianni Schicchi), Boito (Mefistofele), Cilea (Adriana Lecouvreur), Tchaïkovski (Pique Dame), Giordano (La Mamma Morta), Leoncavallo (Pagliacci), Dvorak (Rusalka) et Catalani (La Wally). Un album qui veut être une célébration de l'opéra pour le faire apprécier à son meilleur. L'album, enregistré en août 2021 à l'opéra de Wroclaw en Pologne est sorti en septembre 2023 chez Prima Classic, son propre label qu'elle a fondé en 2018 en compagnie de son mari. Il s'est très vite vu décerner un Diapason d'Or par les critiques du magazine Diapason.

" J'ai appelé l'album ESSENCE car, à mon avis, ces airs sont l'essence même du répertoire pour soprano: les plus connus, les plus appréciés et les plus recherchés, à l'exception peut-être de l'aria de Lisa, mais je tenais à l'inclure car Lisa est l'un des personnages que j'aime le plus dans le répertoire de l'opéra. " Et ce sont de fait les airs parmi les plus connus du répertoire bel canto que nous offre la grande soprano dramatique.

La qualité technique de l'enregistrement est incomparable et cela tient entre autres facteurs au fait que Marina Rebeka possède son propre label indépendant, ce qui lui permet de détailler ses besoins sur mesure et d'organiser les enregistrements selon ses propres disponibilités. La maison Prima Classic a été créée par la chanteuse et son mari l'ingénieur du son Edgardo Vertanessian, et a pour vocation de réaliser de véritables enregistrements d'opéra, de toujours donner à la voix la présence qui lui revient. La qualité du son est exceptionnelle.

Avec ESSENCE, Marina Rebeka accède à la quintessence de l'art lyrique, elle atteint aux profondeurs de  la nature même du bel canto dramatique avec un raffinement et une subtilité sans pareil, avec inspiration, force et puissance. Écouter cet enregistrement est une expérience confondante de beauté. Le chant est d'une sensibilité extrême, l'interprétation d'une authenticité poignante est celle d'une grande chanteuse à la technique pleinement maîtrisée, ce qui dénote l'intelligente et la maturité de son approche et la connaissance très exacte de ses moyens. Elle utilise ses exceptionnels moyens vocaux avec retenue en les mettant au service de l'expression émotionnelle des personnages interprétés, sans jamais tomber dans le travers et les débordements de l'ornementation démonstrative. Marina Rebeka touche au plus profond de de l'âme. L'ampleur de la voix est exceptionnelle, elle s'étend de la clarté vibrante des aigus parfaitement maîtrisés jusqu'au velours sombre et chaleureux des graves. L'harmonie esthétique et la magnificence éclatante de son interprétation ont des qualités thaumaturgiques. 

Un album à l'authenticité adamantine qui nous fait redécouvrir les plus grands airs du répertoire vériste.

Puccini Un bel di vedremo (Madama Butterfly)
Boito L’altra notte in fondo al mare ( Mefistofele)
Cilea Ecco... io son l’umile ancella (Adriana Lecouvreur)
Tchaikovsky Otkuda eti slyozi (La Dame de Pique)
Puccini Chi il bel sogno di Doretta (La Rondine)
Puccini Vissi d’arte (Tosca)
Giordano La mamma morta (Andrea Chénier)
Puccini Quando me’n vo (La Bohème)
Leoncavallo Qual fiamma avea nel guardo!…. Stridono lassù (I Pagliacci)
Puccini Si, mi chiamano Mimi ( La Bohème)
Dvořák Mesícku na nebi hlubokém (Rusalka)
Puccini O mio babbino caro (Gianni Schicchi)
Catalani Ebben? Ne andrò lontana (La Wally)

Référence
PRIMA013 © & ℗ 2023 Prima Classic

Photo  Tatyana Vlasova 

Actualité 

Marina Rebeka se trouve actuellement pour deux soirées au Festival d'opéra de Munich, où elle interprète le rôle de Leonora dans le Trovatore de Verdi.

vendredi 28 juin 2024

L'invitation au voyage de Marina Rebeka et Mathieu Pordoy — Un CD Prima Classic


La soprano lettone Marina Rebeka, l'une des plus grandes chanteuses d'opéra de notre époque, nous invite à la suivre dans ses pérégrinations vocales de mélodies composées par des compositrices et des compositeurs français de la seconde moitié du 19ème siècle. Ces mélodies évoquent le thème du voyage exotique vers le rêve d'un Orient proche ou lointain, ou du voyage obligé en raison de l'exil.

Marina Rebeka a donné davantage de place aux compositrices : 13 mélodies sur les 23 que comporte le CD portent une signature féminine. Un voyage dans la mélodie romantique française placé sous l'égide di Palazzetto Bru Zane, qui en est le spécialiste Un voyage polyglotte quadrilingue. Aux mélodies françaises succèdent des chansons italiennes, puis allemandes et enfin russes : Gounod, Saint-Saëns et Pauline Viardot ont composé sur des textes en italien, Marie Jaëll, française d'Alsace, sur des textes allemands, et Pauline Viardot encore, en exil à Baden Baden, sur des textes russes. Il est vrai qu'elle et son mari furent des amis inséparables de Tourgueniev, elle devint son amante et vécut avec lui, qui lui donna le goût de la littérature russe au cours de ce qui fut « la plus belle histoire d’amour du 19ème siècle », — le mot est de Maupassant.

Marina Rebeka  fut nommée au cours de la saison 2017/2018 la première artiste en résidence du Münchner Runfdunkorchester. Elle s'était cette année-là entre autres passionnée pour l'opéra français à  l'époque de Napoléon III et à la Belle Époque, avec son cocktail de grands drames, de complots spectaculaires, son crépitement histoires d'amours érotiques et tragiques, et avait déjà alors relevé le défi de rendre la splendeur des plus beaux extraits du répertoire français du milieu et la fin du 19ème siècle en donnant au Prinzregententheater un récital intitulé Vive l'opéra !  Son répertoire de la musique lyrique française s'est par la suite encore enrichi avec le rôle de Marguerite dans le Faust de Gounod, celui de Leila dans Les pêcheurs de perles de Bizet et le rôle titre de la Thaïs de Massenet. 

Dans les mélodies de son CD Voyage, elle fait preuve d'une technique de diction et d'un français irréprochables. Elle l'ouvre avec l'incontournable Invitation au voyage de Duparc sur le poème de Baudelaire, pour poursuivre sur la Chanson slave de Cécile Chaminade, avec le magnifique accompagnement au piano de celle qui fut elle-même une admirable pianiste, dont Liszt aurait dit qu'elle lui rappelait Chopin. La Rêverie de Marie Jaëll est composée au départ du poème de Hugo qui évoque une " ville mauresque, éclatante, inouïe. " Puis ce sont des rêves d'Orient, le Bosphore avec Widor, le Gange avec Saint-Saëns. Ispahan avec Fauré.

Les mélodies italiennes ensuite, une langue dans laquelle Marina Rebeka excelle tout autant qu'en français : elle est notamment diplômée de l'Accademia Santa Cecilia à Rome et a chanté Rossini, notamment à Pesaro. C'est ici le voyage du transport amoureux. La soprano exprime la langueur des amours terrestres dans le Perchè piangi? de Gounod , puis célestes, la langueur pour le Divin Enfant dans La Madonna col bambino de Saint-Saëns, ensuite, du même, la souffrance d'un berger au bord du Tibre. L'amour encore avec Oh! Dille tu! de Gounod. L'innamorata, une chanson populaire toscane, a inspiré Pauline Viardot, dont un vers, "So innamorata di due giovinoti" semble évoquer la situation amoureuse.

Puis vient la partie allemande avec des mélodies que composa Marie Jaëll sur ses propres poèmes d'amour ou de rupture amoureuse joliment entrelacés avec l'évocation d'une nature romantique. La compositrice était elle-même une pianiste virtuose que la composition passionnait encore davantage et dont Saint-Saëns écrivait : « Mme Marie Jaëll ne veut plus que l’on parle de son talent de pianiste. Elle en est rassasiée et ne vise qu’à la haute composition. Ses premiers essais ont été tumultueux, excessifs, quelque chose comme l’irruption d’un torrent dévastateur ». 

Pauline Viardot avait étudié le piano sous la férule de Franz Liszt, Chaminade et Jaëll furent de grandes pianistes, ce qui doit ravir le pianiste et chef de chant Mathieu Pordoy qui accompagne Marina Rebeka de son immense talent . 

Le russe n'a pas de secret pour la soprano née à Riga dans une famille mixte : son père avait des racines biélorusses et de la famille près d'Arkhangelsk, bien qu'il soit né à Riga ; sa mère lettone est revenue dans son pays natal de Krasnoïarsk, où son père avait été exilé. Pauline Viardot a composé ses mélodies russes sur des poèmes de Tourgueniev, de Fiodor Tiuouttchev, d'Afassani Fet et de Pouchkine. Il y est question de la nature (la fleur, le saule) et du chant des oiseaux (la mésange à tête noire et le rossignol) ou d'une sérénade, celle d'un rossignol encore, qui a l'effet d'une berceuse. Le CD se termine comme un rideau qui se ferme par l'Invocation de Pouchkine : ce poème met en scène un homme qui à la clarté de la lune dans un cimetière appelle une femme qu'il a aimée, sa Leila dont il espère apercevoir le fantôme, enfer ou ciel qu'importe !

Quel beau parcours nous font vivre Marina Rebeka et Mathieu Pordoy, depuis l'appel exotique de l'invitation baudelairienne jusqu'à la veillée amoureuse funèbre de Pouchkine. La soprano apporte de sa voix admirablement projetée, ample et volumineuse la palette des émotions romantiques dans une variété d'expressions nuancées soutenues par une technique de chant sans faille. On se choisit son meilleur fauteuil pour s'embarquer dans un voyage autour de sa chambre et on se laisse séduire par la beauté des poésies, dont le livret fournit les textes et leur traduction anglaise, et plus encore par la voix exquise de Marina Rebeka, qui en exprime le kaléidoscope enchanté des couleurs musicales, et par la voix complice du piano de Mathieu Pordoy.

Références

Marina Rebeka & Mathieu Pordoy
VOYAGE 

Enregistré par Edgardo Vertanessian au studio de la radio lettone à Riga, Lettonie, en mai 2021
Un projet réalisé avec le soutien du Palazzetto Bru Zane.
© & ℗ 2022 Prima Classic 2022

Photo  Tatyana Vlasova

Actualité 

Marina Rebeka se trouve actuellement pour deux soirées au Festival d'opéra de Munich (ce 29 juin et le 2 juillet), où elle interprétera le rôle de Leonora dans le Trovatore de Verdi.

Frau Luna au Deutsches Theater de Munich par la troupe du théâtre de Detmold


On a marché sur la lune

Le Deutsches Theater de Munich a convié son public à entreprendre un vol musical vers la lune, avec  Frau Luna l'opérette entraînante de Paul Lincke dans la mise en scène du Landestheater Detmold.

Le titre de l'opérette, une question de genre grammatical

En allemand, " la lune " se dit "Der Mond". Les francophones qui se mettent à l'étude de la langue allemande sont confrontés au problème du genre des noms et, partant, aux trois articles qui diffèrent souvent du genre des noms en français : "der", article masculin, "die", article féminin et "das" pour le neutre. La lune est du genre masculin, le soleil ("Die Sonne") du genre féminin, et une petite fille ("Das Mädchen" est du genre neutre. Dans les langues romanes, la lune appartient au règne grammatical féminin. Ainsi dit-on "la luna" en italien ou en espagnol. Pour les Allemands, Frau Luna, cela fait tout drôle ! Mais où est passé l'homme de la lune ?


L'homme de la lune est une femme !

Il faudrait savoir voler ! Tout simplement décoller et laisser les soucis derrière soi. 

Trois amis fauchés comme les blés, Steppke, Lämmermeyer et Pannecke habitent à Berlin dans un appartement mansardé chez Madame Pusebach, qui leur réclame les loyers impayés et les menace d'expulsion. Steppke s'est fiancé à la nièce de sa logeuse, Maria, mais Madame Pusebach a dans la foulée de la résiliation du logis annulé les fiançailles. De toute façon Steppke ne pense qu'à son voyage spatial. Il réalise son rêve et s'envole avec ses amis sur la lune à bord de la fusée qu'il a construite. Madame Pusebach se glisse dans l'aéronef à la dernière minute. Ils atterrissent bientôt sur la lune, ce qui jette ses habitants dans une grande confusion. Les terriens y font une découverte surprenante : l'homme dans la lune n'existe pas, c'est la déesse de la lune, Madame Luna, qui y règne dans une ambiance de fête exubérante, conformément à ses instructions : "Ne gardez pas la tête baissée, les enfants, ne soyez pas stupides". Autre personnalité sélénienne : Théophile, qui commande aux elfes. Théophile est effrayé lorsqu'il aperçoit Mme Pusebach parmi les terriens. Il l'a en effet rencontrée lors d'une excursion sur Terre dans le jardin zoologique de Berlin où il a flirté avec elle. Il ne faut pas que Madame Luna le sache ! Madame Pusebach s'accroche obstinément à Pannecke, qui aimerait bien la quitter. Le prince Sternschnuppe (étoile filante) fait la cour à Madame Luna, mais celle-ci est tombée amoureuse de Steppke. Pour contrer cet amour naissant, le prince Étoile filante s'empresse de faire venir Maria de la Terre. Et la situation connaît un dénouement heureux. Steppke se précipite dans les bras de sa Marie, le prince Étoile filante arrive à ses fins avec Madame Luna, qui se laisse enfin attendrir. Les terriens retournent à Berlin (en faisant un détour par la Hofbräuhaus de Munich, réécriture oblige.)

La crise du logement, un thème d'actualité en Allemagne
"Je ne sais où trouver à louer
Car notre terre est pleine à craquer"

Berliner Luft — Le bon air de Berlin

Frau Luna est le chef-d'œuvre de Paul Lincke, dont on connaît surtout trois ou quatre airs des plus célèbres : "Das macht die Berliner Luft", "O Theophil", "Schlösser, die im Moon liegen" ou "Schenk mir doch ein kleines bisschen Liebe", on valse, on chante et, bien sûr, on marche tant que l'on peut. Car une chose est sûre dans cet exemple parfait d'opérette berlinoise : il fait bon vivre à Berlin !

Frau Luna est une opérette burlesque-fantastique composée sur un livret de Heinrich Bolten-Baeckers, dont la première a eu lieu le 2 mai 1899 à l'Apollo-Theater de Berlin. L'opérette a été constamment révisée et de la musique supplémentaire a été ajoutée dans sa version finale en 1922. Bolten-Baeckers avait déjà donné à Lincke en 1897 le livret Venus auf Erden (Vénus sur la terre), qui tourne autour d'un thème similaire de voyage interplanétaire. 

Frau Luna a sans doute été inspirée par le roman de Jules Verne tels que De la Terre à la Lune (1865) et a été jouée dans presque toutes les grandes villes européennes. La fin du 19ème siècle est marquée par un engouement considérable pour la conquête des airs : Ferdinand von Zeppelin commence la construction de son aérostat,  le terme "aviation" est inventé en 1863, on lance les premiers planeurs. En 1890, le français Clément Ader réalise le premier bond et s’élève à 20 cm au dessus du sol grâce à un aéroplane à vapeur. En 1894, l’anglais Hiram Stevens Maxim réalise le premier vol de quelques minutes à bord de son biplan à vapeur. Frau Luna est bien dans… l'air du temps !


Paul Lincke (1866-1946)

Le berlinois Paul Lincke avait dès l'enfance la musique dans les veines. Et dès 1893, il devint Kapellmeister à l'Apollo-Theater. Sa première opérette, Venus auf der Erde, date de 1897. Après quoi il passe deux ans aux Folies Bergères de Paris, avant de revenir avec de nouvelles compositions à l'Apollo, avec des airs de french cancan en tête. Il y remporte un énorme succès avec Im Reiche des Indra et Frau Luna, tous deux montés en 1899.  Il connaît alors son heure de gloire. Berlin lui doit la création de la grande opérette berlinoise, l'année même qui voit la disparition de deux immenses compositeurs viennois, Johann Strauss et Karl Millöcker. . En 1908, son succès lui valut d'être engagé comme premier chef d'orchestre et compositeur au Metropol-Theater, dont les revues de décors pompeux faisaient partie des plus grandes attractions de la capitale du Reich. 

Son étoile ternit après la première guerre mondiale, on considéra ses opérettes comme dépassées. Elles furent cependant remises à l'honneur sous le national-socialisme. Lincke acquit alors la pitoyable réputation d'être un profiteur du Troisième Reich qui avait interdit puis massacré les compositeurs et les librettistes juifs qui avaient jusque là fait l'honneur de leurs professions. En 1933, il intégra la Kameradschaft der deutschen Künstler (confrérie des artistes allemands) et fut plusieurs fois décoré par le sinistre Goebbels. En 1937, il reçut de ses mains la médaille d'argent de sa ville natale. Il fut nommé citoyen d'honneur de Berlin le jour de son 75e anniversaire. À la fin de la guerre, Lincke voulut réemménager à Berlin. Mais les Alliés lui refusèrent, — c'est le moins qu'ils pouvaient faire, —  l'autorisation d'y retourner. 


La production du Landestheater Detmold

Des décors simples mais réussis. Le premier acte se déroule à Berlin. Les trois hommes désargentés sont dans la construction. La metteure en scène Katja Wolff, qui a aussi retravaillé le livret, et la décoratrice Saskia Wunsch les placent sur un échafaudage qui affiche en grand le nom de la ville et sur lequel évoluent les protagonistes. On ne voit pas l'aéronef. La lune est surtout représentée au clair de la terre : des mappemondes lui servent de luminaires et le fond de scène montre la lointaine Europe. Les séléniens sont aussi fascinés par la planète terre que les humains le sont par la lune. Sur la lune, c'est la fête, ses habitants arborent de riches vêtements et des perruques baroques (beaux costumes de Lucie Nehls-Neuhaus). Bien  dans l'esprit de l'opérette, toute la production donne dans le burlesque et dans l'humour. Les parties parlées le sont comme il se doit avec l'accent et la manière berlinois, avec le fameux "Berliner Schnauze", ce franc-parler plus que direct, marqué du coin d'un humour plutôt grossier et qui ne s'encombre aucunement des formes de la politesse. Tout cela est bien amusant, les chanteurs et les chanteuses font de leur mieux, jouant souvent mieux qu'ils ne chantent, les danseurs du ballet sont des plus divertissants (chorégraphie de Kati Farkas). On est là pour se divertir et la soirée se déroule dans une ambiance bon enfant. Et le final est claqué par le public.

Distribution

Direction musicale Mathias Mõnius
Mise en scène Katja Wolff
Costumes Luzie Nehls-Neuhaus
Lumières Carsten-Alexander Lenauer
Décors Saskla Wunsch
Masques Kerstin Steinke
Chorégraphie Kati Farkas
Dramaturgie Anna Neudert
Direction du choeur Francesco Damlani

Frau Luna Simone Krampe
Fritz Steppke Nando Zickgraf
Prinz Sternschnuppe Hyunsik Shin
Lämmermeier Florian Zanger
Stella Annina Olivia Battaglia
Pannecke Jakob Kunath
Theophil Dieter Goffing
Venus Annette Blazyczek
Frau Pusebach Brigitte Bauma
Mars Andrea Drabben
Marie Penelope Kendros
Mondgroom Dorothee Bienert

Orchestre, ballet et choeur du théâtre de Detmold

Crédit photographique © Matthias Jung

jeudi 27 juin 2024

27 Juni — Siebenchläfertag Bauernregel — 27 juin Fête des sept dormeurs / Météo populaire

Die sieben Schläfer von Ephesus, Illumination im Weißenauer Passionale, um 1170
Les sept dormants d'Éphèse, dans un codex de 1170

[FR] Le 27 juin, la Journée des sept dormeurs (ou sept dormants) est une fête commémorant la légende des Sept dormeurs ainsi que l'un des éléments les plus connus des traditions météorologiques traditionnelles qui subsistent en Europe germanophone.

La légende

Le Jour des Sept Dormants doit son nom à une ancienne légende. Selon cette légende, sept jeunes chrétiens avaient cherché refuge dans une grotte de montagne près d'Éphèse à l'époque de la persécution des chrétiens sous l'empereur Dèce (249-251). Ils ont été découverts et emmurés vivants. Selon la légende, ils ne sont pas morts, mais sont restés endormis pendant 195 ans. Le 27 juin 446, ils ont été découverts par hasard, se sont réveillés, ont témoigné de la foi en la résurrection des morts et sont morts peu après.

Voici la légende racontée par le comte Louis-Philippe de Ségur (1753-1830) dans son Histoire universelle :

[...] Sous l'empire de Décius, sept jeunes nobles d'Ephèse, chrétiens et persécutés, se cachèrent dans une caverne pour éviter la mort. Le tyran la fit murer. Dieu, protégeant ces jeunes martyrs, les plongea dans un profond sommeil qui dura cent quatre-vingt-sept ans, et qui finit lorsque Pulchérie et Théodose II occupaient le trône d'Orient. A cette époque,  Adolius, propriétaire de la montagne où se  trouvait cette caverne, en fait extraire des pierres pour construire un bâtiment. Le jour pénétre dans le souterrain. Les sept dormeurs s'éveillent, croyant ne s'être reposés que quelques heures. Jamblius, l'un d'eux, se charge d'aller à la ville pour y chercher du pain. Il ne reconnaît plus ni l'aspect de la contrée, ni les traits de ses habitans; il approche d'Ëphèse, et voit, avec autant de joie que de surprise, la croix briller sur le faîte des temples. Entrant chez un boulanger, il étale pour le payer plusieurs pièces de monnaie, frappées au coin de Décius. Le boulanger s'en étonne, les voisins accourent,  la multitude s'attroupe ; on le traîne devant le juge croyant qu'il a découvert un trésor. Son récit paraît une imposture ; cependant on envoie chercher ses compagnons. La candeur de leurs réponses, les détails de l'histoire qu'ils racontent, et l'accord qui règne dans leurs discours, persuadent les plus incrédules; enfin le peuple, les magistrats, l'évêque et l'empereur Théodose lui-même, convaincus que ces hommes saints sommeillaient en effet depuis près de deux siècles, s'humilient devant la puissance de Dieu,  et se prosternent aux pieds des sept martyrs qui expirent tous ensemble, après avoir donné leur bénédiction aux spectateurs de cet inconcevable prodige. [...]

Des dictons météorologiques en Allemagne

L'Allemagne a conservé toute une série de dictons avançant des prévisions météorologiques en fonction du temps qu'il fait le 27 juin. S'il pleut le 27 juin, c'est parti pour sept semaines de pluies. Le temps qu'il fait le 27 juin déterminerait le temps des semaines suivantes.

[DE] Legende 

Der Siebenschläfertag ist der liturgische Gedenktag für die sieben Schläfer von Ephesus am 27. Juni. Seinen Namen verdankt der Siebenschläfertag einer alten Legende. Danach hatten sieben junge Christen in der Zeit der Christenverfolgung unter Kaiser Decius (249–251) in einer Berghöhle nahe Ephesos Zuflucht gesucht. Sie wurden entdeckt und lebendig eingemauert. Der Legende nach starben sie nicht, sondern schliefen 195 Jahre lang. Am 27. Juni 446 wurden sie zufällig entdeckt, wachten auf, bezeugten den Glauben an die Auferstehung der Toten und starben wenig später.

Bauernregel

Wie das Wetter am Siebenschläfer sich verhält, ist es sieben Wochen lang bestellt.
Wenn’s am Siebenschläfer regnet, sind wir sieben Wochen mit Regen gesegnet.
Das Wetter am Siebenschläfertag sieben Wochen bleiben mag.
Wie’s Wetter am Siebenschläfertag, so der Juli werden mag.
Wenn die Siebenschläfer Regen kochen, dann regnet’s ganze sieben Wochen.
Ist der Siebenschläfer nass, regnet’s ohne Unterlass.
usw.

Andy Warhol & Keith Haring. Party of Life — Une exposition du Musée Brandhorst à Munich


Affiche de l'expo réalisée au départ de la photo
de Keith Haring & Andy Warhol at Palladium en 1985 © Nan Goldin

Ils étaient des stars de la pop, des créateurs de réseaux et des génies de l'(auto)commercialisation : Andy Warhol et Keith Haring ne font pas seulement partie des artistes les plus célèbres de la seconde moitié du 20e siècle. Ils ont également révolutionné les idées établies sur l'art et sa diffusion. Les images pop de Warhol ou les personnages dansants de Haring font partie de notre mémoire visuelle collective et sont encore omniprésents aujourd'hui dans la publicité, la mode, la musique et le cinéma. Malgré une grande différence d'âge et des styles différents, les deux artistes étaient amis et compagnons de route. Ils se sont rencontrés dans le milieu de l'art et du clubbing new-yorkais et se sont influencés mutuellement - ainsi que beaucoup d'autres.

Andy Warhol (1928-1987) et Keith Haring (1958-1990) sont tous deux issus de familles chrétiennes de Pennsylvanie. En tant que jeunes hommes homosexuels, ils ont cependant abandonné très tôt les structures hétéronormatives - tous deux se sont installés à New York (bien qu'avec un décalage de 30 ans). En tant que cofondateur du Pop Art, Warhol a changé la manière de comprendre l'art, mais aussi la notion d'art, et a joué un rôle déterminant dans le développement du jeune Haring. Ce dernier a laissé des milliers de "Subway Drawings" dans l'espace public du métro new-yorkais, a utilisé son art dans des campagnes d'affichage activistes ou a ouvert en 1986, avec le soutien de Warhol, le Pop Shop, où il vendait des T-shirts, des badges et des posters conçus par lui-même et d'autres artistes. Durant cette période, Warhol a également réalisé des émissions de télévision, des travaux de commande et des portraits de célébrités. Ou encore, il a peint une voiture de course en 1979, créant ainsi l'art car le plus connu pour la firme automobile allemande BMW. Les deux artistes se distançaient d'une conception élitiste de l'art, flirtaient avec le commerce et utilisaient les espaces, les canaux et les médias les plus divers.

Avec "Andy Warhol & Keith Haring. Party of Life", le Musée Brandhorst présente la première exposition institutionnelle de grande envergure au monde consacrée aux deux artistes. Le titre de l'exposition est emprunté à la devise des fêtes d'anniversaire de Keith Haring : "Party of Life" évoque le monde des années 1980, MTV, les discothèques, le voguing, le hip-hop, la new wave et les graffitis. C'est dans cet environnement que l'exposition retrace l'amitié artistique des deux artistes. Elle révèle des parallèles dans leur conception de l'art, leur ouverture à la coopération et aux projets collectifs ainsi que leur attitude inclusive : l'art et ses messages doivent atteindre le plus grand nombre de personnes possible.

L'exposition présente plus de 120 œuvres de Warhol et de Haring, des collaborations entre les deux artistes ainsi que des travaux réalisés en collaboration avec des artistes, des performeurs, des créateurs ou des icônes de la musique et de la mode de l'époque. Outre les œuvres clés, l'exposition met également l'accent sur des films, des photos, des archives, des affiches, des disques et des objets du quotidien conçus par les artistes. Avec "Party of Life", le Musée Brandhorst, qui possède la plus grande collection d'œuvres de Warhol en dehors des États-Unis (plus de 120) et un nombre croissant d'œuvres de Haring, présente ainsi les deux artistes sous un angle nouveau. 

Conçue en espaces thématiques, l'exposition montre que les œuvres de Warhol et Haring des années 1970 et 1980 n'ont pas seulement été créées à une époque de tensions sociopolitiques extrêmes, mais qu'elles sont encore très actuelles aujourd'hui. La confrontation des deux artistes avec la culture de consommation excessive, les possibilités offertes par les nouveaux médias, la queerness, la gentrification, la peur de la guerre nucléaire et l'activisme ainsi que la volonté de créer une communauté en temps de crise est perceptible dans l'exposition. Le revers de la "Party of Life" se retrouve également dans le contexte de l'épidémie de sida qui couve et de la confrontation des deux artistes avec la mort. Il est visible dans l'œuvre commune en plusieurs parties "Apocalypse" (1988) de Keith Haring et de l'auteur William S. Burroughs, qui est présentée pour la première fois au musée en tant que nouvelle acquisition de la collection Brandhorst. Dans des images et des textes impressionnants, les deux artistes présentent le New York des années 1980 comme un paysage apocalyptique.

L'expo peut se visiter au Musée Brandhorst du 28 juin 2024 au 26 janvier 2025. Fermé le lundi.

Source du texte : traduction du texte de présentation et du texte de presse (partim) du Musée Brandhorst.

Tableaux d'une exposition


Keith Haring (1958-1990)
Dessin à la craie dans un métro (1983)
Collection Udo et Annette Brandhorst

Keith Haring et Andy Warhol (1928-1987)
Collection Keith Haring Foundation







Andy  Warhol - Round Marilyn (1962)
Collection Udo et Annette Brandhorst

Keith Haring
Mariyln (1981)
Collection Udo et Annette Brandhorst



Keith Haring
Sans titre (1982)
Collection Nicola Erni







Photos Luc-Henri Roger

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