samedi 28 octobre 2023

Festival d'Orgue du Salento — Andrea Macinanti au clavier de l'orgue de l'église Saint Jean-Baptiste de Lecce

Photo facebook du Professore Macinanti


Il est parfois des soirées musicales inattendues. C'est ainsi que visitant la petite ville de Lecce, le joyau baroque des Pouilles, nous avons appris au détour d'une affiche que le Festival d'Orgue du Salento (FOS) avait programmé pour le dimanche 29 octobre une soirée au cours de laquelle l'organiste Andrea Macinanti se produirait aux claviers de l'orgue Fratelli Ruffatti (1962) de la Basilique de San Giovanni Battista al Rosario. Le festival en est à sa neuvième édition.

Comme nous sommes béotiens mais curieux, fort peu ferrés en musique pour orgue, nous nous sommes enquis du parcours du Professore Macinanti. 

Né à Bologne en 1958, Andrea Macinanti a obtenu trois diplômes (Orgue, Clavecin et Chant) dans les Conservatoires de Bologne et de Parme. Il a poursuivi ses études d'orgue à Munich dans la classe de Klemens Schnorr et a obtenu un Master cum laude à la faculté des Lettres et Philosophie de l'Université de Bologne. Organiste, concertiste, professeur d'orgue et de chant grégorien au Conservatoire de Bologne, Andrea Macinanti a été récemment décoré du titre d'« Officier du Mérite de la République » par le Président de la République Sergio Mattarella.  

Spécialiste de  l'oeuvre du compositeur Marco Enrico Bossi (1861-1925), Macinanti a supervisé l'enregistrement de ses œuvres pour orgue de (16 CD chez Tactus Records), ainsi que pour la même maison d'oeuvre d'Ottorino Respighi et Goffredo Giarda. On lui doit également des enregistrements de Guido Alberto Fano et Giovanni Tebaldini chez Elegia. Il a publié une étude sur les Trois Choraux de César Franck (Carrara) et a édité diverses révisions critiques dont, avec Francesco Tasini, les Fiori Musicali de Frescobaldi, les œuvres complètes pour clavier de A. Scarlatti et G. B. Martini (Ut Orpheus), l'anthologie en cinq volumes Organum italicum et l'Opera Omnia Organistica de M.E. Bossi. Il est membre de l'Académie Philharmonique de Bologne, co-directeur de la rédaction de la revue « Arte Organaria & Organistica » et fut le directeur artistique de l'exposition « Les orgues anciens, un patrimoine à écouter ». Concertiste international, il a joué en Italie, Espagne, Suisse, Autriche, Allemagne, France, Croatie, Islande, Japon, Russie, Etats-Unis. 

Le programme présenté par Macinanti à l'Orgue Fratelli Ruffatti de 1962 est un voyage musical qui commence avec l'œuvre de Jean-Sébastien Bach, point cardinal de tout horizon musical (Prélude et Fugue en la majeur BWV 536 et Aria dalla Suite BWV 1068), pour arriver à la musique des XIXe et XXe siècles de Marco Enrico Bossi (Ave Maria op. 104 n. 2), César Franck (Choral III), Costante Adolfo Bossi et Giuseppe Mule (Largo, transcription d'Ireneo Fuser). Il a notamment interprété des pièces de la célèbre famille Bossi, dont l'activité liée au monde de la musique d'orgue remonte au milieu du XVIIIe siècle, et dont Marco Enrico Bossi est le représentant le plus connu.

Un public d'amateurs peu nombreux, environ 80 personnes, assistait à ce concert gratuit et portes ouvertes avec des mouvements de va-et-vient dans l'église, des entrées et des sorties pendant les courtes pauses entre deux morceaux. Le concert a duré une bonne heure, dont près de la moitié consacrée à des morceaux plus contemporains (et dont l'écoute nous a semblé plus difficile pour les néophytes que nous sommes) de C. A. Bossi (1876-1953), le frère de Marco Enrico.




Photos de l'église et de l'orgue Luc-Henri Roger

vendredi 27 octobre 2023

Le jardin de Klingsor à la villa Rufolo de Ravello — Reportage photographique sur les traces de Wagner — 50 photos

Retour à la côte amalfitaine avec en couronnement de nos visites quelques heures passées dans le jardin en terrasses de la villa Rufolo, qui enthousiasma et inspira Wagner pour les décors du jardin magique de Klingsor du deuxième acte de Parsifal. En voici un reportage photos, suivi d'un texte journalistique de Gabriel Faure daté de 1930.







Aujourd'hui comme autrefois, des ânes ou des mulets gravissent le sentier muletier qui relie Atrani à Ravello, utilisés aujourd'hui pour le transport de matériaux ou de débris de constructions.















Affiches wagnériennes du festival de Ravello


Photos du premier festival wagnérien de Ravello en mai 1932






























Photos © Luc-Henri Roger

PÈLERINAGES DANS LES DÉCORS DE  PARSIFAL

Extrait d'un article de Gabriel Faure publié dans Le Temps du 20 juin 1930

On a beau avoir accompli d'innombrables pèlerinages aux lieux où vécurent les plus grands artistes et les plus aimés des écrivains, il est bien difficile de rester insensible à certaines rencontres. Et beaucoup, de par le monde, comprendront mon émotion lorsque, à Ravello, je me suis trouvé brusquement devant le jardin de Parsifal. C'est, en effet, dans le palais que Richard Wagner, il y a exactement un demi-siècle, le 2 mai 1880 [en fait le 26 mai], découvrit le jardin magique de Klingsor. Il était accompagné de sa femme et du peintre Joukowsky, avec lequel il cherchait, pour sa nouvelle et dernière œuvre, un décor digne d'elle. Jusqu'ici ses rêves étaient plus beaux que la réalité. Devant ces verdures sombres et fleuries, il poussa un cri de joie. En quittant le palais, il écrivit sur le registre qu'on lui présenta : « Klingsor's Zaubergarten ist gefunden ».

Les terrasses Rufolo sont certainement parmi les plus belles de la terre. Les rives méditerranéennes, qui étagent tant de jardins illustres au bord de leurs flots bleus, n'en comptent pas d'aussi merveilleux. Ils offrent toute la luxuriance végétale des campagnes napolitaines, dans une incomparable situation qui, à trois cents mètres au-dessus d'Amalfi, unit la grandeur tourmentée de la montagne à la sérénité de la mer. Ils ont de plus tout ce que l'Italie sait mêler d'histoire et d'art à la splendeur de la nature. De tels décors expliquent certains délires. Quand Sara, dans Axel [Axël, drame en prose de Villiers de l'Isle-Adam], a énuméré toutes les joies possibles sur la terre, c'est à la terre latine qu'elle s'arrête : « Laissons-nous d'abord ̃aller vers l'Italie, vers ses ruines de marbre et de flamme, vers ses golfes illuminés ».

Avait-elle trente mille habitants et quinze églises, cette Ravello presque déserte aujourd'hui, où les voitures ne peuvent circuler dans ses rues étroites, bordées de murs crénelés et de maisons aux portes flanquées de colonnettes antiques ? Que m'importe ! Ce ne sont pas ses restes de l'art normand, ni sa vieille cathédrale, ni même les vues grandioses dont elle jouit sur le golfe de Salerne qui m'amenèrent ̃à Ravello. J'ai voulu voir le palais Rufolo et, ici encore, que me font les souvenirs du pape Adrien IV, de Charles d'Anjou et de Robert le Sage, qui l'habitèrent ? J'admire au passage la belle cour carrée, sorte de patio à deux étages, dans un décor oriental auquel ̃de grandes fougères australiennes donnent je ne sais quel charme exotique. Mais je regarde distraitement, ne songeant qu'à Wagner. Ai-je trop subi, moi aussi, les maléfices de Klingsor ? Qui a goûté aux philtres du magicien germanique en reste intoxiqué pour la vie.

Ce qu'il est très curieux de noter, c'est que Wagner, après Gœthe, a éprouvé le besoin de l'Italie pour mener à bien son chef-d'œuvre. Comme l'auteur d'Iphigénie, sentant que la jeune Grecque, « l'enfant de ses douleurs », ne s'éveillerait que de l'autre côté des Alpes, l'auteur de Parsifal a compris que l'Italie seule lui permettrait d'achever l'ouvrage immortel qu'il entendait laisser aux hommes avant de les quitter. Il y a, certes, bien longtemps qu'il songe à ce drame sacré où il mettra le meilleur de lui ; mais, pour en écrire le poème et la musique, pour en imaginer le cadre, il lui faut la Méditerranée, sa lumière, ses parfums, ses exaltants souvenirs ; il lui faut la mer dont le murmure berça les premières civilisations, la mer au bord de laquelle naquirent les deux plus nobles cultes sortis du cerveau de l'homme, ceux de la Raison et de la Pitié.

Déjà, en 1876, il était venu à Sorrente; il logeait à l'hôtel Victoria, tandis que Nietzsche habitait la villa Rufinacci. C'est là que les deux anciens amis se rencontrèrent une dernière fois ; le musicien essaya vainement de reconquérir le philosophe, lui parlant de son œuvre prochaine qu'il appelait « les derniers versets de son évangile » et qui devait être non seulement la suprême expression de son art, mais un acte de foi.

En 1879, Wagner revient à Naples et y travaille fiévreusement à Parsifal. Il est mal portant et le sait ; ses crises deviennent plus fréquentes et plus aiguës. Il passe tout l'hiver sur les rives tyrrhéniennes et achève les deux premiers actes. Au printemps, il visite les environs, avec le peintre Joukowsky, à la recherche des décors. Il habite quinze jours l'hôtel de la Luna, à Amalfi, où un autre homme du Nord, attiré lui aussi par les terres de lumière, écrirait, à la même époque, Maison de poupée. D'Amalfi, Wagner vint deux fois à Ravello. Le vieux gardien qui me fait visiter le jardin Rufolo se rappelle très bien le musicien et sa femme, qu'il servit à l'hôtel de la Luna, où il était alors employé.

Les légendes qui couraient à Ravello au sujet de trésors enfouis par des seigneurs partis pour la croisade, et aussi la vieille histoire d'un enfant, assassiné par trois jeunes gens pour procurer du sang vierge à un sorcier, impressionnèrent fort Wagner qui, d'après Mauclair, eut alors l'idée d'unir la tour magique de Klingsor au radieux jardin des Filles-fleurs. Comment, en tout cas, errer désormais dans ces allées, sans entendre les voix mollement enlacées des tentatrices de Parsifal? [...]




L'hôtel della Luna (Convento) — Cartes postales anciennes




Ödön Lechner : Le « Gaudí Hongrois » et la Sécession à Bratislava. Sa célèbre église bleue.

L’église Sainte-Élisabeth-de-Hongrie, son presbytère attenant et le lycée royal voisin ( Gymnázium Grösslingová ) forment un ensemble archit...