mercredi 24 janvier 2024

Au Bazar de la Charité — Une chanson de Lucien Colonge et Joseph-Marie Claudel

Le parolier de la chanson, Lucien Colonge (1869-1914), est un ancien élève du Conservatoire de Lyon. On lui doit les paroles de plus de 12.000 chansons. La musique est de Joseph-Marie Claudel. La chanson fut publiée à Paris en 1897 par  l'éditeur F. Bigot.



Au Bazar de la Charité

1

Elles disaient gentiment les vendeuses :
Achetez-nous, c'est pour les malheureux ;
Et se pressant, les riches acheteuses
À leurs comptoirs accouraient à qui mieux !
L'or affluait au milieu des sourires,
De jolis doigts le faisaient ruisseler,
Quand tout à coup vibre un cri de délires,
Dans le bazar le feu vient d'éclater !

Refrain

Oui, c'est le feu se déroulant horrible !
C'est l'incendie éclatant en fureur !
Et qui partout comme un fléau terrible
Ne doit laisser que ruines et que douleurs. (bis)

2

En un instant, le feu gronde et s’élance, 
Il se déroule et jaillit sous les vents, 
 En un clin d'œil, le brasier est immense, 
Et l'on n'entend que des gémissements ! 
On veut tenter partout le sauvetage, 
On se prodigue en efforts insensés, 
Mais c’est en vain qu'on lutte avec courage, 
Les sauveteurs eux-mêmes sont blessés 

Refrain

3

Que de martyrs sont morts dans l’incendie, 
Lorsque leur vie avait des jours dorés, 
Lorsqu'ils passaient, anges de poésie,
Pour leur beauté, pour leur cœur adorés !
Et maintenant dans les tristes alarmes
Ils ont laissé leurs familles en deuil,
Et nous voyons notre Patrie en larmes
Qui vient jeter des fleurs sur leur cerceuil ! 

Refrain

Source des images : BnF Gallica



L'élégance de Sophie-Charlotte en Bavière, duchesse d'Alençon

 

 

mardi 23 janvier 2024

Pages inédites de Ferdinand d'Alençon, époux de Sophie-Charlotte en Bavière. En 1883, il adresse son testament moral à sa femme et à ses enfants.

PAGES INÉDITES d'un Prince de la Maison de France (1883), Ferdinand d'Orléans, duc d'Alençon

Ferdinand d'Orléans, duc d'Alençon
Source: Collections du Musée Condé

   
Né en 1844 et mort en 1910, Ferdinand d'Orléans, duc d'Alençon, second fils de Louis d'Orléans, duc de Nemours, et de Victoire de Saxe-Cobourg-Gotha, exerça un incontestable prestige moral dans l'élite de la société française et européenne. Sa naissance, ses alliances et relations de famille, sa haute et affable distinction de manières et d'allures, ainsi qu'une étonnante ressemblance physique avec son ancêtre Henri IV, n'en furent pas les seules causes. Le duc d' Alençon avait une valeur personnelle qui s'imposait.
    Il fit son apprentissage militaire en Espagne, combattit dans les rangs espagnols aux îles Philippines ; puis,de 1871 à 1883, servit dans l'armée française, dont les rangs lui furent alors accessibles entre deux périodes de douloureux ostracisme. Lorsque le duc d'Alençon fut, comme les autres princes de la Maison de France, mis en non-activité par retrait d'emploi, le 23 février 1883, par décision arbitraire du général Thibaudin, le prince remplissait à Vincennes, avec l'estime et la sympathie générales, les fonctions de capitaine-commandant d'artillerie. Jamais il ne se consola d'avoir été exclu d'une carrière dont il avait, plus que personne, compris la grandeur et expérimenté les « servitudes » méritoires. De longs voyages d'études à travers les deux mondes, le contact personnel avec les souverains, les princes et les hommes d'Etat de nombreux pays, d'amples lectures historiques et philosophiques donnaientune exceptionnelle compétence à sa pensée politique. La Revue universelle du 1er février 1926 publiait, sous ce titre Le Testament d'un prince français, un remarquable mémoire inédit où le prince développait ses vues sur le principe monarchique et le gouvernement de la France.
    Mais il y a lieu de faire connaître aussi quelque chose de l'admirable élévation religieuse de cette âme de prince très-chrétien. Les pages inédites que la Revue des Questions historiques a l'heureuse fortune de pouvoir publier aujourd'hui, grâce à une bienveillante communication de Mgr le duc et de Mme la duchesse de Vendôme, fils et belle-fille du duc d'Alençon, contiennent les adieux et recommandations suprêmes que, prévoyant l'éventualité d'une mort prématurée, alors que ses enfants étaient encore en bas-âge, Ferdinand d'Orléans, au moment même où il quittait par force la carrière militaire, rédigeait pour tous ceux qu'il aimait le plus en ce monde. C'est un document de haute signification morale. On peut dire que le développement sur la grandeur religieuse du devoir militaire et sur la conception chrétienne du métier de prince (et de prince appartenant à une dynastie détrônée) mériteraient de figurer dans les anthologies et de devenir même classiques.

Pour ma bien-aimée Sophie (1), à son défaut À mon Père (2), À ma sœur Marguerite (3), À ma sœur Blanche (4.)

    C'est ma volonté formelle que, quoiqu'il puisse arriver, mes enfants soient élevés sous les yeux de mon Père, près de ma famille et en France, si elle reste ouverte pour nous ou si nous pouvons dignement y résider. Qu'ils apprennent de bonne heure tout ce qu'ils doivent à cette chère et malheureuse patrie.
     Qu'on fasse d'eux de bons calholiques et ils seront, de bons Français.
   Qu'on les préserve entre autres de cette dangereuse erreur d'une religion soi-disant libérale qui voudrait en remontrer au Pape et gouverner l'Eglise mieux que le Saint-Esprit.
     Je ne contrarierai jamais une véritable vocation religieuse, mais je ne désire pas en faire naître.
    Je veux pour mon fils une éducation profondémenl religieuse, mais virile et forte, propre à faire un homme. dans les temps troublés où nous vivons, un prince,et, s'il se peut, un soldat. Qu'il sache qu'il n'est pas un de ses ancêtres directs depuis mille ans qui n'ait servi la France, les armes à la main, et que beaucoup ont donné leur vie ou versé leur sang pour elle.
    Il faut un peu d'éducation publique pour apprendre à connaître les hommes et à vivre avec eux. Mais il est indispensable que la vie de famille ait jeté des bases d'élévation de sentiments, de distinction d'esprit, de cœur et de manières, de croyances religieuses qui résistent au choc de la vulgarité, du matérialisme et du sentimentalisme de la classe moyenne de nos jours.
    Je tiens à ce que mon fils ne reste pas oisif à jouir de son aisance. Il faut de bonne heure le diriger sur l'état militaire études spéciales et exercices du corps. Qu'on lui fasse comprendre et apprécier tous les côtés nobles et élevés du métier des armes amour de son pays, sacrifice, abnégation, dangers à courir, honneur à faire à son nom et à sa famille, commander à d'autres hommes, s'en faire obéir, estimer, respecter; leur faire faire de grandes choses, s'occuper de leurs besoins, leur donner de grands exemples, leur rendre dévouement pour dévouement.
    L'état militaire peut avoir ses dangers moraux pour un jeune homme, je les estime cent fois moindres que ceux de l'oisiveté jointe à une certaine fortune. Le métier militaire est une école qui forme le caractère, apprend à juger, à se décider, à commander, et, pour tout cela, à observer, à réfléchir, à se souvenir. C'est dire que l'intelligence s'y forme aussi, non à de vaines spéculations, mais à la lutte de la vie. On y apprend à obéir sans réplique, à parler peu, à s'exprimer brièvement et clairement. C'est enfin une incomparable école de la connaissance des hommes, cette science que rien ne remplace. Chefs, camarades, subordonnés, vous donnent journellement à cet égard des leçons faciles à retenir.
    Pour un homme appelé à vivre dans le monde et à y occuper un rang élevé, rien n'est plus utile que le métier militaire pour compléter son éducation, mais le métier militaire pratiqué à fond, entièrement, en devenant un véritable officier, et non point en amateur,'comme le font en d'autres pays les princes des maisons souveraines. On y développe et on y apprend à apprécier cette qualité maîtresse et si rare le bon sens, qualité bien plus rare et bien plus précieuse que l'intelligence, et qui fait bien souvent défaut chez les hommes les mieux doués sous le rapport intellectuel, le bon sens, cette vue calme et claire d'un esprit simple guidé par un cœur droit, qui discerne lé vrai du faux, le raisonnable de l'absurde, le bon du mauvais.
   J'ajoute encore ici que l'état militaire est éminemment favorable, même en temps de paix, à la pratique de toutes les vertus chrétiennes obéissance, humilité, silence, renoncement, résignation, mortification corporelle, exactitude et fidélité au devoir, charité, oubli de soi, dévouement, esprit de sacrifice, vertus qui, en temps de guerre, peuvent être poussées jusqu'à l'héroïsme. De plus compétents que moi ont fait ressortir ses analogies avec l'état religieux.
    Quelle que soit la position que les circonstances fassent à mon fils, je veux qu'il reste prince, c'est-à-dire qu'il considère comme un des grands devoirs que Dieu lui a imposés ici-bas, de soutenir et de continuer les traditions de notre race, traditions d'honneur, de chevalerie, de bravoure, de patriotisme, de piété (et j'ose dire de sainteté), de distinction, de culture d'esprit, depolitesse, de magnanimité, de courage, qui ont été une des gloires et une des forces de la France. Un pays, une société, sans aristocratie sont voués à une irrémédiable infériorité. Les princes doivent être par toute leur éducation, les premiers de l'Aristocratie; (ceci dit en restituant à ce mot le véritable sens que lui donne son étymologie grecque aristos, le meilleur, mais en se souvenant aussi que l'aristos complet, propre à servir d'exemple et à donner le ton à une nation, se trouve surtout dans les grandes races et les anciennes familles).
   Aucun détail, même en ce qui ne concerne que les manières et la tenue ne doit être négligé.
   Qu'il connaisse ses devoirs envers le chef de la Maison de France et reste invariablement fidèle à la loi de succession légitime dans notre famille. J'ai écrit là-dessus, ailleurs, ma pensée.
   Je n'ai pas besoin de dire, après tout ce qui précède, que je tiens à ce que son nom et son rang ne soient pas pour mon fils l'aliment d'une sotte vanité, encore moins de façons hautaines envers ceux avec lesquels il sera appelé à vivre. Qu'il n'aspire à aucune autre inégalité qu'à celle que lui feront ses vertus, ses qualités, son éducation.
    Et quel que soit le rang qu'il tienne, qu'il reste simple et humble par le fond de son cœur, à l'exemple de saint Louis, notre aïeul, si vaillant guerrier, si sage et si grand roi, si saint et si humble sur le trône de France.
   Je n'ai en ce moment rien à prescrire sur la direction de la conscience d'Emmanuel. son cœur est accessible à tous les bons sentiments et il a goût de la piété. Je tiendrais beaucoup à ce qu'on lui enseignât de bonne heure à comprendre et à suivre dans les livres, l'ordre et les paroles des offices et des chants de l'Eglise. Je sais par expérience combien cela aide à devenir pieux et à le rester ou à le redevenir plus tard. Pour cela comme pour le reste, mais pour cela surtout, il faut prier pour l'enfant et pour son salut, prier, prier, prier sans se lasser, humblement et avec confiance. Comment Dieu n'exaucerait-il pas une telle prière fait epar une mère pour son enfant? Quant à Louise, déjà plus avancée en âge, que son éducation se poursuive comme elle a commencé. Qu'on ajoute à toute l'instruction générale et aux arts d'agréments qu'une jeune fille bien élevée doit posséder, des soins particuliers pour sa tenue et ses manières. Je voudrais que mes deux enfants allassent assez dans le monde quand ils seront en âge, peur y apprendre à s'y tenir, à y faire bonne figure, à se présenter, à recevoir comme il faut. C'est dans l'ordre de Dieu, parce que cela fait partie des devoirs de leur état. Je désire aussi qu'il leur soit donné à tous deux des notions pratiques sur la tenue d'un état de maison et sur l'administration des fonds, notions qui, en général, manquent par trop aux princes et qui sont indispensables à l'ordre matériel qui doit régner dans une vie chrétienne.

FERDINAND P. d'ORLÉANS
Duc d'Alençon.

Emmanuel d'Orléans
Duc de Vendôme et d'Alençon
A mon cher fils Emmanuel (5)

    Si Dieu ne permet pas, mon cher Emmanuel, que je reste sur cette terre pour te voir atteindre l'âge d'homme, reçois ici ma bénédiction paternelle. Je te la donne avec tout ce que Dieu y a mis de plus intime dans mon âme. Que Dieu fasse de toi un homme, un prince, un chrétien. Sois la consolation et le soutien de ta mère et de ton grand-père. Deviens, en grandissant. l'appui de ta sœur et son meilleur ami. Sois un bon parent, travaille à maintenir dans notre famille cette union qui est un dédommagement et une force dans les temps difficiles que tu auras peut-être à traverser. Sois cependant inflexible quand il y va de la conscience. Reste toujours le fils aimant, soumis, dévoué de la sainte Eglise catholique, notre Mère, bercail du troupeau de Jésus-Christ, porte de la Patrie céleste. Elle est aussi le roc que rien n'ébranle, au milieu de l'évanouissement successif des choses et des générations humaines, notre seul appui à la fin de la vie, après l'écroulement des illusions et des joies trompeuses de ce monde. À travers les peines, les tentations, les épreuves, aussi bien que dans les prospérités et les séductions de la vie, dans le tumulte de la jeunesse comme dans l'enfance et l'âge mûr, demeure invariablement fidèle à la pratique de notre sainte religion. Surtout (crois en mon expérience) n'omets jamais la prière quotidienne, matin et soir, et autant que tu le pourras, une lecture spirituelle de quatre à cinq minutes seulement chaque jour. Quels que soient les égarements de l'homme, Dieu attache d'immenses grâces à cette fidélité. Elle est la clef du trésor de ses miséricordes. « Celui qui prie, a dit un grand saint, se sauve certainement ».
   Instruis-toi à fond de la religion, demande à un guide sûr de t'en découvrir les magnifiques harmonies. Fonde ta foi (je prie Dieu de t'accorder dans sa plénitude cet inestimable don), fonde ta foi sur une doctrine sûre et complète, qui fasse justice des plates objections et des railleries de la foule pervertie et ignorante.
    Que Dieu daigne te faire connaître les inénarrables joies de ses enfants fidèles Aime l'Eglise et les belles et touchantes cérémonies de la liturgie catholique; apprends à les comprendre, à les suivre, à chanter ces sublimes prières, c'est une consolation et un soutien pour la vie. Où que la Providence te mène, fût-ce aux extrémités de la terre, pense, à la vue d'une église catholique, que Notre Seigneur Jésus-Christ y est présent, qu'il est là pour nous recevoir et nous écouter; et, toutes les fois que tu auras un mot de reconnaissance et d'adoration à Lui dire, un soupir de tristesse ou de lassitude à exhaler, une larme à verser, une prière à lui adresser, n'eusses-tu qu'une minute pour le faire, entre et agenouille-toi. Tu te relèveras fortifié et meilleur. Quelle moisson de grâces tu recueilleras, si tu fais cela d'un cœur simple et avec une intention pure.
    Aie pour la Sainte Vierge une tendre et filiale dévotion. Souviens-toi que, suivant la doctrine de plusieurs saints, aucune grâce ne nous est donnée que par son entremise. Invoque-là en toutes circonstances, surtout dans les tentations et les dangers, ne fût-ce qu'en prononçant intérieurement son saint et très doux nom de Marie. Et qu'après l'avoir invoquée, ta confiance soit absolue et sans réserve ni hésitation. Tout est en sûreté et bien gardé quand on l'a remis entre ses mains. Suivant une tradition de famille, je t'ai, dès ta naissance, mis sous sa protection en te la donnant pour patronne, en ajoutant à tes noms celui dé Marie.
    Il ne suffit pas cependant d'être pieux et d'observer les pratiques de la religion, il faut encore que cette religion soit le flambeau de ta vie, la règle de toutes tes actions. Nous sommes ici-bas uniquement pour connaître, aimer et servir Dieu à la place qu'Il nous a faite sur la terre, et pour arriver par là à cette union avec Lui qui se commence ici-bas et se consomme dans l'Eternité. Tout dans notre vie doit être ordonné à ce but, tout ce qui s'en écarte, à plus forte raison, tout ce qui s'y oppose, doit être impitoyablement rejeté.
    Les conditions varient et chacun a sa place et son rôle en ce monde. Il faut prier instamment Dieu de te faire connaître à quelle place et de quelle manière Il veut que tu Le serves, et cela dès que tu seras en état d'y réfléchir par toi-même. Une telle décision ne doit être ni imposée, ni prise à la légère. Ta mère te fera connaître en temps utile ce que je pense du choix d'une carrière. Mais quelque genre de vie que tu mènes, (il y a eu des saints dans toutes les conditions) que toute ta vie ait pour but l'accomplissement de la volonté de Dieu, l'obéissance à sa loi, sa possession dans l'éternité.
    Cherche toujours au milieu des mille accidents et difficultés de la vie où est le devoir. Pour cela, dans les grandes affaires comme dans les petites, de quelque nature qu'elles soient, souviens-toi, avant d'agir, de cette question des Saints Que vaut cette action pour l'éternité ? (Quid hoc ad aeternitatem?). Elève-toi au-dessus de la terre, monte jusqu'à Dieu et cherche à juger les choses au point de vue des obligations qu'Il t'impose, de la mission qu'Il te confie ici-bas.
    Invoque avec ferveur l'assistance du Saint-Esprit, avec d'autant plus d'insistance que l'occasion sera plus grave ou le doute plus grand, pour qu'il te montre la voie de Dieu. Dieu veut notre salut et Il exaucera toujours une telle prière faite humblement et avec une intention pure. Et quand tu auras ainsi pesé toutes choses dans ta conscience et en présence de Dieu, quand tu seras éclairé sur ton devoir, confie-toi dans l'assistance de Dieu et agis fermement et sans hésiter, avec calme, sagesse, prudence, mais sans jamais prendre pour règle les maximes, les jugements et les passions des hommes.
    Il est des devoirs que Dieu t'a tracés par ta naissance même et auxquels tu dois rester fidèle. Tu es Français, tu es un rejeton de ce qui a été la Maison royal de France. J'ai écrit ailleurs (et il te sera donné connaissance de cette note) la manière dont j'envisage nos obligations envers la France.
    Que Dieu daigne te guider et t'éclairer dans l'accomplissement de ces grands devoirs. Reste dévoué à ton pays, même si tu n'as pas le bonheur d'y vivre. Quand même nous devrions être à jamais exclus de la France, il faudrait rester Français.
    Ne t'enorgueillis jamais de ton origine, fardeau sous lequel Dieu t'a fait naître et dont tu es impuissant à te décharger, source dans le temps troublé où nous sommes, de douleurs et de persécutions de tous genres. N'y pense que pour comprendre les graves obligations qu'un pareil héritage t'impose et pour demander à Dieu les vertus qui te rendent digne de tes aïeux et de ton nom. En attendant, applique-toi à des devoirs non moins essentiels et d'autant plus importants qu'ils sont de chaque jour et de chaque heure. Mets le temps à profit, il est le prix de l'éternité. Travaille à acquérir une solide instruction. Apprends à fond l'histoire de ton pays et de ta famille. Apprends aussi à fond ta langue ; exerce-toi à manier la parole et la plume avec facilité, solidité, correction, élégance c'est une puissante arme à mettre au service de toutes les bonnes causes. Ta famille t'en fournit plus d'un exemple. Apprends aussi tout ce qui peut t'aider à faire honneur à ton nom et à ta famille dans les milieux où tu seras appelé à vivre; c'est un devoir d'état. Combats tes défauts naissants. II faut savoir se vaincre et, pour cela, s'y exercer dès le jeune âge. Sois fort contre toi-même et tu seras fort contre tout ce qu'il te faudra combattre. Ne ménage pas trop ton corps ; l'homme esclave de ses aises et de sa sensualité est incapable de rien de grand, de rien de sérieux, même en ce monde, et compromet son éternité. Remplis exactement et dans un esprit chrétien les devoirs de ton état et de ta vocation, ils sont les premiers dans l'ordre de Dieu.
   Vis selon ta condition, avec dignité si tu peux, mais sans luxe. Pauvre (qui peut prévoir les vicissitudes humaines ?), humilié, délaissé, réjouis-toi d'être semblable à Jésus-Christ. Pour un chrétien, la pauvreté est une inestimable grâce. Réduis ton état de maison à ce que permet ta fortune et ne fais pas de dettes; elles sont un poids pour la conscience. Riche et dans les honneurs, tremble en pensant aux paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ souviens-toi que la richesse n'est qu'un dépôt dont Dieu te demandera compte, qu'il y a une stricte obligation à l'employer pour le bien du prochain, que les honneurs passent comme la fumée et sont un danger pour l'âme. Fixe un large chiffre d'aumônes, proportionné à ta fortune, et tâche d'en remettre quelques-unes toi-même en visitant les pauvres. La visite des pauvres et des malades sera spécialement regardée par Dieu au jugement. Sois pour ta mère, je ne saurais assez te le dire, le fils le plus tendre, le plus respectueux, le plus dévoué ; imite ses vertus. Sois bon, affable, doux pour ceux qui t'entourent et pour tes serviteurs. Occupe-toi avec charité et prudence de leurs intérêts spirituels comme de leurs intérêts temporels. Le serviteur, si humble qu'il soit, a droit à notre reconnaissance et à. nos respects.
    Sois fidèle à tes amis et à tous ceux qui t'auront rendu service.
   Je prie instamment Dieu de te donner une conscience délicate et éclairée et un saint pour guider ton âme. Quand Dieu t'aura fait trouver ce guide sage et éclairé d'en-haut, n'omets jamais de le consulter dans les occasions importantes. Prie journellement pour le repos de mon âme. Fais dire au moins une fois par mois, tant que. tu vivras, et après toi si tu le peux, une Messe à mon intention. Applique toujours, à mon âme une partie des indulgences que tu gagneras.
    Relis de temps en. temps ces lignes. Elles sont le seul appui que ma tendresse puisse té laisser ici-bas, et pense, en les lisant, à ton père qui t'aime et te bénit du plus profond de son cœur.

Vincennes, le 16 février 1883, 2° Vendredi de Carême, Fête des clous et de la lance de N.-S. J.-C. 
FERDINAND PHILIPPE d'ORLÉANS.
Duc d'Alençon.

Sophie-Charlotte en 1885
À ma bien aimée Sophie
    Que Dieu te bénisse et te protège, ma bien-aimée Sophie, qu'Il t'aide à surmonter les épreuves de cette vie. Il n'a pas permis que nous les traversions ensemble, incline-toi devant sa très sainte et toujours adorable Volonté.
    Sois bénie de tout le bonheur que tu m'as donné. Remercie avec moi le Bon Dieu de t'avoir amenée à comprendre et à pratiquer une vie profondément chrétienne. Je l'en ai bien souvent humblement remercié sur cette terre et pour ton âme et pour la mienne aussi, tu le sais.
    Cherche en toutes choses où est le devoir et accomplis-le toujours, quoiqu'il t'en coûte. Défie-toi des premiers mouvements par trop vifs, des entraînements ou des antipathies naturelles. Réfléchis, raisonne, isole-toi des préoccupations exclusivement personnelles avant d'agir. Dans les circonstances douteuses et difficiles, invoque avec ferveur et avec une intention pure les lumières du Saint-Esprit, et ne doute pas que Dieu t'éclairera si vraiment tu ne cherches que ton devoir, c'est-à-dire sa Volonté. Prends conseils de personnes qui ont de l'expérience, de la sagesse, de la foi et de la piété.
    Un de tes principaux devoirs sera de soutenir Papa, de lui donner la consolation de voir ses petits-enfants; à eux, de le voir et de le connaître. À mesure qu'ils grandiront, sa vue et ses exemples leur seront de plus en plus salutaires, et rien ne remplace dans l'éducation cette vue journalière d'une vie toute de dignité et de haute vertu. Il y aura aussi bien des circonstances où il sera indispensable de prendre son avis et de demander son assentiment. Ne décide jamais rien de grave sans l'avoir consulté. Témoigne-lui tendresse, dévouement, confiance, et appuie-toi sur sa haute sagesse, sa grande expérience, sa conscience et l'élévation de ses sentiments.
  Sois, comme tu l'as toujours été, affectueuse pour tes bellestsœurs et soutenez-vous toutes mutuellement. Consacre-toi à l'éducation de nos enfants, lourde responsabilité, mais source de grands mérites devant Dieu, et qui retombe aujourd'hui sur toi seule.
    J'ai écrit, dans une sorte de note, des idées, générales là-dessus, et je te prie d'en tenir compte. Un point auquel j'attache beaucoup d'importance, c'est le choix d'une direction de vie, d'un état, d'une vocation, d'une carrière. Il faut en faire sentir la gravité à l'enfant avant que le moment de se décider approche, afin qu'il y pense et qu'il prie lui-même pour cela. Il n'est pas bien, à mon sens, et il peut y avoir une lourde responsabilité à enlever brusquement une telle décision en parlant tard et soudainement à un enfant qui ne s'y attend pas, et qui peut ensuite se croire engagé ou se trouver gêné par sa réponse. J'ai écrit des conseils, sous forme de lettres, adressés à chacun de nos enfants, tu les liras d'abord et les leur feras lire. J'ai également écrit une note sur nos devoirs de famille, que tu liras et dont tu leur donneras connaissance en temps utile et qui doit rester plus tard entre les mains d'Emmanuel. Tant que les enfants seront mineurs, tu auras l'usufruit de leur fortune. Gère-la avec ordre, sagesse et économie ; veilles-y constamment par toi-même, c'est un devoir essentiel. Ne demande et n'accepte pas là-dessus des conseils à la légère, mais consulte de vrais amis dévoués et entendus, Bocher tout le premier ou ceux qu'il indiquera.
    Donne toujours à nos enfants l'exemple d'une vie réglée, où le temps est économisé, où règne le devoir ; où le travail, où l'occupation sérieuse aient la part principale. Cela et la pratique assidue et régulière de la religion, constituent la vraie piété que je désirerais ardemment faire entrer dans leur cœur.
    Pardonne-moi les chagrins que j'ai pu te causer. Fais dire des Messes, prie et fais prier des communautés religieuses pour le repos de mon âme, je te le demandé instamment. Délivre, je t'en conjure, de ces cruelles flammes, mon âme que Dieu a unie à la tienne, qui t'a aimée de la plus tendre des affections ici-bas, qui t'aime d'un amour éternel parce qu'il est chrétien.

13 janvier 1871-14 juillet 1880.

Vincennes le 19 février 1883.
FERDINAND PHILIPPE d'ORLÉANS
Duc d'Alençon.

Louise vers 1891
Photo Karl Ross, Rosenheim
A ma bien aimée fille Louise (6)

    Ces lignes t'apporteront, ma si chère enfant, le dernier souvenir et la dernière bénédiction de ton père.
   Prie avec ferveur pour le repos de mon âme et applique-lui des indulgences, surtout les jours de communion. Aime, vénère et console ta mère et ton grand-père, c'est ton premier devoir.
    Sois tendrement unie à ton frère; tu peux avoir sur lui par ton affection et ton dévouement une douce et efficace influence. Emploie-la pour son bien spirituel et temporel. Soyez tous deux affectueusement dévoués à vos tantes et oncles, et contribuez à maintenir l'union dans notre famille.
    Sois douce, humble, pieuse comme les grandes saintes de notre race. Le bien que peut faire autour d'elle, une jeune fille, une femme, une mère de famille pieuse, par son seul exemple, par ses prières, par toute une direction doucement imprimée à tout ce qui l'entoure, est incalculable. En elle et par elle peuvent être bénies plusieurs générations.
    Ma sainte et vénérée grand-mère, la Reine, en est un exemple. Inspire-toi de ces souvenirs.
   Ce que j'ai écrit pour ton frère au sujet de la piété et de la religion, s'applique à toi aussi, et plus encore. C'est aux femmes à servir de modèle en cela.
    À toi aussi je répète fais honneur à ta race et à ton nom, non par une ridicule vanité, mais par une vie vertueuse. Acquiers les qualités et les talents qui te permettent de faire bonne figure au milieu de ceux de ton rang et de servir de modèle en tout ce qui touche à l'éducation. C'est un des devoirs d'état de ceux que Dieu a fait naître dans un rang élevé.
    Quelle que soit l'existence que Dieu te destine, que toute ta vie soit profondément chrétienne. Pèses-en tous les actes, règles-en tous les détails en vue de l'éternité. Je te bénis comme je t'aime, ma chère Louise, du plus intime de mon âme.

Vincennes le 19 février 1883.

FERDINAND PHILIPPE d'ORLÉANS
Duc d'Alençon.

1. La duchesse d'Alençon (1847-1897). Sophie de Wittelsbach, « duchesse en Bavière », avait épousé à Possenhofen, le 28 septembre 1868, Ferdinand d'Orléans, duc d'Alençon. Elle devait mourir dans l'incendie du Bazar de la Charité en 1897.
2. Le duc de Nemours (1814-1896). Second fils de Louis-Philippe et de Marie-Amélie, Louis d'Orléans, duc de Nemours, surnommé dès 1850 « le légitimiste de la famille d'Orléans », avait épousé, le 27 avril 1840, Victoire de Saxe-Cobourg-Gotha (1882-1857). M. René Bazin a consacré au duc de Nemours une excellente monographie, rédigée sur documents inédits (Paris. Emile Paul 1907, in-8°).
3. Marguerite d'Orléans (1848-1893), mariée, le 15 janvier 1872, au prince Ladislas Czartoryski.
4. Blanche d'Orléans, née à Claremont le 28 octobre 1857, aujourd'hui seule survivante de sa génération it très occupée, à Paris et à Lourdes, d 'oeuvres chrétiennes et charitables.
5. Emmanuel d'Orléans, duc de Vendôme, né le 18 janvier 1872 et marié, le 12 février 1896, à la princesse Henriette de Belgique.
6. Louise d'Orléans, née le 9 juillet 1869 et mariée, le 15 avril 1891, au prince Alphonse de Bavière.

Source du texte : La Revue des questions historiques, Marquis de Beaucourt, 1er juillet 1926.

lundi 22 janvier 2024

La nouvelle Flûte enchantée du Theater-am-Gärtnerplatz fait fureur à Munich

Les deux Taminos. Lucian Krasznec et Jakob Wiedenhofer

Deux Flûtes enchantées sinon rien ! À Munich on a l'embarras du choix entre deux productions de grande qualité : on va au Bayerische Staatsoper pour voir ou revoir la célèbre mise en scène d'August Everding, qui depuis 1978 ravit le public munichois et a fait le tour du monde, on se presse depuis octobre au Theater-am-Gärtnerplatz où la nouvelle mise en scène de son directeur général Josef E. Köpplinger fait sensation.

Köpplinger a plusieurs fois sur le métier remis son ouvrage, c'est ici sa troisième Zauberflöte. Son approche développe celle qu'il avait élaborée pour le Semperoper de Dresde en 2020. Il présente l'histoire de la Flûte comme un récit initiatique, une fiction d'apprentissage ("coming-of-age story") et pour nous en faire démonstration il dédouble le personnage de Tamino. Un Tamino garçon, joué par un jeune soliste, Jakob Wiedenhofer (né en 2009), entre sur un plateau dénudé dont le seul décor est en fond de scène une grande enseigne lumineuse donnant le titre de l'opéra. La musique commence et les éléments du décor se mettent soudain en place. L'idée maîtresse de Köpplinger consistera à montrer le processus de maturation du jeune homme, qui sera bientôt rejoint par le Tamino entré dans l'âge adulte, le ténor Lucian Kraznec, vêtu de la même tenue que son double juvénile (sweat-shirts à capuche bleu clair, jeans et baskets assortis). Les décors de Momme Hinrichs et les projections vidéo  de Meike Ebert, Raphael Kurig donnent à voir un monde mouvant, constamment en transformation, où tout est éphémère et dans lequel le jeune homme doit à chaque moment faire des choix qui vont constituer le prince adulte en devenir. La flûte enchantée, qui prend ici la forme d'une épée luminescente, symbolise la liberté de découverte et de décision. La mise en scène convoie un message d'espoir : chacun possède une flûte enchantée, chacun peut dessiner son parcours de vie et développer au fil des épreuves des perspectives heureuses qui permettent d'échapper aux ténèbres de la nuit pour évoluer vers un monde ensoleillé, de sortir du monde de la rancune et de la vengeance pour accéder à celui de la maturité, de la sagesse et du pardon.

 Andreja Zidaric en Reine de la nuit

Les épreuves de l'initiation maçonnique et l'approche philosophique morale seraient sans doute ennuyeuses si le spectacle n'était entièrement placé sous le signe du divertissement et de la poésie, un univers de conte de fées au sein duquel les trouvailles ludiques et l'étonnement émerveillé sont constamment au rendez-vous. D'entrée de jeu d'étranges créatures extra-terrestres revêtues de la tête au pied de collants de latex noir, à l'oeil frontal cyclopéen, viennent entourer le jeune Tamino. Plus avant, les trois garçons (die Knaben) sont comme souvent des créatures venues du ciel, des angelots ailés, mais ici ces petits anges sont de jeunes rouquins dégingandés arrivant en traînant les pieds, vêtus de sweat-shirs aux couleurs vives affichant des slogans révolutionnaires. Les sbires de Monostatos porteurs de tatouages et de chaînes, vêtus de longs tabliers de cuir, semblent tout droit sortis d'un groupe de heavy metal. Alfred Mayerhoher, costumier en titre de la maison, a réalisé des créations épatantes, dont un carnaval d'animaux particulièrement réussi. La flopée d'enfants de Papegena et Papageno sont représentés par la danse de grands oeufs sautillants, produits logiques de la procréation dans une famille d'oiseleurs. La technologie contemporaine ne manque pas avec des personnages consultant leurs téléphones portables, l'épée néonée de Tamino, la boîte luminescente du glockenspiel de Papageno. Les projections vidéos montrent le paysage urbain d'une cité égyptienne antique dévastée par le temps, les guerres ou les cataclysmes, aux colonnes penchées ou écroulées, aux temples à pylône, des lieux délaissés envahis par la végétation. Le pylône en vision rapprochée s'incendie entièrement au moment de l'épreuve de la traversée de l'eau et du feu. Des astres naviguent dans le ciel. Tout se meut dans l'inconnu des destinées humaines. Le plateau tournant et les élévateurs contribuent au mouvement perpétuel de la mise en scène. 

Convoyeur de rêve et magicien de la scène, Josef E. Köpplinger a superbement exploité les possibilités du livret d'Emanuel Schikaneder pour la plus grande joie des petits, fort nombreux dans le public, et des grands.
Daniel Gutmann et Sophie Mitterhuber

Côté chant, il faut d'abord souligner l'excellence du travail d'équipe qui assure le succès tout en cohésion musicale de la soirée. Il y a au Theater-am-Gärtneplatz un remarquable esprit de corps qui prédomine sur les individualités. L'agréable surprise est cependant de pouvoir entendre le Sarastro de la basse René Pape, qui l'interprétait déjà à Dresde en 2020, un rôle qui a fait sa célébrité dès les années 1990 et dans lequel ses profondeurs aux noirceurs diamantées sont célébrées dans le monde entier. Lucian Krasznec poursuit son cheminement mozartien en prêtant son ténor puissant à Tamino, dont il incarne avec un naturel convaincant le passage à l'âge adulte et le juvénile coup de foudre. Andreja Zidaric réussit une belle interprétation scénique de la Reine de la Nuit, parvenant à tempérer les coloratures de la rage vengeresse pour souligner les douleurs de la femme blessée et désemparée. La très mozartienne Sophie Mitterhuber en Pamina donne une des plus touchantes interprétations de sa carrière avec une justesse de ton et une douceur expressive dans les modulations des sentiments qui ont plongé le public dans le ravissement. Daniel Gutmann brûle les planches avec une prodigieuse interprétation de Papageno qui réjouit aussi bien l'oeil que l'oreille. Ce jeune homme athlétique à la belle apparence se livre à de sportives cabrioles, dont un poirier qui dévoile, — oh juste un moment, — des abdos dessinés en tablettes de chocolat. Un chanteur extraverti qui séduit  par le jaillissement et la vivacité de sa puissante voix de baryton fort bien projetée, dotée d'un timbre chaleureux et d'une superbe expressivité. Il campe un Papageno amoureux de la nature, doté d'une vision du monde pratique et terre à terre, et dont la seule audace est d'affirmer haut et fort son désintérêt pour les périlleuses embûches du cheminement initiatique.

Michael Balke, chef principal invité au Theater-am-Gärtnerplatz, conduit tout en souplesse l'excellent orchestre du théâtre qui sous sa direction met en exergue la poésie et les lumières de cet opéra dont Mozart dirigea la première au Theater auf der Wieden deux mois avant de mourir, un théâtre qui à peu de choses près devait avoir une capacité similaire à celle du théâtre de la Gärtnerpltaz.

René Pape (Sarastro) et Sophie Mitterhuber (Pamina)

Distribution du 21.01.2024

Direction d'orchestre Michael Balke
Mise en scène Josef E. Köpplinger
Chorégraphie Ricarda Regina Ludigkeit
Scénographie Momme Hinrichs
Costumes Alfred Mayerhofer
Lumière Kai Luczak
Vidéo Meike Ebert, Raphael Kurig
Dramaturgie Fedora Wesseler

Tamino, un jeune garçon Jakob Wiedenhofer
Sarastro René Pape
Prince Tamino Lucian Krasznec
Narrateur Timos Sirlantzis
Premier servant Alexandros Tsilogiannis
Deuxième camisard Martin Hausberg
Reine de la nuit Andreja Zidaric
Pamina Sophie Mitterhuber
Première dame Mária Celeng
Deuxième dame Sophie Rennert
Troisième dame Ann-Katrin Naidu
Prêtre Eduard Wildner
Papageno Daniel Gutmann
Papagena Julia Sturzlbaum
Monostatos Caspar Krieger
Premier garçon Henri Oidtmann
Deuxième garçon Raphael Pallawiks
Troisième garçon Patrick Florescu
Chœur, chœur supplémentaire et figuration du Staatstheater am Gärtnerplatz
Orchestre du Staatstheater am Gärtnerplatz

Daniel Gutmann en Papageno, le prétendu vainqueur du serpent

Crédit photographique © Markus Tordik 

samedi 20 janvier 2024

Sophie-Charlotte en Bavière, duchesse d'Alençon avec son fils Emmanuel / Sophie-Charlotte in Bayern, Herzogin von Alençon mit ihrem Sohn Emmanuel


[FR] Emmanuel d’Orléans, qui porte les titres de duc de Vendôme et d'Alençon, est né le 18 janvier 1872 à Obermais, en Italie et mort le 1er février 1931 à Cannes, en France. Il appartient à la maison d’Orléans et est apparenté à la famille royale belge.

Le 12 février 1896, Emmanuel épouse à Bruxelles la princesse Henriette de Belgique (1870-1948), fille du prince Philippe de Belgique, comte de Flandre, et de son épouse la princesse Marie de Hohenzollern-Sigmaringen, ce qui fait du duc de Vendôme le beau-frère d’Albert Ier de Belgique. De même, Emmanuel et Henriette partagent des ancêtres communs : ils sont tous deux arrière-petits-enfants du roi Louis-Philippe et de la princesse Marie-Amélie de Bourbon-Siciles, l’une par Louise d’Orléans, reine des Belges, l’autre par le duc de Nemours.

[DE]  Emmanuel d'Orléans, der die Titel Herzog von Vendôme und von Alençon trägt, wurde am 18. Januar 1872 in Obermais, Italien, geboren und starb am 1. Februar 1931 in Cannes, Frankreich. Er gehörte dem Haus Orléans an und war mit der belgischen Königsfamilie verwandt.

Am 12. Februar 1896 heiratete Emmanuel in Brüssel Prinzessin Henriette von Belgien (1870-1948), die Tochter von Prinz Philippe von Belgien, Graf von Flandern, und dessen Frau Prinzessin Marie von Hohenzollern-Sigmaringen, wodurch der Herzog von Vendôme zum Schwager von Albert I. von Belgien wurde. Ebenso haben Emmanuel und Henriette gemeinsame Vorfahren: Sie sind beide Urenkel von König Louis-Philippe und Prinzessin Marie-Amélie von Bourbon-Sizilien, die eine von Louise von Orléans, der Königin von Belgien, die andere vom Herzog von Nemours

#Wittelsbach #Orléans #Vendôme #Alençon #noblesse

vendredi 19 janvier 2024

Paris 1897— Le Bazar de la Charité et Sophie-Charlotte en Bavière, duchesse d'Alençon, un article de René d'Anjou

Billet d'invitation de la part de Madame la Duchesse s'Alençon

Les belles oeuvres féminines sociales — Le Bazar de la Charité

Un texte signé René d'Anjou (1) dans L'Écho de la mode du 28 avril 

    Rue Pierre-Charron, dans les galeries de pierres, froides et mélancoliques, qui ont remplacé les barraques en planches au toit de goudron, si tristement écroulé le 4 mai 1897, la foule se presse pour donner... Malgré les temps si durs, les choses si chères, les obligations de la vie sans cesse accrues, on trouve toujours la part du pauvre. Et il n’est pas une Parisienne ou étrangère de passage en notre capitale qui n’ait l’idée d’aller visiter un comptoir, au moins, pour y prendre un bibelot sans valeur royalement payé. Toutes les œuvres, ou presque toutes, sont groupées là. Toutes les femmes du monde, ou presque toutes, sont, ou ont été, ou seront vendeuses à leur tour. Et cette obligation qu’on critique parfois, qu’on redoute surtout, est infiniment jolie parce qu’elle place le... snobisme, l’orgueil, le désir de paraître, au service de la charité. 
    Elle fait servir les défauts humains au bien, elle transforme l’inaction mondaine en activité utile, et elle fait jaillir de la bourse l’or destiné au plaisir, en faveur des déshérités. 
    Une visite à ce bazar nous remet en mémoire ce qui se passa il y a quinze ans. Beaucoup de nos lectrices doivent se souvenir... C’était le printemps comme aujourd’hui. Paris était en fête sous le clair soleil. Aux Champs-Elysées, une foule heureuse se pressait autour des arbres couverts de jeune verdure.     Quelques pas plus loin, rue Jean-Goujon, une longue file de voilures s’alignent, pas encore d’autos, des chevaux qui dressent leur tête fière sous le harnais frappé de couronne. 
    Au long des trottoirs des groupes gais passent, élégants, rieurset tous s’engouffrent, par les portes ornées de drapeaux, dans la maison de bois appelée : Bazar de la Charité
    Cetle année-là, on avait en l’idée, pour donner plus de relief à la fête, pour amener plus de monde et grossir davantage les recettes, de reconstituer une rue du vieux Paris et de reproduire l’aspect des antiques hostelleries avec leurs pittoresques enseignes : À l’Etoile de mer, au Chat botté, au Pélican blanc, à la Belle Ferronnière, à la Tête noire, à l’Éperon d’or, au Soleil levant, au Cadran bleu, au Grand Cerf, à la Truie qui file. 
    Derrière chaque comptoir, souriantes, un groupe de femmes et de jeunes filles, des religieuses aussi dont la cornetle blanche éclairait le fond, un peu sombre, des boutiques, L’une d’elles, la sœur Saint-Joseph, a dit en quittant le couvent à la sœur tourière : « Adieu, je crois bien que je ne rentrerai pas. » Mme de Saint-X..., assise dans un fauteuil devant l’entrée, ne peut bouger, on l’a apportée là, et elle est tout heureuse de revoir ses amies, de tendre son aumônière à la pluie d'or. 
    Un peu de vent vient de la porte ouverte et elle prie qu’on la ferme à clef, afin d’éviter le courant d’air. On obéit en riant, sa nièce lui apporte la clef qu’elle place sur la table. Des jeunes filles avec des roses au corsage passent, l’une d’elles Mlle M.-A. de Chevilly s'amuse, c’est juste le jour de son anniversaire de naissance, elle a dix-neuf ans ! Le soir elle les fêtera dans le ciel ! 
    Mme la duchesse d’Alençon cause avec le Nonce. Elle parle de ses chers noviciats dominicains; Mme Jauffray, sa trésorière, compte gaiement la recette, Mlle Yvonne de Riançay remet de l’ordre dans lo comptoir. Mme la duchesse d’Uzès se demande pourquoi une petite porte de côté est close et veut la rouvrir. Ou l’en empêche, tout à l’heure cependant, elle se sauvera par là malgré la défense de passer. 
    Il est cinq heures, les comptoirs sont achalandés plus qu’avant, c’est le moment de la foule, au buffet les vendeuses lasses se restaurent, elles ont fait beaucoup « d'affaires », elles sont enchantées. 
    Soudain un cri : le feu! Et en même temps une guirlande de flammes court le long du toit, crépite dans le goudron, gagne les tentures, les fragiles objets suspendus. On devient fou de peur, l’idée de se sauver détruit toute aménité, on se bouscule, les hommes — pas tous cependant — poussent sans souci des femmes et passent. La pauvre Mme de Saint-X... toujours clouée à son fauteuil hurle et sous l’action de la chaleur, son pauvre corps éclate ! Seule, très calme, l’âme sereine, la duchesse d’Alençon prie : « Faisons ensemble notre prière, » dit-elle, et comme Mlle Y. de Riançay veut l’entraîner, s’accroche à elle : «Venez, Madame,je vous en supplie. —Non, non, laissez passer les autres, que les visiteurs fuient, nous les dernières. »
 
     Et c’était la vaillance à mourir toujours prête, 
     L’héroïsme du chef dans un panique effroi 
     Disant, lorsque chacun vers le salut se jette : 
    « Laissez, laissez passer les autres avant moi. » (2) 

   Le toit s’effondre; du dehors, on voit des bras et des têtes passer au-dessus, puis disparaître. Des maisons voisines des prêtres prononcent les paroles sacramentelles de l’absolution. 
    Paris est affolé, les pompes arrivent à une allure si folle que l’une verse au coin de la rue, une odeur affreuse s’épand... des cris d’horreur, d’agonie, de désespoir fusent. Des parents, des amis accourent éperdus et le brasier grésille toujours, une fumée épaisse monte dans le ciel radieux !
    La soirée est horrible, chacun rentre chez soi tremblant qu’il ne manque un membre de la famille, le télégraphe est envahi. Les parents de province, affreusement inquiets, télégraphient le lendemain toute la journée. Les corps ou plutôt ce qui en reste sont portés au palais de l’Industrie. Là, des scènes déchirantes se succèdent dans l’amas de membres qui forment un tas à côté de cadavres mutilés : comment retrouver les chers restes?... 
   Qu’importe! on recueille les débris des martyrs, et c’est ensuite une série d’offices religieux, de deuils, tant de familles sont atteintes ! Les blessés nombreux ne peuvent retrouver leur sang-froid, beaucoup en restent déséquilibrés pour toujours.
    
    Et maintenant sur la place rouge l’herbe pousse, une partie du terrain est occupée par la chapelle et le couvent des religieuses Auxiliatrices. Autour du cloître se dressent les quatorze stations du chemin de la Croix sculptées dans le marbre. Au-dessous de la VIIe « Jésus tombe pour la seconde fois », on voit le médaillon sculpté qui représente les traits calmes et doux de la princesse Sophie-Charlotte, duchesse d’Alençon. Tout autour les allégories des autres tombes et au fond, près de l’entrée de la chapelle, deux grandes plaques de marbre noir reproduisant en lettres dorées les noms de toutes les victimes. Sur la coupole une fresque représente l’apothéose de gloire et tous les jours on prie. Semblable malheur n’est plus possible rue Pierre-Charron. Les œuvres y sont à l’abri et l’on peut y aller de tout cœur porter la part des malheureux. René d’Anjou.

(1) René d'Anjou est un nom de plume de l'autrice Marie Renée Gouraud d'Ablancourt
(2) Ces vers sont de Ch. de Pomairols dans la préface du livre : Madame la Duchesse d‘Alençon intime.

jeudi 18 janvier 2024

Jeanne d'Arc et Sophie-Charlotte en Bavière, duchesse d'Alençon. Un poème de Charles de Pomairols.

Statue de Jeanne d'Arc à la cathédrale de Reims (détail)

Le poète spiritualiste Charles de Pomairols (1843-1916) met en parallèle les destins héroïques de Jeanne d'Arc et de la duchesse d'Alençon. Il évoque dans un poème élégiaque Jeanne d'Arc accueillant la duchesse d'Alençon au paradis après son décès dans l'incendie du Bazar de la Charité. Jeanne d'Arc, qui avait joué un rôle clé dans le couronnement du roi Charles VII, et qui mourut sur le bûcher, va placer la couronne des cieux sur la tête de Sophie-Charlotte, brûlée vive elle aussi. Sophie-Charlotte est soutenue dans son vol vers le Paradis par quatre figures d'anges allégoriques : la Piété, la Pureté, la Charité et la Vaillance.

Un duc d'Alençon, Jean II, prince de sang, avait en 1429 rejoint l'armée de Jeanne d'Arc qu'il avait rencontrée à Chinon. Il était devenu un des amis proches de la pucelle d'Orléans qui l'avait surnommé le "gentil duc".  

Par ailleurs le mari de Sophie-Charlotte, le prince Ferdinand Philippe Marie d'Orléans, duc d'Alençon, membre de la maison d'Orléans, était le petit-fils du roi Louis-Philippe Ier.  Le poète donne le roi Charles VII pour aïeul du duc Ferdinand d'Alençon.

Ce poème est placé en guise de préface en vers de Madame la Duchesse d'Alençon intime, la biographie thuriféraire que Marie Gouraud d'Ablancourt consacra à Sophie-Charlotte en Bavière, duchesse d'Alençon. Le livre fut publié à Paris en 1911 par la Librairie des Saints-Pères. Il peut se lire sur le site  Gallica de la BnF.

 

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