dimanche 25 octobre 2020

Les souvenirs de Max Falk (Falk Miksa) sur la reine Elisabeth de Hongrie, impératrice d'Autriche

Falk Miksa (Max Falk) 1828-1908
Un article du Temps du 14 septembre 1898, qui fut repris sans citation de source et légèrement modifié par la Dépêche tunisienne du 22 septembre 1898. L'article reprend les souvenirs de Max Falk, dont le nom hongrois est Falk Miksa, un homme exceptionnel qui mourut le même jour que l'impératrice Elisabeth. Falk avait la connaissance de la reine Elisabeth de Hongrie et lui avait donné des cours de littérature hongroise. Il publia ses souvenirs sur la reine dans des mémoires qui furent publiés à Budapest en 1898 sous le titre Erzsébet királynéról -visszaemlékezések (réédition 2016 par Budapester Athenaeum Kiadó ). Max Falk savait s'y prendre pour organiser  la médiation entre la cour austro-hongroise et les hommes politiques hongrois. Il fut également été président de l'Association des journalistes hongrois.

QUELQUES TRAITS ET MOTS DE L'IMPÉRATRICE ÉLISABETH 

    Dans l'ouvrage intitulé François-Joseph et son temps et qui est actuellement sous presse, M. Max Falk, directeur du Pester Lloyd rappelle ses souvenirs de l'impératrice-reine, au temps où il lui donnait des leçons de langue et de littérature hongroises. La souveraine coupait ces leçons, qu'elle suivait avec le plus grand zèle, de conversations dans lesquelles elle surprenait son interlocuteur par des questions soudaines, comme celle-ci
    Nous lisions un jour dans je ne sais plus quel livre cette phrase "Toutes les puissances de l'enfer s'étaient conjurées contre moi! " Sa Majesté s'arrêta, me regarda droit dans les yeux et me demanda : "Croyez-vous à l'enfer?" Ce n'était pas chose aisée de répondre ; j'éludai le fond de la question en répliquant « Majesté, je n'ai pas encore réfléchi sur ce sujet. J'ai toujours conduit ma vie de manière à ne rien faire de mal sciemment et volontairement. Et je me dis S'il n'y a pas d'enfer, personne n'y entrera; st s'il y a un enfer, moi, du moins, je n'y entrerai pas. » L'impératrice se mit à rire et nous continuâmes notre lecture.
    Une autre fois, Sa Majesté me dit à brûle-pourpoint : "On m'a dit que la république était la forme de gouvernement la meilleure."  Je regardai autour de moi comme en rêve, pensant que les murs de l'antique palais impérial des Habsbourg allaient s'abîmer sur nos têtes. Certes, jamais de telles paroles n'étaient sorties de la bouche d'une impératrice et reine. Je lui demandai qui lui avait exposé ce point de vue. L'impératrice me dit « Mon précepteur, le comte Jean Majlath. » L'historien renommé que nous prenions tous pour un réactionnaire renforcé, avait été, en effet, un des premiers maîtres de la jeune princesse bavaroise.
    Au reste, l'impératrice, quand elle interrogeait quelqu'un, ne le tenait pas quitte de la réponse. Elle revint donc sur le thème de la république et voulut savoir ce que j'en pensais. « En théorie, lui dis-je, la république est certainement la forme de gouvernement la plus raisonnable mais dans notre patrie, où vivent ensemble des races si diverses et si différentes dans leurs degrés de culture, la dynastie seule peut former des liens qui retiennent ensemble ces éléments divergents. "
    Une autre fois, l'impératrice Elisabeth met dans l'embarras son professeur en lui parlant d'une brochure politique défendue dont, elle tenait à prendre connaissance.
    On ne pouvait se taire à l'idée que cet ouvrage fût lu par une impératrice d'Autriche. Je cherchai à m'en tirer par quelques phrases insignifiantes. " Possédez-vous ce livre ?" répéta l'impératrice. II est interdit dans toute la monarchie, répondis-je. Ce n'est pas cela que je vous demande ; mais si vous le possédez. » Je restai muet. « Bien, vous l'avez. Je vous prie de me l'apporter. – Mais, Majesté. Alors vous pensez que je ne peux pas lire d'ouvrages de ce genre? " Elle prit dans sa poche une petite clef, ouvrit un tiroir de son secrétaire, tira un petit volume et me le tendit. Je lus ce titre : La ruine de l'Autriche.
    Un rédacteur de la Nouvelle Presse libre a eu une conversation avec le docteur Christomanos, qui fut pendant plusieurs années le professeur de grec et un peu le médecin de l'impératrice Elisabeth. Le littérateur et savant hellène a raconté au journaliste viennois quelques entretiens analogues et tracé de la défunte impératrice un portrait d'une poésie enthousiaste.
    Elle savait que la mort la guettait : « Quand le désir fle vivre a cessé, me disait-elle un jour, on a déjà quitté la vie. » Depuis longtemps déjà elle avait donné congé à son désir de vivre. Une autre fois, tandis que son yacht luttait sur les côtes d'Algérie contre les flots soulevés, elle ramena la conversation sur ce point : « Etes-vous prêt, vous aussi, à mourir? Croyez-moi, il n'est pas besoin d'héroïsme. Il y a dans la vie pour tout homme un moment dans lequel il meurt au dedans de lui-même, et souvent ce n'est pas le moment de sa mort matérielle. J'attends la mort à chaque minute. Vous, comme philosophe, vous devriez en faire autant. Si vous l'aviez déjà fait, on pourrait dire peutêtre un jour de vous que vous êtes mort avec l'impératrice. Vous seriez alors un héros. » 
    Un jour, à Madère, je m'approchais trop près d'une falaise à pic audessus de la mer. L'impératrice me rappela vers elle. " Il n'est pas nécessaire de chercher un genre de mort poétique, dit-elle en souriant, comme si elle avait deviné en moi quelque secret, il suffît d'avoir une belle mort au dedans de soi-même. "
    C'était une souveraine par la grâce et l'âme et non par le diadème. Alors même qu'elle se parait de ses insignes du pouvoir, telle que nous l'avons vue dans Ses anciens portraits, les froides pierres prenaient sur son corps la couleur, le parfum, la vie des fleurs. Elle appartenait à la race des elfes, non à celle des enfants des hommes.
    L'impératrice, a dit encore le docteur Christomanos, avait l'enthousiasme de la beauté, dont elle était elle-même une incarnation. Un jour, à Madère, un vieillard lui présenta un bouquet de camélias rouges; elle lui donna quelques pièces d'argent. Plus loin, sur la route, une jeune et belle fille, aux bras ronds et brunis, aux lèvres de fleur de grenade, aux yeux de diamant, lui offrît un second bouquet de camélias rouges; elle lui donna une pièce d'or. Comme je demandais à l'impératrice pourquoi elle avait donné au vieillard peu de chose et de l'or à la jeune fille, elle répondit gaiement : " C'est qu'elle est belle! "

in Le Temps, 14.09.1898





samedi 24 octobre 2020

L'impératrice Elisabeth d'Autriche à Alger à l'hiver 1894-95


Le XIXème Siècle du 9 décembre 1894

L'IMPERATRICE D'AUTRICHE A ALGER

Alger, 7 décembre.

    L'impératrice Elisabeth d'Autriche est arrivée aujourd'hui, à bord du transatlantique Général Chanzy.     Le Général-Chanzy, après une traversée très rapide malgré l'état de la mer, fort houleuse surtout aux abords des côtes algériennes, est entré dans le port à midi 55.
    A une heure, l'impératrice débarquait et prenait place avec une dame de compagnie dans une victoria attelée de deux chevaux.
    L'impératrice est descendue au Splendide-Hôtel, à Mustapha-Supérieur, où ses appartements étaient retenus depuis quelque temps.


Le Pays du 10 janvier 1895

    L'impératrice Elisabeth à Alger

    L'impératrice d'Autriche mène à Alger une vie simple et aussi retirée que possible.
  La souveraine occupe avec sa suite, composée de soixante personnes, tout le premier étage du Splendide-Hôtel qui se trouve situé dans le faubourg Mustapha. Conformément à ses habitudes, elle fait de longues promenades à pied ; elle se lève de très bonne heure et se rend, aussitôt après son premier déjeuner, au bord de la mer. Elle choisit de préférence, pour ses promenades, le quartier arabe, où elle fait de fréquents achats dans les boutiques.
    Mais sa promenade favorite est celle de la côte d'El Biar, qui domine le « Frais Vallon ».
    L'impératrice assiste tous les dimanches à la grand'messe de l'église de Notre-Dame d'Afrique, qui a été construite par le cardinal Lavigerie.
    Le loyer du Splendide-Hôtel, pour une durée de trois mois est de 45,000 francs.

Notre-Dame d'Afrique


Regard catholique sur la visite de l'impératrice d'Autriche à Rome (1870)

 La Semaine religieuse du diocèse de Rouen du 29 janvier 1870 commentait le séjour qu'effectua l'impératrice Elisabeth  à Rome :

    L'impératrice Elisabeth d'Autriche a conquis à Rome une sympathie, un respect et une admiration extraordinaires. Chez cette illustre souveraine, d'ailleurs, la piété est accompagnée de toutes les grâces extérieures qui viennent de la jeunesse, de l'élégance, de la beauté. Rarement on vit un port plus noble, des manières plus affables, un esprit plus distingué, un sentiment plus délicat des arts , une prédilection plus marquée pour les gloires chrétiennes.
    Sa Majesté, le plus souvent accompagnée par M. le baron Visconti, a apporté dans la visite de Rome un sens parfait et un goût très-pur. Elle avait soin de recommander à son guide de ne point oublier de signaler les souvenirs chrétiens. Elle commençait ses excursions, comme elle les finissait, par une visite au saint Sacrement, priait avec une ferveur angélique, recherchait avec une tendre vénération les reliques des saints, s'informait des lieux qui ont été témoins des grands événements du pontificat de Pie IX, et montrait envers Sa Sainteté un attachement filial touchant.
    Etant allée visiter le Capitole, un jour qu'il faisait froid, Sa Majesté avait revêtu le costume national des Hongrois : robe de velours grenat, pèlerine de fourrures, coiffure de martre surmontée d'une aigrette. Pas un bijou; elle n'en porte jamais. Et le peuple, séduit par tant de beauté, l'a saluée du cri de Vive l'Impératrice! Combien de femmes de Césars ont gravi autrefois la rampe du Capitole ! S'il y en eut d'aussi belles, elles n'eurent certainement ni la modestie, ni la grâce, ni la piété de l'auguste Elisabeth.
    Au palais du Quirinal, elle s'informait minutieusement de tout ce qui avait trait au séjour qu'y fit le Pape, au commencement de son règne, écoutait avidement les récits du baron de Visconti et l'interrompait par des acclamations affectueuses pour Pie IX.
    « Il faut que je cherche dans les jardins, dit-elle , une place dont m'a parlé souvent la reine ma sœur, et d'où elle contemplait Rome. » Et elle alla s'y asseoir.

San Clemente
    L'impératrice, touriste infatigable, a visité toutes les basiliques, toutes les grandes églises, les catacombes, les monuments, les musées et les galeries. A Saint-Clément, elle a été reçue par le T. R. P. Mulooly, prieur, qui, ayant fait éclairer les cryptes, a montré à Sa Majesté ces merveilleuses peintures murales des premiers siècles, en a expliqué le symbolisme , et prouvé, par les dates, la permanence fidèle de la tradition apostolique dans la croyance et le culte catholiques.


jeudi 22 octobre 2020

La tireuse de cartes du lac de Traun

Le Traunsee photographié par M. Thomas Lendl

    Ivan de Woestyne racontait l'historiette qui va suivre dans sa chronique viennoise publiée dans le Figaro le 13 août 1877. Qui étaient donc ces cinq fillettes qui s'étaient laissé prédire l'avenir par une cartomancienne autrichienne au bord du lac de Traun dans le Salzkammergut ? Cela se passait vers 1852, ou même un peu avant ....

    [...] on m'avait conté une histoire de tireuse de cartes que j'ai mise de côté pour mes lectrices. Je dois la leur dire [...].
    Cela se passait il y a vingt-cinq ans et plus, sur les bords du lac de Traunn. Cinq fillettes, plus jolies les unes que les autres [...], cinq sœurs dans une excursion, rencontrèrent une tireuse de cartes qui s'offrit à prédire leur destinée. Aussitôt l'aînée tendit sa petite main. 
    — Tu seras princesse, lui dit la bohémienne qui, tournant ensuite les yeux vers la cadette, sembla la convier à l'entendre à son tour.
    — À quoi bon ? répondit railleusement la deuxième sœur, tu me dirais probablement aussi que je serai princesse.. 
    Alors la dernière, la toute petite, accourut, sa petite menotte rose tendue, et la vieille lui dit :
    — Tu seras princesse et tu t'assoieras sur les marches d'un trône.
    À la quatrième qui s'empressa ensuite :
    — Tu seras presque reine, fit la devineresse.
    Puis à la troisième :
    — Tu seras reine ! 
    Alors la cadette, celle qui avait repoussé la tireuse de cartes, enivrée sans doute par la grandeur des destinées promises à ses sœurs, revint à résipiscence, et dès que la bohémienne eut jeté les yeux sur sa main, elle tomba à genoux en s'écriant :
    — Tu seras ma souveraine, tu seras impératrice.
    La prédiction s'est accomplie les cinq sœurs s'appellent aujourd'hui : l'aînée, la princesse de Thurn et Taxis ; la cadette, Élisabeth d'Autriche ; les deux autres, la reine de Naples et la comtesse de Trani ; la dernière enfin, la duchesse d'Alencon.
    Et chaque année, sans y avoir jamais manqué, l'Impératrice Elisabeth fait le pèlerinage sur les bords du lac de Traunn, où elle va rendre visite à la vieille tireuse de cartes, qui jouit d'une rente sur la cassette de sa Majesté.

    Sissi avait alors 15 ans ou un peu moins, elle est presque impératrice d'Autriche mais ne le sait pas encore...

    Si l'histoire est vraie, la cartomancienne n'avait pas mené les cinq fillettes en bateau, mais n'avait cependant pas prévu que l'impératrice donnerait son nom à un bateau à aube : le lac de Traun fut très fidèle à la famille impériale autrichienne, comme en témoignent les noms que portèrent les bateaux à aube de la société de navigation lacustre Traunsee-Schiffarhrt (fondée en 1829), qui les faisait alors construire à Florisdorf et monter à Gmunden : après l'Elisabeth (construit en 1857-1858), vint le Sophie, le Gisela et plus tard encore le Marie Valerie qui ne fut plus à aube. Un Maria Theresa fut mis en circulation en 2006.

Source  de l'image : Traunsee-Schiffahrt

Le Gisela fut représenté sur un timbre autrichien émis pour le 175e anniversaire de la navigation lacustre sur le Traunsee.

Vidéo glanée sur la toile à propos de l'Elisabeth.

Potins viennois autour de la Hofburg en 1901

Un reportage viennois du journal Le Temps du 27 février 1901

REPORTAGE VIENNOIS — AUTOUR DE LA HOFBURG

    On nous écrit de Vienne.
   On parle beaucoup, en ce moment, d'une artiste du Burg-Theater, Mme Schratt, notoirement protégée par l'empereur François-Joseph depuis de longues années. Après la mort de l'impératrice Elisabeth, les suppositions avaient pris leur essor à Vienne, surtout quand on apprit que Mme Schratt quittait le Burg-Theater. Les raisons qu'elle donna de son départ, mécomptes d'artiste et mauvais état de sa santé, firent l'effet de simples prétextes. Dans cette Autriche où les mariages de la plus haute aristocratie avec des étoiles de théâtre ne sont pas rares, la retraite de Mme Schratt parut être le prélude d'un mariage morganatique.
   Il y avait, il est vrai, un petit obstacle : Mme Schratt est mariée, ce qui ne veut pas dire qu'elle soit effectivement en puissance de mari. Ce mari séjourne discrètement fort loin de Vienne et même, croyons-nous, de l'Autriche, « dans les honneurs obscurs de quelque légion » ou légation. Mais enfin il existe ! Qu'à cela ne tienne ! Les nouvellistes crurent avoir raison malgré la raison même quand on apprit que Mme Schratt s'était rendue à Rome — et le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable —qu'elle avait été vraiment reçue par le pape lui-même ! Plus de doute, Mme Schratt était en passe d'obtenir du Saint-Siège la nullité de son mariage et l'autre désormais ne saurait plus tarder. Eh bien, il semble que les imaginations viennoises, friandes d'histoires sentimentales et piquantes, soient allées beaucoup trop loin. Sans doute, Mme Schratt a été reçue par Léon XIII, mais ce n'était pas en audience particulière et personnelle. Il peut paraître étonnant que la personne qui a emmené Mme Schratt au Vatican soit la propre sœur de l'impératrice Elisabeth, la comtesse de Trani, mais on ne saurait s'en étonner à Vienne. La faveur que l'empereur témoigne à Mme Schratt était couverte par l'indulgence de la feue impératrice elle-même. La comtesse de Trani avait présenté Mme Schratt comme une personne de sa suite. Au Vatican, elle fut reçue comme telle. Elle ne pouvait même songer à demander à l'autorité pontificale de reconnaître la nullité de son mariage, puisque de ce mariage est né un fils parfaitement vivant à cette heure et même déjà grand à ce qu'on dit.

   Mme Schratt vient, d'ailleurs, de dissiper par une interview une partie tout au moins de ce romanesque qui s'est attaché, dernièrement surtout, à sa personne.
Elle est en ce moment à Berlin où, à ce qu'on as,sure, elle doit créer le rôle de Joséphine dans Plus que reine, de Bergerat. A un rédacteur du Lokalanzeiger qui n'a pas hésité à la questionner sur ses relations avec la défunte impératrice d'Autriche, Mme Schratt a fait en substance la réponse suivante : « Cette femme, de caractère si noble et si élevé, dans l'angoisse de ses souffrances morales et physiques qui la faisaient courir le monde, trouvait une consolation à savoir qu'une femme bonne et gaie amusait l'empereur par ses récits, par des lectures, des promenades en commun à Schœnbrunn et à Ischl et que cette femme n'a jamais abusé de sa faveur pour intriguer. Tous les ans je prenais un congé pour porter, au printemps, les premières violettes à l'impératrice, soit à Goedœllœ, soit à Territet, et elle me retenait plusieurs jours auprès d'elle».
   Un mot qui résume cette situation particulière de l'ancienne artiste du Burg-Theater courait les salons de Vienne ces temps derniers. « En perdant l'impératrice, a dit Mme Schratt, j'ai tout perdu. » Mot paradoxal, non sans quelque justesse toutefois. Tout le monde à la cour et dans la famille impériale n'avait pas pour la lectrice de l'empereur, la Scheherazade aux mille et un contes, la même indulgence détachée et surnaturelle qu'avait l'impératrice Elisabeth. Surtout depuis la mort de celle-ci, l'empereur a été pressé, dit-on, avec une instance particulière par l'archiduchesse Marie-Valérie, sa fille tendrement aimée, de renoncer à une amitié devenue une chère habitude. Mme Schratt voyage ; elle « laisse faire le temps, sa patience et son roi ». Et, comme il est dans l'ordre des choses humaines, les oppositions désarmeront : elle reverra la Hofburg ou, tout au moins, les rencontres incognito de Schœnbrunn.

Invitation à la lecture

    
    J'invite les lectrices et lecteurs que l'histoire des Habsbourg et des Wittelsbach passionne à découvrir les textes peu connus consacrés à mon ami le prince héritier Rodolphe réunis dans Rodolphe. Les textes de Mayerling (BoD, 2020).

Voici le texte de présentation du recueil  (quatrième de couverture):

   Suicide, meurtre ou complot ? Depuis plus de 130 années, le drame de Mayerling fascine et enflamme les imaginations, et a fait couler beaucoup d'encre. C'est un peu de cette encre que nous avons orpaillée ici dans les fleuves de la mémoire : des textes pour la plupart oubliés qui présentent différentes interprétations d'une tragédie sur laquelle, malgré les annonces répétées d'une vérité historique définitive, continue de planer le doute.
   Comment s'est constituée la légende de Mayerling? Les points de vue et les arguments s'affrontent dans ces récits qui relèvent de différents genres littéraires : souvenirs de princesses appartenant au premier cercle impérial, dialogue politique, roman historique, roman d'espionnage, articles de presse, tous ces textes ont contribué à la constitution d'une des grandes énigmes de l'histoire.

Le recueil réunit des récits publiés entre 1889 et 1932 sur le drame de Mayerling, dont voici les dates et les auteurs :

1889 Les articles du Figaro
1899 Princesse Odescalchi
1900 Arthur Savaète
1902 Adolphe Aderer
1905 Henri de Weindel
1910 Jean de Bonnefon
1916 Augustin Marguillier
1917 Henry Ferrare
1921 Princesse Louise de Belgique
1922 Dr Augustin Cabanès
1930 Gabriel Bernard
1932 Princesse Nora Fugger

Le dernier récit, celui de la princesse Fugger, amie de la soeur de Mary Vetsera, est pour la première fois publié en traduction française. Il n'était jusqu'ici accessible qu'en allemand et en traduction anglaise.

Luc-Henri Roger, Rodolphe. Les textes de Mayerling, BoD, 2020. En version papier ou ebook (ebook en promotion de lancement).

Commande en ligne chez l'éditeur, sur des sites comme la Fnac, le Furet du nord, Decitre, Amazon, etc. ou via votre libraire (ISBN 978-2-322-24137-8)

mercredi 21 octobre 2020

Les cigarettes de l'impératrice Elisabeth

    Sissi fumait comme une cheminée, c'est ce que nous apprend l'Indépendant des Basses-Pyrénées du  28 juillet 1891 dans un article intitulé Les femmes qui fument dont voici l'extrait concernant l'impératrice :

    Car les femmes du monde fument à qui mieux mieux, et l’exemple leur vient de haut. Jugez-en plutôt : l'impératrice Elisabeth d'Autriche fume trente à quarante cigarettes turques ou russes chaque jour et, depuis de nombreuses années, elle a l'habitude de tirer quelques bouffées d’un énorme cigare italien de grossière fabrique, après son dîner, tout en savourant sa tasse de café maure. Sur sa table à écrire, on voit toujours une boite en argent, d'un beau travail de repoussé ; elle est remplie de cigarettes ; à côté, un porte-allumettes en jade et un large cendrier en or. S. M. Apostolique allume, presque machinalement, cigarette après cigarette, surtout lorsqu'elle se trouve au château de Gödöllö, dont elle affectionne la bibliothèque, avec ses beaux panneaux de chêne sculpté, ses tapisseries des Gobelins et ses trophées de chaise. Qui peut examiner à loisir la main frêle et blanche do l'impératrice, y découvre, au pouce et à l'index, la faible tache jaune qui dénonce la fumeuse de cigarettes.

    L'article est repris, sans citation de source (il n'y a pas de petit profit !) et dans un autre contexte par le Voleur illustré du 23 août 1894 et par le journal hebdomadaire illustré parisien La Joie de la maison du 30 août 1894.
    Le Courrier de Saône-et-Loire avait lui aussi repris l'info le 8 mai1892, ajoutant que les sœurs de Sissi, l'ex-reine de Naples et la duchesse d'Alençon, fumaient également. L'article du Courrier est très british puisqu'il est intitulé " Cigarettes all right! "

    Je lis par ailleurs que la mère Esterhazy, une comtesse rapporteuse qui lui avait été imposée comme première dame d’honneur et maîtresse de chambre, avait constaté que la jeune impératrice fumait, et ne manqua pas d'aller cafarder chez la belle-mère de Sissi, la mère de l'empereur François-Joseph. Et de raconter que, doux Jésus ! Sissi faisait de plus venir ses cigares de l'étranger ! La chaîne de la médisance continua, l'archiduchesse se serait aussitôt rendue chez son empereur de fils pour dénoncer le vice de sa belle-fille. Une femme qui fume, quelle honte ! Mais une impératrice ! En plus elle fume à table, non mais ! Le médecin de la cour, le Dr Seeburger, ajouta qu'une femme ne pouvait remplir ses devoirs maternels si elle fumait, ce qui dût mettre l'archiduchesse Sophie aux anges...
    François-Joseph en aurait parlé à Sissi, lui signalant peut-être que seules les actrices et les demi-mondaines fumaient, mais l'impératrice continua de se faire plaisir.
    La nicotine, on le sait, est une drogue dure dont il est fort difficile de se libérer. Mais ce n'était pas la seule qu'appréciait l'impératrice qui faisait aussi usage de cocaïne, une substance qu'à la fin du 19ème siècle on considérait comme sédatif et anti-dépresseur, et qui fut longtemps en vente libre. Je lis que Sissi ne se déplaçait jamais sans sa trousse à cocaïne, ... à vérifier. (Il semble que la dite trousse soit visible au musée de Vienne). 

    Ceci dit, le petit cousin de Sissi, le roi Louis II de Bavière, fumait lui aussi. Voir notre article.

lundi 19 octobre 2020

Un portrait de l'impératrice Elisabeth d'Autriche par la Baronne Staffe (1895)

« Il faut faire intervenir son moi le moins possible, c'est presque toujours un sujet gênant ou ennuyeux pour autrui ». 

     Baronne Staffe

La baronne Staffe (un pseudonyme pour Blanche Soyer), bien connue par son best-seller Usages du monde : règles du savoir-vivre,  tint aussi le carnet mondain de la Nouvelle Revue de 1895 à 1899. En juillet 1895, elle y donna ce beau portrait sensible de l'impératrice Elisabeth, qui détaille avec précision la toilette et les accessoires portés par l'impératrice :

    Une autre mère inconsolée [...], l'impératrice Élisabeth d'Autriche, est toujours vêtue de noir depuis la mort tragique de son premier-né. Ces sombres toilettes, dont la magnificence n'est pas exclue, font un cadre à souhait à la beauté mélancolique de l'une des femmes les plus admirées de ce siècle. Je me hâte de dire que celle qui pleure si fidèlement l'archiduc Rodolphe, tout à sa douleur maternelle, s'occupe peu aujourd'hui des toilettes plus ou moins seyantes. C'est sa grâce inaltérable qui fait valoir les costumes qu'on lui compose, Elle a bien voulu l'autre jour présider le cercle de la cour, grand effort pour ses pauvres nerfs. Ç'a été une apparition inoubliable. Sa longue jupe, à la  traîne sans fin, et son corsage étaient en velours noir, voilé de mousseline de soie noire, brodé de violettes noires, à cœur de perle. Sur ses superbes cheveux, un diadème de perles noires et de diamants noirs, d'où s'échappait un voile en gaze de soie noire poudrée de jais, aussi long que la robe. Autour du beau cou que vous savez, un rang de perles noires alternées de brillants. A la main, un bouquet de violettes russes, mélangées de violettes napolitaines, dont les tiges étaient nouées d'un flottant ruban noir, brodé de jais ; de ce ruban pendait un énorme éventail de marabouts noirs, timbré d'une couronne en diamants.
    On ne saurait assez dire comme elle était imposante et belle, dans cette toilette, d'une incomparable élégance, dans sa sévérité. la souveraine infortunée, la mère désolée.

Baronne  S T A F F E.

Invitation à la lecture

    
    J'invite les lectrices et lecteurs que l'histoire des Habsbourg et des Wittelsbach passionne à découvrir les textes peu connus consacrés à mon ami le prince héritier Rodolphe réunis dans Rodolphe. Les textes de Mayerling (BoD, 2020).

Voici le texte de présentation du recueil  (quatrième de couverture):

   Suicide, meurtre ou complot ? Depuis plus de 130 années, le drame de Mayerling fascine et enflamme les imaginations, et a fait couler beaucoup d'encre. C'est un peu de cette encre que nous avons orpaillée ici dans les fleuves de la mémoire : des textes pour la plupart oubliés qui présentent différentes interprétations d'une tragédie sur laquelle, malgré les annonces répétées d'une vérité historique définitive, continue de planer le doute.
   Comment s'est constituée la légende de Mayerling? Les points de vue et les arguments s'affrontent dans ces récits qui relèvent de différents genres littéraires : souvenirs de princesses appartenant au premier cercle impérial, dialogue politique, roman historique, roman d'espionnage, articles de presse, tous ces textes ont contribué à la constitution d'une des grandes énigmes de l'histoire.

Le recueil réunit des récits publiés entre 1889 et 1932 sur le drame de Mayerling, dont voici les dates et les auteurs :

1889 Les articles du Figaro
1899 Princesse Odescalchi
1900 Arthur Savaète
1902 Adolphe Aderer
1905 Henri de Weindel
1910 Jean de Bonnefon
1916 Augustin Marguillier
1917 Henry Ferrare
1921 Princesse Louise de Belgique
1922 Dr Augustin Cabanès
1930 Gabriel Bernard
1932 Princesse Nora Fugger

Le dernier récit, celui de la princesse Fugger, amie de la soeur de Mary Vetsera, est pour la première fois publié en traduction française. Il n'était jusqu'ici accessible qu'en allemand et en traduction anglaise.

Luc-Henri Roger, Rodolphe. Les textes de Mayerling, BoD, 2020. En version papier ou ebook (ebook en promotion de lancement).

Commande en ligne chez l'éditeur, sur des sites comme la Fnac, le Furet du nord, Decitre, Amazon, etc. ou via votre libraire (ISBN 978-2-322-24137-8)

Mit der Kamera über den Bozner Markt — 22 Fotos

  © Marco Pohle