vendredi 15 juillet 2022

Festival d'opéra de Munich — Récital Haendel de Sonya Yoncheva au Prinzregententheater de Munich


    Il est des soirées enchanteresses baignées d'un pur bonheur musical.  Ainsi du concert unique de Sonya Yoncheva et des Arts florissants qui nous ont offert un somptueux récital haendélien. 
    Sonya Yoncheva. l’une des sopranos les plus demandées au monde, triomphe sur les plus grandes scènes avec entre autres ses interprétations d'héroines de Verdi ou de Puccini. L'Opéra de Munich a déjà accueilli sa Violetta et sa Mimi. Elle n'a pas pour autant oublié que, passionnée par un répertoire plus ancien, elle avait débuté sa carrière en excellant dans le chant baroque, comme en témoigne son disque Rebirth, paru en 2021 chez Sony. Sur scène, sa Poppea ou son Alcina sont restées célèbres. Il est assez rare qu'une grande soprano  haendélienne soit aussi verdienne et puccinienne  et on peut imaginer que chez cezze grande dame de la chanson le bel canto et le chant baroque se fécondent l'un l'autre pour engendrer la chaleur envoûtante de cette voix unique.
    On a pu l'applaudir au Prinzregententheater de Munich où elle a présenté un récital baroque avec les Arts florissants de William Christie. Le maestro l'avait remarquée dès 2006 et l'avait invitée alor à une audition au cours de laquelle il l'avait vraiment trouvée "touchée par la grâce". En 2018, ils triomphaient ensemble avec l'Incoronazione di Poppea au Festival de Salzbourg. À Munich le concert  était consacré au seul Haendel, l'un de leurs compositeurs fétiches, Haendel, un programme sur-mesure qu’ils ont composé ensemble, avec une sélection des plus grands airs lyriques, de Serse à Alcina, en passant par Agrippina, Giulio Cesare, Theodora et Rinaldo. Un répertoire dans lequel la soprano bulgare s’est imposée comme une interprète incandescente, et William Christie, en maître incontestable qui dirige l'ensemble avec un doigté d'une précision remarquable. 
    L'émotion et la théâtralité de cette musique et de ce chant extrêmement communicatifs étaient au rendez-vous. Sonya Yoncheva est apparue portant une robe fourreau lamée pailletée de sequins argentés avec un décoletté en biais et une manche unique donnant à voir l'incarnation dorée d'un bras nu, déesse musicale mouvante et émouvante jouant des longues boucles de sa chevelure auburn, offrant au regard les reflets fascinats d'un miel blond mordoré. Son chant à l'élocution précise transporte l'émotion, toutes ces émotions modulées et nuancées avec tendresse et délicatesse, qui touchent l'âme et soulèvent l'enthousiasme d'un public attentif et conquis. Sa voix offre un bouquet varié de couleurs éclatantes, ses yeux, les expressions de son visage et son corps accompagnent le chant d'une théâtralité naturelle. Elle communique  d'une manière tactile, chaleureuse et sensible  avec les musiciens, et particulièrement avec le maestro Christie et avec Nevel Lesage, l'extraordinaire  hautboïste du groupe, dont les solos sont très remarqués. Les musiciens formaient un glorieux écrin autour de la soprano bulgare dont le chant s'élevait comme une assomption glorieuse.
    Les applaudissements nourris ont favorisé de nombreux rappels (au bas mot, une demi-heure !) au cours desquels la chanteuse et l'hautboïste se sont déchaînés en offrant notamment la gentille comédie des hésitations d'un flirt amoureux. Sonya Yoncheva s'est alors  permis des jeux d'ornementation et de vocalises aussi brillants que savoureux, avec une virtuosité qui s'amusait de ses propres audaces, osant ici des pirouettes sonores, exprimant là une sensualité féminine langoureuse et gentiment rusée.
    Ah mes amis ! Quel jour de fête musicale ! Musica laetitiae comes medicina dolorum.  La musique est la compagne de la joie et un baume contre la douleur, comme le dit justement l'inscription qui orne le volet intérieur clavecin du maestro Christie, qui reproduit l'inscription du virginal de La leçon de musique, le célèbre tableau de Vermeer.

William Christie et Sonya Yoncheva

Les photos sont de © Wilfried Hösl

jeudi 14 juillet 2022

Le testament de Sophie-Charlotte en Bavière, duchesse d'Alençon.

Carte postale ancienne.  Le premier gisant de la duchesse par
Louis-Ernest Barrias (aujourd'hui au musée de Dreux)

Testament de la duchesse d'Alençon * 

On s'en souvient, c'était le 4 mai 1897, de nobles victimes, appartenant à l'élite de la société, périrent dans la terrible catastrophe du Bazar de la Charité, à Paris. Au milieu d'elles se trouvait Mme la duchesse d'Alençon, qui donna l'exemple de l'héroïsme et du plus sublime sacrifice. En effet, tandis que les assistants s'empressaient pour la sauver et lui criaient : « Fuyez, Madame, fuyez 1 », elle, très calme, repoussant avec douceur les mains tendues, répondait: « Non, d'abord mes jeunes filles ! » Et elle mourut, à genoux, tout entière à sa prière. Cette royale victime de la charité, qui était aussi une associée fervente du Rosaire et une fidèle Tertiaire de l'Ordre de Saint-Dominique, avait fait, quelques mois auparavant, un testament que nous reproduisons pour l'édification de nos lecteurs : 

« Je désire et je demande que, quand je serai morte, une religieuse, ou une Sœur du Tiers Ordre de Saint-Dominique, de la Fraternité du couvent, 222, faubourg Saint-Honoré, me coupe les cheveux et les brûle en entier et immédiatement, sans en garder pour qui que ce soit, excepté mon bien-aimé mari, le duc d'Alençon, s'il en désire; mais je le prie de se conformer à mon désir et de laisser détruire mes cheveux entièrement.
« J'ai déjà exprimé, dans une lettre adressée à mon mari en avril 1894 et qui se trouve dans un carton avec mon habit religieux de Saint Dominique, que je désire être habillée immédiatement par une religieuse ou une Sœur du Tiers Ordre.
« Je demande qu'on veuille bien mettre le chapelet que je porte toujours avec moi entre mes mains pour l'emporter dans ma tombe ; de même un crucifix et la règle du Tiers Ordre, signée par mes supérieurs et qu'on retrouvera dans mon sac de voyage.
« Je désire être déposée dans un cercueil tout à fait simple et non capitonné, comme une religieuse, la figure recouverte par un voile.
« Je désire que ce soit un Père dominicain qui fasse les prières à ma mise en bière.
« Je demande à mon bien-aimé mari de faire mettre l'inscription suivante sur mon cercueil :
SOPHIE- CHARLOTTE, DUCHESSE D'ALENÇON NÉE DUCHESSE EN BAVIÈRE, SŒUR MARIE-MADELEINE, DU TIERS ORDRE DE LA PÉNITENCE DE SAINT-DOMINIQUE
avec les dates de ma naissance et de ma mort.
« Je désire qu'on mette la même inscription sur le sacorphage, sans épitaphe, seulement une parole sur la miséricorde de Dieu qu'on trouvera dans l'Écriture Sainte.
« Je voudrais être placée à côte de mon mari, l'ange gardien de ma vie.
« Je demande qu'on me fasse les obsèques les plus simples, sans fleurs, sans musique. Je désire beaucoup que la messe soit dite par un Père dominicain, qui dira aussi les dernières prières dans le caveau.
SOPHIE-CHARLOTTE, duchesse d'Alençon.
« Mentelberg, 4 octobre 1896. »

* Texte publié en 1913 dans le Bulletin du Diocèse de Reims 

Entretien avec Valentin Schwarz, le metteur en scène du nouveau Ring de Bayreuth


L'entretien a été réalisé en allemand. En voici une traduction. Si vous pratiquez l'allemand, vous trouverez le texte original de l'entretien sur mon blog https://luc-henri-roger.blogspot.com/20 ... hwarz.html

Luc Roger (LR) Valentin Schwarz, merci d'avoir accepté de participer à cette interview. En 2019, Katharina Wagner a annoncé qu'elle vous avait pressenti pour mettre en scène l'Anneau du Nibelung au Festival de Bayreuth en 2020, en équipe avec le scénographe Andrea Cozzi, avec lequel vous avez déjà mis plusieurs opéras en scène et avec lequel vous avez également remporté le Ring Award à Graz en 2017. La Tétralogie n'a pas pu être représentée en 2020 en raison de la pandémie. En 2019, vous veniez de fêter vos 30 ans, ce qui fait probablement de vous le plus jeune metteur en scène de l'histoire du Ring de Bayreuth. Pourriez-vous nous décrire les circonstances de cette prestigieuse investiture et nous dire ce que vous avez ressenti lorsque vous l'avez apprise ?

Valentin Schwarz Tout d'abord, c'est bien sûr un grand honneur de se voir proposer de mettre en scène le Ring sur la Colline verte, d'autant plus que je me passionne pour le Ring de Wagner depuis des décennies. Une telle chance ne se présente qu'une fois dans la vie de chaque metteur en scène et je n'ai jusqu'à présent pas regretté un seul instant d'avoir accepté. Le Ring est incroyablement gratifiant et ici, à Bayreuth, les compétences de chaque musicien d'orchestre et de chaque chanteur sont immenses. On est donc très fier de pouvoir participer à l'histoire de cette réception.

LR Vous avez étudié la mise en scène de théâtre musical et la philosophie. Qu'est-ce qui a éveillé votre vocation ? Quand avez-vous su que c'était ce que vous vouliez entreprendre ? Est-ce votre famille ou votre entourage qui vous a donné le goût de l'opéra ? Avez-vous suivi une formation musicale ?

Valentin Schwarz Je viens effectivement d'une famille de musiciens où il était naturel d'aller à l'opéra ou au concert le samedi, d'apprendre à jouer d'un instrument (dans mon cas, le violon depuis l'âge de 7 ans) ou encore de plonger dans la bibliothèque et de sortir une réduction pour piano de L'Or du Rhin et de chanter à neuf ans sur un enregistrement de Solti — j'en ai même conservé une photo. En même temps, j'ai toujours été enthousiasmé par la liberté, le plaisir de jouer et par la capacité d'utopie que le théâtre offre à une société. Et réunir ces deux passions : la musique et le théâtre pour étudier la mise en scène musicale et théâtrale était une démarche cohérente.

LR Quand avez-vous eu votre premier contact avec l'œuvre et la figure de Richard Wagner ? Comment vous êtes-vous familiarisé avec son œuvre ? Votre approche des opéras de Wagner a-t-elle évolué au fil du temps ?

Valentin Schwarz Je crois me souvenir que j'ai pu accompagner mes parents à une représentation du Hollandais volant à l'âge de neuf ans. Pour les enfants, ces décors plastiques et féeriques sont en effet incroyablement fascinants, c'est tout à la fois sujuguant et bouleversant. Plus tard, à l'adolescence, on devient sensible à la grande émotion et à la multidimensionnalité de cette musique, à l'utilisation stupéfiante des leitmotivs, etc. Malheureusement, on découvre aussi ce que Wagner a de repoussant, son antisémitisme impardonnable, et on commence à prendre ses distances en développant un regard critique. En tant que metteur en scène, on enregistre toutes ces impressions en même temps et je suis étonné de voir à quel point les idées de Wagner étaient puissantes et pratiques pour le théâtre. Le Ring montre justement que Wagner est un observateur incroyablement précis des relations humaines et un psychologue avant la lettre.

LR On a pu lire dans la presse que votre projet consistait à jouer le Ring dans le style d'une série Netflix, à mettre en scène une épopée ou une saga familiale ? Voudriez-vous évoquer votre point de vue sur l'œuvre ? Quel est à vos yeux le poids du prologue par rapport aux trois journées ?

Valentin Schwarz Il est surprenant de constater à quel point Wagner s'en sort avec peu de personnages pendant ces 15 heures, et ce n'est un secret pour personne que presque tous les personnages sont apparentés les uns avec les autres. Il faut donc vraiment être aveugle pour NE PAS voir dans le Ring un drame familial, avec tous les champs de conflits intrafamiliaux qui peuvent nous servir de potentiel d'identification. Souvent, le Ring est compris comme un modèle d'explication du monde, les personnages sont réduits à des porteurs d'idées et dans ce contexte on oublie l'aspect purement humain, l'aspect interpersonnel. Nous avons voulu nous pencher à nouveau sur ces personnages qui nous accompagnent pendant toute une semaine à travers les générations et nous avons été étonnés de voir à quel point ils nous ressemblent, en bien comme en mal, et surtout dans toutes les nuances possibles et imaginables de gris entre ces deux extrêmes.

LR On lit aussi que vous vous efforcez de faire ressortir l'humanité des différents protagonistes. Ces dieux, ces Walkyries, ces héros, ces nains et ces dragons sont-ils à vos yeux plus humains que mythiques ?

Valentin Schwarz Certainement. Wagner se référait toujours à la tragédie grecque comme grand modèle. Les personnages germaniques du Ring ressemblent davantage, au point de vue comportemental, aux dieux attiques avec leurs jalousies et leurs intrigues humaines. Wagner avait en tête des êtres humains représentés par des êtres humains et agissant pour nous, les humains du public. La qualité du mythe ne consiste pas à placer les personnages sur un piédestal quelconque, mais à les rendre tangibles ici et maintenant, à tout moment.

LR En ce qui concerne la relation entre la musique et la mise en scène : comment imaginez-vous leur interdépendance, comment interagissent-elles ? Comment se nourrissent-elles mutuellement ? Votre mise en scène reflète-t-elle par exemple les leitmotivs et les rythmes de l'œuvre ?

Valentin Schwarz Wagner a créé ce système de leitmotivs avec un zèle immense et une volonté de créer, de maintenir d'une manière ou d'une autre la cohésion musicale de cette structure en prose qu'il a collée de manière sauvage. Ignorer ce fait de manière simple ou délibérée serait déjà commettre une grande erreur structurelle. Ce qu'il y a de plus intéressant que la recherche de congruences entre l'image et le son, c'est l'accentuation non dissimulée des divergences, là où le contenu des mots et le narrateur auctorial — l'orchestre — ne coïncident plus et où s'ouvrent des abîmes sémantiques. C'était très amusant de pouvoir ensuite les évoquer ensuite de manière psychologique.

LR Venons-en à la question du temps. Hormis le prologue, les trois journées sont souvent perçus comme extrêmement longues par les non wagnériens ou un public moins averti, beaucoup sont effrayés par la durée du spectacle. Comment gérez-vous ce phénomène ?

Valentin Schwarz L'immersion dans un monde, la compréhension et la pénétration des personnages ne se font justement pas en un après-midi. Comme nous y ont habitués les romans et les séries en tant que médias épiques, la première impression que nous avons d'un personnage ou d'une situation est souvent trompeuse : celui qui est en apparence méchant a tout à coup de bonnes raisons d'agir de cette manière, le héros finit par présenter des fissures dans son apparence glorieuse et le mariage soi-disant parfait est déjà brisé depuis longtemps. Ces évolutions et ces prises de conscience ne sont pas des approximations erronées, mais nous définissent en tant qu'êtres humains avec toutes les nuances que cela peut comporter. Et c'est là que, même après une longue Walkyrie, on peut avoir envie, du moins peut-on l'espérer, de savoir à tout prix, en quittant le Festspielhaus, ce qui va se passer avec cette Brünnhilde, avec ce Wotan.

LR Pourriez-vous lever un coin du voile sur le ou les lieux de l'action ? Avez-vous conçu un espace unique avec Andrea Cozzi ou avez-vous différencié les lieux de l'action ?

Valentin Schwarz La famille en tant que noyau est également à considérer d'un point de vue géographique. Du point de vue de l'esthétique et du contenu, nous sommes partis d'un grand espace, un "Ring", un cercle où se retrouvent, au fil des décennies, les membres de cette grande famille ainsi que leurs visiteurs non invités. La tension vient de la transformation des espaces qui, comme les personnages, sont livrés à l'implacable passage du temps et nous donnent un aperçu des conditions de vie dans des perspectives toujours nouvelles.

LR Votre double formation de philosophe et de metteur en scène vous a-t-elle permis de vous rapprocher de la vision du monde contenue dans l'œuvre du maître ? L'œuvre d'art totale est-elle également philosophique ? Le Ring a-t-il un pouvoir de transformation ?

Valentin Schwarz Comme on le sait, Wagner voulait déclencher une transformation sociale avec son œuvre d'art totale, il a été longtemps actif sur le plan politique et s'est suffisamment exprimé à ce sujet dans ses écrits, dont les perspectives intellectuelles se nourrissent de nombreuses sources. Les qualités essentielles de Wagner résident toutefois dans ses œuvres scéniques, dont la tradition de représentation à travers les âges prouve que, outre l'aspect musical, la valeur réside essentiellement dans leur robustesse au niveau de l'histoire de l'esprit : comme d'autres grandes œuvres de l'histoire de l'art, chaque époque tente de trouver ou d'interpréter dans l'œuvre de Wagner des vérités sur l'ici et le maintenant, avec plus ou moins de succès. Cette ambiguïté et le consensus dans le dissensus (le principe du conflit nécessaire) font du Ring une carte blanche mythique dont nous nous approchons toujours à nouveau, notamment à Bayreuth, où l'étude intensive des quelques œuvres éternellement identiques oblige à de nouvelles approches. Ce potentiel de changement, cette capacité à s'autocorriger en permanence, fait du Ring, dans son mythe, un média directeur potentiel d'une (critique de) société, qu'il s'agit d'établir à nouveau dans le genre du théâtre musical.

LR Sur un plan plus pratique : comment travaillez-vous avec votre scénographe Andrea Cozzi et avec le chef d'orchestre et maestro Pietari Inkinen ? Quelle est l'importance du travail d'équipe ?

Valentin Schwarz Le Ring est un projet gigantesque, une entreprise exigeante pour des centaines de personnes qui travaillent ensemble à cette vision. Chaque personne est impliquée et nécessaire. La chance que j'ai, c'est de pouvoir intégrer les différentes perspectives et points de vue de Pietari et de tous les autres membres de l'équipe et de trouver la meilleure solution pour le résultat artistique grâce à un échange intensif. L'ouverture à la communication et la disponibilité constante au dialogue vont de soi, un pilotage automatique autoritaire n'aurait pas sa place ici.

LR Enfin, entre 2020 et aujourd'hui, votre mise en scène du Ring a-t-elle évolué ?

Valentin Schwarz Le Ring vous change et continue à vous travailler en profondeur. De même que le grand tout, le concept et le monde inventé demeurent comme ancrage, il y a dans chaque mise en scène des milliers de détails que l'on continue à peaufiner. Chaque petit détail, chaque pièce de mosaïque dans le tableau qui ne brillerait que d'un éclat mat au lieu d'un éclat doré, peut ternir l'ensemble du tableau. Le travail sur le Ring est un travail sur nous-mêmes — de même que la première ne représente pas un point final, et que l'on continuera à travailler dans l'atelier de Bayreuth les années suivantes, de même n'en avons-nous jamais fini avec nous-mêmes et sommes toujours curieux de ce qui nous attend.

LR Merci infiniment, Valentin Schwarz, d'avoir pris le temps d'offrir à nos lecteurs ces précieux éclairages.

Crédit photographique © Davod Sünderhof

Interview mit Valentin Schwarz, Regisseur des neuen Rings der Bayreuther Festspiele 2022


Luc Roger (LR) Valentin Schwarz, vielen Dank, dass Sie sich bereit erklärt haben, an diesem Interview teilzunehmen. 2019 kündigte Katharina Wagner an, dass sie Sie ins Auge gefasst hatte, um den "Ring des Nibelungen" bei den Bayreuther Festspielen 2020 zu inszenieren, im Team mit dem Bühnenbildner Andrea Cozzi, mit dem Sie bereits mehrere Opern inszeniert haben und mit dem Sie 2017 auch den Ring Award Graz gewannen. Die "Tetralogie"   konnte 2020 aufgrund der Pandemie nicht aufgeführt werden. Im Jahr 2019 hatten Sie gerade Ihren 30. Geburtstag gefeiert, was Sie wahrscheinlich zum jüngsten Regisseur in der Geschichte des Bayreuther Rings macht. Würden Sie uns die Umstände dieser prestigeträchtigen Ernennung schildern und uns sagen, wie Sie sich gefühlt haben, als Sie davon erfuhren?

Valentin Schwarz Also erstmal ist es natürlich eine große Ehre, das Angebot zu bekommen, auf dem Grünen Hügel inszenieren zu dürfen, zumal ich mich seit Jahrzehnten mit Wagners "Ring" beschäftige. So eine Chance gibt es für jeden Regisseur nur einmal im Leben und ich habe bislang keinen Augenblick bereut, zugesagt zu haben. Der "Ring" ist unglaublich erfüllend und hier in Bayreuth ist das Wissen bei jedem Orchestermusiker und Sänger immens. Da wird man auch ein wenig stolz, jetzt Teil dieser Rezeptionsgeschichte zu werden.

LR Sie haben Musiktheaterregie und Philosophie studiert. Was hat Ihre Berufung geweckt? Wann wussten Sie, dass es das war, was Sie unternehmen wollten? Hat Ihre Familie oder Ihr Bekanntenkreis Sie auf den Geschmack der Oper gebracht? Haben Sie eine musikalische Ausbildung genossen?

Valentin Schwarz Ich komme tatsächlich aus einer Musikerfamilie, wo es selbstverständlich war, samstags in die Oper oder ins Konzert zu gehen, ein Instrument zu lernen (in meinem Fall die Geige seit meinem 7. Lebensjahr) oder auch ins Regal zu greifen und einen Klavierauszug des "Rheingolds" hervorzuholen und mit neun Jahren zu Soltis Aufnahme mitzusingen - wovon es sogar ein Foto gibt. Gleichzeitig war ich immer von der Freiheit, Spielfreude und Utopiefähigkeit begeistert, die das Theater einer Gesellschaft schenkt. Und diese beiden Leidenschaften: Musik und Theater zum Studium der Musik-Theater-Regie zusammenzuführen, war ein konsequenter Schritt.

LR Wann hatten Sie Ihren ersten Kontakt mit dem Werk und der Person Richard Wagners? Wie haben Sie sich in sein Werk eingearbeitet? Hat sich Ihr Zugang zu Wagners Opern im Laufe der Zeit verändert?

Valentin Schwarz Angeblich durfte ich meine Eltern mit neun Jahren in eine Aufführung des "Fliegenden Holländer" begleiten, gerade für Kinder sind diese plastischen, märchenhaften Settings ja unglaublich faszinierend, überfordernd und überwältigend. Später als Jugendlicher begeistert die hohe Emotionalität und Mehrdimensionalität dieser Musik, die stupende Verwendung der Leitmotive etc. Leider entdeckt man dann auch das Abstoßende von Wagner, seinen unverzeihlichen Antisemitismus und es beginnt die kritische Distanzierung. Als Regisseur nimmt man all diese Eindrücke zusammen auf und ich staune, wie robust und theaterpraktisch Wagners Ideen waren. Gerade der "Ring" zeigt Wagner als unglaublich genauen zwischenmenschlichen Beobachter und Psychologen avant la lettre.

LR In der Presse war zu lesen, dass Ihr Projekt darin besteht, den Ring im Stil einer Netflix-Serie aufzuführen, ein Epos oder eine Familiensaga zu inszenieren? Könnten Sie bitte Ihren Blickwinkel auf das Werk erwähnen? Welches Gewicht hat der Prolog Ihrer Meinung nach im Vergleich zu den drei Tagen?

Valentin Schwarz Es ist erstaunlich, mit wie wenig Personal Wagner über diese 15 Stunden auskommt, und es ist kein Geheimnis, dass über drei Ecken auch fast alle Figuren miteinander verwandt sind. Es gehört also viel Blindheit dazu, im "Ring" KEIN Familiendrama zu sehen, mit allen innerfamiliären Konfliktfeldern, die uns als Identifikationspotential dienen können. Oft wird der "Ring" ja als Welterklärungsmodell verstanden, die Figuren als Ideenträger verkürzt und das Reinmenschliche, das Zwischenmenschliche darüber hinweg vergessen. Wir wollten nochmal genau reinblicken in die Figuren, die uns da über eine Woche über die Generationen hinweg begleiten und waren erstaunt, wie ähnlich sie uns sind, im Guten, im Schlechten, und vor allem in allen erdenklichen Graustufen dazwischen.

LR Man liest auch, dass Sie sich bemühen, die Menschlichkeit der verschiedenen Protagonisten herauszuarbeiten. Sind diese Götter, Walküren, Helden, Zwerge und Drachen in Ihren Augen eher menschlich als mythisch?

Valentin Schwarz Sicherlich. Wagner hatte ja als großes Vorbild immer die griechische Tragödie vor Augen und die germanischen Figuren im "Ring" gleichen verhaltenstechnisch ja auch vielmehr den attischen Göttern mit ihren allzumenschlichen Eifersüchteleien und Intrigen. Wagner hatte Menschen vor Augen, die von Menschen dargestellt werden und für uns Menschen im Publikum agieren. Die Qualität des Mythos zeigt sich ja nicht darin, die Figuren anhimmelnd auf irgendwelche Sockel zu stellen, sondern sie im Hier und Jetzt zu allen Zeiten erfahrbar zu machen

LR Was die Beziehung von Musik und Inszenierung betrifft: Wie stellen Sie sich ihre Wechselbeziehung vor, wie interagieren sie? Wie nähren sie sich gegenseitig? Spiegelt Ihre Inszenierung z. B. die Leitmotive und Rhythmen des Werks wider?

Valentin Schwarz Wagner schuf dieses Leitmotiv-System ja mit immensem Eifer und Gestaltungswillen, dieses von ihm wild collagierte Prosa-Gebilde musikalisch irgendwie zusammenzuhalten. Darüber einfältig oder mutwillig hinwegzugehen, wäre schon strukturell ein großer Fehler. Interessanter als das oberlehrerhafte Aufspüren von Bild-Ton-Kongruenzen ist allerdings die unverschleierte Betonung der Diskrepanzen, wo Wortinhalt und der auktoriale Erzähler - das Orchester - nicht mehr übereinstimmen und sich semantische Abgründe auftun. Die dann psychologisch herzuleiten, hat total Laune gemacht.

LR Kommen wir zur Frage der Zeit. Abgesehen vom Prolog werden die drei Tage von Nicht-Wagnerianern oder einem weniger sachkundigen Publikum oft als extrem lang empfunden, viele sind von der Dauer der Aufführung erschrocken. Wie gehen Sie mit diesem Phänomen um?

Valentin Schwarz Das Eintauchen in eine Welt, das Verstehen und Durchdringen von Figuren geht eben nicht an einem Nachmittag. Wie wir es von Romanen und Serien als epische Medien gewohnt sind, täuscht oft der erste Eindruck, den wir von einer Figur oder einer Situation gewinnen: Der offenkundige Bösewicht hat auf einmal gute Gründe für sein Handeln, der strahlende Held zeigt Risse und die angeblich heile Ehe ist schon längst zerbrochen. Diese Entwicklungen und Erkenntnisse sind keine fehlerhaften Unschärfen, sondern definieren uns als Menschen in allen Schattierungen. Und da will man hoffentlich auch nach einer langen "Walküre" beim Verlassen des Festspielhauses unbedingt wissen, wie es mit dieser Brünnhilde, mit diesem Wotan weitergeht.

LR Könnten Sie eine Ecke des Schleiers über den oder die Handlungsorte lüften? Haben Sie mit Andrea Cozzi einen einzigen Raum konzipiert oder haben Sie die Handlungsorte differenziert?

Valentin Schwarz Die Familie als Zentrum ist auch geografisch zu sehen. Ästhetisch und inhaltlich sind wir von einem großen "Ring"-Schauplatz ausgegangen wo sich über die Jahrzehnte hinweg die Mitglieder dieser Großfamilie samt ihrer ungebetenen Gäste einfinden. Die Spannung kommt über die Veränderung der Räume, die wie die Personen der unbarmherzigen Zeit ausgeliefert sind und uns in immer neuen Perspektiven Einblicke in die Lebensumstände gewähren.

LR Hat Ihre doppelte Ausbildung als Philosoph und Regisseur Sie an die Weltanschauung herangeführt, die im Werk des Meisters enthalten ist? Ist das Gesamtkunstwerk auch philosophisch? Hat der Ring eine transformative Kraft?

Valentin Schwarz Wagner wollte bekannterweise mit seinem Gesamtkunstwerk eine gesellschaftliche Transformation anstoßen, war politisch lange Zeit aktiv und hat sich dazu hinlänglich in seinen Schriften geäußert, deren Geisteshorizonte sich aus vielen Quellen speisen. Wagners wesentliche Qualitäten liegen allerdings in seinen Bühnenwerken, deren zeitenüberdauernde Aufführungstradition ja belegt, dass - abgesehen vom musikalischen - der Wert wesentlich in deren geistesgeschichtlichen Robustheit liegen: Wie andere große Werke der Kunstgeschichte versucht jede Epoche in Wagners Werk Wahrheiten über das Hier und Heute zu finden oder hineinzuinterpretieren, mit unterschiedlichstem Erfolg. Diese Uneindeutigkeit und der Konsens im Dissens legen den Ring als mythische Carte blanche nahe, dem wir uns immer neu annähern, gerade in Bayreuth, wo die intensive Beschäftigung mit den ewig gleichen, wenigen Werken ja neue Herangehensweisen geradezu erzwingt. Dieses Veränderungspotential, die Fähigkeit zu beständigen Selbstkorrektur, macht den "Ring" in seinem Mythos zum potentiellen Leitmedium einer Gesellschaft(skritik), den es gilt, im Genre des Musiktheaters neu zu etablieren.

LR Auf einer eher praktischen Ebene: Wie arbeiten Sie mit Ihrem Bühnenbildner Andrea Cozzi und mit dem Dirigenten und Maestro Pietari Inkinen zusammen? Wie wichtig ist die Teamarbeit?

Valentin Schwarz Der  "Ring"  ist ein Mammutprojekt, ein forderndes Unternehmen für hunderte Menschen, die gemeinsam an dieser Vision mitwirken. Jede/r Einzelne ist da involviert und vonnöten. Das Glück für mich ist, die verschiedenen Perspektiven und Einsichten von Pietari und allen anderen im Team aufzunehmen und in engem Austausch die beste Lösung für das künstlerische Ergebnis zu finden. Kommunikative Offenheit und beständige Gesprächsbereitschaft sind dafür selbstverständlich, ein autoritärer Autopilot wäre hier fehl am Platz.

LR Schließlich hat sich zwischen 2020 und heute Ihre Inszenierung des Rings weiterentwickelt?

Valentin Schwarz Der "Ring" verändert einen und arbeitet innerlich fort. So wie das große Ganze, das Konzept und die erfundene Welt als Anker bestehen bleiben, gibt es in jeder Inszenierung tausende Details, an denen man weiterfeilt. Jede Kleinigkeit, jeder Mosaikstein im großen Bild, der nur matt schimmert, anstatt gold zu glänzen, kann das Bild trüben. Die Arbeit am "Ring" ist eine Arbeit an uns selbst - so wie die Premiere keinen Endpunkt darstellt und in der Werkstatt Bayreuth die nächsten Jahre weitergearbeitet wird, so sind wir mit uns selber nie zu Ende und immer neugierig auf das was uns erwartet.

LR Vielen Dank, Valentin Schwarz, dass Sie sich die Zeit genommen haben, unseren Lesern diese wertvollen Einblicke zu gewähren.

Foto © David Sünderhof

mardi 12 juillet 2022

Sophie-Charlotte duchesse d’Alençon et son fils Emmanuel d'Orléans

Photographe inconnu - Photo  de 1872

Sophie-Charlotte en Bavière et Marguerite de Savoie


Marguerite de Savoie, née à Turin en novembre 1851, qui épousera en 1868 son cousin Humbert Ier, roi d'Italie, est la fille de la princesse Élisabeth de Saxe (1830-1912), elle-même fille du roi Jean Ier de Saxe et d'Amélie de Bavière. 

Amélie de Bavière, fille du roi Maximilien Ier et de Caroline de Bade, est la soeur de Ludovika, mère de Sissi et de Sophie-Charlotte. Ludovika est donc la grand-tante de Marguerite de Savoie. Sophie-Charlotte née en 1847, devait considérer Marguerite comme une jeune "cousine".  

Mit der Kamera über den Bozner Markt — 22 Fotos

  © Marco Pohle