samedi 23 juillet 2022

Pablo Heras-Casado dirigera Parsifal en ouverture du Festival de Bayreuth 2023

 Un article de la rédaction d'Opera World, traduit avec son aimable autorisation.

Maestro Pablo Heras-Casado © Javier Salas Heras-Casado

Le Festival de Bayreuth a annoncé ce matin le programme et les détails de son édition 2023, qui s'ouvrira le 25 juillet avec une nouvelle production du Parsifal de Richard Wagner. La programmation prévoit 7 représentations placées sous la direction musicale de Pablo Heras-Casado dans la mise en scène de Jay Scheib, avec Iain Paterson (Amfortas), Tobias Kehrer (Titurel), Georg Zeppenfeld (Gurnemanz), Joseph Calleja (Parsifal), Jordan Shanahan (Klingsor) et Ekaterina Semenchuk (Kundry).

Les débuts de Pablo Heras-Casado dans le prestigieux temple wagnérien revêtent une importance considérable, puisqu'il ouvrira le festival dans son édition 2023 et créera une nouvelle production de Parsifal, le "festival scénique sacré" que Wagner a composé expressément pour Bayreuth, et qui constitue son testament artistique mystérieux, sublime et complexe, source inépuisable d'exégèses, d'interprétations et d'émotions depuis que la partition a été jouée pour la première fois, comme une cérémonie rituelle et sans applaudissements, le 26 juillet 1882. Un opéra qui fêtera ses 140 ans mardi prochain  !

Pablo Heras-Casado sera le premier directeur musical espagnol à occuper l'honorable pupitre du Festspielhaus de Bayreuth — à l'exception les trois représentations de La Walkyrie dirigées par Plácido Domingo en 2018 — , joignant son nom à une liste impressionnante de grands chefs d'orchestre, qiui va des chefs historiques historiques, Hermann Levi (qui créa l'opéra en 1882), Karl Muck, Arturo Toscanini, Richard Strauss, Wilhelm Furtwängler, Franz von Hoesslin, Clemens Krauss, Hans Knappertsbusch, Eugen Jochum, Horst Stein, Pierre Boulez, Daniel Barenboim, James Levine, Giuseppe Sinopoli et Christoph Eschenbach, aux chefs contemporains, Christian Thielemann, Adam Fischer, Daniele Gatti, Philippe Jordan, Hartmut Haenchen et Semyon Bychkov.

La carrière artistique prolifique de Pablo Heras-Casado a commencé il y a 27 ans. Son répertoire très étendu  va de la polyphonie de la Renaissance au XXIe siècle et comporte une trentaine de créations mondiales de compositeurs actuels.  Pablo Heras-Casado a dirigé son premier titre wagnérien, Le Vaisseau fantôme, en 2016 au Teatro Real, après avoir interprété un grand nombre de partitions issues de la tradition musicale d'Europe centrale, du baroque et du classicisme au romantisme allemand, sans lesquelles il n'aurait pu se plonger dans l'univers de Wagner. Par la suite, il a interprété, également dans le colisée madrilène, la grande tétralogie wagnérienne, au rythme d'un titre par saison : L'Or du Rhin (2018), La Walkyrie (2020), Siegfried (2021) et Le Crépuscule des dieux (2022). La direction de Siegfried et du Crépuscule des dieux s'est déroulée dans les circonstances difficiles des restrictions imposées par la pandémie.

Pablo Heras-Casado affrontera ses débuts à Bayreuth riche d'une solide carrière musicale , dans laquelle l'opéra occupe une place très importante, de Claudio Monteverdi à Péter Eötvös ou Mauricio Sotelo, en passant par Gluck, Mozart, Donizetti, Verdi, Wagner, Moussorgski, Falla, Ravel ou Bizet. Il a dirigé 37 productions scéniques dans d'importants théâtres lyriques du monde entier : le Teatro Real, la Scala de Milan, le Staatsoper de Vienne, la Staatsoper Unter den Linden et la Deutsche Oper de Berlin, le Metropolitan de New York et le Mariinsky Theatre de Saint-Pétersbourg, l'English National Opera, la Monnaie de Bruxelles, ou les Opéras de Bordeaux, Francfort, Baden-Baden, Amsterdam, Varsovie, Luxembourg, Los Angeles ou Toronto. Mais c'est sans doute le Teatro Real, où il est premier chef invité depuis 2015, qui lui a offert les plus grands défis en matière de direction d'opéra, avec les productions de Die Soldaten de Bernd Alois Zimmermann mis en scène par Calixto Bieto, et de la Tétralogie wagnérienne, dans la mise en scène de Robert Carsen.

Avant de s'attaquer à Parsifal sur la célèbre colline verte, Heras-Casado conclura le cycle des opéras de Monteverdi à l'Opéra d'État de Vienne (Il ritorno d'Ulisse in patria, en avril 2023) et dirigera le Parsifal en version concert en Estrémadure, à Milan et à Baden-Baden. 

Rédaction Opera World 

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vendredi 22 juillet 2022

Tragédie au Bayerische Staatsoper : le chef d'orchestre Stefan Soltesz s'effondre pendant qu'il dirigeait la Femme silencieuse.

DÉCÈS DU CHEF D'ORCHESTRE STEFAN SOLTESZ

C'est avec un choc et une profonde tristesse que le Bayerische Staatsoper a dû annoncer la perte de Stefan Soltesz. Il est décédé dans la soirée du 22 juillet 2022 après s'être effondré pendant qu'il dirigeait Die schweigsame Frau de Richard Strauss au Nationaltheater.

Le tragique événement a eu lieu à la fin du premier acte. Après un entracte improvisé un porte-parole de l'opéra a annoncé l'annulation de la suite du spectacle. Quelques heures plus tard un communiqué du Bayerische Staatsoper faisait part du décès de Stefan Soltesz.

"Je suis profondément attristé par la nouvelle de l'effondrement et du décès de Stefan Soltesz. Nous perdons un chef d'orchestre talentueux. Je perds un bon ami. Mes pensées vont à sa femme Michaela", a déclaré le directeur général Serge Dorny.

Le chef autrichien d'origine hongroise était âgé de 73 ans. Après des études à l'Université de musique et des arts du spectacle de Vienne, il fut chef d'orchestre à Vienne et à Graz et assistant musical de Karl Böhm, Christoph von Dohnányi et Herbert von Karajan au festival de Salzbourg. Il a dirigé l'Opéra national de Hambourg, l'Opéra allemand de Berlin et a été directeur musical du Théâtre national de Brunswick.

De 1992 à 1997, il fut chef d'orchestre principal de l'Opéra d'Anvers/Gand, et de 1997 à 2013, directeur musical de l'Orchestre philharmonique d'Essen et intendant du Théâtre musical Aalto.

À Munich il avait dirigé La bohème, Der fliegende Holländer, Arabella, Falstaff, Les vêpres siciliennes et Fidelio.

Wanderung in Possehofen unter der Sonne von Sisi —38 Bilder / 38 photos — Promenade à Possenhofen sous le soleil de Sissi







































 

jeudi 21 juillet 2022

O Schwalbe, leih' mir deine Flügel / Ô hirondelle, prête-moi tes ailes

Sissi a 15 ans quand elle écrit ce poème, 
au temps de ses fiançailles avec l'empereur François-Joseph


Ô hirondelle, prête-moi tes ailes, 
Oh emmène-moi dans un pays lointain, 
Je serais tellement heureuse de rompre toutes mes chaînes 
Et de détacher tous ces liens qui m'entravent! 
Et  si je pouvais voler librement avec toi là-haut 
Dans le bleu éternel du firmament, 
Comme je louerais alors avec ferveur
Le dieu qu'on appelle Liberté. 

Traduction libre de Luc-Henri Roger
Poème en allemand photographié à la gare de Possenhofen

Le nez de Chostakovitch à l'Opéra de Munich. Une bombe à retardement.

Une ville encombrée de congères de neige et de glace

Soirée riche en péripéties à l'opéra de Munich pour la reprise du Nez de Chostakovitch au cours de laquelle un porte-parole de l'opéra est venu par deux fois annoncer des changements dans la distribution. Boris Pinkhasovich qui devait chanter  Kovaljov, rien moins que le rôle principal, est subitement tombé malade, il a fallu lui trouver un remplaçant, tâche difficile car le Nez est peu représenté, la partition peu pratiquée. Le chanteur d'origine moldave Vladimir Samsonov de la troupe du Mariinsky de Saint-Pétersbourg était disponible, mais voilà ! il n'y a plus d'avion entre la Russie et l'Allemagne. La veille de la représentation, une voiture a conduit le chanteur à Helsinki d'où il a pu prendre un vol pour Munich où il lui fallut rapidement prendre connaissance de la mise en scène. Un malheur ne venant jamais seul, un des chanteurs qui assurait plusieurs petits rôles s'est cassé la jambe mais pensait pouvoir chanter des coulisses. Après l'entracte qui dura nettement plus longtemps que prévu, le porte-parole vint annoncer que l'infortuné était à son tour tombé malade et qu'un des chanteurs avait bien voulu dare-dare lire les rôles pendant l'entracte et les assurerait en déchiffrant la partition du côté de la scène. The show must go on ! Ces annonces furent accueillies par les applaudissements et les rires d'un public bon enfant. La pandémie et les accidents continuent de causer nombre de soucis aux chanteurs et aux responsables dont on ne peut qu'admirer le professionnalisme. 

Avec son premier opéra, Chostakovitch, âgé de 24 ans lors de la composition, s'était livré à une critique acerbe de la Russie post-tsariste, ravagée par la guerre mondiale, une guerre civile des plus sanglantes et la terreur croissante de l'État. L'image d'une société brutale, pleine de dupes et de violents déformés physiquement et moralement, est capturée musicalement dans une alternance grotesque de différents niveaux de style : musique de cirque et musique d'église orthodoxe russe, galops, polkas, marches et fugues se côtoient dans un style filmique dramatique. Derrière l'humour mordant se cachent la peur et la violence.  L'opéra se base sur la nouvelle homonyme de Gogol qui avait su inventer une forme particulière de la littérature fantastique, mélange de surnaturel et d'absurde. Elle est d'ailleurs considérée comme la première oeuvre moderne de la littérature de l'absurde. 

Vladimir Jurovsky avait fait le pari audacieux de commencer sa nouvelle carrière de directeur musical de l'opéra de Munich avec le premier opéra qu'ait composé le jeune Chostakovitch, une oeuvre futuriste audacieuse qui fait la part belle aux percussions (triangle, tambourin, castagnettes, tambour, crécelle, cymbales, caisse claire, tam-tam, glockenspiel, cloches, xylophone, pour ne citer qu'eux) et aux intruments à vent. Aux cordes habituelles viennent s'ajouter des balalaïkas. Jurovsky donne une direction d'orchestre inspirée et d'une précision minutieuse et souligne combien elle est exigente pour l'orchestre à qui le chef demande de se dépasser pour rendre cette oeuvre atonale (sans être cependant dodécaphonique) accessible au public. L'atonalité se retrouve aussi dans l'expression musicale des choeurs dont les sonorités ne peuvent être reliées à un langage compréhensible.


C'était la première collaboration du chef avec Kiril Serebrennikov, à la fois responsable de la mise en scène, des décors, de la vidéo et des costumes. Une collaboration compliquée du fait de l'assignation à résidence en 2017 puis de la condamnation à de la prison avec sursis en 2020 du metteur en scène russe, qui fut arrêté et inculpé pour une affaire présumée de détournement de fonds publics. Mettre en scène un opéra par conférence vidéo sans être jamais être présent tient du prodige. L'opéra avait connu sa première en ouverture de saison en octobre 2021. Il a depuis été rejoint par la réalité de la guerre en Ukraine, rendant son actualité encore plus pregnante. 

Si toute la partition est jouée, le maestro et le metteur en scène ont décidé de commun accord de déplacer les séquences 6 et 7, au cours desquelles Kovaljov retrouve son nez, pour les intercaler entre la douzième et la treizième séquences dans un souci de meilleure lisibilité théâtrale. 

La mise en scène nous fait rentrer en Absurdie : Kiril Serebrennikov a réalisé des juxtapositions d'images fortes, celles inspirées de la Russie actuelle, qui nous plongent dans les froidures glacées de l'hiver russe, dans une ville qui tente de lutter sans y parvenir contre l'abondance des neiges et des congères, dans une ville soumise à la dictature d'une majorité policière à l'embonpoint imposant et aux nez multiples qui opprime la minorité  d'apparence humaine. Kovaljov, personnage proche de celui de Grégoire Samsa dans la Métamorphose, est un fonctionnaire médiocre qui connaît une transformation car son coiffeur lui a par mégarde coupé ses nez multiples et qui veut retrouver l'hideuse apparence de ses semblables. C'est un opéra de la médiocrité, de la bêtise et de la brutalité humaines, traités par Chostakowitch avec humour et sarcasme, et pas uniquement dans la thématique : on le perçoit également fort bien musicalement, notamment dans les passages musique populaire et folklorique que le compositeur traite avec un sourire en coin.

Couverts par des masques hideux grisâtres et polynasiformes on ne reconnaît pas la plupart des chanteurs et des chanteuses qui interprètent les rôles de la classe policière dominante. Seuls Kovaljov, qui a perdu ses nez et les dominés sont à visage découvert. Il en résulte une soirée où prédomine le travail d'équipe et celui des choeurs. Vladimir Samsonov, baryton moldave au répertoire impresionnant, chante depuis longtemps le rôle de  Kovaljov. Il fait des débuts acclamés à Munich où il est arrivé en deus ex machina (automobile et aérienne) et en sauveur, mais pas seulement, il incarne un Kovaljov exceptionnel sur le plan musical et intense sur le plan scénique. La puissance dramatique du chant du baryton lyrique russe Sergei Leiferkus est impressionante. L'américaine Laura Aikin, qui chante volontiers le répertoire moderne, — sa Lulu est célèbre, — et dont la tessiture couvre trois octaves donne une Praskovaja Osipovna éclatante.

Vladimir Jurovsky définit la composition du Nez comme étant une bombe musicale  à retardement ("eine Zeitbombe"). Elle explose aujourd'hui à Munich, donnant un écho sinistre à la monstruosité de tous les régimes dictatoriaux, fauteurs de répressions et de guerres, triste rendez-vous avec l'histoire contemporaine la plus récente.

Crédit photographique © Wilfried Hösl

mercredi 20 juillet 2022

L'impératrice Elisabeth d'Autriche et la Recherche du temps perdu

Statue de l'impératrice dans le parc de l'hôtel Kaiserin Elisabeth de Feldafing.

L'impératrice, assassinée en 1898, n'a pu lire Proust, dont la Recherche fut publiée entre 1913 et 1927, une oeuvre dans laquelle il évoque peu Sissi mais bien davantage sa soeur Marie, la reine de Naples, notamment dans La prisonnière

Je me suis permis de mettre un exemplaire de La prisonnière à la disposition de l'impératrice à Feldafing, sur les bords du lac de Starnberg, là où elle aimait résider. Peut-être celle qui refusa d'être la prisonnière de l'étiquette espagnole voudra-t-elle laissser un moment le livre de poésies de Heinrich Heine qu'elle tient à la main pour se plonger dans La recherche.  

Je le crois bien puisque lorsque, une heure plus tard, après avoir dégusté le fameux gâteau glacé fait maison de l'hôtel dans le parc duquel se trouve la statue, je suis retourné prendre congé de l'impératrice. Mon livre n'y était plus, elle avait dû le ranger...

Pour lire l'histoire du monument de Feldafing, cliquer ici.



Dans Le côté des Guermantes, la troisième partie d' À la recherche du temps perdu, le narrateur est invité pour la première fois à dîner chez le duc et la duchesse de Guermantes. La duchesse anime la soirée en faisant de l'esprit, ce qui consiste essentiellement à dire du mal de personnes connues des convives. On le lira, elle ne recule devant aucune méchanceté, et ne fait preuve d'aucune retenue lorsqu'elle parle des disparus. À un moment, son mari avance que leur neveu, le marquis de Saint-Loup, parle latin :
[...] — Il parle latin, enchérit le duc.
— Comment, latin ? demanda la princesse.
— Ma parole d’honneur ! que Madame demande à Oriane si j’exagère.

— Mais comment, madame, l’autre jour il a dit dans une seule phrase, d’un seul trait : « Je ne connais pas d’exemple de Sic transit gloria mundi plus touchant » ; je dis la phrase à Votre Altesse parce qu’après vingt questions et en faisant appel à des linguistes, nous sommes arrivés à la reconstituer, mais Robert a jeté cela sans reprendre haleine, on pouvait à peine distinguer qu’il y avait du latin là dedans, il avait l’air d’un personnage du Malade imaginaire ! Et tout ça s’appliquait à la mort de l’impératrice d’Autriche !

— Pauvre femme ! s’écria la princesse, quelle délicieuse créature c’était.

— Oui, répondit la duchesse, un peu folle, un peu insensée, mais c’était une très bonne femme, une gentille folle très aimable, je n’ai seulement jamais compris pourquoi elle n’avait jamais acheté un râtelier qui tînt, le sien se décrochait toujours avant la fin de ses phrases et elle était obligée de les interrompre pour ne pas l’avaler.

[...]

Un peu plus avant, il est question de la reine de Naples, la soeur de Sissi, que la princesse de Parme, présente à ce dîner, dit devoir visiter :

[...]

« Il faut justement que j’aille voir la reine de Naples, quel chagrin elle doit avoir ! » dit, ou du moins me parut avoir dit, la princesse de Parme. [...].

— Ah ! non, répondit la duchesse, ça, je crois qu’elle n’en a aucun.

— Aucun ? vous êtes toujours dans les extrêmes, Oriane, dit M. de Guermantes reprenant son rôle de falaise qui, en s’opposant à la vague, la force à lancer plus haut son panache d’écume.

— Basin sait encore mieux que moi que je dis la vérité, répondit la duchesse, mais il se croit obligé de prendre des airs sévères à cause de votre présence et il a peur que je vous scandalise.

— Oh ! non, je vous en prie, s’écria la princesse de Parme, craignant qu’à cause d’elle on n’altérât en quelque chose ces délicieux mercredis de la duchesse de Guermantes, ce fruit défendu auquel la reine de Suède elle-même n’avait pas encore eu le droit de goûter.

— Mais c’est à lui-même qu’elle a répondu, comme il lui disait, d’un air banalement triste : Mais la reine est en deuil ; de qui donc ? est-ce un chagrin pour votre Majesté ? « Non, ce n’est pas un grand deuil, c’est un petit deuil, un tout petit deuil, c’est ma sœur. » La vérité c’est qu’elle est enchantée comme cela, Basin le sait très bien, elle nous a invités à une fête le jour même et m’a donné deux perles. Je voudrais qu’elle perdît une sœur tous les jours ! Elle ne pleure pas la mort de sa sœur, elle la rit aux éclats. Elle se dit probablement, comme Robert, que sic transit, enfin je ne sais plus, ajouta-t-elle par modestie, quoiqu’elle sût très bien.

D’ailleurs Mme de Guermantes faisait seulement en ceci de l’esprit, et du plus faux, car la reine de Naples, comme la duchesse d’Alençon, morte tragiquement aussi, avait un grand cœur et a sincèrement pleuré les siens. Mme de Guermantes connaissait trop les nobles sœurs bavaroises, ses cousines, pour l’ignorer. [...]

Le jugement du narrateur vient de tomber : la duchesse faisait seulement de l'esprit, et du plus faux !

mardi 19 juillet 2022

Le roi et la reine des Deux-Siciles au regard d'Alphonse Daudet

Le couple royal en 1860

En 1879, Alphonse Daudet publiait un roman intitulé Les rois en exil. Les rois en exil sont en réalité un unique petit roi venu d'un État imaginaire des Balkans, détrôné par une révolution et réfugié à Paris. Il est entouré par une troupe de fidèles, rêve d'une restauration triomphale, mais finit par se lasser de la vie de plaisirs que l'on mène dans la capitale. 

Ce roman était suivi de notes. Voici celles qui concernent le roi et la reine de Naples, François II et Marie-Sophie en Bavière, la soeur de l'impératrice Elisabeth d'Autriche, éphémère reine des Deux-Siciles (de 1859 à 1961), appelée aussi la reine de Naples et surnommée l'héroïne de Gaëte :

" François II, roi de Naples, élevé d'une façon étrange ; marâtre. Enfance maladive. Une jambe cassée. Passe de longs mois au château de Qui si sana (Ici on' guérit), près Naples. Air embarrassé, attitudes craintives. Bon, presque faible. A Gaëte, beaucoup de courage, de fermeté. Ce siège lui coûta gros d'argent sur sa fortune personnelle. Puis ses biens confisqués il lui reste environ 80.000 francs de rente. Vie de petit bourgeois à Saint-Mandé. Parti libéral, concessions. 40 ans,, taille moyenne, maigre, commencement de calvitie, brun, figure osseuse. «Vaut mieux qu'elle», dit D...

La reine — fille d'un duc Maximilien en Bavière, sœur de l'Impératrice d'Autriche, de la duchesse d'Alençon et de la comtesse de Trani — a été très jolie. Maigre, brune, cheveux noirs, teint mat, beaux yeux, taille mince. Grande, élégante, buste long et raide, bouche fière, lèvres minces, front bas ; cheveux relevés à plat, dentelés, légèrement ondulés, sur le cou long et dégagé — des nattes qui se replient et viennent se rattacher sur le sommet de la tête. A Gaëte, la chevelure emprisonnée dans un filet. Aimant passionnément les chevaux, les chiens, toutes les bêtes. Équitation, natation, tous les exercices du corps. Aucun art d'agrément, aucun goût, aucune science des toilettes. Beaucoup de résolution, de courage. A Gaëte, lorsque le bombardement fut devenu très violent, un obus vint à faire éclater les vitres de son logement, pendant qu'elle était à sa fenêtre: « Quel dommage! j'aurais été si heureuse d'être un peu blessée. » En fait d'enfant, une petite fille née à Rome après le siège de Gaëte, morte depuis. — Fantasque, un peu capricieuse, adorée de son mari qui se gêne pour contenter tous ses goûts. A Saint-Mandé, va souvent se promener à. cheval avec sa sœur la duchesse d'Alençon [née sophie-Charlotte en Bavière], dans le bois de Vincennes. "

Mit der Kamera über den Bozner Markt — 22 Fotos

  © Marco Pohle