jeudi 18 août 2022
"VolksWagner. Vulgarisation — appropriation — kitsch" — Une exposition du Musée Richard Wagner de Bayreuth —
Bayreuth -—Exposition SPIEL(T)RÄUME — Les créations de Julius Theodor Semmelmann à la maison Steingraeber
L'exposition SPIEL(T)RÄUME (espaces de jeu, espaces de rêves) de la maison Steingraeber à Bayreuth présente les créations du créateur de décors et de costumes J.T. Semmelmann et notamment ses créations pour l'opéra Rheingold — Immer noch Loge du compositeur Gordon Kampe, qui fut créé à Bayreuth l'été dernier dans le cadre du projet Diskurs Bayreuth
Traduction du communiqué de presse de la maison Steingraeber
L'exposition SPIEL(T)RÄUME guide le public à travers les stations de travail qui mènent aux Bühnen(t)räumen (Jeu de mots : espaces scéniques/ espaves oniriques)de Julius Theodor Semmelmann. Quelle est la marge de manœuvre d'un scénographe dans la recherche de ses idées ? Quelle est sa responsabilité dans la réalisation d'un concept scénique ?
Seul le décor permet à un opéra ou à une pièce de théâtre d'atteindre des niveaux où la musique ou les mots peuvent être vécus visuellement. Le scénographe de Bayreuth crée des espaces théâtraux aux images puissantes qui, en se référant à des époques et des styles spécifiques, préparent de préférence un terrain sensuel et quasi psychologique aux drames de l'histoire de la musique. Que Salomé évolue dans un palais de béton ou Otello dans une maison clôturée de barbelés, Semmelmann suit toujours les impulsions de la musique et son sens de l'expérience spatiale. Il a créé des espaces de jeu pour de nombreuses productions, notamment pour le festival de Bayreuth, Vienne, Graz, Sarrebruck, Cologne et bien d'autres.
Dans SPIEL(T)RÄUME, des dessins originaux, des maquettes, mais aussi des éléments de décor, des accessoires et des costumes du scénographe sont présentés de manière unique en utilisant plusieurs pianos à queue Steingraeber Transducer. Les différentes pièces exposées, associées à la musique correspondante produite en direct, sont pour la première fois mises en valeur en dehors de la scène. Ainsi, en dehors d'un bâtiment de théâtre, de nouvelles perspectives s'ouvrent sur le métier de scénographe et de costumier, qui resteraient sinon cachées. SPIEL(T)RÄUME permet aux curieux de jeter un regard surprenant sur un domaine théâtral passionnant et les invite à un voyage captivant, de la première esquisse à la soirée de théâtre achevée.
L'exposition de Julius Theodor Semmelmann est à voir jusqu'au 07.01.2023 à la Steingraeber Galerie. Frierichstraße 2 à Bayreuth . L'entrée est gratuite.
mercredi 17 août 2022
Bayreuth 2022 — Un Crépuscule des dieux humain, trop humain
| Les masques de l'excellent choeur du Festspielhaus |
| Gunther(Michael Kupfer-Radecky) tout faraud relate à Siegfried les exploits des Gibichungen |
| Gunther (Michael Kupfer-Radecky) devant le choeur des vassaux |
| Hagen (Albert Dohmen) et Brünnhilde (Iréne Theorin) |
| Siegfried abandonne le domicile conjugal |
mardi 16 août 2022
Bayreuth 2022 — Siegfried — Valentin Schwarz poursuit la déconstruction du mythe
| Mime et ses marionnettes. On reconnaît à gauche le petit garçon enlevé par Albérich dans l' Or du Rhin |
| Mise en abyme. Mime dans son théâtre de marionnettes. |
| Siegfried et Fafner |
| L'oiseau de la forêt, Siegfried, Mime et Hagen qui a entretemps grandi |
| L'Erda d'Okka von der Dammerau. Un des grands bonheurs musicaux de la soirée. |
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| Siegfried, Grane et Brünnhilde |
Mise en scène Valentin Schwarz
Décors Andrea Cozzi
Costumes Andy Besuch
Dramaturgie Konrad Kuhn
Lumière Reinhard Traub
Siegfried Andreas Schager
Mime Arnold Bezuyen
Le Wanderer Tomasz Konieczny
Albérich Olafur Sigurdarson
Fafner Wilhelm Schwinghammer
Erda Okka von der Damerau
Brünnhilde Daniela Köhler
Oiseau de la forêt Alexandra Steiner
dimanche 14 août 2022
Ballade que Fit Villon a la Requête de sa Mère pour Prier Notre-Dame
samedi 13 août 2022
Bayreuth 2022 — L'univers constellé du Tristan de Roland Schwab
| Catherine Foster et Stephen Gould |
Le coronavirus a changé beaucoup de donnes en matière de programmation de spectacles. C'est ainsi que le nouveau Tristan de Bayreuth a été mis sur pied en un temps record et que cette année est exceptionnelle sur la colline verte parce que le Festival présente pas moins que cinq nouveaux opéras (les quatre soirées de L'anneau du Niebelung et Tristan). Roland Schwab a accepté le défi de monter Tristan en moins de six mois, et malgré ce temps étranglé, réussit un coup de maître !
L'approche du metteur en scène
Tristan et Iseult est l'oeuvre ultime centrée sur l'amour. Aucun opéra, aucun spectacle, aucun film n'a jamais été aussi conséquent, voire radical, à cet égard. Appelée "intrigue" par Wagner, cette pièce est moins une action qu'une réflexion sur la passion et la vengeance, le jour et la nuit, la négation du monde et la transcendance. L'affirmation de base, presque folle, est que tout désir, tout amour ne trouve son accomplissement que dans la mort.
Après des périodes de méfiance à l'égard de ces grands sentiments et de nombreuses approches scéniques visant à les déconstruire, nous souhaitons — dans le contexte de notre monde actuel qui se voit menacé par des horreurs apocalyptiques — redonner délibérément de l'espace au désir, que nous considérons comme un besoin humain existentiel fondamental. La beauté est indispensable ! Tout comme la conviction que l'amour transcende effectivement notre monde.
Jamais la négation de la vie n'avait été mise en musique de manière aussi envoûtante que dans Tristan und Isolde de Wagner. Comment faire correspondre une mise en scène à cette musique singulière, qui abolit les frontières comme aucune autre musique ? Des frontières entre un moi et un toi, des frontières entre la vie et la mort ? Comment faire en sorte que la mise en scène correspond à une musique qui nous transporte, sous hypnose chromatique, dans l'illimité de l'univers, y compris dans l'univers sans limites de notre propre âme ? Jusqu'à ce que tout langage, tout être et toute aspiration ne soient plus que des sons ? La réponse doit être aussi radicale que l'est cette œuvre : le concept primaire, c'est la musique, le son lui-même. Il n'y a pas de thème plus important pour nous. Il n'y a rien d'autre à mettre en scène ! Ce que nous voulons créer pour Bayreuth, c'est un adagio de la nuit, plein de nostalgie. Plein de séduction, de magie d'outre-tombe. Un excès nocturne d'évasion qui est totalement à l'opposé de tous les fantômes diurnes actuels : »Gib Vergessen, dass ich lebe ... löse von der Welt mich los.«.(1) ("... fais-moi oublier que je vis... détache-moi du monde" !) [Traduction libre de la présentation du metteur en scène Roland Schwab sur le site du Festival].
(1) Citation du célèbre duet d'amour "O sink hernieder"
Compte-rendu de la représentation du 12 août
Roland Schwab nous offre un Tristan ubiquiste et intemporel. Il y a peu de références aux temps et lieu mythiques de l'action, sinon peut-être dans les costumes du roi Marke et de Melot, même s'ils pourraient tout aussi bien être issus d'une quelconque odyssée de l'espace. Pas de référence au moyen âge celtique, ni vaisseau, ni château en Cornouailles, ni château de Karéol. Roland Schwab et son équipe, — Piero Vinciguerra pour les décor associés à Luis August Krawen pour les vidéos et à Nicol Hungsberg pour les lumières, — ont conçu un décor unique en évolution, que les vidéos et les lumières transforment et animent. La fascinante structure scénique ovale et organique comporte deux niveaux : l'ovale inférieur au niveau du plancher de scène comporte en son centre ce qui se présente d'abord comme un lac qui reflète le ciel changeant qu'on voit défiler dans l'espace ouvert au centre de l'ovale supérieur, qui comporte une galerie, où se déroulera une partie de l'action des rôles secondaires, — ainsi de l'accueil du roi Marke à l'arrivée en Cornouailles, des scènes avec Kurwenal ou Brangäne, le pâtre ou encore des combats qui précédent le final (assassinat de Melot). Tristan et Isolde ne se déplacent quant à eux que sur le plateau de scène. Le jeu scénique des deux amants est plutôt statique et lent, mais le défilé constant des ciels diurnes puis nocturnes, des nuages et de la voûte céleste étoilée, la constante réflexion du ciel changeant dans le lac inférieur, puis sa transformation en une surface dure qui reflète le ciel nocturne, puis en un mandala lumineux tournoyant de plus en plus vite finissent par donner le tournis. Le lac gelé, si c'est ainsi qu'on peut interpréter son apparente solidification, accueillera aussi le corps agonisant de Tristan entouré de bougies et sera le lieu de la mort des amants comme il fut de leur vivant celui du début de leur amour non consommé. Quant à la galerie de l'ovale supérieur, elle se couvrira au fil des actes d'une verdure qui finira par croître en cascades.
Roland Schwab parvient à nous faire défiler dans les couloirs du temps dans une transcendance qu'exprime le jeu des ovales et des vidéos qui se dévident sur les deux niveaux, comme si, avec les deux personnages principaux, nous étions aspirés dans un vortex de lumières ou dans un tourbillon aquatique. Le metteur en scène nous entraîne dans son univers romantique et spirituel et nous fait voir que l'amour transcende la mort même si, comme c'est le paradoxe de l'oeuvre de Wagner, il ne se réalise dans dans l'au-delà. La mise en scène veut y croire et y insiste, mais Schwab introduit aussi un couple d'humains qui pratique l'amour au quotidien de la vie partagée : pendant l'ouverture, le rideau entrouvert laisse voir en son centre deux humains qui se côtoient tendrement, tête contre tête, épaule contre épaule ; au final, alors que meurent Tristan et Isolde et qu'Isolde entame le Liebestod ("Mild und leise wie er lächelt"), ce même couple vieilli, en fin de vie, et avançant à pas prudents et mesurés depuis le fond de scène, contourne l'ovale du lac chacun de son côté pour se rejoindre et se côtoyer avec amour en avant-scène au baisser du rideau. L'amour pour Roland Schwab est romantique, unique, familial et fidèle, et a valeur d'éternité.
Les lumières du ciel et de la nature disparaissent cependant un long moment pour faire face à l'obscurité alors que le roi Marke, attiré dans le traquenard qu'a tendu la jalousie de Melot, est meurtri par la blessure de la trahison supposée de Tristan. Tristan, christique, agenouillé et les bras en croix est alors menacé par des néons de Damoclès qui dans leur descente des cintres semblent vouloir venir le transpercer. Et ce sont aussi des lumières artificielles manipulées par l'infâme Melot qui viennent aveugler Isolde et Tristan, les lumières de brûlants projecteurs avec lesquels il poursuit les amants.
La mise en scène vaut par son unité conceptuelle, sa beauté architecturale et celle des vidéos très réussies même si elles deviennent parfois trop obsédantes et finissent par donner le vertige. Elle a reçu les commentaires très favorables de la critique et l'accueil plus qu'enthousiaste du public. À voir ou à revoir les années prochaines, puisque cet été, cette nouvelle production a été limitée à deux représentations.
| Stephen Gould (Tristan) |
Distribution du 12 août 2022
Direction musicale Markus Poschner
Mise en scène Roland Schwab
Décors Piero Vinciguerra
Costumes Gabriele Rupprecht
Dramaturgie Christian Schröder
Lumières Nicol Hungsberg
Direction du chœur Eberhard Friedrich
Vidéo Luis August Krawen
Tristan Stephen Gould
Marke Georg Zeppenfeld
Isolde Catherine Foster
Kurwenal Markus Eiche
Melot Olafur Sigurdarson
Brangäne Ekaterina Gubanova
Un berger Jorge Rodríguez-Norton
Un timonier Raimund Nolte
Un jeune marin Siyabonga Maqungo
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