mercredi 8 février 2023

La Medusa Murtula du Caravage à l'exposition Tanz auf dem Vulkan du Musée diocésain de Freising

 

© photo sur le site du Diözesan Museum Freising

Le clou de l'exposition Tanz auf dem Vulkan (Danse sur le volcan), qui vient de fermer ses portes au Musée diocésain de Freising (Bavière), fut l'exposition de la Medusa Murtula du Caravage. Il s'agit de la première version du tableau créée vers 1597, que l'on ne peut voir qu'à l'occasion d'expositions car l'oeuvre est en propriété privée. La seconde version, que le Caravage avait destinée au Grand Duc de Florence, peut s'admirer au Musée des Offices de cette ville. 

La Medusa Murtula, peinte sur une surface bombée en forme de rondache (bouclier), mesure 48 sur 55 cm et est signée Michel A F (Michel Angelo Fecit). Elle est connue sous le nom de Murtula, du nom du poète Gaspare Murtola, ami du Caravage, qui dut voir le tableau à Rome vers 1600 et lui consacra un madrigal en 1604 : 

Per lo scudo di Medusa. Pittura del medesimo Caravaggio.

È questa di Medusa
la chioma avvelenata.
Di mille serpi armata ?
Sì, sì: non vedi come
Gli occhi ritorce e gira ?
Fuggi lo sdegno, e l'ira
Fuggi, ché se stupore agli occhi impetra,
Ti cangerà anco in pietra.

Pour le bouclier de la Méduse, peinture du Caravage

Est-ce là de la Méduse
La chevelure empoisonnée
Armée de mille serpents ?
Oui, oui ! Ne vois-tu pas comment
Elle roule les yeux encore et encore ?
Fuis son indignation et sa colère !
Fuis, car si la stupeur te pétrifie les yeux
Elle te changera aussi en pierre.

Rappelons que la Méduse était dans la mythologie antique une des trois filles de Phorcus : cette jolie fille ayant prophané le Temple d'Athéna / Minerve, eut ses beaux cheveux transformés en serpents par la Déesse, et ses yeux acquirent le pouvoir de changer en pierre tous ceux qui les regardaient. Persée lui coupa la tête, que Minerve porta depuis sur son Egide, ou son Bouclier. 






Photos Luc-Henri Roger

mardi 7 février 2023

Sa Majesté des 7 douleurs, un feuilleton illustré sur l'impératrice Elisabeth d'Autriche. Premier chapitre.

Le journal L'Est républicain publiait en 1951 un feuilleton illustré de vignettes illustrant la vie de l'impératrice d'Autriche. Le texte peut induire en erreur : à le lire, on a l'impression que Sissi est née à Possenhofen, alors qu'elle est née à Munich. Les titres en sont accrocheurs. Le second titre compare implicitement l'impératrice à la Vierge Marie. Mais bien, ce journal n'a pas vocation à faire œuvre d'historien et veut attirer et fidéliser des lecteurs et lectrices.

On peut lire tout cela grâce à Gallica, l'excellent site de la BnF.

Extrait de L'Est républicain du 20 avril 1951



 

Zubin Mehta dirige le 4ème Concert d'Académie du Bayerische Staatsorchester

Minas Borboudakis et Zubin Mehta

Parmi des milliers d'autres, Dieu m'a accordé sa grâce et ce talent m'a été donné à moi, précisément à moi. (...) Mais je veux continuer à travailler pour qu'un jour, lors du grand règlement de comptes, le bon Dieu ne me prenne pas par la main et me dise : " Pauvre cloche, pourquoi n'as-tu pas profité du denier que je t'ai autrefois donné " ?
Anton Bruckner

C´est avec une chaleureuse ferveur que le public munichois a accueilli hier soir le retour de Zubin Mehta au pupitre du Bayerische Staatsoper. Zubin Mehta fut, on le sait, le Directeur général de la musique de l'Opéra munichois de 1998 à 2006 où il a contribué à faire de la maison ce qu´elle est aujourd´hui : une des meilleures scènes musicales du monde. Zubin Mehta, qui fêtera en avril son 87ème anniversaire, courbé par l'âge, a fait une lente entrée soutenu par une canne et progressant avec une prudence souriante et décidée avant de se hisser sur une haute chaise à dossier. L'âge qui rapetisse les corps ne s'est pas attaqué au génie musical du Maestro assolutissimo qui est venu contribuer au succès des festivités du 500ème anniversaire de l'Orchestre d'État de Bavière en dirigeant un concert digne d'entrer dans les annales de la prestigieuse Maison munichoise, une merveilleuse soirée qui a dépassé toutes les attentes. 

En ouverture, on a pu découvrir  Apollon et Dionysos. Patterns, Colors and Dances for Orchestra, la nouvelle création du compositeur crétois Minas Borboudakis, une oeuvre commandée par le  Bayerische Staatsoper comme cadeau d'anniversaire pour l'orchestre, présentée hier soir en première mondiale. Minas Borboudakis, né en 1974, vit et travaille à Munich, où il est devenu membre de l'Académie bavaroise des Beaux-Arts. Son style de composition est influencé par la microtonalité, les timbres percussifs et les sons coulissants. L'espace et le temps, la philosophie classique, la littérature, la mythologie et les questions cosmologiques sont au cœur de son travail. Sa musique est dominée par une forte impulsion rythmique et des expérimentations avec des sons électroniques. Elle emprunte des éléments aux systèmes tonaux et aux modèles rythmiques de la Grèce antique.

Il trouve son inspiration dans des sujets centrés sur l'être humain, sur des thèmes cosmologiques et philosophiques. Composer est pour lui un effort pour comprendre la vie à travers la musique. "La musique est une énergie comprimée." L'équilibre entre l'intellect et l'impulsivité est l'un des éléments les plus caractéristiques des compositions de Minas. Son approche intellectuelle des grandes tâches de la vie d'une part et sa capacité à faire ressentir physiquement sa musique aux auditeurs d'autre part, donnent à son langage musical une énergie unique. L'idiome compositionnel transparent, que Minas crée avec sa musique, combine des éléments microtonaux avec des sonorités électroniques et des gestes expressifs. (1)

On le sait mieux encore depuis la Naissance de la tragédie de Nietzsche, l'Apollinien, cette composante de l'esprit grec caractérisée par la mesure et la sérénité, est à l'opposé du Dionysiaque, ce qui dépasse la mesure et l'ordre. La tension entre ces deux pôles est au centre de la nouvelle composition de Minas Borboudakis, qui en onze minutes cherche à exprimer le contraste entre la pureté et l'ordre parfait d'Apollon et le chaos enivrant de Dionysos. Mais à la fois ces deux pôles sont unis par une nécessité, ils ne peuvent exister l'un sans l'autre: Minas Borboudakis suit une approche similaire dans sa création; dans laquelle l'apollinien et le dionysiaque ne restent pas séparés l'un de l'autre. Cette ambivalence est aussi la caractéristique de l'être humain, qui participe de l'un et l'autre principe.

Zubin Mehta et Vilde Frang

Zubin Metha dirige ensuite le Concerto pour violon no 2 en mi mineur (op. 64) de Mendelssohn, une oeuvre de première importance du répertoire romantique allemand. Le violon solo est interprété par la virtuose norvégienne Vilde Frang, qui accompagnera en septembre prochain la tournée européenne du Bayerische Staatsorchester. Enfant prodige du violon, elle se produisit dès l'âge de douze ans en tant que soliste avec l'orchestre symphonique d'Oslo que dirigeait alors Mariss Janson. Vêtue d'une charmante robe à fleurs, elle fit dès les premières mesures corps avec son violon pour entraîner un public aux anges dans les contrastes du rêve et de la ferveur romantiques de la musique de Mendelssohn. Le prélude orchestral n'a qu'une seule mesure et le violon entre aussitôt en scène pour délivrer sans ambages les émotions du thème principal, qui évoluent dans un champ de tension atmosphérique entre la fougue de la jeunesse et la vulnérabilité mélancolique, une tension que l'on peut mettre en parallèle avec le binôme apollinien et dionysiaque de la composition de Borboudakis. La soliste et l'orchestre en communion parfaite nous entraînent ensuite dans la romance sans paroles de l'andante pour terminer joyeusement dans l'Allegretto non troppo - Allegro molto vivace aux traits capricieux et pittoresques très réjouissants. Une exécution impeccable et sensible de l'oeuvre pour laquelle Vilde Frang a reçu une énorme ovation qui s'est poursuivie par de nombreux rappels et le cadeau d'un encore.

En deuxième partie, la septième symphonie d'Anton Bruckner, une oeuvre monumentale qui demande un très grand orchestre. L'oeuvre est à la fois très wagnérienne et très bavaroise puisque le discret compositeur tint à demander au roi Louis II de Bavière s'il accepterait qu'il la lui dédicaçât. La composition, marquée par une recherche d'ordre et de transcendance, témoigne de la foi catholique du compositeur, de sa religiosité, de sa quête de l'immuable. Mais à la fois elle s'inscrit dans la temporalité et est marquée par deux événements tragiques qu'il eut à surmonter : l'incendie du Ringtheater de Vienne et la mort de Richard Wagner, cette dernière ayant influencé de manière déterminante la composition, ce que l'on peut entendre non seulement dans l'utilisation des tubas wagnériens, mais aussi dans la vive turbulence du scherzo et dans la musique funèbre profondément bouleversante de l'Adagio.

Bruckner commença à écrire la septième symphonie en septembre 1881. En décembre 1881, le Ringtheater de Vienne, qui se trouvait à proximité immédiate de son appartement, fut ravagé par un incendie. Le compositeur n'avait par chance pas assisté à la représentation et avait pu se mettre en sécurité tout en emportant ses précieux manuscrits. Le premier mouvement de la symphonie fut terminé en juillet 1882. Il y avait alors belle lurette qu´il portait à Wagner un culte absolu et vouait à sa musique un amour éperdu : il lui avait dédicacé sa troisième symphonie. Le début de l'année 1883 porta un coup sévère à Bruckner, à la fois personnellement et professionnellement. Le compositeur avait ressenti la mort de Wagner comme une perte profonde, d'autant plus qu´au cours de leur dernière rencontre, à l'occasion de la première de Parsifal lors du deuxième Festival de Bayreuth en 1882, il lui avait promis de diriger toutes ses symphonies. Mais déjà à ce moment-là, l´idée de la mort prochaine de Wagner obsédait Bruckner : « Je rentrais chez moi un jour, très triste ; je me disais il est impossible que le Maître vive longtemps encore. À ce moment précis, l'Adagio en ut dièse mineur me fut inspiré ». Dans un tempo Misterioso e lente assai, quatre tubas wagnériens (Wagnertuben) et un tuba contrebasse modulent comme de belles orgues un thème d'une rare élévation repris mélodieusement par les violons. Apprenant le décès de Richard Wagner, Bruckner en fut extrêmement affecté et modifia la fin de l'Adagio, insérant un choral funèbre aux cors, tubas wagnériens et tuba basse juste avant la coda finale. Cet adagio fut exécuté aux obsèques de Richard Wagner dans un arrangement pour harmonie de Ferdinand Löwe. L'adagio, et en particulier la coda, a été conçu comme une lamentation grandiose pour le maître de Bayreuth.

Zubin Mehta et l'Orchestre d'Etat de Bavière ont admirablement rendu l'ardeur et l'aspect monumental de l'oeuvre et ont reçu un vibrant hommage du public qui salua le Maestro par une standing ovation. 

(1) Texte emprunté au site du compositeur.

Crédit photographique @ Wilfried Hösl

dimanche 5 février 2023

DRAME ET MYSTÈRE DE MAYERLING — La version de Deus Pazmandy : Mary Vetsera meurtrière.

Un texte paru en 1930 dans le Gringoire, un hebdomadaire politique et littéraire français de droite fondé en 1928 par Horace de Carbuccia assisté de Georges Suarez et de Joseph Kessel. Gringoire fut l'un des grands hebdomadaires parisiens de l'entre-deux-guerres.

Desin d'illustration de l'article du Gringoire

DRAME ET MYSTÈRE DE MAYERLING par André MÉVIL 

in Gringoire du 10 octobre 1930

    Le grand succès de Taïa, roman de notre collaborateur M. A. t'Serstevens (1) et de Mayerling, la pièce de M. Claude Anet, jouée avec succès au Théâtre des Ambassadeurs, ont attiré l'attention du public sur la fin tragique de l'archiduc Rodolphe et de la baronne Vetsera. Notre collaborateur, M. André Mévil, a évoqué pour les lecteurs de « Gringoire », ce drame à la fois célèbre et mystérieux.
    Le drame de Mayerling est un des événements qui certainement émurent et passionnèrent le plus l'opinion publique mondiale. J'étais jeune homme lorsqu'on apprit à Paris la nouvelle que l'archiduc Rodolphe, en compagnie de sa maîtresse, Marie Vetsera, avait été trouvé  mort dans le pavillon de chasse de Mayerling. et je me souviens, comme si c'était hier, de la sensation énorme qu'elle produisit. Le mystère qui entourait la fin de l'héritier de la couronne d'Autriche ajouta encore à l'intérêt de l'événement. Suicide disaient les uns, meurtre disaient les autres. Et on épiloguait, et, depuis, on n'a pas cessé d'épiloguer.
    Le plus curieux est que le drame de Mayerling, vieux pourtant de plus de quarante ans, présente toujours le même intérêt et soulève la même curiosité. Il demeure, en quelque sorte, d'une actualité permanente. Récemment, un roman très vivant et très documenté racontant les amours et la fin tragique de l'archiduc Rodolphe et de Marie Vetsera, et une étude écrite d'après un rapport de M. Josef Hoyos, ami et souvent compagnon de plaisirs de l'archiduc, ont ramené l'attention sur le drame de Mayerling.        Le roman de M. Claude Anet et l'étude de M. J.-Fr. d'Estalenx concluent tous deux au suicide de l'archiduc, mais pour des causes différentes. En effet, tandis que M. Claude Anet admet que le fils de François-Joseph se se donna la mort sous l'empire de la passion, M. J.-Fr. d'Estalenx, s'inspirant du rapport Hoyos, affirme qu'il voulut disparaître pour fuir à jamais l'ennui de la cour d'Autriche et exercer une vengeance posthume contre son père.
    L'une et l'autre version me paraissent également invraisemblables. Jadis je m'étais ingénié, comme beaucoup, à percer le mystère de Mayerling et, après avoir écarté toutes les versions, celle du suicide et une autre prétendant que l'archiduc aurait péri de la main du prince de Cobourg au cours d'une orgie, j'étais arrivé à une conclusion toute différente, en me basant principalement sur la foi d'un document que j'évoquerai plus loin. Mais, pour la parfaite compréhension des faits, il me faut dire tout d'abord quelques mots des deux héros du drame, tels que les connurent les personnes les. plus dignes de foi : Lui, véritable prince charmant, élégant, fin, d'esprit cultivé (2) et ouvert, de commerce agréable, aimé des femmes, volage — ô combien ! — sorte de Don Juan perpétuellement prêt à séduire et en quête de belles pécheresses prêtes à succomber, appartenant aussi bien au monde qu'au demi, au demeurant détestable mari. Un charme suprême se dégageait de toute sa personne, tout comme il s'en dégageait de la personne de l'impératrice Elisabeth sa mère. Elle, une toute jeune fille, ravissante, quelque peu ingénue qui, un beau jour, l'ayant vu à la promenade, dans les salons, au théâtre, s'éprit follement du prince charmant, ayant fait le rêve enchanteur de lui appartenir, de devenir un jour sa femme, pauvre petit papillon finalement brûlé à une flamme ardente. Dans son roman, M. Claude Anet a décrit avec précision et, à mon avis, avec un grand sens de la réalité, l'amour profond et violent que Marie Vetsera avait eu pour l'archiduc. Mais la partie n'était pas égale. Que Rodolphe ait été un moment charmé, grisé même par l'amour que lui avait voué la délicieuse enfant, c'est possible, c'est même probable. Mais chez un homme aussi volage, aussi perpétuellement en butte aux convoitises féminines, les passions étaient de courte durée. Il en fut avec Marie Vetsera comme avec les autres, et il est prouvé qu'au moment du drame de Mayerling l'archiduc n'aimait plus la jeune fille et qu'i'l se préparait à s'en séparer. Cette circonstance fut, d'ailleurs, comme on va le voir, la cause même du diame. M. Fr. d'Estalenx affirme d'ailleurs, en s'appuyant sur le témoignage de Josef Hoyos, que le prince héritier avait passé sa dernière nuit de Vienne en compagnie d'une professionnelle de la galanterie, bien connue de l'époque, et nommée Mitzi. Il n'est donc pas admissible que l'archiduc Rodolphe se soit suicidé par amour. Mais la version du suicide, engendré tant par le dégoût qu'i'l avait de la cour de Vienne, guindée, hermétique et surannée, que par un désir irrésistible de se venger de son père et de provoquer la révolution, ne saurait davantage être acceptée. En effet, si l'archiduc ne vivait pas en complète communauté d'idées avec son père, il n'en demeurait pas moins un patriote ardent et un serviteur dévoué et fidèle, ainsi qu'un admirateur sincère de l'empire austro-hongrois et de la monarchie habsbourgeoise. La meilleure preuve, c'est qu'au moment de sa mort, il travaillait à un grand ouvrage historique sur l'empire d'Autriche, ouvrage qui l'intéressait au plus haut point. Ce sont là des faits. Ils sont en complète contradiction avec le soi-disant projet, de la part de l'archiduc, de provoquer par son suicide inconsidéré la révolution dans l'empire. Un semblable projet, en outre, frise la démence. Or, l'archiduc Rodolphe ne cessa d'être un esprit parfaitement équilibré.
    A mon humble avis, sous l'empire d'un désir, très louable en soi, d'apporter au sujet du drame de Mayerling la version définitive, déchirant tous les voiles mystérieux qui l'entourent encore, on n'a pas assez tenu compte des documents publiés avant guerre sur l'événement. Quelques-uns d'entre eux étaient pourtant bien intéressants — j'oserai même dire probants. Parmi ceux-ci, je mets au premier rang celui auquel j'ai fait allusion et sur lequel j'ai établi autrefois ma conviction : à savoir que l'archiduc Rodolphe ne s'était pas suicidé, mais avait été tué par Marie Vetsera, folle de douleur à l'idée d'une séparation imminente, et qui, une fois son forfait accompli, s'était donné la mort. Ce document n'est autre que le récit paru à la veille de la guerre, dans le Nop, de Budapest, sous la plume d'un député et écrivain hongrois, M. Deus Pazmandy. Ce dernier était une personnalité fort connue, ayant eu toujours d'excellentes relations avec la cour et en particulier avec l'archiduc Rodolphe. On ne peut supposer un seul instant qu'il se soit permis de publier, au sujet du drame de Mayerling, un récit fantaisiste et contraire à la vérité. Sa situation personnelle, aussi bien à Vienne qu'à Budapest, et sa notoriété le lui interdisaient. Si nous en croyons M. Deus Pazmandy, environ un mois avant le drame de Mayerling, c'est-à-dire au début de janvier 1889, profitant du refroidissement de la passion de l'archiduc, on avait essayé, à la cour d'Autriche, de ramener le mari vers la femme. La tentative avait réussi et finalement le prince héritier avait promis d'assister, le 30 janvier, à un dîner de famille au Burg, dîner qui devait donner à la réconciliation entre l'archiduc Rodolphe et sa femme, l'archiduchesse Stéphanie, un caractère en quelque sorte officiel. Par une indiscrétion commise par la baronne de W..., Marie Vetsera connut, dans la journée du 29, le projet que son amant lui avait soigneusement caché, et pour cause. Folle de douleur et de colère, la jeune fille ne songea plus qu'à une chose : rejoindre l'archiduc, qu'elle savait être à Mayerling où il était parti chasser, afin d'avoir avec lui une explication. Elle alla trouver le fameux cocher Bratfisch, dont le nom est mêlé à nombre de récits relatifs au drame, qui stationnait à la Stephanplatz, et qui conduisait souvent l'archiduc lors de ses escapades amoureuses. Elle lui demanda de la conduire à Mayerling. En arrivant, la pauvre Marie Vetsera eut une affreuse crise de nerfs et de larmes. La voyant dans un aussi terrible état de surexcitation, l'archiduc lui promit qu'il n'irait pas au dîner de famille du lendemain. D'après le témoignage de Bratfisch, cocher doublé d'un chanteur amusant, qui avait été mandé par l'archiduc après le dîner, pour chanter quelques morceaux de son répertoire, le jeune couple lui parut, ce soir-là, triste et préoccupé. Il est évident que Marie Vetsera sentait qu'en dépit de ses efforts, son amant lui échappait ; elle voyait son beau rêve s'effondrer. Dès lors, les craintes qu'elle nourrissait depuis quelque temps se précisaient de plus en plus, alors que le projet criminel formé par elle quelques heures auparavant, sous l'empire du désespoir, lui apparaissait comme inéluctable. Quant au prince, l'exaltation de sa maîtresse l'effrayait, et il avait comme un pressentiment qu'un danger le menaçait.
    Ce fut pendant la nuit — la dernière assurément que le prince lui accorderait — que, l'esprit chaviré, elle accomplit son forfait. Elle l'avait prémédité. Sur elle, en effet, elle portait le revolver avec lequel elle devait tuer l'archiduc héritier d'Autriche et la fiole de poison qui, après, devait lui apporter la délivrance et aussi le suprême bonheur de mourir avec l'être aimé. Dans les mémoires de Louis Vetsera, frère de Marie, publiés à peu près à la même époque que le récit du député hongrois, il est dit que sur la table de nuit placée à côté du lit où on trouva le lendemain les deux amants infortunés, étaient posés un verre vide et une cuiller d'argent ayant servi à verser et à diluer le poison (3).
    M. Deus Pazmandy ajoutait que, voyant, le 29 au soir, que sa fille ne rentrait pas, la baronne Vetsera fut prise d'une inquiétude mortelle. Elle courut aussitôt à la Stephanplatz et demanda aux cochers qui étaient là et connaissaient tous Bratfisch, si, par hasard, celui-ci n'avait pas été requis par une jeune fille. Plusieurs d'entre eux, qui avaient vu Marie Vetsera monter en voiture et donner l'ordre à Bratfisch de la conduire à Meyerling (4), purent justement la renseigner. Dès lors, son inquiétude grandit. Témoin des ravages opérés dans le cœur de sa malheureuse enfant par le déclin d'une liaison — c'était déjà la fable de Vienne — dont elle redoutait le dénouement, elle pressentit un malheur. Aussi n'hésita-t-elle pas à aller trouver le chef de la police. Elle lui fit part de ses pressentiments. Ce fonctionnaire, ne voulant pas engager sa responsabilité, ni se mêler d'une affaire aussi scabreuse, lui conseilla de s'adresser au maréchal de la cour. En dépit de l'heure, sept heures et demie du soir, la baronne n'hésita pas à se rendre au Burg, où elle demanda à être reçue immédiatement en audience par l'empereur pour le supplier de conjurer le danger menaçant à la fois la famille impériale, sa fille et elle-même. Le chef de cabinet de François-Joseph, auquel la demande était adressée, refusa de l'accueillir. L'écrivain hongrois ajoute que, si la baronne Vetsera crut devoir solliciter la haute et immédiate intervention de l'empereur, c'est qu'elle redoutait que sa fille se fût rendue à Mayerling pour se venger de l'archiduc sur le point de rompre avec elle. C'est pourquoi elle n'avait pas craint de déclarer au chef de la police qu'il fallait agir sur l'heure, tout retard pouvant engendrer la plus grande catastrophe. L'infortunée mère partit pour Mayerling le lendemain à la première heure. Elle fut arrêtée aux environs du rendez-vous de chasse et conduite devant un haut fonctionnaire qui lui annonça que sa fille était morte.
    À peu près à la même époque où paraissaient les révélations de M. Deus Pazmandy, une revue hongroise publiait en fac similé une lettre de l'archiduc Rodolphe datée du 29 janvier — le drame se passa, comme on le sait, dans la nuit du 29 au 30 janvier 1889  c'est-à-dire écrite quelques heures avant  les événements de Mayerling. Cette lettre était rédigée en français. Elle se rapportait au grand ouvrage historique auquel, comme je l'ai dit, le prince travaillait à l'époque. En voici le texte :

« ... Je vous prie, monsieur, de chercher la pièce que je vous ai demandée, non aux archives du ministère des Affaires étrangères, mais aux archives nationales de Paris, dans le dossier qui est, je crois, connu sous le nom « ancien cabinet du roi ». Vous ne pouvez manquer de la trouver, puisque M. P. de Saint-A... l'a vue en 1876. Vous me l'enverrez pour que je l'aie le 7 février à Wien, car je ne puis aller oultre sans cette lettre. Je compte sur vos diligences, etc...» 

    Est-ce là vraiment le langage d'un homme qui, quelques heures plus tard, avait l'intention de se suicider sous l'empire d'une violente passion ou pour que sa mort suscitât l'effondrement du trône des Habsbourg ? Cette lettre à elle seule ne suffit-elle pas à écarter toutes les versions du suicide ? Elle prouve, en tout cas, que l'archiduc n'avait pas, avant la nuit fatale, les préoccupations qu'on lui attribue. 
   Enfin, comment supposer que le pape Léon XIII eut autorisé qu'on fît au fils de François-Joseph, si celui-ci s'était suicidé, des funérailles religieuses solennelles ? Je sais bien qu'on a prétendu que le souverain Pontife s'était incliné, en la circonstance, devant  la raison d'Etat. Mais c'est faire injure à la papauté que de croire un instant qu'elle eût sacrifié d'un cœur léger les lois de l'Eglise à cette raison d'Etat. On m'a toujours affirmé, que la preuve formelle avait été donnée à Léon XIII que l'archiduc ne s'était pas suicidé. Cette preuve existe, paraît-il, dans les archives du Vatican.
    Je ne puis, en terminant, que répéter ce de que j'ai dit jadis : la version du drame de Meyerling donnée par M. Deus Pazmandy est la seule humainement vraisemblable. Et c'est là un argument qui a bien sa valeur. 

André MEVIL.

(2)L'archiduc Rodolphe se piquait, à juste titre d'être aussi artiste que lettré. C'était un parfait écrivain. Il avait publié deux ouvrages intitulés Funfzehn Tage auf der Donau, relatant une excursion sur le Danube et Orient-Reise, récit d'un voyage fait en Orient en 1884.(Note de bas de page d'A. Mevil).
(3) Louis Vetsera soutient la version du double suicide. On ne doit pas en être étonné, car il était difficile que le frère accusât la sœur d'avoir tué son amant. Le témoignage de Louis Vetsera est donc loin d'être probant, puisque suspect. (Note de bas de page d'A. Mevil .
(4) On trouve souvent les deux orthographes (Meyerling et Mayerling). C'est aussi le cas pour la famille Vetsera, souvent orthographiée Vecsera. (Ndlr)

Pour découvrir les différentes versions du drame de Mayerling, je vous invite à lire le recueil de textes présentés dans 

Rodolphe. Les textes de Mayerling (BoD, 2020).


  Quatrième de couverture

Suicide, meurtre ou complot ? Depuis plus de 130 années, le drame de Mayerling fascine et enflamme les imaginations, et a fait couler beaucoup d'encre. C'est un peu de cette encre que nous avons orpaillée ici dans les fleuves de la mémoire : des textes pour la plupart oubliés qui présentent différentes interprétations d'une tragédie sur laquelle, malgré les annonces répétées d'une vérité historique définitive, continue de planer le doute.
Comment s'est constituée la légende de Mayerling? Les points de vue et les arguments s'affrontent dans ces récits qui relèvent de différents genres littéraires : souvenirs de princesses appartenant au premier cercle impérial, dialogue politique, roman historique, roman d'espionnage, articles de presse, tous ces textes ont contribué à la constitution d'une des grandes énigmes de l'histoire.

Le recueil réunit des récits publiés entre 1889 et 1932 sur le drame de Mayerling, dont voici les dates et les auteurs :

1889 Les articles du Figaro
1899 Princesse Odescalchi
1900 Arthur Savaète
1902 Adolphe Aderer
1905 Henri de Weindel
1910 Jean de Bonnefon
1916 Augustin Marguillier
1917 Henry Ferrare
1921 Princesse Louise de Belgique
1922 Dr Augustin Cabanès
1930 Gabriel Bernard
1932 Princesse Nora Fugger

Le dernier récit, celui de la princesse Fugger, amie de la soeur de Mary Vetsera, est pour la première fois publié en traduction française. Il n'était jusqu'ici accessible qu'en allemand et en traduction anglaise.

Luc-Henri Roger, Rodolphe. Les textes de Mayerling, BoD, 2020. En version papier ou ebook.

Commande en ligne chez l'éditeur, sur des sites comme la Fnac, le Furet du nord, Decitre, Amazon, etc. ou via votre libraire (ISBN 978-2-322-24137-8)

In Deutschland : Amazon.de, Hugendubel (Portofrei), usw. 

samedi 4 février 2023

Les fleurs de jasmin de Sissi pour le roi Louis II à l'expo FLOWERS FOREVER de Munich

FLOWERS FOREVER, la nouvelle exposition de la Kunsthalle de Munich, présente les fleurs de jasmin envoyées par Sissi pour le défunt roi Louis II. À voir jusqu'au 27 août à La Kunsthalle de Munich (voir notre post de présentation de l'expo).

FLOWERS FOREVER, die neue Ausstellung in der Kunsthalle München, zeigt die Jasminblüten, die Sissi für den verstorbenen König Ludwig II. geschickt hatte. Zu sehen bis zum 27. August in der Kunsthalle München.

FLOWERS FOREVER, the new exhibition at the Kunsthalle München, presents the jasmine flowers sent by Sissi for the late King Ludwig II.. On view until 27 August at the Kunsthalle Munich.




Fleurs de jasmin du bouquet que l'impératrice Elisabeth avait envoyé pour qu'il soit déposé dans le cercueil du roi Louis II le 15 juin 1886 
Jasmin, papier, velours, laiton Collection Jean Louis Munich.

Dans de nombreuses cultures, les personnes en deuil apportent des fleurs sur les tombes ou les cercueils des défunts. Lorsque le roi de Bavière Louis II mourut dans le lac de Starnberg le 13 juin 1886, à l'âge de 40 ans, dans des circonstances qui restent obscures à ce jour, l'impératrice ElisaBeth (1837-1898) rendait par hasard visite à sa mère, la duchesse bavaroise Ludovika (1808-1892), à Possenhofen. Elle envoya un bouquet de jasmin en symbole d'affection à la résidence de Munich, pour qu'il soit placé dans le cercueil de Louis. Ce bouquet a été déposé dans le cercueil du roi Louis II, le 15 juin 1886. Alfons de Bavière (1862-1933) avait conservé quelques-unes des fleurs, qui ont été placées par la suite dans ce présentoir. Louis et Elisabeth avaient été des amis proches tout au long de leur vie.

Jasminblüten vom Strauß, den Kaiserin Elisabeth König Ludwig II. in den Sarg beilegen ließ
Jasmin, Papier, Samt, Messing/Collection Jean Louis München

In vielen Kulturen werden Blumen von Trauernden den Toten ans Grab oder an den Sarg gebracht. Als der bayerische König Ludwig II. am 13. Juni 1886 im Alter von 40 Jahren auf bis heute ungeklärte Weise im Starnberger See ums Leben kam, weilte Kaiserin Elisabeth (1837-1898) zufäl- lig ganz in der Nähe in Possenhofen zu Besuch bei Ihrer Mutter, der bayerischen Herzogin Ludovika (1808-1892). Sie sandte einen Strauß Jasmin, der symbolisch für Zunei- gung steht, in die Residenz nach München, der in Lud- wigs Sarg gelegt wurde. Einige Blüten wurden von Alfons von Bayern (1862-1933) aufbewahrt. Später wurde dieser Zweig in das Behältnis montiert. Ludwig und Elisabeth waren zeitlebens eng befreundet gewesen.

Jasmine Flowers from the Bouquet that Empress Elisabeth Had Sent To Be Placed in the Coffin of King Ludwig II 15. Juni 1886/June 15, 1886 
Jasmine, paper, velvet, brass Sammlung / Collection Jean Louis München

In many cultures mourners bring flowers to the graves or coffins of the deceased. When the Bavarian King Ludwig II died in Lake Starnberg on June 13, 1886, at the age of 40, under circumstances that remain unclear to this day, Empress Elisa- beth (1837-1898) was coincidentaly visiting her mother, the Bavarian Duchess Ludovika (1808-1892), in nearby Possen- hofen. She sent a bouquet of jasmine, symbolic of affection, to the Munich residence, to be placed in Ludwig's coffin. Alfons of Bavaria (1862-1933) kept some of the flowers. This twig was later mounted in the case. Ludwig and Elisabeth had been close friends throughout their lives.

Source du texte / Quelle : expo Flowers forever, Kunsthalle, München 

vendredi 3 février 2023

La couronne nuptiale de Sissi présentée à l'exposition FLOWERS FOREVER de Munich

FLOWERS FOREVER, la nouvelle exposition de la Kunsthalle de Munich, présente la couronne nuptiale de Sissi, dont l'artiste n'est pas connu. À voir jusqu'au 27 août à La Kunsthalle de Munich (voir notre post de présentation de l'expo).

FLOWERS FOREVER, die neue Ausstellung in der Kunsthalle München, zeigt den Brautkranz von Sissi. Zu sehen bis zum 27. August in der Kunsthalle München.

FLOWERS FOREVER, the new exhibition at the Kunsthalle München, presents the bridal wreth of Sissi. On view until 27 August at the Kunsthalle Munich.


Couronne nuptiale de l'impératrice Elisabeth
1854
Administration épiscopale de la fondation de la chapelle d'Altötting/ Trésor et musée du pèlerinage

Velours, fil d'or, perles en écailles de poisson en argent,
En 1854, la duchesse de Bavière Elisabeth (1837-1898), âgée de 16 ans, également connue sous le nom de Sissi, épouse l'empereur d'Autriche François-Joseph Ier (1830-1916) et devient l'impératrice Elisabeth d'Autriche. Sa couronne nuptiale est un témoignage impressionnant des bijoux de mariage transmis au sein de la famille. Les fleurs délicatement travaillées à la main sont basées sur le myrte fleuri et les fleurs d'oranger. Alors que le myrte véritable, symbole de virginité, de beauté et d'amour, était utilisé pour les couronnes de mariage depuis le XVIe siècle, la fleur d'oranger n'est devenue à la mode à cette fin qu'au XIXe siècle.

Brautkranz der Kaiserin Elisabeth von Österreich 
1854

Samt, Golddraht, Fischsilberperlen / Bischöfliche Administration der Kapellstiftung Altötting/ Schatzkammer und Wallfahrtsmuseum

1854 heiratete die 16-jährige bayerische Herzogin Eli- sabeth (1837-1898), auch bekannt als Sissi, Kaiser Franz Joseph I. (1830-1916) von Österreich und wurde Kaiserin Elisabeth von Österreich. Ihr Brautkranz ist ein imposan- tes Zeugnis des Brautschmucks, der innerhalb der Familie weitergegeben wurde. Die in feinster Handarbeit herge- stellten Blumen sind an blühende Myrte und Orangenblü- ten angelehnt. Während die Brautmyrte als Sinnbild für Jungfräulichkeit, Schönheit und Liebe bereits seit dem 16. Jahrhundert für Brautkränze genutzt wurde, kam die Orangenblüte erst im 19. Jahrhundert hierfür in Mode.

Bridal Wreath of Empress Elisabeth of Austria
1854
Episcopal Administration of the Altötting Chapel Foundation/ Treasury and Pilgrimage Museum

Velvet, gold wire, silver fish scale pearls,
In 1854, 16-year-old Bavarian Duchess Elisabeth (1837-1898), also known as Sissi, married Emperor Franz Joseph I (1830- 1916) of Austria and became Empress Elisabeth of Austria. Her bridal wreath is an impressive testament to the bridal jewelry passed down within the family. The delicately hand- crafted flowers are based on flowering myrtle and orange blossoms. While true myrtle as a symbol of virginity, beauty, and love had been used for bridal wreaths since the 16th century, the orange blossom only came into fashion for this purpose in the 19th century.

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