dimanche 26 février 2023

La visite de Maurice Verne à Catherine Schratt. (3) Les tragiques mystères de la Cour de Vienne. (3)

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Drames d’empereurs, drames de l'Europe centrale
par Maurice VERNE

Photo illustrant l'article

Seule Mme Schratt connaît la vérité sur les tragiques mystères de la Cour de Vienne, mais ces secrets elle ne les livrera pas... 

Ai-je bien résumé la grandeur de la fin de vie de Mme Schratt ? En là quittant ce soir, et probablement pour ne plus jamais 1a revoir, ai-je pu lui cacher mon émotion, la même qualité d’émotion, que je n’arrivais pas à maîtriser devant le duc de Hohenberg ? Cette femme, dont la vie-est déjà extra-humaine, suspend encore parmi nous un fil de réalité à tant de secrets historiques, que seule au monde elle aurait la possibilité d’arrêter les légendes que les siècles à venir tireront de notre époque. Ces secrets, elle ne. les livrera. pas, elle sait qu’ils sont déjà hors d’atteinte des hommes. Seule, avec le vieux comte Hoyos, dernier témoin de la tuerie de Mayerling, elle pourrait dire la vérité. [...]
Rodolphe aimait à dire :
— Notre maison est un vieux bateau qui a pour pilote la tempête. 
La tempête ? Mme Schratt répond par son geste qui semble abattre une carte. Elle ne dira rien. Seule au monde Mme Schratt connaît la vérité sur le drame mystérieux de l'archiduc Jean Salvator, le neveu de la duchesse de Berry et de François-Joseph. Mis en disgrâce par l'empereur à la suite de la publication de deux livres violents sur les défaillances du commandement autrichien, il pensa poser sa candidature au trône de Bulgarie. Il avait soif d’action, de mouvement; de liberté. L’empereur refusa. 
L’écart avec la cour s’agrandit. On réunit la cour martiale de l’étiquette, présidée par le prince de Montenuovo, elle accepte que Jean Salvator de Toscane renonce à ses titres. Le voici rayé de la maison de Habsbourg. Il abandonne le plus romanesque des bourgs dans cette île du Traunsee où la distraction étrange est de reconnaître le profil de Louis XVI (réel en effet) dans la découpure des roches calcaires, tombant dans cette petite mer intérieure. Jean Salvator de Toscane n’est plus que Jean Orth : L’aventure est à lui. Il arme un trois-mâts, le Sainte-Marguerite, obtient son diplôme de capitaine au long cours et part sur les mers... Que devint-il ?... Pendant des années la chronique scandaleuse s’empare, de Jean Orth, on croit le découvrir dans tous les coins du monde, mais le mot d’ordre imposé par le prince de Montenuovo est qu’il est mort dans un naufrage. 
Un archiduc m’a dit : 
— Ce fut une des peines secrètes de François-Joseph que ce scandale de la liberté. 
À ceux qui osaient prononcer devant lui le nom de Jean Salvator, l’empereur coupait court : « Son Altesse est morte ». Pourtant la mère de l’archiduc, la princesse des Deux-Siciles, ne prit jamais le deuil et refusa de s’incliner, devant la raison d’Etat. 
J'ai recherché dans les archives des Habsbourg les pièces concernant l’archiduc. Tout ce qui pouvait apporter de la lumière a été brûlé par ordre de l'Oberhofmeister. Une seule lettre subsiste, volontairement laissée. On l’appelle la dernière lettre de Jean Orth. Il écrit à sa mère : " Carissima mamma », elle est signée Giovanni. Banale d’ailleurs; Elle est daté d’Ensenada, environs de Buenos-Ayres, 13 juin 1800. L’adresse que donne l’exilé est celle-ci . : Giovanni Orth, Valparaiso Cluci, posta restante. Voici ce qui reste d’une des énigmes de l’époque. 
La déclaration officielle de la mort, apostillée par le cabinet de l'empereur et le ministre de la maison impériale, a lieu en juin 1911. Une cour suprême fut tenue qui laissa des conclusions établies sur des hypothèses. C’est tout. 
Drames de la cour de Vienne, mystères... 
La main décharnée de Mme Schratt recommence le geste inéluctable. Elle ne dira rien. Volontairement elle s’est mise en deçà de la vie. 
Ces dernières années elle voyagea, mais pas plus que l’impératrice elle ne trouva l’oubli. Cette femme faite au rythme des voitures de la cour — François-Joseph n’admit jamais que des attelages de chevaux dansants — craint la vitesse de l'auto. Le chauffeur qu'elle choisit aujourd’hui est un ancien cocher de la cour, lent et prudent. Pourtant elle délaissa le chemin de fer pour ses derniers voyages en Europe. Elle n’employa que l’avion. 
— J’aime l’avion, avoue cette femme de quatre-vingt-un ans, sa vitesse me grise, il semble qu’on se dégage à Jamais de la terre. L’impératrice disait quelque chose d’approchant quand, entraînant sa dame d’honneur, la comtesse Sztaray, dans ses chevauchées dans la nature solitaire, elle disait : 
— J’ai besoin de paysages pour purifier mon visage qui a été contemplé par les hommes. 
On arrive ainsi au bout de la lassitude de la société humaine. Mme Schratt est venue à Paris par l’avion. — Le Paris d’après guerre ? —J’adorais Paris, ce n’était plus le même Paris, murmure-t-elle. Elle a revu encore l’Italie. À près de quatre-vingts ans on la vit, vive et grisée, dans les courriers volants. Maintenant, elle n’attend plus rien de la vie. Elle passe ses jours à se souvenir et à prier, entourée comme François-Joseph des ombres tragiques, échangeant avec elles on ne sait quelles trajectoires mentales, quels colloques. qui ne regardent plus le langage des hommes, quels signes suspendus qui n’appartiennent pas aux vivants. Elle avait droit à sa vie brillante, fêtée de comédienne ; elle l’a troquée pour ce rôle qu’une impératrice infortunée lui avait assigné, ce rôle d’amie qui en a fait l’impératrice sans couronne. Parce que sa couronne à elle demeurera ornée du prisme qui décompose les joies de la lumière permises aux plus humbles créatures. La vie pour elle s’estompe sous une vapeur surnaturelle. François-Joseph lui a apporté, une fois pour toutes, ses excuses, quand il lui a dit, le soir de la mort de Rodolphe : 
— Votre vie était destinée à la joie et non pas au malheur, ma pauvre amie... 

 MAURICE VERNE.

samedi 25 février 2023

Les jardins du château Achilleion de l'impératrice Élisabeth à Corfou, un dessin de L. Fillol

 

Dessin de L. Fillol, gravure de Reymond
in L'Univers illustré du 17 septembre 1898

Dessin publié dans L'Univers illustré peu après le tragique assassinat de l'impératrice.

An article of the 1899 american press about Helen, Elisabeth and Sophie-Charlotte, Ludwig and Otto of Bavaria

An article of The age-herald (Birmingham, Alabama), February 19, 1899, Section 3, Page 23, Image 23


SOME BROKEN-HEARTED QUEENS
The Jilts of Royal Lovers and How They Consoled Themselves—Some Have Become Insane, Others Have Mended Their Hearts.


Lovers who have been ruthlessly jilted will admit that the “throwing over" process is not an agreeable one to the person “thrown over,” but those who have suffered this indignity, may find consolationiIn the fact that “jilting" has played a most important part in the romantic history of Europe. It is difficult for “ordinary beings" to look upon royalty os mere men  and women, playing their own little, if paradoxically, exalted parts in life’s tragedies and comedies, but the fact remains that royal personages are often very, very human, and that princesses and princes of the blood have been jilted in just as cruel fashion as if they had been the Misses Jones or the Mr. Smiths of our prosaic every day life.
[...]
The royal house of Bavaria has had more than its share of these illustrations of the inconsistency of royal hearts. Many years ago Princess Helene of Bavaria was affianced to Francis Joseph of Austria. She was sincerely fond of her lover and was educated with the distinct view of becoming empress of Austria. There was no reason why the young man should not have kept his promise, save the one to him all important reason. Just as the long standing engagement was about to be consummated, Francis Joseph met his fiance’s younger sister, Elizabeth, with whom he immediately fell violently in love. Princes Helene was forgotten and was left to nurse an almost broken heart, while the younger and more beautiful sister, who was recently murdered by the anarchist Lucchini, assumed her position at the head of the house of Austria.
The story of the sad fate of the Duchess d’Alencon, who met a terrible death in the Paris charity bazaar fire, ended a romance that at one time was the sensation of all Europe. The Duchess d’Alencon was formerly the beautiful Sophia of Bavaria, and in 1867 her Cousin, the mad King Louis, fell in love with her. His was a life full of excesses, but he reached his highest note of rapture in his love for this beautiful girl. A marble bust of her was enshrined in his palace and each day he surrounded it with banks of the rarest exotics. He had thousands of pictures of her printed, beneath which were engraved the words, “Sophia, Queen of Bavaria.” These were to be distributed throughout the kingdom on the day of their wedding. Suddenly there was a revulsion in the fantastic mind of the already half mad monarch.
The first inkling of the estrangement was when the heavy marble bust came crushing through a window of the palace, nearly killing a sentry who was on duty in the courtyard. In the palace all was in an uproar for Louis, half clad and with hair tousled, was rushing from one apartment to another urging his attendants to use more speed in the destruction of the precious pictures of the princess. Barfus, the artist, was called out of bed to destroy the plate, and then, half crazed, the king, without completing his toilet, fled to his
castle on the Starenberg lake. After the death of the king it was slated that the jilting of Princess Sophia was due to his belief that a strong attachment existed between the beautiful girl end Edgars Haufstaengl [sic, for Hanfstaengl], the ton of the Munlbh artist. Sophia married the Duke d’Alençon, but her affection for him was never strong, and on learning of King Louis' suicide, in 1886, she became insane and for several years was an inmate of.an asylum.
An almost parallel romance helped to wreck the mind of mad King Otto of Bavaria. He loved the beautiful Countess Larisch, and the young girl exercised an influence over him that might have prevented his mental collapseiIf he had been permitted to keep his promise to her and make her his wife. The requirements of kingcraft were too strong, however, and she was cast aside. Her name was never again mentioned by Otto and it was imagined that he had forgotten her until after his death, when it was found that through all the vagaries of his befuddled brain, the playing at stork, the washing of his dogs in a mixture of beer and champagne and the festooning of his button holes with sardines he had carefully treasured and carried in his pocket a little box containing a few faded flowers and withered berries that she had given him. His love for this woman had cost him his reason and his throne.
[...]

vendredi 24 février 2023

Mittenwald (Riedboden) — Spaziergang entlang der Isar — 8 pics

 









 © Luc-Henri Roger

Sainte-Marie-de-l'Assomption de Mosta, une des plus grandes coupoles du monde, inspirée de celle du Panthéon

  La rotonde Sainte-Marie est l'église paroissiale de la ville de Mosta sur l'île de Malte. Le snctuaire fut élevé au rang de basilique mineure en 2020 par le pape François. Elle possède l'une des plus grandes coupoles au monde, avec un diamètre intérieur de 37,2 mètres, construite à l'exemple du Panthéon de  Rome. Les murs de la rotonde sont larges de plus de 9 m pour pouvoir supporter le poids du dôme.


La construction eut lieu selon les plans de l'architecte maltais Giorgio Grognet de Vassé. Elle débuta en mai 1833 et se termina dans les années 1860. Elle serait aujourd'hui la troisième plus grande coupole du monde. 

Un obus l'atteignit pendant la seconde guerre mondiale sans exploser, ce qui fut considéré comme un miracle.


 Le Panthéon de Rome dans la seconde moitié du xixe siècle. 
Les deux clochetons furent démontés en 1883.

Reportage photographique















Photos © Luc-Henri Roger


mercredi 22 février 2023

Archipel maltais —Le temple mégalithique gozitain de Ggantija et sa légende — 16 photos


La légende maltaise raconte que « Sunsana la Géante », aurait, depuis les falaises de Ta’ Cenc, transporté sur sa tête ces énormes blocs de pierre...
Le temple de Ggantija (un terme qui signifie la "tour des géants") date de 3600 -3000 ans avant J-C. Ce site colossal est composé de deux parties en forme de trèfle: 50 x 35 mètres de superfici3. La hauteur des pierres atteint près de 6 mètres avec un poids estimé à 50 tonnes pour la plus grande. Chaque trèfle contient des salles séparées par des murs de globigérine, la pierre tendre de Malte. Gravées sur les parois, de mystérieuses inscriptions n’ont pas encore livré leurs secrets.

La Géante, un poème de Ġorġ Pisani

Le poète maltais Ġorġ Pisani (1909-1999) a conté le sacrifice d'une jeune femme à l'époque légendaire où vivaient les géants qui auraient construit les temples de Gozo, la deuxième île de l'archipel maltais, qui se dit Ghaudex en maltais. 

LA GÉANTE

À la belle clarté de la lune —— aux heures douces des nuits sereines, — là-bas, dans le silence de Xaghra toujours verte, — rêve la Géante.

Elle rêve qu'elle voit — sortir de quelques huttes autour d'elle dressées — et s'avancer vers elle, deux à deux, lentement, — les visages bien-aimés.

Ils entrent : le temple, tout d'un coup — s'emplit de monde, de femmes, d'enfants et d'hommes ; ils sont pâles et dans chaque regard se lisent la peur et la détresse.

Une voix se fait entendre, épouvantable ! : pour arrêter la famine qui nous consume, les dieux demandent, sans délai, afin qu'ils nous pardonnent, qu'une jeune fille meure pour nous.

Une rumeur angoissée se lève, pleurs et soupirs et voix de la multitude — la crainte de la mort étreint le pauvre peuple par la faim épuisé depuis des mois.

Dans ce tumulte, cependant, — alors qu'épouvanté chacun se lamente, — une jeune file aux cheveux blonds, aux yeux bleus,  — pâle sort de la foule. 

Elle crie, la voix ferme: — « puisque pour notre salut mes bras sont inutiles, — j'offre aux dieux ma jeunesse et ma vie: — je mourrai pour Ghaudex, mon cher pays. » . 

Et l'autel aussitôt fume, — les hymnes de la Mort commencent, s'élevant dans l'espace, — les tambours pleurent le dernier coup avec douceur — le sang arrose la terre. 

Et Ghaudex le lendemain fut toute verte, nos campagnes regorgeaient de grains et de fruits ; chacun mangea et but, chacun se divertit dans l'allégresse, chaque coeur se réveilla joyeux.

Et c'est à quoi sous la lune, aux heures douces des nuits d'été, dans le silence de Xaghra* toujours verte, c'est à quoi rêve la Géante.

*Xaghra est le nom du village sur le territoire duquel sont érigés les temples mégalithiques.

Reportage photographique















Crédit photos © Luc-Henri Roger

lundi 20 février 2023

Les Caravage de la co-cathédrale Saint-Jean de La Valette

 Le Caravage peignit La Décollation de saint Jean-Baptiste en 1608, suite à une commande du grand maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem qui la destinait à être placée en retable dans l'oratoire Saint-Jean, chapelle des novices de l'ordre. Le tableau ne quitta jamais son emplacement. Il était destiné à l'éducation religieuse des novices, aux réunions des Chevaliers, ainsi qu'au secours spirituel des condamnés à mort. Le jour de l'inauguration du tableau, jour de la fête du saint patron de l'ordre, Caravage n'assista pas à la cérémonie, arrêté le jour même pour la rixe du 18 août 1608. Il avait été admis comme novice dans l'ordre des chevaliers le 14 juillet 1608.

Par ses dimensions, il s'agit du plus grand tableau peint par l'artiste.





Saint Jérôme écrivant a été réalisé entre 1607 et 1608 sur commande d'Ippolito Malaspina, l'un des hauts responsables de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem à Malte. 



Photos de Marco Pohle et Luc-Henri Roger

L'énigme du Saint Prépuce : la réponse mystique de Soeur Marie d'Ágreda

Apparition de la Vierge à Soeur Maria de  Jésus d’Ágreda École mexicaine, 18ème siècle La Relique errante et le Corps glorieux Splendeur, gé...