samedi 6 mai 2023

Un cadeau du roi Louis II pour l'actrice Clara Ziegler / Ein Geschenk von König Ludwig II. an Clara Ziegler

 


Broche et boucles d'oreilles améthyste et citrine offerts à Clara Ziegler pour son interprétation du personnage de la marquise de Montespan dans le drame de Ludwig Schneegan Der Weg zum Frieden (Le chemin vers la paix) qui fut joué en représentation privée pour le roi les 6 et 7 mai 1874. En 1872 l'actrice avait déjà interprété le rôle de la marquise de Pompadour dans le  Narziss d'Albert Emil Brachvogel. Elle avait fait ses débuts à Munich dans la Jungfrau von Orléans (La pucelle d'Orléans) de Schiller.

Ces bijoux appartenant aux collections du Deutsches Theatermuseum sont actuellement présentés dans les vitrines de l'exposition In meiner Vorstellung. Die Welt der exklusiven Aufführungen von König Ludwig II. au Deutsches Theatermuseum München.


Il est bien connu que le roi aimait à faire des cadeaux aux artistes qu'il appréciait. Voir à ce sujet :

Le mois de mai est le moi de Marie (2) — Histoire de l'origine de la prière dite de la Salutation angélique (le Je vous salue Marie ou l'Ave Maria)

Fra Angelico — Annonciation — Musée diocésain de Cortona

Les soirs du mois de mai, il est coutumier de réciter le rosaire, cette série de trois chapelets au cours de laquelle l'on  récite 150 Je vous salue Marie (Ave Maria en latin). Nous nous sommes posé la question de l'origine de cette prière composite. Le Père Ernest-Eugène Cauly, qui fut Vicaire général de l'archevêché de Reims, nous rappelle l'histoire de sa composition. 

De la Salutation angélique. Origine de cette prière.

Cette prière, qui s'adresse à la très sainte Vierge, n’a point, comme l'Oraison dominicale, Jésus-Christ pour auteur. Elle ne se trouve pas non plus en entier dans l'Évangile, mais elle a cependant une très noble origine, et se place immédiatement après le Notre Père par son importance. Elle renferme trois parties qui sont d’origine diverse. La première partie se compose des paroles que l’ange Gabriel adressa à Marie, lorsqu'il vint lui annoncer le mystère de l’Incarnation : " Je vous salue, lui dit-il, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, et vous êtes bénie entre toutes les femmes. " (S. Luc, Évangile, 28.) La seconde partie se compose des paroles que sainte Élisabeth, mère de saint Jean-Baptiste, dit à la Vierge Marie, sa parente, quand celle-ci vint la visiter à Hébron. Élisabeth répéta, après l’ange : " Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et elle ajouta: Et [Jésus] le fruit de vos entrailles est béni." (S. Luc, Evangile, 42.) La troisième partie fut composée beaucoup plus tard, et ajoutée par l'Église au texte de la Salutation angélique. C’était au concile d’Éphèse (en 431). Les Pères du concile venaient de proclamer, contre l’hérétique Nestorius, que la sainte Vierge pouvait et devait être appelée véritablement Mère de Dieu. Saint Cyrille d’Alexandrie, qui avait été l’âme du concile, après la définition solennelle, se mit à genoux et dit devant l’assemblée : " Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pécheurs, maintenant et à l'heure de notre mort. " Cette courte invocation fut trouvée si belle, que le pape Célestin Ier l'ajouta aux précédentes paroles et ainsi fut complétée la Salutation angélique. 

Source du texte : Extrait du Cours d'instruction religieuse à l'usage des catéchismes de persévérance. Le catéchisme expliqué, de  Cauly, Eugène-Ernest (1841-1912), 48e édition, 1911

Posts précédents sur le sujet


vendredi 5 mai 2023

Un cadeau du roi Louis II au ténor Franz Nachbaur / Ein Geschenk von König Ludwig II. an den Tenor Franz Nachbaur

 Cette bague est actuellement présentée dans les vitrines de l'exposition In meiner Vorstellung. Die Welt der exklusiven Aufführungen von König Ludwig II. au Deutsches Theatermuseum München.


Collection Jean-Louis (Munich)


Bague en argent avec un motif de cygne présentée dans sa boîte d'origine. Cadeau de reconnaissance offert par le roi Louis II au ténor Franz Nachbaur (1830-1902)  pour son rôle de Lohengrin.

Le ténor Franz Nachbaur était tenu en haute estime par le roi. Pour son rôle de Lohengrin, le roi lui offrit une armure d'argent. Il reçut également une bague en argent avec le sceau en relief d'un cygne. Louis II invita également Nachbaur dans son jardin d'hiver afin que le chanteur puisse y interpréter des passages choisis de Lohengrin dans un cadre enchanteur.


Franz Nachbaur, ténor wagnérien et favori du Roi Louis II 

Franz Nachbaur en couverture du journal viennois 
Der Floh du 5 novembre 1876

Franz (Ignaz) Nachbaur (1835-1902) fut un célèbre ténor allemand d'opéra et un des meilleurs interprètes des opéras de Wagner.

Il entra en 1866 dans la compagnie de l'opéra de Munich par ordre du roi Louis II qui suivait ce faisant la recommandation de Richard Wagner. Il signa en 1869 un contrat de 10 ans avec le théâtre de Munich (aux appointements de 8 000 florins annuels, plus la garantie des feux et une pension à la fin du contrat). Il y resta actif jusqu'à sa retraite en 1890. En 1869, il fut payé 1 200 florins pour 2 représentations des Maîtres chanteurs à Carlsruhe.

Chanteur favori du roi Louis II de Bavière, qui le faisait venir pour chanter, pour lui seul, Lohengrin dans une barque à quelque distance de la rive du lac Starnberg, aux abords du château, revêtu de l'armure en argent qu'il lui avait offerte. [d'après Jacques Bainville]

Il fit ses débuts à Londres en 1882 dans le rôle d'Euryanthe. Il a également chanté avec un grand succès pendant quelques saisons en Italie, en interprétant tout spécialement des opéras wagnériens. Sa dernière apparition sur la scène munichoise en octobre 1890 fut la mille et unième fois qu'il chantait dans ce théâtre. Il est décédé à Munich en 1902.

Il créa Walther von Stolzing dans Die Meistersinger von Nürnberg de Wagner le 21 juin 1868 à Munich, en remplacement de Bachmann jugé insuffisant pour tenir le rôle, puis Froh dans Rheingold le 22 septembre 1869 à Munich.

Le journal parisien Le Ménestrel  évoqua à plusieurs reprises les relations particulières du Roi Louis II de Bavière avec Franz Nachbaur :

Le Ménestrel du 12 octobre 1890

Un chanteur jadis très fêté, M. Nachbaur, longtemps attaché au théâtre de Munich, vient de prendre sa retraite. M. Nachbaur, qui était un vrai ténor, et dont la voix avait un timbre d'une douceur charmante fut jadis un Lohengrin très admiré. Le roi Louis II de Bavière le tenait en haute estime et l'avait comblé de cadeaux. En 1870 il lui avait envoyé une statuette en marbre, sculptée par Zumbusch, et qui le représente en Lohengrin ; une autre fois il lui envoya un Lohengrin dont la nacelle était en or et le cygne en argent. A la femme du ténor, le malheureux souverain avait un jour donné une broche représentant le cygne de Lohengrin ; le corps du cygne est formé par une perle d'une grosseur énorme les ailes sont figurées par des diamants, le bec par des rubis. M. Nachbaur possède en outre un grand nombre de lettres de Louis II dans lesquelles celui-ci le traite absolument d'égal à égal et parle fréquemment de Richard Wagner, pour lequel on sait que son admiration était sans bornes. Dans une de ces lettres, le roi dit au ténor : « Nous sommes, tous les deux, ennemis de ce qui est banal, trivial, vulgaire; nos coeurs brûlent d'un feu divin pour tout ce qui est pur et idéal. C'est pourquoi nous devons demeurer de fidèles et sincères amis, toute notre vie.»

Le Ménestrel du 2 août 1891 

Le ténor allemand Nachbaur, dont nous avons annoncé récemment la retraite, vient de publier dans un journal de Munich quelques souvenirs assez curieux sur ses rapports avec le défunt roi de Bavière. Louis II, toujours excessif en ses affections, traitait le ténor presque en camarade. « Nous sommes tous deux ennemis de ce qui est vil, lui écrivait le roi ; nous brûlons tous deux de cette flamme pure et sacrée de l'idéal ; c'est pourquoi nous resterons amis toute notre vie. » Nachbaur a monté tout un musée avec les cadeaux que lui a offerts son royal protecteur ; ce sont pour la plupart des souvenirs relatif à Lohengrin : des barques au cygne en or massif portant I.ohengrin sous les traits de Nachbaur, des épingles, des broches, des plats et jusqu'à une pipe portant les attributs du héros. On remarque aussi deux tables en or massif sur lesquelles sont ciselées les principales scènes de Parsifal et d'Aïda, enfin une quantité prodigieuse de montres à l'effigie du souverain, de portraits et de bagues. Lorsque Nachbaur quittait Munich, appelé par des engagements, Louis II languissait d'ennui, et il lui arrivait souvent de payer le dédit de son chanteur favori pour le ravoir près de lui. Un jour, ils se promenaient ensemble sur le lac artificiel du fameux jardin d'hiver. La barque qui les portait était dorée et avait la forme d'un cygne. Des voix mystérieuses se faisaient entendre, paraissant sortir de l'eau. Le roi était debout dans la barque, prêtant l'oreille et comme perdu dans un rêve. Soudain il se tourna vers le ténor et lui dit d'une voix très douce : « Ah ! que ne sommes-nous dans la baie de Naples ! que ne pouvons-nous glisser sur ses vagues, comme à présent, et écouter le chant éloigné des gondoliers ! » Et il décida que tous deux partiraient ensemble pour ce pays ensoleillé, mais au dernier moment il abandonna son projet. Autant Louis II aimait conférer des faveurs, autant il était sensible aux marques de gratitude. A l'issue des représentations de gala données en son honneur, il fallait que tous les artistes auxquels il avait offert des cadeaux, lui fissent parvenir sans retard des remerciements. Malheur à ceux qui ne se conformaient pas à cet usage ! Ils commettaient, à ses yeux, une offense impardonnable. » « Un jour, bien après minuit, écrit Nachbaur, le roi me fit appeler. Il souffrait d'un violent mal de tète. Je lui chantai l'air du sommeil de la Muette et la prière de Stradella. A deux heures, je m'en retournais Chez moi et, immédiatement, je lui écrivis une lettre pour le remercier de ses bontés à mon égard. Plus lard j'appris que, malgré sa migraine, il se releva anxieux et ne voulut pas se recoucher avant d'avoir reçu ma lettre.»

Nachbaur en Walther von Stolzing dans les Meistersinger
(Gravure dans Die Gartenlaube, 1873)

Le temps des gentianes — 10 photos / 10 Bilder — Enzianezeit in Mittenwald

 











Bilder © Luc-Henri Roger

 

jeudi 4 mai 2023

Le Monastère de Sant'Antonio in Polesine à Ferrare, un joyau médiéval aux précieuses fresques giottesques — 25 photos

Situé en plein coeur du quartier médiéval de Ferrare, ce monastère reste enveloppé dans le même univers recueilli et paisible des premières années de son existence alors qu’il se trouvait isolé sur une île au beau milieu du Pô.

Fondé au début du Moyen Âge par des Augustins, il est passé en 1297 aux bénédictines de Béatrice II d’Este, fille du marquis Azzo VII d’Este, qui fut par la suite reconnue bienheureuse, il reçut d’emblée la protection des Este qui ne lésinèrent pour son embellissement. Au moment de son apogée, la communauté bénédictine s’était développée à un point tel qu’elle occupait de nombreux édifices adjacents. Au début du XIXe siècle, le complexe a été restauré. À présent, les soeurs vivent dans l’aile la plus ancienne. C’est aussi la partie la plus intéressante du couvent. On y respire une atmosphère émouvante, y compris en raison de la présence des fresques de l'école de Giotto, réalisées entre la fin du XIIIe et le milieu du XIVe siècle.

Administrativement rattaché au vicariat urbain de Ferrare, qui fait partie de l'archidiocèse de Ferrare-Comacchio, il est dédié à Saint Antoine Abbé, considéré comme le fondateur du monachisme chrétien et le premier des abbés.

La zone où se trouve le complexe fait partie de l'addizione di Borso d'Este et constituait dans l'Antiquité une île, l'île de Sant'Antonio, située au sud du Castrum byzantin. Le toponyme in Polesine ne fait pas référence au Polesine (le territoire identifié entre les fleuves Adige et Po), mais à son ancienne nature, c'est-à-dire à une terre surélevée entourée d'eau.

Les bâtiments

La façade en terre cuite présente un portique.
L'église publique extérieure du complexe est de style baroque, avec un beau plafond peint à fresque au XVIIe siècle par Francesco Ferrari, représentant le Père éternel, la Vierge à l'enfant et les saints Benoît et Antoine Abbé.
L'église intérieure, également connue sous le nom de chœur des moniales, comporte trois chapelles décorées de fresques :
  • Celle de gauche présente les Histoires de l'enfance de Jésus et de la vie de la Vierge de l'école de Giotto
  • Celle de droite présente les Histoires de la Passion, également de l'école de Giotto.
  • La salle centrale présente des fresques d'époques et de styles différents, dont l'Annonciation de Domenico Panetti et un plafond grotesque du XVIe siècle.
Il y a aussi un retable avec une Flagellation du XVIe siècle, avec le retable original en bois sculpté et doré. Un élégant cloître et la tombe monumentale de la fondatrice font également partie du complexe.

Reportage photographique


























Photos© Luc-Henri Roger 

La bienheureuse Beatrice II d'Este

Béatrice II d'Este (1226-1292), fille d'Azzo VII et de Giovanna di Puglia. Après avoir été fiancée à Galeazzo di Vicenza, le jour même où elle s'apprêtait à rejoindre son fiancé à Milan, celui-ci mourut au combat. Béatrice entre au monastère de l'Isoletta di San Lazzaro, puis à celui de Santo Stefano della Rotta. De plus en plus de femmes entrent dans sa communauté, si bien qu'en 1257, le marquis Azzo achète pour sa fille le domaine de Sant'Antonio in Polesine où Béatrice entra avec l'abbesse Lieta et ses compagnes. C'est peut-être à cause de l'eau qui caractérisait autrefois cette région qu'on dit que  Béatrice, après sa mort, a voulu continuer à parler à ses consœurs et à ses dévots :  aujourd'hui encore, une condensation s'écoule de sa tombe de novembre à mars. Cette eau est recueillie et des dévots croient aujourd'hui encore en ses propriétés miraculeuses. De pieux ex votos témoignent de la reconnaissance de personnes guéries de leurs maux.








Le monde des représentations privées du roi Louis II. Une exposition du Deutsches Theatermuseum de Munich.

Le Musée du théâtre de Munich (Deutsches Theater Museum München) présente jusqu'au 30 juillet 2023 son exposition sur le monde des représentations privées du roi Louis II comme une exposition en mode " cabinet ". Small is beautiful. Si l'espace d'exposition est réduit, les documents présentés passionneront les amis du roi Louis II et de Richard Wagner, son compositeur d'élection. Dessins et aquarelles originales de costumes ou de décors, photographies d'acteurs et d'actrices célèbres, des interprètes des opéras, quelques lettres ou quelques bijoux que le roi leur a offerts, quelques maquettes scéniques retiendront l'attention des visiteurs. 

Une visite qui attirera certainement les festivaliers du Festival d'opéra de Munich fin juillet et durant tout le mois de juillet. Et comme le roi était un admirateur passionné de la monarchie française des 17ème et 18ème siècles et du théâtre français, les visiteurs français y verront évoquer la Pompadour dans le Narziss de Brachvogel, la Theodora de Victorien Sardou ou la comédie Léonard le perruquier de Dumanoir, traduite en allemand pour le plaisir du roi. 

Un monarque bavarois qui aime le théâtre

Encore jeune prince héritier, Louis II se passionne déjà pour la scène et assiste régulièrement aux représentations des théâtres de la cour de Munich. Couronné en 1864 alors qu'il n'a que 18 ans, il se sent de plus en plus gêné dans son rôle de spectateur tant il est au centre de l'attention du public. C'est ainsi que l'acteur, metteur en scène et futur intendant Ernst von Possart raconte qu'en février 1872, le roi aurait exprimé sa colère après une représentation d'Iphigénie : " Il m'est impossible de rêver au théâtre, alors que les gens me regardent sans cesse et observent chacune de mes expressions avec leurs jumelles d'opéra. Je veux  moi-même être spectateur, mais ne pas être un objet de spectacle pour la foule !". En conséquence de quoi, Louis II décide de ne plus se montrer à ses sujets au théâtre. Dans un premier temps, il assiste à des répétitions générales sans spectateurs. Mais dès le mois de mai 1872, Louis II exige qu'une représentation complète soit donnée pour lui comme seul spectateur. D'autres représentations exclusives d'acteurs suivent à l'automne 1872 au théâtre royal de la résidence, le théâtre rococo de François Cuvilliés.

Et les désirs du roi prennent de plus en plus d'ampleur : dès 1873 il exige que de nouveaux spectacles soient  mis en scène à son usage exclusif. Le souverain souhaite principalement des pièces de théâtre, auxquelles viennent s'ajouter quelques ballets. Il ordonne ensuite, à partir de 1878, la préparation de 44 opéras complexes et coûteux à réaliser. De 1873 à 1885, 209 de ces représentations privées sont organisées. Outre le roi, seul un cercle restreint assiste aux représentations. Le roi interdit aux participants d'évoquer ces représentations en public. De nombreuses rumeurs et descriptions fantastiques circulent rapidement, ce qui accroît l'intérêt du public pour les représentations dites séparées (Separatvorstellungen).

En 1894, Karl von Perfall, alors directeur du théâtre de la cour de Munich, écrit à propos des exigences extraordinaires du roi et de leur importance pour le théâtre munichois : "Ces représentations, malgré les efforts inouïs et les profondes perturbations qu'elles ont causés dans la marche régulière des affaires, ont été d'un grand profit pour la la scène de la cour de Munich" . L'amour du théâtre de Louis II, ses exigences pointues quant à la perfection, notamment technique, des représentations ne sont pas les moindres raisons de la réputation des spectacles du théâtre de la cour de Munich de ces années-là. De nombreuses mises en scène de ces représentations séparées deviennent de grands succès publics dès qu'elles sont portées au répertoire des théâtres de la cour.

Le rêve d'absolutisme

La vénération de Louis II pour la famille royale française des Bourbons est presque sans limites et le conduit à s'identifier à ces rois français qui sont de sa lointaine parenté, et tout particulièrement au Roi-Soleil, Louis XIV, dont le nom est identique au sien. Ceci explique le nombre élevé de pièces  en rapport avec la France parmi les représentations séparées : on en dénombre 35.
 
C'est surtout dans les premières années des représentations royales exclusives que dominent les drames se déroulant dans le milieu historique des rois absolutistes Louis XIV, Louis XV ou Louis XVI. Les pièces mettent en scène le cérémonial de la cour, les intrigues amoureuses et la société de cour absolutiste. Une intrigue est généralement au centre de l'action. Les faits politiques sont certes nommés avec précision, mais restent en arrière-plan, tandis que les destins individuels, souvent par le biais de protagonistes issus des milieux du théâtre, de l'art et de la littérature, déterminent l'action. Louis II, qui maîtrise la langue française et qui lit beaucoup, propose des sujets déjà connus pour la mise en scène ou cherche des livrets français, qu'il fait traduire ou adapter, comme Esther à Saint-Cyr, l'adaptation d'une pièce de Racine confiée par le roi à Karl von Heigel. Sa connaissance approfondie des textes originaux et ses recherches minutieuses sur les détails historiques, pour lesquels il se constitue une collection de photographies et de dessins, l'amènent à procéder à des ajustements réguliers dans l'élaboration des réalisations scéniques. Louis II n'intervient pas seulement dans le texte, mais aussi dans la mise en scène: la distribution et le décor doivent correspondre exactement à ses idées. Dès les premières années de son règne, le roi exige la création de spectacles historiquement fidèles et devient de plus en plus lui-même metteur en scène de ses représentations séparées. 

L'exposition permet de découvrir que le très wagnérien roi Louis II s'intéressait aussi à l'opéra français, et notamment à la musique de Massenet, ce qui ne manque pas d'étonner, car les biographies en français n'en font à notre connaissance du moins généralement pas mention.

Portrait en costume de Clara Ziegler en Marquise de Pompadour dans le  Narziss d'Albert Emil Brachvogel. Louis II assiste à une représentation publique de cette pièce le 7 février 1872. Sur le Narziss de Brachvogel, lire notre article Narcisse de Brachvogel, une des pièces préférées de Louis II. (Cliquer sur le lien)

Une photo de Mathias Pössenbacher. 
Réf. :Deutsches Theatermuseum München, Inv.-Nr. II 47593 (ID 38570)

Projet de décor d' Angelo II. Quaglio pour le Narziss de Brachvogel. Première scène :le salon du Baron von Holbach. Représentation privée du 9 mai 1885 au théâtre de la Résidence.


Réf. Deutsches Theatermuseum München, Inv.-Nr. IV 2171 (ID 51659)

Maquette de décor pour le deuxième acte de Leonhard der Perückenmacher (Léonard le perruquier de Philippe Dumanoir traduit par A. Fresenius) par Angelo II. Quaglio. Représentations séparées des 17 et 24 avril 1873 au théâtre de la Résidence.

Réf. Deutsches Theatermuseum München, 
Inv.-Nr. V/IX Slg.Q14/67/1-15 (ID 49832)

Projet de décor d'Angelo II. Quaglio pour la Theodora de Victorien Sardou (musique de Jules Massenet), acte I, scène I, le palais de Justinien. Représentations privées des 4, 5 et 10 mai 1885 au Théâtre de la Cour et national de Munich. Sur la Theodora munichoise, lire nos articles Les représentations privées de Louis II: Théodora de Victorien Sardou et Quand Victorien Sardou témoignait d'une visite du roi Louis II à Paris en 1885 (Cliquer sur les liens).

Réf. Deutsches Theatermuseum München, Inv.-Nr. IV 154b (ID 51665)

Hermine Claar-Delia en Theodora aux mêmes dates

Photo Franz Hanfstaengl
Réf. Deutsches Theatermuseum München, Inv.-Nr. II 12193 (ID 29984)

Portrait de Franz Nachbaur dans le rôle d'Alim dans König von Lahore (le Roi de Lahore),  musique de Jules Massenet, livret de Louis Gallet, pour les représentations privées des 8 et 10 mai 1879, au Théâtre royal de la cour et théâtre national de Munich.

Réf. Deutsches Theatermuseum München
Inv.-Nr. II 39265 (ID 35378)


Source : les textes sous rubriques 'Un monarque bavarois' et 'Le rêve d'absolutisme' sont traduits du dossier de presse du musée.

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