jeudi 18 mai 2023

Festival DANCE 2023 à Munich — La guerre d'agression contre l'Ukraine au coeur de Every Minute Motherland de Maciej Kuźmiński

Dans son pôle européen de l'est, le festival international munichois DANCE 2023 présente Every minute motherland, la dernière création du chorégraphe polonais Maciej Kuźmiński.

Le chorégraphe polonais Maciej Kuźmiński

Né en 1985, il a commencé son travail de création en 2014. Ses œuvres sont décrites comme pures, avec des mouvements fondés et dynamiques, et tournent autour de concepts existentiels et philosophiques. Les créations de l'artiste ont été présentées plus de 200 fois dans 21 pays, gagnant progressivement une reconnaissance internationale. Il est connu pour créer des pièces dans le style de la méthode de mouvement " Dynamic Phrasing " (le phrasé, la formulation dynamique), qu'il a développée et qui se consacre à la formation de la polyvalence et d'une " force douce " des danseurs. Outre le travail avec sa propre compagnie, il a créé des œuvres de commande, notamment pour le Scapino Ballet Rotterdam, le Theater Regensburg, la Šeiko Dance Company en Lituanie ou le Polish Dance Theater. Les oeuvres réalisées pour la compagnie Maciej Kuźmiński ont reçu plus de 20 prix de chorégraphie, faisant de Kuźmiński l'un des créateurs de danse polonais les plus souvent récompensés.

Maciej Kuźmiński a créé l'actuelle compagnie à l'été 2022 en collaboration avec la journaliste de danse ukrainienne Polina Bulat, réfugiée et co-productrice de la pièce. Il a sélectionné quatre danseuses ukrainiennes et les a intégrées dans sa compagnie polonaise. Les répétitions de sa nouvelle chorégraphie ont eu lieu d'abord dans son studio de Łodz, puis dans le petit village polonais de Dabrova, un intense travail de préparation  de cinq semaines.  Le dramaturge Paul Bargetto a lui aussi joué un rôle important dans la création de l'oeuvre dont il a accompagné tout le processus.

Photo © Maciej Rukasz

Every Minute Motherland 

Le titre de la production (" Chaque minute la patrie") est proche du " Va pensiero, O mia patria si bella e perduta " verdien, il exprime le vécu des huit millions de réfugiés ukrainiens qui ont constamment à l'esprit la patrie qu'ils ont été contraints de fuir, l'inquiétude, le déchirement de la séparation, les blessures psychologiques encore béantes, les deuils, l'image constamment présente de la destruction,  et les douleurs paroxystiques. 

Une pièce de danse touchante et une déclaration politique. Maciej Kuźmiński dédie son œuvre Every Minute Motherland au mouvement des réfugiés résultant de la guerre d'agression menée par la Russie contre l'Ukraine. C'est en collaboration et en co-écriture avec sa compagnie polonaise et des danseurs ukrainiens réfugiés qu'il a élaboré une chorégraphie qui, par le biais du langage commun de la danse, est parvenue à exprimer l'inexprimable et est devenue tout à la fois un acte de résistance, de résilience et de solidarité. Les images et les expériences de la guerre inscrites dans les corps sont libérées sur scène à l'aide de la danse. Nous participons à une expérience existentielle. Nous ressentons la lourdeur, le poids de la guerre, nous voyons les moments de perte, de tristesse, de désespoir et d'impuissance, et cependant l'espoir, l'attention et même la beauté restent à la fois possibles. Il suffit parfois d'un petit geste, d'un regard, du mouvement d'une main, pour exprimer toute l'ampleur de la tragédie. 

Photo © Maciej Rukasz

Ce sont ces regards directs, terribles et profonds qu'échangent les neuf danseuses et danseurs au début du spectacle : dans la salle du Schwere Reiter à Munich, les sept danseuses et les deux danseurs se tiennent debout sur trois côtés  de la scène : un grand carré blanc et nu sur lequel ils vont bientôt exprimer leur vécu des expériences extrêmes de la guerre. De nombreux moments profondément touchants de ce type font de cette pièce un témoignage particulier de notre époque. Et malgré le contexte bouleversant de la production, le ton général n'est pas colérique, mais d'une résilience admirable, d'une force intérieure qui permet la survie et alimente la résistance.

Photo © Maciej Moskwa

Après le long échange silencieux des regards, on assiste à dix minutes d'une expérience intense de danse groupée extrêmement rapide où les danseurs se comportent souvent comme une unité, formant une nuée, filant dans une direction précise pour s’en détourner soudain avec une gestuelle extrêmement coordonnée. Cela nous a rappelé ces nuées d'étourneaux ou ces bancs de poissons qui se regroupent pour se déplacer rapidement, ces comportements de groupe qui se mettent en place pour répondre à une menace extrême et qui dénotent une frayeur tout aussi extrême. Cette rapidité de mouvement conduit rapidement les danseurs à l'épuisement. On entend les ahanements, le souffle de l'effort. Parfois un danseur s'arrête, se met en position d'isolement et de vulnérabilité. Puis tout le groupe se fige pour reprendre son souffle. Viennent ensuite des expressions plus individuelles avec des corps abattus, terrassés et tendus jusqu'au bord du possible, les contacts physiques sont rares et furtifs. Souvent, un solo est repris par un ou plusieurs autres danseurs.

Tout au long de la représentation on perçoit l'attention pointue et la tension pesante et solidaire du public qui saluera la performance des danseurs par des applaudissements nourris et sept rappels.

Distribution de la chorégraphie

Daria Koval, Anna Myloslavska, Monika Witkowska, Vitaliia Vaskiv, Szymon Tur, Anastasia Ivanova, Maciej Kuźmiński

Production : Maciej Kuźmiński, Paul Bargetto et Polina Bulat

Fragments of resilience. Le making of de Every minute motherland

La réalisatrice ukrainienne Anna Semenova a tourné à l'été 2022 un court-métrage de trente minutes, Fragments of resilience, dans lequel les membres de la compagnie Maciej Kuźmiński partagent ce qui les a incités et inspirés, individuellement et en tant que groupe, à réaliser ce projet. Le chorégraphe raconte comment les traumatismes de guerre et les sentiments des danseurs et danseuses ont créé Every Minute Motherland à travers des thèmes comme l'exil et l'identité. 

Pour visiter le site de la compagnie http://www.maciejkuzminski.com

Pour visiter le site du festival DANCE 2023 : https://www.dance-muenchen.de/

Sources du texte : le dossier du festival Dance 2023, le site de la compagnie Maciej Kuźmiński, (traductions libres) et commentaires.

mercredi 17 mai 2023

Il ritorno di Ulisse in patria / L'année de la pensée magique. Un spectacle sur le thème de l'attente au théâtre Cuvilliés de Munich

Il ritorno di Ulisse in patria (1640), opéra de Claudio Monteverdi, livret de Giacomo Badoaro, et The Year of magical thinking (L'année de la pensée magique), tiré des Mémoires (2005) de la romancière américaine Joan Didion. Une coopération avec le Residenztheater de Munich. Compte-rendu de la représentation du 16 mai 2023.

Eumète (Aleksey Kursanov) et Ulysse (Charles Daniels)

Christopher Rüping, actif jusqu'en 2019 au Kammerspiele de Munich et travaillant entre-temps au Schauspielhaus de Zurich, est bien connu comme metteur en scène de pièces de théâtre, pour lesquelles il accumule les distinctions et les prix depuis 2014. Il signe à Munich sa première mise en scène d'une pièce de théâtre musical dans le cadre du festival munichois Ja Mai ! Il y organise le mariage entre deux oeuvres distantes de près de quatre siècles dans le temps mais que rapprochent leur thématique, celle de l'attente : dans l'opéra que l'Odyssée d'Homère inspira à Monteverdi, Pénélope refuse de croire en la disparition de son époux Ulysse et passe de nombreuses années à l'attendre, refusant les avances de ses prétendants ou de la déesse Minerve qui la pressent de se remarier et de ne pas laisser vacant le trône d'Ithaque. L'année de la pensée magique, une oeuvre autobiographique de l'Américaine Joan Didion aborde le même thème : pendant une année entière elle se refuse à accepter  la mort de son mari  John Gregory Dunne, qui s'est pourtant effondré sous ses yeux  le 30 décembre 2003,  victime d'un arrêt cardiaque et déclaré mort une heure plus tard. Son roman est le décryptage minutieux des avatars de  son déni. Elle sait que son mari est mort et que la mort est irréversible, mais sa pensée ne participe pas de la logique, toute une année durant, sa pensée magique l'incite à croire que John reviendra tout de même. Elle ne parvient pas à se défaire des affaires de son mari ni des ses médicaments, croyant qu'il en aura besoin à son retour. Tout comme Pénélope, Joan Didion attend le retour de son mari. Le dénouement est différent : à la fin de l'opéra de Monteverdi, Pénélope ne parvient dans un premier temps pas à croire qu'Ulysse est bien rentré au pays, malgré qu'il a passé avec succès l'épreuve de l'arc que ne parvenait à tendre aucun des prétendants. Joan Didion finira quant à elle à sortir de la pensée magique qui l'avait comme hypnotisée et avait squatté son univers intérieur.

Christopher Rüping et le chef Christopher Moulds ont réuni les forces vives de l'Opéra d'État de Bavière et du Residenztheater, et ont fait entrer le drame antique de Monteverdi dans une nouvelle actualité. Sur la rococo du théâtre Cuvilliés, ils ont réussi le périlleux exercice de marier de manière convaincante l'opéra et le théâtre en ménageant des passerelles entre les deux pièces tout en les mettant en tension. Le directeur musical Christopher Moulds a raccourci l'opéra de Monteverdi, ne conservant  que le seule Minerve de la famille des dieux concentrant l'essentiel de l'action de l'opéra sur le personnage de Pénélope. 

Joan Didion (Wiebke Mollenhauer)

Le personnage de Joan Didion est réparti sur trois acteurs, deux femmes et un homme, qui évoquent son œuvre rétrospectivement et se distribuent les rôles d'un drame fascinant. Wiebke Mollenhauer et Sibylle Canonica interprètent l'épouse et l'écrivaine,  et Damian Rebgetz un ami de John, sans pourtant que chacun des acteurs ne joue un rôle défini, ils sont tour à tour la femme, l'ami ou le mari. La mort de John donne le coup d'envoi sur l'espace scénique dépouillé du Théâtre Cuvilliés occupé par une table sans ornement avec un simple dîner que partagent les époux. John (Charles Daniels) prie sa femme de lui servir un second  verre de whisky, puis s'effondre. Le corps de John, recouvert d'un drap blanc, reste sur le sol de la scène. 

Changement de scène : la scène dénudée du premier tableau se voit peuplée d'éléments de décors introduits de côté par compartiments comme dans un théâtre baroque, et un écran vidéo moderne est abaissé des cintres, sur lequel se voit projetée la mer. 

John ressuscite en devenant Ulysse, revenant à lui après avoir perdu connaissance lors du naufrage. Il chante sans rupture ce qui lui revient à la mémoire. Le ténor anglais Charles Daniels, né en 1960, bien connu pour ses interprétations des opéras baroques, joue le rôle d'Ulysse, aussi timide que vigilant, déployant l'extraordinaire palette de ses colorations vocales. Pénélope est chantée par la mezzo-soprano suédoise Kristina Hammarström, dont le vaste répertoire comporte de très nombreuses parties baroques, qui séduit par ses tonalités profondes et mélodramatiques. Ces deux chanteurs de la maturité sont entourés des jeunes talents enthousiastes et brillants de l'Opéra studio de la Bayerische Staatsoper. 

La mise en scène de l'opéra n'est pas dénuée d'humour : les décors pseudo-baroques de Jonathan Mertz donnent dans le pastiche amusé ; les opéras baroques étaient friands de machineries, ce que rappelle Christopher Rüping en faisant monter et descendre des cintres Ulysse en deux ex machina : Ulysse est un moment harnaché et happé dans les cieux pour revenir affublé d'un nez postiche, de moustaches et de grosses lunettes à la Groucho Marx, le voilà travesti pour son débarquement incognito en Ithaque ; son fils Télémaque descend lui aussi des cintres dans un même type harnais retenu par des filins d'acier , les portraits d'Ulysse et de Télémaque, reproduits sur des étendards, décorent les deux côtés de la scène . Pendant que se joue l'opéra, les trois acteurs se mêlent ici et là au public. Wiebke Mollenhauer armée d'une caméra filme certaines scènes en plans rapprochés, des vidéos retransmises en direct sur l'écran. L'opéra alterne avec le théâtre. Joan Didion finit par reconnaître la réalité de la mort de son mari. Et Pénélope par reconnaître Ulysse dans cet homme qui a réussi l'épreuve de l'arc. Ulysse et Pénélope s'étreignent longuement tandis qu'on voit les trois acteurs, assis l'un à côté de l'autre comme au spectacle, regarder l'antique scène de retrouvailles avec des larmes d'émotion plein les yeux.

Il ritorno di Ulisse in patria
Compositeur Claudio Monteverdi. Livret de Giacomo Badoaro / auteur Joan Didion.
En italien et en allemand. Avec surtitres en allemand. Nouvelle production.

Direction musicale Christopher Moulds
Mise en scène Christopher Rüping
Décors Jonathan Mertz
Costumes Lene Schwind
Vidéo Susanne Steinmassl
Conception sonore Thomas Wegner
Lumières Lukas Kaschube
Dramaturgie Malte Ubenauf et Christopher Warmuth

Pénélope Kristina Hammarström
Ulisse Charles Daniels
Melanto / Minerva Xenia Puskarz Thomas
Eurimaco / Pisandro Liam Bonthrone
Telemaco Granit Musliu
Eumete Aleksey Kursanov
Antinoo Roman Chabaranok (sur scène) /  chanté par Nikita Volkov
Anfinomo Cameron Shahbazi

L'année de la pensée magique
Avec Sibylle Canonica, Wiebke Mollenhauer et Damian Rebgetz

Orchestre de l'État de Bavière et Monteverdi Continuo Ensemble

Crédit des photos © Wilfried Hösl

mardi 16 mai 2023

Festival Dance 2023 à Munich. Première européenne de "M" de Marie Chouinard.

Au Commencement était le Souffle
Et le Souffle s'est fait Corps
Et il a habité la Scène
Tout par Lui a été fait, 
Et sans Lui n'a été fait rien de ce qui existe
Et sur Scène nous avons vu Sa Gloire, 
Gloire toute pleine de grâce et de vérité. 
                                     (Saint Jean revisité)

DANCE 2023, le désormais célèbre festival munichois bisannuel qui se déroule cette année du 11 au 21 mai, a  invité trois compagnies qui en constituent le pôle canadien, celles de Catherine Gaudet, dont la production The Pretty Things a ouvert le festival, de Marie Chouinard à qui deux soirées viennent d'être consacrées pour la première européenne de " M " et celle d'Andrew Tay et Stephen Thompson qui présentera ce 16 mai son Make Banana Cry. L'occasion pour le public munichois de découvrir les visions personnelles du monde et le vocabulaire de la danse des chorégraphes montréalais.

Marie Chouinard, qui enthousiasme les scènes internationales depuis plus de 40 ans, est revenue à Munich avec la compagnie qu'elle a fondée en 1990 et qui porte son nom, répondant à l'invitation du festival DANCE qui l'avait déjà sollicitée  en 2012 avec bODY_rEMIX/gOLDBERG_vARIATIONS et en 2019 avec la double soirée Les 24 Préludes de Chopin / Henri Michaux : Mouvement. (Voir à ce propos nos articles : Festival DANCE 2012 à Munich: la Compagnie Marie Chouinard au BMW Welt et Festival DANCE 2019. Les mondes hallucinés de Marie Chouinard.) Dans toutes ses productions, le souffle joue un rôle très particulier.

Les interprètes Paige Culley et Motrya Kozbur au début de « M ». Photo © Sylvie-Ann Paré.

Première européenne de " M " — Et le Souffle s'est fait Corps

Une fois n'est pas coutume, si Marie Chouinard présente le plus souvent ses nouvelles créations à l'étranger, c'est au Québec qu'elle a créé " M " en janvier dernier. Munich a les honneurs de la première européenne de sa nouvelle chorégraphie, une variation colorée qui met une nouvelle fois en scène les recherches menées par la chorégraphe  sur le thème du souffle, de la respiration et de la voix, une thématique qui la passionne depuis plus de trente ans : elle l'avait abordée dès 1990 dans Les trous du ciel, sa première chorégraphie de groupe. 

" M " est une oeuvre magique qui se penche sur  le miracle de l'animation et de la transformation de l'humain par la dilatation de son propre souffle. Les onze danseurs, huit femmes et trois hommes, sont torses nus.  Le public a constamment l'attention attirée sur les mouvements de leurs diaphragmes, sur la dilatation de tout l'appareil respiratoire, sur la merveille du souffle qui apporte l'énergie au corps et crée une " luminescence de l'intérieur ". Marie Chouinard qui s'est toujours passionnée pour " le pouls des cellules et des circuits énergétiques " porte ici toute l'attention de sa chorégraphie sur le cycle de la respiration. Le souffle se fait corps et crée des sonorités qui s'exaltent dans leurs répétitions, qui deviennent incantatoires, qui sont émises par un individu et bientôt reprises par d'autres individus ou par tous les membres du groupe. Et sans doute le souffle est-il aussi à l'origine de la valse des couleurs qui viennent métaphoriquement s'exprimer sur la vaste toile de fond de scène. Bientôt le souffle devient sonorité, séquence sonore et cri. Les danseurs s'émerveillent de leur capacité à arrêter la séquence d'un geste, puis de la reprendre ou de la communiquer à une autre danseur qui la reproduit et s'anime de cette reprise. Plus avant les sons émis commencent à s'articuler et finalement à former l'embryon d'une phrase encore dénuée de sens. Le groupe des danseuses et  danseurs est essentiellement mimétique, il intègre et se meut à l'unisson en reproduisant ou en remodulant la séquence sonore émise par un danseur isolé. Quelque chose prend forme sur scène, se constitue, cela fait penser à la naissance de l'humanité, à la préhistoire du langage, à ce temps immémorial où le souffle s'est fait son, où l'humain a expérimenté les variations sur les sons émis et a fini par les articuler puis à faire correspondre des séquences de sons à des réalités vécues. La chorégraphie nous a paru se pencher sur l'époque du cri primal de l'humanité, cette époque légendaire où comme il est écrit dans la Genèse L'Eternel Dieu forma de la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, et les fit venir vers l'homme, pour voir comment il les appellerait, afin que tout être vivant portât le nom que lui donnerait l'homme. Et l'homme donna des noms à tout le bétail, aux oiseaux du ciel et à tous les animaux des champs." Ce n'est là sans doute qu'une interprétation de cette chorégraphie qui perturbe, fascine et émerveille et qui nous invite à réaliser notre propre voyage intérieur en suivant les évolutions des danseurs vêtus de pantalons de sport flamboyants et de perruques à coupe de type bob tout aussi colorées qui semblent improviser leurs danses au départ de leurs propres sons. 

À la fascination des sons et de la danse qu'ils génèrent se combine celle des couleurs qui amplifient le langage des corps. Les perruques bleues, rouges ou fuchsia, les pantalons jaunes, verts, oranges, bleus ou lilas, le fond de scène en grand écran violemment coloré de couleurs changeantes, les lumières qui viennent caresser et souligner les torses et les visages des danseurs, tout contribue à créer une atmosphère surréelle et fantastique. Et ici aussi c'est le Souffle qui semble être à l'origine des couleurs exubérantes de ce monde qu'il semble avoir créé. 

Le Souffle est grand et Marie Chouinard est sa pythie !


Crédit photos © Sylvie-Ann Parè

dimanche 14 mai 2023

Die kalte Sophie. Les froidures de la Sainte Sophie, sainte de glace en Germanie.


   Aujourd'hui 15 mai nous fêtons la sainte Sophie en Alsace, en Moselle et en Allemagne. Die kalte Sophie, Sophie-la-froide, parfois appelée die nasse Sophie, Sophie-la-mouillée, est la dernière et l'unique femme des saints de glace, dont elle ferme la période,  qui est de 5 jours dans certains parties de la Germanie où ils sont fêtés du 11 mai au 15 mai inclus. Des dictons paysans allemands la mentionnent. Ainsi, par exemple : "Vor Nachtfrost du nicht sicher bist – bis Sophie vorrüber ist." (On ne peut être assuré de la disparition du gel nocturne tant que la sainet Sophie n'est pas passée).

  Mais qui était Sainte Sophie de Rome, aussi appelée Sainte Sagesse ? Interrogeons à nouveau la traduction de la Légende dorée de Jacques de Voragine.

SAINTE SOPHIE ET SES TROIS FILLES MARTYRES 

   Nous allons raconter le martyre de Sophie et de ses trois filles, Foi, Espérance et Charité. C'est à sainte Sophie qu'est consacrée la cathédrale de Constantinople, Cette sainte avait élevé ses filles sagement dans la crainte de Dieu. La première de ses filles avait onze ans, la seconde dix, et la troisième huit. Etant venue à Rome avec elles, et visitant les églises tous les dimanches, elle fut dénoncée à l'empereur Hadrien, qui fut si frappé de la beauté des trois vierges qu'il offrit de les adopter comme ses propres filles. Mais les trois vierges refusent l'offre et se proclament chrétiennes. Alors Foi est rouée de coups par trente-six soldats. En second lieu, on lui arrache les mamelles, et des mamelles jaillit du sang, et du lait des blessures. Les spectateurs acclament la jeune fille, et celle-ci, toute joyeuse, insulte son persécuteur. En troisième lieu, elle est mise sur un gril ardent, en quatrième lieu plongée dans un mélange d'huile bouillante et de cire. Et comme tout cela ne lui fait aucun mal, en cinquième lieu on lui tranche la tête. Vient ensuite le tour de sa sœur Espérance ; mais elle, non plus, ne consent pas à sacrifier aux idoles. On la plonge dans un chaudron plein de graisse, de cire et de résine. Des gouttes tombant de ce chaudron brûlent les infidèles, mais la jeune fille ne souffre aucun mal. Enfin, on lui tranche la tête. La troisième fille, encore tout enfant, refuse à son tour de flatter Hadrien et de lui obéir. Le cruel empereur lui fait rompre les membres ; il la fait fouetter; il la fait jeter dans un four enflammé d'où sortent des étincelles qui tuent six mille païens; mais la petite ne souffre aucun mal, et se promène parmi les flammes comme rayonnante d’or. On la perce alors de pointes de fer rouge, et on finit par lui trancher la tête : ainsi elle recueille la couronne du martyre.
   La sainte mère ensevelit pieusement les restes de ses filles; puis, se couchant sur leur tombeau, elle dit: « Filles chéries, prenez-moi près de vous ! » Et aussitôt elle s'endormit en paix, et fut ensevelie avec ses filles. Et on doit la considérer comme triplement martyre, car elle a souffert de tous les supplices infligés à ses trois filles. Quant à l'empereur Hadrien, il pourrit vivant et finit par crever, en avouant qu'il avait injustement torturé des saintes de Dieu.

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   On le voit le texte n'est pas tendre pour l'empereur Hadrien, dont on pourrait lire par ailleurs la superbe fiction des Mémoires par Marguerite Yourcenar. Ajoutons quelques éléments: 
   Issue d'une riche famille romaine, Sophie de Rome éleva ses trois filles dans la religion du Christ et la crainte de Dieu. Les noms grecs de ses trois filles, Pistis, Elpis et Agapi ont été traduits en français et en russe : ce sont respectivement Foi (ou Véra), Espérance (ou Nadège) et Agapé (Charité).
   À Rome, sainte Sophie visitait les églises chaque dimanche et gagnait une multitude de femmes au christianisme. Selon la légende les jeunes filles et leur mère furent capturées, vers 137, par les troupes de l’empereur, aux oreilles duquel était parvenue la renommée de leur piété et de leur vertu. 

   Sophie encouragea ses trois filles — Foi, Espérance et Charité — durant leur supplice et mourut la dernière. La métaphore est évidente : c'est la Sagesse divine qui engendre dans le cœur des chrétiens les trois vertus théologales que sont la foi, l'espérance et la charité. 

Fête des mères — Bouquet d'un enfant à sa mère, un poème de Jean-Jacques Rousseau

 

Rousseau herborisant à Ermenonville

BOUQUET D'UN ENFANT A SA MERE.

Ce n'est point en offrant des fleurs
Que je veux peindre ma tendresse;
De leur parfum, de leurs couleurs,
En peu d'instans le charme cesse.
La rose naît en un moment,
En un moment elle est flétrie :
Mais ce que pour vous mon cœur sent
Ne finira qu'avec la vie.

Ce coeur par vos soins est formé ;
De vos vertus il est l'ouvrage ; 
Pour répondre à tant de bonté,
Je voudrais vous en faire hommage ;
Mais comment donner en ce jour, 
Un bien qui n'est plus en moi-même ? 
Ce coeur qui vous aima toujours, 
Est à vous depuis, qu'il vous aime.

Mes présents sont de simples voeux ;
 Je n'ai point d'offrande plus chère. 
Que le ciel daigne rendre heureux 
Vos jours, ceux de mon tendre père ! 
Pour que le sort de vos enfants 
Soit uni pour jamais aux vôtres, 
Que le ciel prolonge vos ans, 
Ou bien qu'il abrège les nôtres.



samedi 13 mai 2023

Saints de glace . Boniface brise la glace. Mais qui était Boniface le Régisseur, que l'on fête le 14 mai ?

 

Aglaé et Boniface par Alexandre Cabanel

Au milieu d'une vie de désordre. Aglaé et Boniface, 
las des voluptés mondaines, rêvaient aux nouvelles vérités du Christianisme, 
dont la grâce divine pénétrait leur âme

   Dictons : Saint Boniface brise la glace.
À la saint Boniface, mai pluvieux nous fait face.
À la saint Boniface, toute boue s'efface.

   Plusieurs personnages historiques répondant au prénom de Boniface ont été proclamés saints ou bienheureux. Le saint de glace à la bonne figure (dont le nom de baptême d'origine latine bonifacius = qui a bonne figure, ou plutôt bonifatius = qui a un bon destin) que l'on fête le 14 mai a vécu au 4e siècle et fut le régisseur et l'amant d'une grande dame, une matrone romaine répondant au doux prénom d'Aglaé.
   J'entends déjà les murmures des croyants et les questions qui fusent : peut-on être saint et amant à la fois ?
   Rassurons-nous tout de suite, il ne faut pas être vierge pour être martyre ! La matrone patronne se convertit et convertit Boniface à son tour et tous deux devinrent de bons chrétiens. La tradition veut que saint Boniface ait été martyrisé à Tarse lors d'un pèlerinage demandé par Aglaé. Les deux esclaves qui l'accompagnaient ramenèrent sa tête à Rome qui fut ensevelie dans un oratoire sur la via Latina où Aglaé venait souvent se recueillir. 

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 L'histoire de Boniface et d'Aglaé n'a pas manqué d'intéresser les journaux de la laïcité française anticléricale pur jus. Ainsi de la Lanterne de Boquillon  du 17 septembre 1882 qui la relate d'une manière absolument irrévérencieuse et méconnaît que la confession d'un repentir sincère lave les péchés les plus scandaleux et a donné des saints et des saintes illustres dont Sainte Marie Madeleine est le premier exemple sublime :

   " Vers le commencement du IVe siècle il y avait à Rome, entre autres filles de joie, une jeune personne nommée Aglaé, demoiselle fort riche, qui faisait exécuter à sa vertu les cascades les plus extravagantes. 
   Elle avait pris pour amant principal son intendant, qui s'appelait Boniface, jeune homme pourvu d'une brillante collection de vices, parmi lesquels l'ivrognerie tenait le premier rang. Tous deux étaient cependant chrétiens, mais leurs sentiments religieux ne les empêchaient pas de se vautrer comme porcs dans un véritable bourbier d'orgies.
   Un beau jour, la belle Aglaé, saoule de plaisirs et rassasiée de débauches, ouvrit les yeux sur la malpropreté de sa conduite, fit une pénitence sérieuse, et résolut de passer le reste de ses jours dans le repentir et les gémissements. Boniface, de son côté, suivit l'exemple de sa maîtresse et devint, ma foi, une personne très convenable.
   Quelque temps après, la fille Aglaé, sachant qu'une persécution se pratiquait en Orient contre les chrétiens, conçut la fantaisie d'avoir dans sa collection de bibelots curieux quelques reliques de martyrs un peu plus authentiques que celles que l'on soumet aujourd'hui à la vénération des bonnes gens : le résultat de cette fantaisie fut qu'elle pria l'ami Boniface d'aller lui chercher des restes de saints jusqu'en Asie Mineure.
   Boniface, docile aux prières d'Aglaé, s'en fut donc en Asie Mineure, où il arriva juste à temps pour se trouver en présence d'un tas de saints que l'on venait de livrer au martyre.
   Au lieu de choisir dans le tas ce qui pouvait lui convenir comme reliques, il fit mille extravagances, si bien qu'il fut arrêté à son tour et condamné à être trempé dans une chaudière d'huile bouillante. Mais Boniface, qui savait qu'il n'avait qu'un signe de croix à faire pour éviter d'être cuit à l'huile, dessina vivement le signe avec sa main droite, et aussitôt la chaudière fut toute disloquée et l'huile répandue sur les pieds des bourreaux.
   Offusqué d'une pareille conduite, le directeur du supplice fit tout de suite couper la tête à Boniface, et ce dernier se laissa bêtement faire ; ce qui ne s'explique pas du tout, puisqu'il n'avait qu'un mauvais signe de croix à tracer dans l'air pour vaincre sas bourreaux, comme il avait déjà vaincu l'huile bouillante. Mais nous savons qu'il ne faut pas examiner de trop près les actes des saints, si l'on veut qu'il reste des saints sur le calendrier. "

   Ainsi saint Boniface le Régisseur a-t-il perdu deux fois sa tête : une première fois en se la laissant tourner par sa patronne et une seconde en subissant le martyre. 

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Icône contemporaine

À ce type de récit irrévérencieux on préférera peut-être une version digne de recevoir l'imprimatur et dans laquelle nihil obstat ! Ainsi cet extrait d'une monographie anonyme intitulée Sainte Maxime, saint Boniface et saint Donat, imprimée en 1863 à Draguignan :

SAINT BONIFACE

   Il y avait à Rome, vers le commencement du quatrième siècle, une femme nommée Aglaé, jeune, belle et d'une naissance illustre. Ses richesses étaient si grandes, qu'elle avait donné trois fois les jeux publics à ses dépens. L'amour désordonné du monde avait porté la corruption dans son cœur, et elle entretenait un commerce criminel avec Boniface, son principal intendant.
   Cet homme était adonné au vin et à toutes sortes de débauches; mais il avait de bonnes qualités, l'hospitalité, la libéralité, la compassion. S'il voyait un étranger ou un voyageur, il le servait avec beaucoup de cordialité ; La nuit il allait par les places et les rues, et procurait aux pauvres tous les secours dont ils avaient besoin. 
   Enfin Aglaé, touchée de la grâce, et pénétrée de componction, appela un jour Boniface, et lui dit :

   —Tu sais dans quel abîme de crimes, nous nous plongeons, sans penser que nous paraîtrons devant Dieu pour lui rendre compte de nos actions. J'ai ouï-dire que si quelqu'un honore ceux qui souffrent pour le nom de Jésus-Christ, il aura part à leur gloire, j'ai appris aussi que les serviteurs de Jésus-Christ combattaient en Orient contre le démon, et qu'ils livraient leurs corps aux tourments pour ne pas renoncer à la religion qu'ils professent. Va donc, et nous apporte des reliques de quelques-uns de ces saints athlètes, afin que nous puissions honorer leur mémoire, et être sauvés par leur intercession. 

   Boniface se dispose aussitôt à obéir : il prend des sommes considérables, tant pour racheter des bourreaux les corps des martyrs, que pour assister les pauvres. Etant sur le point de partir, il dit à Aglaé: « Si je peux me procurer des reliques, je ne manquerai pas d'en porter : mais si on apportait mon corps pour celui d'un martyr, le recevriez-vous ? » Aglaé regarda ces paroles comme une plaisanterie , et en reprit celui qui les avait proférées.
   Cependant Boniface se mit en route; mais sa conversion n'était point encore parfaite. Toutefois pénétré de componction, il ne voulut ni manger de viande, ni boire de vin pendant tout le voyage. Il joignait à ses jeûnes, des prières, des larmes et d'antres œuvres de pénitence.
   L'Église d'occident jouissait alors d'une paix profonde ; mais celle d'orient était en proie à la persécution qu'avait commencée Dioclétien, et que Maximien-Galère et Maximin-Daïa continuaient avec la plus grande cruauté. C'était surtout dans la Cilicie, qui avait Simplicius pour gouverneur, que les chrétiens se voyaient en butte à la rage des persécuteurs. Tarse, capitale de cette province, fut le lieu où Boniface dirigea ses pas. Dès qu'il y fut arrivé, il envoya ses domestiques avec ses chevaux dans une hôtellerie, et se rendit chez le gouverneur, qu'il trouva assis sur son tribunal. Là , il vit un grand nombre de martyrs dans les tortures. L'un était pendu par un pied, et avait du feu sous la tête ; un autre était attaché à des pieux extrêmement écartés ; les bourreaux en sciaient un troisième ; un quatrième avait les mains coupées ; un cinquième avait un pieu enfoncé dans la gorge, et était ainsi cloué à terre ; un sixième avait les pieds et les mains renversés et attachés par derrière, et les bourreaux le frappaient à coups de bâton. Les chrétiens que l'on tourmentait de cette cruelle manière, étaient au nombre de vingt ; mais tandis que leur supplice, glaçait d'effroi les spectateurs, ils souffraient avec une tranquillité inaltérable.
   Boniface s'approcha généreusement des martyrs, puis les ayant embrassés, il s'écria : « Qu'il est grand le Dieu des chrétiens ! Qu'il est grand le Dieu des saints martyrs ! Priez pour moi, serviteurs de Jésus-Christ, afin qu'étant réuni à vous, je combatte aussi contre le démon. » Le gouverneur, qui se crut insulté par une action aussi hardie, fut transporté de rage, et demanda à Boniface qui il était. Celui-ci répondit qu'il était chrétien, et que les tourments ne pourraient lui faire renier Jésus-Christ son divin maître. Simplicius ordonna qu'on aiguisât des roseaux, et qu'on les lui enfonçât sous les ongles des mains. Ceci ayant été exécuté , il lui fit verser du plomb fondu dans la bouche. Boniface, après avoir imploré le secours de Jésus-Christ, s'adressa aux autres martyrs qui étaient expirants, pour leur demander l'assistance de leurs prières. Tant de cruautés attendrirent le peuple, et excitèrent son indignation. Il se mit à crier en tumulte : « Qu'il est grand le Dieu des chrétiens ! » Le gouverneur effrayé se retira.
   Le lendemain, il s'assit sur son tribunal. et se fit amener Boniface. Le martyr continua de confesser sa foi, sans qu'aucune menace pût l'ébranler. Ayant été jeté dans un vase rempli de poix bouillante, il en sortit sans être endommagé. Enfin, il fut condamné à perdre la tête. Lorsque la sentence eut été prononcée , il pria quelque temps pour la rémission de ses péchés et pour la conversion de ses persécuteurs. Sa prière finie, il présenta la tête aux bourreaux , et reçut le coup de la mort.
   Cependant les compagnons de Boniface voyant qu'il ne venait point à l'hôtellerie, le cherchaient par toute la ville. Dans le cours de leurs perquisitions, ils apprirent du frère du geôlier que la veille un étranger avait été décapité pour la religion chrétienne. Lorsqu'ils eurent vu son tronc et sa tête, ils assurèrent que c'était celui-là même qu'ils cherchaient. Ils achetèrent son corps cinq cents pièces d'or, l'embaumèrent, et l'emportèrent à Rome avec eux, louant Dieu de l'heureuse fin du saint martyr. Le triomphe de saint Boniface arriva vers l'an 307.
   Aglaé, instruite de tout ce qui s'était passé, rendit grâces à Dieu de la victoire qu'il avait accordée à son serviteur. Ayant pris avec elle de pieux ecclésiastiques, ils allèrent ensemble, avec des flambeaux et des parfums , au-devant des saintes reliques, qui furent mises à cinquante stades de Rome sur le bord de la voie Latine. Aglaé éleva en cet endroit un tombeau, et quelques années après . un oratoire ou une chapelle.
   En 1803, on découvrit à Rome les reliques de saint Boniface et celles de saint Alexis, dans l'Église qui portait anciennement le nom du premier de ces saints, et qui porte présentement le nom du second; elles sont sous le grand autel dans deux riches tombeaux de marbre.
   Pour Aglaé, elle passa le reste de ses jours dans la retraite et la pénitence ; elle vécut encore quinze ans, et fut enterrée auprès des reliques du saint martyr.

vendredi 12 mai 2023

Die Eisheiligen in den Bauernregeln :Mamertus, Servatius, Bonifazius und die kalte Sophie

St. Pankratius, hier in der gleichnamigen Kirche in Schwetzingen.
(Foto: Wikipedia)

Sankt Mamertus (11.), Sankt Pankratius (12.), Sankt Servatius (13.), Sankt Bonifazius (14.) und die kalte Sophie (15.Mai)

Der gefürchtete Reigen der "Eisheiligen", vor denen besonders den Gärtnern und Winzern bangt, beginnt in nördlichen Ländern mit St.Mamertus (11. Mai), inn südlichen Gegenden hingegen mit St. Pankratius (12. Mai). Am strengsten walten meist St.Servatius (13. Mai) und St.Bonifazius (14. Mai); auch die "kalte Sophie" steht noch in schlechtem Ruf.

Nachstehend die geläufigsten der zahlreichen Wetter- und Bauernregeln, welche diese kritischen, zu den wichtigsten des Jahres gehörenden Stichtage umranken :

Frostig, schädlich

Mamertius, Pankratius und Servatius Verderben die Blätter und Blüten des Mais.
(Norddeutschland)

Ist um Pankraz und Servaz Neumond im Stier,
So fürchte, dass Obst und Wein erfrier !

Pankraz und Servaz Sind Weinmörder.
Pankraz und Servaz stehlen wie der Spatz.
Pankraz, Servaz und Bonifaz Schaffen Frost und Eis gern Platz.
Pankrazi, Servazi und Bonifazi Sind drei frostige Razi,
Und zum Schluss kommt die kalte Sophie.

Des Maies Mitte 
Hat für den Winter noch eine Hütte.

Kalt, verdriesslich

Pankratius holt seine Pantoffeln wieder.

Pankratius und Servatius 
Bringen öfters noch Verdruss. 
Pankratius, Servatius und Bonifazius 
Machen dem Gärtner noch manchen Verdruss. 
Pankratius, Servatius und Bonifazius 
Der Gärtner sie beachten muss !
Gehen sie vorüber ohne Frost,
So ist's für ihn ein grosser Trost ; 
Doch kommen sie mit kaltem Regen, 
Bringt's Wein und Früchten keinen Segen.

Pankrazi, Servazi und Bonifazi 
Sind oft drei echte Lumpazi.
(Süddeutschland)

Pankraz, Servaz und Bonifaz 
Sind drei Schlingel,
Und Sophie ist auch nicht besser.


Regenlos

Die drei "Azius" ohne Regen Sind dem Winzer grossen Segen.
Pankraz und Urban (25.) ohne Regen Verheissen vielen Segen.
Pankraz und Urban ohne Regen Folgt ein grosser Weinsegen.
Pankraz und Urban ohne Regen Bringt dem Weine grossen Segen.
Mild
Was Pankraz liess unversehrt Wird von Urban oft zerstört.
Was Pankraz und Servaz übrig lässt,
Dem gibt Urban noch den Rest.
S c h ö n
Ist ST. Pankratius schön Wird guten Wein man sehn.

Wendebringend

St. Pankratius macht mit den Nachtfrösten Schluss.

Nach Pankraz und Servaz kein Frost mehr !

Nach Pankratius und Servatius gibt's keine Nachtfröste mehr.

Servaz muss vorüber sein,
Willst du vor Nachtfrost sicher sein.

Des Nachtfroster du nicht sicher bist,
Bis dass herein Servatius bricht.

Nach Servaz Findet der Frost keinen Platz.

Vor Servaz kein Sommer.

Nach Servaz kein Frost Erst wenn Servazi vorüber kommt der Sommer.

Kein Reif nach Servaz,

Kein Schnee nach Bonifaz.

Landwirtschaftliches

Wer seine Schafe scheret vor Servaz, dem ist die Wolle lieber als das Schaf.

Quelle : Le Nouvel Alsacien, 11.01.1954.

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