mercredi 18 octobre 2023

Villa Campolieto in Ercolano — 50 pictures / 50 photos

La Villa Campolieto est une villa vésuvienne située le long du Miglio d'Oro (Mille d'Or) dans la commune d'Herculanum.

La villa se trouve dans une position panoramique, du côté de la mer de l'ancienne route royale de Calabre, dans la section qui fut plus tard connue sous le nom de Miglio d'Oro (Mille d'or) en raison de la présence de cette villa et d'autres résidences aristocratiques de l'époque des Bourbons.

La villa fut construite à partir de 1755 par Lucio di Sangro, duc de Casacalenda, qui chargea Mario Gioffredo de la conception et de l'exécution des travaux ; quelques années plus tard, en raison de désaccords entre l'architecte et les ducs de Casacalenda, ces derniers révoquèrent sa commande, bien qu'il se trouvât à un stade avancé de la construction. L'architecte Michelangelo Giustiniani fut d'abord appelé à le remplacer, mais les travaux furent ensuite confiés à Luigi Vanvitelli, qui dirigea les travaux de 1763 à 1773, en y apportant sa propre empreinte grâce à des modifications peu nombreuses mais substantielles du projet original ; après sa mort, son fils Carlo lui succéda et acheva l'édifice en 1775.

Après la mort de Lucio di Sangro, la villa fut héritée par son fils Scipione, qui mourut en 1805 sans laisser d'héritiers ; la propriété de la villa fut divisée entre plusieurs petits-enfants et un lent déclin commença, qui culmina pendant la Seconde Guerre mondiale avec l'occupation militaire. Dans l'après-guerre, la villa a été confiée à l'Ente per le Ville Vesuviane (Autorité pour les Villas Vésuviennes), restaurée par l'architecte Paolo Romanello et placée sous la protection de la loi italienne en tant que bien culturel d'intérêt spécial.



















































Pictures © Luc-Henri Roger

English presentation of the villa on the website of the villa
 

lundi 16 octobre 2023

Genève, 10 septembre 1898 — L'impératrice Elisabeth d'Autriche transportée à l'hôtel


 Une illustration de Fortuné Méaulle dans le supplément illustré du Petit Journal du 25 septembre 1898

La mort de Louis II de Bavière alimente la causerie du Supplément du Petit journal du 27 juin 1886.

Voici le texte de la causerie hebdomadaire de Blaise Thiberte dans le Supplément dominical du Petit Journal  du 27 juin 1886, avec deux illustrations de Trock. Blaise Thiberte est le pseudonyme utilisé par Georges Boyer (1850-1931), qui devint en 1887 rédacteur en chef du Supplément littéraire du Petit Journal, dont il écrivait la causerie de tête. Georges Boyer avait pris part à la campagne de 1870. Seize ans après la guerre, son récit en reste fortement imprégné.

Causerie

    Je n’ai nulle envie d’être roi ou empereur ; je dis cela pour le cas où le gouvernement érigerait les Nouvelles-Hébrides en royaume, à seule fin de m'en faire hommage.
    La couronne n’a pour moi aucun attrait ; mais enfin, on ne sait ce qui peut arriver, et j'ai vu tant de gens devenir comtes ou barons, que leur naissance, leurs aptitudes et leur distinction destinaient à être, avec de la chance, marchands de contremarques ou bien ouvreurs de portières, que je m'attends à tout.
   Je ne serai donc pas prodigieusement étonné le jour où des personnages vêtus comme ceux des cavalcades de la mi-carême m'apporteront une couronne ornée de pierres précieuses sur un coussin en velours de couleur voyante.
    À ce propos, je préviens mes sujets futurs que j'ai horreur du velours, son contact me donne une impression fort désagréable, — pur effet nerveux ; — si donc ils désirent que je prenne leur petite machine, ils la poseront sur du satin, de la soie ou simplement de l'alpaga, sans quoi je n’y toucherai pas.
    Mais ce sont questions de détail et j'arrive au fait.
   Je suppose que je suis roi. Je commence naturellement par expulser les familles des députés ayant régné sur mon pays et, comme il y en a pas mal, cela fera de la place dans mon royaume, les loyers seront pour rien, on aura un hôtel bien situé pour sept à huit cents francs et cela m’assurera une grande popularité parmi les quelques gouvernés qui resteront à mon gouvernement.
    Ne m'arrêtant pas en chemin si bien commencé, je confisquerai les fortunes des exilés, ma liste civile s’augmentera d'autant et, comme je ne suis pas avare, la splendeur de mes réceptions officielles s'en ressentira.
    Tout le monde pourra boire au buffet et l’on ne payera rien au vestiaire.
  Ceci accompli pour le bonheur de mon peuple, je songerai à moi: C'est trop juste; vous en conviendrez. 
    Or, savez-vous ce qui m’inquiètera les plus ? N'ayant point de secrets pour vous, je vais l'avouer ; ce sera de passer pour malade et d être, en cette qualité, déposé.

    Les souverains que l'on a, au dix-neuvième siècle, délivré, dans ces conditions, du fardeau pesant des grandeurs, ont généralement très mal fini. 
   En 1801, le czar Paul Ier est déclaré malade, on exige son abdication ; le soir même, on le trouve cravaté d’une ceinture d’officier qui l'avait serré jusqu’à extinction de souffle inclusivement.
   Nous savons très bien, en France, que Paul Ier n'était pas venu au monde comme cela, et que la ceinture toute seule, si l'officier ne s'en était mêlé, n'aurait pas suffi à sa mort, mais en Russie, dans les écoles, on apprend aux enfants que, dans un accès de folie, le czar très aimé mit fin lui-même à ses jours. 
   Les petits boyards croient cela et boivent du kummel. 
   Le 30 mai 1876, — il n’y a, vous voyez, qu’un tout petit peu plus de dix ans, — le sultan Abdul-Aziz-Khan est déposé ni plus ni moins que le czar Paul. Le temps de dire Inch Allah et l’on apprend en Europe que le malheureux sultan s'est ouvert les veines avec de petits ciseaux que l'on avait, comme par hasard, laissés à la portée de ce fou détrôné comme dangereux.
  « Il s’est suicidé » écrit-on de Stamboul, mais, à l'époque, la télégraphie n’étant pas encore perfectionnée comme aujourd'hui, tout le monde lit : « on l’a suicidé. »
    Erreur de transmission, pas autre chose, Abdul-Aziz-Khan s'est tué lui-même, personne ne l'a aidé, qu'on me montre un peu celui qui oserait en douter.
    Personne ne répond? J'en étais parfaitement sûr, le fait est à présent hors de conteste, mais il n’en fut pas toujours de même.


    Le dernier déposé, le roi Louis Il de Bavière, savait les mauvais propos auxquels avaient donné lieu la mort de son confrère de Turquie, — on est toujours au courant de ce qui arrive aux gens de son monde, — par respect de ses bons parents et chers alliés, il ne voulut pas faire naître de pareils soupçons. 
    Aussi, très déterminé à perdre la vie puisqu'il avait perdu son trône, chercha-t-il un moyen d’arrêter les cancans.
    Ce ne fut pas long, le défunt monarque était homme d'imagination :
   — C'est simple comme bonjour, se dit-il, après avoir frappé ce front qui avait porté le diadème de cette main qui avait tenu le sceptre, je vais tuer en même temps mon médecin.
Je ne saurais trop vous le recommander, si vous vous trouvez jamais dans une situation embarrassante, tuez votre médecin ; comme c'est généralement le contraire qui arrive, on sera tellement étonné que personne ne s'avisera d'aller chercher midi à quatorze heures.
    Voyez plutôt ce qui s’est passé pour le roi de Bavière. Sans doute, en tout autre cas, on aurait pu trouver étrange qu’un homme affaibli par la maladie comme Louis II ait pu noyer dans pas beaucoup plus d’un mètre d'eau, un médecin de force herculéenne comme le docteur Gudden. 
    Nul n’a soufflé mot. 
    Donc, je vous le répète, tuez votre médecin.    
   Vous y gagnerez peut-être des articles attendris ou enthousiastes du genre de ceux qui remplissent nos journaux depuis le fait divers royal connu sous le nom de drame du lac de Starnberg.
   Je ne vous promets rien car jamais vos soldats n'ont ravagé, pillé, incendié la France ainsi que le firent pour le roi de Prusse ceux du roi de Bavière.|
  La seule chose que l’on ait négligée ici pour Louis II, c'est d’ordonner à son intention une messe funèbre, on n'est plus il est vrai aux pratiques religieuses. C'est dommage, j'aurais recommandé pour la cérémonie l'église de Bazeilles, si on a eu le temps de la reconstruire depuis que les Bavarois du roi noyé l'ont brûlée avec ceux qui y avaient cherché un asile. (1)
    L'apothéose eût été ainsi à son comble.
   Je ne voudrais pas être accusé de manquer de respect à un mort ; mais, sur mon âme, je m'indigne de lire tout ce que l’on écrit en France, à propos de celui qui donnait des ordres au général von der Thann.
   Je ne me livrerai point aux plaisanteries que l’on à lancées à propos de son culte exagéré pour Wagner.
Est-il devenu fou parce qu'il aimait Wagner, ou bien aimait-il Wagner parce qu'il était fou ? Peu m'importe, et je ne lui en voudrais pas pour cela, les opinions sont libres, les opinions artistiques surtout, et Wagner a du bon en de certaines parties de ses œuvres ; bien entendu, je laisse de côté la personnalité de l'homme.
    Quant à son souverain bien aimant, il m'est impossible, sans hausser les épaules, de voir écrire de lui que ce fut un personnage shakespearien. 
   Celui qui se promenait vêtu en troubadour abricot dans une gondole traînée par des cygnes sur ce même lac de Starnberg où il a trouvé la mort, et ce, simplement, pour faire comme Lohengrin, fut tout bonnement un personnage de féerie.
    J'ai passé il y a quelque temps, par Munich, et la première chose que me montra mon cocher de fiacre, au chapeau hautement galonné d'or, fut la maison de Lola Montès. Il en avait l'air tout fier de cette créature pour laquelle le roi de Bavière, Louis Ier, s’afficha, à plus de soixante ans, de façon si crapuleuse qu'il fut forcé, à la suite d'une révolution, d'abdiquer le pouvoir.
    Cette drôlesse, que les Parisiens chassèrent un jour qu'elle leur manqua de respect au point de danser les jambes nues, écrivit et joua en Amérique une pièce intitulée : les Aventures de Lola Montès en Bavière.
    Les Américains, très amateurs pourtant d’excentricités, sifflèrent à manquer de respiration, ne voulant pas supporter la représentation même de ces événements honteux dont les Bavarois avaient accepté la réalité.
    Cette pièce était un drame.
    Si jamais on peut mettre au théâtre les aventures de Louis II, bien que ses sujets, ruinés par ses folies, se soient écrasés à ses funérailles, je déclare que c'est tout au plus si on y trouvera matière à y composer une opérette. 

Blaise Thiberte

(1) Lors de terribles affrontements qui eurent lieu pendant la guerre de 1870, l'église Saint-Martin et la commune de Bazeilles furent incendiés et la population décimée. On en trouve le récit sur le site Chemins de mémoire du Ministère français des Armées.

samedi 14 octobre 2023

La mort de Rodolphe dans le Supplément du Petit Journal du 8 février 1889

Un article signé Blaise Thiberte, pseudonyme utilisé par Georges Boyer (1850-1931), qui était devenu en 1887 rédacteur en chef du Supplément littéraire du Petit Journal, dont il écrivait la causerie de tête.


Dessins signés S. Kraków

Causerie. 
Chance imperturbable. Un lugubre mystère.

La chance de M. de Bismarck continue; la liste de ceux qui le gênaient, de ceux qui l'heure sonnée pouvaient menacer son œuvre et qui ne sont plus, cette liste funèbre vient de s'augmenter encore d'un nom. Le prince Rodolphe, l'héritier de la couronne d'Autriche, celui qui affichait ses sympathies pour la France, celui qui souffrait de voir perdue la prépondérance de son pays en Allemagne et parlait de la reconquérir, celui qui détestait l'élève docile du chancelier, Guillaume II, et quittait Vienne lors de sa visite, ce prince, jeune, courageux et intelligent, bon et fort, ce prince est mort frappé mystérieusement comme le furent Gambetta, Chanzy, Skobeleff, Louis II de Bavière et Frédéric III.

La coïncidence est cruellement étrange. Depuis peu de temps, on parlait de l'archiduc Rodolphe comme d'un espoir possible, et voici qu'il repose déjà dans le cercueil. 

Certes on a le droit d'être heureux, mais au jeu lorsqu'un personnage louche gagne avec trop de persistance, involontairement on regarde ses mains.

Celles de M. de Bismarck ne se voient pas clairement dans les faits du drame récent. Le motif du meurtre est connu, il peut paraître suffisant ; on explique la vengeance de celui qui a tué, mais qui nous dira jamais si l'assassin n'a pas été conseillé, et s'il est vrai qu'il n'obéissait qu'à sa colère lorsqu'il a accompli froidement l'acte sanglant ?

Car il n'a pas cédé à un mouvement irréfléchi, à la seconde où il apprenait ou constatait ce qui lui fit prendre son arme; il a prémédité et si fort outragé qu'il fût, il n'a point été arrêté par la pensée de tuer un prince comme l'archiduc Rodolphe. 

Pour le juger, il faudrait connaître mieux les circonstances, et l'honneur outragé a souvent droit à la vengeance ; je constate seulement et je raconte. 

C'est un devoir aussi pour nous de nous associer à la douleur universelle et profonde des Autrichiens, car celui que la tombe a saisi aimait qui nous aimons, détestait qui nous détestons. 

Donc, sans décider entre son meurtrier et lui, regrettons-le comme un ami qui n'est plus. [...]

*
*        *

Rodolphe. Les textes de Mayerling

Pour découvrir les différentes versions du drame de Mayerling, dont la version de l'assassinat commandité par Bismarck,  je vous invite à lire le recueil de textes que j'ai présentés dans  Rodolphe. Les textes de Mayerling (BoD, 2020). 

  Quatrième de couverture

Suicide, meurtre ou complot ? Depuis plus de 130 années, le drame de Mayerling fascine et enflamme les imaginations, et a fait couler beaucoup d'encre. C'est un peu de cette encre que nous avons orpaillée ici dans les fleuves de la mémoire : des textes pour la plupart oubliés qui présentent différentes interprétations d'une tragédie sur laquelle, malgré les annonces répétées d'une vérité historique définitive, continue de planer le doute.
Comment s'est constituée la légende de Mayerling? Les points de vue et les arguments s'affrontent dans ces récits qui relèvent de différents genres littéraires : souvenirs de princesses appartenant au premier cercle impérial, dialogue politique, roman historique, roman d'espionnage, articles de presse, tous ces textes ont contribué à la constitution d'une des grandes énigmes de l'histoire.

Le recueil réunit des récits publiés entre 1889 et 1932 sur le drame de Mayerling, dont voici les dates et les auteurs :

1889 Les articles du Figaro
1899 Princesse Odescalchi
1900 Arthur Savaète
1902 Adolphe Aderer
1905 Henri de Weindel
1910 Jean de Bonnefon
1916 Augustin Marguillier
1917 Henry Ferrare
1921 Princesse Louise de Belgique
1922 Dr Augustin Cabanès
1930 Gabriel Bernard
1932 Princesse Nora Fugger

Le dernier récit, celui de la princesse Fugger, amie de la soeur de Mary Vetsera, est pour la première fois publié en traduction française. Il n'était jusqu'ici accessible qu'en allemand et en traduction anglaise.

Luc-Henri Roger, Rodolphe. Les textes de Mayerling, BoD, 2020. En version papier ou ebook.

Commande en ligne chez l'éditeur, sur des sites comme la Fnac, le Furet du nord, Decitre, Amazon, etc. ou via votre libraire (ISBN 978-2-322-24137-8)

In Deutschland : Amazon.de, Hugendubel (Portofrei), usw. 


Une course à cheval avec l'impératrice d'Autriche, par la comtesse Kleinmichel

 Une course à cheval avec l'impératrice d'Autriche

(Extrait de Souvenirs d'un monde englouti, le livre de mémoires la comtesse Kleinmichel)

Statuette de bronze (Gödöllö)
Photo © Marco Pohle

J'étais avec la grande-duchesse Constantin, en 1869, à Gmunden. La grande-duchesse y était l'hôte de son beau frère, le roi de Hanovre. N'aimant pas la médecine régulière, mais toujours disposée à se faire traiter par des empiriques, elle méditait d'aller faire une cure en Bavière, à Mariabronn, petit village caché dans les montagnes, où une paysanne faisait des cures merveilleuses à l'aide d'herbages, qu'elle accompagnait de paroles magiques. On avait raconté à la grande-duchesse que l'impératrice d'Autriche s'était adressée à la «Wunderfrau», magicienne, et que celle-ci l'avait soulagée des maux dont elle souffrait.

Un matin, la grande-duchesse me fit venir, et me remettant une lettre, elle me dit : " Je vais t'envoyer à Ischl (Me connaissant depuis mon enfance, elle me tutoyait). Je prie ma cousine, l'impératrice Elisabeth, de te recevoir et de te transmettre verbalement sa réponse à la question que je lui adresse, car je sais combien elle déteste écrire. " Je fus d'autant plus charmée de cette commission qu'elle me donnait l'occasion, de faire une visite ma tante, la princesse Bariatinsky, qui était très bonne pour moi et que j'aimais beaucoup.

La grande-duchesse Constantin s'était toujours passionnément intéressée à tout ce qui concernait l'impératrice d'Autriche. Peut-être entrait-il un peu de jalousie féminine pour la beauté de l'Impératrice, beauté que l'on vantait tant. Ainsi la grande-duchesse demandait souvent : " Mes cheveux sont-ils aussi beaux que ceux de l'Impératrice ? Ne trouvez-vous pas que nous avons exactement la même tournure?" 

Je me souviens ainsi qu'elle demanda un jour au général aide de camp de Sturler, revenu très enthousiaste de Vienne, où il avait été en mission auprès de François-Joseph : « Qui est plus belle, l'impératrice d'Autriche ou moi ? Le général de Sturler eut un moment d'hésitation, puis répondit avec assurance : " Si l'impératrice Elisabeth est la plus belle femme de la terre, Votre Altesse Impériale est la plus belle princesse ici-bas. " La grande-duchesse sembla satisfaite de cette définition.

Arrivée à Ischl, je fis les démarches nécessaires, et ayant été aidée par la comtesse Benckendorff née princesse de Croy, qui était très intime à la cour d'Autriche, mon audience me fut assignée pour le jour suivant.

M'inclinant respectueusement devrait l'Impératrice, je lui remis la lettre. Pendant qu'elle en prenait connaissance, je levais les yeux sur elle. C'était certainement une des plus radieuses beautés qui eût jamais existé. Une forêt de cheveux foncés ombrageaient son front et semblaient un diadème sur sa tête. Ses yeux brillaient d'un éclat extraordinaire et cette phrase banale, " briller comme des étoiles ", rendait exactement l'impression que ces yeux faisaient. Pendant la lecture de la lettre, ses traits prirent une expression dure et désagréable. Elle froissa le papier d'une main crispée et, sur un ton basque, tout à fait désobligeant, elle me dit : « Je ne comprends pas pourquoi ma cousine s'adresse à moi pour avoir des renseignements sur la « Wunderfrau », je n'en sais pas plus qu'elle sur son compte et n'ai rien de particulier il en dire. » En prononçant ces paroles, l'Impératrice semblait très irritée. Je devins très rouge et tremblante, je sentais les larmes me monter aux yeux. Me voyant si décontenancée, l'Impératrice eut probablement un mouvement de pitié pour la pauvre petite demoiselle d'honneur, et me demanda, sur un ton radouci : « Hé bien comment passe-t-on le temps à Gmunden ?»

Je répondis, en balbutiant, qu'une grande partie de la journée se passait dans des excursions à cheval, et l'Impératrice s'intéressa à savoir qui prenais part à ces cavalcades. Puis elle me demanda si j'aimais l'équitation. « Plus que tout au monde », répondis-je sincèrement.

— Avez-vous votre habit de cheval avec vous ?
— Il est resté à Gmunden, Majesté. 
— Eh bien, faites-le chercher et je vous invite à faire une promenade après-demain avec moi. Pouvez-vous lever tôt, je quitte la maison à cinq heures du matin. Je vous enverrai un cheval et un groom à l'hôtel. Et elle me congédia d'un signe de tête.

Rentrée, j'écrivis à la grande-duchésse, mais j'eus soin dans ma lettre de modifier l'impression de l'accueil qui avait été fait à sa demande, et, lui parlant de l'invitation équestre, je la remerciais de l'honneur que me faisait l'Impératrice, rapportant cet honneur sa personne.

Quand l'impératrice Elisabeth sortit, j'étais déjà en selle ; elle me toisa du regard et me dit « Pourquoi tenez-vous seulement le mords, prenez donc les quatre brides en mains. Vous pèserez trop sur la bouche du cheval. » Son ton avait de nouveau quelque chose d'impérieux et de cassant.

J'avoue ici en toute humilité que je me croyais une très bonne écuyère. J'avais monté à cheval depuis mon enfance, j'avais pris des leçons chez d'excellents professeurs militaires, j'étais sœur d'officiers de cavalerie, et l'écurie du grand-duc Constantin passait pour une des meilleures au monde. Elle était dirigée par le général Bibikoff, un des plus grands connaisseurs en chevaux et en équitation. Il m'avait souvent prodigué conseils et éloges.

Mais l'école russe était tout autre que l'école autrichienne, nos chevaux étaient bridés autrement et dressés d'après une méthode différente. Il me suffit de voir comme l'Impératrice faisait un avec son cheval, la manière dont elle le guidait, pour comprendre que je ne savais rien. Les quelques paroles qu'elle m'adressa au cours de la promenade avaient trait à la psychologie du cheval, dont elle parlait comme on aurait parlé d'un être humain, dévoilant ses ressources, ses faiblesses et ses dangers. Elle découvrit pour moi un monde de connaissances qui m'était fermé. Depuis ce matin-là, je devins modeste et pour toujours. Arrivée à un large fossé, l'Impératrice le franchit avec une grande facilité. Je le sautais après elle. Elle se retourna et me dit : « Très bien. » Jamais compliment ne me fit autant de plaisir que ces simples mots. Nous prîmes encore plusieurs obstacles et, rentrées de cette longue course, avant de me congédier, l'Impératrice me dit en souriant : " Oubliez tout ce que l'on vous a enseigné et vous monterez très bien à cheval. » Et elle me tendit la main. Je ne devais plus jamais la revoir.

Rentrée à Gmunden, j'eus très vite l'explication de son moment d'humeur. Le général de Reischach, général autrichien attaché au roi de Hanovre et le comte Edmond Zichy, grand seigneur hongrois, hôte fréquent à la table royale à Gmunden, racontèrent tous deux le même jour que l'Impératrice avait en effet consulté secrètement la " Wunderfrau "de Mariabronn, contrairement à la volonté de sa belle-mère l'archiduchesse Sophie, et l'opposition de son entourage. Un journal de Vienne avait publié quelque chose au sujet de cette entrevue, il y avait eu une réfutation semi-officielle et l'Impératrice était particulièrement sensible par rapport à cette affaire.

Avant de quitter Ischl, l'Impératrice adressa à la grande-duchesse l'invitation d'aller la voir à Schœnbrunn et je me réjouissais à l'idée d'avoir la chance de revoir la belle Impératrice. Mais le sort en décida autrement. Quand nous arrivâmes à Schœnbrunn, à la date indiquée, l'Impératrice n'y était pas. Une indisposition l'avait retenue en Hongrie. En l'absence de leur auguste mère, les honneurs de Schœnbrunn furent faits de la manière la plus gracieuse par l'archiduchesse Gisèle, âgée de quatorze ans, et son frère l'archiduc Rodolphe, âgé de douze. L'archiduchesse Gisèle avait comme gouvernante une marquise française, qui vit encore, paraît-il, et le petit archiduc était accompagné d'un capitaine, baron de Walterskirchen, frère du baron de Walterskirchen, conseiller de l'ambassade d'Autriche à Pétersbourg.

Depuis, je n'ai plus entendu parler de l'impératrice Elisabeth qu'accidentellement, parfois par des Autrichiens, qui ne l'aimaient pas, ou par des Hongrois, qui l'aimaient beaucoup. Ses préférences étaient, disait-on, tout à fait pour ces derniers. Nature frondeuse, elle ne supportait pas la contraintes de l'étiquette, s'élevait avec violence contre le parti clérical, si puissant alors la Cour de Vienne. Son amour pour la nature s'était changé en sauvagerie, son goût pour les voyages en humeur vagabonde. On lui reprochait de changer constamment de place, on lui en voulait de sa passion pour les constructions, qui engloutissaient des sommes énormes. Elle avait ce goût en commun avec son cousin, le roi Louis II de Bavière. Elle s'occupait de l'étude des langues et le professeur grec, qu'elle avait toujours dans son entourage, a servi de prétexte à bien des calomnies, tout comme la célèbre écuyère Elisa Rentz, avec laquelle l'Impératrice faisait de la haute école.

« La seule chose que je demande aux hommes, c'est de me laisser tranquille », disait souvent l'Impératrice. Or, c'est la seule chose précisément que ne peuvent pas demander aux hommes ceux qui sont au sommet de l'échelle sociale. Les hommes leur donnèrent parfois dévouement, fidélité, abnégation le plus souvent ingratitude, bassesse, injustice mais indifférence, jamais.

On racontait que l'Impératrice avait traduit Nietzsche et Schopenhauer en grec moderne, que son admiration pour Heine avait été poussée au point de lui ériger une statue dans sa propriété d'Achilleïon, sur l'île de Corfou, et que la réduction de cette statue du poète faisait partie des objets qu'elle emportait dans ses voyages.

En 1896, j'étais à Nauheim avéc ma soeur. L'impératrice d'Autriche venait d'avoir quitté cette station balnéaire pour la Suisse. Le médecin qui l'avait soignée était le professeur Schott, notre médecin et ami. Il ne tarissait pas en récits sur le charme, la beauté, l'intelligence de son auguste malade et était heureux et fier du succès de son traitement.

Un jour, le professeur Schott, le 10 septembre, je crois, entra en sanglotant chez nous. Il tenait une feuille à la main. Un télégramme de Genève annonçait que le stylet d'un anarchiste avait perforé le cœur de l'Impératrice, " ce cœur que les bains de Nauheim " avaient tellement fortifié ajoutait douloureusement le professeur.

Une des dernières fois que je traversai Vienne, le prince Hugo Dietrichstein, mari de la belle et sympathique princesse Olga Dolgorouky, et le général comte Uexkull vinrent me voir. Je ne sais comment nous arrivâmes à parler de l'Impératrice et je manifestai le désir des saluer sa tombe. Ils me proposèrent de me conduire à la Capuciner-Kirche. Je m'agenouillai piteusement, dans cette église devant le cercueil qui contenait la dépouille mortelle. de cette infortunée Princesse. Elle était étendue entre un suicidé, son fils Rodolphe, et un assassiné, son beau-frère Maximilien. Trois drames de l'histoire Queretaro, Meyerling, Genève

À ce moment, j'oubliai que j'étais dans le sombre caveau des Habsbourg, éclairé par un rayon de soleil. je revis l'Impératrice à cheval telle que je l'avais vue dans la forêt d'Ischl. Amazone intrépide, d'un élan suprême, elle franchissait le dernier obstacle qui la séparait de l'éternité.

Comtesse Kleinmichel


jeudi 12 octobre 2023

The floating Sissis in Gödöllö Park / Les Sissis flottantes du parc de Gödöllö

Voir les posts précédents sur le château de Gödöllö  /Vorherige Beiträge über das Schloss Gödöllö ansehen

[EN] Large canvases printed with photographs float between the trees in Gödöllö Park. They feature photographs of artists in poses and clothes that evoke the empress-queen, and challenge Hungarian or Magyar-speaking visitors with the question Tudta? which means Did you know? I have translated two of them into free translation.

[FR] De grandes toiles imprimées de photographies flottent entre les arbres du parc de Gödöllö. Elles présentent des photographies d'artistes dans des poses et des vêtements qui évoquent l'impératrice-reine, et interpellent les visiteurs hongrois ou magyarophones en leur posant la question Tudta?, ce qui veut dire Le saviez-vous ? J'en ai traduit deux d'entre elles en traduction libre. 






Tudta ? Le saviez-vous ?

La reine Elizabeth n'a jamais visité le théâtre baroque du château. Elle n'aurait pu le faire, car le théâtre des coulisses, créé entre 1782 et 1785, avait été démantelé lors des rénovations de 1867 et on avait installé, dans l'espace qu'il occupait , 15 chambres réparties sur 3 étages.
Avez-vous visité le théâtre rénové ? Vous pouvez le visiter au cours de visites guidées ou lors de nos représentations théâtrales !

Tudta ? Did you know?

Queen Elizabeth never visited the castle's baroque theatre. She couldn't have done so because the backstage theatre, created between 1782 and 1785, was dismantled during the 1867 renovations and 15 rooms spread over 3 floors were installed in the space it occupied.
Have you visited the renovated theatre? You can visit it on a guided tour or during one of our theatre performances!



Tudta ? Did you know?

At the request of Queen Elizabeth's suite in Gödöllő, the colour of her favourite flower, the violet, was used on the walls and upholstery. Gardeners regularly planted violets and pansies in the garden in front of her suite. We look forward to welcoming you to our gift shop with a variety of souvenirs and treats decorated with the Queen's face and violets.

Tudta ? Le saviez-vous ?

A la demande de la suite de la reine Elizabeth à Gödöllő, la couleur de sa fleur préférée, la violette, a été utilisée sur les murs et sur les tissus d'ameublement. Les jardiniers plantaient régulièrement des violettes et des pensées dans le jardin devant sa suite. Nous vous attendons dans notre boutique de cadeaux avec une variété de souvenirs et de gourmandises décorées du visage de la Reine et des violettes !

Du Grand Hôtel au sanatorium : la comédie des narcissismes dans le Viaggio a Reims au Gärtnerplatztheater

Le Théâtre de la Gärtnerplatz de Munich propose une lecture divertissante, pointue et d’une grande lisibilité du Voyage à Reims de Gi...