jeudi 18 janvier 2024

Jeanne d'Arc et Sophie-Charlotte en Bavière, duchesse d'Alençon. Un poème de Charles de Pomairols.

Statue de Jeanne d'Arc à la cathédrale de Reims (détail)

Le poète spiritualiste Charles de Pomairols (1843-1916) met en parallèle les destins héroïques de Jeanne d'Arc et de la duchesse d'Alençon. Il évoque dans un poème élégiaque Jeanne d'Arc accueillant la duchesse d'Alençon au paradis après son décès dans l'incendie du Bazar de la Charité. Jeanne d'Arc, qui avait joué un rôle clé dans le couronnement du roi Charles VII, et qui mourut sur le bûcher, va placer la couronne des cieux sur la tête de Sophie-Charlotte, brûlée vive elle aussi. Sophie-Charlotte est soutenue dans son vol vers le Paradis par quatre figures d'anges allégoriques : la Piété, la Pureté, la Charité et la Vaillance.

Un duc d'Alençon, Jean II, prince de sang, avait en 1429 rejoint l'armée de Jeanne d'Arc qu'il avait rencontrée à Chinon. Il était devenu un des amis proches de la pucelle d'Orléans qui l'avait surnommé le "gentil duc".  

Par ailleurs le mari de Sophie-Charlotte, le prince Ferdinand Philippe Marie d'Orléans, duc d'Alençon, membre de la maison d'Orléans, était le petit-fils du roi Louis-Philippe Ier.  Le poète donne le roi Charles VII pour aïeul du duc Ferdinand d'Alençon.

Ce poème est placé en guise de préface en vers de Madame la Duchesse d'Alençon intime, la biographie thuriféraire que Marie Gouraud d'Ablancourt consacra à Sophie-Charlotte en Bavière, duchesse d'Alençon. Le livre fut publié à Paris en 1911 par la Librairie des Saints-Pères. Il peut se lire sur le site  Gallica de la BnF.

 

mercredi 17 janvier 2024

Petits princes — Le prince Joseph Clément de Bavière — Un article de Gouraud d'Ablancourt

PETITS PRINCES

Le Prince Joseph Clément de Bavière en costume tyrolien.

Ce petit prince, en costume tyrolien, est le fils d’une française : la princesse Louise d’Orléans, fille du duc d’Alençon qui épousa, le 13 avril 1891, le prince Alphonse de Bavière. La photographie a été faite au château de Mentelberge, près Innsbruck, pendant une villégiature en Tyrol chez son onde le duc de Vendôme.

En 1912, il vint avec ses parents, pour la première fois, à Paris, berceau de sa famille maternelle. Sa mère lui fit visiter les monuments qui rappellent les gloires de ses ancêtres les rois de France, et marquent les pieux souvenirs.

Chapelle Notre-Dame de Consolation © Guilhelm Vellut, Paris

De ce nombre fut la chapelle de Notre-Dame de Consolation, située rue Jean Goujon, sur l’emplacement où brûla, le 4 mai 1897, le Bazar de la charité. La grand’mère du petit prince, la duchesse d'Alençon, y périt dans les flammes, victime de son dévouement et saintement héroïque, refusant de se laisser sauver avant que tous ceux qui l’entouraient aient échappé à l’affreux péril. Tout le monde se rappelle ce terrible drame qui fui un deuil national.

Il est permis de croire que l’âme libérée de la martyre veilla du haut du ciel sur ses enfants et obtint, pour sa fille Louise, le grand bonheur auquel, depuis onze ans, elle aspirait : la naissance d’un fils. 

Château de Nymphenbourg © Marco Pohle

Le petit Josef-Clément vint au monde au château de Nymphenburg, près Munich, en 1903. Son grand-père, le duc d’Alençon, tout joyeux vint tenir sur les fonts baptismaux son premier petit-fils. L’année suivante, il put se réjouir de la naissance du second : le duc de Nemours, enfant du prince Emmanuel, duc de Vendôme.


Le prince et la princesse Alphonse de Bavière, fixés à Munich pendant les premières années de leur mariage, vinrent ensuite habiter au château de Nymphenburg qui en est peu distant. Le pays est peuplé de résidences royales, la princesse Louise s’y plaît beaucoup, mais les retours en sa patrie de naissance lui sont toujours très chers. Elle revoit avec bonheur sa famille, ses anciens amis, des contemporaines élevées avec elle au Sacré-Cœur de Bourges et, enfin, quelques privilégiés serviteurs dévoués des siens qui lui sont présentés, et qu'elle accueille avec une infinie bonne grâce. De loin, elle suit tout ce qui parait d’intéressant chez nous et principalement ce qui a trait à son illustre lignée. Elle accepte livres et journaux français qui lui sont adressés, et enseigne à son fils notre belle langue.

Le foyer où grandit le petit prince est doux et intime; son père, fils du prince Adalbert de Bavière et de l’infante Amélie d’Espagne, grand-maître de l’ordre de Calatrava, est le plus populaire des princes de Bavière, par sa bonté, sa piété éclairée, son entrain gai: il est aimé de tous ceux qui l’approchent. 

L’enfant joue au bord du grand lac où nagent des cygnes. Il respire le parfum des roses qui, par milliers, décorent de leur infinie variété les parterres et s’enroulent autour du tronc des vieux arbres, dont l’ombre protectrice abrita le front altier de Napoléon, lorsqu’il vint assister au mariage du prince Eugène de Beauharnais avec la princesse Amélie-Augusta, fille du roi Maximilien de Bavière. L’Empereur Alexandre de Russie y séjourna aussi et, si les choses gardent les traditions du passé, elles peuvent impressionner la pensée naïve du petit prince en y jetant le rêve des gloires militaires.

Mais les centenaires aux vertes frondaisons ont abrité des songes plus doux que ceux des conquérants. Le château fut bâti pour Adélaïde-Henriette de Savoie, épouse de l’Electeur Ferdinand-Marie. Ce prince qui adorait sa jeune femme et redoutait pour elle le triste climat de la plaine de Munich, voulut lui créer une habitation riante qui ne lui fit pas trop regretter l’Italie. Il imagina une espèce de casino entouré de grands et beaux jardins emplis de bosquets, de fontaines avec jets d’eau, de pavillons de repos. Il y établit des jeux variés, y donna des fêtes pastorales, où les bergères avec la houlette conduisaient des moutons blancs au collier de rubans bleus; où les invités, en costumes de bergers, faisaient la cour aux pastourelles. Un théâtre aussi, permettait de donner la comédie, des concerts, des spectacles variés.

Plus tard, le château devint la propriété de l’archiduchesse Amélie, fille de l'empereur Josef 1er. On y offrit alors de grandes chasses à courre avec des équipages dressés pour le cerf, le daim, le lièvre.

Le jour de la Saint-Hubert, on célébrait une messe solennelle dans la chapelle. Chasseurs et chasseresses assistaient avec, au corsage et au chapeau, le bouquet de houx grainé de rouge. Les chiens couplés, sagement assis à la grande porte ouverte sur la nef, scandaient de leurs abois les sonneries du cor qui répondaient aux diverses phases du Saint-Office. A l’issue de la messe, le prêtre venait sur le seuil et bénissait la meute.

Le soir, on donnait un grand bal, où selon l’usage de cette époque, les dames choisissaient leurs cavaliers. Quand venait l'hiver, avec son cortège de neiges et de frimas, on faisait des courses en traîneau et on allait danser chez les grands seigneurs du voisinage. 

Magdalenenklause (Chapelle Sainte-Madeleine) © Marco Pohle

La chapelle Sainte-Madeleine, érigée dans le pare et figurant une ruine enguirlandée de lierres, fut témoin du mariage du prince Alphonse et de la princesse Louise. La jeune fiancée, conduite à l’autel par son père le duc d’Alençon, était accompagnée par sa mère, ses oncles et tantes : Le comte d’Eu, le prince Max-Emmanuel de Bavière, la reine Isabelle d’Espagne, le roi de Naples, François II, et un grand nombre de princes et princesses de France et de Bavière. Là fut baptisé le petit prince, là il fit aussi sa première communion. Et là encore se plaisent à venir les touristes français qui saluent en passant la fille de leurs rois.

Gouraud d’ABLANCOURT.

Source de l'article et de la photo du petit prince : La Mode illustrée du 7 septembre 1913

mardi 16 janvier 2024

Dynastie Wittelsbach — Mais qui était l'Électeur Maximilien II Emmanuel de Bavière (1662-1726) ?

Un portrait historique mordant par Joseph Reinach (1856-1921) qui a consacré à Maximilien II Emmanuelquelques pages impitoyables dans un chapitre intitulé Une cour allemande avant la révolution de ses Études de littérature et d'histoire, qu'il fit publier à Paris en 1889. Reinach fut un journaliste et homme politique français, surtout connu pour son engagement dans l'Affaire Dreyfus. Il est l'auteur de quantité d'ouvrages politiques et historiques. 

Maximilien Emmanuel, gouverneur des Pays-Bas,
 par Willem Kerricx (1694)

Musée des Beaux-Arts d'Anvers

[...] Si vous voulez, prenons l’électeur Maximilien-Emmanuel (1662-1726), fils et successeur de l’électeur Ferdinand-Marie. Il est de beaucoup, par sa claire et vive intelligence, par le penchant naturel de son cœur, l’un des meilleurs de sa dynastie. Sa mère, l’aimable Adélaïde de Savoie, a repoussé pour lui la férule des Jésuites et confié son éducation à un Français, homme d’esprit et de goût, le marquis de Beauveau ; il n’est donc ni menteur ni hypocrite. Sans doute, il est, dès le début, « bien prince, comme dira de lui Fénelon, c’est-à-dire faible dans sa conduite et corrompu dans ses mœurs » ; mais s’il est paresseux, il n’est pas insensible à la gloire, et, s’il est libertin, il est brave. Il a dix-sept ans quand il coiffe le bonnet d’électeur (1679), vingt ans à peine quand son mariage avec la fille de l’Empereur Léopold fait de lui un successeur probable au trône d’Espagne ; sa sœur, Marie-Anne, est dauphine de France. C’est le plus jeune des princes allemands, le plus beau, le plus riche, le mieux apparenté ; son père, malgré de folles dépenses, lui a laissé un trésor encore pourvu ; il lui a laissé surtout une ligne politique très habile, la neutralité officielle entre la France et l’Autriche, tout en s’étant assuré du côté de Louis XIV, par le traité secret de 1670, dans le présent des subsides importants et, dans l’avenir, la couronne des Romains pour le cas où le grand roi se ferait élire Empereur d’Allemagne. Il semble que Max n’ait qu’à se laisser vivre : administrer en paix la Bavière qui est éprise de lui, tenir son rang avec honneur dans l’armée impériale, attendre sans impatience les événements qui feront de lui le roi de Naples ou le roi des Romains, c’est le conseil du vieux chancelier Gaspard Schmid. Voici comment Maximilien II écoute les conseils de la sagesse :
    D’abord « il se débarrasse de son métier ». Gouverner un peuple que la guerre de Trente ans a épuisé, réorganiser une armée, rétablir des finances, restaurer l’agriculture, créer des routes, des écoles et des usines, qu’il fasse, lui, une si misérable besogne ! Cette honnête pensée ne lui est même pas venue et, s’il avait eu le malheur de s’y arrêter, son entourage, les Savoyards, qu’il a hérités de sa mère, l’auraient vite détourné d’un aussi vulgaire dessein : « Que les Révérends Pères gouvernent : toi, fais la guerre, beau Maximilien, et fais l’amour ! » Il laisse donc l’administration de l’électorat à une manière de conseil permanent dont la liste a été dressée par le supérieur du collège d’Ingolstadt et par le comte Thunn, ministre d'Autriche : ce sont les ministres Berckheim et Leydel, tous deux pensionnaires de la cour de Vienne, le baron de Mair, autre agent autrichien, et les secrétaires intimes Reichardt et Malknecht, ce dernier préposé plus spécialement aux finances et qui « n’oubliera pas les siennes ». Pourvu que la cassette électorale soit pleine, pourvu que l’impôt rentre, tout est bien. Munich est triste et laid avec ses maisons de briques et de bois, ses rues gothiques, ses palais où les architectes italiens viennent à peine de mettre la pioche. En attendant que le séjour de la Bavière soit devenu supportable et « qu’on cesse de s’y ennuyer à mort », Max-Emmanuel part pour Vienne. Ce petit-fils de Maximilien le Grand n’est pas un électeur, c’est un officier de cavalerie. De 1674, date de son avènement, à 1699, où il perd coup sur coup sa femme et son fils unique, Max est proprement au service de l’Autriche. Une fois par an, il part en poste pour Landshut ou Léonsberg : il jette un coup d’œil sur les énormes constructions dont il a laissé les plans, tient quelques conseils, signe quelques décrets pour le relèvement des taxes, ébauche quelques négociations, et puis retourne à Vienne au triple galop. Vienne, l’hiver, avec son train de fêtes perpétuelles; Venise, au printemps, agitant ses grelots sur les flots légers des lagunes ; et, dans l’entr’acte d’été, pour mériter, autrement que par sa fière prestance et sa jolie tête, les faveurs de Mlle de Welen ou de Mlle de Sinzendorf, parce qu’aussi la bataille lui plaît, la guerre dans la vallée du Danube contre les Infidèles. Sa renommée dépasse les salons de Vienne : elle remplit d’épouvante les villes turques. Dès que son justaucorps bleu de ciel paraît à la tête des escadrons impériaux, les bachas ottomans replient les ailes sur le centre : les charges du " Roi bleu " sont un tourbillon qui emporte tout sur son passage. Au siège de Vienne, où sa bravoure, aux côtés de son premier beau-père, l’Empereur, lui gagne le cœur de son futur beau-père, le roi de Pologne à Mohacz, où, le sabre à la main, il met en pièces les janissaires de Soliman II ; au siège de Bude, où il monte le premier à l’assaut ; au siège de Belgrade, où il entre par la brèche, Max se couvre de gloire : les évêques du monde entier, le pape lui-même le célèbrent comme le vainqueur des Infidèles, le plus solide boulevard de la chrétienté. Mais la bataille est à peine finie* la fumée du dernier coup de canon s’est à peine dissipée dans le ciel rayonnant de Hongrie ou de Serbie, que l’électeur reprend le chemin de Vienne. « plus pressé, dit Villars, de jouir de sa renommée au milieu des plaisirs, et plus touché du désir de faire parler de lui, que soigneux d’acquérir un savoir bien profond dans la guerre ». Il est encore trop beau, trop brillant de gloire pour que les femmes ne l'aiment pas pour lui-même : pendant l’hiver de 1687, les grandes dames viennoises et vénitiennes se livrèrent pour l’Electeur de Bavière et son inséparable compagnon, Eugène de Savoie, de vrais combats. Mais il y a les dés, lés fêtes, les chasses de Straubing, les immenses travaux de Nymphenbourg et de Schleissheim, les dilapidations des valets en l’absence du maître : bientôt le trésor paternel est à sec. Alors commencent les négociations honteuses : cet électeur du Saint-Empire, qui est d’abord un chef de reîtres, met aux enchères son alliance et son épée. L’une et l’autre seront désormais au plus offrant : en 1088, à l’Empereur contre le roi de France; en 1702, à Louis XIV contre la Grande Ligue. De folles rivalités d’amour traversent ces marchandages : la comtesse Kaunitz, qui porte les couleurs d’Autriche ; Mlle de Welen, toute dévouée à la cause française, qui défend à Max de partir pour la Hongrie, sinon « elle se jettera dans un couvent pour n’en sortir de l’été »; la comtesse Paar, qui tient boutique d’influences politiques et qui passe de Yillars au chancelier Strattmann, de Louis XIV à Léopold, selon l’importance du présent qui lui est promis pour récompense de ses services; plus tard, une simple courtisane vénitienne, la Canossa, qui aidera à emporter le succès de l’alliance française pour la guerre de la succession d’Espagne comme la comtesse Paar avait décidé, en 1088, de l’adhésion à la Ligue d’Augsbourg. — Au fond, l’Electeur, qui attache plus de prix, sur le chapitre d'amour, à la diversité qu’à la qualité, tient surtout à l’argent, en temps de paix, pour la satisfaction de ses goûts ruineux, et au commandement séparé, en temps de guerre, pour la satisfaction de son amour-propre. Ces deux questions sont « l'Alpha et l'Oméga de la politique de l’Électeur », le secret des pourparlers interminables où, pendant quinze années, Max-Emmanuel met sur les dents le chancelier Mayr, où Kaunitz pousse « le dévouement au bon service de l’Empire jusqu’au sacrifice conjugal », où Villars acquiert une gloire diplomatique qui ne le cède en rien à sa renommée militaire. Louis XIV n’a promis (mars 1688) que le titre de roi des Romains et les royaumes de Naples et de Sicile ; Léopold offre au mois de décembre le gouvernement des riches Pays-Bas et 400 000 florins de subsides : c’est l'Empereur qui l’emportera, surtout quand il aura ajouté un petit supplément à ses propositions, un million payé en cinq termes comme bonne-main. L’Empereur exige que Villars reçoive son compliment : l’Electeur, avec la docilité d’une fille entretenue, licencie l’ambassadeur du grand roi. — Dix ans plus tard, c’est la cause française qui l’emportera par une offre ferme de 10 millions de livres, qui arrivent au bon moment à Munich, 5 millions en traites sur les banquiers d’Augsbourg, 5 millions en pistoles sonnantes, à dos de mulets. 

Portrait de Maximilien-Emmanuel par Joseph Vivien

   Dans l’intervalle de la paix de Ryswick (1697) et des premières négociations pour la succession d’Espagne, l’Electeur était devenu veuf. A cinq semaines de distance, Max avait perdu sa femme, la fille de l’Empereur, et son fils unique, l'enfant chétif que l’archiduchesse Maria-Antonia lui avait donné en mourant et que Charles II venait de désigner comme l’héritier légitime du trône d’Espagne. Il n’eût perdu que sa femme, il n’aurait point songé à se remarier; le plus volage des époux n’éprouvait pas le besoin d’être mari. Mais, après vingt années de règne, la Bavière était sans héritier : adieu la couronne du roi des Romains, le rêve d’échanger l’Électorat pour Naples ! adieu ces Pays-Bas dont le gouvernement même temporaire avait compensé l’humiliation de vingt batailles perdues contre Câlinât, Lorge, Luxembourg et Villars, et qu’il avait été si heureux d’éblouir par son faste!... Six mois après ce double deuil, Max convolait en secondes noces avec la riche héritière de Jean Sobiesky, Thérèse-Cunégonde. Il se trouvait, sur le moment, d’humeur plutôt mélancolique, sinon vertueuse; il n’était, peut-être, que fatigué : il écrivit à la reine de Pologne qu'il était résolu « à faire peau neuve et à être désormais un époux fidèle ». Ce fut Thérèse-Cunégonde, par un juste retour, qui protesta contre cette conversion à la vie bourgeoise. En échange de la forte dot que sa femme lui apportait de Pologne, Max avait renvoyé jusqu’à Amsterdam sa maîtresse, la belle Anna de Lonchier, comtesse d’Arco. Thérèse ne lui en sait point gré. Si l’Électeur s’est marié pour se reposer, l’Électrice s’est mariée pour s’amuser. Au bout d’un an, Max est réduit à la pénible humiliation d’implorer le secours de sa belle-mère : « Votre fille, écrit-il à la reine Marie, n’a nulle affection pour moi ; elle ne fait que lire des romans, courir avec des jeunes officiers aux bals masqués et ailleurs ; elle est, sans cesse, contre moi, d’une humeur effroyable, chasse toutes ses dames et traite les nobles bavarois comme des laquais. » La reine Marie haussa les épaules, donna raison à sa fille et l’engagea à reprendre, à la première scène conjugale, le chemin de Varsovie, avec sa dot. Max essaye de se résigner; Thérèse continue à jeter sa dot par toutes les fenêtres à la fois. La reine de Pologne a augmenté sa cassette de 300 000 livres : « ce n’est pas pour qu’elle les garde », et elle ne les garde pas. Les fêtes recommencent. 
    Un beau jour, Thérèse est enceinte, « un peu trop brusquement », et Max est assailli par le doute le plus cruel : « Dieu fasse, écrit-il à sa belle-mère, que l’enfant ne ressemble pas trop à l’infàme secrétaire Calmouk ou au maudit juif, le confiseur de Plock! » — Nous voilà loin de Lauzun, à qui l’on demandait ce qu’il répondrait à sa femme (qu’il n’avait pas vue depuis un an), si elle lui écrivait : « Je viens de découvrir que je suis grosse », et qui riposta : « Je lui écrirais : « Je suis charmé que le ciel ait enfin «béni notre union ; soignez votre santé, j’irai vous faire « ma cour ce soir. » — Thérèse, elle, ne soigne pas sa santé : pendant sa grossesse, elle se met au jeu dès le matin, y reste jusqu’à la nuit, ne quitte la table de pharaon que pour des soupers qui finissent en véritables orgies. « La Bavière n’a jamais rien vu de tel et crie à la vengeance de Dieu. » Puis, l'enfant naît, une fille, Marianne-Caroline, que l’Électeur reçoit avec transport, qu’il couvre d'agnus Dei et d’amulettes.... Mais Thérèse-Cunégonde jette les amulettes au feu et chasse les nourrices de sa fille « qui sont trop jolies ». 
    À son tour, maintenant, d’être jalouse ou de le feindre, moyen commode pour exaspérer son mari et conquérir une liberté illimitée. La comtesse d’Arco étant revenue à Munich, l’Électrice demande à grands cris « le renvoi de la vieille sorcière, de la marchande d’amour ». Max cherche à badiner : « Si je devais, madame, ne pas mettre les pieds dans tous les lieux où j’ai eu des maîtresses, je devrais, pour vous satisfaire, m’enfuir, je crois, jusques en Inde. Soyez sans souci au sujet de ***; la nouveauté est l’Évangile de l’amour. » Thérèse, qui touche à ses fins, riposte en recommençant ses promenades nocturnes dans le parc de Keyserfeld avec le « beau juif de Plock ». A l’Électeur, alors, de se fâcher et de menacer : « Si vous vous permettez encore une seule fois de vous promener la nuit dans le parc, j’enverrai votre cher confiseur à tous les diables; j’exige que vous soyez toujours accompagnée de deux dames. » L’Électrice ne se laissa pas intimider; elle renvoie le confiseur, mais prend un jeune confesseur, le jésuite Schmacke, avec qui elle machine le coup de théâtre décisif : un beau soir, en pleine assemblée, le conseiller Marx-Christophe, baron de Mair, vient, en son nom, interdire à l’Électeur l’entrée de la chambre nuptiale. Cette fois, Max s’avoua vaincu, on s’arrangea et un compromis solennel fut signé. Liberté réciproque. Désormais, Thérèse aura licence de courir Munich déguisée en femme de chambre, de manger du camphre, de se promener dans les parcs à toute heure de nuit, avec le juif de Plock ou le jésuite Schmacke, de passer sans gêne du confiseur hébreu au confesseur romain. De son côté, l’Électeur reprend la bonne vie d’antan, sein Luderleben, dit la Palatine ; il retourne à la comtesse d’Arco, tout en trouvant « l’Evangile de l’amour » chez la marquise de Yalsassina, « sans compter les grisettes ». 
Portrait par Pieter Schenk

    Le voilà lancé de nouveau et on ne l’arrêtera plus. Mieux ou, du moins, autrement remarié, il eût peut- être fait réellement peau neuve, comme il en avait exprimé l’intention : après le naufrage définitif de son mariage, il se précipite, tète baissée, dans une existence de faste, de plaisirs et de dépenses auprès de laquelle sa vie d’autrefois paraît raisonnable. Il tient de sa mère la maladie de la bâtisse : à Landshut, à Keyserfeld, à Leonsberg, il n’arrête pas de construire, de restaurer, de planter, de meubler; à Nymphenbourg, il occupe 800 prisonniers turcs à creuser un canal. Quand ce n’est pas pour lui, c’est pour ses maîtresses, la marquise de Yalsassina, la comtesse Paar, qui rentre en scène, Mlle de Sinzendorf, qui guettait le moment, toutes grandes mangeuses d'argent, — la comtesse Paar avait débuté « par un capital supérieur à 300 000 florins », — jouant qui à la Fontange, qui à la Montespan, rivalisant entre elles de luxe et de folie. C’est une fête perpétuelle. La maison de l’Électeur a, comme celle de Louis XIV, ses vingt services distincts ; ses collections de boiseries et de trumeaux sont les plus riches de l’époque ; ses écuries sont des palais et sa cuisine un petit monde ; il a 300 chevaux, 40 voitures, 200 laquais; la chasse de Vossenhofer occupe cinq équipages pour le cerf, le renard et le sanglier, un équipage spécial pour le castor, un autre pour le héron; le théâtre, l’opéra, le corps de ballet sont montés sur le même pied; il tient table ouverte à toute la noblesse accourue à Schleissheim, pour y vivre, comme à Versailles même, aux frais du prince, logée, nourrie, amusée et domestiquée. « Ce ne sont, dit l’ambassadeur de France, que carrousels, comédies, amourettes, parties de chasse et de traîneaux. » Seulement, tout cela coûte très cher, la dot de l’Électrice a été dévorée en dix-huit mois et les impôts, depuis longtemps, ne rentrent plus : on a beau les élever de 50 p. 100, la source même est tarie, la gent corvéable ne rend plus. L'Électeur se rabat sur les emprunts, il emprunte partout, à des taux usuraires, comme un fils de famille aux abois, à Venise, à Vienne, à Bruxelles, un million et demi de florins, en deux fois, au seul conseil communal de Bruges : vers la fin de 1698, il se trouve devoir plus de 30 millions de florins, dont il ne peut même plus payer les intérêts. Il a recours aux alchimistes : Ruggiero, qu'il fait successivement comte, maréchal, conseiller d’État, grand maître des cérémonies ; Taufkirchen, qu’il fait grand veneur, gouverneur du palais, ministre, qui ont, tous deux, trouvé le moyen de faire de l’or et qui, naturellement, n’ont rien trouvé que le moyen d’escroquer le premier 60 000, le second 40 000 llorins. Une vente de bijoux donne 8 millions de llorins; mais, au train de vie qu'il mène avec une rage croissante, ce n’est qu’une goutte d’eau; l’an d’après (1699), le conseil communal de Bruges, qui veut rentrer dans ses fonds, décrète l’Électeur d’arrestation, comme le dernier des manants, et fait vendre aux enchères les meubles et tapisseries de son hôtel de Bruxelles. — Il ne restera plus bientôt à l’Electeur qu’une ressource : vendre son âme au roi de France. On a vu qu’il avait hésité un instant, — le temps de présenter à Vienne des demandes de « troc » (' échange de la Bavière pour le royaume de Naples) et de subsides (150 000 florins par mois) qui avaient été repoussés, — et comment une jolie gondolière et surtout dix millions de pistoles l’avaient décidé. 
    L’Électeur a trouvé sur les lèvres rouges de la Canossa la preuve certaine des droits du petit-fils de Louis XIV à la succession d’Espagne. « Par malheur, observe Sassenage, les troupes bavaroises étaient moins solides que les seins de marbre de la Vénitienne. » Les débuts de la campagne avaient été heureux ; conseillé par Villars, qui reprenait ainsi une brillante revanches, l’Électeur avait mis la main sur les villes impériales d’Ulm, de Neubourg et de Ratisbonne et remporté la victoire d’Hochstædt (1702-1703). Mais les irrésolutions perpétuelles de Max, une fourberie audacieuse qui, entre deux batailles, renouait avec la cour de Vienne d’indignes pourparlers, un amour-propre maladif que ne justifiait même plus la bravoure de cet Hercule fatigué, avaient exaspéré le vainqueur de Friedlingen, qui finit par demander son rappel et laissa l’Électeur à sa seule incapacité. Six mois plus tard, Max-Emmanuel n’est plus qu’un prince fugitif et dépossédé. Les misérables troupes bavaroises, sans vivres, sans munitions, se débandent, sur ce même champ de bataille d’Hochstædt, devant l’armée impériale (par économie, les officiers recommandaient aux soldats de tirer très lentement); et l’électorat est enlevé en un tour de main par les Croates, qui mettent le pays à feu et à sang : 

Attendu, décrète le gouverneur général, comte de Lowenstein, qu’en prenant les armes contre les troupes de S. M. L, tous les Bavarois se sont rendus coupables d’un crime de lèse-majesté envers le maître légitime que Dieu le tout-puissant leur a donné, ordonnons, sans autre forme, qu’ils soient, tous tant qu’ils sont, pendus haut et court. Toutefois, dans notre inépuisable clémence et paternelle douceur, décidons que tout quinzième homme seulement, ayant été désigné par le sort, sera pendu en présence des autres; et qu’en outre dans chaque district judiciaire un de ces misérables sera pris sans tirage au sort et publiquement exécuté. Quant aux autres et par un effet de notre naturelle et très haute magnanimité, ordonnons que leur vie leur soit laissée, mais qu’ils soient conduits dans notre forteresse d’Ingolstadt, les hommes valides pour y être incorporés dans notre armée comme simples soldats, les non valides pour subir les travaux forcés à perpétuité. Ordonnons encore que dans les villes, lesquelles sont plus coupables que les campagnes, tout dixième, au lieu de tout quinzième homme, soit pendu au gibet et que tout non valide soit immédiatement .expulsé, ses biens ayant été préalablement confisqués au profit de notre trésor. Seront aussi, mais sans destination de sort, punis sur-le- champ de pendaison tout chef notoire et tout soldat déserteur. 

   On croit rêver : le texte du décret impérial et royal est là, cependant, sur parchemin, d’une authenticité incontestable, et il est certain que le comte de Lowenstein n’épargna aucun soin pour l’exécuter. Les malheureux paysans trouvent un reste de courage et de force pour se soulever au cri de : « Plutôt mourir Bavarois que pourrir impériaux ! » Ils sont effroyablement massacrés, 1500 dans la seule nuit de la Saint-Sylvestre, les « Vêpres bavaroises », dit Zschokke, à Sendlin, 2000 autour d’Augsbourg, 3000 dans la vallée de l'Inn, dont les eaux roulent les cadavres pendant plusieurs semaines. 
  Quant à l’Electeur, il a pris la fuite ; du « roi bleu » d’autrefois, rien n’est resté dans les bras de la Canossa : il oublie ses enfants en bas âge, que le comte Tüchein ramassera quelque part pour les livrer à l’Empereur, et l’Électrice, à qui le père Schmacke est seul resté fidèle et que le Pape recueillera à Rome; « il ne pense tout le temps qu’à sauver sa misérable peau ». Mis au ban de l’Empire, il n'a fait qu’une traite de Munich à Bruxelles, accompagné de la seule Marie Popuel, comtesse d’Arco, qui a profité de la débâcle pour jeter la Vénitienne à la porte et reprendre son ancienne place de maîtresse en titre. 
    La « vieille marchande de sourires » compte-t-elle sur un retour possible de la fortune, où elle se fera payer sa fidélité au centuple ? Le certain, c’est qu’elle va rester, pendant dix années, défiant les misères et les humiliations de l’exil, l’inséparable compagne de l’Électeur. C’est elle, maintenant, qui l’entretient : à Bruxelles, pour satisfaire aux dépenses de la maison, elle ouvre un véritable tripot, «donnant à jouer toute la nuit ». Elle ferme les yeux sur la vie crapuleuse qu’il a reprise avec une fureur de malade. Devant les Impériaux qui sont entrés en Belgique, il fuit de ville en ville, de Bruxelles à Mons, de Mons à Namur, de Namur à Versailles, « laissant de sa race dans les villages ». Rien ne lui répugne : elle rougit pour lui, mais ne le quitte pas plus que son ombre. Après Ramilies, où il partagea la responsabilité de la défaite avec Villeroy, sa dernière fierté l’abandonne ; il n’aimait plus la guerre depuis longtemps, mais il continuait à la faire : il demanda au roi de l’en dispenser désormais et de l’héberger à Versailles. Il est vieux avant l’âge, éreinté, « son nez s’est abaissé sur sa bouche de manière à rejoindre presque son menton » : la comtesse le voit toujours « avec sa bonne mine et sa taille bien faite d’autrefois ». Il est l’objet de tous les mépris de la cour, du roi qui ne peut comprendre « qu’un prince du Saint-Empire n’ait nul souci de son rang et aille jusqu’à dîner chez Mlle d’Anlin, lui qui pourrait s’asseoir avec Mme la duchesse et Madame » ; de la princesse Palatine, sa cousine, qui lui reproche sa lâcheté, ses basses complaisances pour Torcy, l’excusant cependant, à part elle, « vu qu’il a besoin de ces gens-là : autrement il mourrait de faim » ; du duc d'Orléans, dont il endosse les bâtardes quand le duc les trouve « trop arlequins » ; du comte de Clermont, à qui il cède sans contestation le pas et la droite : pour Mme d’Arco, il reste toujours le premier des Electeurs, colonne et lumière du Saint- Empire, « ayant seul le droit, aux termes de la Bulle d'Or, de s’asseoir et de faire asseoir ses envoyés sur des sièges rouges ». 
    Naturellement, les jours d’épreuve finis, il n’a rien oublié et il n’a rien appris, sauf à tourner des tabatières de buis. Une honte vague le tient quelque temps de revenir à Munich, dans cette Bavière que la victoire de Villars lui restitue et qu'il avait si misérablement abandonnée et trahie. Un an après la signature du traité de Bade, il traîne encore à Saint- Cloud ; il s’obstine à croire que, « du côté de la maison d’Autriche, il y a toujours quelque vue ou envie de troquer qui regarde ses Etats » : s’il pouvait aboutir à quelque convention de territoire où il échangerait la Bavière, encore toute ensanglantée et meurtrie, pour les Pays-Bas qui lui rappellent ses plus beaux jours, ou pour la Sicile, « éponges encore pleines », ou même pour la Sardaigne, quelle aubaine ! Mais ces pitoyables négociations échouent, l’Empereur le repousse avec dédain pendant que, lassé, excédé par ce mendiant couronné, Louis XIV lui laisse entendre qu'il est de trop chez lui. Max-Emmanuel se décide à réintégrer son électorat, où Thérèse-Cunégonde vient le rejoindre. 
   La Bavière est ruinée de fond en comble, la famine règne dans toute la vallée du Danube, d’innombrables bandes de vagabonds errent dans les campagnes, pillant, volant, incendiant les meules et les chaumières, plus de commerce, plus d’industrie, une misère noire dans toutes les villes. Max, cependant, ne songe qu’à reprendre, à nouveaux frais, sa vie de plaisirs. L’Électrice, définitivement enterrée dans la bigoterie, n’est occupée qu’à exécuter les vœux qu’elle a fait à Rome, un couvent de Servites à Munich, 1718 cellules de capucins à Nymphenbourg : il est libre, non pas sans doute de retourner, comme il le voudrait, à Paris ou à Bruxelles, mais de recommencer avec un nouvel éclat sa vie de Polichinelle. Il fait venir de Paris des troupes de chanteurs, de danseurs, de filles d’opéra, de piqueurs, 1500 chevaux et 4000 chiens. On joue au pharaon pendant une moitié de la nuit et les joueurs y sont réputés « les plus habiles de l’Europe à corriger la fortune ». L’Électeur lui-même la corrige. Puis il est repris de sa manie de bâtisse : les caisses étant vides, il recommence à emprunter, 4505078 florins en quatre ans et demi, a des taux assez honnêtes, 12 p. 100 à Ruffini, 13 p. 100 à Oppenheim,pour construire le parc de Nymphenbourg avec mille fontaines, dont une seule coûte 600000 florins, la Pagode, le lumineux Badenbourg avec sa piscine d’albâtre, la chapelle Madeleine, le palais de Schleisheim. Au bout de quelques mois, il doit derechef, partout, à Dieu et au diable, 286401 florins aux États généraux, 7000 florins pour glaces à Defert d’Amsterdam, 16000 pour tapisseries à Ambroso de Gènes, 30921 à Lyon pour soieries, 665487 pour bijoux et pierres précieuses à Venise et à Vienne. Quand il n’y a plus moyen d'emprunter, il se fait faux monnayeur — en cinq années, il change sept fois le cours des monnaies en circulation — et bonneteur — il installe le loto public qu’il a, d’abord, la pudeur de faire tenir par un Italien de rencontre, le comte Joseph de Santo-Pitto, mais qu’il finit par exploiter directement. Il paraît impossible de descendre plus bas dans la turpitude : du moins l’infortunée Bavière le croit. Les successeurs de Max-Emmanuel se chargeront  de la détromper. [...]

lundi 15 janvier 2024

München — Winterlicher Westfriedhof — 13 Bilder / 13 photos — Le cimetière de l'ouest en hiver













© Luc-Henri Roger
 

La tombe de la princesse Soraya (ثریا اسفندیاری بختیاری) au cimetière de l'ouest (Westfriedhof) de Munich


Photos Luc-Henri Roger 14/01/2024

Princesse Soraya Esfandiari Bakhtiari (22 juin 1932 - 25 octobre 2001)

La tombe de celle qui fut pour un temps Impératrice d'Iran se trouve au Westfriedhof de Munich. La raison en est simple. Si Soraya est décédée dans son appartement parisien, son père fut ambassadeur d'Iran en Allemagne et a été enterré à Munich. Soraya, décédée intestat, a été enterrée près de ses parents. Ce fut aussi le cas de son frère Bijan, qui mourut dix jours après elle.

Impératrice d'Iran, elle fut la deuxième épouse de Mohammad Reza Pahlavi, le Chah d'Iran. Elle était la fille de Khalil Esfandiary-Bakhtiari, qui avait étudié à Berlin où il rencontra celle qui deviendrait son épouse et devint plus tard ambassadeur d'Iran près la République fédérale d'Allemagne, et d'Eva Karl,  princesse Esfandiary-Bakhtiari. Alors qu'elle avait 18 ans à peine elle fut présentée à Mohammad Reza Pahlavi. Ils tombèrent amoureux et les fiançailles furent célébrées. Elle tomba malade peu avant son mariage.  Elle reçut le titre Son Altesse Impériale la Princesse Soraya d'Iran. On la désignait comme Malakeh (reine). Au motif qu'elle ne donnait pas d'héritier à son mari, il se sépara de sa femme: le divorce fut annoncé en 1958. Elle s'essaya à la carrière cinématographique en 1965 et joua dans le film d'Antonioni et Franco Indovina  I tre volti «Les trois visages d'une femme/La femme aux trois visages". Elle tomba alors amoureuse de Franco Indovina. Après sa mort, elle voyagea beaucoup en Europe. À partir de 1980 elle a vécu isolée dans son appartement parisien de l'avenue Montaigne. En octobre 2001, elle a été retrouvée morte dans cet appartement. La cause officielle du décès était l'apoplexie, mais on suspecta un assassinat. Un service commémoratif a été célébré quelques jours plus tard à l' Eglise américaine de Paris. Plusieurs membres de la noblesse européenne ont assisté au service. Les biens de Soraya ont été vendus aux enchères à Paris après sa mort, en raison du décès de son seul héritier, son frère, mort huit jours après elle. Ils sont tous deux enterrés à Munich, auprès de leurs parents.

Soraya princesse d'Iran


dimanche 14 janvier 2024

Padre Pio — L'unique prêtre stigmatisé à San Giovanni Rotondo — Un article du journal La Croix du 8 avril 1947



L'unique prêtre stigmatisé à San-Giovanni-Rotondo

    Le nom du P. Pio de Pietrelcina est connu non seulement en Italie, mais dans les autres nations. Ses éminentes qualités d'esprit dans une vie cachée en Dieu, les grâces extraordinaires dont le Seigneur l'a favorisé éveillent les âmes à l'intelligence des vérités éternelles et suggèrent le goût de la vie chrétienne.
   Le P. Pio est né, le 25 mai 1887, à Pietrelcina, petit pays gracieusement situé dans la province de Bénévent. Ses parents, Horace Forgione et Marie-Joséphine de Nunzio, étaient de condition modeste, mais remarquables par leur profonde piété. L'enfant reçut au baptême le nom providentiel de François, en honneur du séraphique Saint d'Assise.     
    Dès son enfance, François donna des signes non équivoques de sainteté. Il se signalait surtout par sa pureté de cœur et par l'assiduité avec laquelle il s'adonnait aux études. Les jeux de son âge ne le laissaient pas indifférent, mais, par délicatesse de conscience, il se contentait de regarder sans y prendre part. La prière et les visites quotidiennes à l'église paroissiale faisaient ses délices. À n'en pas douter, François n'était pas fait pour le monde. Le Seigneur l'appelait à la vie religieuse. François songea à entrer dans l'Ordre des Frères Mineurs Capucins et il ne fut pas diffcile pour lui d'obtenir l'autorisation de ses pieux parents. Il se rendit au collège de Morcone. Son père allait, du reste, chercher fortune en Aménique, afin de pourvoir aux besoins de la famille. 
    Au collège, François reçut avec le saint habit le nom de « Fr. Pio ». Modèle accompli des vertus religieuses, il se montrait doué d'une science merveilleuse et fut ordonné prêtre. La ferveur particulière avec laquelle il se livrait aux exercices de piété et aux pratiques de pénitence lui gagnait l'estime de ses supérieurs et l'affection de ses Frères. 
    Sa santé fut compromise et nécessita pour quelque temps son retour dans sa famille. Même dans le siècle, il traitait son corps sans merci. Austérités, vigilance et prières alimentaient son zèle d'apôtre. Les démons, reconnaissant en lui un rude adversaire, lui déclaraient une guerre acharnée et usant de tous les moyens d'alléchement et de persécutions, de menaces et de coups pour le faire tomber. Mais
l'intrépide lutteur que la souffrance tenait uni à Dieu les a toujours rebutés. Ce fut alors que le Seigneur favorisa son fidèle serviteur de la stigmatisation, d’abord interne, mais pour cela non moins douloureuse. Sa mère fut la première qui s'en aperçut. Sur ces entrefaites, le moment étant venu de rejoindre le couvent, le jeune Capucin fut appelé d'abord à Foggia et ensuite au monastère de San Giovanni-Rotondo, d'où partirait bientôt un mouvement de rénovation spirituelle. San-Giovaani-Rotondo est un pays montagneux avec une zone d'oliviers, près de Foggia, chef-lieu de la Capitanata : il compte actuellement 14000 habitants. Situé à 557 mètres au-dessus de la mer, la circulation s'effectue par service automobile sur la grand-route en bonne partie montante de Foggia à San-Giovanni-Rotondo,
   Autrefois cette contrée n'était fréquentée que par des bergers et des bandits, à cause de ses nombreuses cavernes. Les habitants cultivaient la terre qui nourrit une race forte, formée à l'image de son propre sol aride, mais ils ne se soucialent guère de religion. C'étaient les Frères Capucins du couvent voisin qui brillaient au premier rang dans ce vaste champ de travail. Ils subvenaient aux besoins spirituels et temporels de ces âmes que l'indifférence en matière religieuse tenait loin de l'Eglise. Mais l'Ordre fut supprimé et les apôtres de la charité durent passer par bien des tribulations. Après leur retour, ils ouvrirent un Séminaire, où ils obtenaient d'excellcnts résultats. Tels furent les débuts du célèbre monastère de San-Giovanni-Rotondo.
   Ses supérieurs, et en particulier son confesseur, ayant découvert les dons surmaturels du P. Pio, reconnurent que Dieu leur avait confié un trésor pour le plus grand bien des âmes. Au nom ce l'ohéissance, le Père arriva, en 1916, à San-Giovanni-Rotondo pour y exercer le ministère sacerdotal. Ce poste lui imposait bien des fatigues. Nous le voyons passer sa journée presque entière à l'église ou au chœur, veiller sur la foi, corriger les mœurs et s'appliquer à la conversion des pécheurs. Mais Dieu bénit ses fatigues. L'église devint fréquentée. Le Padre passait tous les jours de longues jeures au confessionnal pour suffire aux besoins de nombreux pénitents. Sa réputation de sainteté se répandit rapidement, et on accourut en foule au couvent. C'est après la Messe du 20 septembre 1918 que le Seigneur enrichit de nouveau l'humble moine de ses faveurs divines en rendant visibles les saintes marques de son supplice mystique. Les stigmates parurent miraculeusement pour confrmer les fidèles dans la foi chrétienne. Le fait prodigieux vite divulgué, de tous les villages des envitons on accourut. Bientôt ce fut une affluence énorme de pèlerins, incrédules aussi bien que fidèles, savants aussi bien que simples. Ceux que la distance retenait au loin avaient recours à ses lumières par correspondance. Et la Providence répondit et répond toujours admirablement à cette confiance illimitée. Un grand nombre de conversions et de guérisons surprenantes appuieront les paroles du P. Pio en faisant éclater la puissance du serviteur de Dieu. Le couvent est devenu le rendez-vous de ses nombreux clients qui s’attachent à ses pas, s'agenouillent sur son passage, demandent sa bénédiction, ses prières, sa protection, viennent se confesser à lui ou entendre sa Messe. 
    Sa Messe, c'est la grande attraction de tous ! Il est vrai qu'elle occupe presque deux heures, mais les fidèles, et parmi eux, pendant la guerre, beaucoup d'officiers et de soldats des Etats-Unis, y assistent en un profond recueillement. Il faut observer que le Père porte ordinairement des gants, qu'il ôte seulement pour célébrer le Saint Sacrifice. 

    
    Les mains et les pieds perforés, le cœur percé, la figure d'une pâleur| extrême révèlent d'une manière touchante le mystère de sa vive participation douloureuse à la Passion de Jésus, qui est renouvelée en lui. Ses yeux extasiés et ses lèvres mues par un tremblement nerveux parlent un langage émouvant, écho de son ardeur intérieure. Son âme s'immatérialise et semble appartenir moins à la terre qu'au ciel. Le Seigneur semble lui avoir départi le don de fa bilocation. Plusieurs personnes assurent l'avoir vu à Rome et même en Amérique. Pourtant, il n'est pas sorti de son couvent depuis bien des années. 
    Sa vie est simple. Le matin et le soir, il ne prend rien. Au réfectoire, il a sa place parmi les Frères et ne mange qu'à midi. Son repas se compose d'une cuillerée de légumes accompagnée d'un petit morceau de pain et d'un verre de vin ou de limonade. Jamais de la viande et très rarement
du poisson. Ce qu'il prend n'est pas assez pour rassasier un petit enfant. Le Père est cousu de douleurs, non seulement de celles que Dieu lui impose. mais de celles qu'il assume pour en décharger les autres. Malgré ses plaies et les épreuves bien pénibles qu'il subit, malgré ses fatigues et les assauts de l'enfer, il n'a pas adouci son genre de vie depuis plus de vingt-cinq ans Il dispose, d'ailleurs, d'une force musculaire moyenne. Son aspect est celui d'un homme de son âge, sauf le pas qui est un peu lent, car les plaies des pieds le font souffrir. Sa vigueur paraît lui venir exclusivement de la sainte communion !
    Le P. Pio se conserve, par ailleurs, dans une parfaite humilité et obéissance. Au milieu des marques les plus évidentes de la prédilection divine, il est le premier à se rendre à l'église pour les pratiques religieuses de la communauté. La nuit, il interrompt son repos mesuré pour aller prier au chœur. Le Père pénètre les secrets les plus intimes des cœurs. Les voiles de l'avenir semblent se déchirer devant ses yeux et les distances se rapprocher. Une minute passée avec lui, une de ses paroles parfois possède le secret de décharger une âme et d'ouvrir des perspectives sur l'infini.
    La science humaine consultée atteste le fait miraculeux, sans savoir comment en expliquer l'origine. L'homme de bonne volonté ne peut y voir qu'un effet de la puissance miséricordieuse de la grâce divine. San-Giovanni-Rotondo, ce petit coin jusqu'alors ignoré du monde, brille à notre époque d'inquiétudes comme un phare lumineux de foi, de moralité, de religion. Le couvent du P. Pio devient une source d'eau vivifiante pour le salut des âmes.

Memento mori de luxe — Damien Hirst's 'For the love of God — MUCA München


LE CRÂNE DE DIAMANT DE DAMIEN HIRST AU BUNKER MUCA DE MUNICH

"For the Love of God" (2007), le célèbre moulage en platine d'un crâne humain de Damien Hirst, serti de 8 601 diamants, est exposé au MUCA de Munich jusqu'au 28 janvier 2024, dans le cadre de la grande exposition de synthèse de l'artiste sur Hirst, "The Weight of Things". L'œuvre d'art de renommée internationale sera exposée dans le bunker du MUCA. Le crâne de diamant s'envolera ensuite pour Kyoto, lieu de sa prochaine exposition.

L'œuvre se compose de 32 plaques de platine serties de 8 601 diamants, pour un poids total de 1106,18 carats.

Les dents qui ornent la tête de mort appartiennent au crâne original. Des analyses bioarchéologiques approfondies et des datations au radiocarbone ont révélé que le crâne date de la période comprise entre 1720 et 1810, probablement d'un homme de 35 ans d'origine européenne. L'œuvre d'art doit servir de rappel émouvant du caractère éphémère de l'existence humaine et inciter à la réflexion sur l'impermanence de la vie.

Le titre de l'œuvre est inspiré des exclamations que la mère de Damien Hirst lançait lorsqu'elle apprenait qu'il avait prévu de nouvelles créations. L'artiste explique que sa mère s'exclamait souvent : "Pour l'amour de Dieu (For the love of God), qu'est-ce que tu vas faire ensuite !"

Les souvenirs d'enfance de Hirst dans la bande dessinée "2000 AD" ont influencé l'intégration d'un diamant central marquant dans l'œuvre d'art. Plus précisément, il fait appel à un personnage appelé "Tharg le puissant", dont le front est orné d'un emblème circulaire représentant une entité puissante, semblable à un dieu, qui contrôle l'univers. Hirst a estimé que l'œuvre d'art avait besoin d'un élément supplémentaire, semblable à un troisième œil, qui établit un lien avec Jésus et son père.

" For the Love of God " illustre la fascination de Hirst pour les diamants et souligne l'incertitude inhérente à leur valeur. L'œuvre d'art se confronte au caractère compétitif de l'industrie du diamant et à la société capitaliste qui l'entretient.










For the Love of God © Damien Hirst and Science Ltd. 
Tous droits réservés / VG Bild-Kunst, Bonn 2023

Source du texte : traduction du texte de présentation du MUCA (partim)

Posts précédents sur l'actiuelle exposition du MUCA :

Du lit de fièvre aux strophes de sable : l’empreinte de Mozart à Olomouc

Quand la fièvre enfantine devint symphonie Palais Hauenschild - Photo @ Marco Pohle Sous un ciel morave autrefois assombri par le spectre de...