mercredi 10 mars 2021

Ein Königsmärchen / Un conte royal, le roman ludwigo-wagnérien de Marie de Wallersee-Larisch. (1)

Publié par Spohr à Leipzig

Au moment de la publication de son roman Ein Königsmärchen (Un conte royal) en 1898, Marie de Wallersée, " ci-devant comtesse Larisch ", a divorcé et vient de se remarier en 1897 avec le ténor Otto Brucks, alors engagé à l'opéra de Munich.  

Le roman, qui met en scène le roi Louis II, fut aussitôt interdit à la vente en Bavière. 12 ans se sont écoulés depuis la mort du roi et les sensibilités sont encore écorchées.  Ein Königsmärchen fut publié à Leipzig.

Résumé des premiers chapitres

Le Conte royal  raconte l'histoire poétique romancée du roi Louis II de Bavière et tente de donner une dimension mythique à sa mystérieuse vie solitaire et à sa mort tragique. La comtesse Larisch se disait bien informée sur le roi Louis, parce qu'elle faisait partie de sa famille. Enfant elle avait eu l'occasion de le côtoyer. Elle était la fille de Louis-Guillaume en Bavière, la nièce de l'impératrice d'Autriche, amie intime du roi, et de la princesse Sophie, qui fut pour quelques mois  la fiancée du roi.

Le roi de ce conte n'est pas vraiment humain, il est en fait la réincarnation terrestre d'un jeune cygne qui, en provenance d'un astre lointain, la planète des Cygnes, avait désiré vivre un temps sur terre.

Dans le premier chapitre, le  roi Louis II se trouve dans son observatoire privé,  totalement absorbé dans la contemplation des astres.  Après que son professeur d'astronomie l'a quitté, le roi s'endort et fait un rêve, dans lequel il comprend le langage des étoiles et entend la musique des sphères. Il aperçoit trois châteaux brillants au bord d'un lac d'émeraude, sur lesquels naviguent des cygnes chantants. À leur tête se trouve un jeune cygne mythique, un roi cygne, qui annonce son intention de descendre sur terre.

Un ange avertit en vain le jeune cygne que les rois sur terre doivent souffrir bien plus que les autres mortels et que la réincarnation entraîne l'oubli de l'existence précédente.

Le roi des cygnes ignore l'avertissement et l'ange est bien forcé de consentir à son voyage terrestre. Mais face aux épreuves qui l'attendent, il lui donne cependant un viatique : il lui promet qu'une noble jeune fille humaine se révélera à lui par le biais d'une merveilleuse chanson. L'ange le prévient cependant que sa vie sur terre sera limitée en temps : «Une limite est fixée pour votre vie sur terre,  si tant est que vous souhaitez la vivre jusqu'à son terme, dit l'ange, mais si vous quittez la terre de votre plein gré, si vous sentez que vos pouvoirs sont mis en échec, alors vous reviendrez ici et serez à nouveau un cygne. "

L'action du deuxième chapitre se déroule dans les premières années du règne du roi Louis II. Le décor est celui du lac de Starnberg, non loin de Munich, a même où le roi trouvera la mort, quelque 20 ans plus tard. Le lecteur est initié aux intrigues fomentées par des personnes de la cour. Le baron von Betten, favori et aide de camp du roi, est en conversation avec un banquier nommé Anthony, et tous deux s'accordent à dire qu'il est grand temps que le roi se marie.

Le lecteur apprend que le parti des courtisans a l'intention de favoriser le mariage du roi avec la princesse Clarisse, la fille de l'ex reine Honesta, qui vit à Biarritz.

Mais voilà qu'une fille illégitime du banquier entre en scène, une certaine Wally von Sartory,  une beauté passionnée au type méridional. Elle déclare à son père qu'elle aime le roi et qu'elle s'opposera de toutes ses forces au mariage projeté du roi, qu'elle compare au dieu-soleil Phoebus, avec une princesse. Elle sait qu'il adore l'art et elle se fera artiste pour trouver le chemin de son cœur. Wally von Sartory n'est pas un personnage historique, mais son personnage est comme un condensé des nombreuses jeunes chanteuses, actrices et artistes qui ont tenté de gagner l'amour du roi Louis II.

Au chapitre III, le roi est présenté dans la solitude idyllique de son château de Berg au bord du lac de Starnberg, dans les eaux duquel il perdra la vie. La comtesse Larisch décrit la beauté jeune roi avec un certain enthousiasme : " grand et droit comme un pin de la plus noble espèce, avec des yeux bleu foncé d'une beauté indescriptible et féerique, des cheveux bruns bouclés encadrant un front ouvert, et une bouche triste et douce sur un visage à la beauté classique."

Dans son château, le roi se trouve en pleine conversation avec Richard Wagner, qui dans le roman porte le nom de Reinhard Meister. L'entretien des deux hommes porte sur la tradition du chevalier au cygne, que le compositeur-poète met en scène dans son opéra Lohengrin. Le roi avoue qu'il est désespérément à la recherche d'une chanson, qu'un ange lui a chantée dans un rêve. Il lui faut cette chanson, et il sait qu'une femme la lui chantera un jour et qu'il la reconnaîtra immédiatement.

Le roi confie un secret  au Maître : il ne s'est jamais intéressé à aucune  femme, car il n'a jamais décelé aucune poésie dans aucune autre femme que sa mère. Wagner admet que  les femmes poétiques sont très rares. Wagner, cependant, redonne confiance au roi en lui avouant qu'il a trouvé une telle femme, c'est la femme d'un de ses amis .... Nul doute qu'il s'agit de Cosima von Bulow, que Wagner épousera plus tard.

En soirée, le roi marche le long des chemins bordés de jasmins qui descendent jusqu'au lac, tout en écoutant les rossignols et avec l'espoir d'entendre la chanson dont il a rêvé à l'observatoire, sa chanson. Il traverse le lac à la rame jusqu'à la rive opposée et croit entendre le chant des cygnes. Mais il fait erreur. En approchant du rivage, il entend une voix humaine mélodieuse. Il en reconnaît tout aussitôt le texte. C'est sa chanson, un lied qui évoque une fleur merveilleuse, Die Wunderblume, une chanson qui affirme que la fleur merveilleuse est le plus pur amour.

" C'est ma chanson ! " s'écrie le roi,  qui saute aussitôt du bateau et court à travers la pelouse jusqu'au château, où la silhouette délicate d'une femme  apparaît à une fenêtre ouverte. La lune brille et la jeune femme reconnaît le roi.

Il la prie de descendre le rejoindre. La jeune femme obéit aussitôt et apparaît bientôt dans l'encadrement du porche d'une tour entourée de lierre. Quand le roi lui demande de se présenter, elle répond : " Je suis Elsa, la cousine de Votre Majesté ! " Elle n'est autre que la princesse Sophie de Bavière, la plus jeune sœur de feu l'impératrice Elisabeth d'Autriche, qui a vécu de manière si retirée avec ses parents que le roi ne l'avait jamais vue.

Quelques jours plus tard, le roi a pris sa décision : il se rend au château de Possenhofen et demande à son oncle la main de sa plus jeune fille, ce qu'on lui promet avec le plus grand empressement. La princesse Elsa devient ainsi la fiancée du roi et en est absolument enchantée car elle se sent profondément amoureuse de son royal cousin. 

La comtesse Larisch décrit ensuite une rencontre entre le roi et sa fiancée dans un parc à proximité de Possenhofen. Les deux fiancés ont chacun composé des poèmes et se les lisent. 

C'était sans compter avec la belle Wally yon Sartory qui va tout mettre en oeuvre pour arriver à ses fins. Cette même nuit, elle traverse le lac et observe secrètement le roi et la princesse dans le parc, elle entend la chanson, qu'elle mémorise aussitôt. La comtesse Larisch donne à ses lecteurs le texte et la musique de la merveilleuse chanson - mais elle ne mentionne ni poète ni compositeur, et dit seulement que la princesse Elsa l'a reçue d'une manière mystérieuse.

Les choses vont bien sûr se compliquer... La belle Wally met au point un plan machiavélique qui conduira à la rupture des fiançailles...

(À suivre. Prochainement : la chanson Die Wunderblume)

*          *

*

Vient de paraître

La pupille du roi Louis II de Bavière

de Hedwig Courths-Mahler


ISBN : 9782322230464

C'est en 1911 que Hedwig Courths-Mahler publia son roman sentimental historique König Ludwig und sein Schützling (« La pupille du roi Louis II de Bavière ») sous le pseudonyme d'Hedwig Brand. 110 ans après sa publication ce roman wagnérien est enfin traduit en français.

La protégée du roi est l'enfant d'un couple de forestiers vivant au coeur d'une forêt proche du château de Hohenschwangau. Au hasard d'une rencontre, le roi se lie d'amitié avec la petite fille au point de vouloir lui assurer la meilleure des formations scolaires possible. La petite fille, Walpurga Malwinger, dite Burgerl, est douée pour la musique et le chant et le roi favorise sa formation musicale. L'enfant grandit et devient une ravissante jeune fille. Un jour le hasard veut que Richard Wagner l'entende chanter et tombe immédiatement sous le charme de sa voix merveilleuse...

Un conte initiatique qui devrait ravir les amis de Louis II et de Richard Wagner.

Pour lire un extrait et/ou commander le livre, cliquer ici : https://www.bod.fr/librairie/la-pupille-du-roi-louis-ii-de-baviere-hedwig-courths-mahler-9782322230464


Ein Königsmärchen / Un conte royal (2) — Le lied de la Wunderblume interprété par la vocaliste Jolanta Lada

Cet post fait suite de l'article Ein Königsmärchen / Un conte royal, le roman ludwigo-wagnérien de Marie de Wallersee-Larisch. (1). 

Voici le lied  Die Wunderblume (La fleur merveilleuse), la chanson que l'ange de la planète des cygnes avait promise comme viatique au jeune cygne royal, une chanson dont le roi Louis II a rêvé et qu'il entend interpréter par la princesse Sophie en Bavière dans le roman de Marie de Wallersee-Larisch..

Nous n'en connaissons pas la provenance et n'avons trouvé la partition que dans Ein Königsmärchen. Il se peut que le texte soit de la plume de Marie de Wallersee-Larisch et que la musique ait été composée par le ténor wagnérien Otto Bruchs, qu'elle venait d'épouser au moment de la rédaction de son roman, ou par un de leurs amis musiciens. Si une lectrice ou un lecteur en connaissent l'attribution précise, merci de nous le signaler.

Le lied Die Wunderblume et son interprétation


La vocaliste germano-polonaise Jolanta Lada-Zielke, qui est aussi journaliste et blogueuse, nous a fait le grand plaisir d'en étudier la partition et de l'interpréter. Jolanta Lada a étudié le chant en tant que mezzo soprano et chante actuellement dans un choeur comme seconde soprano. Son professeur de chant est actuellement le baryton basse Jacek Ozimkowski. La partition du lied rappelle les compositions de Schumann  ou de Reger (?) et convient bien à une voix de mezzo ou de contralto.

Pour écouter le lied interprété par Jolanta Lada, accompagnée par la pianiste Margarete Hars, cliquer sur le lienDieWunderblumeJolantaLada

Un tout grand merci à Mesdames Jolanta Lada et Margarte Hars !

*          *

*

Vient de paraître

La pupille du roi Louis II de Bavière

de Hedwig Courths-Mahler


ISBN : 9782322230464


C'est en 1911 que Hedwig Courths-Mahler publia son roman sentimental historique König Ludwig und sein Schützling (« La pupille du roi Louis II de Bavière ») sous le pseudonyme d'Hedwig Brand. 110 ans après sa publication ce roman wagnérien est enfin traduit en français.

La protégée du roi est l'enfant d'un couple de forestiers vivant au coeur d'une forêt proche du château de Hohenschwangau. Au hasard d'une rencontre, le roi se lie d'amitié avec la petite fille au point de vouloir lui assurer la meilleure des formations scolaires possible. La petite fille, Walpurga Malwinger, dite Burgerl, est douée pour la musique et le chant et le roi favorise sa formation musicale. L'enfant grandit et devient une ravissante jeune fille. Un jour le hasard veut que Richard Wagner l'entende chanter et tombe immédiatement sous le charme de sa voix merveilleuse...

Un conte initiatique qui devrait ravir les amis de Louis II et de Richard Wagner.


mardi 9 mars 2021

Portraits de l'impératrice Elisabeth dessinés à partir de photographies

 


Source : Wiener Salonblatt du 24 septembre 1898
Dessins réalisés à partir de photographies de l'atelier Adèle


La vérité sur la mort du roi Louis II de Bavière. Les racontars d'une certaine presse française.

Un article paru dans Le petit colon algérien du 29 juin 1886, qui reproduit l'article paru dans L'Événement. L'article n'est pas signé. Le journaliste répand des fake news. Ainsi prétend-il que le roi Louis II s'est rendu à la cour impériale de Saint-Pétersbourg. Mais voilà, Louis II n'a jamais mis les pieds en Russie, le seul pays qu'il ait jamais visité en dehors de l'Allemagne, c'est la France. L'article est intéressant parce que le journaliste répand la thèse de l'assassinat du roi Louis II, sur base du témoignage d'une petite fille qu'il prétend avoir rencontrée... 

Une correspondance de L'Événement donne les graves détails suivants 

Munich, le 20 juin 1886. 

       La première fois que j’ai vu Louis II de Bavière, c’était à la cour impériale de Saint-Pétersbourg. Il était venu faire une visite au tsar Alexandre II, dans l’intention. disait-on, d’épouser sa fille, la grande duchesse Maria Alexandrowna, actuellement duchesse d’Edimbourg. Le mariage ne se fit pas. La cour s’était effrayée des excentricités du jeune roi. Voici un exemple entre mille : L’empereur lui indiquait qu’en son honneur il donnerait une parade de la garde impériale à laquelle soixante mille hommes prendraient part. Louis II répondit : « Majesté, vous savez que je déteste les soldats ; si vous vouliez me faire un grand plaisir, ordonnez donc qu’on joue demain, au Théâtre Impérial, le Lohengrin de Wagner, j’aimerais beaucoup mieux cela que toutes les revues et manœuvres du monde. » Le lendemain, au Théâtre Impérial de Sainte-Marie on jouait effectivement le Lohengrin, mais du mariage il n’était plus question. 
    Je ne suis ni Français ni Allemand ; je n’ai donc pas plus de haine que de sympathie pour l’Allemagne. C’est dans cet esprit impartial que je vous communique tout ce que j’ai pu savoir sur la mort de Louis II d’après mes renseignements à la cour, auprès des personnages officiels, auprès des domestiques, et chez de simples paysans. Louis II était très aimé de son peuple et surtout des montagnards bavarois ; on lui pardonnait ses excentricités, on n’y faisait pas même attention ; tous sans exception nient sa folie. On dit que les derniers événements ne sont que les effets de la politique de M. de Bismarck dont on connaît la devise : « Deutschland über alles. » C’est toujours la même histoire : la force prime le droit.
       J’allais oublier que je ne veux vous communiquer que des faits sur la mort de l’infortuné roi. J’ai vu le docteur Schleiss, médecin du roi, et je l’ai interrogé sur ses déclarations voici ce qu’il m’a répondu : 
    « L’autopsie n’a rien prouvé du tout. Tout noyé ou asphyxié a dans le cerveau des signes de perturbation que l’on peut prendre, si l’on veut, pour des signes d aliénation mentale Le feu roi était excentrique, exalté si vous le voulez, mais il n’était pas fou. En ce qui concerne ses prétendues passions honteuses, les exemples de troubles dans le cervelet qui ont été constatés sont plus fréquents qu’on le pourrait croire. Même dans l’histoire, on n’a jamais dit que Charles XII de Suède était fou et c’était aussi un Roi Vierge, un roi qui n’a jamais de sa vie touché une femme. Si je me suis contredit moi-même, je ne 1'ai fait que pour ma patrie, l'Allemagne : Deutschland über alles. Puisque vous êtes étranger, je vous parlerai franchement. » 
   La mort de Louis II était nécessaire au salut de l’Allemagne ; le roi idéal est mort suivant un programme officiel arrêté depuis longtemps. De Munich, je me suis rendu à Schloss-Berg, au bord du Starnberger See, et j’ai examiné la place où le corps du roi et celui de son médecin, M. de Gudden, ont été retrouvés. 
      J’ai interrogé le serviteur le plus fidèle du roi Louis II, le vieux domestique Karl Maes ; voici le récit qu’il m’a fait de la triste fin de son maître et qu’aucun journal allemand n’a eu le courage de publier :        " Quand on a découvert les deux cadavres on a remarqué des empreintes de pas près du rivage, preuve d’une lutte acharnée Le pardessus, la redingote et le veston du roi, son parapluie et son chapeau retrouvés sur le bord du lac ont changé les suppositions en certitude Les nombreuses empreintes de pas étaient de dimensions très diverses. Personne n’a parlé de cela ; mais pourquoi !... "
    Ayant appris, en outre, qu'une petite fille de six ans avait été témoin du drame, je suis allé la voir ; c’est la fille d’un fermier aisé qui habite aux abords du lac. Voici ce qu’elle m’a raconté : 
   « Ce jour- là, je promenais près du lac, j’ai vu deux hommes s’approcher du bord en causant tranquillement ; l’un d eux était de très haute taille. Tout à coup, ajouta-t-elle, j’ai vu bondir d’un taillis une troupe d’hommes qui se sont jetés sur les deux promeneurs. Une lutte très vive s'engagea et, bientôt l’un d’eux fut jeté à l’eau. Effrayée, je me suis enfuie."
     Le soir, vers sept heures, on trouvait les cadavres du roi Louis de Bavière et de son médecin, noyés dans un mètre d’eau. Tout ceci donne à réfléchir ; dans toute la Bavière et même en Allemagne on commence à s’émouvoir ! Il est naturel que les journaux allemands restent muets. La main d’acier du chancelier de fer a trop bien pris ses mesures ; mais il ne peut empêcher qu’en Angleterre et en Amérique on commente la mort du roi de Bavière, qui fut peut-être exalté et extravagant, mais qui valait peut être mieux encore que beaucoup de ses semblables. Il n’a eu qu’un tort, celui de n’avoir jamais voulu plier sous la main despotique du prince de Bismarck. 
    Je termine. On sait que le roi Louis II détestait l’uniforme militaire. La dernière fois qu’il endossa, c’était en 1870,obligé qu'il était par l’étiquette et les événements. Depuis ce temps là, il s’est toujours habillé en civil ; malgré cela, il vient d être enterré dans l’uniforme qu’il a abhorré toute sa vie.


Sur les rapports entre Louis II et la Prusse et la main mise bismarckienne sur la Bavière, voir les textes que nous avons recueillis dans notre livre Louis II de Bavière. Le Cygne des Wittelsbach, BoD, 2019(ISBN 9782322102006).


dimanche 7 mars 2021

Portrait de la baronne Helene Vetsera-Baltazzi

 

Portrait de la baronne Vecsera-Baltazzi (1847-1925, mère de Mary Vetsera) dans le Wiener Salonblatt  le 3 mai 1874. Notons l'orthographe Vecsera de ce nom de famille dont on trouve plusieurs orthographes dans la presse de l'époque, Vetsera et Vecsera étant les plus fréquents, me semble-t-il. Le portrait se voit accompagné d'un court commentaire de présentation de la baronne.

Le commentaire

La baronne Vecsera-Baltazzi. Aujourd'hui, nous avons le plaisir d'enrichir notre galerie avec l'image d'une dame qui joue un rôle exceptionnel, voire brillant, dans les cercles de la Résidence. C'est un portrait de la baronne Vecsera-Baltazzi.
Élevée en Angleterre, cette dame a eu l'occasion, grâce au caractère profond de la pensée anglaise, d'acquérir ce sens de la vie en société qui distingue si bien les Anglais. C'est ce qui a conduit la baronne à s'intéresser si vivement à la vie sociale de la Résidence : elle n'est absente d'aucune fête de la bonne société. Excellente cavalière, elle est une turfiste passionnée.

[DE] Baronin Vecsera-Baltazzi. Wir befinden uns heute in der erfreulichen Lage unsere Galerie mit dem Bilde einer Dame zu bereichern, welche in den Kreisen der Residenz eine hervorragende, ja geradezu glänzende Rolle spielt. Es ist das Bild der Frau Baronin Vecsera-Baltazzi.
In England erzogen, hatte diese Dame Gelegenheit sich mit der Gedankentiefe des englischen Volkes auch jenen Sinn für das öffentliche Leben anzueignen, welcher die Engländer in so hohem Grade auszeichnet. Diesem Sinne ist es zu danken, daß die Frau Baronin in so hohem Grade für das öffentliche Leben der Residenz sich interessirt, daß sie bei keinem Feste der Gesellschaft fehlt und daß Sie, selbst eine treffliche Reiterin, auch den Vorgängen auf dem Turf ihre Theilnahme zuwendet.

Rodolphe. Les textes de Mayerling.

Les diverses versions du drame de Mayerling sont présentées dans le recueil  Rodolphe. Les textes de Mayerling (BoD, 2020).

Voici le texte de présentation du recueil  (quatrième de couverture):

   Suicide, meurtre ou complot ? Depuis plus de 130 années, le drame de Mayerling fascine et enflamme les imaginations, et a fait couler beaucoup d'encre. C'est un peu de cette encre que nous avons orpaillée ici dans les fleuves de la mémoire : des textes pour la plupart oubliés qui présentent différentes interprétations d'une tragédie sur laquelle, malgré les annonces répétées d'une vérité historique définitive, continue de planer le doute.
   Comment s'est constituée la légende de Mayerling? Les points de vue et les arguments s'affrontent dans ces récits qui relèvent de différents genres littéraires : souvenirs de princesses appartenant au premier cercle impérial, dialogue politique, roman historique, roman d'espionnage, articles de presse, tous ces textes ont contribué à la constitution d'une des grandes énigmes de l'histoire.

Le recueil réunit des récits publiés entre 1889 et 1932 sur le drame de Mayerling, dont voici les dates et les auteurs :

1889 Les articles du Figaro
1899 Princesse Odescalchi
1900 Arthur Savaète
1902 Adolphe Aderer
1905 Henri de Weindel
1910 Jean de Bonnefon
1916 Augustin Marguillier
1917 Henry Ferrare
1921 Princesse Louise de Belgique
1922 Dr Augustin Cabanès
1930 Gabriel Bernard
1932 Princesse Nora Fugger

Le dernier récit, celui de la princesse Fugger, amie de la soeur de Mary Vetsera, est pour la première fois publié en traduction française. Il n'était jusqu'ici accessible qu'en allemand et en traduction anglaise.

Luc-Henri Roger, Rodolphe. Les textes de Mayerling, BoD, 2020. En version papier ou ebook.

Commande en ligne chez l'éditeur, sur des sites comme la Fnac, le Furet du nord, Decitre, Amazon, etc. ou via votre libraire (ISBN 978-2-322-24137-8)

samedi 6 mars 2021

Dans la forêt de Mayerling, un article de la Revue des Deux Mondes (1934)

 

Crédit photo : Henryk Żychowski

Un article de Marie-Edith de Bonneuil dans la Revue des Deux Mondes du 1er février 1934

UN TRAGIQUE ANNIVERSAIRE

DANS LA FORÊT DE MAYERLING

    Dimanche. La route est ronflante d'autos, de cycles-cars, et de motocyclettes. Le long des Gasthaus, des voitures de luxe et leur chargement d’élégance s’alignent. Pétaradant à pleins gaz, des motocyclettes filent enfourchées par des belles filles en cheveux, accrochées à la taille d’un ouvrier ou d’un petit employé à manteau de cuir et lunette. Çà et là se range au bord d’un fossé un montagnard tyrolien, son feutre vert hérissé d'un inénarrable blaireau à l’arrière. Un havresac dans le dos, l’homme a les bras chargés de bruyère et de clairs genêts embaumés. C’est la ruée vers le Palais des Fées exilées, vers le Wienerwald, la forêt enchantée à quarante kilomètres de Vienne. 
    Sur les allées solitaires et profondes de la forêt, flotte, comme une buée d’or et de sang, le manteau de l’automne. Innombrables, les collines aux frondaisons épaisses s’arrondissent de chaque côté de la vallée, bruissantes de tant de ramures. Aux promeneurs, c’est une escorte royale, d’une richesse inouïe. Seul l’air demeure immobile avec ses coins de ciel bleu. 
    Subitement la coulée magnifique s’élargit: voici Mayerling avec ses pentes douces, vertes et boisées, où sont blotties des maisonnettes de bois. Mayerling! L’ancien pavillon de chasse du Prince impérial! Ce mot tombe sur la vallée heureuse, sur les feuilles légères où flottent de l’or, des rubis, des émeraudes, sourdement comme un glas. Car voilà exactement quarante- quatre ans, se déroulait ici une tragédie effroyable.

LA FIANCÉE DE LA MORT

    Dans cette vallée deux fantômes se pressent et apparaissent obsédants, tragiques : celui du Prince impérial Rodolphe d’Autriche et de Hongrie, et de Marie Vetsera, la « Fiancée de la mort ». Lui : l’héritier du plus puissant empire de la chrétienté, chevaleresque, jeune, beau, l’espoir des dix États de la double monarchie. Elle : dix-sept ans à peine, noble, riche, la plus ravissante jeune fille de l’Autriche. Ce furent deux amants aux atroces destinées. 
    Parmi tous les échappés dominicaux, ces touristes ivres de vitesse routière, ces paisibles promeneurs mangeant du saucisson écrasé sur du pain beurré, la poitrine ornée d’une fleur, le chapeau d’une plume, joyeux dans l’oubli et la détente du travail de la semaine, qui donc se souvient encore du drame qui se déroula ici, le 29 janvier 1889? Cette tragédie qui changea par ses complications non seulement la politique intérieure de quarante millions d’Austro-Hongrois suspendus à la vie d’un seul homme, mais aussi l’avenir de l’Europe, peut- être suis-je la seule, moi l’étrangère, à m’en souvenir. Et mon second pèlerinage à Mayerling en quatre ans, sera plus taciturne que le premier. Aujourd’hui je monterai à Heiligenkreuz, au petit cimetière de campagne où repose seule, oubliée, Marie Vetsera, éternellement bercée par la plainte du vent dans la forêt. 
    Mais auparavant, grimpons la pente où se serrent les humbles maisonnettes, autour d’une église au clocher pointu. En haut s’élève le pavillon de chasse où se passa la tragédie du double meurtre, ou du suicide de Rodolphe et de Marie. Nul n’a percé encore le mystère qui entoure le dernier souffle de ces êtres tristes et passionnés. " Brakfisch [sic pour Bratfisch]] et Loschek sont morts, sans livrer le secret de la nuit sanglante. Le comte de Hoyos vit encore, mais ne parlera jamais. C’est seulement en 1950 que, selon les formelles volontés de l’empereur François- Joseph, les archives impériales livreront leur mystère à la curiosité publique. " Mon chauffeur prononce ces paroles à voix basse à mes côtés. C’est un jeune Autrichien, autrefois banquier, désormais réduit à piloter, dans sa limousine devenue taxi, des touristes étrangers aux environs de Vienne. 
    Brakfisch était l’homme de confiance, le cocher particulier de Rodolphe. Quant à Loschek, c’était le valet de chambre privé du Prince impérial. Ce fut lui qui, à Mayerling, entendit le premier le coup d’une détonation derrière la porte où étaient enfermés, pour leur unique nuit d’amour, leur nuit de mort, Rodolphe et Marie échappés de Vienne, pour la première fois, à la faveur d’une partie de chasse. Ce fut Loschek qui le premier enfonça la porte, avec le comte de Hoyos. 
    Sur un lit jonché de roses, ils trouvèrent Marie Vetsera, à moitié nue, étendue morte. A un de ses doigts était passé l’anneau de fer que lui avait donné Rodolphe; on y lut: 13 janvier 1889 : « In Liebe vereint bis im dem Tode ». Unis par l’amour jusque dans la mort. En travers du lit, sur le corps de Marie, Rodolphe gisait la tête fracassée. 
    Crime commis par le frère de Marie Vetsera prévenu de la fugue de Marie et accouru pour venger l’honneur de sa sœur ?... Suicide de deux amants dévorés d’amour et de désespoir, n’entrevoyant qu’une issue fatale pour les libérer ?... Geste désespéré de Rodolphe à qui son père l’empereur François venait d’intimer l’ordre d’une rupture avec Marie ?... Qui le saura jamais avant l’année des révélations? Les murs plus que les êtres restent muets. 
    Aujourd’hui, la grande salle de chasse qui servait de salon et de salle à manger à la fois, est une chapelle expiatoire. La piété de l’impératrice Élisabeth d’Autriche, mère de Rodolphe, la fit ainsi transformer. A gauche, dans la petite chambre funèbre où l’on retrouva sur le lit les deux amants ensanglantés, au milieu des dentelles, du linge de nuit et des petites mules de Marie ornées de cygne, il n’est plus qu’un prie-dieu de velours broché jaune, et lourdement doré. Là, depuis la tragédie, venait continuellement prier et méditer l’Impératrice errante, « celle qui avait pour famille les Atrides, et dont le destin devait être plus tard sur le lac Léman celui de Clytemnestre ».

HEILIGENKREUZ 

    Regardez... Écoutez. La route monte encore à l’assaut plus haut, enlaçant de gras pâturages. Puis voici qu’on s’enfonce dans une seconde vallée, vers la montagne d’Heiligenkreuz où se trouve l’abbaye des Cisterciens. Notre auto s’arrête. A dix minutes de la voie, au bout d’une allée qu’embaume l’haleine des tilleuls, voici un petit cimetière. C’est l’heure crépusculaire de l’automne, entre cinq et six. Une buée tiède tombe sur la vallée et lui compose un arrière-plan de rêve. Comme une hostie d’or posée sur le sommet de la colline, le soleil ne rompt ni la solitude ni le silence des choses, en les caressant de ses rayons mourants. 
    Adossé au mur où sont encastrées les dernières tombes des moines cisterciens, le fossoyeur enfonce ses fortes dents dans la pulpe d’une pomme et s’appuie sur sa pelle. « Grüss Gott, me dit-il avec la charmante inflexion de voix autrichienne. — Bitte schön. Grabmal Mary Vetsera ?... (la tombe de Marie Vetsera ?) — Linke (à gauche). — Danke schön. » 
    Au milieu des pentes gazonnées où sont fichées, sans nom ni date, des croix de pierre (tombes des premiers moines), voici un Christ grandeur nature, sur une croix de bois. Il étend, comme une prière muette, ses bras meurtris sur un bouquet de jeunes et de verts sapins. Et tout de suite, à gauche, une grande croix de pierre domine une large dalle. Elle est entourée de lierre, protégée par une grille au-dessus de laquelle une lourde rose blanche balance son parfum, et laisse une à une tomber ses pétales comme des larmes. 
    C’est la tombe de Marie Vetsera. 
  Ainsi que Rodolphe, en écrivant à ses parents une lettre d’adieu, Marie avait demandé d’être enterrée dans le petit cimetière d’Alland, à Mayerling. Cruelle et inflexible, la Hofburg s’y opposa. On refusa à la mère de Marie non seulement de revoir son enfant morte, mais aussi d’assister à son ensevelissement. On défendit même au comte Stockau, l’oncle de Marie, d’apporter un linceul à Mayerling.

SINGULIÈRES OBSÈQUES 

    Accompagnés du préfet de police, les deux oncles de Marie, les comtes Stockau et Baltazzi, se rendirent au pavillon de chasse où ils durent habiller le cadavre rigide et dévêtu de Marie avec la toilette qu’elle portait à son arrivée à Mayerling. 
    Ainsi, coiffée, chapeautée, entre les deux vieillards, Marie, un rictus aux lèvres, ses larges yeux bleus ouverts, descendit l’escalier de Mayerling, dans la nuit. Comme si elle vivait encore, ses oncles l’avaient prise chacun sous un bras. A la lueur d’un fanal, on la conduisit jusqu’à la voiture où le fidèle Brakfisch l’attendait à nouveau. Après avoir reconduit à Vienne un cadavre royal, il allait emporter au loin, dans la montagne, le corps oublié et maudit d’une enfant romanesque. Son crime? Elle avait éprouvé un amour pur et sans bornes, pour l’héritier d’un trône impérial. 
   Dans le landau, on attacha le corps de Marie par le cou et la taille à un bâton noueux de montagnard. Ne fallait-il pas lui donner jusqu’au bout l’apparence de la vie? « C’était fin janvier, il y avait du verglas, du brouillard et des ornières, me raconte mon chauffeur ; le cadavre oscillait à tous les cahots. » 
    Par ce même sentier raide et rocailleux que nous prenons, la lugubre procession recommença son douloureux calvaire. A minuit on frappa à la porte de la petite maison des Morts, au monastère d’Heiligenkreuz. Enfin l’on enveloppa Marie dans un linceul, on la mit dans un cercueil hâtivement fait par les moines menuisiers. Toute la nuit il fallut travailler à creuser la fosse. Les oncles eux-mêmes durent aider. Et seuls, devant la maison humide et froide, comme deux moines en cagoule veillant à côté du corps torturé d’une enfant, deux cyprès noirs se dressaient. 
    Ce fut bien longtemps après la tragédie de Mayerling que la baronne Vetsera reçut l’autorisation de ramener le corps de son enfant à Vienne. Mais Marie était désormais loin des tempêtes et des passions. A quoi bon troubler son repos profond? Sa mère refusa de changer sa sépulture et fit bâtir une chapelle à la mémoire de son enfant dans le cimetière. 

    Ce soir, l’angélus tinte au clocher dont le bulbe rouge se gonfle dans le ciel bleu. Et jamais, en descendant la colline, je n’ai senti dans lame pareille mélancolie et apaisement. 
    La cruauté des hommes a pu séparer les amants dont l’un repose sous une lourde chape de bronze, au milieu de tant de grandeurs humaines, dans la crypte froide des Capucins à Vienne, mais ici, leurs fantômes flottent passionnément unis dans le souvenir. Ne chuchotent-ils pas en nous frôlant leur mystérieuse plainte?...

Marie-Edith de Bonneuil.


Rodolphe. Les textes de Mayerling.

Les diverses versions du drame de Mayerling sont présentées dans le recueil  Rodolphe. Les textes de Mayerling (BoD, 2020).

Voici le texte de présentation du recueil  (quatrième de couverture):

   Suicide, meurtre ou complot ? Depuis plus de 130 années, le drame de Mayerling fascine et enflamme les imaginations, et a fait couler beaucoup d'encre. C'est un peu de cette encre que nous avons orpaillée ici dans les fleuves de la mémoire : des textes pour la plupart oubliés qui présentent différentes interprétations d'une tragédie sur laquelle, malgré les annonces répétées d'une vérité historique définitive, continue de planer le doute.
   Comment s'est constituée la légende de Mayerling? Les points de vue et les arguments s'affrontent dans ces récits qui relèvent de différents genres littéraires : souvenirs de princesses appartenant au premier cercle impérial, dialogue politique, roman historique, roman d'espionnage, articles de presse, tous ces textes ont contribué à la constitution d'une des grandes énigmes de l'histoire.

Le recueil réunit des récits publiés entre 1889 et 1932 sur le drame de Mayerling, dont voici les dates et les auteurs :

1889 Les articles du Figaro
1899 Princesse Odescalchi
1900 Arthur Savaète
1902 Adolphe Aderer
1905 Henri de Weindel
1910 Jean de Bonnefon
1916 Augustin Marguillier
1917 Henry Ferrare
1921 Princesse Louise de Belgique
1922 Dr Augustin Cabanès
1930 Gabriel Bernard
1932 Princesse Nora Fugger

Le dernier récit, celui de la princesse Fugger, amie de la soeur de Mary Vetsera, est pour la première fois publié en traduction française. Il n'était jusqu'ici accessible qu'en allemand et en traduction anglaise.

Luc-Henri Roger, Rodolphe. Les textes de Mayerling, BoD, 2020. En version papier ou ebook.

Commande en ligne chez l'éditeur, sur des sites comme la Fnac, le Furet du nord, Decitre, Amazon, etc. ou via votre libraire (ISBN 978-2-322-24137-8)

Mit der Kamera über den Bozner Markt — 22 Fotos

  © Marco Pohle