lundi 5 octobre 2020

Territet-Montreux. — Le monument à l’Impératrice d’Autriche

(Phot. Bernier) 

    Le 20 mai 1902 fut inauguré à Territet-Montreux le monument que le Comité de souscription, présidé par M. Ami Chessex, a fait élever, par le sculpteur Chiattone (de Lugano) à la mémoire de l’impératrice Elisabeth d’Autriche, frappée à Genève par le poignard du fanatique Luccheni. Le monument est tout en marbre. Il a été élevé sur la place des Roses, à Territet, sur le bord du Léman, auquel il fait face. Il est entouré par le splendide décor de cette région privilégiée de la Suisse, au pied des cimes neigeuses, près des flots azurés, où la malheureuse souveraine vint si souvent adoucir sa mélancolie. L’auguste figure a été rendue de façon saisissante par le sculpteur Chiattone, et le maître a su lui donner une expression rêveuse et attristée qui rend encore plus vives la poésie et l’exactitude de son œuvre. 
    Source du texte et de la photo : Le Monde illustré (1902) via BnF (Gallica)

    Et aujourd'hui :

© Traumrune / Wikimedia Commons / CC BY 3.0
Une photo prise en 2012 par Traumrune

Invitation à la lecture
    
J'invite les lectrices et lecteurs que l'histoire des Habsbourg et des Wittelsbach passionne à découvrir les textes peu connus consacrés à mon ami le prince héritier Rodolphe réunis dans Rodolphe. Les textes de Mayerling (BoD, 2020).

Voici le texte de présentation du recueil  (quatrième de couverture):

   Suicide, meurtre ou complot ? Depuis plus de 130 années, le drame de Mayerling fascine et enflamme les imaginations, et a fait couler beaucoup d'encre. C'est un peu de cette encre que nous avons orpaillée ici dans les fleuves de la mémoire : des textes pour la plupart oubliés qui présentent différentes interprétations d'une tragédie sur laquelle, malgré les annonces répétées d'une vérité historique définitive, continue de planer le doute.
   Comment s'est constituée la légende de Mayerling? Les points de vue et les arguments s'affrontent dans ces récits qui relèvent de différents genres littéraires : souvenirs de princesses appartenant au premier cercle impérial, dialogue politique, roman historique, roman d'espionnage, articles de presse, tous ces textes ont contribué à la constitution d'une des grandes énigmes de l'histoire.

Le recueil réunit des récits publiés entre 1889 et 1932 sur le drame de Mayerling, dont voici les dates et les auteurs :

1889 Les articles du Figaro
1899 Princesse Odescalchi
1900 Arthur Savaète
1902 Adolphe Aderer
1905 Henri de Weindel
1910 Jean de Bonnefon
1916 Augustin Marguillier
1917 Henry Ferrare
1921 Princesse Louise de Belgique
1922 Dr Augustin Cabanès
1930 Gabriel Bernard
1932 Princesse Nora Fugger

Le dernier récit, celui de la princesse Fugger, amie de la soeur de Mary Vetsera, est pour la première fois publié en traduction française. Il n'était jusqu'ici accessible qu'en allemand et en traduction anglaise.

Luc-Henri Roger, Rodolphe. Les textes de Mayerling, BoD, 2020. En version papier ou ebook (ebook en promotion de lancement).

Commande en ligne chez l'éditeur, sur des sites comme la Fnac, le Furet du nord, Decitre, Amazon, etc. ou via votre libraire (ISBN 978-2-322-24137-8)


Sissy, une opérette de Fritz Kreisler (1932 - Theater an der Wien)


    Sissy est une gracieuse opérette en deux actes et quatre tableaux du violoniste Fritz Kreisler qui rencontra un grand succès dès sa création viennoise au Theater an der Wien en décembre 1932 et tint l'affiche pendant plusieurs mois. L'action se déroule au château de Possenhofen sur le lac de Starnberg et ensuite à Ischl en Autriche du au 17 août 1853. Le livret qui se base sur la pièce Sissys Brautfahrt d'Ernst Décsey et Gustav Holm  est dû aux frères Ernst et Hubert Marischka.  

Voici comment Comoedia l'évoquait en en donnant l'argument en février 1933 :

    [...] Sissy. Ce nom charmant est celui que donnait familièrement à la future Impératrice Elisabeth d'Autriche son entourage familial chez son père le duc Max de Bavière. La duchesse, — sœur de la mère de François-Joseph (cette altière archiduchesse Sophie que le Burgtheater nous a rendue sous les traits de Mme Wohlgemuth, et que l'émule de celle-ci en beauté tragique, Mme Erika Wagner, vient en représentations incarner à an der Wien). — rêve pour sa fille aînée, la princesse Hélène, la couronne impériale, entrée déjà une première fois à sa génération dans la maison de Wittetsbach. Mais les projets des deux sœurs se heurtent aux jeux de l'amour et du hasard ; Hélène est éprise et aimée du charmant prince de Thurn et Taxis et n'a aucune envie d'épouser par raison d'Etat son cousin François-Joseph.
   Pour la tirer de ce mauvais pas, sa jeune sœur, Sissy, mobilise le duc Max, d'ordinaire plus heureux avec ses chansons de poète montagnard que dans l'atmosphère guindée de la cour et, involontairement, charme elle-même le jeune souverain dont le « coup de foudre », tout indiqué pour une fin d'acte d'opérette, fut, un fait historique.
    Le duc Max est, cette lois, Hubert Marischka qui, directeur fastueux, signe en outre avec son frère Ernst le livret, tiré d'une comédie de Decsey et Holm. Pour la première fois, il a abandonné l'emploi du jeune premier pour celui' des pères nobles. Après ses modestes atours paysans, qui amènent tous les quiproquos souhaités pour la partie comique de l'ouvrage, il n'en rayonne que mieux dans son éblouissant uniforme de cuirassier bleu. pour l'apothéose finale des fiançailles de ses deux filles, l'une avec l'Empereur, en uniforme blanc.
    Sissy est interprétée par Paula Wessely, venue tout exprès de la troupe de Max Reinhardt et sommairement initiée à l'art du chant pour donner à cette figure poétique tout le charme croyable, une spontanéité primesautière.
    Sa sœur blonde est une aimable débutante, Marie Tauber, qui roucoule avec talent ses duos d'amour avec Otto Marau, tandis que les rôles gais sont confiés aux mains et aux jambes expertes d'Irène Zilahy.
    Fritz Imhoff et Egger. La partition de Sissy n'est pas due à d'un des fournisseurs habituels du genre classique de l'opérette viennoise. C'est le grand violoniste Kreisler qui, reprenant la plupart de ses mélodies ou adaptations célèbres, a voulu faire ses débuts à la scène.

    Plusieurs arias sont restées célèbres :

Ein stilles Glück, ein bisserl Musik

Ich wär’ so gern einmal verliebt

Ja, wer sagt denn das (cliquez sur les liens pour écouter les airs sur youtube.)

           Nimm von der Welt, was dir gefällt 

     On peut aussi en écouter un potpourri interprété par Paula Wessely et Hans Jaray. (notre photo). Et 15 minutes d'extraits de l'opérette sont aussi réunis dans cet autre potpourri, avec d'autres interprètes.


Invitation à la lecture
    
J'invite les lectrices et lecteurs que l'histoire des Habsbourg et des Wittelsbach passionne à découvrir les textes peu connus consacrés à mon ami le prince héritier Rodolphe réunis dans Rodolphe. Les textes de Mayerling (BoD, 2020).

Voici le texte de présentation du recueil  (quatrième de couverture):

   Suicide, meurtre ou complot ? Depuis plus de 130 années, le drame de Mayerling fascine et enflamme les imaginations, et a fait couler beaucoup d'encre. C'est un peu de cette encre que nous avons orpaillée ici dans les fleuves de la mémoire : des textes pour la plupart oubliés qui présentent différentes interprétations d'une tragédie sur laquelle, malgré les annonces répétées d'une vérité historique définitive, continue de planer le doute.
   Comment s'est constituée la légende de Mayerling? Les points de vue et les arguments s'affrontent dans ces récits qui relèvent de différents genres littéraires : souvenirs de princesses appartenant au premier cercle impérial, dialogue politique, roman historique, roman d'espionnage, articles de presse, tous ces textes ont contribué à la constitution d'une des grandes énigmes de l'histoire.

Le recueil réunit des récits publiés entre 1889 et 1932 sur le drame de Mayerling, dont voici les dates et les auteurs :

1889 Les articles du Figaro
1899 Princesse Odescalchi
1900 Arthur Savaète
1902 Adolphe Aderer
1905 Henri de Weindel
1910 Jean de Bonnefon
1916 Augustin Marguillier
1917 Henry Ferrare
1921 Princesse Louise de Belgique
1922 Dr Augustin Cabanès
1930 Gabriel Bernard
1932 Princesse Nora Fugger

Le dernier récit, celui de la princesse Fugger, amie de la soeur de Mary Vetsera, est pour la première fois publié en traduction française. Il n'était jusqu'ici accessible qu'en allemand et en traduction anglaise.

Luc-Henri Roger, Rodolphe. Les textes de Mayerling, BoD, 2020. En version papier ou ebook (ebook en promotion de lancement).

Commande en ligne chez l'éditeur, sur des sites comme la Fnac, le Furet du nord, Decitre, Amazon, etc. ou via votre libraire (ISBN 978-2-322-24137-8)



dimanche 4 octobre 2020

L'impératrice Elisabeth au regard d'Henry Bordeaux

  
  
Il y eut de tout temps de ces belles créatures insatisfaites qui ne sont bien nulle part et s’ennuient partout. Mais leur agitation s’explique par le bonheur perdu ou par l’excès du malheur. La plus célèbre fut, à la fin du siècle dernier, cette Elisabeth d’Autriche que Gabriele d’Annunzio appelle l'Impératrice errante et Maurice Barrés l'lmpératrice de la solitude. Elle avait connu, adolescente, la félicité suprême : la beauté, l’amour et la royauté. Puis elle avait été accablée par les trahisons de l’empereur et par le tragique suicide de son fils, l’archiduc Rodolphe, à Mayerling. Alors avait commencé pour elle cette fuite constante devant ses souvenirs et devant elle-même. Croisières sur l’Adriatique, à bord du yacht Miramar dont les tentes disposées avec art ne laissaient voir que la mer ; grèves de Corfou et bois d’oliviers où elle aimait à voir danser les jeunes filles grecques ; terrasse d’Hermès, temple isolé où montait le parfum des prairies ; courses, l’hiver, en traîneaux dans les pays de neige ; galops à cheval dans la puszta hongroise ; elle demandait en vain à la nature de combler son cœur vide. « Nous n’avons pas le temps d’aller jusqu’à nous, disait-elle, désabusée, tout occupés que nous sommes à des choses étrangères. Nous n’avons pas le temps de regarder le ciel qui attend nos regards. J’ai vu une fois à Tâlz une paysanne en train de distribuer la soupe aux valets. Elle n’arriva pas à remplir sa propre assiette ». Elle qui eut le temps n’arrivait pas à se connaître elle-même. Aucune plainte ne sort de sa bouche et pourtant « elle ajoute au gémissement humain, écrit Barrés, ce qu’une impératrice adulée peut ajouter d’accent blasé. ». Est-elle résignée ? Est-elle pacifiée ? « Quand on ne peut être heureux à sa guise, a-t-elle confié encore à son confident, il ne reste qu’à aimer sa souffrance. Cela seul donne le repos et le repos, c’est la beauté de ce monde ».

in Henry Bordeaux, Le premier amour de Louis XIV, un feuilleton publié dans La Revue des deux mondes en 1943.

Invitation à la lecture
    
J'invite les lectrices et lecteurs que l'histoire des Habsbourg et des Wittelsbach passionne à découvrir les textes peu connus consacrés à mon ami le prince héritier Rodolphe réunis dans Rodolphe. Les textes de Mayerling (BoD, 2020).

Voici le texte de présentation du recueil  (quatrième de couverture):

   Suicide, meurtre ou complot ? Depuis plus de 130 années, le drame de Mayerling fascine et enflamme les imaginations, et a fait couler beaucoup d'encre. C'est un peu de cette encre que nous avons orpaillée ici dans les fleuves de la mémoire : des textes pour la plupart oubliés qui présentent différentes interprétations d'une tragédie sur laquelle, malgré les annonces répétées d'une vérité historique définitive, continue de planer le doute.
   Comment s'est constituée la légende de Mayerling? Les points de vue et les arguments s'affrontent dans ces récits qui relèvent de différents genres littéraires : souvenirs de princesses appartenant au premier cercle impérial, dialogue politique, roman historique, roman d'espionnage, articles de presse, tous ces textes ont contribué à la constitution d'une des grandes énigmes de l'histoire.

Le recueil réunit des récits publiés entre 1889 et 1932 sur le drame de Mayerling, dont voici les dates et les auteurs :

1889 Les articles du Figaro
1899 Princesse Odescalchi
1900 Arthur Savaète
1902 Adolphe Aderer
1905 Henri de Weindel
1910 Jean de Bonnefon
1916 Augustin Marguillier
1917 Henry Ferrare
1921 Princesse Louise de Belgique
1922 Dr Augustin Cabanès
1930 Gabriel Bernard
1932 Princesse Nora Fugger

Le dernier récit, celui de la princesse Fugger, amie de la soeur de Mary Vetsera, est pour la première fois publié en traduction française. Il n'était jusqu'ici accessible qu'en allemand et en traduction anglaise.

Luc-Henri Roger, Rodolphe. Les textes de Mayerling, BoD, 2020. En version papier ou ebook (ebook en promotion de lancement).

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samedi 3 octobre 2020

Citations parisiennes de 1891 à propos du Lohengrin (1)

En septembre 1891, l'Opéra de Paris montait Lohengrin. Voici quelques citations (vraies ou fausses ?) publiées  dans l'hebdomadaire Beautés de Paris. Je les retranscris en feuilleton, comme les oeufs (pourris), par douzaine, de manière à laisser à l'aimable lecteur/trice le temps de les savourer et aux spécialistes celui de démêler le vrai du faux. Mais sans doute le chroniqueur du magazine s'est-il livré à un exercice du type de la tirade du nez de Cyrano...

Première douzaine

Je soigne tout, excepté les maladies wagnériennes. 
    Dr Fournier. 

Ah ! oui, Vagner (Léon), l’éditeur de la musique décadente. En voilà un que j’attends au centième mille.     Emile Zola. 

L’eau est un élément fluide qui, dans certaines conditions atmosphériques, se globalise eu perles qu’on a appelées l’eau en grains... 
    Janssen 

Ce qui donne aussitôt lieu à une grêle...d’applaudissements. 
     Catulle Mendès. 

Ou éclate en vapeurs nauséabondes
     Rimmel.

J’exige de la tenue avant tout. Par exception, pendant toute la série des représentations Wagner, il sera défendu de pénétrer à l’Opéra en sifflet. 
    Pedro Gailhard.

Voulez-vous que je vous dise ? C’est tout simplement le chant du cygne de la vraie musique. 
    Gounod. 
 
Voilà le génie installé sur le pinacle de l’Opéra, soit ; mais c’est moi qui garderai l'esprit d’escalier.           Ch. Garnier. 

Tâche seulement qu’on ne t’en crève pas les tympans ! 
    Gavroche.

Un peu moins de hautbois et un peu plus de petites flûtes, et tout serait parfait
    Forain. 

Comment! On se plaint qu’il n’y ait pas de balai dans Lohengrin! Eh bien, et nous ? 
    Chœur de sergots. [policier ou soldat portant le grade de sergent]

V’là le commerce qui r’prend ! 
    Léon.

'Le drame de Meyerling' d'Arthur Savaète. Une critique d'Edouard Drumont

Parmi les textes recueillis et qui viennent d'être publiés dans Rodolphe. Les textes de Mayerling. (Bod, 2020) figure le dialogue politique qu'Arthur Savaète avait d'abord publié dans la Revue du Monde catholique avant de l'éditer sous forme de livre dans le premier tome de ses Soirées franco-russes. Lors de sa parution, Edouard Drumont en avait livré un compte-rendu dans la La Libre Parole du 18 octobre 1900 intitulé Énigmes tragiques. Si l'article de Drumont rend fort bien compte du livre de Savaète, il est, comme c'est partout le cas dans la prose de Drumont, déparé par la haine antisémite de son auteur

ENIGMES TRAGIQUES 

    La mort violente du successeur des Sultans de Constantinople semble avoir éveillé chez quelques-uns de nos confrères le souvenir du drame, tout aussi lugubre mais plus mystérieux encore, dans lequel périt 1’héritier du trône des Habsbourg, l’archiduc Rodolphe. 
    Pendant longtemps, le silence le plus absolu avait été fait sur cette poignante tragédie de Meyerling. Pas la moindre lueur de vérité n’était venue éclaircir cette nuit sinistre qui devait être pour l’odieux complice du Kaiser, l’une des nombreuses étapes douloureuses et sanglantes qui ont jalonné l’existence de François-Joseph. 
    Sous le voile des mensonges de Cour jeté à la hâte sur le cadavre de l’archiduc Rodolphe, on avait entrevu je ne sais quelle aventure de débauche et de folie et on en était resté là, à cette impression de cauchemar. On en était réduit, comme au lendemain de 1’événement, aux hypothèses et aux conjectures. 
    Il y a quelques jours, un des collaborateurs du Gaulois, un diplomate qui était accrédité à Vienne à cette époque, donnait quelques détails sur le drame. 
    L'oncle et le tuteur de Mlle de Verschera, écrivait-il, était indigné des bruits qui couraient sur sa nièce. Apprenant un jour qu’elle était partie pour Meyerling avec l'archiduc Rodolphe, il s’y fit conduire aussitôt et arriva après un souper auquel avaient participé quelques amis du prince. Ne trouvant pas 1’archiduc avec eux, non plus que sa nièce, il pénétra dans une autre pièce, où il les trouva l’un et 1’autre en conversation. 
    Reproches très vifs adressés au prince, colère de celui-ci, qui saisit un revolver : Mlle de Verschera se jette entre l’archiduc et son oncle et reçoit le coup fatal. Elle tombe morte, tandis que 1’oncle, indigné et furieux, met la main sur une panoplie d’armes, y trouve un sabre et fend la tête au prince, qui tombe mort à son tour. Tout cela avait duré l’espace d’un instant. 
    Ce récit ne fait que confirmer ce qu'avait déjà dit M. Arthur Savaète dans un article très intéressant, publié dans un périodique qui s'appelait les Soirées franco-russes. J’avoue que la version que M. Savaète donnait de la genèse du drame et des circonstances occultes qui en avaient déterminé le dénouement, ne manquait pas d’une certaine vraisemblance. 
   Selon lui, l'archiduc Rodolphe aurait été victime des intrigues de Bismarck qui, connaissant ses sentiments hostiles à l’Allemagne et à la dynastie prussienne, n’aurait reculé devant aucun moyen pour se débarrasser d'un prince qu’il supposait capable de se mettre un jour en travers de ses ambitions. Si machiavélique et si horrible tout à la fois que paraisse un pareil dessein, il est incontestable que Bismarck était fort capable de le concevoir et qu'il n’aurait eu aucun scrupule à l’exécuter. 
    L’homme qui s’est vanté dans ses Mémoires d'avoir rendu la guerre inévitable en 1870 en falsifiant des dépêches n’a jamais eu dans sa vie qu'une préoccupation : renverser l’obstacle qu’il rencontrait devant lui, quelle que fût la nature de cet obstacle, et n’importe par quels moyens. 
    Pourquoi voudrait-on que ce faussaire, que cet assassin de peuples eût reculé le jour où il lui aurait semblé utile à la réussite de ses plans de devenir un assassin de rois ? 
    Ce qu'il y a de certain, c’est que Bismarck eut toujours la chance singulière de se voir débarrassé de gens qui le gênaient, et cela juste au moment où ils devenaient le plus dangereux pour lui, où ils étaient le plus à même de mettre en échec ses combinaisons et ses entreprises. 
    Lorsque le Tsar Alexandre II tomba sous les coups des nihilistes le 13 mars 1881, à une époque où il était fermement décidé à s’éloigner de l'Allemagne et à se rapprocher de la France, beaucoup de gens se dirent que les nihilistes avaient vraiment bien travaillé pour Bismarck. Beaucoup de gens persistent à penser que ce n'est pas seulement la folie héréditaire des Wittelsbach qui jeta Louis II de Bavière au fond du lac de Starnberg... 
    L’archiduc Rodolphe l’avait aussi dans les veines, ce sang des Wittelsbach, dont le vieux Metternich disait en hochant la tête : « Le sang des Wittelsbach est comme le vin de Champagne, il pétille et il monte à la tête. » 
    Cela n’empêchait pas le jeune prince, qui était d’ailleurs intelligent et instruit, d’avoir des idées très nettes et très arrêtées en politique. Contrairement à son père, Rodolphe n'avait jamais pardonné Sadowa. Il avait la légitime fierté du passé de sa famille, et traitait en parvenus ces rois de Prusse devant lesquels les peuples fascinés s’abaissaient aveuglément. 
    Il ne montrait aucune aversion pour la Russie et il affichait en toutes circonstances son goût de la France et des Français, moins peut-être par sympathie réelle que parce que cette préférence contrariait l’Allemagne, surtout Bismarck qu'il haïssait, et Guillaume II pour lequel il professait un mépris profond qu’il ne prenait pas la peine de dissimuler. 
    L’antiprussianisme de l’archiduc héritier ne se révélait pas seulement par son attitude générale ou par des conversations isolées. Le prince ne manquait jamais de le manifester publiquement quand l’occasion s’en présentait, et souvent même il allait au-devant de l'occasion. 
    Un jour, s'improvisant journaliste, il fonda une feuille le Schwarz-Gelb (Noir et jaune) dans laquelle il traita lui-même la question des alliances. C’est là-dedans qu’il précisait sa pensée en écrivant : Il faudra opposer à la Maison naissante (Allemagne) et déjà trop nourrie la forte digue d’une alliance entre la Russie, l’Autriche et la France. 
    Le futur Empereur, le prince de trente ans qui osait rêver tout haut ce rêve, était l’unique rameau direct du vieux tronc impérial d’Autriche ; ses peuples l’adoraient et mettaient en lui leur espoir ; Rodolphe devenait un danger, une menace pour les ambitions effrénées de l’Allemagne. 
    C’est alors que Bismarck et sa bande se mirent à l’œuvre. On chercha les points faibles de l’archiduc, et les points faibles ne manquaient pas, car chez ce prince d’une grande énergie physique l’énergie morale faisait totalement défaut. 
    Ce fut une proie facile pour la débauche. On l'entoura de jeunes seigneurs perdus de mœurs, comme son triste cousin Philippe de Cobourg ; on lui donna pour conseillers des Juifs comme cet Elie Weill, un petit reporter de la Nouvelle Presse qui devint le chevalier Weilen, conseiller aulique[1]. 
    Une aventurière, la comtesse Larisch, lui amena un jour la baronne Marie de Verschera, moitié Hongroise, moitié Grecque, douée de tous les charmes et de toute la duplicité des Orientales et qui sut à merveille, malgré son jeune âge, jouer auprès du prince la comédie de l'amour... 
    Après quelques mois d'inexplicable folie, l'archiduc Rodolphe venait de reprendre conscience de lui-même et de se rattacher à la raison. Le prince était heureux, content de lui, comme un homme qui vient de rentrer dans le devoir et qui est bien résolu à ne s’en plus écarter. Il a compté sans la bande qui s’est attachée à lui et qui ne le lâchera qu’à la mort. 
    La Verschera trouve le moyen de le rencontrer et de lui parler. Elle demande une entrevue suprême à Meyerling. Le prince n’ose refuser. Il part dans le fiacre de Bratfisch, le cocher siffleur qui le conduisait d'ordinaire à ses équipées galantes. Que se passa-t-il ensuite ? Que fut-il dit, quelles résolutions furent agitées durant ces deux jours où Rodolphe et la Verschera restèrent en tête à tête, pendant que les invités, le comte Hoyos et Philippe de Cobourg allaient seuls à la chasse ? 
    Acceptons le récit qu'en donne le rédacteur du Gaulois. L’arrivée étrange et inopinée de cet oncle et tuteur — qui s’appelait Bataggi — de la baronne, donne en tout cas l'impression d’un monstrueux chantage. Notre confrère ajoute d’ailleurs : Le meurtrier ne fut pas poursuivi, pour ne pas révéler le scandale. 
    C’est ce qui explique le bruit de suicide répandu d’abord, pour qu’il n’y eût pas de poursuites judiciaires, et la parole donnée par l'empereur, par télégramme, au Souverain Pontife, disant que son fils ne s’était pas suicidé, afin de briser la résistance des capucins qui ne voulaient pas admettre la dépouille d’un suicidé dans la sépulture impériale, qui est dans leur église. 
    Le meurtrier ne fut pas poursuivi, mais il n’est pas certain que Bataggi mourait quelques jours après à Baden et qu’on expliquait sa mort, en racontant une invraisemblable histoire de duel avec le comte Hoyos. 
    Les circonstances de la mort de l'archiduc restent cependant encore assez mystérieuses, car comment expliquer la découverte, au pied des cadavres, d'un rasoir, à côté d'un revolver et d’un flacon brisé qui contenait encore un peu de strychnine ? Comment, trouver une signification à ce billet écrit par Rodolphe et trouvé près de lui : « Il faut que je meure. Je ne peux pas faire autrement... » ? 
    L’impression qui reste est toujours une impression confuse et pénible d’énigme sanglante. Tous les acteurs de cette scène semblent possédés par les Furies, secoués par je ne sais quelle trépidation soudaine de démence. Le plus sensé d’entre eux est encore Bratfisch le cocher à tête de poisson que la Verschera, ruminant sa vengeance, écoulait siffler dans la nuit, et Bratfisch a fini lui-même par mourir fou dans un asile d’Amérique. 
    C’est ainsi que la Folie aura été jusqu’à la fin la grande metteuse en scène de cette tragédie obscure qui ressemblerait à un drame antique, si le rastaquouérisme et l’interlopie juive [1], remplaçant le vieux Fatum, n'y étaient venus jeter la note moderne, avilissante et basse... 

Edouard DRUMONT. 

[1] Le coup de griffe antisémite ne pouvait manquer dans un article d’Édouard Drumond, un des créateurs de la Ligue nationale antisémitique de France. Son journal nationaliste, La libre parole, avait pour sous-titre La France aux Français. La fin de l’article repasse le même plat, alors même que la présence juive est inexistante dans le drame de Mayerling.

Invitation à la lecture
    
J'invite les lectrices et lecteurs que l'histoire des Habsbourg et des Wittelsbach passionne à découvrir les textes peu connus consacrés à mon ami le prince héritier Rodolphe réunis dans Rodolphe. Les textes de Mayerling (BoD, 2020).

Voici le texte de présentation du recueil  (quatrième de couverture):

   Suicide, meurtre ou complot ? Depuis plus de 130 années, le drame de Mayerling fascine et enflamme les imaginations, et a fait couler beaucoup d'encre. C'est un peu de cette encre que nous avons orpaillée ici dans les fleuves de la mémoire : des textes pour la plupart oubliés qui présentent différentes interprétations d'une tragédie sur laquelle, malgré les annonces répétées d'une vérité historique définitive, continue de planer le doute.
   Comment s'est constituée la légende de Mayerling? Les points de vue et les arguments s'affrontent dans ces récits qui relèvent de différents genres littéraires : souvenirs de princesses appartenant au premier cercle impérial, dialogue politique, roman historique, roman d'espionnage, articles de presse, tous ces textes ont contribué à la constitution d'une des grandes énigmes de l'histoire.

Le recueil réunit des récits publiés entre 1889 et 1932 sur le drame de Mayerling, dont voici les dates et les auteurs :

1889 Les articles du Figaro
1899 Princesse Odescalchi
1900 Arthur Savaète
1902 Adolphe Aderer
1905 Henri de Weindel
1910 Jean de Bonnefon
1916 Augustin Marguillier
1917 Henry Ferrare
1921 Princesse Louise de Belgique
1922 Dr Augustin Cabanès
1930 Gabriel Bernard
1932 Princesse Nora Fugger

Le dernier récit, celui de la princesse Fugger, amie de la soeur de Mary Vetsera, est pour la première fois publié en traduction française. Il n'était jusqu'ici accessible qu'en allemand et en traduction anglaise.

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Le Mystère du « Mont Sacré » : L’incroyable histoire du Saint Prépuce d’Andechs et de la petite souris

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